➤ Les skinheads et autres fascistes fabriqués de toutes pièces
J'ai vu récemment sur la BBC un documentaire à propos de la culture skinhead au Royaume-Uni dans les années soixante. Il y était question des débuts du mouvement dans la classe ouvrière, et comment les jeunes blancs et les jeunes noirs se côtoyaient sans aucun problème. Ce mouvement était une évolution de la mode vestimentaire des années soixante, et était influencé par l’immigration des jamaïcains au Royaume-Uni. Les noirs avaient débarqué avec leur musique reggae et un sens aigu de la mode, et étaient perçus comme étant cools par la jeunesse locale.
Ceci me rappela ton article sur Manson, où tu écrivais qu’à l’origine les hippies, les rednecks et les noirs américains nouaient des alliances entre eux, jusqu’à ce que la CIA décide d’y mettre un terme. Ils avaient besoin de créer des divisions, non pas des alliances, pour pouvoir protéger leur hégémonie. Ils ne pouvaient laisser ces gens se mettre en travers du chemin de la machine de guerre.
Le documentaire de la BBC fixait à 1970 le basculement du mouvement skinhead vers une vision plus nationaliste, et mentionnait la publication d’un roman à sensation de Richard Allen, Skinheads, dans lequel le protagoniste est un voyou raciste. La plupart des porte-paroles du mouvement skinhead à la télévision, aujourd’hui âgés d’une cinquantaine d’années, soulignaient à quel point ce livre et d’autres du même type avaient été influents, et qu’ils avaient été prêtés à de multiples reprises et recouverts de scotch pour réparer leurs couvertures endommagées. Cette nouvelle ère des skinheads était synonyme de National Front, un groupe d’extrême-droite britannique.
Après avoir lu ton article sur Tate/Manson et la falsification de l’Aryan Brotherhood / des nazis américains, je décidai de faire une recherche rapide sur Google concernant ce livre.
Il s’avère que Richard Allen est un pseudonyme pour James Moffat (ci-dessus), « un auteur britannique né au Canada qui écrivit au moins 290 romans dans différents genres en utilisant au moins 45 pseudonymes ».
Wikipedia ne fournit que trois de ces pseudonymes : Richard Allen, Etienne Aubin et Trudi Maxwell. Nous apprenons par cette interview avec Stuart Home qu’un autre de ces pseudonymes est James Tailor, qui se trouve avoir écrit un ouvrage sur Manson, devenu aujourd’hui une pièce de collection, intitulé Satan's Slaves: the Bizarre 'Underground' Cults of California. [Ndt : Les esclaves de Satan : les étranges sectes « underground » de Californie] La description de ce livre sur Abebooks prétend que l’auteur « a tenté de fonder sa propre religion » avant d’écrire son livre :
Les sectes choquantes dont les activités ont fait les grands titres des journaux dans le monde entier. Le récent meurtre brutal de l'actrice Sharon Tate a forcé le monde à porter un regard horrifié sur l’univers souterrain étrange et perverti de la Californie. Les lecteurs ont appris l’existence des tueurs rituels vagabonds, des « esclaves de Satan », des pratiques de magie noire, des sociétés pratiquant l’amour libre et des innombrables cultes consacrés à toutes les déviations sexuelles possibles. Dans ce compte-rendu stupéfiant rédigé par un écrivain qui a vécu dans la « terre dorée » de Californie (il a même, en fait, tenté de fonder sa propre religion), le voile est levé sur les hippies, les dégénérés, les excentriques et les hurluberlus qui s’échinent tous à créer leurs propres terres promises.


Cela ressemble fort à de la publicité et à de la manipulation en faveur de l’opération de guerre psychologique qu’a été l’affaire Manson, à du dénigrement du mouvement hippie, et il se peut que ce passage révèle d’autres opérations de Moffat pour le compte du renseignement.
Tiré de la nécrologie de James Moffat parue dans l’Independent le jeudi 25 novembre 1993 :
On sait très peu de choses sur la vie privée d’Allen. Il trouvait toujours des excuses pour ne pas donner de détails personnels. Le catalogue de la British Library révèle cependant qu’il était de nationalité canadienne et né en 1922. Ce qu’il reste de sa production est composé principalement de romans médiocres sur l’espionnage et le sexe.
Ceci, ainsi que le fait d’écrire la plupart de ses œuvres sous pseudonyme, correspondrait bien à la description d’un agent de renseignement employé par la CIA pour écrire de la propagande.
Nous apprenons sur sa page Wikipedia qu’il a étudié à la Queen's University de Kingston, dans l’Ontario. Cette université a-t-elle des liens avec le milieu du renseignement ? Pour commencer, nous avons ceci : parmi les anciens élèves dignes d’intérêt, nous trouvons des officiels du gouvernement, des universitaires, des chefs d’entreprise, et 56 boursiers Rhodes. En déroulant la page, nous apprenons qu’Elon Musk y a étudié. Une recherche Google sur « Queen's University de Kingston, Canadian Security Intelligence Service » nous donne plusieurs pages sur des livres établissant un lien entre les deux. Miles pourrait s’en donner à cœur joie.
Une recherche un peu plus poussée nous permet de découvrir cet article paru dans Vice Magazine en 2014 : « Skinheads, gangs de filles, et satanistes – la New English Library était le roi fou de la publication de romans à sensation en Grande-Bretagne » :
La New English Library était le roi fou de la publication de romans à sensation dans la Grande-Bretagne des années soixante-dix. Publiant des livres sans relâche, elle excellait dans le sous-genre le plus brutal de la fiction destinée à la jeunesse : violence omniprésente des gangs, skinheads rôdant en rangers, cultes sataniques... en somme, tout ce qui pouvait causer une controverse morale au cours de la décennie du disco.

Le pouvoir de ces livres est décrit par plusieurs têtes d’affiche du mouvement qui attestent de l’authenticité de ces séries sur les skinheads. Un vieux skinhead déclare dans le fascinant documentaire de 1996 de la BBC, Skinhead Farewell :
Je garderai les livres toute ma vie. C’était mon époque ; c’était moi et mes potes. Je ne les vendrai jamais. Nous nous demandions qui était réellement « Richard Allen ». Nous pensions qu’il était forcément impliqué dans le mouvement ; il devait forcément avoir été un skinhead, ou avoir été impliqué dans la violence dans le football. La façon dont il écrivait... Il devait forcément savoir ce qui se passait – c’était exactement comme la vraie vie. Et même s’il n’était pas un voyou, il pensait comme un voyou.
Peter Haining, l’éditeur de New English Library, évoque les lettres qu’ils recevaient lorsque des lecteurs supposaient qu’il était l’un d’entre eux. Toutefois, Moffat avait la cinquantaine en 1970, et résidait à Devon. En fait, Mark Howell (l’un des éditeurs de Moffat) nous dit que « Moffat fondait ses livres sur son imagination et sur des recherches rudimentaires glanées lors de quelques conversations au pub avec des durs locaux ».
Oui, c’était peut-être le cas, ou c’était peut-être un comité installé à Langley qui se chargeait du travail d’écriture.
Le documentaire de la BBC prétend qu’un million de copies du premier livre furent vendues. Un ancien skinhead, Steve Kelly, déclara que Skinhead fut le premier livre qu’il ait lu « à l’école sans y avoir été forcé par le professeur ». Un choix intéressant pour un livre disponible dans une bibliothèque scolaire : la glorification du viol et de la violence.
James Moffat apparaît dans le documentaire dans un très court extrait d’un autre programme de la BBC datant de 1972, intitulé Late Night Line Up. Il y explique comment il écrivait toujours les mêmes intrigues, en n’y apportait que quelques modifications mineures selon le genre. Dans un autre extrait, il déclare avoir rédigé le premier livre en cinq jours et que l’éditeur choisissait fréquemment ses pseudonymes.
Nous en apprenons plus sur Moffat dans l’article Some reflections on the work of James Moffat, [ndt : quelques réflexions sur l’œuvre de James Moffat] publié sur le site de Stuart Homes. Le livre Skinhead Girls contient quelques scènes et idées vraiment épouvantables, comme l’extrait qui suit :
Toby sourit et s’enfonça plus profondément. Il n’avait pas besoin qu’on lui fasse un dessin pour comprendre que cette gonzesse prenait tout le plaisir possible avec son viol. Ses exhortations et ses halètements faisaient l’éloge de sa capacité à donner du plaisir.
Homes écrit :
Toby est le violeur, et pourtant Moffat écrit sur « son viol » et sur « la gonzesse » qui en reçoit « tout le plaisir possible ». Le viol et la menace du viol sont des thèmes récurrents dans les livres de Moffat. Les victimes sont généralement décrites comme appréciant l’expérience, un contraste saisissant avec la réalité du viol dans notre société fortement hétérosexisme [sic]. Une société dont les normes – vidées de leurs implications concrètes – sont reproduites dans les livres de Moffat. C’est un monde fantasmatique où le viol n’est plus un crime odieux mais un « retour à la nature », où les « passions animales » se déchaînent et où la personnalité de l’individu se dissout dans une « perte de contrôle » totale. Mais ce n’est pas une perte de contrôle ordinaire, malgré son côté « naturel », c’est un état où perdurent toutes les inégalités de la société capitaliste. Alors qu’il devrait être tout à fait évident pour quiconque a réfléchi sur le sujet que nos pratiques sexuelles sont construites socialement – et que les besoins sexuels sont soumis au contrôle social et individuel – Moffat adhère à une vision mystique de la sexualité, qui serait une donnée intangible. Mais pour ceux parmi nous qui comprenons que toutes les pratiques sexuelles sont sujettes à des redéfinitions permanentes (ce que même une étude superficielle de l’évolution de la pornographie au cours des cinquante dernières années pourrait confirmer), les vues de Moffat apparaissent aussi frauduleuses que ridicules.
En effet, mais cela n’a pas empêché la vente de millions de ses livres (en admettant que les chiffres de vente n’ont pas été falsifiés). [Note de Miles Mathis : ils sont falsifiés. Et ce ne sont pas seulement les vues de Moffat qui sont frauduleuses, ce sont aussi celles de Homes. L’idée que les pratiques sexuelles sont le fruit d’une construction sociale fait partie intégrante du mantra moderniste, mais elle est en grande partie fausse. De plus, l’utilisation du terme « capitaliste » dans la citation ci-dessus nous indique que l’utilisation de l’argument socialiste, mouvement fabriqué de toutes pièces, se cache entre ces lignes.]
