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➤ « Papa » John Phillips, le roi-loup de L.A.

25 Juillet 2015 , Rédigé par Triangle

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« John [Phillips] était le contrôleur ultime. » Lou Adler, producteur/manager de The Mamas and the Papas

« C’était pratiquement son esclave. » Michelle Phillips, décrivant la relation entre John et sa troisième femme, Genevieve Waite



   Au cours de notre voyage, nous avons pu voir comment ce qu'on pourrait considérer comme étant les deux meurtres de masse les plus sanglants et les plus célèbres de l'histoire de la Cité des Anges – les meurtres des occupants de la demeure de Cielo Drive dans le Benedict Canyon, et les meurtres à coups de matraques de quatre trafiquants de drogue sur Wonderland Avenue, surnommés Four on the Floor – étaient en relation directe avec la scène musicale du Laurel Canyon. Mais la ville de Los Angeles peut s'enorgueillir d'un autre meurtre particulièrement célèbre, et qui est sans conteste le plus horrible et le plus fameux des homicides non élucidés dans l'histoire de la ville.

   Le 15 juillet 1947, le corps mutilé de l'actrice débutante Elizabeth Short était retrouvé étendu sur une pelouse. Le corps nu avait été massacré rituellement, coupé en deux avec soin, et complètement vidé de son sang. Des parties du corps avaient été retirées, après quoi le cadavre avait été soigneusement désinfecté. Des ecchymoses indiquaient avec certitude que la jeune fille avait été frappée avec une grande brutalité. L'autopsie a révélé que, pendant qu'elle avait été soumise à la torture, on l'avait forcée à manger des excréments. Elle fut bientôt surnommée « le Dahlia Noir », un nom qui est resté célèbre jusqu’à nos jours.

Dahlia Noir

Le corps mutilé d'Elizabeth Short

   Il y a beaucoup d’éléments contradictoires dans ce qui a été écrit sur la courte vie de mademoiselle Short. Parmi les faits sur lesquels tout le monde semble s’accorder, on citera qu’elle avait travaillé peu de temps auparavant sur une base militaire nommée Vandenberg Air Force Base, et qu’elle était liée d’une façon ou d’une autre avec un hôpital de l’US Navy à San Diego, où il se pourrait qu’elle ait travaillé. C’est en tout cas ce qu’elle annonçait dans une lettre envoyée à sa mère.

   Contrairement aux meurtres commis par la Manson Family et à ceux de Wonderland Avenue, la mutilation du Dahlia Noir a eu lieu deux décennies avant les années glorieuses du Laurel Canyon. Néanmoins, un lien pourrait exister entre ce meurtre et la scène musicale.

   Cette histoire commence le 30 août 1935, avec la naissance de John Edmund Andrew Phillips, fils de Claude et Edna Phillips. Claude était un officier et ingénieur du corps des Marines à la retraite. Son père, John Andrew Phillips, un architecte de premier plan, fit un jour « une chute mortelle et mystérieuse » sur un chantier, d’après l’autobiographie de John Phillips.

   La mère de John, Edna, a eu une éducation peu conventionnelle. Sa mère était une médium et une guérisseuse, et la plupart de ses onze frères et sœurs étaient connus localement pour être des bandits à la gâchette facile. À l’âge d’un an, Edna aurait prétendument été enlevée par des gitans! Pas d’inquiétude à avoir, cependant – son père l’aurait retrouvée un an après au Mexique, même si la façon dont il a récupéré sa fille restera sans doute un mystère à tout jamais.

   Edna avait tout juste quinze ans quand elle rencontra Claude Phillips, avec qui elle entama une relation. D’après la légende, Claude aurait soi-disant gagné un bar situé dans l’Oklahoma au cours d’une partie de cartes disputée avec un autre soldat lors de leur retour de France à la fin de la première guerre mondiale; ce qui, rétrospectivement, semble tout aussi crédible que la plupart des histoires de famille racontées par John. Edna venait d’avoir dix-huit ans lorsqu’elle mit au monde le premier enfant du couple, Rosie Phillips, le jour de la Saint-Sylvestre 1922. Rosie fit par la suite carrière au Pentagone, où elle retrouvera la première épouse de John. Quelques années plus tard, John racontera que la fille de Rosie, Patty, sera « retrouvée morte d’une overdose dans l’appartement d’une amie à North Hollywood... Sa mort était entourée de mystère. » C’est le genre de choses qui ont tendance à arriver aux familles installées dans le Laurel Canyon.

   À la fin des années 20, Claude Phillips fut envoyé à Haïti, où il resta pendant quatre ans. Il fut ensuite muté à Quantico, puis à Managua, au Nicaragua, avant de revenir à Alexandria en Virginie, où John Phillips, que l’on pourrait considérer comme la figure la plus importante de la scène musicale du canyon, passa la majeure partie de son enfance. John fréquenta les bancs d’écoles militaires et catholiques particulièrement strictes. Il fut aussi enfant de chœur, même si lui-même raconte qu’il avait un côté sombre qui le poussait à s’adonner au vandalisme, au vol de voitures, à l’effraction de domicile, à la bagarre et à d’autres bêtises de ce genre. Sa mère, quant à elle, faisait la chasse aux hommes, quand elle ne passait pas son temps avec un colonel de l’US Army du nom de George Lacy. Par la suite, John eut vent d’une rumeur affirmant que que son véritable père était un médecin du corps des Marines nommé Roland Meeks, qui perdit la vie dans un camp de prisonniers au Japon durant la seconde guerre mondiale.

   Phillips jouait au basket à la George Washington High School, dont il sortit diplômé en 1953. Il parvint ensuite à intégrer l’académie navale d’Annapolis, qu’il quitta peu de temps après son admission. Il obtint l’un de ses premiers emplois sur un bateau de pêche recyclé pour le transport de passagers. Comme John s’en souviendra par la suite, l’équipage, en plus de lui, était composé d’un officier de la Navy à la retraite et de quatre généraux de l’Army à la retraite. Un petit boulot qui semblait parfaitement convenir à l’un des futurs guides du mouvement hippie. Phillips s’est aussi essayé à la vente de concessions dans les cimetières.

   Comme nous l’avons vu au début de cette odyssée, la première épouse de John était l’aristocratique Susie Adams, une descendante en ligne directe du président John Adams, et une pratiquante occasionnelle du vaudou. Le premier enfant du couple, Jeffrey, naquit le 13 décembre 1957. Peu de temps après, John se retrouva à la Havane à Cuba, juste au moment où le régime de Batista était sur le point d’être renversé par les forces révolutionnaires de Fidel Castro. D’après Phillips, ses compagnons de voyage et lui « furent attrapés dans la rue par un réalisateur, et emmenés dans un studio de télévision pour apparaître en direct dans une émission de variété de La Havane ». Je suis certain que de nombreux lecteurs ont connu des expériences similaires.

   Plusieurs mois plus tard, en 1958, Phillips s’envola pour Los Angeles où il donna des concerts amateurs à la Pandora Box sur le légendaire Sunset Strip. Son premier groupe, The Journeymen, était composé de Phillips, Scott McKenzie et Dick Weismann. C’est au cours d’une tournée avec ce groupe que Phillips rencontra Holly Michelle Gilliam, alors très jeune. Michelle était née le 10 novembre 1944 à Long Beach, en Californie, d’un père tantôt décrit comme travaillant dans la marine marchande, comme un assistant de production pour le cinéma, ou comme un intellectuel autodidacte. Lorsque la mère de Michelle, la fille d’un prêtre baptiste, décéda d’une rupture d’anévrisme, celle-ci était tout juste âgée de cinq ans. Son père emmena alors ses filles avec lui au Mexique, pour y poursuivre des études universitaires, études financées par une bourse réservée aux vétérans de la seconde guerre mondiale. Ils y restèrent plusieurs années. À leur retour en Californie du Sud, Gil trouva du travail en tant qu’agent de probation pour le comté de Los Angeles. D’après John, le travail de Gil « l’amenait souvent à quitter la ville », même si on peut penser que ces absences devaient rendre difficiles sa vérification de l’exécution des peines.

   En 1958, pendant que son futur époux prenait des vacances dans une île de Cuba en pleine guerre civile, Michelle trouvait une mère de substitution en la personne de Tamar Hodel, une jeune femme de vingt-trois ans. Le père de Tamar, le docteur George Hodel, a été décrit en 2007 par le magazine Vanity Fair comme étant « l’homme le plus pathologiquement décadent de Los Angeles » et comme « la sommité locale sur les maladies vénériennes et un membre permanent du gotha de la ville ». L’article relevait également que « George Hodel partageait avec Man Ray une passion pour les œuvres du marquis de Sade, ainsi que la croyance que la quête de la liberté personnelle valait tous les sacrifices ». En d’autres termes, Hodel avait adopté la devise luciférienne « Fais ce que voudra ». [ndt: la maxime rabelaisienne a été reprise par Aleister Crowley, alias la Bête 666: « Do what thou wilt shall be the whole of the Law »]

George Hodel

George Hodel

   Toujours d’après cet article, Tamar et ses frères et sœurs avaient « grandi dans la maison de leur père à Hollywood, une sorte de temple maya conçu par le fils de Frank Lloyd Wright, et qui était le lieu de fêtes débridées au cours desquelles Hodel était parfois rejoint par le réalisateur John Huston et le photographe Man Ray ». La luxueuse demeure abritait, entre autres aménagements, un caveau souterrain, ce qui peut toujours être utile. Dans cette maison décidément très étrange située sur Hollywood Hills, à moins de cinq kilomètres de l’entrée du Laurel Canyon, Tamar raconte comment elle « posait souvent, et ‘‘difficilement’’ nue... pour ‘‘ce vieux pervers’’ de Man Ray et [comment] elle était parvenue à échapper à un John Huston au comportement de prédateur ». Son propre père, on n’en sera pas surpris « avait eu des relations incestueuses avec elle.‘‘À onze ans, mon père m’a appris à lui faire des fellations’’ ». Son père l’a aussi « initiée à la lecture des livres érotiques, la préparant pour ce qu’il présentait comme leur future union transcendante », tout en la partageant librement avec ses amis riches et influents.

Maison Hodel

La maison de George Hodel de nos jours

   « La jeune fille apprit alors avec horreur qu’elle était enceinte » à l’âge de quatorze ans, et qu’il s’agissait de l’enfant de son père. « Elle fut horrifiée d’entendre que ‘‘mon père voulait que j’accouche de son enfant’’ ». Un ami l’emmena néanmoins pratiquer un avortement. Le docteur George en fut si furieux que, d’après Tamar, « il la frappa sur la tête avec un pistolet », ce qui força sa belle-mère (qui se trouvait être l’ex-femme de John Huston) à l’aider à partir se cacher. Le docteur George Hodel fut arrêté et accusé, entre autres, d’avoir offert sa jeune fille à plusieurs amis au cours d’une orgie. Le procès pour inceste fit sensation en 1949; on put y entendre un témoin qui décrivait comment Hodel l’avait hypnotisé au cours d’une soirée.

   Les allégations selon lesquelles les riches et les puissants pratiquent l’inceste, l’hypnose, organisent des orgies pédophiles et sont des adeptes de philosophies lucifériennes ont sûrement dû choquer les habitants du Los Angeles des années 40, tout comme elles choqueraient sans doute la majorité des américains de nos jours. Ceci explique peut-être pourquoi le jury fit le choix de ne pas croire Tamar, et d’acquitter le docteur Hodel. Bien sûr, le fait que Tamar ait été diffamée à la fois par la défense, menée par Jerry Giesler, ainsi que par la presse locale, a sans doute pesé dans la balance.

   Ce que peu de personnes savaient alors, et qui peut sembler encore plus choquant que les accusations entendues au cours du procès, est qu’Hodel, alors même qu’il était accusé de ces crimes, était par ailleurs le principal suspect dans l’affaire du meurtre du Dahlia Noir! De nombreux suspects furent identifiés dans cette affaire, y compris l’acteur-réalisateur Orson Welles. Mais George Hodel semble bien être le suspect principal. Et sa possible culpabilité, il convient de le noter, n’exclut pas la participation de complices à ses côtés. L’erreur commise par la quasi-totalité des enquêteurs sur cette affaire a été de croire qu’il n’y avait qu’un seul coupable. Il est tout à fait possible qu’Hodel ait commis ce crime avec la collaboration d’autres fréquentations de son cercle luciférien. Le photographe Man Ray, par exemple, est un suspect de premier choix, étant donné que la pose dans laquelle a été découverte le cadavre de mademoiselle Short semblait reproduire Le Minotaure, une de ses photographies les plus célèbres.

Minotaure Man Ray

Le Minotaure de Man Ray

   Il paraît improbable que la fille de quatorze ans d’un petit agent de probation se retrouve dans l’orbite de la fille du très riche et très bien introduit George Hodel, mais j’imagine que ce n’est pas moins improbable que de nombreux autres aspects de la saga du Laurel Canyon. Tamar, décrite par Michelle comme étant « la quintessence du glamour », prit rapidement la jeune fille sous son aile, lui achetant des vêtements, l’inscrivant à des cours de mannequinat, lui apprenant à conduire, lui fournissant une fausse carte d’identité ainsi qu’un flux continu de médicaments sous ordonnance – probablement obtenus grâce à son père. D’après Michelle, « Tamar badinait avec mon père, et coucha avec lui lorsque cela devint nécessaire ». Ceci explique peut-être pourquoi Gil n’a rien trouvé à redire lorsque, au début de l’année 1961, sa fille mineure est partie s’installer à San Francisco avec sa mère de substitution.

   Tamar eut bientôt une relation avec le membre des Journeymen Scott McKenzie, et Phillips, autre membre de ce groupe, se mit à rendre visite à Tamar et Michelle sur une base journalière. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Michelle, alors tout juste âgée de seize ans, ait une relation amoureuse avec Phillips, âgé quant à lui de vingt-cinq ans, malgré le fait que John était à l’époque toujours marié avec Susie Adams, avec laquelle il vivait encore, et qui lui avait donné deux enfants, Laura Mackenzie Phillips ayant vu le jour le 10 novembre 1959 à, naturellement, Alexandria en Virginie. Le père Gil, qui venait de se trouver sa propre épouse de seize ans (l’une de ses six épouses), n’exprimait toujours pas son inquiétude. Et on peut dire sans grand risque de se tromper que le père de Phillips, qui avait fait la cour à sa femme alors que cette dernière n’était âgée que de quinze ans, n’était probablement pas très inquiet lui non plus.

   En octobre 1962, environ un an après avoir rencontré Michelle, John se retrouva à Jacksonville, en Floride, à côté de la base aéronavale de Jacksonville et de la base navale de Mayport pour « deux semaines de repos et de répétitions », qui coïncidaient avec la crise des missiles de Cuba. Pour quelqu’un qui d’après ses dires « n’a jamais apprécié les plaidoyers politiques », John semblait éprouver un intérêt très marqué pour les affaires cubaines. Deux mois plus tard, le jour de la Saint-Sylvestre 1962, Holly Michelle Gilliam devint la seconde épouse de John Phillips. Elle intégra aussi le nouveau groupe de son époux, tout comme le canadien Denny Doherty, qui était auparavant membre des Mugwumps avec Cass Elliot. Le groupe fut nommé The New Journeymen.

   Le trio nouvellement formé embarqua pour une aventure caribéenne alimentée par la drogue, avec St. Johns comme première destination, où John prétendit qu’ils avaient « nagé dans l’acide » durant plusieurs semaines. Ils se dirigèrent ensuite vers St. Thomas, où ils emménagèrent dans un bar miteux nommé Duffy’s situé en bord de mer, et qui faisait également office de pension de famille. Ils y furent bientôt rejoints par Ellen Naomi Cohen, plus connue sous le nom de Cass Elliot, accompagnée de son ami d’enfance, le neveu de John. Cass naquit à Baltimore, mais elle fut élevée à Alexandria où elle étudia au lycée George Washington, tout comme Phillips. La légende raconte que Cass servait dans la salle pendant que le trio jouait des chansons folk. Au cours de la période qu’ils passèrent sur cette île, Phillips raconte que « la ville grouillait de Marines et de marins ivres qui revenaient du Vietnam ».

   Le groupe quitta la pension de famille pour s’installer dans une maison en construction sur Creeque Alley qui, toujours d’après John, fut connue comme « la maison ouverte de l’île, et tout le monde était le bienvenu dans notre communauté ». Au bout d’un certain temps, le gouverneur leur enjoignit de quitter l’île, censément « parce qu’il pensait que son neveu se droguait avec les cinglés de Creeque Alley ». Le groupe était finalement composé de John Phillips, Michelle Phillips, Denny Doherty et Cass Elliot, et ils avaient composé de quoi sortir un album. Ce premier album inclura des classiques comme California Dreamin’ et Monday, Monday. Aucun des albums suivants du groupe ne s’approchera du niveau de composition et d’écriture qu’ils sont parvenus à atteindre d’une façon ou d’une autre au cours de leur aventure caribéenne.

➤ « Papa » John Phillips, le roi-loup de L.A.

The Mamas and the Papas

   Bien qu’ils fussent isolé sur St. Thomas, les chansons que le groupe ramena avec lui à L.A. étaient comme par hasard du genre folk-rock, que personne n’avait entendu auparavant, mais qui devait bientôt émerger. Dans son autobiographie, Papa John, Phillips cite Doherty disant que tout le monde « évoluait vers le même son au même moment, sans qu’il y ait vraiment d’échanges à ce sujet ». Je suppose qu’il s’agissait là de l’œuvre du destin – une coïncidence extraordinaire de plus!

   On peut dire que Phillips a donné un certain nombre de versions différentes à propos de la création des chansons de ce premier album. Dans l’une d’entre elles, California Dreamin’ a été écrite au milieu de la nuit dans une chambre d’hôtel de New York, avec l’aide de Michelle. Une autre version soutenait que la chanson avait été composée au cours du voyage entre New York et Los Angeles. Une autre que la chanson remontait à 1963. Et il arrivait aussi que Phillips prétende que la chanson n’avait même pas été écrite pour The Mamas and the Papas, mais plutôt pour Barry McGuire, qui était un chanteur dans le vent après la sortie de Eve of Destruction en 1965.

   Un mois après leur arrivée à L.A., le groupe était déjà pourvu d’un producteur/manager (Lou Adler, un gamin juif qui avait grandi dans un quartier chaud peuplé majoritairement d’hispaniques) et d’un contrat avec une maison de disques, et John et Michelle s’étaient installés dans une maison confortable située sur la Lookout Mountain dans le Laurel Canyon. Ils eurent bientôt suffisamment d’argent pour acquérir l’ancienne résidence de Jeanette McDonald au 783 Bel Air Road, où l’on pouvait admirer des « gargouilles sculptées dans le bois » et qui bénéficiait d’un « caveau sous la maison », ce qui peut toujours servir, comme je l’ai déjà mentionné. Sise sur deux hectares de terrain, la luxueuse demeure, avec cinq Rolls-Royce dans l’allée, était le théâtre de fêtes ininterrompues.

