• ➤ MJ-12: la piste technocratique

    Cet article est la traduction de MJ-12: The Technocratic Thread, publié par Paul & Phillip D. Collins sur le site Conspiracy Archive.

    Il y est question des liens surprenants entre sociologie, science-fiction, services secrets, phénomène OVNI et utopie technocratique.

    MJ-12: la piste technocratique

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    MJ-12: la piste technocratiqueTous ceux qui se sont intéressés au phénomène OVNI ont entendu parler des documents Majestic 12. Cette série de documents controversés est apparue en 1984, et a depuis fait l'objet de nombreux débats. Bien qu'un rapport découvert à la National Archive semble accréditer leur authenticité, des anomalies de chronologie et dans le formatage des documents soulèvent un scepticisme important. Toutefois, si l'on met ce débat de côté, ce qui est important à propos de ces documents est le tableau général qu'ils esquissent pour l'opinion publique. Les documents présentent un groupe de l'ombre formé de professionnels de la politique, mis en place par un décret présidentiel secret du président Truman le 24 septembre 1947. Le thème sous-jacent aux documents MJ-12 est fondamentalement technocratique, en ce sens qu'ils vantent les mérites du concept de technocratie. Une société technocratique, ou technocratie, peut se définir comme suit:

    La technocratie, en termes de politique classique, se réfère à un système de gouvernement dans lequel des experts ayant reçu une formation technique gouvernent en vertu de leur connaissance spécialisée et de leur position dans les institutions politiques et économiques dominantes. (Fischer 17)

    Carroll Quigley, professeur à Oxford, a également écrit sur le sujet d'une dictature des «experts», suggérant qu'une élite cognitive «remplacera le votant du système démocratique dans le contrôle du système politique» (Quigley 866). A propos de cette démocratie des «experts», H.G. Wells écrivait:

    L'organisation politique du monde sera démocratique, ce qui signifie que le gouvernement et la direction des affaires sera en contact immédiat et sera sensible à l'opinion générale de l'ensemble de la population éduquée. (26)

    Le critique littéraire et écrivain W. Warren Wagar fait ce commentaire à propos de cette déclaration:

    Lisez attentivement. Il ne dit pas que le gouvernement mondial sera élu par le peuple, ou même qu'il sera sensible aux aspirations du peuple, mais seulement à celles des gens «éduqués» (Wells 26)

    Les documents MJ-12 décrivent exactement ce type de situation. Qu'ils soient authentiques ou pas, le prétendu groupe Majestic représente la conception technocratique du totalitarisme. Ses membres supposés constituent une coterie de politiciens professionnels. Pourtant, la plupart des chercheurs en ufologie ne parviennent pas à identifier cette thématique de la pensée technocratique. Obnubilés par les extra-terrestres et les soucoupes volantes, les ufologues négligent les implications technocratiques des documents MJ-12. Il est intéressant de noter que de nombreux ufologues ne pensent même pas à se révolter contre l'idée que le processus démocratique américain soit détourné par des politiciens professionnels, et que ceux-ci prennent toutes les décisions.

    Au lieu de cela, ils se contentent de protester contre le manque de transparence qui entoure ce genre de culte de l'expertise. Il est évident que certains ufologues ne craignent pas l'autoritarisme. Ils ne craignent que le culte du secret, ce qui, ironiquement, est un corollaire naturel de l'autoritarisme. Pire encore, des ufologues et d'autres groupes associés au phénomène OVNI (par exemple les contactés, les abductés, et les sectes) sont de plus en plus en phase avec les paradigmes anti-démocratiques, en particulier la technocratie. C'est ainsi que les documents MJ-12 ont contribué à la promotion du paradigme technocratique. Cet essai soutient que la promulgation des documents Majestic 12 avait pour corollaire caché le triomphe du paradigme technocratique. La variété spécifique de technocratie autour de laquelle gravite la communauté ufologique est l'ordre théocratique scientifique d'une sociocratie.



    Sociocratie: l'objectif?

    La divulgation des documents MJ-12 a permis l'édification de la doctrine religieuse de nombreuses sectes ufologiques. Un artefact providentiel venait soudain d'apparaître, promettant de confirmer tous les présupposés cosmiques des vrais croyants de la foi ufologique. De plus en plus de contactés et de partisans du phénomène OVNI partageant les mêmes sensibilités se regroupaient au sein de sectes scientistes. Par la suite, ces sectes ont eu une influence prépondérante dans l'émergence de ce que le sociologue William Sims Bainbridge appelle «l'Église du Dieu Galactique». Fondamentalement, «l'Église du Dieu Galactique» de Bainbridge est une théocratie reposant sur la foi technocratique dans le «progrès». Il s'agit d'une religion particulièrement opportune politiquement et socialement, en ce sens qu'elle met l'accent sur un développement technologique sans retenue. Commentant le supposé rôle central de cette foi scientiste dans le progrès, Bainbridge écrit:

    La religion va continuer à influencer le cours du progrès, et la création d'une civilisation galactique pourrait dépendre de l'émergence d'une religion galactique capable de motiver la société durant les siècles qui seront nécessaires pour accomplir ce grand dessein. (Religions pour une Civilisation Galactique)

    D'après Bainbridge, une civilisation galactique requiert une nouvelle religion galactique. Les sectes scientistes, et en particulier les sectes ufologiques, sont les pourvoyeuses de cette nouvelle conscience religieuse, et elles contribuent à la création d'un nouvel ordre théocratique. Bainbridge poursuit:

    La monumentale Encyclopédie des Religions Américaines rapporte les histoires et les doctrines de treize cultes ufologiques: Mark-Age, Brotherhood of the Seven Rays, Star Light Fellowship, Universarium Foundation, Ministry of Universal Wisdom, White Star, Understanding Incorporated, The Aetherius Society, Solar Light Center, Unarius, Cosmic Star Temple, Cosmic Circle of Friendship, et Last Day Messengers. Ces groupes entremêlent des éléments surnaturels issus de nombreuses autres traditions, mais ils ont tous en commun l'idée que la Terre n'est qu'un petit caillou perdu dans une vaste galaxie inhabitée. Certains, comme The Aetherius Society, prétendent que notre planète n'est qu'un pion dans une guerre interstellaire invisible, et que si des sectes de ce type devenaient plus influentes, notre société pourrait investir dans des défenses cosmiques qui auraient pour conséquence de transformer les planètes en bastions défensifs. D'autres pensent que nous devons nous améliorer sur un plan personnel pour pouvoir intégrer la Fédération Galactique des espèces illuminées, et que si des sectes de ce type devenaient plus influentes, notre société pourrait tenter d'entrer en contact avec le gouvernement galactique. Toutes ces sectes ufologiques sont relativement insignifiantes, mais l'une d'entre elle pourrait bien prendre de l'importance dans une décennie future. Nous avons besoin de plusieurs religions spatiales réellement attractives et agressives, qui satisferaient les besoins émotionnels de différents segments de notre population, et qui mettraient sur la touche les sectes rétrogrades et les religions traditionnelles. (italique ajouté) 

    Ainsi, pour qu'une société galactique prenne réellement forme, les nouvelles sectes ufologiques doivent systématiquement faire le ménage dans le paysage religieux, et mettre en place un nouvel ordre théocratique. De plus, des sociologues comme Bainbridge ont suggéré que les sciences sociales devraient s'allier aux sectes scientistes pour aider à la formation de ce nouvel ordre théocratique. Pendant cinq années, Bainbridge a mené une étude ethnographique de la Process Church, une secte satanique née d'un schisme au sein de la secte scientiste de la Scientologie (Social Construction from Within: Satan's Process). Au cours de ses observations des membres de la Process Church, Bainbridge a développé de nombreuses affinités avec leur penchant pour réviser la conception des rôles respectifs de Dieu et de Satan en accord avec leur théologie hégélienne. Ce cas de révisionnisme biblique a inspiré Bainbridge, qui a depuis lors encouragé les sociologues a réviser activement les concepts religieux traditionnels. Il espère ainsi que de telles expérimentations religieuses pourraient éventuellement amener à l'avènement de «l'Église du Dieu Galactique». Dans son livre New Religions, Science, and Secularization, Bainbridge fait la proposition suivante:

    Il est temps de dépasser la simple observation des cultes scientistes, et d'utiliser les connaissances que nous avons acquises en matière de stratégies de recrutement, d'innovation culturelle, et de besoins sociaux pour créer de meilleures religions que celles existantes. A tout le moins, l'observation discrète doit être remplacée par l'expérimentation active. Les religions sont des créations humaines. Notre société tente d'améliorer tous les autres types d'institutions sociales, ce de façon relativement consciente; pourquoi pas les religions? Les membres de la Process Church, fondée en grande partie par des étudiants d'une école d'architecture, se référaient à la création de leur secte comme à un processus d'ingénierie religieuse, comme la création consciente, systématique, et adroite d'une nouvelle religion. Je propose que nous devenions des ingénieurs religieux. (New Religions, Science, and Secularization)

    Il est évident que Bainbridge pense que le sociologue devrait jouer un rôle dans la création d'une nouvelle conscience religieuse. L'analyse ethnographique des sectes scientistes, et particulièrement des sectes ufologiques, ne peut plus suffire. «L'expérimentation active» est nécessaire. En adoptant cette attitude de travail, les spécialistes des sciences sociales cesseraient d'être de simples observateurs. Ils deviendraient au contraire les promoteurs actifs d'une nouvelle théocratie. Bainbridge poursuit:

    Les sociologues qui travaillent dans d'autres domaines ne craignent pas de mener des actions qui ont des implications pratiques. Nos collègues combattent la pauvreté et l'injustice, recherchent le meilleur environnement social pour la production industrielle, et interviennent dans les batailles politiques. Les sociologues des religions font partie des savants les plus éthiques et les plus moraux, et il n'y a aucune raison qui devrait les empêcher d'appliquer leur connaissance à la création de nouvelles religions. Le monde a besoin d'eux. Nous avons un rôle à jouer en tant que consultants auprès des nouvelles religions déjà existantes, en les aidant à résoudre des problèmes que nos recherches nous ont permis d'appréhender. Mais nous devons également être prêts à initier des cultes de notre propre invention, une tâche qui, je dois l'admettre, peut s'avérer périlleuse pour le bien-être de celui qui la met en œuvre, et scandaleuse aux yeux de ceux qui refusent d'admettre que toutes les religions sont des créations humaines. Mais il est de très loin préférable que la création de nouvelles religions soit prise en charge par d'honnêtes ingénieurs religieux qui œuvreront pour l'amélioration du genre humain, plutôt que par des fous et des escrocs avides d'argent.