Tout ceci indique que ce ne sont pas seulement les forces du marché qui ont incité à la rédaction de ces ouvrages, et que ce n’étaient pas les éditeurs ou les maisons d’édition qui encourageaient ces sujets pour des raisons qui leur étaient propres. La principale maison d’édition sur ce sujet, New English Library, publiait des genres tels que la science-fiction, le fantastique, ou le suspense. Ils ont publié des œuvres de Stephen King, Harold Robbins, James Herbert et des auteurs de science-fiction comme Brian Aldiss, Frank Herbert, Robert A. Heinlein, Michael Moorcock et Christopher Priest. Miles Mathis a montré que certains d’entre eux étaient liés aux services de renseignement dans des articles précédents. Ceci indique que New English Library était un paravent des services de renseignement. [Ndt : voir également les détails de l’opération Mockingbird ou les travaux de Frances Stonor Saunders, qui montrent que de nombreux auteurs et maisons d’édition sont contrôlés par les services de renseignement] NEL fut créée en 1961 par la Times Mirror Company de Los Angeles, en complément de son acquisition aux États-Unis de la New American Library en 1961. New American Library (NAL) commença son existence en tant que filiale de Penguin U.S.A. et de Penguin Books of England. Penguin décida de mettre un terme à cette association en raison de la complexité des règles d’import-export, et la New American Library of World Literature fut fondée en 1948 par Victor Weybright et Kurt Enoch (précédemment à la tête d’Albatros Books).
Wikipedia nous apprend que Victor Weybright (1903-1978) était un auteur et éditeur américain, cofondateur de la maison d’édition New American Library. On nous dit qu’il a voyagé avec des gitans et qu’il fonda le chapitre nord-américain de la Gypsy Lore Society. Nous avons là aussi probablement affaire à une autre opération menée par les services secrets. Un des premiers membres de la société fut Sir Richard Burton. La biographie sur Wikipedia de ce Richard Burton (à ne pas confondre avec l’acteur) est remplie de signaux d’alerte :
Sir Richard Burton (19 mars 1821 – 20 octobre 1890), chevalier de l’ordre de St. Michel et de St. George et membre de la société géographique royale, était un explorateur anglais, géographe, traducteur, écrivain, soldat, orientaliste, cartographe, ethnologue, espion, linguiste, poète, escrimeur et diplomate. […]
Les réalisations les plus connues de Burton incluent le récit détaillé d’un voyage à La Mecque sous un déguisement, à une époque où l’accès au site était interdit aux européens sous peine de mort ; une traduction non censurée des Mille et une nuits (communément appelé Les nuits arabes en anglais suite aux premières traductions de la version française d’Antoine Galland) ; la publication du Kama Sutra en anglais ; et une expédition à la recherche des sources du Nil en compagnie de John Hanning Speke, lors de laquelle ils furent les premiers européens à visiter les Grands Lacs africains. […]
Burton fut capitaine dans l’armée de la Compagnie des Indes Orientales, pour laquelle il servit en Inde (puis par la suite, brièvement, durant la Guerre de Crimée). Il fut ensuite engagé par la société géographique royale pour explorer la côte orientale de l’Afrique et dirigea une expédition, guidé par des indigènes, à l'issue de laquelle il fut le premier européen à voir le lac Tanganyika. Plus tard, il servit en tant que consul britannique à Bioko, à Santos, à Damas, et enfin à Trieste. Il était membre de la société géographique royale et fut nommé chevalier (KCMG) en 1886.

Sir Richard Burton
Pour résumer, Weybright, le fondateur de New American Library – la compagnie parente de New English Library – a également fondé une société liée aux services secrets qui comptait parmi ses membres l’un des espions les plus actifs de tous les temps, Burton.
En 1963, New American Library commença à publier des œuvres originales, telles que la série à succès des James Bond 007 de Ian Fleming. NAL publia aussi la New American Review et New World Writing. Les auteurs les plus célèbres publiés par New American Library et listés par Wikipedia sont : Arthur Koestler, Flannery O'Connor, George Orwell, James Joyce, Mickey Spillane et William Faulkner. Je sais que trois espions avérés figurent dans cette liste, mais Miles Mathis en a peut-être révélé d’autres dans ses articles. [Note de Miles Mathis : nous pouvons supposer que ce sont tous des espions]
Je me suis demandé si quelqu’un avait établi des liens entre New American Library, New English Library, leur maison-mère Times Mirror Company, et la CIA. Sans surprise, j’ai découvert ce passage écrit par Marshall Thomas à propos de l’opération Mockingbird, à la page 59 de son livre Monarch: The New Phoenix Program :
Franklin Murphy est le président de Times Mirror Square, la maison-mère du Los Angeles Times. Il est également membre du Foreign Intelligence Advisory Board, [ndt : conseil consultatif pour le renseignement étranger auprès du président américain] de la Federal Commission on Government Security, du National War College et de l’US Air University. Ses liens avec la CIA et le Pentagone représentent un conflit d’intérêts. Les pages éditoriales du journal sont remplies « d’experts » venant de « groupes de réflexion » qui pondent des éditoriaux à la chaîne pour programmer l’opinion publique en faveur de clients issus du complexe militaro-industriel. [Note de Miles Mathis : il s’agit peut-être de l’information la plus importante de cet article. Relisez-la plusieurs fois pour bien vous en imprégner]
Un type du nom de Joseph Pearce apparaît aussi dans le documentaire de la BBC sur les skinheads. Pearce est un ancien dirigeant des jeunesses du National Front, désormais « repenti », et qui a rejeté ses anciennes croyances :
Pearce attribue en partie sa conversion religieuse de 1989, passant d’un agnosticisme marqué par la culture protestante au catholicisme romain, à la lecture de G. K. Chesterton, dont il a par la suite rédigé la biographie. Il rejette à présent ses anciennes convictions, déclarant que le racisme trouve son origine dans la haine, et que sa conversion a complètement changé sa vision du monde.
Depuis 2014, Pearce est directeur du centre pour la foi et la culture de l’Aquinas College de Nashville, dans le Tennessee. Il est fort possible qu’il ait pu changer de mode de vie, mais ce ne serait pas la première fois qu’un espion se « retire » d’un rôle pour donner l’impression de faire l’exact opposé de ce qu’il faisait durant son engagement précédent (plutôt que de simuler sa mort lorsque le rôle qu’il jouait a fini de remplir sa fonction). [Note de Miles Mathis : en effet, Pearce a tout l’air d’une taupe. Il va sans dire que la plupart des skinheads n’écrivent pas ensuite des biographies sur des gens célèbres. S’ils étaient capables d’écrire un livre, ils ne pourraient pas trouver d’éditeur, à moins de rejoindre les rangs du MI6 ou d’épouser un membre de la noblesse anglaise. J’ai montré que les Pearce, le plus souvent orthographié Pierce, sont une des familles dominantes.]
Le mouvement skinhead est désormais universellement considéré comme un mouvement raciste ; il a des membres dans le monde entier (jusqu’en Malaisie) qui adhèrent à ces croyances. Les premiers skinheads britanniques sont attristés de cette situation, eux qui n’étaient pas racistes mais ouverts à tous, aimaient la bonne musique, et ont été horrifiés en voyant que leur culture était entraînée du côté obscur par les groupes d’extrême-droite. Ils ont mené de nombreuses tentatives pour reprendre le terme skinhead aux racistes, en particulier avec des sous-genres musicaux comme la Oi !, le 2 Tone ou le Ska Punk.
Certains fans de Oi ! furent impliqués dans des organisations nationalistes blanches comme le National Front et le British Movement, ce qui incita certains critiques à rejeter l’ensemble du mouvement Oi ! comme étant raciste. Toutefois, aucun des groupes ayant appartenu à la scène Oi ! originale ne faisait la promotion du racisme ou de l’extrême-droite. Certains groupes de Oi !, tels que Angelic Upstarts, The Business, The Burial et The Oppressed, étaient associés à la politique de gauche et à l’anti-racisme, tandis que d’autres étaient apolitiques.
Le 2 Tone fut une résurgence du ska dans le Royaume-Uni de la fin des années soixante-dix, menée par Jerry Dammers et The Specials. Il fusionnait la musique ska avec le punk-rock. Son nom provient du label créé par Dammers, 2 Tone Records, ainsi que de la volonté de transcender et de désamorcer les tensions raciales dans la Grande-Bretagne thatchérienne.
Bien que ces groupes et ces fans soient parvenus à démontrer que tous les skinheads ne sont pas racistes, ils n’ont, au final, pas réussi à supprimer la coloration raciste du mouvement skinhead.
Les principales organisations qui composent l’extrême-droite britannique sont le National Front, la British Union of Fascists et le British National Party. Elles pourraient bien être elles aussi des créations des services de renseignement.
Les principales figures de ce mouvement qui méritent d’être étudiées sont Oswald Mosley, Arnold Leese, A. K. Chesterton, John Tyndall & Colin Jordan.

Commençons par Arnold Leese, qui provient d’un milieu très aisé, étant le neveu du baron Sir Joseph Francis Leese. Il travailla en Afrique et en Inde en tant que vétérinaire, et était reconnu sur le plan international comme le principal expert sur le chameau. Le nom Leese remonte à plusieurs siècles, et a des ramifications aux États-Unis. Wikipedia nous apprend que :
À Stamford, Leese se rapprocha d’un de ses voisins, l’économiste Arthur Kinston, qui était également membre du groupe The Britons. Kitson persuada Leese que le contrôle de l’argent était la clé du pouvoir, et le convainquit ensuite que l’argent était contrôlé par les juifs ; Kitson fournit aussi à Leese un exemplaire des Protocoles des sages de Sion.
Miles a évoqué les Protocoles dans cet article, dans lequel il montre qu’il s’agissait d’un faux rédigé par l’aristocratie.
Le groupe The Britons prétendait que son objectif était de se débarrasser de tous les juifs présents en Grande-Bretagne et de les forcer à émigrer en Israël. Comme nous le savons, cet objectif était partagé par les sionistes.
Leese quitta les British Fascists en 1928 pour créer son propre mouvement, l’Imperial Fascist League (IFL), l’année suivante. En 1932, Oswald Mosley approcha Leese pour absorber l’IFL dans sa propre British Union of Fascists et, alors que les relations entre les deux hommes furent dans un premier temps cordiales, Leese attaqua rapidement Mosley pour son incapacité à traiter de la « question juive ».
Paul Cox nous apprend que « L’animosité entre les deux groupes atteignit par la suite son point culminant lorsque le BUF utilisa la violence pour disperser une réunion de l’IFL en novembre 1933, en utilisant des matraques en caoutchouc et des coups-de-poing américains, et Leese lui-même fut frappé par les chemises noires de Mosley. » Bien que Mosley aurait prétendument réprimandé ses troupes pour cette explosion de violence entre fascistes, ce ne fut pas un incident isolé ; les chemises noires attaquèrent également les British United Fascists (1933), les Social Credit Greenshirts (1936) et la National Socialist League (1937). [Note de Miles Mathis : nous pouvons supposer que tout ceci a été mis en scène, pour faire exploser ces fausses organisations de l’intérieur – sur le même modèle que pour les organisations communistes américaines au début du XXème siècle. Voir mon article sur Eugene Debs.]