   Le groupe nouvellement formé avait bien entendu besoin d’un nom; John a beaucoup insisté pour que ce soit Magic Cyrcle et les connotations occultistes qui l’accompagnent. Le groupe fut brièvement connu sous ce nom avant qu’il ne devienne définitivement The Mamas and the Papas. Il s’avéra que le groupe eut une durée de vie assez courte: il n’enregistra et ne se produisit sur scène que pendant trois ans, de 1965 à 1968, avec une brève reconstitution en 1971 pour satisfaire à des obligations contractuelles envers leur maison de disque. Au cours de cette période, le groupe accoucha de cinq albums et de onze singles classés dans les quarante meilleures ventes. À ce jour, la formation a vendu près de 100 000 000 d’albums.

   Le premier album de The Mamas and the Papas, If You Can Believe Your Eyes and Ears, sortit au début de l’année 1966 et se classa au sommet des ventes de disques. La suite peut se résumer à un lent déclin. Alors qu’ils enregistraient leur second album en juin 1966, Michelle fut congédiée du groupe parce qu’elle avait une liaison avec Denny Doherty, ce qui provoquait de nombreuses frictions au sein du groupe. Elle fit cependant son retour au mois d’août, ce qui n’empêcha pas la sortie du second album de se solder par un relatif échec commercial. Le troisième album, enregistré en 1967 et intitulé Deliver, fut un échec tout court. Puis en juin de cette année, The Mamas and the Papas se produisirent en clôture du festival pop de Monterey, où leur prestation fut unanimement qualifiée de pathétique.

   Deux mois après Monterey, le groupe fit sa dernière apparition télévisuelle dans le Ed Sullivan Show. Deux mois plus tard, le quartet se rendit en Europe pour y enregistrer leur quatrième album. Le groupe se sépara peu après. John se lança dans une carrière solo avec la sortie de John Phillips, the Wolf King of LA, frappé du logo de son propre label, Warlock Records, et qui fut un échec commercial. Pour satisfaire les demandes de leur maison de disque, le groupe se reforma brièvement à l’occasion de la sortie de leur quatrième album, People Like Us. Le groupe fut une fois de plus dissout peu après cette tentative infructueuse sur le plan commercial.

   À l’apogée de The Mamas and the Papas, John et Michelle connaissaient, et accueillaient régulièrement chez eux, virtuellement tous les personnages importants des canyons. Le cercle d’amis du couple incluait, en plus des chanteurs et musiciens résidant dans le Laurel Canyon, Warren Beatty, Peter et Jane Fonda, Jack Nicholson, Terry Melcher et sa petite amie Candice Bergen, Marlon Brando, Roman Polanski et Sharon Tate, Abigail Folger et Voytek Frykowski, le journaliste à scandales bientôt décédé Steve Brandt, Larry Hagman, le beau-frère du président Kennedy Peter Lawford (qui sortait à peine de son implication supposée dans la dissimilation du meurtre de Marilyn Monroe), Dennis Hopper, Ryan O’Neal, Mia Farrow, le franc-maçon éthéré Peter Sellers, et Zsa Zsa Gabor. Et un auteur-compositeur court sur pattes et aux cheveux en bataille du nom de Charles Manson.

Charles Manson

Charles Manson

   Il est certain que les liens entre The Mamas and the Papas et Charles Manson étaient nombreux. Et entre The Mamas and the Papas et les victimes de Cielo Drive. John Phillips, par exemple avait investi 10 000$ dans l’entreprise de Jay Sebring, Sebring International, dont la rumeur disait qu’elle servait de couvertures à diverses activités illégales, y compris le trafic de drogue. Michelle Phillips a eu une brève liaison avec Roman Polanski à Londres, alors que Polanski était marié avec la future victime Sharon Tate; cette dernière aurait été initiée à la pratique de la sorcellerie au cours de ce même séjour londonien. Mama Cass, comme on l’a déjà vu, vivait juste en face de la maison du 2774 Woodstock Road, occupée par Folger et Frykowski. Les deux maisons recevaient fréquemment la visite de trafiquants de drogue notoires. Pic Dawson, le fils d’un haut fonctionnaire du département d’état américain qui était, d’après John Phillips, suspecté par les autorités « d’utiliser la valise diplomatique pour transporter de la drogue entre différents pays », était un des habitués de la maison de Cass (il était également un habitué des maisons de Frykowski/Folger et de Tate/Polanski); tout comme Billy Doyle, un revendeur de drogue local à propos duquel Dennis Hopper prétendait qu’il avait été filmé en train de refourguer sa marchandise à la maison de Tate et Polanski tout juste trois jours avant les meurtres. Bill Mentzer, qui fut par la suite reconnu coupable du meurtre sanglant de Roy Radin – le producteur du film The Cotton Club – était lui aussi un habitué des lieux. La police de Los Angeles a décrit Mentzer comme faisant partie « d’une sorte d’équipe de tueurs ».

   La demeure de la « Dame du Canyon » était fréquentée par des personnages si inquiétants que, d’après le journaliste Maury Terry, les quatre premières personnes soupçonnées par la police dans le cadre de l’enquête sur les meurtres de Tate, Sebring, Folger et Frykowski étaient des trafiquants de drogue proches de Cass Elliot. Et pourtant la plupart des musiciens du canyon, qui n’avaient que du « Peace and Love » à la bouche, étaient étrangement des habitués de la demeure de Mama Cass. Comme le notait le magazine Rolling Stone dans son édition spéciale pour son quarantième anniversaire « la maison confortable de Cass Elliot fonctionnait comme une sorte de salon rock ». Dans une veine similaire, Barney Hoskyns écrivit dans Hotel California que « la porte de Cass était toujours ouverte ». L’ouvrage d’Hoskyns souligne également que la scène du Laurel Canyon « tournait entièrement autour de Cass et lui », le « lui » en question renvoyant en l’occurrence à David Crosby qui, tout comme Cass, avait un appétit insatiable pour les antalgiques puissants tels que le demerol, le dilaudid et le percodan. Crosby faisait partie des nombreux habitants du Canyon qui se rendaient régulièrement chez Cass pour se lancer dans des séances d’improvisation, et pour se frotter à des individus peu recommandables, pour manier l’euphémisme.

   Certains témoignages affirment qu’un autre habitué de la maison de Cass était Charlie Manson en personne. D’après Ed Sanders, c’est chez Cass que Charlie a pour la première fois rencontré l’héritière Abigail Folger (qui avait participé au financement des films de Kenneth Anger comme Lucifer Rising, qui devait avoir pour vedette Godo Paulekas, qui fut finalement remplacé par le membre de la Manson Family Bobby Beausoleil). D’après Maury Terry, la fameuse Process Church of the Final Judgement – que des preuves relient étroitement aux meurtres de Manson, du Son of Sam et du Cotton Club – a aussi frappé à la porte de Cass, cherchant à la recruter ainsi que John Phillips et Terry Melcher.

   Maury Terry a écrit que le célèbre bus de la Manson Family était garé devant la maison de John et Michelle Phillips durant l’automne de 1968. Certains témoignages soutiennent également que Manson était présent à la fête du réveillon 1968 qui fut donnée dans la maison du couple, quelques mois avant que les meurtres ne surviennent. Les liens entre The Mamas and the Papas et le clan Manson étaient si étroits que John Phillips et Mama Cass ont tous deux été appelés en tant que témoins de la défense au cours du procès de la Family, même si aucun des deux n’est apparu à la barre. Pour un groupe qui chantait « je serais en sécurité et au chaud, si j’étais à L.A. », les membres de The Mamas and the Papas avaient des relations plutôt dangereuses dans la Cité des Anges.

   À propos de relations dangereuses, peu de temps après que le groupe eût commencé à connaître le succès, Tamar Hodel reçut une carte postale de Michelle Phillips, lui demandant de regarder le passage du groupe sur le Ed Sullivan Show, puis de rejoindre le groupe au Fairmont Hotel de San Francisco, avant qu’il ne donne un concert. Tamar se présenta en compagnie de son père George – le père et la fille semblaient avoir maintenu des liens étroits, tout comme Gram et Robert Parsons – et Tamar, George, Michelle, Denny et Cass s’adonnèrent aux joies de la consommation de drogues avant la représentation.

   John et Michelle divorcèrent en 1970. Plusieurs années plus tard, Michelle révéla que leur relation avait été marquée par au moins un épisode de violence conjugale, au sujet duquel elle rechignait toujours à s’étendre. « C’était sérieux. J’ai fini à l’hôpital. C’est tout ce que je dirai à ce sujet ». Leur union avait donné une seconde fille à John, Gilliam Chynna Phillips, née le 12 février 1968 à Los Angeles. John Phillips se maria pour la troisième fois le 31 janvier 1972, avec l’actrice et adepte de Crowley Genevieve Waite. Sur la liste des invités au mariage, on pouvait trouver le futur gouverneur Jerry Brown ainsi que le futur gouverneur-adjoint Mike Curb.

➤ « Papa » John Phillips, le roi-loup de L.A.

Genevieve Waite

   Leur vie de couple fut marquée par une consommation de drogues frénétique et par la naissance de deux enfants: Tamerlane, dont le nom est peut-être en partie un hommage à Tamar Hodel, et Bijou Lilly, qui fut placée en famille d’accueil à Boston Landing, après que ses parents drogués jusqu’aux yeux eurent été jugés inaptes à assurer son éducation. En juin 1972, peu après son mariage avec Waite, Phillips déménagea dans une maison du canyon qui avait été construite par William Randolph Hearst, au 414 St. Pierre Road. Les Rolling Stones venaient juste de quitter les lieux, mais leur acolyte Gram Parsons traînait toujours dans le coin et devint très proche de John Phillips. Parsons décéda cependant rapidement, tandis que John décidait de se rendre à Londres, où il aurait eu l’intention d’enregistrer un album solo avec l’aide de Mick Jagger et Keith Richards. Ce projet ne put toutefois pas se concrétiser, l’addiction de Phillips à la drogue rendant toute collaboration avec lui impossible.

   Cass Elliot débarqua à Londres l’année suivante, mais, contrairement à l’ancien membre de son groupe, son voyage à l’étranger s’avéra être à sens unique; elle fut retrouvée morte le 29 juillet 1974 dans l’appartement londonien du résident occasionnel du Laurel Canyon Harry Nilsson. On peut dire sans grand risque de se tromper que madame Elliot en savait un peu trop sur la face sombre du Laurel Canyon.

   Suite à la dissolution de The Mamas and the Papas, Cass s’était lancée dans une carrière solo couronnée de succès, et devint un visage familier sur les écrans de télévision américains. En plus d’avoir animé deux émissions spéciales diffusées en prime time sur des chaînes nationales, elle avait animé le Tonight Show, et participé à des émissions populaires du début des années 70 comme The Red Skelton Show et Love, American Style. Elle fut mariée deux fois, la première en 1963 avec le chanteur Jim Hendricks, dans ce qui fut décrit comme un arrangement platonique pour permettre à Hendricks d’échapper au service militaire. Durant ce mariage, qui fut annulé en 1968, Cass donna naissance à une fille, Owen Vanessa Elliot, née le 26 avril 1967. Hendricks n’était cependant pas le père de l’enfant, et Cass refusa obstinément de révéler l’identité du véritable père d’Owen. En 1971, dans la foulée de la dissolution du groupe, Cass se remaria avec le baron Donald von Weidmann, un riche héritier bavarois. Ce mariage ne dura que quelques mois, et Cass était célibataire au moment de sa mort quelques années plus tard. Owen, qui n’avait déjà pas de père, n’avait alors que sept ans.

   Pendant ce temps, Denny Doherty se recycla dans l’animation d’une émission télévisée à succès au Canada, tout en se produisant dans différentes versions de The New Mamas and the Papas. Il décéda le 19 janvier 2007 d’une insuffisance rénale.

   Michelle Phillips sortit un album solo qui fit un flop, puis donna une nouvelle orientation à sa carrière en se lançant avec un certain succès dans le métier d’actrice, apparaissant sur le petit écran dans des séries populaires comme Knot’s Landing, Hotel, et Beverly Hills, 90210. Elle eut de nombreuses liaisons, et se remaria plusieurs fois. Elle est à ce jour la seule membre encore en vie du groupe The Mamas and the Papas original.

   Quant à John Phillips, il parvint en 1975 à garder l’esprit suffisamment clair pour écrire la bande-son du film The Man Who Fell to Earth, une production surréaliste qui mettait en avant les talents de l’acteur débutant David Bowie et du réalisateur Nicolas Roeg, qui avait précédemment collaboré avec l’adepte de Crowley Donald Cammell sur Performance. Au même moment, Phillips mettait la dernière main à une comédie musicale atrocement mauvaise produite par Andy Warhol intitulée Man on the Moon, qui ne resta que deux jours à l’affiche. Phillips avait pendant un temps pensé à Don « Miami Vice » Johnson pour tenir le rôle principal de son space opera. Comme le reste des sommités hollywoodiennes de l’époque, Johnson résidait alors dans le canyon. Son voisin était un certain Chuck Wein, un passionné d’occultisme et ami de Warhol qui avait réalisé le documentaire Rainbow Bridge en 1972, en plus de manager d’étranges numéros de scène dans des boîtes de nuit. Wein partageait un étrange surnom avec Charles Manson: The Wizard.

   Le reste de la carrière de Phillips se résuma essentiellement à la composition occasionnelles de chansons pour d’autres artistes, sa contribution la plus marquante étant sa participation à l’écriture de Kokomo, la chanson des Beach Boys.

   En 1981, John Phillips fut arrêté et accusé de trafiquer de grandes quantités de narcotiques. D’après son propre récit des événements, il avait un arrangement avec une pharmacie qui lui permettait de se procurer d’importantes quantités de médicaments sans ordonnance (sa fille Bijou Phillips racontera par la suite qu’il s’était en fait porté acquéreur de la pharmacie, ce qui lui garantissait un approvisionnement illimité). Les accusations étaient assez sérieuses; Phillips déclara lui-même qu’il « risquait de prendre quarante-cinq ans de prison, mais [qu’il] ne prit que trente jours ». Il entra en prison le 20 avril, une date plutôt appropriée, et fut libéré seulement trois semaines et demi après. Avoir des amis haut placés ne fait jamais de mal.

   Le cercle d’amis de Phillips incluait, durant la période post-Mamas and the Papas, des personnalités telles que J. Paul Getty, Jr., Bobby Kennedy, Jr., et la princesse Margaret. Getty et Kennedy, tiraillés par leurs propres démons intérieurs, étaient probablement approvisionnés par Phillips. Colin Tenant, le riche héritier d’un énorme conglomérat pétrochimique britannique, apparaissait aussi dans la liste des relations de Phillips. Tenant était le propriétaire d’une île privée dans les Antilles britanniques, où de riches amis comme Phillips et Mick et Bianca Jagger pouvaient s’adonner à des activités inconnues dans la plus totale discrétion.

   À l'issue de sa ridiculement courte période d’incarcération, John mit en place une version de The Mamas and the Papas qui incluait sa fille Mackenzie Phillips et le chanteur du groupe original Denny Doherty. Scott McKenzie, l’homme qui avait poussé tous les jeunes fugueurs à se rendre à San Francisco avec des fleurs dans les cheveux, remplaça Doherty par la suite. Laurie Beebe prit ensuite la place de Mackenzie Phillips, après quoi Doherty fit son retour pour remplacer John Phillips. Le groupe décida d’arrêter définitivement les frais en 1994.

   Phillips et Waite divorcèrent en 1985. En 1992, il subit une transplantation du foie, la vie lui donnant ainsi une seconde chance. Quelques mois plus tard, il fut photographié en train de boire dans un bar de Palm Springs. En 1998, Phillips et les membres du groupe The Mamas and the Papas encore en vie furent introduits au Rock and Roll Hall of Fame. Trois ans plus tard, Phillips décédait d’une crise cardiaque, le 18 mars 2001. La saga n’était cependant pas encore tout à fait terminée; les filles de Phillips perpétuèrent la tradition familiale – tout en révélant quelques secrets de familles embarrassants en cours de route.

   Mackenzie, l’aînée, débuta une carrière d’actrice à l’âge de douze ans en décrochant un rôle dans le premier film à succès de George Lucas, American Graffiti. On rappellera que quelques années auparavant, Lucas était un cameraman anonyme au célèbre concert des Rolling Stones à Altamont. John Phillips, qui avait sûrement beaucoup d’autres choses importantes à faire et donc peu de temps pour s’occuper de sa fille, confia la garde légale de celle-ci au producteur Gary Kurtz pendant toute la durée du tournage d’American Graffiti. En 1975, Mackenzie obtint un autre rôle dans ce qui allait rapidement devenir une série télévisée à succès, One day at a Time. Mackenzie fut toutefois arrêtée pour ébriété sur la voie publique et possession de cocaïne au cours de la troisième saison, après quoi ses problèmes d’addiction n’allèrent qu’en s’aggravant jusqu’à devenir incontrôlables, ce qui causait bon nombre de problèmes et de tensions sur le plateau de tournage.

   Elle fut virée de la série en 1980, donnant ainsi un exemple qui sera suivi par Charlie Sheen un peu plus tard. Elle fut néanmoins rappelée par les producteurs, après avoir subi deux overdoses qui faillirent lui coûter la vie. L’année suivante, elle perdit connaissance sur le plateau, et fut une fois de plus virée. Sa carrière, qui avait pu sembler très prometteuse à un moment, était terminée aussi vite qu’elle avait commencé. Entre la fin des années 80 et le début des années 90, elle se contenta d’apparaître occasionnellement avec la nouvelle version de The Mamas and the Papas. En 1992, elle suivit une longue cure de désintoxication dont elle n’émergea que neuf mois plus tard. Elle fit ensuite profil bas pendant de nombreuses années. Mais en août 2008, elle fut arrêtée à l’aéroport de LAX pour possession d’héroïne et de cocaïne; après avoir plaidé coupable le jour d’Halloween 2008, elle fut à nouveau envoyée en cure de désintoxication.

   Un an plus tard, en septembre 2009, elle publiait son autobiographie, High on Arrival, qui dressait un portrait inquiétant de son père décédé. En plus de l’avoir initiée à la drogue à l’âge de onze ans en lui injectant de la cocaïne, Mackenzie prétendit que Papa John l’avait violée à la veille de son premier mariage, et qu’il s’était engagé dans une relation incestueuse avec elle qui dura une dizaine d’années, et qui ne prit fin que lorsqu’elle tomba enceinte sans savoir qui était le père de l’enfant – un scénario qui, il convient de le souligner, est remarquablement similaire aux épreuves subies par la mère de substitution de Michelle Phillips, Tamar Hodel.

➤ « Papa » John Phillips, le roi-loup de L.A.

Mackenzie et John Phillips

   La partie de l’autobiographie de Phillips couvrant la même période ne mentionne pas la relation illicite avec sa fille. Il prétend toutefois que Mackenzie fut violée par un assaillant inconnu, qui l’avait menacée d’un couteau. Il nota aussi que « la maison de Mackenzie dans le Laurel Canyon fut détruite par un incendie », aussi choquant que cela puisse paraître. Comme nous le savons désormais, ce genre de choses n’arrive pourtant quasiment jamais.