    En substance, Bainbridge fait la promotion du concept comtien de «sociocratie». La «sociocratie» était une forme technocratique de théocratie élaborée par Auguste Comte, le père fondateur de la sociologie. Les préceptes de gouvernement de la sociocratie étaient fondés sur la religion scientiste, et ses prêtres étaient les ingénieurs sociaux. Dans Technocracy and the Politics of Expertise, Frank Fischer décrit ainsi le concept de «sociocratie»:

    Comte a mis en avant le concept de «sociocratie», définie comme une nouvelle «religion de l'humanité». Les sociologues devaient identifier les principes de cette foi nouvelle et les implémenter dans la société par l'intermédiaire d'une «sociolâtrie». La sociolâtrie devait impliquer tout un système de festivals, de pratiques votives et de rites élaborés dans le but d'ancrer la nouvelle éthique sociale dans l'esprit du peuple. Au cours de ce processus, les hommes et les femmes ne vénéreraient plus Dieu (considéré comme un concept démodé), mais l' «Humanité», telle qu'elle est symbolisée au sein du «Grand Être», et incarnée par les grands hommes de l'histoire. (71)

    Dans la théocratie scientiste, des questions comme la raison d'être de l'homme ou sa relation avec Dieu deviendraient la propriété intellectuelle des spécialistes des sciences sociales. La nature d'une telle configuration sociétale est purement technocratique. Les «professionnels de la politique» y sont intronisés comme les seuls juges de la vérité. La proposition de Bainbridge de transformer les spécialistes des sciences sociales en ingénieurs religieux n'est au fond qu'une reformulation du concept technocratique de la sociocratie. Historiquement, la source la plus proche des sciences sociales se trouve chez les théoriciens technocratiques et chez les utopistes socio-politiques. Ces penseurs développèrent plusieurs des concepts théoriques qui serviront de fondement aux systèmes totalitaires socialistes modernes. La sociologie était prédisposée à avoir des applications totalitaires dès ses origines. Le thème d'une société dirigée scientifiquement est omniprésent dans les théories sociologiques.

    Auguste Comte était le «disciple principal» d'Henri de Saint-Simon (Fischer 70). E.H. Carr décrit Saint-Simon comme «le précurseur du socialisme, le précurseur des technocrates, et le précurseur du totalitarisme» (2). La philosophie de Saint-Simon était du scientisme à l'état pur, et les prémisses sur lesquelles il fondait sa société idéale étaient des préceptes exclusivement scientistes. Fischer décrit ainsi les vues de Saint-Simon:

    Selon Saint-Simon, il fallait établir une nouvelle unité basée sur une idéologie globale. Seule la croyance dans la science et la technologie pouvait remplacer les idéologies discordantes qui prévalaient à l'époque, en particulier celles de l'Église. Pour résumer, les prêtres et les politiciens – les anciens dirigeants de l'Europe – devaient être supplantés par les scientifiques et les techniciens. (69)

    En fait, la vision saint-simonienne d'une société technocratique remonte à une tradition ésotérique plus ancienne. Sir Francis Bacon fut l'un des premiers à théoriser le concept d'une société dirigée scientifiquement. Fischer écrit: «... On peut interpréter le travail de Saint-Simon comme une réitération de la prophétie de Bacon». (69)

    Certains prétendent que Bacon était le grand maître de l'Ordre Rosicrucien (Howard 74). Cette organisation était quant à elle très proche de la Loge Maçonnique (50). Cette association organisationnelle est rendue évidente à la lecture des écrits de Bacon. En 1627, il publia La Nouvelle Atlantide, qui était remplie de symboles maçonniques (Howard 74). L'auteur Frank Fischer nous propose une description particulièrement éclairante des concepts de l'utopie décrite par Bacon dans sa Nouvelle Atlantide:

    Pour Bacon, la caractéristique principale du mouvement historique devait rapidement devenir l'avènement de la science et de la technologie. Là où Platon imaginait une société gouvernée par des «philosophes rois», des hommes capables de percevoir les «formes» de la justice sociale, Bacon recherchait une élite technique qui règnerait au nom de l'efficacité et de l'ordre technique. En vérité, l'objectif de Bacon dans La Nouvelle Atlantide était de remplacer le philosophe par le scientifique dans le rôle de dirigeant de l'utopie future; La Nouvelle Atlantide était une société purement technocratique. (66-67)

    Il est flagrant qu'il y a une continuité de pensée maçonnique de Bacon à Comte, en passant par Saint-Simon. Ceci devient d'autant plus évident avec l'assertion comtienne selon laquelle l' «Humanité» serait symbolisée par le «Grand Être», qui se serait incarné dans une myriade de figures historiques. Le lecteur avisé fera immédiatement le parallèle entre le concept comtien du «Grand Être» et le concept maçonnique du «Grand Architecte». Malachi Martin donne plus de détails sur le «Grand Architecte» maçonnique:

    D'après les écrits et les archives de la maçonnerie spéculative, il ressort clairement que le principe religieux fondamental devint la croyance dans le Grand Architecte de l'Univers – une figure rendue familière par les humanistes italiens... Le Grand Architecte était immanent et appartenait fondamentalement au cosmos matériel, il était un produit de l'esprit «illuminé». (521-22)

    Tout comme le «Grand Être» de Comte, le «Grand Architecte» maçonnique était une force immanente fermement ancrée dans le plan ontologique de l'univers physique. Cette force immanente était fondamentalement une nouvelle divinité dont l'incarnation sur le plan matériel se manifestait au sein de l'humanité. D'ailleurs, Comte a également nommé cette divinité l' «Humanité» (Wagar 106-07). Au bout du compte, il s'agit de la divinité suprême de la sociocratie, où les experts en sciences sociales seraient les prêtres ordonnés par cette divinité pour dispenser la vérité. Un milieu politico-religieux dirigé par les ingénieurs religieux de Bainbridge représenterait une situation analogue. Il s'agit également d'une situation que les documents MJ-12 avaient pour but de promouvoir. En effet, la «révélation» de ces documents a conditionné l'opinion publique à accepter une forme technocratique de gouvernement.

    Lester Ward, considéré comme le père fondateur de la sociologie américaine, croyait que les sciences sociales allaient beaucoup plus loin que la simple collecte de données (Bannister 13). Il soutenait que «son but est une sociocratie radicale, non pas les palliatifs qui passent pour des réformes sociales» (13). La «sociocratie radicale» de Ward commença à prendre forme peu après la fin de la seconde guerre mondiale. De nombreux spécialistes des sciences sociales américains étaient également des anciens de l'Office of Strategic Services [ndt: OSS, le prédécesseur de la CIA], qui avait plagié et raffiné les techniques de guerre psychologique mises en place par les nazis. William «Wild Bill» Donovan, qui fut directeur de l'Office of Strategic Services en 1941, croyait que les méthodes de guerre psychologique des nazis pourraient servir de modèle pour des méthodes «américanisées» (Simpson 24). La guerre psychologique devint rapidement un élément incontournable du lexique de la communauté du renseignement américaine (24). Donovan estimait que ce concept était si important qu'il deviendrait inévitablement «une arme à part entière dans l'arsenal américain, avec un statut identique à celui de l'army, la navy, et l'air force» (24). Six organisations constituaient le noyau de la recherche américaine sur la guerre psychologique (26):

    1. La «Research Branch» de Samuel Stouffer au sein de l'US Army Division of Morale.
    2. L' Office of War Information (OWI) dirigé par Elmer Davis, et ses cellules d'enquête dirigées par Elmo Wilson.
    3. La Psychological Warfare Division (PWD) de l'US Army, commandée par le général de brigade Robert McClure.
    4. L'Office of Strategic Services (OSS) dirigé par William Donovan.
    5. La Division of Program Surveys de Rensis Likert au sein du ministère de l'agriculture, qui fournissait du personnel sur le terrain pour les recherches menées aux États-Unis par l'armée, l'OWI, le département du Trésor, et d'autres agences gouvernementales.
    6. La War Communication Division d'Harold Lasswell à la bibliothèque du Congrès.