D’après Richard Thurlow dans Fascism in Britain: A History 1918-1985, p. 97 : « Pour Leese, Mosley était un ‘‘fasciste kasher’’, un agent juif infiltré pour discréditer l’intégralité du concept de fascisme en Grande-Bretagne ; pour Mosley, Leese n’était rien de plus qu’un cinglé antisémite. » [Note de Miles Mathis : oui, précisément. Ils étaient tous les deux des agents infiltrés, contrôlant l’opposition par l’intermédiaire de ces faux groupes.]
D’après Peter Barberis, John McHugh et Mike Tyldesley dans leur Encyclopedia of British and Irish Political Organizations - Parties, Groups and Movements of the 20th Century : « [les idées de Leese] allaient jusqu’à proposer dès 1935 le meurtre de masse des juifs en utilisant des chambres à gaz » ; nous pouvons donc supposer que les nazis lui ont emprunté cette idée. [Ndt : à l’origine, le zyklon B était utilisé en grande quantité dans les camps de concentration pour désinfecter les vêtements des déportés, et ainsi prévenir les épidémies. Ce n’est qu’après l’adoption de la solution finale en 1942 que les nazis, pour des raisons purement pratiques, se sont servis du stock de zyklon B présent dans les camps pour tuer les déportés, s’inspirant peut-être de l’état de l’Arizona qui utilisait le zyklon B pour exécuter les condamnés à mort dès les années vingt.]
Leese fut l’une des dernières figures du mouvement fasciste à être interné au Royaume-Uni au début de la Seconde Guerre Mondiale, suite à l’adoption de la Defence Regulation 18B. Leese, qui affirmait que sa loyauté allait avant tout à la Grande-Bretagne, avait été quelque peu critique envers Adolf Hitler depuis le début de la guerre, et avait réagi avec une colère teintée d’amertume lorsqu’un ordre d’internement fut prononcé contre lui en juin 1940. [Note de M.M. : nous pouvons supposer que l’internement de Leese a été simulé, tout comme l’a été l’emprisonnement de Manson.]
Peu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Leese créa son propre « Bureau d’Informations Juives » et publia son propre journal, Gothic Ripples, qui se consacrait en grande partie à des attaques envers les juifs.
L’amiral Sir Barry Domvile, ancien directeur du renseignement naval de 1927 à 1930 et président du Royal Naval College de 1932 à 1934, aurait lui aussi été interné. [Note de M.M. : mais bien sûr, ils ont interné le directeur du renseignement naval. Qui peut croire ce genre de choses ?]
Domvile s’est retiré de la scène publique dans l’après-guerre. Il avait été un soutien de la League of Empire Loyalists, mais n’avait jamais été plus qu’une figure secondaire de ce groupe. Il fut membre du « conseil national » du National Front depuis la création du parti en 1967 jusqu’à sa mort en 1971. Nous avons donc un lien entre le National Front et le renseignement naval. [Note de M.M. : c’est là aussi l’une des informations les plus importantes de cet article. Relisez-la encore et encore.]
La biographie d’Oswald Mosley est bien connue. Il est né à Mayfair [ndt : un quartier huppé de Londres] d’une famille noble, et était un parent de la reine par son grand-père Claude Bowes-Lyon. [Ndt : Elizabeth II est la petite-fille du comte Claude Bowes-Lyon par sa mère] Il aurait servi dans les tranchées durant la Première Guerre Mondiale, aurait été blessé, puis passa le reste de la guerre dans des emplois de bureau au ministère des munitions et au ministère des affaires étrangères. Il épousa Lady Cynthia Curzon, fille de Lord Curzon, l’un des hommes les plus riches d’Angleterre. Curzon fut le vice-roi d’Inde et un membre de la très influente Milner / Rhodes Round Table.
Wikipedia nous dit que :
Il a fallu convaincre Lord Curzon que Mosley était un époux acceptable, étant donné qu’il soupçonnait Mosley d’être avant tout motivé par l’avancement de sa carrière au parti conservateur et par l’héritage de sa fille. Le mariage de 1920 eut lieu à Londres dans la chapelle royale du palais de St. James, et fut probablement le principal événement mondain de l’année. Parmi les centaines d’invités se trouvaient des têtes couronnées comme le roi George V et la reine Mary, et le duc de Brabant (par la suite Leopold III, roi des belges) et sa femme Astrid de Suède, duchesse de Brabant.
[Ndt : Mosley fut le plus jeune élu de l’histoire de la Chambre des Communes en 1918, sous l’étiquette du parti conservateur. Il fut réélu aux élections de 1926, cette fois sous l’étiquette du parti travailliste, avant de devenir membre du gouvernement travailliste en 1929. Wikipedia nous apprend que « Mosley et son épouse Cynthia furent des socialistes fabiens engagés durant les années vingt et au début des années trente. Mosley apparaît dans des listes de membres de la société fabienne dans Fabian News et dans le Fabian Society Annual Report 1929-1931. » Sa conversion au fascisme eut lieu après un voyage dans l’Italie de Mussolini, qui fut suivi de la création de la British Union of Fascists en 1932]
Pour résumer, des têtes couronnées venues de toute l’Europe participèrent au mariage de Mosley, mais cela ne l’a pas empêché d’avoir une liaison avec la sœur de son épouse, et même avec sa belle-mère ! Lord Curzon était peut-être homosexuel, puisqu’on nous dit que :
À Eton, il fut le favori d'Oscar Browning, une relation trop intime qui conduisit au renvoi de son tuteur.
Pour information, la mère de Lady Cynthia est née Mary Victoria Leiter, fille de Levi Ziegler Leiter (cofondateur de l’empire de la vente au détail Marshall Field & Company) et de Mary Theresa Carver. On nous dit qu’ils étaient mennonites ou luthériens, mais si l’on suit la branche matrilinéaire de Cynthia, findagrave.com ne donne aucun résultat après son arrière grand-mère. geni.com nous dit que cette dernière est la fille de Jedediah Lathrop, Sr. et d’Abigail Lathrop, dont les frères se nomment Israel, Jedidah, Ephraim, Zerviah, Pamelia et Daniel. Tirez-en les conclusions que vous voulez. En poursuivant plus loin dans l’arbre généalogique, nous obtenons les noms de famille Hyde, Waddell, Billings et Savage. Ce n’est pas une preuve définitive, mais il y a certainement une possibilité que la première femme de Mosley ait été juive. [Note de M.M. : Levi Ziegler Leiter, un mennonite ? De qui se moque-t-on ?]
Lady Cynthia décéda d’une péritonite en 1933, après quoi Mosley épousa sa maîtresse Diana Guinness, née Mitford (1910-2003). [Ndt : Diana Mitford venait de divorcer d’avec le baron Walter Guinness, héritier de la célèbre marque de bière, avec lequel elle eut deux enfants] Ils se marièrent en secret en Allemagne le 6 octobre 1936, dans la demeure berlinoise du ministre de l’éducation du peuple et de la propagande, Joseph Goebbels. Adolf Hitler était l’un des invités.
La vérité sur les invités du mariage de Mosley, tout comme sur la famille Mitford, a été révélée dans divers articles de Miles.
Deux jours avant son mariage avec Diana Mitford, Mosley était présent dans l’East End de Londres pour ce qui sera connu par la suite comme la bataille de Cable Street. 3 000 fascistes firent face à 200 000 juifs, irlandais, communistes, anarchistes, syndicalistes, et anti-fascistes londoniens de tous horizons. 6 000 policiers étaient présents.
La bataille de Cable Street fut un des principaux facteurs qui amenèrent au vote de la loi sur l’ordre public de 1936, qui imposait l’autorisation de la police pour l’organisation de défilés politiques et interdisait le port d’uniformes à caractère politique dans l’espace public. Cette loi est généralement considérée comme l’une des principales raisons du déclin politique de la British Union of Fascists avant la Seconde Guerre Mondiale. [Note de M.M. : nous pouvons supposer que la bataille de Cable Street fut une mise en scène. Je pense que les lecteurs commencent à comprendre le lien entre les skinheads et ces fascistes issus de l’élite. Le mouvement était entièrement faux, du sommet à la base, avec des aristocrates crypto-juifs qui composaient les plus hauts niveaux de ces organisations de façade, tandis que des gamins pauvres étaient recrutés, entraînés, et payés pour mener des actions aux niveaux inférieurs. Certains de ces derniers ont pu rejoindre le mouvement pour « s’amuser », mais nous pouvons penser que les chefs ont été désignés par le pouvoir.]
Un article de Daniel Tilles paru en octobre 2011 dans History Today soutient que l’idée selon laquelle la bataille de Cable Street représenta un revers pour la British Union of Fascists est erronnée :
Les archives d'époque, en contraste avec les souvenirs romancés de ceux présents du côté anti-fasciste, racontent une histoire différente. [...] Les manifestants de Cable Street, et leurs successeurs dans le mouvement anti-fasciste, ont, de façon compréhensible, éprouvé de la fierté au vu de leurs réalisations ce jour-là. Pourtant, loin de marquer le début de la fin pour le fascisme en Grande-Bretagne, ou même dans l'East End, la manifestation permit à la BUF d’effectuer une poussée significative sur le court terme, et ne réussit pas à l’entraver sur le long terme. Il est vrai qu’elle permit de montrer toute l’étendue de l’hostilité envers Mosley, en confirmant que ses ambitions politiques ne se réaliseraient jamais. Mais ceci était évident depuis bien longtemps. En 1936, la BUF n’avait pas d’autre horizon que d’être une nuisance sur le plan local, mais sans réel poids sur le plan national. Tout aussi louables qu’ont pu être les motivations des participants juifs ce jour-là, la conséquence principale de leurs actions fut de rendre la vie de leurs coreligionnaires juifs vivant dans l’East End beaucoup plus difficile, leur implication étant utilisée comme justification pour débuter l’une des phases les plus intensives de l’activité antisémite de l’histoire britannique moderne.

La bataille de Cable Street – les habitants de l’Est de Londres rejoignirent Cable Street le 4 octobre 1936 et repoussèrent le défilé du fasciste Oswald Mosley et de ses chemises noires à travers les rues de l’East End. « Ils ne passeront pas »
Nous apprenons donc que cet événement, en dépit de son « échec », parvint malgré tout à faire la promotion des fascistes, et que la police obtint une nouvelle législation lui offrant des moyens de contrôle contre les manifestations, y compris les manifestations pacifiques et légitimes, qui est toujours en vigueur aujourd’hui. Voilà qui est bien pratique.
On nous dit que Mosley fut détenu à la prison de Holloway durant la guerre. Son épouse Diana Mitford fut elle aussi brièvement emprisonnée après la naissance de leur fils Max ; [ndt : Max Mosley fut président de la Fédération Internationale de l’Automobile de 1993 à 2009] ils vécurent ensemble pendant la majeure partie du conflit dans une maison située dans les murs de la prison de Holloway. Les Mosley furent libérés en 1943, alors que Mosley souffrait d’une phlébite, et furent placés en résidence surveillée jusqu’à la fin de la guerre.