   Un an après la sortie de ce livre qui fit l’effet d’une bombe, Mackenzie apparut dans ce qu’on peut considérer comme étant l’émission de télé-réalité la plus affligeante jamais vue sur le petit écran: Celebrity Rehab, dans un rôle à des années-lumières de sa période de gloire. Cette année-là, sa petite sœur Chynna entra elle aussi en cure de désintoxication, bien que ce fût officiellement pour calmer ses crises « d’anxiété ». Chynna apparut pour la première fois sous les feux de la rampe en 1990 avec le groupe Wilson Phillips, qui comptait également dans ses rangs Carnie et Wendy Wilson, les filles du Beach Boy Brian Wilson, qui menait alors une vie de reclus. Ce groupe ne dura pas bien longtemps, tout comme la carrière musicale de Chynna. Elle épousa l’acteur William Baldwin en 1995. En 2003 elle devint ce que Vanity Fair décrivit comme « une fervente chrétienne born again. Elle fut baptisée dans la baignoire de son beau-frère Stephen Baldwin ». Le magazine rapporta aussi cette déclaration de Chynna: « être une mère est un vrai défi pour moi – je ne sais pas ce que l’avenir me réserve ».

   Comme ses sœurs aînées, Bijou Lilly Phillips – née le 1er avril 1980, un an avant que son père ne soit sévèrement condamné pour avoir mis en place un réseau de trafic de drogue – emprunta une trajectoire dangereuse dès le plus jeune âge. Sa mère était dépendante à l’héroïne alors qu’elle était enceinte, et Bijou s’est candidement décrite comme étant une « crack baby ». Élevée en partie dans une famille d’accueil, les tribunaux la rendirent à son père lorsqu’elle eut huit ans. Ce n’était pas forcément une bonne chose pour elle.

   Décrite par Index comme étant « une enfant turbulente, à qui le destin et les circonstances ont permis de prendre part aux activités nébuleuses du monde de la nuit new-yorkais à un âge où l’on est censé jouer à la poupée », Bijou fit la couverture des magazines dès le plus jeune âge. Elle fut à quatorze ans la vedette d’une campagne publicitaire de Calvin Klein considérée par beaucoup (ainsi que par la justice américaine) comme flirtant dangereusement avec la pornographie infantile, et que Bijou elle-même a appelé « les pubs pédo-porno ».

   Bijou a raconté à l’interviewer d’Index qu’à l’occasion de cette fameuse séance de photographies pour Calvin Klein, « il y avait ce type du porno » qui rôdait de manière inquiétante en arrière-plan – en tant que conseiller technique, je présume. Ce « type du porno » a été identifié par l’interviewer comme étant Ron Jeremy, qui n’est pas un « type du porno » ordinaire, et pas seulement parce qu’il est sans doute la star du porno la plus célèbre au monde. Il s’agit aussi d’une star du porno avec de nombreuses relations haut placées. Sa mère, par exemple, était un agent de l’OSS, le précurseur de la CIA. Son oncle était un proche du fameux Benjamin « Bugsy » Siegel. Et il a été un camarade de lycée de George Tenet, futur directeur de la CIA.

   Bijou a laissé entendre que Mackenzie n’était pas la seule fille Phillips qui ait reçu des marques d’affection déplacées de la part de Papa John. Dans ses chansons, on peut entendre des paroles telles que « il ne m’a pas touchée comme il faut ». Lorsqu’un interviewer lui demanda directement la signification de ces paroles, elle répondit qu’elle avait « décidé de ne pas évoquer devant la presse ce qui avait pu se passer dans ma vie, mais de me contenter de le raconter en musique. Vous pouvez l’interpréter vous-même », bien qu’elle ajoutât aussitôt « c’est totalement évident ». La plus jeune membre du clan Phillips a aussi reconnu qu’elle s’était fait tatouer « Daddy » sur le derrière. « J’ai fait ça à un moment où je n’étais vraiment pas bien ».

Bijou Phillips

Bijou Phillips

   Bijou a fait ses débuts dans le métier d’actrice en 1999, et a depuis obtenu quelques rôles de second plan pour la télévision et le cinéma. Plus récemment, elle a tenu un rôle récurrent dans la série télévisée Raising Hope, où elle incarne une tueuse en série. Elle est actuellement très investie dans la scientologie. Elle a fini par réaliser que la plupart des problèmes auxquels elle a dû faire face tenaient au fait que « mes parents ne m’ont jamais respectée. J’ai toujours été traitée comme un objet, pas comme un être humain. »

 

 

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➤ La révolution psychédélique : un produit de l'ingénierie sociale

19 Juillet 2015 , Rédigé par Triangle

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Introduction:

Jan Irvin a fait une importante découverte en 2012. Lorsqu’il a réédité The Sacred Mushroom and the Cross de John Allegro, l’expert des manuscrits de la Mer Morte,[1] Irvin a recherché la correspondance de Gordon Wasson, un des plus éminents critiques des travaux d’Allegro, dans divers fonds d’archives universitaires (dont Princeton, Yale, Columbia, Dartmouth, et le Hoover Institute de Stanford); il a alors découvert des documents originaux – des lettres de la main de Wasson – qui montraient qu’il avait collaboré avec la CIA.[2]

Bien que Gordon Wasson ait été président du Council on Foreign Relations et vice-président en charge des relations publiques à la J.P. Morgan Bank, il est avant tout connu pour être celui qui a « découvert », ou plus exactement popularisé, les champignons hallucinogènes. Un article du magazine Life décrit les fantastiques visions et expériences que Wasson prétend avoir eues lorsqu’il était sous leur influence (cf. Life du 13 mai 1957 – Seeking the Magic Mushroom). Les allégations de Wasson décrivaient pour la première fois les effets des champignons psilocybes (« hallucinogènes ») auprès du grand public.

Irvin a dès lors compris que sa découverte avait des implications troublantes. Il était bien entendu au courant de l’existence du tristement célèbre programme MK-ULTRA de la CIA, dans le cadre duquel l’organisation avait injecté du LSD à des citoyens américains sans leur consentement. Il avait également entendu parler des nombreuses théories du complot qui prétendaient que le gouvernement était, d’une façon ou d’une autre, à l’origine de la création de la « culture de la drogue ». Il connaissait aussi les recherches de Dave McGowan sur les mouvements musicaux pro-drogue qui trouvaient leur origine dans le Laurel Canyon des années 60, recherches qui démontraient que la plupart des rock stars qui avaient initié ces mouvements étaient des enfants de membres du renseignement militaire.[3]

Et donc le fait qu’un membre de la CIA ait également été impliqué dans la découverte des champignons psilocybes venait s’ajouter à la longue liste des liens troublants entre le gouvernement américain et la culture de la drogue qui émergea dans les années 60. Irvin décida d’approfondir ses recherches sur les liens entre le gouvernement et le « mouvement psychédélique ». La question évidente à laquelle il souhaitait apporter une réponse était: Wasson était-il impliqué d’une façon ou d’une autre avec le programme MK-ULTRA?

Au cours de ses recherches, Irvin entra en contact avec un autre chercheur, Joe Atwill, auteur de Caesar's Messiah: The Roman Conspiracy to Invent Jesus. Les recherches d’Atwill portaient sur les origines du christianisme, et l’avaient amené à conclure que Rome avait inventé cette religion. Il pensait par ailleurs que les empereurs romains avaient délibérément provoqué l’apparition de l’Âge Sombre que représentait le haut Moyen-Âge. Ils avaient utilisé le christianisme comme outil de contrôle mental permettant de donner un cadre religieux à l’esclavage, ce qui rendait plus difficile une rébellion des serfs. Comme Irvin, Atwill trouvait suspectes les nombreux liens entre le gouvernement américain et le mouvement psychédélique, qui lui rappelait l’effondrement intellectuel orchestré par les empereurs romains pour permettre l’avènement de l’Âge Sombre.

En comparant les résultats de leurs recherches, Irvin et Atwill ont développé une théorie sur l’origine du mouvement psychédélique dans les années 60: la « contre-culture » avait été créée par des éléments du gouvernement américain et de l’establishment bancaire, en tant que partie d’un plan plus vaste ayant pour objectif de provoquer l’avènement d’un nouvel Âge Sombre; ou, comme cela avait été présenté aux victimes potentielles, un « renouveau archaïque ».[4]

En 1992, Terence McKenna écrivait dans son livre Archaic Revival:

Tous ces éléments font partie du New Age, mais j’ai abandonné ce terme pour lui substituer ce que je préfère appeler Renouveau Archaïque – qui place tout ceci dans une meilleure perspective historique. Lorsqu’une culture perd ses repères, sa réponse habituelle est de chercher le modèle à suivre dans son histoire passée. On pourrait citer comme exemple l’effondrement du monde médiéval au moment de la Renaissance. Ils avaient perdu leur boussole, et sont donc retournés aux modèles grecs et romains – loi romaine, esthétique grecque, et ainsi de suite.[5] [C’est nous qui soulignons]

~ Terence McKenna

Dans un autre chapitre, il évoque sa théorie de la vague du temps:

On peut identifier plusieurs « points de résonance » dans la vague du temps. Ces points de résonance peuvent être vus comme des zones de la vague qui sont graphiquement identiques à la vague et qui se situent en d’autres endroits de la vague, mais qui ont des valeurs quantitatives différentes. Par exemple si nous choisissons comme date de fin, ou comme date de départ, le 21 décembre 2012, nous nous rendons compte que ce que nous vivons actuellement entre en résonance avec la fin de l’empire romain et les débuts de l’Âge Sombre en Europe.

Cette théorie suppose que la durée est comme une tonalité pour laquelle on doit assigner un moment où l’oscillation s’atténue puis finit par s’éteindre avant de cesser complètement. J’ai choisi la date du 21 décembre 2012 pour ce moment, car c’est à ce point que la vague semble être dans la « meilleure configuration » en ce qui concerne le flux et reflux des faits historiques qui amènent l’histoire vers la connectivité. J’ai par la suite été abasourdi en apprenant que cette même date du 21 décembre 2012 avait été choisie par les anciens mayas, sans doute l’une des cultures les plus obsédées par le temps, pour marquer la fin de leur cycle calendaire.[6]

~ Terence McKenna

On notera que la date choisie par McKenna – 21/12/2012 – avait auparavant été faussement désignée par le professeur et agent de la CIA Michael Coe comme étant la date de l’Apocalypse prévue dans le calendrier maya dans son livre de 1966 The Maya [7], bien que McKenna ait substitué en 1993 la date de 2011 choisie par Coe par celle du 21 décembre 2012 [8]. De plus McKenna pense que cette date entre en résonance avec le début de l’Âge Sombre. Si, comme le pensent les auteurs de cet article, le mouvement psychédélique faisait partie d’un plan plus vaste ayant pour objectif l’entrée dans un nouvel Âge Sombre, on peut en déduire que la promotion par McKenna d’un « renouveau archaïque » alimenté par la consommation de drogue fait aussi partie de ce plan.

Je crois que je suis un Dark Ager modéré. Je pense qu’il y aura un léger Âge Sombre. Je ne pense pas du tout qu’il s’agira d’une réitération de l’Âge Sombre qui a duré un millier d’années.[...][9]

~ Terence McKenna

La plupart des gens s’imaginent que la CIA et les agences de renseignement du gouvernement américain sont contrôlées par le processus démocratique. Ils pensent donc que le rôle joué par MK-ULTRA dans la création du mouvement psychédélique n’était qu’un accident de parcours. Bien peu envisagent que la totalité de la « contre-culture » était, comme son nom l’indique, une manœuvre d’ingénierie sociale ayant pour but de rabaisser la culture américaine. Les auteurs pensent quant à eux qu’il existe des preuves irréfutables qui indiquent que le mouvement psychédélique a été créé délibérément. Le but de ce plan était la mise en place d’un néo-féodalisme passant par l’appauvrissement des capacités intellectuelles des jeunes, ce qui permet de les rendre aussi facilement contrôlables que l’étaient les serfs du Moyen-Âge. Un terme particulièrement approprié pour désigner les victimes de cette dégradation était celui de « Deadhead », qui peut signifier « esprit mort » ou « une personne droguée, incapable de penser ».[Ndt: Deadhead: littéralement « tête morte », un terme fréquemment utilisé pour désigner les fans du groupe The Grateful Dead]

Aldous Huxley avait prédit que les drogues deviendraient un jour une alternative plus humaine à la « flagellation », pour les dirigeants souhaitant contrôler leurs « sujets récalcitrants ». Voici ce qu’il écrivait dans une lettre datée de 1949 et adressée à son ancien élève, George Orwell:

Mais à présent la psycho-analyse est associée à l’hypnose; et l’hypnose a été rendue plus aisée et indéfiniment extensible grâce à l’usage des barbituriques, qui induisent un état hypnotique, et de grande suggestibilité, chez les sujets les plus récalcitrants.

Je pense que d’ici à la prochaine génération, les dirigeants du monde auront découvert que le conditionnement des jeunes enfants et la narco-hypnose sont plus efficaces, en tant qu’instrument de gouvernement, que les matraques et les prisons, et que la soif de pouvoir peut tout autant être étanchée en suggérant au peuple qu’il peut aimer sa servitude, qu’en le flagellant et le frappant pour obtenir son obéissance.[10] [C’est nous qui soulignons]

~ Aldous Huxley

Voici ce qu’écrivait à ce sujet le dr. Louis Jolyon West, l’un des chercheurs de la CIA au sein du programme MK-ULTRA, en citant Huxley quelques décennies plus tard:

Le rôle des drogues dans l'exercice du contrôle politique est de plus en plus discuté. Ce contrôle peut s'exercer par la prohibition ou l'approvisionnement. La prohibition totale ou partielle des drogues offre au gouvernement un puissant moyen de contrôle dans d'autres domaines. Par exemple, l'application sélective des lois anti-drogue qui permettent une fouille immédiate, ou une perquisition sans préavis, peut être utilisée contre des membres de certaines minorités ou organisations politiques.

Mais un gouvernement pourrait aussi distribuer la drogue pour contrôler sa population. Avec cette méthode, prévue par Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes (1932), les gouvernants utilisent les drogues pour manipuler les gouvernés à leur guise et de différentes manières.

Les innombrables communautés urbaines et rurales, qui autorisent une grande liberté dans la prise de drogues et où les hallucinogènes sont fréquemment utilisés, sont dans une large mesure subventionnées par notre société. Leur pérennité est assurée par des dons d’argent venant des parents ou de la famille, par l’aide sociale et par les allocations chômage, ainsi que par la négligence bienveillante de la police. En fait il serait sans doute plus commode et peut-être même plus économique de maintenir les usagers de drogues (et plus particulièrement ceux qui prennent des hallucinogènes) dans un état d’isolement et d’éloignement du marché du travail, qui compte déjà des millions de chômeurs. Les communards, avec leurs drogues hallucinogènes, sont sans doute moins gênants pour la société – et moins coûteux – s’ils sont maintenus à l’écart, que s’ils décidaient de s’engager dans d’autres modes d’expression de leur aliénation, comme par exemple la dissidence et la protestation politique active, vigoureuse et organisée. [...] Les hallucinogènes représentent actuellement une part modérée mais significative de l’ensemble du problème de la drogue dans les sociétés occidentales. Ce qui précède peut fournir un cadre de référence dans lequel les problèmes sociaux, mais aussi cliniques, posés par ces drogues peuvent être considérés.[11]

~ Louis Jolyon West

L’idée d’utiliser les drogues à des fins de contrôle semble être ancienne. Le professeur italien Piero Camporesi écrit dans son essai sur l’Italie médiévale Le pain sauvage:

Des pains frelatés avaient été mis en circulation par les untori de la Santé Publique: des attaques criminelles orchestrées par les « juges provisoires » qui étaient censés superviser le bon approvisionnement des marchés publics.

Le 21, un dimanche, et comme le lundi approchait, Maître [blanc dans le manuscrit] Forni, Juge des provisions de la place de Modène, était arrêté en même temps que les boulangers, pour avoir mélangé quarante sacs de feuilles de laurier à la farine de blé destinée au pain distribué sur la place publique. Durant deux jours, de nombreuses personnes ont été tellement malades qu’elles en sont devenues folles, et durant ce temps elles ne pouvaient plus ni travailler ni aider leurs familles, ce qui a aggravé la misère générale.[12]

Camporesi poursuit:

On se fourvoierait en supposant qu’il a fallu attendre l’arrivée du capitalisme du dix-huitième siècle, ou même de l’impérialisme, pour assister à la naissance du problème de la distribution aux masses des dérivés de l’opium (d’abord la morphine, puis, de nos jours, l’héroïne), utilisés pour atténuer la frénésie des masses et pour les ramener – par le moyen des rêves – à la « raison » désirée par les groupes au pouvoir. La guerre de l’opium en Chine, les Black Panthers « brisés » par les drogues, et la « vague » des mouvements estudiantins américains et européens (en admettant que les drogues hallucinogènes aient joué un rôle dans ces mouvements, comme certains le croient), sont les exemples les plus fréquemment cités – sans que nous sachions avec quel degré de pertinence – pour démontrer que le capitalisme « avancé » et l’impérialisme se sont servis de mécanismes permettant d’induire une forme de rêve collectif et d’affaiblir la volonté de changement grâce à des « trips » visionnaires, ce qui leur permettait d’imposer leur volonté.

La période pré-industrielle utilisait elle aussi des méthodes alliant la stratégie politique à la science médicale, bien qu’elle les appliquait d’une manière plus imprécise, plus fruste et plus « naturelle », que ce soit pour limiter les crampes d’estomac ou pour calmer l’effervescence dans les rues. Nous pouvons certainement nous moquer d’interventions si primitives qu’elles pourraient nous apparaître presque surréalistes ou improvisées; mais nous ne devrions pas oublier que le « traitement de l’homme pauvre », dont on s’occupait avec des sédatifs et des drogues hallucinogènes, correspondait à un plan médico-politique préétabli.[13]

~ Piero Camporesi

The Grateful Dead joua un rôle central dans la contre-culture américaine centrée sur la drogue; ce groupe de rock distribuait en effet du LSD aux personnes qui assistaient à leurs concerts dans les années 60. Là, leurs auditeurs étaient incités à « tune in, turn on, drop out » [ndt: plus ou moins littéralement: allume-toi, branche-toi, laisse-toi aller], une expression qui poussait les consommateurs d’acide à abandonner le monde moderne et à rejoindre ce que McKenna a par la suite appelé le « renouveau archaïque ».

Voici un enregistrement du dr. Timothy Leary qui décrit concrètement la culture rétrograde à laquelle participeront ceux qui ont « laissé tomber »: http://www.youtube.com/watch?v=lKi4zoJPfFs. Au cours de cette conversation, Leary, Alan Watts, Alan Ginsberg, Gary Snyder et Allen Cohen décrivent comment ceux qui auront « tune in, turn on, drop out » abandonneront le monde moderne pour retourner à l’état de paysan.