    Bien entendu ce réseau actif pendant la guerre était largement composé d' «éminents chercheurs en sciences sociales» (26). Dans certains cas, ces ingénieurs sociaux prenaient part aux activités de deux organisations ou plus (26). Christopher Simpson énumère les noms des différents experts en sciences sociales impliqués:

    L'OWI, par exemple, employait Elmo Roper (de l'institut de sondage Roper), Leonard Doob (Yale), Wilbur Schramm (University of Illinois et Stanford), Alexander Leighton (Cornell), Leo Lowenthal (Institut fur Sozialforschung et University of California), Hans Speier (RAND Corp.), Nathan Leites (RAND), Edward Barrett (Columbia), et Clyde Kluckhohn (Harvard), entre autres. (26)

    La Psychological Warfare Division de l'US Army était elle aussi abondamment pourvue en experts en sciences sociales, certains d'entre eux étant également des officiers de l'OSS (27). L'OSS a assigné Morris Janowitz (University of Michigan et Institut fur Sozialforschung), Murray Gurfein, Saul Padover (New School for Social Research), et W. Phillips Davison (Columbia et Rand) à la Psychological Warfare Division pour y exercer leurs talents en matière de «communication et psychologie sociale allemande» (27). D'après Art Kleiner, ce réseau actif durant la guerre:

    était un catalyseur puissant pour les sciences sociales en Amérique (et en Angleterre), parce qu'il sortait les universitaires de leur isolement. Ils travaillaient ensemble sur des questions concrètes, telles que l'amélioration du moral des soldats, le développement des techniques de guerre psychologique, et l'étude des cultures étrangères. (33)

    L' ascension des sciences sociales venait de commencer. L'OSS a contribué à cet essor de manière substantielle. Howard Becker (University of Wisconsin), Douglas Cater (Aspen Institute), Walter Langer (University of Wisconsin), Alex Inkeles (Harvard), et Herbert Marcuse (Institut fur Sozialforschung et New School for Social Research) étaient tous «des officiers haut placés de l'OSS qui ont ensuite contribué aux sciences sociales» (Simpson 27). Toutefois, le soutien de l'OSS ne se limitait pas aux organisations gouvernementales. Selon Simpson:

    Durant la guerre, les accords passés par l'OSS avec des entités non gouvernementales incluaient le paiement de recherches en sciences sociales par Stanford, l'University of California at Berkley, Columbia, Princeton, Yale’s Institute of Human Relations, et le National Opinion Research Center, qui était alors à l'University of Denver. Durant la guerre, on pouvait trouver des listes comparables de chercheurs en sciences sociales et d'universitaires sous contrat dans tous les centres gouvernementaux de communication et d'étude de l'opinion publique. (27)

    Au cours d'auditions devant le Sénat au début de l'année 1945, le général de brigade de l'OSS John Magruder a farouchement défendu l'idée selon laquelle:

    Le gouvernement des États-Unis serait très avisé de faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir le développement des connaissances dans le champ des sciences sociales... Dans l'éventualité où nous nous trouverions confrontés à une pénurie d'experts en sciences sociales, toutes les agences de renseignement de la nation qui servent les décideurs politiques, que ce soit en période de guerre ou de paix, seraient sérieusement handicapées... Les recherches des experts en sciences sociales sont indispensables au développement harmonieux du renseignement national, en temps de paix comme en temps de guerre. (Citation dans Simpson 32)

    Le consensus parmi les individus impliqués dans la guerre psychologique était que le potentiel des sciences sociales, qui avaient été testées avec succès au cours d'un conflit d'une violence exceptionnelle, était tout aussi prometteur en temps de paix. Cette arme avait acquis une précision chirurgicale. A présent, il fallait pratiquer des incisions dans le psychisme de la population de l'après-guerre. Après la défaite de leurs confrères nazis, les experts en sciences sociales de l'OSS se dispersèrent au sein d'institutions civiles, et réquisitionnèrent plusieurs positions sensibles d'un point de vue stratégique, par exemple au sein des médias et de fondations non soumises à l'impôt. Les ingénieurs sociaux s'étant ainsi profondément infiltrés au sein de l'infrastructure des systèmes d'information américains, une «sociocratie radicale» commença à émerger en Occident. La paranoïa de la guerre froide contribua à son ascension. Les stratagèmes des sciences sociales nazies étaient ostensiblement récupérés pour contrer les manœuvres de guerre psychologique de l'Union Soviétique. Toutefois, les tactiques développées par les experts en sciences sociales américains étaient principalement utilisés contre les citoyens américains, en particulier par l'intermédiaire des médias. Évidemment, la menace communiste parut plus opportune aux dirigeants en herbe de la sociocratie occidentale.

     

    Des envahisseurs venus de la Terre?

    De même, les élites dirigeantes auraient pu considérer la crainte d'une invasion extra-terrestre comme une option intéressante pour aider à la mise en place de la sociocratie. C'est un scénario de ce type qui était examiné dans le Report from Iron Mountain, un document censé provenir d'un groupe de réflexion gouvernemental secret. Le document stipule que:

    En fait, la question de la crédibilité est centrale dès lors qu'on envisage le problème d'un substitut politique à l'état de guerre. De ce point de vue, les propositions concernant la course à l'espace, qui, par bien des aspects, constituent d'excellents substituts à la guerre, laissent à désirer. Un projet spatial, aussi ambitieux et irréaliste soit-il, ne peut générer par lui-même une menace externe crédible. Des débats passionnés ont eu lieu sur le fait qu'une menace de ce type constituerait «la meilleure dernière chance pour la paix» etc., en unissant l'humanité contre la menace d'une destruction par des «créatures» venues de l'espace ou d'autres planètes. Des expériences ont été proposées pour tester la crédibilité de la menace d'une invasion extra-terrestre; il est possible que certains des cas les plus complexes d'observation de «soucoupes volantes» de ces dernières années aient été en fait des expériences de ce type. Si c'est le cas, il est peu probable qu'elles aient été jugées encourageantes. (Lewis 66)

    Bien entendu, le rapport était modérément enthousiaste quant à la possibilité de monter un canular sur une invasion extra-terrestre. Toutefois, il est intéressant de noter que le rapport évoque la possibilité d'expériences explorant cette piste. On ne peut s'empêcher de se demander si la fameuse émission radio d'Orson Wells La Guerre des Mondes était une expérience de ce type. L'émission est parvenue à générer un niveau de panique important dans certains segments de la population. Si important qu'il attira l'attention de certains membres éminents de l'establishment. En particulier, le General Education Board, une organisation mise en place par la dynastie oligarchique des Rockefeller, finança des recherches sur le mouvement de panique qui suivit l'émission d'Orson Welles. Paul Lazarsfeld, Frank Stanton, et Hadley Cantril furent chargés de mener ces recherches à l'université de Princeton. Bien entendu, tous ces personnages étaient impliqués dans le domaine des sciences sociales technocratiques. La préface de l'ouvrage The Invasion from Mars, par Hadley Cantril, confirme cette information: «Comme le budget du Princeton Radio Project était de toute évidence incapable d'anticiper les dépenses occasionnées par cette étude particulière, les recherches ont été rendues possibles par une donation spéciale du General Board of Education» (xiv).

    Il est évident que les dynasties oligarchiques comme celle des Rockefeller étaient parfaitement au courant des possibilités que pouvaient offrir l'exploitation des peurs suscitées par une invasion extra-terrestre. Bien entendu, de nombreux experts en sciences sociales issus de la communauté du renseignement ont occupé par la suite des postes confortables au sein de la Rockefeller Foundation (Simpson 28). Des fondations exemptées d'impôts telles que celle-ci ont joué un rôle prépondérant dans le maintien au pouvoir de l'élite dirigeante. Tout d'abord, elles constituent autant de paradis fiscaux pour le patrimoine de l'élite. De plus, elles financent abondamment les mouvements révolutionnaires socialistes, qui représentent une menace terroriste envers la populace tout à fait opportune, politiquement et socialement parlant. Enfin, elles encouragent les recherches en sciences sociales, ce qui dote les oligarques de l'arsenal psycho-cognitif nécessaire pour mener une guerre psychologique contre les citoyens. Le mouvement de panique suscité par une invasion extra-terrestre fictive pourrait avoir été envisagé comme une arme potentielle de plus dans cette Weltanschauungskrieg. [ndt: littéralement, guerre pour la vision du monde]

    En particulier, la panique générée par l'émission La Guerre des Mondes avait des implications sociologiques pour des ingénieurs sociaux comme Cantril. Pour des hommes comme lui, des événements de ce type étaient l'occasion d'avoir une vision panoramique de la psychologie de la peur. Dans The Invasion From Mars: A Study in the Psychology of Panic, Cantril fait le commentaire suivant sur la valeur didactique de la peur du martien pour l'expert en sciences sociales:

    Des événements aussi rares représentent une opportunité pour l'expert en sciences sociales. Ils lui permettent d'étudier le comportement des masses, et doivent être étudiés dès qu'ils surviennent. Bien que l'expert en sciences sociales n'a malheureusement pas la possibilité de prédire des situations de ce type, et qu'il n'a donc pas préparé ses outils d'investigation pour étudier le phénomène au moment où il se produit, il peut tout de même commencer à travailler avant que les effets de la crise ne se soient estompés, et que les souvenirs en deviennent confus. (ix)

    Mais comment la terreur née d'une invasion extra-terrestre, que celle-ci soit réelle ou fictive, pourrait-elle bénéficier aux oligarques et à leurs ingénieurs sociaux? Il se peut que Cantril ait fourni la réponse avec l'observation suivante:

    La panique survient lorsqu'une valeur fondamentale et largement acceptée est menacée, et lorsqu'il n'y a aucune certitude que la menace puisse être éliminée. L'individu a le sentiment qu'il va être détruit, physiquement, financièrement, ou socialement. L'invasion martienne était une menace directe contre la vie, contre la vie des êtres aimés, ainsi qu'envers toutes les valeurs qu'on tenait en haute estime. Les martiens détruisaient quasiment tout. La situation était alors véritablement sérieuse. La frustration apparaissait lorsque aucun comportement rationnel ne semblait possible. On se retrouvait alors face à l'alternative suivante: se résigner à l'annihilation complète de toutes les valeurs auxquelles on tient, se lancer dans un effort désespéré pour fuir le danger, ou faire appel à un pouvoir supérieur ou une personne plus puissante dont on espère vaguement qu'il pourrait détruire l'ennemi en approche. (199; italique ajouté)

    Naturellement, la seule «personne plus puissante» à laquelle le citoyen moyen aurait plus faire appel était l'État, une entité qui tombait de plus en plus sous la coupe du pouvoir oligarchique. Bien que le scénario d'une invasion extra-terrestre fictive utilisé comme prétexte pour subjuguer les masses puisse sembler tiré par les cheveux, il pourrait avoir été envisagé. Un stratagème de ce genre n'était certainement pas une nouveauté. La manipulation dialectique à l'œuvre durant la guerre froide a également servi à maintenir la primauté de l'élite dirigeante. Que ce soit sous le prétexte d'une invasion soviétique ou extra-terrestre, les professionnels de la politique ont été accueillis comme les dirigeants dont la société avait besoin. Les documents MJ-12 ont contribué à conditionner les esprits pour qu'ils acceptent le paradigme politico-religieux de la sociocratie. L'idée d'une menace extra-terrestre favorise le raisonnement suivant: la forme démocratique de gouvernance est mal équipée pour faire face à une invasion extra-terrestre et doit, en conséquence, laisser la place à une société plus technocratique. Après tout, seuls ceux détenant une connaissance suffisante de la question extra-terrestre, comme par exemple les membres supposés du groupe MJ-12, pourraient être en mesure de prendre les décisions appropriées, sur les plans politiques et sociaux.