Après la guerre, Mosley fut contacté par ses anciens soutiens (ou par ses mentors ?) qui le convainquirent de retourner à la politique. Il créa l’Union Movement, qui appelait à la formation d’un seul état-nation sur le continent européen (sous le slogan « Europe une nation ») et tenta par la suite de lancer un parti nationaliste en Europe pour atteindre ce but. Le fasciste Allen Dulles [ndt : directeur de la CIA de 1953 à 1961] avait un projet similaire nommé l’ACUE. Il est probable que Mosley aurait été satisfait de ce qu’est devenue l’Union Européenne de nos jours.
Nous trouvons un dernier signal d’alerte sur Mosley sous la forme d’un débat tenu à l’University College London sur l’immigration en provenance du Commonwealth, où est intervenu un jeune David Irving, que Miles a identifié comme étant un « anti ». [Ndt : David Irving est un célèbre négationniste – un « anti » est, selon Miles Mathis, un agent des services de renseignement dont la fonction est de dire la vérité, au moins partiellement, tout en rendant cette vérité inacceptable pour le grand public par un comportement outrancier. Ezra Pound est le premier « anti » identifié par Mathis.]

Concernant Arthur Kenneth Chesterton (ci-dessus), [ndt : à ne pas confondre avec l’auteur G. K. Chesterton] un proche de Mosley et de la BUF, dont il devint directeur de la publicité et de la propagande, nous découvrons que sa femme était une socialiste fabienne.
Ce Chesterton devint aussi membre de The Right Club, un groupe fondé en mai 1939 dans le but d’unifier les diverses organisations composant l’extrême-droite britannique. Archibald Ramsay, le fondateur de cette société à l’antisémitisme virulent, expliqua l’idéologie de cette dernière ainsi que ses buts :
L'objet principal de The Right Club est de s'opposer à la juiverie organisée et d'en exposer les activités, à la lumière des éléments qui sont parvenus à ma connaissance en 1938. Notre premier objectif fut de débarrasser le parti conservateur de l'influence juive, et l'esprit de nos réunions et de nos membres était de se tenir strictement à cet objectif.
Le président de The Right Club était Arthur Wellesley, duc de Wellington, ce qui cadre bien avec les théories de Miles sur un conflit au long cours entre l’aristocratie terrienne et les marchands / industriels / financiers. [Note de M. M. : sauf que dans ce cas, les anti-juifs ressemblent à de l’opposition contrôlée, et les aristocrates impliqués ont l’air de crypto-juifs. L’affrontement décrit dans cet article est une manipulation fabriquée de toutes pièces. Ce qui valait dans la première partie de l’article pour les skinheads de la base vaut également pour ces faux fascistes placés aux échelons supérieurs.]
Chesterton a combattu dans les deux guerres mondiales. Nous pouvons donc supposer que ses activités à l’extrême-droite n’ont pas fait de lui un ennemi de l’état. Après la Seconde Guerre Mondiale, il devint l’un des cofondateurs du National Front, qu’il dirigea pendant une courte période.
Quant à Colin Jordan, il aurait tenté de s’engager dans la Royal Air Force durant la Seconde Guerre Mondiale, mais aurait été rejeté pour atterrir au Royal Army Educational Corps. Démobilisé en 1946, il étudia ensuite au Sydney Sussex College de Cambridge, où il obtint un diplôme en histoire en 1949, terminant deuxième de sa promotion. La même année, il devint enseignant à la Stoke Secondary Modern Boys School de Coventry. Il rejoignit la League of Empire Loyalists pour laquelle il devint le dirigeant pour la région des Midlands.
Jordan avait créé un club nationaliste à Cambridge, après quoi il fut invité à rejoindre l’éphémère British Peoples Party, un groupe composé d’anciens membres de la British Union of Fascists et dirigé par Lord Tavistock, héritier du duc de Bedford. Jordan se rapprocha de Leese, ce dernier lui léguant par testament une maison à Notting Hill qui devint la base d’opérations de la White Defence League, que Jordan créa en 1956. Jordan fusionna ensuite ce parti avec le National Labour Party pour former le British National Party en 1960, qu’il quitta suite à une querelle avec John Bean, qui s’opposait à la défense du national-socialisme par Jordan.
Jordan fonda ensuite le National Socialist Movement en 1962 (qui devint par la suite le British Movement en 1968) avec John Tyndall. Une réunion de ses soutiens tenue le 2 juillet 1962 fut perturbée par des opposants que Jordan décrivit comme « des juifs et des communistes », ce qui provoqua une émeute. Il fut renvoyé en août 1962 de l’école de Coventry où il enseignait par le conseil d’administration de l’école, après une période de suspension qui avait débutée avec les événements de Trafalgar Square. Dans les années qui suivirent, il s’attaqua à l’immigration et au « contrôle juif » sur la politique, les affaires et les médias. Dans son système de pensée, la démocratie était « la méthode parfaite pour détourner les gens de toute évaluation critique des juifs ». Il déclara : « la démocratie, c’est la mort ».
Jordan organisa en août 1962 une conférence internationale des nationaux-socialistes dans le village de Guiting Power, dans le Gloucestshire. Elle aboutit à la formation de la World Union of National Socialists, dont Jordan fut le dirigeant de la section européenne durant les années soixante, et à laquelle il fut nommé « World Führer », avec comme adjoint George Lincoln Rockwell, le fondateur du parti nazi américain. [Note de M.M. : souvenez-vous que Rockwell faisait partie de l’Office of Naval Intelligence (ndt : le service de renseignement de la marine américaine)]

Colin Jordan et son épouse Françoise Dior
Jordan épousa Françoise Dior, ex-épouse du comte Robert-Henry de Caumont La Force et nièce du couturier Christian Dior, en octobre 1963. Le mariage entre Jordan et Dior fut bref, cette dernière annonçant la séparation du couple en janvier 1964. Elle affirmait que Jordan était devenu « bourgeois ». Il semble avoir été impliqué dans la plupart des partis d’extrême-droite de la période post-Mosley, ce qui, s’il faisait lui aussi partie de l’opposition contrôlée, s’accorderait bien avec les recherches de Miles sur George Lincoln Rockwell. *
Fils d’un postier, Jordan fut éduqué à la Warwick School puis à Cambridge. Son mentor fut Arnold Leese qui, nous l’avons vu, s’était opposé à Sir Oswald Mosley dans l’entre-deux-guerres, qualifiant ce dernier de « fasciste kasher ». Par la suite, Mosley railla Jordan et d’autres personnalités du même type, les traitant de « pygmées tentant d’enfiler les bottes de géants décédés ».
Arrêtons-nous brièvement sur le cas de John Tyndall (ci-dessus), [ndt : qui fut fiancé avec Françoise Dior en 1962] dont nous nous apercevons qu’il fut membre de la quasi-totalité des groupes composant l’extrême-droite britannique, en particulier le BNP qu’il dirigea jusqu’à son remplacement par Nick Griffin. Les principaux signaux d’alerte le concernant proviennent de sa famille, qui servit pendant plusieurs générations dans la police royale irlandaise, les forces de police qui oppressèrent les irlandais durant l’occupation de l’Irlande. Nous apprenons par Wikipedia qu’il fit son service militaire de 1952 à 1954 dans l’Allemagne occupée, et qu’il développa un intérêt pour le socialisme, suffisamment longtemps pour assister à un festival international de la jeunesse qui eut lieu en Union Soviétique en 1957. Cependant, il déclara par la suite qu’il n’avait jamais fait partie d’aucune organisation socialiste et qu’il considéra rapidement les orientations politiques de gauche comme anti-patriotiques et anti-nationalistes. Tout va bien, donc.
Mais le signal d’alerte le plus important est l’association de Tyndall (tout comme Jordan) avec le néo-nazi américain George Lincoln Rockwell et la fausse néo-nazie convertie à l’hindouisme Savitri Devi, que Miles Mathis a tous deux identifiés comme des agents.
*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*
[Ndt : traduction d’un extrait de l’article de Miles Mathis, Eustace Mullins was an anti, dans lequel Mathis évoque le cas de George Lincoln Rockwell, l’une des principales figures du néo-nazisme américain d’après-guerre :]
Nous pouvons aussi examiner l’American Nazi Party, qui se trouve avoir été fondé par un commandant de l’US Navy. Eh oui, l’American Nazi Party est une création de l’ONI, l’Office of Naval Intelligence (le service de renseignement de la marine américaine). Je vous encourage à faire un tour sur la page Wikipedia de George Lincoln Rockwell pour vous amuser un peu.
Il fume une pipe en épis de maïs ! Oi vay. Mais avant d’en venir à ce dernier point, je vous rappelle que la famille Rockwell est apparue dans mon dernier article. Le premier amour de F. Scott Fitzgerald aurait été Ginevra King. Son père était Charles Garfield King, et sa grand-mère était une Rockwell. Norman Rockwell provient de la même famille, ainsi que George Lincoln Rockwell. Il est également issu de la famille Lincoln. Le nom de jeune fille de sa mère est Schade. Ses deux parents étaient des acteurs de vaudevilles (tout comme le sera Georgie par la suite). Parmi les amis de son père, on trouvait Jack Benny, Groucho Marx, Fred Allen, Benny Goodman, et Walter Winchell. Parviendrez-vous à deviner ce qu’ils avaient en commun ? Non, ce n’étaient pas des esquimaux.
Benny Goodman était juif et avait épousé une Vanderbilt, vous vous souvenez ? Le père de Walter Winchell était Jacob Winchell et sa mère Jennie Bakst, deux juifs russes. Et ainsi de suite. [...]
George Rockwell a épousé Judith Aultman. Oui, c’est un nom juif.
Bien que Rockwell ait été impliqué dans ce projet néo-nazi créé par les services de renseignement dès 1950, la Navy a détourné le regard sur ses activités pendant près d’une décennie. On nous dit qu’il est devenu un admirateur d’Hitler alors qu’il se trouvait à San Diego. Ce devait être vers 1950, puisqu’il y fut transféré au début de la Guerre de Corée. Rockwell devait prendre sa retraite en 1961, et on nous dit que la Navy a finalement découvert la nature de ses activités politiques en 1960, décidant alors de le décharger de ses fonctions dans l’armée au cours d’une affaire qui fut bruyamment et largement rapportée dans les médias, et dont Rockwell lui-même a curieusement fait encore plus la promotion que la Navy. Mais il s’agissait d’une décharge avec les honneurs, voyez-vous.
On s’amusera aussi à relever que Rockwell aurait étudié l’art à Pratt en 1946. Notez la date. Il aurait quitté Pratt quelques mois avant d’obtenir son diplôme, partant pour le Maine pour y créer sa propre société de publicité. La Guerre de Corée éclata alors, et il fut remobilisé. Mais en 1955, il trouva un moyen de combiner ses deux carrières. Il créa un magazine de l’armée destiné aux femmes de militaires, nommé US Lady. Je n’invente rien. En tant que rédacteur en chef, Rockwell pouvait inclure dans le magazine ses vues sur son opposition au communisme ainsi que sur son opposition à l’intégration raciale. Puisqu’il s’agissait d’un magazine de l’armée, la hiérarchie militaire devait donner son accord pour ce projet, et valider le contenu éditorial. Apparemment, le faux engagement de Rockwell dans le nazisme ne leur posait pas de problème à ce moment-là.