Il est important de noter que Marshal McLuhan, l’expert en marketing et en relations publiques qui a eu une forte influence sur Leary puis McKenna, est en réalité celui qui a créé l’expression « tune in, turn on, drop out »:

Lors d’une interview donnée en 1988 à Neil Strauss, Leary a déclaré que ce slogan « lui avait été donné » par Marshall McLuhan au cours d’un déjeuner à New York City. Leary a ajouté que McLuhan « était très intéressé par les idées et par le marketing, et il s’est mis à chanter quelque chose qui ressemblait à « Les psychédéliques c’est trop bon / Cinq cents microgrammes, ça fait beaucoup » sur l’air d’une publicité pour Pepsi. Puis il s’est mis à dire « Tune in, turn on, drop out ».[14]

Il est aussi intéressant de noter que deux individus qui ont été associés au Grateful Dead ont par ailleurs été des employés du programme MK-ULTRA de la CIA: le membre du groupe et compositeur Robert Hunter [15], et l’écrivain Ken Kesey [16], dont les « Merry Pranksters » [ndt: les « joyeux farceurs »] étaient souvent présents aux concerts du Grateful Dead pour promouvoir l’usage du LSD auprès des « Deadheads ». La nouvelle de Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou, faisait la promotion du renouveau archaïque en finissant avec un indien héroïque qui fuit la tyrannie moderne pour revenir à une culture primitive. De plus, John Perry Barlow, qui composait des chansons pour le Grateful Dead, a admis dans une interview accordée à Forbes en 2002, intitulée ironiquement « Why Spy? » [ndt: pourquoi un espion?], qu’il avait passé quelques temps au quartier général de la CIA à Langley.[17]

De nombreuses opérations du MK-ULTRA se déroulaient près d’Haight-Ashbury, le district de San Francisco où le LSD était devenu un produit de consommation courante. Des dossiers déclassifiés montrent qu’il y avait au moins trois « maisons sécurisées » de la CIA dans la région de la Baie de San Francisco, et que des « expériences » - l’injection de LSD à des citoyens non consentants – s’y déroulaient. Ce sous-projet de MK-ULTRA avait pour nom de code « Operation Midnight Climax ». La principale maison sécurisée de l’opération Midnight Climax, qui était active de 1955 à 1965, était située au 225 Chestnut sur la Telegraph Hill.

Alors que le rôle étrange joué par le programme MK-ULTRA dans le déclenchement du mouvement psychédélique est bien connu, son implication dans ce qui allait constituer un autre aspect de la descente de l’Amérique dans le néo-féodalisme intellectuel l’est beaucoup moins. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le programme MK-ULTRA était aussi impliqué dans l’avènement du mouvement quasi-religieux du « New Age », mouvement qui a dégradé les capacités de raisonnement de ceux qui succombaient à ses enseignements. L’un des éléments fondateurs de ce mouvement, qui promeut le « channeling » entre autres éléments fictifs, fut le livre Un cours en miracles, rédigé par deux employés du programme MK-ULTRA: William Thetford et Helen Schucman.[18] Dans cet ouvrage, le lecteur est prié de croire qu’Helen Schucman, une scientifique juive engagée par la CIA pour étudier le contrôle de l’esprit, a été choisie par Jésus-Christ pour transmettre ses idées du moment à l’humanité.

Pendant que The Grateful Dead faisait la promotion du LSD à San Francisco, une autre scène musicale de la contre-culture, qui avait de nombreux liens avec le renseignement militaire, se mit à promouvoir l’usage de la drogue auprès des jeunes gens qui fréquentaient les clubs du Sunset Strip de Los Angeles. Les scènes musicales de la contre-culture de Los Angeles et San Francisco faisaient partie d’un ensemble qui incluait également la Grande-Bretagne et New York. Les médias donnèrent une exposition quasiment illimitée à cette culture musicale de la drogue, dont le zénith fut atteint à l’occasion de la couverture du festival musical de Woodstock par le magazine Life. Bien que Life ait présenté Woodstock comme trois jours d’ « Amour et de Compréhension », il s’agissait en fait d’un événement culturel avilissant – un véritable renouveau archaïque – où des adolescents drogués jusqu’aux yeux forniquaient dans la boue, pendant que leurs idoles musicales fournissaient un fond sonore engageant.

De nombreux événements ayant amené à la contre-culture et à Woodstock ont été présentés comme étant de simples accidents de l’histoire. On peut citer la suite d’événements qui ont amené à la publication par le magazine Life des expériences vécues par Gordon Wasson suite à sa prise de champignons psilocybes. Irvin a cependant démontré, dans son article Gordon Wasson: The Man, the Legend, the Myth, qu’il y avait beaucoup trop de contradictions dans le récit des événements pour que Wasson ait réellement eu une « rencontre fortuite » avec les rédacteurs de Life, rencontre qui aurait été à l’origine de la publication de l’article [19]:

Le supérieur direct de Wasson à J.P. Morgan était Henry P. Davison, Jr. Davison était un des associés principaux de la banque, et était généralement considéré comme l'émissaire personnel de Morgan.[20] Il s'avère qu'Henry P. Davison a en grande partie créé (ou au moins financé) le magazine Time-Life pour le compte de J.P. Morgan en 1923. À la suite d'une dispute avec Henry Luce, ce dernier ayant publié dans Life un article contre la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne, Davison « devint l'investisseur principal du magazine Time, ainsi qu'un directeur de la compagnie ».[21]

Un autre associé de J.P. Morgan, Dwight Morrow, participa lui aussi au financement initial de Time-Life.

Davison maintint Henry Luce à la tête de la compagnie en tant que président, Luce et lui étant tous deux membres de la société secrète Skull and Bones de Yale, ayant été initiés en 1920. En 1946, Davison et Luce nommèrent C.D. Jackson, l'ancien chef du département de guerre psychologique de l'armée américaine, au poste de vice-président de Time-Life. Il me semble que toute cette opération autour de Time-Life se résumait purement et simplement à diffuser de la propagande auprès de la population américaine, au profit de la communauté du renseignement, de J.P. Morgan et de l'oligarchie.[...]

Un autre membre du Skull and Bones, Britton Hadden, collabora avec Davison, Luce et Morrow à mettre en place l'organisation de Time-Life.

Hadden fut lui aussi initié au Skull and Bones en 1920. La liste des Bonesmen directement liés à Wasson et sa clique est étourdissante. Elle inclut des gens comme Averell Harriman, initié en 1913, qui travailla avec Wasson au CFR,[22] dont il fut un des directeurs.[23] […]

Des documents révèlent également que Luce était membre du Century Club, un « club artistique » très sélect dans lequel Wasson s'est beaucoup impliqué, et dans lequel il est possible qu'il ait eu quelque responsabilité, et qui était rempli de membres de la communauté du renseignement et du milieu bancaire. Des membres tels que George Kennan, Walter Lippmann et Frank Altschul semblent avoir été introduits au Century Club par Wasson en personne.[24] Graham Harvey écrit dans Shamanism que Luce et Wasson étaient amis, et voici comment il put publier dans Life: banquier d'affaires new-yorkais, Wasson était très proche des huiles de l'establishment.

Il était donc naturel qu'il se tournât vers son ami Henry Luce, l'éditeur de Life, quand il eut besoin d'un relais médiatique pour y annoncer ses découvertes.[25]

~ Graham Harvey

Voici toutefois la version mythique la plus communément admise de l'histoire qui nous a été servie – telle que racontée par le magazine Time en 2007:

Le trip sous champignon de Wasson et de son pote s'est peut-être perdu dans les limbes de l'histoire, mais il a été si émerveillé par cette expérience qu'il n'arrêtait pas d'en parler à ses amis lors de son retour à New York. Comme le rappelle Jay Stevens dans le livre Storming Heaven: LSD and the American Dream paru en 1987, un éditeur de Time Inc. (la maison-mère de TIME), a entendu par inadvertance le récit fait par Wasson sur cette aventure lors d'un dîner au Century Club. L'éditeur a alors commandé un récit à la première personne pour Life. [...]

Et comme cet article a été rédigé après la période Luce-Jackson, l'auteur était un peu plus naïf en ce qui concerne les connexions entre Wasson, Luce, J.P. Morgan et la révolution psychédélique:

À la suite de la parution de l'article de Wasson, de nombreuses personnes se mirent à chercher des champignons, ainsi que l'autre grand hallucinogène du moment, le LSD (en 1958, Henry Luce, le cofondateur de Time, Inc. et sa femme Clare Booth Luce prirent de l'acide avec un psychiatre. Henry Luce dirigea une symphonie imaginaire pendant son trip, d'après Storming Heaven). La personne la plus importante à avoir découvert les drogues suite à l'article de Life fut Timothy Leary en personne. Leary n'avait jamais pris de drogue, mais un ami lui avait recommandé l'article, et Leary finit par partir au Mexique pour prendre des champignons. Quelques années plus tard, il lançait sa croisade pour que l'Amérique « turn on, tune in, drop out » [ndt: plus ou moins littéralement: allume-toi, branche-toi, laisse-toi aller]. En d'autres termes, on peut tracer une ligne un peu tordue mais bien réelle partant des tranquilles bureaux de J.P. Morgan et Time Inc. dans les années 50, en passant par Haight-Ashbury dans les années 60, jusqu'aux innombrables centres de réhabilitation pour drogués des années 70. Un trip vraiment long et étrange.[26]

Dans The Sacred Mushroom Seeker, Allan Richardson nous donne une troisième version de cette histoire:

« Peu de temps avant, ou après, notre retour de notre expédition de 1956, Gordon et moi dînions ensemble au Century Club à New York. Il remarqua Ed Thompson, le rédacteur en chef du magazine Life, assis seul à sa table, et lui proposa de se joindre à nous. Nous évoquâmes l'article que Gordon était en train de préparer, pour rendre public ce qu'il avait découvert au Mexique. Thompson nous dit que Life pourrait être intéressé par sa publication, et nous invita pour en faire une présentation dans ses bureaux. »

~ Allan Richardson

Comme nous l'avons noté précédemment, ces récits ne mentionnent aucunement le compte-rendu de Valentina dans le magazine This Week, qui, coïncidence, fut publié la même semaine (le 12 mai 1957) et lu par 12 millions d'abonnés. Autre coïncidence, This Week était publié par Joseph P. Knapp, qui fut directeur au Guarantee Trust de Morgan, où Wasson commença à travailler pour Morgan en 1928.

À la lumière de ces éléments, l'idée que Wasson ait publié son article paru dans Life en mai 1957, « Seeking the Magic Mushroom », suite à une « rencontre fortuite avec un éditeur » semble totalement ridicule. En fait, on peut trouver une citation d'Abbie Hoffman déclarant que Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary (qui a entendu parler des champignons pour la première fois avec l'article de Wasson dans Life). La propre femme de Luce, Clare Boothe Luce, qui était, il est intéressant de le noter, elle aussi une membre du CFR, l'admet:

J'ai toujours maintenu qu'Henry Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary. Plusieurs années plus tard, je rencontrai Clare Boothe Luce à la convention républicaine à Miami. Elle ne contredit pas cette opinion. La version américaine de la femme-dragon caressa mon bras, plissa ses yeux et roucoula: « Nous ne voudrions pas que tout le monde fasse trop de bonnes choses ».[27]

~ Abbie Hoffman

Lorsqu’on compare la culture de Woodstock et celle de la scène musicale fondée sur la drogue des années 60, avec celle de l’Amérique du début du siècle, de nombreuses différences apparaissent immédiatement, en particulier:

1. Des images à caractère sexuel dans les médias (pornographie)

2. Une manière de danser désinhibée

3. Des idoles musicales

4. Le féminisme

5. L’intégration raciale

6. L’usage des drogues psychédéliques

La culture évolue lentement, et de nombreux facteurs expliquent ce phénomène. Et bien que la contre-culture fondée sur la drogue qui a émergé en Amérique au cours des années 60 trouve certainement son origine parmi certains faits très anciens, la plupart des événements qui l’ont amenée à voir le jour peuvent être ramenés à deux personnages, aussi incroyable que cela puisse paraître: Gordon Wasson et Edward Bernays, le père de la propagande. Lorsqu’on considère le passé de Bernays et ses orientations politiques, le moins qu’on puisse dire est que son rôle dans l’avènement de la culture de la drogue est extrêmement suspect.

Bernays a écrit ce que l’on pourrait considérer comme un ordre de mission pour quiconque souhaiterait mettre en place une contre-culture. Voici ce qu’il écrivait dans le premier paragraphe de son livre Propaganda:

La manipulation consciente et intelligente des opinions et habitudes organisées des masses joue un rôle important dans la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement notre pays.[...] Nous sommes gouvernés, nos esprits sont modelés, nos goûts influencés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n'avons jamais entendu parler. C'est là une conséquence logique de l'organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d'une société au fonctionnement harmonieux.[...] Dans notre vie quotidienne, qu'il s'agisse de la politique ou des affaires, dans notre comportement social ou nos valeurs morales, nous sommes dominés par un petit nombre de personnes [...] capables de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont ces personnes qui tirent les ficelles qui contrôlent l'esprit des masses.[28]

Ses origines familiales faisaient de lui un candidat idéal pour « contrôler l’esprit des masses ». Il était en effet doublement le neveu de Sigmund Freud, le pionnier juif de la psychanalyse. Sa mère Anna était la sœur de Freud, tandis que son père Ely Bernays était le frère de Martha Bernays, l’épouse de Freud.

Lorsqu’on considère son influence sur son neveu, il convient de garder à l’esprit que, bien Freud soit avant tout célèbre pour ses théories sur la psycho-analyse individuelle, le groupe l’entourant et lui ont développé les premières théories sur la meilleure façon de « tirer les ficelles qui contrôlent l'esprit des masses ». Parmi les membres les plus influents du mouvement psycho-analytique freudien en Angleterre, dont la plupart étaient associés avec l’institut Tavistock, on trouve Gustave Le Bon, le créateur du terme « psychologie des foules » [29]; Wilfred Trotter, qui a promu des idées similaires dans son ouvrage Instincts of the Herd in War and Peace [30]; et Ernest Jones, qui a développé le domaine de la dynamique de groupe.[31] Bernays se réfère à tous ces théoriciens du contrôle des masses dans ses écrits.   

Les foules sont un peu comme le sphinx de la fable antique : il faut savoir résoudre les problèmes que leur psychologie nous pose, ou se résigner à être dévoré par elles.[32]

~ Gustave Le Bon

Freud a souvent mis en avant les effets positifs de la sublimation. En d’autres termes, les individus doivent, pour maintenir la civilisation, sublimer de nombreuses pulsions sexuelles et violentes. Freud citait par exemple le besoin masculin de sublimer ce qu’il appelait le complexe d’Oedipe, qu’il décrivait comme le désir inné qu’ont les jeunes hommes de tuer leur père dans le but d’avoir des rapports sexuels avec leur mère.

Bernays connaissait certainement les théories de Freud concernant la nécessité de la sublimation pour atteindre à la civilisation, étant donné qu’il a constamment promu les travaux de son oncle. Partant de là, le fait que Bernays ait contribué à la mise en place de tant d’éléments qui ont amené la contre-culture fondée sur la drogue et la musique dans les années 60 requiert une explication.

Il semble à première vue que Bernays a utilisé les connaissances de son oncle pour détruire la structure de la civilisation américaine. Pour comprendre ceci, il convient d’admettre qu’aucun des éléments propres à la contre-culture des années 60 cités ci-dessus n’aurait pu advenir sans que certains événements n’aient au préalable modifié la culture américaine. Ce constat va de soi, puisque quiconque ayant un comportement de « Deadhead » en 1920 aurait immédiatement été arrêté. Tous les aspects de la contre-culture ont été précédés par des événements qui ont amené des changements culturels subtils, ce qui a permis de les rendre acceptables aux yeux du public. Et Edward Bernays était à l’origine de ces changements culturels.

 

1. Des images à caractère sexuel dans les médias

En 1913, Bernays fut engagé pour protéger un spectacle qui faisait la promotion de l’éducation sexuelle contre d’éventuelles actions policières. Suivant son modus operandi habituel, Bernays a monté un groupe de façade nommé « Medical Review of Reviews Sociological Fund » (qui avait pour but déclaré de lutter contre les maladies vénériennes) dans le but de soutenir le spectacle et d’intimider les critiques. La critique du New York Times sur le spectacle s’extasiera: « Il est sexe heures en Amérique ».

 

2. Une manière de danser désinhibée

Bernays a produit les spectacles de Vaslav Nijinsky, qui mimait la masturbation sur scène, ce qui causa l’indignation générale et même quelques émeutes. « Tout le pays parlait du ballet », écrivit Bernays. « Le ballet a libéré la danse américaine et, par voie de conséquence, l’esprit américain. Il a favorisé un état d’esprit plus tolérant envers la sexualité; il a changé la musique ainsi que nos goûts musicaux... Les scénarios du ballet ont rendu l’art moderne plus acceptable; la couleur a pris une nouvelle importance. Il s’agissait d’un tournant dans la perception de l’art aux États-Unis. »

Un exemple qui montre comment les éléments introduits par Bernays ont fini par porter leurs fruits dans la contre-culture est Jim Morrison des Doors (le nom du groupe, The Doors, est tiré du livre d’Aldous Huxley The Doors of Perception [ndt: Les portes de la perception]). Tout comme Nijinsky avant lui, Morrison a mimé un acte de masturbation sur scène, mais il l’a fait devant un public bien plus important. Pour avilir un peu plus son auditoire, Morrison a chanté l’histoire d’un jeune homme dont les actes s’accordent avec le complexe d’Oedipe dans « The End », une ode à l’apocalypse d’une culture où « tous les enfants sont fous »:

Le tueur s’éveilla avant l’aube, il mit ses bottes

Il prit un visage dans l’ancienne galerie

Et il continua à marcher dans la salle

Il entra dans la chambre où vivait sa sœur, et... alors il

Rendit visite à son frère, et alors il

Il continua à marcher dans la salle, et

Et il arriva devant une porte... et il regarda à l’intérieur

Père, oui mon fils, je veux te tuer

Mère... je veux te... WAAAAAA

Pendant que Morrison chantait les actions d’un jeune homme souffrant du complexe d’Oedipe, une autre activité culturelle avilissante avait lieu sous ses yeux. La danse désinhibée des « freaks » [ndt: les cinglés], qui avait fait son apparition dans les clubs musicaux du Sunset Strip en même temps que le LSD, était devenu un élément de la promotion de l’usage de la drogue au sein de la contre-culture. Le freak dancing, comme on l’appelait alors, avait été créé et mis en avant grâce aux efforts de Vito Paulekas. Remarquez comme Paulekas, dans le vidéo clip ci-dessous, bien qu’il semble rejeter le LSD, donne en fait toute une série de raisons pour en consommer. À la fin de la vidéo, sa femme Szou, qui semble être une victime de contrôle mental, cite la croyance de Vito selon laquelle les gens apprennent des plus jeunes, et nous explique comment elle-même a appris de son enfant, ce qui constitue un mode d’apprentissage destructeur d’un point de vue culturel. De plus, elle prétend que le LSD est un « complot militaire ». On se demande où une personne qui semble mentalement déficiente a bien pu trouver une idée pareille.