    Des cultes de la technocratie cosmique?

    Il est intéressant de noter que de nombreuses sectes ufologiques ont endossé le caractère technocratique de l'organisation chimérique décrite par les documents MJ-12. En fait, certains adeptes de ces sectes ainsi que des contactés adoptent des philosophies qui se rapprochent fortement de l'aryanisme hitlérien. Jacques Vallée précise:

    Les philosophies des contactés [par les OVNI] incluent souvent la croyance en des races supérieures et en des systèmes totalitaires qui élimineraient la démocratie. En partant de la croyance que des OVNI nous ont visités dans le passé, il est aisé de dire que leurs occupants ont «connu» les Filles des Hommes et vu «qu'elles étaient belles»! Dans ce cas, certains d'entre nous auraient du sang céleste dans leurs veines, ce qui les rendrait «supérieurs» aux autres. L'idée d'un «peuple élu» est ancienne; elle a perdu de son attrait au cours des dernières décennies. La croyance en une intervention extra-terrestre pourrait ressusciter ce concept, et certains groupes pourraient réclamer les privilèges qui sont dus aux descendants des visiteurs célestes. (219)

    Bien entendu, cette idée d'une présence extra-terrestre, qu'elle soit amicale ou hostile, est un thème largement repris par le clergé sociocrate qui aspire au pouvoir, et qui lui est particulièrement utile politiquement et socialement. De ce point de vue, les OVNI jouent un rôle essentiel dans les projets d'ingénierie religieuse des sociocrates, comme l'observe Jacques Vallée: «Les organisations de contactés pourraient servir de base à une nouvelle religion ''élitiste''» (218). La «supériorité» génétique est en effet un présupposé extrêmement élitiste des religions ufologiques émergentes.

    De telles religions étant continuellement mises en avant par les spécialistes en sciences sociales, ces tendances eugénistes ne peuvent que s'intensifier au sein des sectes ufologiques. La sociologie trouve son fondement dans l'interprétation physiologique de la société et de la gouvernance par Saint-Simon, qui croyait qu'un ordre social efficient était semblable à un organisme vivant. Ainsi, la société pouvait être régulée selon les mêmes «réalités physiologiques» censées sous-tendre la pensée et le comportement humains (Billington 212). Cette approche physiologique de la gouvernance est un thème repris par différents régimes totalitaires socialistes. Elle a fourni une base théorique au marxisme. Selon Billington:

    Croyant que la méthode scientifique devait être appliqué au corps social comme aux corps des individus, Saint-Simon analysa les éléments physiologiques de la société: les classes. Il ne concevait pas les classes économiques au sens marxiste du terme, mais son analyse fonctionnelle des classes prépara le chemin pour Marx. (213)

    L'analyse physiologique de la société par Saint-Simon inspira également la dictature scientifique de l'Allemagne nazie. Ernst Haeckel, le fameux évolutionniste qui initia Hitler au darwinisme, adhérait ouvertement à cette perspective physiologique. Il soutenait que chaque cellule d'un organisme, «bien qu'autonome, est subordonnée au corps dans son ensemble; de même, dans les sociétés des abeilles, des fourmis, et des termites, chez les vertébrés vivants en troupeaux, et pour l'humain, chaque individu est subordonné au corps social dont il est une partie» (cité dans Keith, Casebook on Alternative 3, 157). C'est là le thème central de tous les régimes totalitaires socialistes: la subordination de l'individu à la collectivité. Toutefois, il y a toujours une «élite» qui occupe le sommet de la pyramide de l'état physiologique. Pour Haeckel, c'était l'aryen idéalisé qui possédait des qualités de «symétrie de toutes parts, et un développement harmonieux, que nous appelons le type même de la beauté humaine parfaite» (cité dans Keith, Casebook on Alternative 3, 85).

    L'analyse physiologique et collectiviste de la société par la sociologie est également omniprésente chez les sectes ufologiques. Cette approche est favorisée au sein du tristement célèbre Mouvement Raëlien, une secte ufologique athée fondée dans les années 70. Dans Création intelligente: le message des créateurs, un texte sacré prétendument transmis à l'athéiste français Raël par des entités extra-terrestres, on peut trouver une description physiologique de la gouvernance humaine:

    Les hommes sont tous les cellules utiles d'un immense corps qui s'appelle l'humanité. La cellule du pied n'a pas à dire si la main doit ou non prendre un objet. C'est le cerveau qui doit décider, et si cet objet est bon, la cellule du pied en profitera.

    Cohérents avec cette interprétation physiologique, les supposés messagers extra-terrestres concluent qu' «il faut supprimer les élections et les votes qui sont complètement inadaptés dans leur forme actuelle au développement de l'humanité.». En lieu et place du paradigme démocratique, considéré comme obsolète, les émissaires extra-terrestres de Raël recommandent la «géniocratie», qu'ils décrivent ainsi:

    Donc, au départ, droit de vote réservé à l'élite intellectuelle, à ceux dont le cerveau est le plus apte à réfléchir et à trouver des solutions à des problèmes … Il s'agit de placer le génie au pouvoir, vous pouvez appeler ça la géniocratie.

    Difficile de trouver une meilleure définition de la technocratie. Ce passage fait également écho à l'interprétation physiologique de la société d'Haeckel, qui a été mise en place concrètement par l'Allemagne nazie. En fait, un courant de pensée de type hitlérien semble sous-tendre la philosophie raëlienne. Ceci saute aux yeux lorsqu'on regarde l'iconographie de la secte. Avant 1991, le symbole officiel du groupe était un svastika inséré dans deux triangles superposés. Bien entendu, le svastika avait une signification ésotérique profonde pour les occultistes du cercle intérieur du parti nazi. Évidemment, la signification sémiotique de ce fait n'est pas passée inaperçue chez les esprits les plus sceptiques, et à partir de 1991, le Mouvement Raëlien a jugé préférable de prendre ses distances avec le svastika, pour des questions de relations publiques. Toutefois, la continuité de pensée est restée évidente.

    Le fait que Bainbridge considère les sectes ufologiques comme autant de bouillons de culture pour y développer ses théories d'ingénierie religieuse témoigne de l'inclination inhérente à la sociologie vers la pensée technocratique. Bainbridge, lui-même sociologue, souhaite voir une religion fondée sur les OVNI devenir la nouvelle «sociolâtrie» de l'humanité, avec des ingénieurs sociaux tels que Bainbridge pour guider les adeptes de cette nouvelle théocratie scientiste. Les sectes ufologiques, avec leurs prémisses collectivistes et autoritaristes, sont parfaitement à même de remplir le rôle d'agents de la restructuration sociocratique de la société.



    Un Christ exo-théologique: le nouveau christianisme?

    L'ingénierie religieuse implique en général le recyclage de concepts métaphysiques intrinsèques aux religions traditionnelles. Par exemple, les utopistes socio-politiques marxistes ont reformulé le concept traditionnel de l'eschatologie traditionnelle, pour la transplanter sur le plan ontologique de l'univers phénoménal. Ces projets primitifs d'ingénierie religieuse ont donné naissance à des mouvements séculaires, qui se comportaient comme des religions, d'un point de vue sociologique. Les experts en sciences sociales ont pendant longtemps été impliqués dans des projets d'ingénierie religieuse. Saint-Simon, le mentor d'Auguste Comte, s'était consacré à de tels projets bien avant que la sociologie ne soit formellement institutionnalisée. La vision saint-simonienne de la sociocratie s'est doublée d'une nouvelle religion scientifique. Dénommée «nouveau christianisme», cette religion scientifique proposait «la morale sans la métaphysique» et «la technologie sans la théologie» (Billington 214). Saint-Simon espérait que ce «nouveau christianisme» séparerait la gouvernance de la politique, donnant naissance à un système apolitique fondé sur «l'expertise». James H. Billington écrit à ce sujet:

    L'autorité politique devait céder la place à l'autorité sociale dans son [Saint-Simon] utopie technocratique. Elle devait être administrée par trois chambres: la chambre des inventions dirigée par des ingénieurs, celle des examens dirigée par des scientifiques, et celle de l'exécution des projets dirigée par des industriels. Un collège suprême devait définir les lois morales et physiques, et deux académies supérieures, nommées Raisonnement et Sentiment, devaient être formées d'artistes et d'écrivains chargés de la propagande. (215)

    Le concept saint-simonien de «nouveau christianisme» était en quelque sorte le précurseur du plan du théoricien socialiste Antonio Gramsci. Le programme de Gramsci contenait une forme subtile de manipulation sémiotique. Les religions traditionnelles devaient être progressivement éviscérées par la propagande et l'endoctrinement socialistes. Toutefois, l'iconographie religieuse standard devait rester en place. Tandis que Dieu s'effaçait peu à peu, l'état omnipotent était divinisé. Dans le même ordre d'idée, le programme saint-simonien incluait une stratégie fabienne visant à la consécration rituelle de la technocratie. Le «nouveau christianisme» devait être une conséquence de la future soumission de la religion à la science. Billington décrit le programme saint-simonien d'ingénierie religieuse:

    Dans son commentaire de l'essai de Charles-François Dupuis, L'origine de tous les cultes, ou la religion universelle, paru en 1802, de Tracy suggère que les religions du passé n'étaient pas seulement de la superstition irraisonnée, mais plutôt une sorte de balbutiement scientifique: l'expression généralisée, dans un langage imprécis, de la pensée scientifique de leur temps. De plus, les rituels religieux étaient socialement nécessaires pour mettre en scène les principes scientifiques pour le peuple ignorant. Saint-Simon envisageait son nouveau christianisme comme une nécessité du même ordre pour les masses. Son décès ne lui a pas permis de préciser si cette foi nouvelle était censée former la base morale de la nouvelle société, ou si elle ne constituait qu'une religion intermédiaire dans l'attente que les masses soient suffisamment éduquées pour accepter un système exclusivement scientifique. (215)

    La notion de «nouveau christianisme» n'est pourtant pas morte avec Saint-Simon. Les sectes ufologiques contemporaines, dont les menées dans le domaine de l'ingénierie religieuse sont constamment soutenues par les sciences sociales technocratiques, professent leur propre forme de «nouveau christianisme». De nombreuses sectes ufologiques tirent leur conception du «nouveau christianisme» de la science-fiction, un genre littéraire que Bainbridge identifie comme la source potentielle la plus prometteuse pour l'édification de la théologie de la nouvelle religion galactique:

    Les nouveaux cultes ont tendance à être très créatifs, mais leurs pratiques et doctrines s'inspirent d'autres groupes et traditions. Dans le cadre de la religion galactique, leur meilleure source d'inspiration pourrait probablement être la science-fiction. La science-fiction ne se contente pas de présenter des descriptions grandioses de civilisations galactiques, et la façon de les édifier, elle est également profondément imprégnée d'idées occultes et pseudo-scientifiques qui, si elles étaient reformatées pour fonder de nouvelles religions, pourraient satisfaire les besoins religieux de la population. («Religions for a Galactic Civilization»)

    Bien que la science-fiction vénère la science et présente des weltanschauungs ostensiblement séculiers, le genre fait toujours la promotion de concepts religieux. Bainbridge a remarqué cette préoccupation constante au sein de ce genre littéraire:

    La religion est un thème fréquemment abordé dans la science-fiction, et les auteurs de SF l'ont envisagé de différentes façons. Dans The Gods of Mars et dans The Master Minds of Mars, Edgar Rice Burroughs critique vertement la religion, accusée de mettre les croyants en esclavage, d'assassiner l'esprit scientifique, et de pratiquer des sacrifices humains. La religion a parfois été présentée de manière plus bienveillante, malgré son conflit avec la science, en tant qu'elle constitue un correctif humain aux excès d'une technologie devenue folle. On peut citer à ce sujet Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, et The Quest for Saint Aquin de Anthony Boucher. On trouve également des essais de théologie et de théodicée pour une société scientifique, par exemple L'Etoile d'Arthur C. Clarke ou Un cas de conscience de James Blish.

    Du point de vue de Bainbridge, la science-fiction constitue un réservoir important de mythes sociaux et culturels. Ces mythes sont cependant entièrement de nature scientifique, en ce sens qu'ils exaltent l'impérialisme épistémologique du scientisme. De plus, parce qu'ils mettent en avant des théories métaphysiques ( par exemple le matérialisme, le physicalisme, etc.), ces mythes scientistes de la science-fiction peuvent être considérés comme des religions. Ces religions se développent en fonction des demandes sociologiques de ceux qui souhaitent transformer le milieu religio-culturel. De ce point de vue, une partie de la science-fiction peut être considérée comme du chamanisme moderne ( i.e. du techno-chamanisme).

    Pour Bainbridge, la forme la plus efficiente de littérature SF est celle qui se pique d'inventer de nouvelles religions efficaces sur les plans sociaux et culturels:

    Ceux qui pourraient souhaiter créer une Église du Dieu Galactique trouveront plus appropriés les scénarios qui décrivent de nouvelles religions, des cultes qui pourraient réellement voir le jour, et qui, en cas de succès, pourraient orienter les politiques publiques en direction de la science et de la technologie.

    Bainbridge envisage ce genre de littérature comme une prophétie potentiellement auto-réalisatrice. Il soutient que lorsque des scénarios de ce type se seront implantés dans la conscience humaine, ils se réaliseront d'eux-mêmes. En théorie, la concrétisation d'un tel mythe donnera naissance à l'Église du Dieu Galactique. Ce nouvel ordre théocratique règnera sur la civilisation galactique émergente, dont les futuristes rêvent depuis des années.

    Des chercheurs plus sceptiques pourraient penser que les assertions de Bainbridge quant à l'influence culturelle et sociale de la littérature SF sont quelque peu exagérées. Pourtant, les mythes techno-chamaniques de la science-fiction ont largement participé à la création d'une bonne part de la pop culture moderne, comme l'écrit l'évêque Seraphim Rose:

    L'idée qu'il puisse exister des formes de vie intelligentes «hautement évoluées» sur d'autres planètes a imprégné la conscience moderne à un point tel que même des hypothèses scientifiques respectables (et semi-scientifiques) l'envisagent comme une évidence. Ainsi, une série de livres populaires (Erich von Daniken, Chariots of the Gods?, Gods From Outer Space) prétend trouver des preuves de la présence d'entités «extra-terrestres» ou de «dieux» dans l'histoire ancienne, qui seraient responsables de l'apparition soudaine de l'intelligence humaine, qu'il est difficile d'expliquer par la théorie évolutionniste classique. (73)

    Cette façon de penser est devenue si largement répandue que même des scientifiques réputés ont commencé à donner du crédit à des concepts scientifiques:

    Des scientifiques sérieux de l'Union Soviétique ont supposé que la destruction de Sodome et Gomorrhe était due à une explosion nucléaire, que des entités «extra-terrestres» ont visité la Terre il y a de cela plusieurs siècles, que Jésus-Christ aurait pu être un «cosmonaute», et que «nous pourrions être à l'aube de la ''seconde venue'' d'êtres intelligents venus de l'espace». Des scientifiques occidentaux tout aussi sérieux considèrent que l'existence d' «intelligences extra-terrestres» est suffisamment plausible pour tenter, au cours des 18 dernières années, d'établir un contact avec celles-ci à l'aide de radiotélescopes, et on peut recenser au moins six programmes de recherches conduits par des astronomes autour du globe qui tentent de capter des signaux radio venus de l'espace. (Rose 73-74)

    Ces notions d'un Jésus-Christ «cosmonaute» et de la «seconde venue» cosmique sont devenues centrales dans la théologie de certaines sectes prétendument «chrétiennes». De ces étranges enclaves religieuses émerge un mythe techno-chamanique qu'on pourrait identifier au «nouveau christianisme» de l'Église du Dieu Galactique sociocratique. Le nouveau paradigme scientiste présente ce qu'on pourrait qualifier d' «exo-théologie». Rose explique ce point:

    Les «théologiens» protestants et catholiques romains – qui se sont habitués à suivre la «science» dans toutes les voies où elle semble se diriger – spéculent de leur côté, au sein de ce nouveau champ de l' «exo-théologie» (la «théologie de l'espace»), sur la nature des races extra-terrestres (cf. Time magazine du 24 avril 1978).

    Dans son analyse finale de la science-fiction, Rose conclut que ce genre qui se veut ostensiblement «scientifique et non-religieux» est, en fait, le «propagateur principal (dans une forme séculière) de la ''nouvelle conscience'' religieuse» qui supplante progressivement le christianisme (77). Avec son mélange d'occultisme et de spiritualité païenne résurgente, la science-fiction pourrait faciliter un changement de paradigme dans la pensée religieuse. Bien entendu, une exo-théologie requiert un Christ exo-théologique. La science-fiction a déjà préparé la venue d'un nouveau messie scientiste.

    La série de films La guerre des étoiles est un cas exemplaire. George Lucas nous présente sa conception de la venue du messie new age dans La menace fantôme. L'élu est Anakin Skywalker, qui deviendra par la suite l'ignoble Darth Vader. Au cours du film, le spectateur apprend qu'Anakin a été «conçu par Dieu». La mère d'Anakin dit qu' «Il n'y a pas eu de père, pour autant que je le sache... Je l'ai porté, je lui ai donné naissance... Je ne peux expliquer ce qu'il s'est passé.» Nous apprenons par la suite qu'Anakin a été conçu spontanément par les midi-chloriens, des organismes microscopiques qui «résident dans toutes les cellules vivantes et communiquent avec la Force.» Le spectateur éclairé aura immédiatement identifié le thème évolutionniste de l'abiogenèse, qui reflète le concept kabbalistique du golem.

    Le golem d'Anakin apprend à contrôler et à exploiter la Force, qui représente la conception animiste de Dieu par Lucas. L'humanité ne représente en réalité qu'un seul organisme, qui évolue graduellement (on notera les points communs entre ce thème et la conception élitiste de l'humanité, vue comme une ruche d'abeilles). Dans la phase finale de son évolution, la singularité moniste qu'est l'homme devient Dieu. Comme dans la tradition théosophique, Anakin devient un maître ascensionné, et est divinisé dans Le retour du Jedi. Ce mythe devient progressivement la weltanschauung de la civilisation occidentale. Au cours d'une interview à Christianity Today, Dick Staub a déclaré:

    Un mythe est une histoire qui nous confronte avec une vue d'ensemble de ce qui est transcendent et éternel, et qui ce faisant, explique la vision du monde d'une civilisation. Selon cette définition, le christianisme est le mythe principal de la culture occidentale, et La guerre des étoiles est le mythe principal de la pop culture.