En 1967, Rockwell aurait été assassiné par un de ses nazis. C’était une grosse comédie. L’homme en question, John Partler, aurait passé huit ans en prison. J’espère que vous avez noté ce numéro. Partler était un Marine. Rockwell aurait été tué alors qu’il quittait une laverie. Bien sûr. Ce type issu d’une riche famille lavait son linge à la laverie. Dans le même registre burlesque, l’armée a approuvé un enterrement militaire au Culpeper National Cemetery, et a autorisé les faux nazis à y assister. Une bagarre générale, visiblement entièrement planifiée, s’en est ensuivie, au cours de laquelle le corbillard aurait été « accidentellement » renversé par un train. Bien entendu, Rockwell fut incinéré.
➤ Les médias dominants gonflent leurs chiffres de fréquentation grâce à des bots chinois
Alors que le nombre d’abonnés pourrait certes avoir augmenté, le trafic sur le site n’a véritablement commencé à décoller qu’à partir de la première semaine de décembre. Le Washington Post et le Guardian ont connu des évolutions de trafic similaires durant cette période, en contraste flagrant avec leurs autres confrères. Une rapide comparaison avant/après illustre l’énorme augmentation du nombre de visiteurs :
Classements au début du mois de décembre 2016 :
Classements au 8 février 2017 :
Le trafic commence à augmenter de manière significative vers la mi-décembre pour les trois sites. Voici une comparaison des variations de la fréquentation de ces trois sites, comparée à celle d’autres sites d’information :
Voilà qui est étrange. Voyons à présent la fréquentation du site du New York Times par pays d’origine, qui montre une augmentation significative du nombre de visiteurs en provenance de Chine, passant en deux mois de 5,1 % à 49,2 % de l’ensemble du trafic sur le site :
Ce qui est encore plus intéressant est le fait que le New York Times a été complètement bloqué en Chine depuis 2012, et que le mois dernier Apple a reçu l’ordre de retirer deux applications du NYT de son App Store, bien que les utilisateurs n’avaient de toute façon pas la possibilité d’accéder au contenu depuis l’interdiction de 2012. Le New York Times a lui-même déclaré :
Lorsque le gouvernement chinois a commencé à bloquer les sites internet du Times en 2012, il a aussi empêché les utilisateurs de Times app de télécharger du contenu nouveau.
Les personnes cherchant à contourner les filtres internet utilisent habituellement des VPN (Virtual Private Networks – Réseaux Privés Virtuels) qui tentent de se frayer un chemin à travers les murs de protection hautement restrictifs utilisés par la Chine, qui a cependant réprimé l’usage de VPN depuis plusieurs années.
À présent, jetons un œil au Washington Post et au Guardian, qui ne sont pas bloqués en Chine – un pays qui est passé pour les deux sites d’un trafic quasi-nul au 1er décembre 2016, à une fréquentation globale respective de 58,9 % et 57 %.
Ces importantes augmentations de trafic ont permis aux deux sites de voir leur classement de fréquentation sur Alexa augmenter jusqu’à 38 %, une donnée essentielle pour estimer la valeur marchande d’un site internet. On notera que le site BBC.com a connu une augmentation similaire, et c’est peut-être le cas pour d’autres. [Ndt : les sites Lefigaro.fr, Lemonde.fr et Liberation.fr ont par exemple tous connu une forte hausse de leur classement sur Alexa à partir de juillet 2016, après avoir été en chute libre dans ce classement]
Il est évident que, considérant la restriction de l’URL du New York Times en Chine, on pourrait conclure que cette augmentation massive, qui représente désormais près de la moitié de la fréquentation totale du site, provient d’un type de serveur automatisé générant un trafic élevé qui ne serait pas entravé par le mur de protection restrictif mis en place par la Chine, ce qui permettrait d’augmenter artificiellement le décompte des visiteurs sur ces sites.
Les trois organes de presse ont passé la majeure partie de l’année 2016 à tenter d’influencer l’élection américaine en faveur d’Hillary Clinton, avec une couverture biaisée et en publiant régulièrement des articles à charge contre Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, le président Trump a déclaré la guerre à la plupart des médias dominants – les qualifiant de « parti d’opposition », tout en restant la cible d’attaques biaisées. La Chine n’est pas non plus un soutien de Trump ; entre la menace sur l’augmentation des tarifs douaniers et le mépris de Trump pour la politique traditionnelle américaine de préférence pour la « Chine Unique » plutôt que pour la reconnaissance de Taïwan, la Chine a à la fois des raisons politiques et économiques de tenter de faire pression sur le discours offensif du président américain.
De plus, la société d’état chinoise JAC Motor et le fabricant automobile mexicain Giant Motors, co-détenu par le propriétaire du New York Times Carlos Slim, investissent conjointement plus de 200 millions de dollars pour fabriquer des véhicules à Hidalgo, au Mexique, suite aux querelles continuelles entre le président Trump et le Mexique au sujet de la proposition de mur à la frontière, et des taxes douanières exorbitantes qui sont censées en payer la construction. Amazon, qui a un actionnaire en commun avec le Washington Post, a récemment été autorisé par la Chine à transporter par cargo des marchandises chinoises vers ses entrepôts américains, ainsi qu’à lancer Amazon Web Services dans ce pays fortement restrictif.
Bien qu’on ne sache pas grand-chose de plus jusqu’à présent, la liste des entités capables de représenter la moitié du trafic sur plusieurs sites internets majeurs à partir de domaines chinois est sans doute relativement réduite.
➤ Les médias dominants gonflent leurs chiffres de fréquentation grâce à des bots chinois
Alors que le nombre d’abonnés pourrait certes avoir augmenté, le trafic sur le site n’a véritablement commencé à décoller qu’à partir de la première semaine de décembre. Le Washington Post et le Guardian ont connu des évolutions de trafic similaires durant cette période, en contraste flagrant avec leurs autres confrères. Une rapide comparaison avant/après illustre l’énorme augmentation du nombre de visiteurs :
Classements au début du mois de décembre 2016 :
Classements au 8 février 2017 :
Le trafic commence à augmenter de manière significative vers la mi-décembre pour les trois sites. Voici une comparaison des variations de la fréquentation de ces trois sites, comparée à celle d’autres sites d’information :
Voilà qui est étrange. Voyons à présent la fréquentation du site du New York Times par pays d’origine, qui montre une augmentation significative du nombre de visiteurs en provenance de Chine, passant en deux mois de 5,1 % à 49,2 % de l’ensemble du trafic sur le site :
Ce qui est encore plus intéressant est le fait que le New York Times a été complètement bloqué en Chine depuis 2012, et que le mois dernier Apple a reçu l’ordre de retirer deux applications du NYT de son App Store, bien que les utilisateurs n’avaient de toute façon pas la possibilité d’accéder au contenu depuis l’interdiction de 2012. Le New York Times a lui-même déclaré :
Lorsque le gouvernement chinois a commencé à bloquer les sites internet du Times en 2012, il a aussi empêché les utilisateurs de Times app de télécharger du contenu nouveau.
Les personnes cherchant à contourner les filtres internet utilisent habituellement des VPN (Virtual Private Networks – Réseaux Privés Virtuels) qui tentent de se frayer un chemin à travers les murs de protection hautement restrictifs utilisés par la Chine, qui a cependant réprimé l’usage de VPN depuis plusieurs années.
À présent, jetons un œil au Washington Post et au Guardian, qui ne sont pas bloqués en Chine – un pays qui est passé pour les deux sites d’un trafic quasi-nul au 1er décembre 2016, à une fréquentation globale respective de 58,9 % et 57 %.
Ces importantes augmentations de trafic ont permis aux deux sites de voir leur classement de fréquentation sur Alexa augmenter jusqu’à 38 %, une donnée essentielle pour estimer la valeur marchande d’un site internet. On notera que le site BBC.com a connu une augmentation similaire, et c’est peut-être le cas pour d’autres. [Ndt : les sites Lefigaro.fr, Lemonde.fr et Liberation.fr ont par exemple tous connu une forte hausse de leur classement sur Alexa à partir de juillet 2016, après avoir été en chute libre dans ce classement]
Il est évident que, considérant la restriction de l’URL du New York Times en Chine, on pourrait conclure que cette augmentation massive, qui représente désormais près de la moitié de la fréquentation totale du site, provient d’un type de serveur automatisé générant un trafic élevé qui ne serait pas entravé par le mur de protection restrictif mis en place par la Chine, ce qui permettrait d’augmenter artificiellement le décompte des visiteurs sur ces sites.
Les trois organes de presse ont passé la majeure partie de l’année 2016 à tenter d’influencer l’élection américaine en faveur d’Hillary Clinton, avec une couverture biaisée et en publiant régulièrement des articles à charge contre Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, le président Trump a déclaré la guerre à la plupart des médias dominants – les qualifiant de « parti d’opposition », tout en restant la cible d’attaques biaisées. La Chine n’est pas non plus un soutien de Trump ; entre la menace sur l’augmentation des tarifs douaniers et le mépris de Trump pour la politique traditionnelle américaine de préférence pour la « Chine Unique » plutôt que pour la reconnaissance de Taïwan, la Chine a à la fois des raisons politiques et économiques de tenter de faire pression sur le discours offensif du président américain.
De plus, la société d’état chinoise JAC Motor et le fabricant automobile mexicain Giant Motors, co-détenu par le propriétaire du New York Times Carlos Slim, investissent conjointement plus de 200 millions de dollars pour fabriquer des véhicules à Hidalgo, au Mexique, suite aux querelles continuelles entre le président Trump et le Mexique au sujet de la proposition de mur à la frontière, et des taxes douanières exorbitantes qui sont censées en payer la construction. Amazon, qui a un actionnaire en commun avec le Washington Post, a récemment été autorisé par la Chine à transporter par cargo des marchandises chinoises vers ses entrepôts américains, ainsi qu’à lancer Amazon Web Services dans ce pays fortement restrictif.
Bien qu’on ne sache pas grand-chose de plus jusqu’à présent, la liste des entités capables de représenter la moitié du trafic sur plusieurs sites internets majeurs à partir de domaines chinois est sans doute relativement réduite.