« Le LSD est un complot militaire »: https://www.youtube.com/watch?v=kgs_Uq4S0wM

Les gens qui se défoncent avec ce genre de trucs ne font rien de leurs vies. Partout où on va, on voit les médias qui insistent lourdement en disant « Wow, regardez les couleurs, regardez les lumières, regardez les stroboscopes qui clignotent! Il doit vraiment y avoir moyen de triper avec ce genre de trucs ». Il y a beaucoup de choses de ce genre qui insistent pour qu’on soit au courant de tout ça, qu’on y soit sensible. Et beaucoup de jeunes y sont sensibles, et ça pique leur curiosité. Ils disent alors « Qu’est-ce qu’il y a de mauvais là-dedans? », et moi je réponds « Mec, tout est mauvais là-dedans ». [...] « Je vais juste me défoncer et je vais rester défoncé, et rien ne pourra m’atteindre ».

~ Vito Paulekas

Le vidéo clip suivant sur les freak dancers de Vito montre que leur manière de danser à clairement poussé les gens à consommer du LSD, un fait qu’il ne pouvait ignorer.

Les freak dancers de Vito: https://www.youtube.com/watch?v=fVIO5k6U46o

Vito a fait en sorte que sa troupe de danseurs « freaks » participent aux spectacles donnés par les groupes de rock débutants du Laurel Canyon qui faisaient la promotion du LSD, dans le but de les rendre aussi populaires que les Beatles.

Vito avait dépassé la cinquantaine, mais il baisait des déesses dans tous les sens... Il donnait des cours de sculpture en argile sur Laurel Avenue, où il apprenait la sculpture à de riches douairières. Et c’était aussi la salle de répétition des Byrds. Puis Jim Dickson a eu l’idée de les mettre au Ciro, en se disant que tous les freaks se ramèneraient, et que les Byrds seraient leurs Beatles.

~ Kim Fowley

 

       3. Des idoles musicales

Bernays a écrit que: « Les êtres humains ont besoin de divinités symboliques, et les conseillers en relations publiques doivent contribuer à leur création. »[33] Bernays considérait que la création d’idoles était vitale pour le salut de la société: « Il n’y a pas d’entités célestes qui veillent sur nous. Nous devons veiller sur nous-mêmes, et c’est ici que les conseillers en relations publiques peuvent montrer leur efficacité, en faisant en sorte que le public croit que des dieux humains veillent sur nous et nos intérêts. » Ces dieux humains, créés par d’habiles campagnes de relations publiques, maintiendront l’ordre en donnant à leurs adeptes des raisons de vivre et des buts à accomplir.

Bernays a monté de toutes pièces l’adoration du public envers Enrico Caruso, qui est souvent qualifié de première pop-star américaine: « L’immense majorité des gens qui ont eu des réactions si spontanées envers Caruso ne l’avaient jamais vu auparavant ». « La capacité du public à créer ses propres héros à partir d’impressions fugaces et de sa propre imagination, et d’en faire des quasi-divinités incarnées, m’a toujours fasciné. Bien entendu, je savais que les anciens grecs ainsi que d’autres civilisations antiques le faisaient déjà auparavant. Mais ce processus se déroulait à présent sous mes yeux, dans l’Amérique contemporaine ».[34]

Dans l’interview qu’il donna au magazine Playboy en 1980, John Lennon prétendit lui aussi que le LSD était une création de l’armée et de la CIA, bien que ceci ne l’ait pas empêché d’en encourager la consommation:

Nous devons toujours nous souvenir de remercier la CIA et l’armée pour le LSD. C’est ce que les gens oublient. Tout est l’opposé de ce que c’est vraiment, pas vrai Harry? Alors sers-toi un verre et détends-toi. Ils ont inventé le LSD pour nous contrôler, mais en fait ils nous ont donné la liberté.

Lorsqu’on sait que la CIA a financé le voyage de Gordon Wasson au Mexique, les commentaires de Lennon amènent à s’interroger sur la façon dont il a pu comprendre que la CIA avait popularisé le LSD, et soulèvent des questions supplémentaires au sujet de son assassinat.

Les recherches de David McGowan ont montré que les liens entre le renseignement militaire et les stars de la musique qui ont fait la promotion de la consommation de drogue auprès de la jeunesse américaine étaient trop nombreux pour n’être que de simples coïncidences. Parmi les nombreux exemples cités, Frank Zappa était le fils d’un spécialiste de la guerre chimique. Le père de Jim Morrison était l’amiral Morrison, le même amiral Morrison qui supervisait l’incident sous faux drapeau du Golfe du Tonkin qui a déclenché la guerre du Vietnam, une guerre génocidaire menée contre le peuple vietnamien qui a également coûté la vie à des dizaines de milliers de jeunes américains. D’autres idoles du rock avaient des liens directs avec l’armée, comme The Byrds, Buffalo Springfield, The Mamas and the Papas, The Grateful Dead et The Police.

Le père de Stewart Copeland, membre du groupe The Police, fut le fondateur de l’Office of Strategic Service (OSS), le précurseur de la CIA, avant de participer à la création de la CIA. Ian Copeland, le frère de Stewart, fut l’initiateur du mouvement musical « New Wave », en devenant le promoteur de groupes comme The Police, mais aussi Squeeze, B-52’s, The Cure, Simple Minds, The English Beat et The Go-Go’s. David McGowan a également souligné que Ian Copeland a délibérément associé le pouvoir gouvernemental avec la contre-culture musicale via les noms qu’il donnait à ses organisations: « I.R.S. Records » [ndt: l’I.R.S. est le fisc américain], le groupe « The Police » et son agence de recherches de talents « F.B.I. ».[35]

Nous soulignons qu’il ne s’agit là qu’un d’un petit échantillon des recherches de David McGowan, et nous espérons que nos lecteurs étudierons ses travaux.

De nombreux chefs de files et chercheurs du mouvement psychédélique sont devenus les chouchous des médias: Gordon Wasson, Terence McKenna et Timothy Leary sont littéralement devenus des gourous ou des dieux. On notera que deux professeurs, le premier ayant enseigné à Harvard et souhaitant demeurer anonyme, et le prof. Bart Dean qui y a suivi des cours, ont informé Irvin qu’Harvard abrite, en plus de la bibliothèque Wasson, une chapelle dédiée au culte de Wasson.

Le hasard, toujours facétieux, a voulu qu’alors que cet article était en cours d’écriture, un nouveau livre de ce genre venait d’être publié: Albert Hofmann: LSD and the Divine Scientist.

Tout comme d’autres figures du mouvement psychédélique, Albert Hofmann est qualifié de « divin », bien qu’il soit désormais prouvé qu’il s’agissait à la fois d’un agent des services de renseignement français et de la CIA. Hofmann a aidé la centrale américaine à administrer du LSD à la population du village de Pont-Saint-Esprit. Il en a résulté la mort de cinq personnes, et Hofmann a participé à l’étouffement de ce crime. Cette affaire de Pont-Saint-Esprit a conduit au fameux meurtre de Frank Olson par la CIA, ce dernier ayant menacé de porter ce scandale sur la place publique. La publicité faite autour du meurtre d’Olson et son implication dans le programme MK-ULTRA ont provoqué un tollé général qui a entraîné la création de la commission Church.[36]

Et bien que cela puisse sembler incroyable, un article du chercheur anglais Alan Piper paru en juillet 2013 dans Time and Mind montre que le LSD était connu des années avant sa « découverte » par Albert Hofmann le 16 novembre 1938 (Hofmann prétend ne pas avoir eu connaissance des propriétés du LSD avant le 16 avril 1943). Piper souligne qu’en 1933, l’auteur israélite Leo Perutz a écrit la nouvelle La neige de Saint Pierre, dans laquelle une nouvelle drogue dérivée d’un champignon poussant sur le blé est testée secrètement puis est utilisée pour provoquer le retour de croyances religieuses, ainsi que le retour d’un empereur romain, tandis qu’un prêtre avertit qu’il s’agit en fait d’une variante du culte de Moloch. En lieu et place du retour aux croyances chrétiennes, le livre s’achève sur une révolution de type communiste. La relation entre les drogues psychédéliques et les tendances communistes ou socialistes revient fréquemment, et mérite d’être soulignée. Pour Piper, l’analogie entre la drogue psychédélique de Perutz et le LSD est un mystère insoluble, mais il fournit des éléments de contexte historique et culturel en ce qui concerne la rédaction du roman et l’étude scientifique de l’ergot. En considérant les preuves démontrant que le mouvement psychédélique fait partie d’un plan s’étalant sur plusieurs générations, les auteurs soutiennent que le livre de Perutz indique clairement une connaissance de ce plan. Il est amusant que Perutz ait choisi pour titre La neige de Saint Pierre à partir de la citation suivante, page 93 du roman, où il est dit que « dans les Alpes, on l’appelait la neige de Saint Pierre »; bien sûr, les Alpes sont avant tout situées en Suisse, où Hofmann aurait inventé la drogue:

Quelques mois plus tard, je pris connaissance du témoignage incomparablement plus important de Denys l’Aréopagite, un néo-platonicien chrétien du IVème siècle, qui déclare dans l’un de ses écrits qu’il a imposé un jeûne de deux jours aux membres de sa communauté, qui désiraient ressentir la véritable présence de Dieu, et qu’il leur a alors donné « du pain préparé avec de la farine sacrée ».[...]

J’ai eu connaissance d’une ancienne chanson rurale romaine, dans laquelle les prêtres invoquaient solennellement Marmar ou Mavor, qui à l’époque n’était pas encore un dieu de la guerre assoiffé de sang, mais un protecteur des champs pacifique. Voici ce qu’elle disait: « Que ta gelée blanche recouvre les cultures, afin que tous reconnaissent ta puissance ». Comme tous les prêtres, les prêtres des campagnes romaines connaissaient le secret de la drogue hallucinogène qui induit un état extatique au cours duquel les gens « peuvent voir » et « reconnaître la puissance de dieu ». La gelée blanche n’était pas une variété de blé, mais une maladie du blé, un champignon qui parasitait le blé et se nourrissait de sa substance.[...]

« Il existe de nombreux champignons parasites », poursuivit le baron, « les ascomycètes, les phycomycètes, et les basidiomycètes. Dans son Synopsis Fungorum, Bargin décrit plus d’une centaine de variétés, et son œuvre est aujourd’hui considérée comme obsolète. Mais parmi la centaine que j’ai identifiées, la seule variété qui produit des effets extatiques lorsqu’elle est introduite dans la nourriture humaine, et qui est donc ingérée par l’organisme humain [...]. Il existe – ou existait – une maladie du blé qui a souvent été décrite au cours des siècles, et qui portait un nom différent suivant les endroits où elle apparaissait. Elle était connue en Espagne sous le nom de natte de Marie-Madeleine et en Alsace sous celui de rosée de l’âme pauvre. Elle est appelée graine de miséricorde dans le Livre de médecine d’Adam de Crémone, et la neige de Saint Pierre dans les Alpes. » [37]

Le livre enchaîne sur un thème identique à celui traité dans cet article, avec les deux personnages principaux qui débattent sur la question de savoir s’il doivent tester la drogue sur eux-mêmes:

Je n’avais pas tout de suite réalisé qu’elle parlait du baron. « J’ai eu une altercation avec lui », a-t-elle poursuivi. « Une altercation très sérieuse. Avec qui? Avec le baron, bien entendu, à propos de l’hallucinogène. Il soutenait que tous deux, lui et moi, ne devions pas en prendre, mais je n’étais pas d’accord. Nous sommes les meneurs, me dit-il, nous devons garder l’esprit clair, ne pas nous laisser entraîner par nos passions, et rester au-dessus de la mêlée. Notre rôle est de diriger, et non pas de nous laisser porter par les événements. Voilà l’objet de notre dispute. Je lui répondis qu’être au-dessus signifie être en-dehors, et qu’en tant que chef il se devait de penser et de ressentir ce que la foule pense et ressent. »[...][38]

Nous découvrons par la suite que la femme qui a créé et testé la drogue, Bibiche, est la meneuse de la rébellion communiste.

 

4. Le féminisme

Dans les années 20, alors qu’il travaillait pour l’American Tobacco Company, Bernays envoya un groupe composé de jeunes mannequins participer à la parade de New York. Il annonça alors qu’un groupe de « manifestants pour les droits des femmes » allumerait des « torches de la liberté ». À son signal, les mannequins allumèrent des cigarettes Lucky Strike devant un groupe de photographes. Le New York Times du 1er avril 1929 écrivit: « Un groupe de jeunes filles allument des cigarettes pour affirmer leur “liberté” ».

L’étude des origines du féminisme est un sujet important. Une chercheuse canadienne quasiment inconnue, Karen, qui s’est donné le pseudonyme « Girl Writes What », a passé les dernières années à enquêter sur les origines et l’histoire du féminisme, et a découvert que, tout comme pour le mouvement psychédélique, la plupart des assertions concernant sa création étaient mensongères.[39]

5. L’intégration raciale

En 1920, Bernays a organisé la première convention de la NAACP [ndt: National Association for the Advancement of Colored People, une association pour les droits des afro-américains] à Atlanta. Sa campagne a été considérée comme étant un succès pour la seule raison qu’il n’y avait pas eu de violences à la convention. Bernays a concentré sa campagne sur les apports des afro-américains aux blancs vivant dans le Sud. Il a par la suite reçu un prix de la NAACP pour sa contribution. Au cours de cette décennie, il a aussi été chargé de mener les campagnes publicitaires de la NAACP.

Bien qu’il s’agisse clairement d’une question sensible, il faut se souvenir qu’au début du XXème siècle le rock and roll était quasi-exclusivement une musique afro-américaine. Si Bernays pensait que cette musique pouvait aider à briser les entraves à la sexualité, alors l’intégration raciale pouvait être utile. De plus, étant donné qu’ils venaient tout juste de quitter leur condition d’esclaves, la culture des afro-américains du XIXème siècle était bien plus proche du renouveau archaïque souhaité par les promoteurs de la contre-culture que celle de l’Amérique blanche. Ainsi, la promotion de l’intégration raciale par Bernays était probablement une tentative pour rabaisser la culture de l’Amérique blanche, plutôt qu’une volonté d’élever celle des afro-américains.

 

6. Les drogues psychédéliques

Bien que Bernays n’ait pas fait ouvertement la promotion du LSD, il a participé à faire de la consommation de tabac un acte socialement accepté, et même désirable comme on l’a vu plus haut, ce qui a préparé le terrain pour la consommation d’autres drogues. De plus, Bernays est l’auteur de la propagande qui a permis à une drogue destructrice d’être acceptée par le public américain avec la campagne de relations publiques qui a trompé le pays en lui faisant croire que la fluoration de l’eau était sans danger et même bénéfique pour la santé. Comme l’a relaté Health Freedom News:

L’acceptation généralisée par les américains, au cours des cinquante dernières années, de la présence de composés fluorés dans l’eau potable ainsi que dans de nombreux produits de consommation courante constitue un cas d’école d’ingénierie sociale, orchestrée par Edward L. Bernays, le neveu de Sigmund Freud et père de la propagande. Cet épisode est édifiant, car il suggère une formidable capacité de certains intérêts puissants à modifier l’environnement social, et à pousser les individus imprudents à penser et à agir de telle sorte qu’ils en viennent à se faire du mal à eux-mêmes ainsi qu’à leurs proches.[...]

En fait, le fluorure de sodium est un poison dangereux qui a été utilisé comme agent actif dans de nombreux insecticides et fongicides. La substance toxique s’accumule dans le corps des mammifères, a été identifiée comme causant des déficiences intellectuelles chez les enfants, et augmente le risque de fractures et d’ostéosarcomes.[...]

Dans les années 30, Edward Bernays fut le conseiller en relations publiques de l’Aluminium Company of America (Alcoa). Le principal avocat d’Alcoa, Oscar Ewing, devint le chef de la Federal Security Agency de 1947 à 1952, sous l’administration Truman. Le Public Health Service était alors sous son autorité, et c’est ainsi qu’en 1950 Ewing a autorisé la fluoration de l’eau à travers tout le pays, et qu’il s’offrit les services de Bernays pour faire la promotion de la fluoration de l’eau auprès du public.

Bernays se rappelle de la campagne en faveur de la fluoration dans laquelle il a été impliqué comme n’étant qu’une mission parmi d’autres. « Le magicien des relations publiques s’était spécialisé dans la promotion auprès du public d’idées et de produits, en soulignant un bénéfice supposé pour la santé. »[...]

Cette approche pour orienter l’opinion publique a donné lieu à des échanges entre le City’s Health Department et les présidents des chaînes de télévision NBC et CBS, l’administration les informant que « débattre de la question de la fluoration reviendrait à organiser un débat entre un anti-catholique et un anti-sémite, et n’est donc pas dans l’intérêt général. » Une autre méthode consistait à faire de la fluoration un terme d’utilisation courante, et recouvert d’un vernis scientifique. Il a recommandé à ses clients d’envoyer des lettres aux rédacteurs en chef des principales publications, dans lesquelles seraient détaillés les principaux points concernant la fluoration. Bernays se souvient que: « Nous donnions la définition en premier lieu aux rédacteurs des journaux les plus importants. Puis nous envoyions une lettre aux éditeurs de dictionnaires et d’encyclopédies. Six ou huit mois après, nous pouvions constater que le mot fluoration était publié et défini dans les dictionnaires et les encyclopédies. »

En 1957, le Committee to Protect Our Children’s Teeth [ndt: comité pour protéger les dents de nos enfants] apparut soudainement pour faire l’article en faveur de la fluoration, avec de nombreuses vedettes dans sa listes de membres...[40]

~ James F. Tracy

Mais la connexion la plus directe entre Bernays et le mouvement psychédélique tient au fait qu’il était un ami proche, un conseiller et un promoteur du pré-cité Gordon Wasson, le soi-disant découvreur des champignons hallucinogènes. Bernays a écrit:

Gordon Wasson était un de ces hommes de presse capables, consciemment ou inconsciemment, de mesurer toute l'importance des contacts qu'ils établissent au cours de leur carrière. Ces contacts l'amenaient ici ou là. Alors au département financier du New York Times, il entra en contact avec la maison à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan. Il décida alors d'abandonner le journalisme pour travailler avec la maison [Morgan]. Il a débuté au département des relations publiques. Après le décès de Martin Eagen, il occupa la fonction d'attaché aux relations publiques auprès de J. Pierpont Morgan. Ses collègues le tenaient en très haute estime. Il était intelligent, affable. Son esprit était un mécanisme de haute précision, merveilleusement fonctionnel.[...] Wasson en fit son métier, et il en éprouvait de la satisfaction. Il était très important pour la maison [à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan] de maintenir des contacts avec le reste du monde.

Ce n'est que longtemps après l'avoir rencontré que j'ai découvert une référence à Gordon Wasson dans le livre [du prof. Raymond] Moley The First Seven Years [sic] paru en 1939. Moley a écrit un mémo où il faisait des recommandations pour pourvoir les postes de la Stock Exchange Commission [ndt: la commission des opérations de bourse américaine]. À côté du nom de Gordon Wasson, qu'il recommandait, il écrit: « résident du New Jersey, a géré les actifs à l'étranger de la Guaranty Company, a servi d'agent de liaison entre Wall Street et Landis, Cohen et Corcoran car son amitié avec eux était de notoriété publique. A une connaissance approfondie du marché des titres et de la loi régulant les marchés financiers [ndt: le Stock Exchange Act], ayant participé à son élaboration, très apprécié par les ministères du trésor et du commerce, serait certainement recommandé par le Guaranty and Stock Exchange, et serait donc acceptable pour Wall Street. J’ai vu Wasson à de nombreuses reprises entre 1934 et 1944.[41]

~Edward Bernays

Un exemple de l’influence de Bernays sur Wasson est l’article écrit par ce dernier le 26 septembre 1970 dans le New York Times, dans lequel Wasson prétend avoir eu des remords après avoir appris que des « des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs » se rendaient en masse à Huautla de Jimenez, dans la province mexicaine d’Oaxaca, pour prendre des champignons hallucinogènes:

Huautla, que j'avais connu comme un petit village indien isolé, est devenu la Mecque des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs, de la troupe bigarrée de tous les rebuts de notre société. Les anciennes traditions sont mortes, et j'ai bien peur que ma responsabilité soit lourdement engagée, la mienne et celle de Maria Sabina.[...]