    Il est évident que George Lucas répond au cri de ralliement de Bainbridge, lorsque ce dernier évoque «l'ingénierie religieuse». Sa science-fiction donne naissance à une nouvelle religion mondiale, une Église du Dieu Galactique. L'importance de La guerre des étoiles dans la pop culture semble suggérer que la ritournelle de l'exo-théologie présente un attrait certain pour l'esprit des laïcs. Alors que de nombreux laïcs évitent la spiritualité chrétienne, ils recherchent par ailleurs un Christ de substitution adéquat. Consumé par le scientisme et l'anthropocentrisme, l'esprit laïc rejette le Christ chrétien pour le remplacer par un Christ exo-théologique. En ce sens, la science-fiction pratique une forme d'entrisme gramscien au sein des institutions.

    Pendant ce temps, des forces occultes au sein de la communauté du renseignement pourraient tenter de donner un degré de crédibilité plus important à ce Christ exo-théologique. Le témoignage de Linda Moulton Howe est intéressant à cet égard; au cours d'un rendez-vous avec Richard Doty, un officier du renseignement militaire américain, Howe a reçu une note d'information relative à des visites extra-terrestres. Cette note contenait un élément messianique intéressant:

    Il y avait un paragraphe qui affirmait que «les extra-terrestres avaient créé un être il y a deux mille ans», qui avait été placé sur Terre pour enseigner l'amour et la non-violence à l'humanité. (Howe 151)

    Il est clair que quelqu'un tentait par là de donner du crédit à l'idée que Jésus était un «cosmonaute». Doty faisait-il «fuiter» une information, ou agissait-il pour le compte de quelque ingénieur religieux invisible? Il faut garder à l'esprit que les services de renseignement américains sont, pour une large part, une création des sciences sociales technocratiques, et que les sciences sociales trouvent leur origine dans l'occultisme baconien, ce dernier ayant profondément influencé les doctrines de nombreuses sociétés secrètes ésotériques. Une de ces sociétés secrètes est la franc-maçonnerie, qui mettait en avant son propre messie. Dans Morals and Dogma, le franc-maçon du trente-troisième degré Albert Pike écrivait:

    Voici l'objet, la fin, le résultat, de la grande spéculation et des logomachies de l'antiquité; l'annihilation ultime du mal, et la restauration de l'Homme à son état premier, par un Rédempteur, un Messie, un Christos, le Verbe incarné, la Raison, ou le Pouvoir de la Déité. (274)

    Le lecteur attentif aura immédiatement noté le H majuscule dans le mot «Homme», soulignant la divinité intrinsèque de l'homme. Être un dieu constituait l' «état premier» de l'humanité. Ainsi, le messie maçonnique n'est pas le Créateur transcendant incarné en Jésus-Christ. La franc-maçonnerie postule que le messie se trouve en l'homme lui-même. D'après la doctrine maçonnique, la connaissance par l'humanité de sa nature divine innée fait partie intégrante du processus de divinisation. Pike récapitule:

    Ainsi, la conscience de soi-même nous amène à la conscience de Dieu, et enfin à la conscience d'un Dieu infini. Ceci constitue la meilleure preuve de notre propre existence, et la meilleure preuve de la Sienne. (709)

    Quant aux chrétiens primitifs qui croyaient que Jésus était le Dieu transcendant incarné, Pike les dépeint ironiquement comme des simplets superstitieux:

    Les imbéciles qui ont conduit le christianisme primitif sur la voie de l'égarement, en substituant la foi à la science, la rêverie à l'expérience, le fantastique à la réalité; et les inquisiteurs qui ont, pendant tant d'années, mené une guerre d'extermination contre le magisme, sont parvenus à recouvrir d'un voile de ténèbres les anciennes découvertes de l'esprit humain; nous en sommes donc réduits à tâtonner dans le noir pour retrouver la clef des phénomènes naturels. (732)

    La subordination de la foi à la science par Pike trahit les tendances scientistes de la franc-maçonnerie. Ces tendances sont également endémiques chez les sectes ufologiques. Puisque le Christ traditionnel n'est pas le messie adéquat pour quelque Nouvelle Atlantide que ce soit, un nouveau christianisme doit être mis en place. Les ingénieurs sociaux, qui sont en partie les héritiers de l'occultisme baconien, pourraient travailler de concert avec les sectes ufologiques pour atteindre ce but précis. Il faut aussi se souvenir que Lester Ward, le père fondateur de la sociologie américaine, a déclaré que l'objectif ultime des sciences sociales était de créer une «sociocratie radicale». Se pourrait-il que le phénomène OVNI fasse partie d'un projet visant à la restructuration sociocratique de la société?

    Un exercice mené par la CIA au début des années 60 renforce sans aucun doute cette supposition. Le projet, qui impliquait la fabrication de fausses observations d'OVNI, a abouti à la production d'un Nouveau Testament exo-théologique. Timothy Good relate cet intéressant cas d'ingénierie religieuse:

    Miles Copeland, ancien coordinateur de la CIA et officier du renseignement, m'a raconté une histoire intéressante au sujet d'une manœuvre de désinformation de l'agence impliquant des observations d'OVNI fictives. Il s'agissait dans ce cas «d'éblouir» et «d'intoxiquer» les chinois, qui avaient eux-même trompé la CIA en de nombreuses occasions, notamment en forçant l'agence à envoyer des équipes dans un désert de la province du Sinkiang, en Chine occidentale, pour y chercher des «énergies atomiques» souterraines inexistantes. Copeland m'a dit que l'exercice avait eu lieu au début des années 60. Il s'agissait de lancer de faux rapports d'observations d'OVNI venant de nombreux endroits différents. Le projet était dirigé par Desmond Fitzgerald, du Personnel des Affaires Spéciales (qui s'était rendu célèbre en échafaudant des plans sans queue ni tête pour assassiner Fidel Castro). Copeland m'a dit que l'exercice «avait juste pour objectif de perturber les chinois, en leur faisant croire que nous faisions des choses que nous ne faisions pas. Pour autant que je me souvienne, le projet a atteint ses objectifs, mais il a été détourné par une bande de fanatiques religieux de l'Iowa et du Nebraska, qui l'ont pris suffisamment au sérieux pour ajouter un nouveau chapitre à leur propre version du Nouveau Testament!». (357)

    Si cette manipulation ufologique mise en œuvre par la CIA a pu pousser certains cultes à embellir et à pervertir les Écritures, imaginez les effets qu'une manipulation de plus grande ampleur pourrait produire. Des observations de ce type plus fréquentes et plus massives pourraient entraîner l'émergence d'un Nouveau Testament exo-théologique pour une Église du Dieu Galactique. Dans Morals and Dogma, le maçon du trente-troisième degré Pike écrit: «Dieu est, selon la conception humaine, le reflet de l'homme lui-même» (223). D'après les Écritures, Dieu créa l'homme à Son image. D'après les «ingénieurs religieux» tapis dans l'ombre, il est temps que l'homme lui rende la pareille.



    L'ufologie: une marionnette de la communauté du renseignement?

    Il existe un corpus de preuves qui semble suggérer que les tenants de l'hypothèse OVNI sont manipulés. Alors que de nombreux chercheurs sur les OVNI ont purement et simplement ignoré ces preuves, parce qu'elles ne cautionnent pas leur désir de croire en l'existence de races extra-terrestres, Jacques Vallée a soutenu cette théorie. Il écrit dans son livre OVNI: la grande manipulation:

    Les OVNI existent. Ils sont une application de la technologie psychotronique; ce qui signifie qu'il s'agit d'appareils utilisés pour agir sur la conscience humaine. Il se peut qu'ils ne viennent pas de l'espace; il se peut qu'il s'agisse en fait d'appareils manipulés depuis la Terre. Leur but pourrait être d'imposer des changements sociaux sur cette planète. Leur mode opératoire appartient au champ de la tromperie: manipulation systématique des témoins et des contactés; utilisation secrète de différentes sectes et cultes; contrôle des circuits par lesquels les supposés «messages extra-terrestres» peuvent impacter le public. (21)

    Nous avons déjà montré que cette tromperie semble amener les personnes manipulées sur la voie de la technocratie. De nombreux croyants du phénomène OVNI sont assez attirés par l'idée de professionnels de la politique qui mettraient de côté les institutions démocratiques pour s'occuper du problème soulevé par les OVNI. Toutefois, qui est le maître d'œuvre de cette manipulation? Nous avons déjà pointé du doigt l'implication de l'oligarchie. Mais l'élite au pouvoir se place rarement en première ligne, et évite d'agir directement. Des organisations et des individus stipendiés pour lui servir de couverture, donnent à l'élite au pouvoir la possibilité de continuer ses entreprises criminelles. Dans le cas de la manipulation ufologique, c'est la communauté du renseignement qui semble jouer le rôle d'exécuteur des basses œuvres de l'élite au pouvoir.