➤ Les médias dominants gonflent leurs chiffres de fréquentation grâce à des bots chinois
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Classements au début du mois de décembre 2016 :
Classements au 8 février 2017 :
Le trafic commence à augmenter de manière significative vers la mi-décembre pour les trois sites. Voici une comparaison des variations de la fréquentation de ces trois sites, comparée à celle d’autres sites d’information :
Voilà qui est étrange. Voyons à présent la fréquentation du site du New York Times par pays d’origine, qui montre une augmentation significative du nombre de visiteurs en provenance de Chine, passant en deux mois de 5,1 % à 49,2 % de l’ensemble du trafic sur le site :
Ce qui est encore plus intéressant est le fait que le New York Times a été complètement bloqué en Chine depuis 2012, et que le mois dernier Apple a reçu l’ordre de retirer deux applications du NYT de son App Store, bien que les utilisateurs n’avaient de toute façon pas la possibilité d’accéder au contenu depuis l’interdiction de 2012. Le New York Times a lui-même déclaré :
Lorsque le gouvernement chinois a commencé à bloquer les sites internet du Times en 2012, il a aussi empêché les utilisateurs de Times app de télécharger du contenu nouveau.
Les personnes cherchant à contourner les filtres internet utilisent habituellement des VPN (Virtual Private Networks – Réseaux Privés Virtuels) qui tentent de se frayer un chemin à travers les murs de protection hautement restrictifs utilisés par la Chine, qui a cependant réprimé l’usage de VPN depuis plusieurs années.
À présent, jetons un œil au Washington Post et au Guardian, qui ne sont pas bloqués en Chine – un pays qui est passé pour les deux sites d’un trafic quasi-nul au 1er décembre 2016, à une fréquentation globale respective de 58,9 % et 57 %.
Ces importantes augmentations de trafic ont permis aux deux sites de voir leur classement de fréquentation sur Alexa augmenter jusqu’à 38 %, une donnée essentielle pour estimer la valeur marchande d’un site internet. On notera que le site BBC.com a connu une augmentation similaire, et c’est peut-être le cas pour d’autres. [Ndt : les sites Lefigaro.fr, Lemonde.fr et Liberation.fr ont par exemple tous connu une forte hausse de leur classement sur Alexa à partir de juillet 2016, après avoir été en chute libre dans ce classement]
Il est évident que, considérant la restriction de l’URL du New York Times en Chine, on pourrait conclure que cette augmentation massive, qui représente désormais près de la moitié de la fréquentation totale du site, provient d’un type de serveur automatisé générant un trafic élevé qui ne serait pas entravé par le mur de protection restrictif mis en place par la Chine, ce qui permettrait d’augmenter artificiellement le décompte des visiteurs sur ces sites.
Les trois organes de presse ont passé la majeure partie de l’année 2016 à tenter d’influencer l’élection américaine en faveur d’Hillary Clinton, avec une couverture biaisée et en publiant régulièrement des articles à charge contre Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, le président Trump a déclaré la guerre à la plupart des médias dominants – les qualifiant de « parti d’opposition », tout en restant la cible d’attaques biaisées. La Chine n’est pas non plus un soutien de Trump ; entre la menace sur l’augmentation des tarifs douaniers et le mépris de Trump pour la politique traditionnelle américaine de préférence pour la « Chine Unique » plutôt que pour la reconnaissance de Taïwan, la Chine a à la fois des raisons politiques et économiques de tenter de faire pression sur le discours offensif du président américain.
De plus, la société d’état chinoise JAC Motor et le fabricant automobile mexicain Giant Motors, co-détenu par le propriétaire du New York Times Carlos Slim, investissent conjointement plus de 200 millions de dollars pour fabriquer des véhicules à Hidalgo, au Mexique, suite aux querelles continuelles entre le président Trump et le Mexique au sujet de la proposition de mur à la frontière, et des taxes douanières exorbitantes qui sont censées en payer la construction. Amazon, qui a un actionnaire en commun avec le Washington Post, a récemment été autorisé par la Chine à transporter par cargo des marchandises chinoises vers ses entrepôts américains, ainsi qu’à lancer Amazon Web Services dans ce pays fortement restrictif.
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➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (1)
« Quel père parmi vous, si votre fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent à la place ? »
Introduction : la glorification du vice
Qui, dans le monde actuel, a le courage d’écrire en faveur de la justice et de la vérité ? Qui est prêt à être aussi ringard ?
Il est relativement aisé d’écrire sur des sujets qui ne nous concernent pas directement ; ou sur des sujets qui nous concernent, mais que les gens ont envie d’entendre, sur de bonnes choses qui feront que nous seront aimés et admirés pour les avoir partagées. Mais qu’en est-il des choses que nous avons été conditionnés à taire dès le plus jeune âge ? Les choses que nous sommes socialement contraints de maintenir cachées ? Écrire ou parler de ces choses revient à briser un pacte tacite du silence, un contrat auquel nous n’avons jamais souscrit consciemment, et que nous n’avons jamais eu la possibilité de refuser consciemment.
C’est la chose que personne ne souhaite faire.
C’est aussi la chose qui a le plus besoin d’être faite. Parce que tant que cet accord de ne pas parler, de ne pas écrire, ou même de ne pas penser à certaines choses, n’est pas brisé, alors notre parole, nos écrits, notre pensée seront étouffés par la peur, consciente ou pas, de rompre ce contrat en exprimant l’indicible. À ce stade, le système de soutien social sur lequel nous nous sommes reposés toute notre vie durant, et duquel dépend la survie de notre identité, cesserait de nous soutenir. Nous serions abandonnés, et partirions à la dérive dans un océan froid, sombre et sans merci de significations brisées.
Si j’écris ceci, ce n’est pas parce que tel est mon désir ; c’est une obligation.
J'ai, moi aussi, découvert mon enfant intérieur il y a quelques années – et j'ai décidé d'avorter.
~ Sebastian Horsley, 2004, correspondance privée
Mon frère Sebastian Horsley, « dandy du monde souterrain » autoproclamé, était un artiste particulièrement célébré pour ses actes potentiellement (et au final, concrètement) autodestructeurs. Un article récent paru dans Time Out l’a classé parmi les dix plus gros consommateurs de drogue de Londres ; dans un autre article sur l’acteur Shia Labeouf, on pouvait lire que mon frère avait « fait, de manière convaincante, une œuvre d’art de sa propre autodestruction fatale ». Cette phrase en dit long. Qui exactement fut convaincu par l’autodestruction artistique de mon frère, et de quoi ont-ils été convaincus ? Que le suicide est une quête artistique honorable ? Quelle sorte d’héritage une « œuvre d’art » de ce type laisse-t-elle ? Comment le fait que quelqu’un soit poussé à s’autodétruire de manière compulsive peut-il être une source de louanges ?
Je suis l’une des deux personnes encore en vie (avec ma sœur, une psychothérapeute) possédant une connaissance intime des forces qui poussèrent mon frère à s’autodétruire. Une chose est donc douloureusement claire à mes yeux : quel qu’ait été le « message » porté par mon frère, par sa vie ou sa mort, ce n’est pas un véritable message mais une fiction : une histoire inventée qui cache une légion de péchés. Ironiquement, elle ne les cache pas avec l’illusion de la vertu, comme dans le cas bien plus célèbre de Jimmy Savile, mais avec l’étalage dandyesque du vice présenté sous un jour favorable. Je crois profondément que « l’art » de Sebastian Horsley n’était pas de l’autodestruction mais un processus élaboré destiné à masquer les forces sociales, culturelles et personnelles qui ont rendu sa destruction inévitable. Je pense qu’il montre que l’abusé est programmé par l’abus, non pas seulement pour protéger ses abuseurs, mais aussi pour perpétuer l’abus.
Ma comparaison avec Savile n’est pas non plus totalement fortuite. Comme je l’écrivais dans Seen and Not Seen, avec ses tenues flamboyantes, ses cheveux décolorés, ses bijoux bling-bling et sa personnalité étrange, Savile était lui aussi un dandy. Comme mon frère, et comme le kidnappeur d’enfants de Chitty Chitty Bang Bang, Savile portait des hauts-de-forme. Je doute que mon frère ait jamais imité Savile, mais d’un autre côté, il est difficile d’évaluer l’influence qu’a eue Savile sur ceux qui, comme nous, ont grandi dans les années soixante et soixante-dix. Durant cette période, Savile était considéré comme l’homme le plus influent du rock and roll britannique, et mon frère et moi regardions Top of the Pops toutes les semaines, religieusement. Le premier modèle de mon frère, et le plus durable, fut le glam-rocker Marc Bolan, et Savile était par certains aspects un avatar du glam rock. Se peut-il que mon frère ait appris de Savile certains de ses tours de dandy ? L’une des choses les plus perturbantes à propos de Savile était la façon dont il étalait ses inclinations. Il s’en amusait à la télévision et à la radio (parfois même en présence de ses victimes). Il les a admises dans son autobiographie. Et pourtant, personne n’a rien dit.
Les révélations actuelles, et apparemment sans fin, sur l’abus sexuel institutionnalisé des enfants au Royaume-Uni ont forcé les gens à réévaluer ce qu’ils croyaient savoir sur la façon dont fonctionne la corruption, et sur ce à quoi ressemble cette dernière. Il fut un temps où nous cherchions les prédateurs sexuels au coin de la rue ou à la sortie des écoles ; des personnes louches au regard fuyant, rôdant aux marges de la société, aisément identifiables, et encore plus aisément désignées comme boucs-émissaires. Dans la Grande-Bretagne de l’après-Savile, une vision aussi simpliste est devenue l’apanage des ignorants. Les véritables prédateurs se trouvent en pleine lumière et occupent des positions de pouvoir ; ce ne sont pas des marginaux ou des exclus, mais les piliers de notre communauté. Bien loin de se trahir par leurs regards fuyants ou leurs attitudes coupables, leur manque apparent de conscience de soi les soustrait au sentiment de culpabilité. Ils n’exhibent aucun des signes sur lesquels nous comptons d’ordinaire pour nous apercevoir que quelqu’un est animé de mauvaises intentions. Dans leur esprit, ils ont le droit de faire ce qu’ils font. C’est le pouvoir des privilèges, et les privilèges du pouvoir.
J’estime que les qualités qui valurent à la vie et à l’art autodestructeurs de mon frère (son autodestruction artistique) d’être célébrés n’étaient pas les expressions uniques d’une âme créative, mais les symptômes d’une psyché mortellement traumatisée. Elles étaient ses tentatives désespérées et publiques de se libérer d’un bourbier culturel et familial, une lutte qui, ironiquement et tragiquement, fut identifiée par cette même culture comme une forme « d’art ».

Sebastian Horsley, après sa crucifixion en 2000 aux Philippines
Si quelqu’un devait monter une production dans laquelle Bette Davis serait dirigée par Roman Polanski, celle-ci ne pourrait exprimer totalement la violence refoulée et la dépravation d’une seule journée dans la vie de ma famille. C’était une pieuvre répugnante, et je n’ai jamais pu réellement échapper à ses tentacules.