Qu'ai-je fait au juste? J'ai fait une importante découverte culturelle. Aurais-je dû l'ignorer? Cette découverte en a entraîné d'autres, dont la portée reste encore à évaluer. Aurait-il été préférable que ces découvertes n'aient jamais vu le jour, suite à mon refus de révéler les secrets des hallucinogènes des indiens?

Et pourtant, ce que j'ai fait me donne des cauchemars: j'ai libéré un torrent d'exploitation commerciale de la pire espèce sur le charmant village de Huautla. Désormais, les champignons sont exposés et mis en vente sur chaque marché, devant chaque porte du village – partout. Tout le monde offre ses services de « prêtre » du rite, y compris les politiciens.[...] Toute la campagne est en émoi devant les mouvements furtifs des hippies, les allées et venues des « federalistas », et les efforts maladroits des officiels locaux pour les déloger.[42]

~ R. Gordon Wasson

Toutefois, Wasson remarque, dans une lettre découverte à l’Hoover Institute de Stanford, et adressée à Bertram Wolfe:

Le 13 octobre 1970:

Cher monsieur Wolfe,

[...] Vous souvenez-vous de la dernière lettre que vous m'avez envoyée? Je vous demandais à quelle occasion Tolstoï avait dit que la machine à imprimer était un puissant moyen pour disséminer l'ignorance. Cette affaire mazatèque en est un exemple frappant.[43] [c’est nous qui soulignons]

~ R. Gordon Wasson

On peut être à présent certain que Wasson, lorsqu’il prétendait être désolé d’avoir détruit « le charmant village de Huautla » allumait un contre-feu « bernaysien » pour cacher la vérité. Parmi la montagne de documents déclassifiés par la CIA à propos de MK-ULTRA, certains ont été soumis à l’attention d’Irvin par Colin Ross, l’expert sur le programme MK-ULTRA. Ces documents prouvent que le voyage de Wasson au Mexique a été financé par ce programme tristement célèbre. En d’autres termes, les articles relatant ce voyage dans Life et This Week décrivent une opération financée par le sous-projet n°58 du programme MK-ULTRA. Ces documents seront analysés dans un article à paraître, mais ils montrent que Wasson a menti pour cacher ses véritables intentions.

Pour ne pas surcharger l’article, nous ne reproduirons ici que trois des documents de la CIA. D’autres documents donnent des informations sur le coût des équipements pour la photographie et l’enregistrement, J.P. Morgan et la National Philosophical Society apparaissent comme étant des sous-traitants dans une autre note, des lettres de Wasson le montrent réclamant à MK-ULTRA le remboursement de ses frais pour les voyages où il a collecté des champignons hallucinogènes, et on trouve plusieurs d’échanges entre Wasson et Allen Dulles, le directeur de la CIA, au cours des semaines qui précédèrent la publication de l’article de Life – dont une invitation de Dulles à Wasson pour que ce dernier lui rende une visite.

Le 8 février, 1956

À l’attention du dr. [biffé – Sidney Gottlieb ou Charles Geschickter?]

Au cours des derniers mois, j’ai, comme vous en informera le dr. [biffé], eu plusieurs conversations avec lui et le dr. [biffé – James Moore?] du [biffé – fonds Geschickter?] concernant certaines enquêtes pionnières que nous avons [illisible] champignons hallucinatoires utilisés par certaines des [biffé – cultures mexicaines indiennes] les plus reculées, en lien avec leurs pratiques religieuses indigènes.

Je prévois une quatrième expédition dans les montagnes de [biffé – la région d’Oaxaca au Mexique] pour juillet. J’espère que les dépenses occasionnées par cette expédition seront supportées par un [biffé – fonds?] en lien avec les aspects médicaux de cette recherche. En gardant ceci à l’esprit, je me permets de vous demander par la présente une aide financière d’un montant de 2000$ qui servira à collecter les spécimens sur le terrain, à les identifier, à les conserver soit dans de l’alcool soit au sec, et à les envoyer à [biffé – CIA ou Albert Hofmann?].

Pour information, le professeur [biffé – Roger Heim], le principal mycologue [biffé – français] et directeur du [biffé – muséum national d’histoire naturelle], s’est engagé à nous accompagner pour ce voyage. Sa grande expérience de la mycologie en général et de la mycologie tropicale en particulier nous sera particulièrement utile. J’espère que vous nous communiquerez votre décision dans les meilleurs délais, de sorte que nous puissions nous préparer de la façon la plus appropriée. Je pars pour un voyage de deux mois en [biffé – Europe] à la fin du mois de mars, et j’aimerais finaliser tous les détails concernant l’équipement et le personnel requis pour notre expédition avant mon départ pour [biffé – Huautla de Jimenez, Oaxaca, Mexique].

Respectueusement,

Gordon Wasson [nom biffé dans l’original]

Les lettres suivantes montrent précisément le niveau de proximité entre Dulles, le chef du renseignement américain, et Wasson. Il est évident qu’en tant que chef de la CIA, Dulles devait connaître, et comme les documents du sous-projet 58 le démontrent, a dû approuver le plan secret du « sous-projet 58 » du programme MK-ULTRA – la promotion des drogues psychédéliques auprès de la jeunesse américaine.

Le 21 mars 1956

MK-ULTRA [illisible]: CONTRÔLEUR

À L’ATTENTION DE: DIVISION DES FINANCES

SUJET: MK-ULTRA, sous-projet 58

Sous l’autorité accordée par les mémorandums en date du 13 avril 1953 adressés par le chef du renseignement au DD/2, et en vertu de l’extension de cette autorité accordée par les mémorandums suivants, le sous-projet 58 a été approuvé, et 2000$ tirés des fonds généraux du projet MK-ULTRA ont été accordés pour couvrir les dépenses du sous-projet, et devront être assignés à l’affectation 6-2502-10-001.

[Biffé – Responsable] TSS/Division chimique

ALLOCATION DE FONDS APPROUVÉE

Directeur de recherche [biffé]: date [biffée]

Le 3 avril 1957

Cher Gordon:

C’est avec grand plaisir que j’ai écrit une lettre de recommandation pour mon cher ami Ellsworth Bunker pour la Century Association. Je joins une copie. J’ai été heureux d’avoir de vos nouvelles. Contactez-moi lorsque vous serez à Washington.

~ Allen Dulles [44]

Un exemple montrant comment les activités de Wasson au sein de la CIA ont été occultées est le travail réalisé par « l’expert » sur le programme MK-ULTRA et auteur Hank Albarelli, un ancien avocat de l’administration Carter et de la Maison-Blanche, qui a aussi travaillé pour le département du trésor. Bien qu’Albarelli se présente auprès du public comme un « lanceur d’alerte » sur le programme MK-ULTRA, il a semble-t-il tenté de saboter les recherches d’Irvin sur Gordon Wasson. Durant une période de trois ans – période soigneusement documentée par Irvin – Albarelli a prétendu aider Irvin à faire des demandes FOIA (Freedom Of Information Act [ndt: une loi qui contraint l’administration américaine à communiquer au public des documents qui n’ont pas été préalablement publiés]) auprès de la CIA. Durant cette période, Albarelli a constamment prétendu que les demandes FOIA revenaient sans aucun document, ou que la CIA n’avait pas encore répondu à ces demandes. Les déclarations d’Albarelli étaient mensongères. La CIA avait répondu en 90 jours à d’autres demandes FOIA formulées par Irvin.

Bien que plusieurs pages sur Wasson avaient été publiée par la CIA suite à des demandes FOIA datant de 2003, Albarelli a envoyé une fausse réponse de la CIA à Irvin, dans laquelle Albarelli écrivait: « 0 sur Wasson. “Toutes les pages ont probablement été détruites durant la destruction des documents MK-ULTRA de 1973.” » Puis, après ses nombreuses allégations selon lesquelles la CIA n’avait pas encore répondu à ses demandes FOIA, Albarelli a changé sa version des faits et prétendu que le retard était dû au fait qu’il n’avait jamais envoyé de demande, bien qu’Irvin ait conservé de nombreux e-mails où Albarelli prétendait le contraire. Échaudé, Irvin décida d’envoyer sa propre demande FOIA auprès de la CIA, qui y répondu positivement peu après, exposant ainsi les mensonges d’Albarelli comme ce qui semblait être une manœuvre destinée à ralentir les recherches d’Irvin. Voici quelques échanges conservés par Irvin à ce sujet:

Le 16 février 2010, Irvin a écrit:

Salut Hank,

Question: accepteriez-vous de m’aider à faire une demande FIOA sur Wasson? Je n’ai pas la moindre idée de la procédure à suivre. J’ai un peu étudié la question, et tout ceci m’a semblé très intimidant – ce qui est sans doute le but recherché. Mais il me semble qu’il s’agit de la meilleure manière pour aller au fond des choses.

Meilleures pensées,

Jan

Albarelli a répondu le 16 février 2010:

Bien sûr. La première chose dont nous ayons besoin est d’une nécro de Wasson parue dans un journal important comme le NYT. Après ça, je peux m’occuper du reste.

Le 4 mai 2010, Albarelli écrivait:

0 sur Wasson. Toutes les pages ont probablement été détruites « durant la destruction des documents MK-ULTRA de 1973. »

Le 22 octobre 2010, Irvin écrivait:

Je vous ai aussi demandé si vous pouviez m’envoyer la réponse de la CIA à la demande FOIA, afin que je puisse l’ajouter à mon dossier sur Wasson?

Le 22 octobre 2010, Albarelli répondait:

Ce n’est pas possible sans que je révèle tous les autres dossiers/documents/sujets pour lesquels j’ai fait une demande, et je n’ai pas l’intention de faire une chose pareille... Ce n’était tout simplement pas ce dont nous avions convenu, et je trouve que notre collaboration est un peu à sens unique jusqu’à présent...

Le 4 juillet 2011, Albarelli prétendait, contredisant son e-mail du 4 mai 2010:

Lisez plus attentivement – les demandes FOIA n’ont PAS reçu de réponse: il s’agit des demandes FOIA reclassées.

Je ne partagerai rien avec vous qui ne concerne pas directement vos écrits ou votre travail...

[...] Veuillez ne plus m’importuner avec ces histoires... Je ne partage pas votre intérêt pour Wasson; savoir s’il a travaillé pour la CIA ne m’intéresse pas; je m’intéresse seulement à Pont St. Esprit et l’utilisation du LSD par les français, des sujets sur lesquels vous êtes totalement ignorant, pour autant que je sache.

Le 22 février 2013, Albarelli écrivait:

Huxley et MK-ULTRA: vous poursuivez une chimère. Wasson n’était pas un agent de la CIA. Je vous mets au défi de documenter tout ceci.

[...] Vous avez eu une réponse en 90 jours suite à votre demande de néophyte, mais regardez ce que vous avez obtenu; des documents publiés il y a 25 ans.

[...] Je n’ai PAS fait de demande FOIA pour vous parce que je ne veux PAS être associé à vous de quelque façon que ce soit.

Au cours de cette conversation du 22 février 2013, Albarelli a enfilé les insultes comme des perles, et a refusé de répondre aux questions d’Irvin. Bien qu’Albarelli prétende qu’il ne souhaitait pas être associé à Irvin, peu après que ce dernier lui ait demandé son aide pour faire une demande FOIA, il a donné une longue interview sur le podcast d’Irvin pour faire la promotion de son livre A Terrible Mistake; il a aussi accepté que cette interview soit retranscrite par écrit, après l’avoir lui-même éditée. Albarelli accuse Irvin d’être un néophyte parce qu’il n’a reçu une réponse pour sa demande FOIA qu’après 90 jours; il est pourtant clair, au vu des échanges en date du 16 février et du 4 mai 2010, qu’Albarelli n’a reçu une réponse pour ses propres demandes qu’au bout de 90 jours lui aussi. Albarelli prétend également que les documents ont été publiés il y a 25 ans, alors qu’ils l’ont été le 5 mai 2003, soit 6 ans et 9 mois avant la première demande d’Irvin à Albarelli. Lorsqu’Albarelli prétend que: « Ce n’est pas possible sans que je révèle tous les autres dossiers/documents/sujets pour lesquels j’ai fait une demande », il faut savoir qu’en fait la CIA répond à chaque demande séparément, et le fait par courrier postal.

Entre les documents obtenus par la demande FOIA qu’Albarelli a semble-t-il tenté de dissimuler à Irvin, et les documents de la CIA sur le sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, il n’est pas difficile de démontrer l’implication de Wasson avec la CIA et MK-ULTRA, comme nous l’avons révélé ci-dessus.

En considérant les échanges entre Albarelli et Irvin ainsi que les documents prouvant que Wasson a été financé par MK-ULTRA, on peut envisager la description donnée ci-après par Albarelli des relations entre la CIA et Wasson comme une forme élaborée de désinformation destinée à cacher la vérité au public.

Voici ce qu’écrivait Albarelli:

Le travail de Gordon Wasson et de sa femme Valentina Pavlovna est particulièrement important dans le cadre de l’histoire du LSD et des drogues psychotropes. Le couple a voyagé dans le monde entier à la recherche de champignons psycho-actifs rares et exotiques, et ils furent les premiers à faire usage du terme « ethnomycologie ». Pendant quarante ans, ils ont tous deux collecté et catalogué la « nourriture des Dieux ». En 1977, Wasson a déclaré qu’au cours de ses nombreuses expéditions au Mexique de 1952 à 1962, « Je n’ai jamais envoyé le moindre échantillon à un mycologue américain. Je n’ai pas reçu un penny, pas le moindre financement d’aucune source gouvernementale. Je suis tout à fait certain de ceci. »

Il n’y a aucune raison de mettre en doute la parole de Wasson, mais ce qu’il ignorait alors était que chacun de ses voyages était placé sous la surveillance étroite du gouvernement américain, et que la totalité des échantillons qu’il avait ramassés sur place finissait dans des laboratoires financés par la CIA. Wasson a également envoyé ses échantillons à Albert Hofmann, aux laboratoires suisses de Sandoz. D’après Wasson, Hofmann « s’occupait de la tâche essentielle de synthétiser les ingrédients actifs » des échantillons. Là encore, ce que Wasson n’avait pas réalisé était que les résultats de ses travaux et de ceux d’Hofmann étaient directement transmis à la CIA et à l’armée américaine, ces deux institutions ayant placé des agents secrets aux laboratoires Sandoz depuis au moins 1948.[...]

Wasson a aussi déclaré qu’il avait été approché en une occasion par la CIA ou le FBI, « je ne sais pas laquelle [des deux agences] ». Ils voulaient qu’il « travaille pour le gouvernement ». Il a décliné leur offre, en disant que bien que leur démarche soit « patriote », il ne souhaitait pas voir son travail classifié. « Je voulais publier l’ensemble de mes découvertes » a-t-il expliqué.[45] [c’est nous qui soulignons]

Les « recherches » d’Albarelli ne semblent couvrir que des aspects mineurs de la globalité du programme MK-ULTRA, déformant la réalité d’opérations anciennes pour permettre aux opérations plus récentes de rester cachées et séparées.

Il est aussi important de noter que la requête FOIA qu’Irvin a adressée à la CIA après celles d’Albarelli concernait Gordon Wasson, et que plusieurs documents provenant de la CIA sont des lettres personnelles entre Wasson et Allen Dulles (l’une d’entre elles est reproduite ci-dessus) – lettres qui ont été échangées tout juste cinq semaines avant la parution de l’article de Wasson dans le magazine Life.

 

Bernays – l’architecte du contrôle social

Bernays était aussi directement lié à une autre manœuvre du gouvernement pour transformer l’environnement culturel. En 1917, Woodrow Wilson a engagé George Creel pour influencer l’opinion publique américaine en faveur de l’entrée du pays dans la première guerre mondiale. Creel fonda le Comité pour l’Éducation Publique et engagea Edward Bernays. On notera qu’après le décès de sa femme, Creel devint membre du Bohemian Club, la société secrète qui a également accueilli des membres du Grateful Dead – Bob Weir et Mickey Hart.[46] Alexander Shulgin, le fameux chimiste psychédélique, est lui aussi membre de ce club. Dans son livre Pihkal, il parle du Bohemian Club comme du « Club de la Chouette », en référence à sa fameuse mascotte:

J’ai été ravi de rejoindre le Club de la Chouette, et depuis ce jour, je porte une chemise bien propre et une cravate, j’emmène mon alto en ville [San Francisco] et je joue avec l’orchestre tous les jeudi soirs, sans faute.

J’ajouterai que je suis le seul membre du Club qui porte, et qui a toujours porté, des sandales noires plutôt que des chaussures, ayant décidé il y a bien longtemps de cela que le port de sandales était infiniment plus sain pour mes pieds que l’environnement humide et renfermé offert par les chaussures que portent mes compagnons du Club. Ils se sont habitués à mes sandales, à présent, et ils se sont habitués à ma personne.[47]

~ Alexander Shulgin

Le Bohemian Club est l’équivalent du Century Club de la CIA (cité ci-dessus) pour la côte Ouest, ce dernier ayant été dirigé par Allen Dulles et, apparemment, par Gordon Wasson.[48]

On ne peut comprendre l’influence d’Edward Bernays et de Gordon Wasson sur la culture américaine en se contentant d’envisager chacune de leur action de manière isolée. Leurs actes doivent être considérés comme un ensemble. Il devient alors évident qu’ils faisaient tous deux partie d’une « vague » qui a fini par submerger la jeunesse américaine. Les auteurs soutiennent que, considérant la vision politique totalitaire de Bernays, et le rôle désormais démontré joué par Wasson au sein de MK-ULTRA, la somme des éléments destructeurs que ces deux individus ont introduits dans la culture américaine ne peut être un accident. La transformation de la jeunesse américaine en une horde de « Deadheads » était un projet de longue haleine mené par une organisation secrète nichée au sein du gouvernement américain, ayant pour objectif l’avènement d’un nouvel Âge Sombre.

Comme l’ont écrit les frères Cohen dans leur film No Country for Old Men:

Ellis: Tu sais,

si tu m’avais dit il y a 20 ans,

que je verrai des enfants

marcher dans les rues de nos villes du Texas

... avec des cheveux verts, des os dans le nez...

je ne t’aurais tout simplement pas cru.

Bell: Signes des temps.

Ellis: Mais je pense que dès qu’on n’entend plus « monsieur »

et « m’dame », le reste ne tarde pas à suivre.

Bell: Oh, c’est la vague.

Ellis: Ouais.

La vague sombre.