    Il est intéressant de noter que l'un des premiers individus à avoir authentifié les documents MJ-12 était Richard M. Bissell Jr. Dans une lettre à Lee Graham, Bissell écrivait que les documents MJ-12 «avaient certainement l'air authentique» (Roswell: Military Forces Acting in Great Secrecy). De plus, Bissell ajoutera que «sur la base des éléments que vous m'avez envoyés, j'ai personnellement peu de doutes qu'ils ne soient pas authentiques». Le parcours de Richard Bissell Jr. Au sein de l'establishment était sans tache. Son frère, William Truesdale Bissell, était un membre de la société secrète Skulls and Bones de Yale (Tarpley et Chaitkin, p.126). Skulls and Bones est une filière d'élite où les enfants des dynasties dominantes nouent des relations qui se perpétuent après l'université, et où ils apprennent les doctrines philosophiques et religieuses de l'élite dirigeante. Le père de Bissell, Richard M. Bissell Sr., était le directeur de l'institut neuro-psychiatrique du Hartford Retreat for the Insane (126). L'un des patients de cet institut, Clifford Beers, fonda par la suite la Mental Hygiene Society (126). Cette dernière était impliquée dans le programme de contrôle mental de la CIA, le tristement célèbre MK-Ultra (126). C'est le «traitement» subi par Beers à l'institut de Bissell père, qui lui donna l'idée de fonder la Mental Hygiene Society, dont le but était l'ingénierie culturelle destructrice.

    Le fils Bissell devint l'assistant d'Allen Dulles lorsque ce dernier accéda au poste de Director of Central Intelligence (DCI) (127). A ce titre, Bissell prépara l'invasion de Cuba, planifia l'assassinat de Castro, et entraîna les équipes chargées de ces tâches (127). Bien que tous ces plans aient échoué, le projet a tout de même réussi à accomplir son objectif principal, qui était de créer «une force composée d'assassins professionnels multi-tâches» (127). Ces assassins apparurent dans l'assassinat de Kennedy, dans l'Opération Phoenix, et dans les guerres des Contras (127). Bissell passa la plus grande partie de sa vie d'adulte dans des opérations de manipulation et dans les crimes perpétrés par les services de renseignement. Les remarques de Bissell à Graham étaient peut-être une manipulation de plus.

    Il est possible que Bissell et ses compagnons de la communauté du renseignement voulaient que les gens croient en l'authenticité des documents MJ-12. De cette façon, les documents pourraient être utilisés à des fins de programmation prédictive, en conditionnant la population pour qu'elle accepte la technocratie, seule capable de prendre la mesure d'une présence extra-terrestre.

    Les ingénieurs sociaux de la CIA/OSS ont-ils toujours été impliqués dans le mouvement OVNI, le guidant sur la voie technocratique? Le vice-président du National Investigations Committee on Aerial Phenomena (NICAP), dans les années ayant suivi sa création, était le comte Nicolas de Rochefort, un membre du département de guerre psychologique de la CIA (Good 348). Il est aussi significatif que le directeur du NICAP, le major des marines à la retraite Donald Keyhoe, a été évincé de son poste par une faction menée par le président du directoire de l'association, le colonel Joseph Bryan III, l'ancien chef du département de guerre psychologique de la CIA (351). Le lecteur attentif se souviendra que les stratagèmes de guerre psychologique utilisés par la CIA ont été développés par les ingénieurs sociaux de l'ancien OSS. En ce sens, l'ufologie est devenue une sorte de secte sociocratique, dirigée par les spécialistes de la guerre psychologique de la CIA, qui y jouent le rôle d'ingénieurs religieux. Un mémo envoyé par H. Marshall Caldwell, le directeur-adjoint du département du renseignement scientifique de la CIA, à Walter Smith, le directeur de la CIA de l'époque, montre tout l'intérêt que l'agence portait à ces questions:

    Malgré des observations signalées dans le monde entier, il apparaît que, au moment où l'enquête a eu lieu, la presse soviétique n'a publié aucun article ni aucun commentaire, même satirique, sur le sujet des soucoupes volantes, bien que Gromyko ait fait un commentaire humoristique sur le sujet. La presse étant contrôlée par l'état, ceci ne pourrait résulter que d'une décision politique officielle. La question se pose alors de savoir si ces observations:

    1. peuvent être contrôlées,

    2. peuvent être prédites, et

    3. peuvent être utilisées dans le cadre de la guerre psychologique, que ce soit offensivement ou défensivement

    Les inquiétudes de la population quant à ce phénomène, qui se reflètent à la fois dans la presse américaine et dans la pression exercée sur l'Air Force pour que celle-ci soit investiguée, indique qu'une proportion importante de notre population a été conditionnée pour accepter ce qui paraît incroyable. Ce fait montre qu'il y a là le potentiel pour le déclenchement de phénomènes de panique et d'hystérie de masse. (Cité dans Keith, Mind Control, World Control? p272)

    Caldwell poursuit en faisant la recommandation suivante:

    Une étude devrait être mise en place pour déterminer quelle utilisation les planificateurs américains de la guerre psychologique pourraient faire de ce phénomène. (Cité dans Keith, Mind Control, World Control? p272)

    Ce mémo, ainsi que, probablement, d'autres propositions de ce type encore inconnues du grand public, pourrait avoir conduit à une Weltanschauungskrieg impliquant les OVNI et les documents MJ-12. L'objectif ultime de cette Weltanschauungskrieg pourrait être la restructuration sociocratique de la société.



    La Nouvelle Atlantide globale: une fin des temps immanente?

    Bien entendu, les sciences sociales technocratiques, qui ont joué un rôle central dans les stratagèmes de guerre psychologique de la CIA, trouvent leur origine dans l'ésotérisme de Francis Bacon, la vision utopique de la société de ce dernier représentant quant à elle l'objectif ultime de certaines sociétés secrètes ésotériques. Parmi elles, on trouve la franc-maçonnerie et le rosicrucianisme, qui ont donné naissance à de nombreuses utopies socio-politiques (par exemple, le communisme et le fascisme). Ces organisations ont détruit les religions abrahamiques traditionnelles, et ont transplanté leurs concepts métaphysiques sur le plan ontologique de l'univers physique. Pour comprendre les fondements conceptuels et les conséquences de cette transplantation, il convient d'examiner le symbolisme trinitaire de Joachim de Flore. Eric Voegelin écrit à ce sujet:

    Joachim de Flore a rompu avec la conception augustinienne de la société chrétienne lorsqu'il a appliqué le symbolisme de la Trinité au déroulement de l'histoire … Avec son eschatologie trinitaire, Joachim de Flore a créé l'agrégat de symboles qui définissent la société politique moderne jusqu'à nos jours … Le premier de ces symboles est la conception de l'histoire comme une séquence de trois âges, dont le troisième est décrit comme étant le Troisième Règne … Cette symbolique est reprise et adaptée par le mouvement humaniste et encyclopédiste, qui catégorise l'histoire en histoire ancienne, médiévale, et moderne; par la théorie de Turgot et de Comte portant sur une séquence de phases théologiques, métaphysiques, et scientifiques; par la dialectique hégélienne des trois étapes de la liberté et de la prise de conscience de soi; par la dialectique marxiste des trois états correspondant au communisme primitif, à la société de classes, et au communisme final; et enfin, par la symbolique nationale-socialiste autour du troisième Reich. (111-12)

    Les partisans du communisme, du fascisme, ou d'autres types d'utopies socio-politiques peuvent être qualifiés de gnostiques séculiers. Leur eschatologie envisage la manifestation de la fin des temps au sein du cosmos immanent. Wolfgang Smith commente cette nouvelle tendance de gnosticisme:

    En lieu et place d'une fin des temps qui transcenderait ontologiquement les limites de ce monde, le gnostique moderne imagine une fin au sein de l'histoire, c'est à dire une fin des temps qui est censée se réaliser au sein même du plan ontologique de l'univers sensible. (238; italique ajouté)

    Dès lors, l'objectif ultime poursuivi par ces djihadistes néo-gnostiques fut l'immanentisation de la fin des temps. Voegelin poursuit:

    La tentative de rendre immanent le sens de l'existence est en fait une tentative de mieux appréhender notre connaissance de la transcendance, en tout cas plus que ne le permet la cognitio dei, la connaissance de la foi. Et les expériences gnostiques permettent cette meilleure appréhension, dans la mesure où elles représentent une expansion de l'âme jusqu'au point où Dieu est ramené au plan de l'existence humaine. (124)

    Cette immanentisation néo-gnostique a toujours eu pour effet de produire des formes totalitaires de gouvernement: «Le totalitarisme de notre temps doit être entendu comme l'accomplissement de la quête néo-gnostique d'une théologie civile» (Voegelin 163). Ceci est le résultat direct de l'immanentisme inhérent au néo-gnosticisme. Les néo-gnostiques ont interprété l'histoire comme une réalité tangible qui pouvait être catégorisée et observée par les sciences empiriques. En conséquence, leur vision de l'histoire et de la théologie avait de fortes accointances conceptuelles avec l'interprétation physiologique de la société par Saint-Simon, qui était totalitaire par essence. Tout comme Saint-Simon a étendu l'empirisme radical et la méthode scientifique baconienne au domaine de la gouvernance, les néo-gnostiques ont étendu ces concepts à l'histoire et à la théologie. Voegelin évoque cette extension, qui trouve son origine dans l'immanentisme de Joachim de Flore:

    L'immanentisation de Joachim de Flore a soulevé un problème théorique qui n'apparaissait ni dans l'antiquité classique, ni dans le christianisme orthodoxe, et qui est le problème d'un eidos dans l'histoire... Il n'y a pas d'eidos dans l'histoire parce que la nature supérieure de l'eschatologie fait que celle-ci n'entre pas de le champ de la nature au sens philosophique et immanent du terme. Le problème d'un eidos dans l'histoire n'apparaît donc que lorsque l'accomplissement transcendantal chrétien est ramené au plan de l'immanence. Cette hypostase immanentiste de la fin des temps constitue cependant une erreur théorique. Les choses ne sont pas les choses, pas plus qu'elles n'ont d'essences, sur le simple fondement d'une déclaration arbitraire. Le cours de l'histoire dans son ensemble ne peut être l'objet d'une expérience; l'histoire n'a pas d'eidos, parce que le cours de l'histoire se prolonge dans le futur inconnu. Le sens de l'histoire est donc une illusion; et cet eidos illusoire est créé en traitant un symbole de la foi comme s'il s'agissait d'une proposition concernant un objet relevant de l'expérience immanente. (120)

    En un sens, les sectes ufologiques et certaines franges de l'ufologie perpétuent cette tradition néo-gnostique de l'immanentisation. Certains ufologues soutiennent que Dieu est, par définition, un extra-terrestre. Cette assertion est partiellement vraie. Dieu se situe bien au-delà du royaume terrestre. Pourtant, plusieurs ufologues en concluent que Yahweh est un extra-terrestre, et que Jésus était son «cosmonaute». Bien entendu, il s'agit là d'une simplification grossièrement exagérée du terme «extra-terrestre». Les ufologues semblent ignorer l'étymologie du terme «extra-terrestre», dérivé du latin extrus, qui signifie «en dehors», et de terrestris, «la terre». En effet, Dieu est «en dehors de la Terre». Il est un esprit, et, en tant que tel, il se situe en dehors du plan ontologique de l'univers physique. Dans Jean 4:24, Jésus dit «Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité». Dans Hébreux 12:9, Paul identifie le Seigneur au «père des esprits». La seule occurrence où Dieu a eu une forme matérielle fut durant Son incarnation en tant que Jésus-Christ.