~ Dandy in the Underworld
Mon frère et moi naquîmes dans ce type de milieu privilégié. Notre grand-père, Alec Horsley, étudia à Oxford, fut officier de district adjoint au Nigéria de 1925 à 1932, et fonda sa propre entreprise, Northern Dairies, en 1937. Il fut aussi l’un des membres fondateurs de la société fabienne de Hull, dont le logo était, et est toujours, un loup déguisé en agneau. La société fabienne posa les fondations du parti travailliste britannique, et Russell Brand se fait aujourd’hui l’avocat de leurs idées auprès des masses : un détail curieux, parce que mon frère voyait en Brand un rival (mis à part les hauts-de-forme, le sexe et la drogue, il existe d’autres parallèles frappants entre eux deux ; sur la liste des consommateurs de drogue publiée par Time Out, Brand est classé n°9 et mon frère n°7). Du temps de mon grand-père, les membres de la société fabienne soutenaient l’idée d’une « société planifiée scientifiquement », ce qui incluait la mise en place d’un eugénisme accompagné de mesures de stérilisation. La branche fabienne de Hull fut fondée en 1943 par seize personnes, avec un comité présidé par mon grand-père. Il semble que mon grand-père ait suivi à la lettre l’exemple de son associé Bertrand Russell, étant lui aussi un aristocrate qui parlait au nom du peuple, bien qu’il n’ait que peu de choses en commun avec ce dernier (pour autant que je sache, et mises à part des visites dans des prisons, il ne s’est que rarement, voire jamais, mélangé avec les membres d’autres classes sociales).
Mon père, Nicholas Horsley, rejoignit Northern Dairies à la fin des années cinquante, peu après avoir rencontré ma mère. Il finit par en devenir le président, et Northern Dairies devint Northern Foods, un énorme conglomérat connu avant tout pour son association avec Marks & Spencer (Northern Foods « inventa » le sandwich emballé et fut l’un des pionniers des plats préparés). Je n’étais que vaguement au courant de tout ceci en grandissant. Enfant, le développement le plus significatif fut sans doute pour moi lorsque Northern Foods forgea une alliance avec Rowntree Mackintosh (affilié à la société fabienne), ce qui eut pour conséquence que notre maison fut toujours remplie de chocolats. J’étais en revanche parfaitement au courant des nombreuses fêtes organisées dans notre maison et dans celle de nos grands-parents, et des nombreux étrangers qui allaient et venaient, de l’atmosphère d’ébriété généralisée, de l’idéalisme intellectuel et social, de la licence sexuelle, et du curieux intérêt de mon grand-père non seulement pour la célébrité, mais aussi pour la criminalité.
Dans Seen and Not Seen: Confession of a Movie Autist, je citais un passage de Dandy in the Underworld qui décrit un « ami pédophile de mon grand-père, le visage ravagé par le cancer » qui s’était entiché de moi durant mon enfance. Le livre me décrit comme ayant eu « un de ces visages à la beauté merveilleuse qui faisait s’arrêter les gens dans la rue, donc on ne pouvait s’attendre à ce qu’un pédophile invité dans le cercle familial y ait été indifférent. » Je n’ai aucun souvenir de cet homme, mais je me rappelle comment mes parents racontaient avec amusement des histoires sur ses tentatives gauches de me caresser sous la table. L’incident s’est lui aussi effacé de ma mémoire, mais il ne fut apparemment pas considéré comme une source d’inquiétude.
Un autre détail étrange est que ma sœur détenait l’autographe de Jimmy Savile lorsqu’elle était adolescente. Mon père l’aurait prétendument rencontré par hasard à bord d’un avion (il est intéressant de noter que Savile a pourtant déclaré qu’il n’avait jamais pris l’avion). En tant que président de Northern Foods, mon père était un homme d’affaires hautement respecté, avec des connexions dans le monde de la politique, et il aurait très bien pu avoir rencontré Savile dans des circonstances un peu moins neutres, dirons-nous. Dans As it Happens, l’autobiographie étonnamment révélatrice de Savile, celui-ci mentionne qu’il fut accompagné par un dirigeant de Northern Foods durant sa fameuse course caritative « John o’ Groat’s to Land’s End », et que la compagnie lui avait fourni la nourriture et les boissons durant la course (avec un van qui le suivait). On peut donc dire que ma famille a littéralement alimenté les « activités » de Savile.
Jusqu’où va la métaphore ?

Après avoir été laissé à l’abandon durant toute ma vie, je suis désormais dévoré d’un désir de revanche.
~ Dandy in the Underworld
Ce fut mon grand-père qui présenta à mon frère Jimmy Boyle, l’ex-gangster de Glasgow. Alec avait fait en sorte que certaines des sculptures de Boyle fussent exposées à Hull. Avec ses valeurs progressistes affirmées concernant la réhabilitation, il était impressionné par Boyle, devenu une célébrité suite à l’adaptation à l’écran par la BBC de son livre A Sense of Freedom. Boyle fut emprisonné pour la première fois pour meurtre en 1967, et fut libéré en 1982. À son apogée, il était homme de main et recouvreur de dettes pour le compte de la mafia de Glasgow, et était connu comme étant « l’homme le plus dangereux d’Écosse ». Malgré ceci, sa peine fut réduite, et il semble raisonnable de penser que le soutien de mon grand-père n’y était pas étranger.
En 1983, Boyle et son épouse s'associèrent avec mon frère et son partenaire pour lancer le Gateway Exchange, un centre de réhabilitation pour les drogués, les délinquants sexuels et les ex-détenus, dans lequel mon frère disait être « bien camouflé ». Il écrit dans ses mémoires comment Boyle « lui permettait d’exprimer des pulsions interdites, des désirs et fantasmes inavoués. » [1] La passion de mon frère pour la criminalité était l’un de ses points communs avec Alec, ce qui incluait d’écrire des lettres aux jumeaux Kray et à Myra Hindley, la fameuse tueuse de la Lande. Un article de 1999 du Guardian sur Jimmy Boyle mentionne comment Boyle, en 1967 (juste avant son arrestation), « était en cavale à Londres sous la protection des Kray ». D’après mon frère, Boyle travailla avec les Kray durant les années soixante et peut-être même avant cela. Jimmy Savile avait des liens avec les Kray, et Savile était originaire du Yorkshire, où mon frère et moi passèrent notre enfance, et où Peter Sutcliffe, le célèbre éventreur du Yorkshire (que Savile connaissait lui aussi), aurait poursuivi ses victimes durant mon adolescence. [2]
Comme je l’ai décrit dans Seen and Not Seen, le fait que Savile ait débuté en tant que manager de dance-club signifiait qu’il avait côtoyé des gangsters, peut-être même dès son adolescence. Les Kray et lui travaillèrent et jouèrent ensemble dans les années soixante, et furent probablement impliqués dans le trafic d’enfants pour le compte de l’élite britannique, y compris via des foyers d’accueil où les enfants étaient prétendument torturés, et même tués. Myra Hindley et Ian Brady fréquentèrent les salles de danse de Manchester où Savile officiait en tant que disc-jockey dans les années soixante, et Savile disait qu’il était l’ami de Ian Brady. Brady (qui grandit à Glasgow avant de partir pour Manchester), se vantait de son association avec la mafia de Glasgow et avec les jumeaux Kray. Glasgow est aussi la ville où fut fondé le Paedophile Information Exchange (PIE) en 1974. Cette organisation était affiliée au National Council for Civil Liberties, une cause que ma famille aurait très certainement soutenue. L’objectif du PIE était de réduire l’âge de la majorité sexuelle à quatre ans, voire tout simplement de l’abolir.
Ce n’est que lors de l’écriture de Seen and Not Seen que j’ai commencé à tenter d’assembler toutes les pièces de ce puzzle. C’était un peu comme un survol de la terre brûlée de mon enfance. Depuis, j’ai atterri, et ai commencé à explorer ce territoire plus directement. Le présent ouvrage est une sorte d’ébauche d’une carte carbonisée.

Il y a un paradoxe tragique dans le fait que les qualités qui sont à l’origine de la capacité extraordinaire d’un homme à obtenir du succès, sont aussi les plus susceptibles de le détruire.
~ Sebastian Horsley, correspondance privée avec l’auteur
Le chemin de vie emprunté par mon frère associait le succès mondain à l’autodestruction et a montré que ces deux aspects étaient inséparables pour lui. Lorsque j’ai cité la phrase ci-dessus pour la première fois dans Seen and Not Seen (une citation que mon frère avait faite graver pour moi, même s’il l’avait probablement volée quelque part), je l’avais comprise différemment. J’avais compris que les forces inconscientes qui animent une personne et la poussent à créer peuvent aussi la pousser à s’autodétruire. Je suis quasiment certain que c’est ainsi que mon frère l’entendait. Pourtant, il a choisi d’utiliser le mot « succès », et pas créativité ou génie, et le succès a une dimension manifestement mondaine. La manière dont je lis désormais cette citation (à la fin de cette enquête que vous êtes sur le point de lire), est que les actes qu’un homme doit commettre pour obtenir du succès, et les forces auxquelles il doit se soumettre, sont ceux qui ont le plus de chances de le détruire. Cela n’a rien à voir avec l’expression personnelle par la créativité, et tout à voir avec la volonté de puissance.
Le paradoxe tragique de l’artiste est que le désir d’un statut mondain est complètement antinomique avec le besoin plus profond qu’a l’âme d’exprimer ce qui est en elle. Et pourtant mon frère et moi fûmes tous deux élevés dans l’idée que le succès mondain était la mesure ultime pour déterminer à quel point l’attitude d’une personne (ou l’expression de son âme) était juste ou valable. On nous a inculqué que devenir un leader culturel était le but suprême sur le plan social et personnel, et que ceci nous était échu par droit de naissance. Malgré le quakerisme d’Alec, que mon père rejeta probablement parce qu’il le considérait comme une hypocrisie, notre famille n’avait pas de religion. C’est pour l’intelligentsia que mon père, comme son père avant lui, éprouvait le plus de déférence. Il se moquait de mon frère (un dyslexique), le traitant de stupide, délivrant ainsi un coup de hache dans l’âme de mon frère dont il ne se remit jamais. Il nous donna de l’argent plutôt que de l’amour, un système de valeurs qu’il avait hérité de son père, qui dit un jour : « pour vous montrer à quel point mon père m’aimait, il a laissé tout son argent à mon frère » (Alec fut toute sa vie durant le rival de son frère aîné, tout comme je le fus avec le mien). On nous donna des scorpions plutôt que des œufs.
Mon frère était un fabien de piètre qualité. Il déchira le déguisement d’agneau pour incarner pleinement le loup. Il ne souhaitait pas plaire, mais offenser – plaire en offensant. Mon grand-père se faisait passer pour un parangon de vertu imprégné des valeurs de la communauté, mais il s’agissait derrière les apparences d’un homme d’affaires impitoyable et quelque chose de plus que cela encore (comme je pense que ce travail va le montrer). Sebastian mit sur le devant de la scène l’aspect caché, criminel, de notre héritage familial. Il s’efforça de porter la turpitude morale aussi loin qu’il était possible, « pour faire de la décadence une vertu [et] rendre l’âme monstrueuse. » J’ai réalisé en écrivant Seen and Not Seen que, malgré toute son attitude fièrement dédaigneuse envers la morale conventionnelle et la conscience sociale, il existait presque certainement des actes que mon frère ne pouvait pas évoquer, que ce soit en raison des conséquences judiciaires, mais aussi par peur des représailles des autres personnes impliquées. Ainsi, alors que notre père et notre grand-père ont caché leurs vies secrètes derrière le voile de la vertu, mon frère cacha la sienne derrière le voile du vice. C’est, par bien des aspects, un déguisement encore meilleur.