Tout ça n’est pas bon.

Bell: non, tout ça n’est pas bon.

 

Terence McKenna et l’Institut Esalen

Terence McKenna est finalement devenu la principale courroie de transmission des Huxley et de l’Institut Esalen pour la promotion d’un nouvel Âge Sombre, ce plan post-moderne et néo-féodal ayant pour objet d’asservir les masses et d’opérer un retour en arrière sur le plan historique. Le livre de McKenna, The Archaic Revival, est essentiellement un récapitulatif des arguments développés par la Fourth World Wilderness pour mener à bien ces objectifs.[49]

Dans l’introduction de The Invisible Landscape des frères McKenna, Jay Stevens, auteur de Storming Heaven, révèle les véritables objectifs de leurs travaux:

Notre goût pour la simplicité nous a conduit à réduire le chaos des années 60 à une simple « révolte de la jeunesse ». Mais il existait alors deux philosophies qui prévalaient parmi les révolutionnaires sur la meilleure manière de reconstruire le monde. La première voie proposait de s’appuyer sur le pouvoir politique, et de l’utiliser pour élever la conscience et ainsi changer le monde. La seconde proposait de s’attaquer à la conscience elle-même en se servant d’une famille controversée, et bientôt interdite par la loi, d’agents psycho-chimiques: les psychédéliques.[50] [C’est nous qui soulignons]

~ Jay Stevens

Terence McKenna confirme les propos de Stevens dans The Archaic Revival, dans lequel il admet que:

Vous savez, après avoir réfléchi à ces questions avec le recul nécessaire, je dois dire que je suis en désaccord avec Leary et Alpert et Ralph Metzner lorsque je contemple leur façon de faire dans les années 60. Parce qu’essayer de lancer une « croisade des enfants », tenter de coopter la destinée des enfants de la classe moyenne en se servant des médias comme éclaireur [i.e. Henry Luce et Time-Life], tout ceci était une entreprise très risquée. Et elle s’est mal terminée, à mon avis.

Je pense que l’approche d’Huxley était beaucoup plus intelligente – c’est à dire de ne pas tenter de toucher le plus grand nombre, mais de s’attaquer aux personnes les plus importantes et les plus influentes: les poètes, les architectes, les politiciens, les scientifiques, en particulier les psychothérapeutes. Parce qu’il s’agit ici de ce qui est arrivé de mieux à la psychothérapie depuis l’apparition des rêves.[51] [C’est nous qui soulignons]

McKenna admet par la suite qu’Huxley était un acteur majeur du programme MK-ULTRA et de ce néo-féodalisme, tout en relayant l’histoire officielle de cette histoire:

Lorsque vous vous rendez sur l’Amazone ou que vous prenez du peyotl avec les Huichol, c’est une sacrée corvée que de trouver suffisamment de produits pour une vingtaine de personnes. Donc la distribution de telles quantités de LSD au sein de la société moderne a conduit le pouvoir en place [qui était responsable de cette distribution] à penser que l’intégralité de la machine sociale était en train de se dissoudre dans l’acide – sous leurs yeux, littéralement. Je pense que cette façon de procéder était une erreur. Beaucoup de voix s’élevaient à l’époque, qui proposaient de nombreuses théories sur la façon dont il convenait de gérer cette situation. Si Huxley avait vécu dix ans de plus, les choses se seraient passées tout à fait différemment.[52]

De récentes découvertes ont montré qu’Huxley était, tout comme Gordon Wasson et Allen Dulles, un membre du Century Club.[53]

En août 2012, Irvin a publié un compte-rendu de certaines de ses recherches concernant Esalen, Huxley et McKenna, dans lequel on apprenait qu’Aldous Huxley et l’Institut Esalen, qui est essentiellement une sorte de quartier général du programme MK-ULTRA (avec Michael Murphy qui semble diriger l’ensemble du programme de nos jours), avaient joué un rôle majeur dans la dissémination de cette idéologie promouvant un nouvel Âge Sombre. On y découvrait également comment Fourth World Wilderness travaillait à l’abrutissement des masses.

S’agit-il d’une simple coïncidence si Terence passe du temps avec l’arrière-petit-fils d’un des principaux promoteurs des théories de Darwin, Francis Huxley (1), qui avait des liens familiaux avec Darwin via son cousin (2), et qui a été fortement influencé par Teilhard de Chardin (3) – qui a été impliqué dans le canular de l’homme de Piltdown (4) – dont un des livres a été préfacé par Julian Huxley (5), le père de Francis (6), Terence développant alors sa théorie du « singe défoncé » (7), dont il a fait la promotion en même temps que la théorie sur 2012 qui avait été formulée par Coe, un agent de la CIA (8), ce dernier étant de la même famille qu’un ami de Julian, Dobhzanski (9), et qu’ensuite Terence propage la propagande de l’Esalen (10), où il a travaillé avec la femme d’Aldous, Laura (11), et qu’il s’avère que l’Esalen a été une co-création d’Aldous Huxley en personne (12)? [54]

The Invisible Landscape, qu’on peut résumer à une attaque contre l’esprit, à une tentative d’amener la jeunesse américaine à croire que la vérité n’existe pas, évoque aussi l’utilisation des drogues psychédéliques et la fin de la pensée critique pour provoquer l’apocalypse:

On peut imaginer que l’état zéro pourrait advenir sous deux formes. La première est la dissolution du cosmos par la destruction et la fin effective des lois naturelles, une apocalypse au sens strict. L’autre possibilité prend moins au pied de la lettre les thèmes mythiques récurrents associés à la transformation collective et à l’entrée en concrescence, et lorgne du côté de l’idée selon laquelle la concrescence, pour miraculeuse qu’elle soit, n’en reste pas moins le point culminant d’un processus humain, un processus de fabrication qui s’accomplit lorsque l’artefact parfait est enfin créé: le soi monadique, extériorisé, condensé et visible en trois dimensions, le rêve d’une union de l’esprit et de la matière, selon le vocable alchimique. On peut supposer que si un tel outil/processus hyper-spatial venait à être découvert, il redéfinirait promptement la totalité de l’expérience qu’on peut faire au cours de sa vie concernant le soi, le temps, l’espace et l’altérité, et que ces effets suivraient la concrescence plutôt que de la précéder, et seraient considérés, par leur influence intemporelle sur le contenu de l’expérience visionnaire, comme ayant donné naissance au « scénario apocalyptique » attendu par tant d’ontologies. L’apparition dans l’espace-temps habituel d’un corps hyper-dimensionnel, obéissant à une volonté humaine simultanément transformée et ressuscitée, et capable de mesurer les obligations et les opportunités inhérentes à ce moment unique dans le long combat de l’énergie pour sa propre libération, constituerait une apocalypse à part entière.[55] [C’est nous qui soulignons]

 

Éleusis

En 1978, Gordon Wasson, Albert Hofmann et Carl A.P. Ruck publièrent The Road To Eleusis, un livre qui prétend que les anciens mystères d’Éleusis se fondaient sur un dérivé de l’ergot, ou précurseur du LSD. Wasson déclare dans l’avant-propos:

Les initiés passaient la nuit dans le télestérion d’Éleusis, sous le commandement de deux familles de hiérophantes, les Eumolpides et les Kerykes, et ils repartaient frappés d’émerveillement par ce qui leur était arrivé: d’après certains, ils étaient transformés à tout jamais.[56] [C’est nous qui soulignons]

Wasson poursuit dans le premier chapitre:

Les mystères d’Éleusis furent fondés par les premiers grecs, au cours du second millénaire avant notre ère, et ils captivèrent tous les initiés qui participaient chaque année au rite. Le silence quant à ce qu’il s’y déroulait était obligatoire: les lois athéniennes étaient extrêmement sévères envers quiconque enfreindrait cette obligation de secret, mais il a été maintenu spontanément durant toute l’Antiquité, et dans l’ensemble du monde grec, bien au-delà de la portée des lois athéniennes, et ce secret est devenu un élément intrinsèque des traditions de la Grèce ancienne depuis la suspension des mystères au IVème siècle. Je ne serais pas surpris si quelque érudit estimait que nous commettons un sacrilège en dévoilant ce secret. Le 15 novembre 1956, je donnai une brève allocution devant l’American Philosophical Society [un sous-traitant du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA – cf. les dossiers de la CIA] où je décrivais le culte du champignon au Mexique, et lors de la discussion qui s’ensuivit, j’indiquai que ce culte pourrait nous donner la solution aux mystères d’Éleusis.[57] [C’est nous qui soulignons]

Dans les deux paragraphes qui précèdent, Wasson admet que la totalité des mystères d’Éleusis était contrôlée par deux familles: les Eumolpides et les Kerykes. Il déclare que les initiés repartaient « frappés d’émerveillement » et qu’ils étaient « captivés ». Il admet que tout ce qui concernait les mystères devait rester secret, et que les punitions pouvaient aller jusqu’à la mort, comme dans le cas de Socrate. Mais Wasson prétend ironiquement que le secret « a été maintenu spontanément durant toute l’Antiquité » - ce qui est absurde. Si le secret sur les mystères était maintenu par la force, ceux-ci étaient donc entièrement sous contrôle – sanctionnés par l’état. Comme l’a démontré Irvin à l’occasion de cours qu’il a donnés, le secret et l’occultation sont presque toujours utilisés contre ceux qui ne détiennent pas ces informations secrètes, ou pour les contrôler.[58] Pourquoi ces deux familles voulaient-elles garder secrète ce qui était censé être une expérience religieuse ou spirituelle? Leur objectif réel était-il le contrôle de la population?

Wasson continue en évoquant un document qu’il a lu devant l’American Philosophical Society le 15 novembre 1956. Des documents du programme MK-ULTRA de la CIA révèlent que « 10. National Philosophical Society » était un « co-sponsor – sous-projet 58 » mais poursuivent en écrivant que « impossible à localiser – non envoyé ». Pourquoi la CIA s’est-elle trouvée dans l’incapacité de localiser la National Philosophical Society, à moins que le nom soit mal retranscrit? Je pense qu’il est fortement probable que cette référence à la National Philosophical Society renvoie en fait à l’American Philosophical Society. Il n’y a aucune trace de l’existence d’une National Philosophical Society, mais il y en a beaucoup concernant l’American Philosophical Society, fondée par Benjamin Franklin en 1743. Peut-on en conclure que l’American Philosophical Society était elle aussi derrière le sous-projet 58 de MK-ULTRA? Les recherches en ligne portant sur « National Philosophical Society » renvoient systématiquement à « American Philosophical Society », où Wasson a donné un cours sur ce même sujet en 1956 – au point culminant des activités du programme MK-ULTRA.

 

Conclusion

Les auteurs sont en désaccord en ce qui concerne l’usage des drogues psychotropes. L’un d’entre eux pense que nous ne devrions pas négliger le potentiel de ces substances en tant que moyens biologiques permettant d’ouvrir les portes de l’esprit, et peut-être d’autres dimensions spirituelles; mais ceux qui n’envisagent ces substances qu’en tant qu’outils biologiques ne considèrent jamais qu’elles pourraient très facilement être utilisées comme des moyens de contrôle. Il recommande de ne pas les utiliser sans avoir au préalable étudié de façon approfondie une méthode comme celle du trivium; il suggère également que, tout comme un couteau peut aussi bien servir à couper de la nourriture qu’à tuer, les drogues psychédéliques peuvent être des instruments de libération ou d’asservissement. Il est important que les utilisateurs de ces drogues aient conscience que d’autres personnes peuvent s’en servir pour des motifs qui n’ont rien de spirituels. L’autre auteur pense que, sachant d’où elles proviennent elles ne doivent être utilisées sous aucun prétexte.

Nous devons nous demander si les prédateurs envisagent ces substances comme des moyens pour parvenir à un éveil spirituel, ou pour contrôler le reste de la population. Ce que croit le lecteur n’est pas forcément toute la vérité.

Les élites athéniennes contrôlaient les masses grâce à des initiations fondées sur la drogue au cours des mystères d’Éleusis; elles sont parvenues à maintenir le secret durant les deux millénaires qu’a duré leur règne, et à cacher jusqu’à maintenant – soit près de quatre mille ans après la mise en place des mystères – le fait que ces cérémonies étaient en réalité utilisées pour contrôler la population.

Huston Smith écrit dans l’introduction à The Road To Eleusis:

Les grecs ont pourtant créé une institution sacrée, les mystères d’Éleusis, qui semble avoir durablement permis d’ouvrir une porte dans la psyché humaine, par laquelle Dieu pouvait s’engouffrer. Le contenu de ces mystères est, avec la nature de la plante sacrée Soma des indiens, l’un des deux secrets les mieux gardés de l’histoire.[...] Car ils soulèvent des questions contemporaines que notre intelligentsia culturelle a jusqu’à présent jugées trop sensibles pour être adressées.

La première de ces questions est celle, déjà citée, que posait Nietzsche: l’humanité peut-elle survivre à l’absence de Dieu, ou en d’autres termes à l’absence de vision noble – une vue convaincante de la nature des choses et de la place de la vie en leur sein, qui élèverait l’individu? La seconde: le sécularisme moderne, le scientisme, le matérialisme et le consumérisme ont-ils conspiré ensemble pour créer une carapace que la Transcendance ne parvient à percer qu’avec difficulté? Si la réponse à cette seconde question est positive, alors une troisième se pose naturellement. Y a-t-il un besoin, et peut-être même un besoin urgent, de créer de nouveaux mystères d’Éleusis pour nous sortir de la caverne de Platon et nous amener à la lumière? [C’est nous qui soulignons]

~ Huston Smith, introduction à The Road To Eleusis, p.10

C’est ce qui a apparemment été fait: les élites et les oligarques, se fondant sur leur arrogance et sur l’argument d’autorité, ont recréé les mystères d’Éleusis pour sortir les masses de la caverne de Platon, non pas pour les amener vers la lumière, mais plutôt pour les envoyer dans une autre caverne.

Voici comment se définit un « noble mensonge », auquel Smith fait référence ci-dessus quand il évoque une « vision noble »: « En politique, le noble mensonge est un mythe ou un mensonge souvent, mais pas systématiquement, de nature religieuse, qui est raconté par une élite pour maintenir l’harmonie sociale ou pour servir un projet. Le noble mensonge est un concept qui apparaît pour la première fois dans La République de Platon ».[59]

qu'après les avoir entièrement formés la terre, leur mère, les a mis au jour; que, dès lors, ils doivent regarder la contrée qu'ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre qui l'attaquerait, et traiter les autres citoyens en frères, en fils de la terre comme eux. [...]

Vous êtes tous frères dans la cité, leur dirons-nous, continuant cette fiction ; mais le dieu qui vous a formés a fait entrer de l'or dans la composition de ceux d'entre vous qui sont capables de commander : aussi sont-ils les plus précieux. Il a mêlé de l'argent dans la composition des auxiliaires ; du fer et de l'airain dans celle des laboureurs et des autres artisans. Pour l'ordinaire, vous engendrerez des enfants semblables à vous-mêmes ; mais comme vous êtes tous parents, il peut arriver que de l'or naisse un rejeton d'argent, de l'argent un rejeton d'or, et que les mêmes transmutations se produisent entre les autres métaux. Aussi, avant tout et surtout, le dieu ordonne-t-il aux magistrats de surveiller attentivement les enfants, de prendre bien garde au métal qui se trouve mêlé à leur âme, et si leurs propres fils ont quelque mélange d'airain ou de fer, d'être sans pitié pour eux, et de leur accorder le genre d'honneur dû à leur nature en les reléguant dans la classe des artisans et des laboureurs ; mais si de ces derniers naît un enfant dont l'âme contienne de l'or ou de l'argent, le dieu veut qu'on l'honore en l'élevant soit au rang de gardien, soit à celui d'auxiliaire, parce qu'un oracle affirme que la cité périra quand elle sera gardée par le fer ou par l'airain.[60]

Tout ceci nous pousse à nous interroger... Le champ de l’ethnomycologie aurait-il été fondé, non pas pour étudier les mythes et légendes des cultures qui utilisaient ces substances, mais plutôt pour étudier la façon dont elles utilisaient ces substances à des fins de contrôle – le noble mensonge? Cette matière a-t-elle aussi été créée pour faire la promotion de ce renouveau archaïque néo-féodal? Le sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, la révolution psychédélique et le mouvement « Deadhead » étaient-ils une expression de ce contrôle? Ces méthodes de contrôle se poursuivent-elles de nos jours avec les mouvements rave et « Burning Man »?

Il semble bien.

Tout comme les anciens hiérophantes grecs créèrent les mystères d’Éleusis, tout comme l’empereur Titus inventa l’histoire de Jésus et du christianisme, tout comme les prêtres lévites créèrent le judaïsme et l’idéologie du « peuple élu », les élites actuelles ont fait sortir de terre une nouvelle religion, le Nouvel Âge Sombre, ou renouveau archaïque – et ils qualifient d’ « évolution » cette régression historique. Wasson, McKenna, Leary et Hofmann sont en quelque sorte les hiérophantes de ce Nouvel Âge Sombre et de son nouveau culte à mystères, qui se réduit à du contrôle mental déguisé.

Comme John Uri Lloyd, l’un des premiers à avoir effectivement expérimenté les champignons psilocybes au XIXème siècle, nous en avertit dans une des notes de son roman Etidorhpa (Aphrodite à l’envers):

NOTE. - [...] Si, au cours d’une expérience, un chimiste devait découvrir un composé dont de simples traces pouvaient soumettre son esprit, et si sa plume devait retranscrire des idées aussi extravagantes que celles rapportées dans les hallucinations décrites ici, ne serait-il pas de son devoir de cacher cette découverte à la vue de tous, d’épargner à l’humanité l’apparition d’un fruit si nocif de l’art du chimiste? Introduisez un produit aussi toxique, et faites-le fermenter dans le sang humain, et avant que le monde n’ait pu commencer à mesurer ses effets possibles, ne pourrait-on imaginer que la puissance sans cesse croissante de ce produit ne produise la destruction, ou l’avilissement, de notre civilisation, voire même l’extermination de l’humanité?[61]

~ John Uri Lloyd, 1895 – Etidorhpa

Bien que cela semble incroyable, il apparaît que l’Esalen, Huxley, McKenna, Bernays, Wasson et Dulles ont pris part à la mise en place d’un plan soutenu par le gouvernement américain qui avait pour objectif de faire entrer l’Amérique dans Âge Sombre post-moderne et néo-féodal. Ce qui rend ceci particulièrement difficile à croire est que les motivations de cette organisation restent nébuleuses: racisme? Défense du système de classes? Ferveur religieuse? Le goût du pouvoir? Tous ces motifs à la fois? Et comment cette organisation a-t-elle pu maintenir un tel niveau de secret durant une si longue période, tout en utilisant des centaines, si ce n’est des milliers d’agents?

Une chose est certaine. Quelle que soit la base de cette organisation, elle réside dans des sociétés secrètes identifiables. Le nombre d’individus dont on peut démontrer qu’ils ont participé à la fabrication de « Deadheads », et qui étaient aussi des membres du Skull and Bones, du Century Club et du Bohemian Club est tout simplement trop important pour qu’il ne puisse s’agir que d’une simple coïncidence. De plus, le dr. Colin Ross a montré que la franc-maçonnerie de haut niveau avait financé les premières recherches sur le LSD [62]; ce groupe devrait lui aussi faire l’objet d’une investigation poussée.