    Les extra-terrestres sont toutefois des entités physiques. En prétendant que Yahweh est un extra-terrestre, les ufologues se rangent donc à la vision immanentiste du néo-gnosticisme, tout comme de nombreuses sectes ufologiques. Le mouvement raëlien en est un excellent exemple. D'après la théologie raëlienne, Elohim était en fait une race extra-terrestre responsable de la création de l'humanité. Des variantes de ce mythe de création scientifique, connu sous le vocable de panspermie, sont endémiques au sein des sectes ufologiques. Ce mythe est étrangement similaire à la légende de Sirius dans la franc-maçonnerie.

    Certaines franges de la communauté ufologique ne se contentent pas de déplacer Dieu sur le plan ontologique de l'univers physique, elles envisagent également la fin des temps comme un élément de l'histoire elle-même. Leur fin des temps culmine avec l'établissement d'une société utopique, qui ne diffère pas beaucoup de celle présentée par Bacon dans sa Nouvelle Atlantide. Elles prétendent que la mise en place de cette utopie globale sera facilitée par l'apparition d'extra-terrestres, et par l'entrée de l'humanité dans la «communauté cosmique». L'expression socio-politique de cette utopie cosmique implique le plus souvent la dissolution des nations au sein d'un gouvernement mondial totalitaire de type socialiste. Le phénomène OVNI participe effectivement à ce projet. Vallée observe que «L'intensification de l'attention portée à l'activité OVNI promeut le concept de l'unification politique de cette planète» (218).

    La science-fiction a déjà fourni le mythe fondateur de cette unification. Dans la nouvelle de SF Les enfants d'Icare, Arthur C. Clarke évoque une aide extra-terrestre pour la mise en place d'une gouvernance mondiale. Nommés les Suzerains (Overlords) par l'humanité, ces extra-terrestres précipitent la fin des états-nations souverains et la formation d'un gouvernement mondial unique. Un personnage nommé Stormgren, commentant la façon dont les Suzerains extra-terrestres ont affecté le système des états-nations, remarque que: «... Il ne sert à rien de s’accrocher au passé. Les états souverains étaient moribonds avant même l’arrivée des Suzerains qui n’ont fait que hâter leur mort. Personne ne peut plus sauver désormais cette notion d’état souverain – et personne ne devrait s’y essayer.» (45). Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres de ce que peuvent écrire les prosélytes de la programmation prédictive dans le domaine de la science-fiction.

    Là encore, le mouvement raëlien fournit un excellent exemple. Dans Création intelligente: le message des créateurs, les contacts extra-terrestres supposés de l'athéiste français Raël poussent l'humanité à abolir les états-nations et à établir un gouvernement mondial:

    « Vous devez également faire en sorte que toutes les nations de la Terre s'allient pour ne plus avoir qu'un seul gouvernement. … Ce qui vous permettra d'y arriver, c'est la création d'une monnaie mondiale et d'une langue unique. On ne parle plus l'auvergnat à Clermont-Ferrand, on ne parlera plus le français à Paris bientôt, ni l'anglais à Londres, ni l'allemand à Francfort. Vos scientifiques et vos spécialistes des langues doivent s'unir pour créer une langue nouvelle, inspirée de toutes et rendue obligatoire dans les écoles du monde entier comme deuxième langue. Pour la monnaie c'est la même chose: la valeur mondiale ne peut être ni le franc, ni le dollar, ni le yen, mais une nouvelle monnaie créée pour les besoins de la Terre toute entière sans léser un peuple qui se demanderait pourquoi on a choisi celle d'un autre pays plutôt que la sienne. Enfin le détonateur nécessaire à une telle union est la suppression du service militaire qui n'apprend que des choses servant l'agressivité aux jeunes hommes et la mise au service public des militaires de carrière. Cela doit intervenir dans tous les pays en même temps, gage de stabilité. »

    Les documents MJ-12, qui portent la marque de la technocratie sociétale, ont été présentés pour la première fois au public par William Moore, Jaime Shandera, et Stanton T. Friedman (cf. Cooper). Friedman conclut tous ses discours par un appel à la gouvernance mondiale, qu'il ponctue d'une remarque légèrement ironique: «Qui parle au nom de la planète Terre... L'Argentine?». En ce sens, la communauté ufologique suit la tradition néo-gnostique des premiers utopistes socio-politiques. Il ne fait pas de doute que peu de membres de cette communauté sont au courant de la manipulation en cours. Néanmoins, ils servent malgré tout les ambitions socio-politiques utopiques de l'élite au pouvoir. Les aspirations globalisantes des élites représentent quant à elles un lien supplémentaire dans la chaîne qui remonte aux anciens cultes à mystères de la Mésopotamie. Qu'ils soient authentiques ou qu'il s'agisse d'un canular élaboré, les documents MJ-12 présentent la vision technocratique d'une fin des temps qu'ils tentent de rendre immanente.

     

    Sources citées

    • Bainbridge, William Sims. Extrait de Science Fiction and Space Futures, publié par Eugene M. Emme. San Diego: American Astronautical Society, pages 187-201, 1982.

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      • New Religions, Science and Secularization, extraits de Religion and the Social Order, 1993, Volume 3A, pages 277-292, 1993.

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    • Raël. Création intelligente: le message des créateurs, tiré de Le message donné par les extra-terrestres [PDF].

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    • Wells, Herbert George. The Open Conspiracy: H.G. Wells on World Revolution. 1928. Westport, Connecticut: Praeger, 2002.

    • Vallée, Jacques. OVNI: la grande manipulation, éditions du Rocher, 1983 .



    A propos des auteurs

    Phillip D. Collins est l'auteur de The Hidden Face of Terrorism. Il a co-écrit l'ouvrage The Ascendancy of the Scientific Dictatorship, qui est disponible sur www.amazon.com. Phillip a également écrit des articles pour Paranoia Magazine, MKzine, News With Views, B.I.P.E.D.: The Official Website of Darwinian Dissent et Conspiracy Archive. Il a aussi donné de nombreuses interviews à des émissions de radio, dont A Closer Look, Peering Into Darkness, From the Grassy Knoll, Frankly Speaking, the ByteShow, et Sphinx Radio.

    En 1999, Phillip a obtenu un Associate degree of Arts and Science. En 2006, il a obtenu un bachelor's degree avec les études libérales comme matière principale, et la philosophie comme matière secondaire. Durant les sept années de son cursus universitaire, Phillip a étudié la philosophie, la religion, les sciences politiques, la sémiotique, le journalisme, le théâtre, et la littérature classique. Il vient de finir la rédaction d'un recueil d'histoires courtes, de poésie et de prose intitulé Expansive Thoughts.

     

    Paul D. Collins a étudié l'histoire cachée et les forces occultes de la politique internationale pendant environ onze années. En 1999, il a obtenu le diplôme Associate of Arts and Science. En 2006, il a obtenu un bachelor's degree avec les études libérales comme matière principale, et la science politique comme matière secondaire. Paul est l'auteur d'un autre ouvrage, titré The Hidden Face of Terrorism: The Dark Side of Social Engineering, From Antiquity to September 11. Publié en novembre 2002, le livre est disponible sur amazon.com. Il est disponible en e-book (ISBN 1-4033-6798-1) ou au format livre de poche (ISBN 1-4033-6799-X). Paul est également le co-auteur de The Ascendancy of the Scientific Dictatorship.

     


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  • Commentaires

    1
    Roger
    Dimanche 24 Janvier 2016 à 17:39

    Bonjour,

    Au niveau des manipulations ufologiques, il est étonnant que vous ne citiez pas le dossier "Ummo" !

    D'ailleurs, le principal protagoniste et instigateur de cette histoire, "José Luis Jordán Peña" a reconnu sur la fin de ses jours avoir été "approché" et payé par les américains.

    Étonnamment, à l'heure ou j'écris,cette histoire n'est pas terminée puisque des "Ummites" continuent de correspondre  via Twitter

      • Lundi 25 Janvier 2016 à 19:19

        Bonjour,

        tout d'abord, il s'agit ici d'une traduction, l'article original est l'oeuvre des frères Collins.

        Ensuite, l'article se concentre sur deux aspects de la manipulation ufologique: l'aspect technocratique/gouvernement mondial, et l'aspect religieux.

        L'affaire ummite concerne un autre volet de la propagande ufologique: la manipulation de la science par les services secrets, qui se servent de cet angle d'attaque pour semer un peu plus la confusion dans l'esprit de la population.

        On peut effectivement regretter que les auteurs n'aient pas abordé ce thème dans leur article, d'autant plus qu'il constitue une part importante des documents majestic 12.

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