Nous en appelons aux universitaires et au public pour nous aider à découvrir la vérité qui se cache derrière le programme MK-ULTRA, la création de Deadheads et le mouvement post-moderniste et néo-féodal.

Les auteurs n’ont d’autre but que d’aider l’humanité à se libérer de cette folie, et seule la vérité pourra les sortir de la caverne dans laquelle elle a été plongée. Esalen, Aldous Huxley, Gordon Wasson, Timothy Leary, Terence McKenna et les colporteurs de ce projet: leur sortilège est à présent dissipé et les véritables secrets d’Éleusis, de la CIA et de la révolution psychédélique sont désormais révélés au monde entier.

 

Épilogue

Alors que nous venions de terminer cet article, la lettre suivante nous est parvenue. Nous la publions ici pour souligner l’importance d’exposer le programme MK-ULTRA et les programmes du même type mené par l’armée et les services secrets.

Terry Parker Jr.
2209-55 Triller Ave.
Toronto, Ont.
Canada. M6R-2H6
416-533-7756

Cher Jan,

en tant que sujet involontaire d’une lobotomie non autorisée et d’expériences sur des implants cérébraux, je suspecte que cette atteinte à mon intégrité est liée au programme MK-ULTRA de la CIA.

Mes dossiers médicaux et mes radiographies visibles sur http://www.thewhyfiles.net/mkultra4.htm#update montrent une lobotomie non autorisée et des expériences portant sur des implants cérébraux (9 décembre 1969 et 27 janvier 1972 alors que j’avais 14 et 16 ans) pratiqués sans mon consentement éclairé, ni que mes parents n’aient été informés, et ce sous couvert d’un traitement contre l’épilepsie (i.e. « ablation de tissu cicatriciel »). Cette information est liée au projet MK-ULTRA de la CIA portant sur des recherches sur la psycho-chirurgie et les implants cérébraux sur des sujets non-volontaires. Je faisais partie de ces sujets, ainsi que d’autres enfants souffrant d’épilepsie à l’hôpital pour enfants malades de Toronto.

Je me rappelle des blocs de neurochirurgie 5-G et 6-G, remplis d’enfants qui portaient diverses incisions sur le crâne ainsi que des plâtres sur leurs têtes. Malgré mes efforts pour dénoncer ces actions criminelles auprès de l’ordre des médecins et des chirurgiens, de l’Ontario Health Professions Board, de la police de Toronto, de la police de la province de l’Ontario, du RCMP, du CSIS, d’INTER-POL et de membres de notre parlement, tout ce qu’on peut constater est une tentative de cacher cette opération secrète, et de limiter les dégâts.

Tout comme le problème des tissus cérébraux de JFK a été recouvert d’une chape de plomb après son assassinat en 1963, nous assistons à une tentative de dissimulation similaire quant aux expérimentations chirurgicales pratiquées par le dr. Harold Hoffman sur les cerveaux des enfants souffrant d’épilepsie. J’aimerais que vous me fassiez parvenir toute information provenant des documents du programme MK-ULTRA en lien avec l’hôpital des enfants malades de Toronto.

Je pense que nous savons à présent pourquoi Richard Helms, l’ancien directeur de la CIA, a détruit l’ensemble des documents MK-ULTRA en 1973.

Cordialement,

Terry Parker Jr. / aka Robertson

http://www.thewhyfiles.net/mkultra4.htm#update
http://www.ontariocourts.on.ca/decisions/2000/july/parker.htm

 

 

NOTES:

[1] John Allegro, The Sacred Mushroom and the Cross, Gnostic Media, 2009.

[2] Jan Irvin R. Gordon Wasson: The Man, the Legend, the Myth: Beginning a New History of Magic Mushrooms, Ethnomycology, and the Psychedelic Revolution, 13 mai 2012, Gnostic Media: http://www.gnosticmedia.com/SecretHistoryMagicMushroomsProject (en anglais)

http://triangle.eklablog.com/l-histoire-secrete-des-champignons-hallucinogenes-i-a117653746 (en français)

[3] Dave McGowan – Weird Scenes Inside The Canyon: http://www.davesweb.cnchost.com/WeirdScenesInsideTheCanyon3.html ; pour la traduction française du premier chapitre: http://triangle.eklablog.com/le-village-des-damnes-a117456396

[4] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico

[5] Ibid, p. 243

[6] Ibid, p. 110

[7] Michael Coe, The Maya, Frederick A. Praeger, New York, 1966

[8] Terence McKenna: The Invisible Landscape, HarperSanFrancisco, 1993, pg. 171. Cette citation ne se trouve pas dans la première édition de 1975 de The Invisible Landscape.

[9] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico, p. 215

[10] Rob King, In the future, I'm right: Letter from Aldous Huxley to George Orwell over 1984 novel sheds light on their different ideas. http://www.dailymail.co.uk/news/article-2111440/Aldous-Huxley-letter-George-Orwell-1984-sheds-light-different-ideas.html

[11] Louis Jolyon West (1975) dans Hallucinations: Behaviour, Experience, and Theory par Ronald K. Siegel et Louis Jolyon West, 1975. ISBN 978-1-135-16726-4. P. 298 ff.

[12] Piero Camporesi, Le pain sauvage, p. 84

[13] Ibid, p. 137

[14] http://en.wikipedia.org/wiki/Turn_on,_tune_in,_drop_out

[15] Vers 1962, Hunter fut un des premiers volontaires (avec Ken Kesey) pour tester les produits psychédéliques dans le cadre des recherches de l’université de Stanford, qui étaient secrètement sponsorisées par la CIA pour son programme MK-ULTRA. [McNally 42] Il a reçu de l’argent pour prendre du LSD, de la psylocibine et de la mescaline, et pour faire un rapport sur ce qu’il avait ressenti, des expériences qui ont favorisé son esprit créatif: « Asseyez-vous et imaginez-vous en train de voler en direction d’un coquillage pourpre avec de l’écume cristalline qui s’écoule dans une mer de brume inquiétante... et puis une sorte de cascade de cloches qui sonnent et se rassemblent soudain en un carillon d’argent qui résonne de façon incompréhensible, un chant sanglant, des sonnettes qui sonnent à nouveau joyeusement... Par ma foi, si ceci est folie, alors pour l’amour de Dieu, permettez-moi de rester fou. [McNally 43]

[16] Lehmann-Haupt, C (2001-11-01). "Ken Kesey, Author of 'Cuckoo's Nest,' Who Defined the Psychedelic Era, Dies at 66". The New York Times.

[17] Interview de John Perry Barlow dans Forbes: "Why Spy?", 7 Octobre 2002: « Quelques semaines plus tard, au début de l’année 1993, j’entrai dans les locaux du quartier général de la CIA à Langley, en Virginie, et je pénétrai alors dans un silence glacé, dans une zone de paranoïa paralysante et d’obsession du secret, et dans une capsule temporelle tout droit venue du début des années 60. La Guerre Froide était terminée, mais il semblait que la nouvelle n’était pas encore parvenue en ces lieux. »

[18] Voir http://www.miraclestudies.net/BillCIA.html

[19] Irvin, R. Gordon Wasson The Man, the Legend, the Myth - http://www.gnosticmedia.com/SecretHistoryMagicMushroomsProject - 13 mai 2012 (en anglais). Traduction française: http://triangle.eklablog.com/l-histoire-secrete-des-champignons-hallucinogenes-i-a117653746

[20] Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, 1993. p. 1

[21] Ron Chernow, The House of Morgan, 2001 p. 466

[22] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104, box 451: folder 1 - Mikoyan

[23] CFR Historical Roster of Directors and Officers - http://www.cfr.org/about/history/cfr/appendix.html

[24] Hamilton Fish Armstrong, Wasson Archives, Harvard Botanical Museum. Lettre à en-tête du CFR, en date du 10 november 1950: « Cher Gordon, j’ai écrit à ces membres du Century Club pour leur dire que vous et moi proposions George Kennan comme nouveau membre: Boris A. Bakhmeteff, Charles C. Burlingham, Allen Dulles, le général Dwight D. Eisenhower, Philip C. Jessup, Geroid Tanquary Robinson, William L. Shirer, Dean G. Acheson, James B. Conant, Edward Mead Earle, Herbert B. Elliston, Joseph C. Grew, William L. Langer, Robert A. Lovett. George m’a donné quelques noms supplémentaires: Imrie de Vegh, John Foster Dulles, Thomas S. Lamont, Russell C. Leffingwell, Vannevar Bush, Everett Case […]

[25] Graham Harvey, Shamanism, 2002. p. 433

[26] John Cloud, When the Elites Loved LSD – Time Magazine, 23 avril 2007

[27] Abbie Hoffman, Soon to be a Major Motion Picture, New York: G.P. Putnam's Sons, 1980, p. 73

[28] Edward Bernays, Propaganda, 1928, Ch. 1, P. 1.

[29] Gustave Le Bon, Psychology of Crowds, 1895, Sparkling Books LTD, 2009.

[30] Wilfred Trotter, Instincts of the Herd in Peace and War, T. Fisher Unwin LTD, 1919.

[31] http://en.wikipedia.org/wiki/Ernest_Jones

[32] Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895, http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/le_bon_psychologie_des_foules.pdf p.76

[33] http://www.worldmag.com/world/olasky/Prodigal/appendix.html

[34] Larry Tye, The Father of Spin: Edward L. Bernays and The Birth of Public Relations, Macmillan, 2002. P. 15ff

[35] http://en.wikipedia.org/wiki/Ian_Copeland

[36] Hank Albarelli, A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War Experiments, Trine Day, 2009. P. 359

[37] Leo Perutz, Saint Peter's Snow, Arcade Publishing, 1990. P. 92ff.

[38] Ibid. P. 121

[39] Gnostic Media podcast épisode #146: Karen of GirlWritesWhat – "The Feminist Fallacy".

[40] James F. Tracy, Poison is Treatment: Edward Bernays and the Campaign to Fluoridate America, p. 15 ff dans Health Freedom News. Été 2012/ Vol. 30 / No. 2

[41] US Library of Congress, Bernays collection: Part I: Book File, 1890-1965, n.d. BOX I:459, Wasson, Gordon

[42] Gordon Wasson. "Drugs: The Sacred Mushroom." The New York Times, 26 Sept 1970, p. 29.

[43] Hoover Institute, Stanford University. Bertram D. Wolfe papers. Box: 15, Folder: 72

[44] Documents et lettres provenant des archives de la CIA sur R. Gordon Wasson – demande FOIA, février 2012. Autorisation de publication 2003/05/05 : CIA-RDP80R01731R000700100003-5

[45] Hank Albarelli, A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War Experiments, Trine Day, 2009. P. 359

[46] Bohemian Grove, liste des invités pour 2008, avec l’autorisation de TruthAction.org

[47] Alexander et Ann Shulgin, Pihkal: A Chemical Love Story. Transform Press, 2000, ISBN 0-9630096-0-5. P. 65

[48] Hamilton Fish Armstrong, Wasson Archives, Harvard Botanical Museum. Lettre à en-tête du CFR, en date du 10 november 1950: « Cher Gordon, j’ai écrit à ces membres du Century Club pour leur dire que vous et moi proposions George Kennan comme nouveau membre: Boris A. Bakhmeteff, Charles C. Burlingham, Allen Dulles, le général Dwight D. Eisenhower, Philip C. Jessup, Geroid Tanquary Robinson, William L. Shirer, Dean G. Acheson, James B. Conant, Edward Mead Earle, Herbert B. Elliston, Joseph C. Grew, William L. Langer, Robert A. Lovett. George m’a donné quelques noms supplémentaires: Imrie de Vegh, John Foster Dulles, Thomas S. Lamont, Russell C. Leffingwell, Vannevar Bush, Everett Case […]

[49] George Hunt, UNCED, Earth Summit, 1992. Voir aussi l’interview de George Hunt sur Gnostic Media: "Say What Is UNCED – The Elite and the Environmental Movement" – #13, par Gnostic Media.

[50] Jay Stevens, introduction à The Invisible Landscape, édition de 1993, par les frères McKenna, p. XII.

[51] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico. P. 9

[52] Terence McKenna, The Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico. P. 243.

[53] Présentation de Gordon Wasson au Century Club, The Century Club, 04-01-1971. Audio. Le président du Century Club y discute de la demande d’entrée d’Aldous Huxley en même temps que celle de Wasson. Disponible auprès des archives de la bibliothèque de la Century Association.

[54] Jan Irvin, How Darwin, Huxley, and the Esalen Institute launched the 2012 and psychedelic revolutions – and began one of the largest mind control operations in history. Some brief notes. Gnostic Media, 28 août 2012.

[55] Terence McKenna: The Invisible Landscape, HarperSanFrancisco, 1993, P. 188

[56] Gordon Wasson, Albert Hofmann, Carl Ruck, The Road to Eleusis, North Atlantic Books, 2008. P. 19

[57] Ibid, P. 22

[58] Jan Irvin, The Trivium – How to Free Your Mind, Free Your Mind Conference, le 10 avril 2011.

[59] http://en.wikipedia.org/wiki/Noble_lie

[60] Platon, La République, Livre III, 414e–15c.

[61] John Uri Lloyd, Etidorhpa, The Strange History of Mysterious Being, 1895, p. 276. Forgotten Books, 2007. P. 273

[62] Colin Ross, The C.I.A. Doctors , Manitou Communications, Inc., 2006, pp. 132. ISBN: 0-9765508-0-6. Colin Ross déclare: « le rapport annuel de la Human Ecology Foundation pour 1961 cite John C. Whitehorn, professeur et directeur du département de psychiatrie à l’université John Hopkins, au poste de directeur. John Clare Whitehorn est né le 6 décembre 1894 à Spencer, au Nebraska. Il fut le professeur de psychiatrie d’Henry Phipps, et psychiatre en chef à John Hopkins de 1941 à 1960. Le dr. Whitehorn a entretenu une correspondance soutenue avec le Comité de Recherche du Rite Écossais et a reçu des financements de leur part, tout comme le dr. Carl Pfeiffer, un contractant de MKULTRA et MKSEARCH. »

 

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➤ Quand un troll de la sécurité nationale commet une erreur fatale

4 Juillet 2015 , Rédigé par Triangle

Le 28 mars 2013, le site insanemedia.net révélait qu’un incident extrêmement intéressant s’était produit sur le forum de GLP (GodLikeProductions, un forum conspirationniste).

Un intervenant, dont l’adresse IP indiquait qu’il postait depuis le Kazakhstan, a donné une réponse inattendue sur un fil de discussion portant sur la tuerie de Sandy Hook, intitulé « Medical Type Says Sandy Hook is total BS » (un médecin dit que Sandy Hook est une arnaque complète).

Voici ce qu’écrivait ce mystérieux intervenant (traduction française entre crochets):

 

 

Re: Medical Type Says Sandy Hook is Total Bullshit 
[0x1a970000, 0x1ab00000, 0x27570000>
[rdpclip.exe, "iostatZd15.1"]

 

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REMINDERS —— NOTES [RAPPELS-NOTES]
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Sensitivity Level [Niveau de Sensibilité]

Action Code

Team 5.A/
SITE
Location of official Agency folder [Localisation du dossier officiel de l’Agence]
None NPRC
Team Contact [Contact pour l’équipe]
Sheila N******

CHECKLIST [LISTE DE CONTRÔLE]

Do any of the respondents display the urge to supply information that could be helpful to your mission? [Un de vos interlocuteurs a-t-il manifesté le désir de donner des informations qui pourraient être utiles à votre mission?]

Do the respondents appear hostile to your attempts to steer the discussion? [Les interlocuteurs vous semblent-ils hostiles à vos tentatives de lancer la discussion?]

Have you made a personal chart taking care to note who appear to be the “leaders” versus who appear to be the “followers”? [Avez-vous dressé un tableau personnel pour y noter ceux qui semblent être les « leaders » et ceux qui semblent être les « suiveurs »?]

Have you attempted to gauge the “temperature” of the forum’s users? [Avez-vous tenté d’évaluer l’état d’esprit des utilisateurs du forum?]

In other words, the prevailing social psychology of the forum’s members? [En d’autres termes, la psychologie sociale prévalant parmi les membres du forum?]

Have you been more successful with one or the other XStart methods that were demonstrated in N-7015A.DOC? [Avez-vous eu plus de succès avec l’une ou l’autre des méthodes qui ont été présentées dans N-7015A.DOC?]

Have more technical members (Computer Programmers, Administrators, or Moderators) of the forum deduced or accused you of hiding behind a proxy? [D’autres membres de l’équipe technique du forum (programmeurs informatiques, administrateurs ou modérateurs) ont-ils déduit ou vous ont-ils accusé d’utiliser un proxy?]

Would you gain more trust and/or credibility if you were to use one of the Agency’s allotted “HOME” pools? (most often needed when handling EVTS that are more sensitive to the pop. of a specific locale but also location centered web sites such as FB or Patch) [Gagneriez-vous plus de confiance et/ou de crédibilité si vous deviez utiliser l’une des « HOME » allouées à l’agence? (qui sont le plus souvent utiles lorsqu’on a affaire à des EVTS qui sont plus sensibles à la pop. d’une localité spécifique, mais aussi à des sites web qui sont centrés sur la localisation comme FB ou Patch)

Has your PREDEV “persona” been successful or do you gauge that the users find you to be too obtrusive? Accusations of being “ever present” are. [Votre « personnage » PREDEV a-t-il réussi ou estimez-vous que les autres utilisateurs vous trouvent trop envahissant? C’est le cas si on vous accuse d’être « toujours présent ».]



Les premières recherches concernant le fichier N-7015A.DOC dirigeaient vers le site http://eda.ogden.disa.mil/ un site de l’armée américaine qui stockait des données informatiques pour ses utilisateurs. L’adresse indiquée ne semble plus valide de nos jours.

Un paragraphe de l’article d’insanemedia est dédié à l’explication du bug subi par le malheureux agent désinformateur. Il semble que ce bug provienne de l’utilisation de Remote Desktop, et d’un bug courant sur Remote Desktop Protocol v5.1.

Quant au mystérieux acronyme, USNCSSAD, surligné dans le message de l’agent gouvernemental, et qui trahit l'affiliation de ce dernier, il signifie:

US: pour United States

NCS: pour National Clandestine Service, l’une des quatre composantes de la CIA, qui décrit ce service comme suit: « le NCS est le bras clandestin de la CIA, et l’autorité nationale pour la coordination, la gestion des conflits et l’évaluation des actions clandestines au sein de la communauté du renseignement américaine. »

SAD: pour Special Activities Division, une division du NCS en charge des « activités spéciales ». La SAD est composée de deux groupes, l’un en charge des opérations paramilitaires tactiques, et l’autre des actions politiques secrètes. Le Political Action Group (Groupe d’Action Politique) de la SAD est responsable des activités secrètes en lien avec l’influence politique, et la guerre psychologique et économique. Le développement rapide de la technologie a ajouté la guerre informatique à sa mission. Les unités tactiques de la SAD sont aussi capables de mener des actions politiques secrètes.

 

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