Mon frère, mon père et mon grand-père ont-ils prêté serment de ne pas dévoiler certaines choses ? Si c’est le cas, quelles étaient ces choses ? Ce qui suit est une tentative pour répondre à cette question obsédante, à l’aide d’un mélange d’enquête, de déductions, et d’imagination – autant d’éléments qui sont également nécessaires dès lors qu’on a affaire à des secrets de famille.
Mon frère se décrivit lui-même comme étant « un suicide manqué » et « une futile explosion de couleurs dans un monde sans couleur. » Dans le privé, il me confia qu’il considéra le suicide comme la seule voie honorable pour un nihiliste, sous-entendant qu’à un certain moment il avait prévu de s’ôter la vie pour priver la mort, ou Dieu, de ce plaisir. Plus poétiquement, il écrivit dans Dandy que la chose la plus importante au moment de faire face à un peloton d’exécution était de « donner soi-même l’ordre de tirer ». Cette mythologie créée par mon frère à propos de sa personne fut en grande partie efficace. Les gens y croyaient, même, et peut-être particulièrement, ceux qu’il gardait proches de lui (ce qui n’incluait pas sa famille). Elle fut ensuite récupérée par les médias grand public, et sa mort est désormais considérée par beaucoup comme ayant été plus héroïque que tragique, la preuve d’une vie vécue selon ses propres conditions. Vivre par la piqûre, mourir par la piqûre. Une telle vision ignore commodément – bannit, même – la question de savoir ce qui fut à l’origine de l’addiction suicidaire.
Mon frère et moi naquîmes et fûmes élevés dans un environnement qui exaltait le vice et normalisait la corruption – et dans lequel la corruption se parait des atours de la vertu. Comment aurait-il pu se sentir en sécurité dans un tel environnement, si ce n’est en s’y conformant, en rejetant toute vertu comme un mensonge, et en devenant aussi ouvertement corrompu que le monde qui l’entourait ?
Les enfants imitent non pas ce qu’on leur dit, mais ce qu’on leur montre. Tous ceux qui ont grandi durant cette période en Grande-Bretagne, qui ont regardé Jimmy Savile blaguer chaque semaine sur ses crimes à la télévision nationale, qui se rendaient dans des écoles et des foyers d’accueil dirigés par des prédateurs sexuels, incapables d’en parler ou même de l’admettre consciemment... Quels types d’effets à long terme tout ceci peut-il avoir sur des générations d’enfants ? Le cas de mon frère pourrait n’être qu’un cas particulièrement extrême parmi une myriade d’autres cas.
Il n’existe pas de preuve irréfutable que mon frère fut agressé sexuellement lorsqu’il était enfant. D’un autre côté, il n’en existe quasiment jamais. Le plus souvent, l’incident ou les incidents qui traumatisent la psyché d’une personne sont relégués dans l’inconscient, recouverts du voile protecteur de l’amnésie ; et plus le traumatisme est profond, plus le voile est impénétrable. Mais le traumatisme parvient malgré tout à faire surface : il est visible par l’intermédiaire des comportements. Très peu d’éléments de la vie publique de mon frère, de sa personnalité et de ses centres d’intérêts ou obsessions ne pointent pas en direction d’une histoire cachée de maltraitance. Ajoutez à cela les innombrables preuves indirectes qui montrent que notre cercle familial coïncidait en de nombreux points avec les cercles de l’abus sexuel systématique qui sont révélés actuellement au Royaume-Uni – quand il n’était pas en parfaite concordance avec ceux-ci – et que nous reste-t-il ?
La glorification du vice. Si vous ne pouvez les vaincre, joignez-vous à eux.

L’unique raison pour laquelle vous lisez ceci est parce que mes propres efforts pour rejoindre la culture qui m’a maltraité se sont avérés aussi futiles que mes efforts pour la vaincre. Il ne me reste plus qu’à rendre public mon refus de participer, il ne me reste plus qu’à témoigner, à défier ma programmation, à être la voix qui fut étranglée, la voix qui dit non sous l’orage, même si la tempête se limite à mon propre verre d’eau.
Cela doit commencer quelque part.
Partie 1 : Le grand-père
Même si la méritocratie est leur couverture crédible, la stratification sociale fut toujours le véritable atout-maître des fabiens. Les droits sociaux furent une autre insertion fabienne dans la fabrique sociale, même si l’idée les précède, bien entendu.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Le présent travail commença alors que je finissais un mémoire sur le cinéma qui, bien qu’il s’agissait avant tout d’une confession, débutait comme un ouvrage relativement léger et accessible. Pour les deux derniers chapitres, en revanche, je choisis de me concentrer sur mon frère ; comme on pouvait s’y attendre, ce fut une plongée soudaine en eaux troubles, abordant par exemple Jimmy Savile et les conséquences de ses activités pour ceux d’entre nous qui grandirent au Royaume-Uni avec « l’oncle Jimmy » comme bienfaiteur culturel. Avec du recul, je me rends compte que je n’avais fait qu’attendre l’opportunité, ou plutôt l’impulsion, pour draguer ces eaux à la recherche de cadavres, et il était inévitable que tôt ou tard j’aborderai le sujet. L’affaire Savile constitua pour moi l’intersection d’intérêts et de préoccupations qui m’animèrent toute ma vie durant : pop culture, conspirations, crime, folie, occultisme, opérations de guerre psychologique, maltraitance infantile, traumatisme, et, parce que l’influence de Savile sur ma propre psyché remonte à cette période, les souvenirs d’enfance – ou leur absence.
La première chose qui ressortit à propos de l’histoire de ma famille fut la relation entretenue par mon frère avec le gangster de Glasgow, Jimmy Boyle. Mon frère rencontra Boyle au Stevenson’s College, où Boyle suivait un cours « d’Entraînement à la Liberté », travaillant deux jours par semaine au foyer municipal avant de retourner passer la nuit à la prison de Saughton. Je savais qu’il avait rencontré Boyle par l’intermédiaire de notre grand-père paternel, et c’était donc logiquement le point suivant à étudier, dans mon entreprise de recherche de la racine de la pourriture qui finit par corrompre l’arbre tout entier. Mon frère était le fils aîné du fils aîné de mon grand-père ; je décidai donc de m’orienter vers mes ancêtres paternels.
J’achevai le mémoire sur le cinéma avec un sentiment d’incertitude quant à savoir si je devais inclure tous ces éléments plus sombres. Je me demandai si je prenais un risque en parlant de tout ceci. J’avais découvert l’os d’un doigt de pied enterré dans le jardin familial. Qu’allait-il se passer s’il s’agissait d’une partie d’un corps complet ?
On ne trouve pas grand-chose sur internet à propos d’Alec Horsley, mais heureusement un cousin, qui était lui aussi intéressé par notre histoire familiale, m’envoya le PDF d’un court mémoire écrit par Alec en 1987, l’avant-propos d’une collection de poèmes rédigés par un prisonnier avec lequel il s’était lié d’amitié quand il avait environ soixante-dix ans (un violeur condamné par la justice, et l’un de ses poèmes aurait pour thème le viol). Le court mémoire d’Alec me fournit des noms et des dates qui me permirent de découvrir tout un écheveau d’associations.
Mon grand-père naquit en 1902 et étudia au Worcester College d’Oxford, probablement en 1922. Selon ses dires, il obtint une bourse qui paya presque entièrement ses frais de scolarité. Je ne sais pas qui il y rencontra, ni quelle fut son implication, si tant est qu’il en ait eu une, dans les fameuses sociétés secrètes d’Oxford et leurs bizutages rituels. Mon impression de départ fut que, puisque mon grand-père ne faisait (apparemment) pas partie de l’aristocratie, ce fut là qu’il établit les contacts qui l’envoyèrent par la suite sur la route de « Bilderberg ». Comme il l’écrit dans son essai : « Ma famille progressa de la classe ouvrière à la classe moyenne. Quant à moi, grâce à Oxford, au sport, et à un poste dans les colonies, je fus occupé à gravir l’échelle sociale, sans être conscient de la nature de mes motivations » (c’est moi qui souligne). Il est toutefois permis de douter du récit d’Alec. Son père, George Horsley, conduisait parfois une Rolls Royce (une habitude que mon frère copia inconsciemment au début de la vingtaine), et semblait alterner entre la richesse et la pauvreté en fonction de la bonne santé de ses entreprises. Mais une Rolls Royce n’est pas un accessoire caractéristique de la « classe moyenne inférieure ».
Après Oxford, Alec travailla au Nigéria de 1925 à 1932, soit en tant qu’assistant à l’officier de district, soit en tant qu’officier de district, selon la source (Alec lui-même soutenait la première hypothèse, qui est donc très probablement correcte). À son retour au Royaume-Uni, après qu’il se soit marié, qu’il ait eu des enfants, et qu’il ait fondé Northern Dairies, la Seconde Guerre Mondiale éclata et mes grands-parents firent de Talbot Lodge, à Hessle, la demeure familiale. Il écrit que : « Dès le début, nous acquîmes la réputation de tenir ‘‘maison ouverte’’ et nous encouragions et, bien entendu, appréciions les visites de nos nombreux amis. [...] Ils venaient de toute la Grande-Bretagne, et plusieurs d’entre eux arrivaient de contrées éloignées et parfois exotiques. »

Alec fut invité à visiter l’URSS au début des années cinquante, en tant que membre de la délégation britannique d’une « Conférence sur le commerce Est-Ouest ». Il rencontra Lord Boyd Orr à Moscou, qui devint le président de Northern Foods. Alec voyagea ensuite en Sibérie, en Mongolie Extérieure et en Chine, pour des motifs inconnus. Qu’a-t-il fait là-bas ? À l’époque (et même de nos jours), ce n’était pas le genre d’endroits où l’on se rendait pour des vacances, et il n’y a pas de raisons évidentes qui pourraient justifier la visite d’un dirigeant de laiterie dans des pays communistes. Je ne sais pas non plus si l’on pouvait aisément entrer dans ces pays en ce temps-là, et Alec a forcément obtenu une invitation spéciale, au moins pour visiter l’Union Soviétique.
Orr est un personnage intéressant. Il est né en Écosse et étudia à l’université de Glasgow. Comme avec les assertions légèrement douteuses d’Alec concernant son parcours, Orr aurait semble-t-il gravi l’échelle sociale depuis des origines origines ouvrières jusqu’au sommet de la richesse et du pouvoir.
Durant les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale, Orr fut associé avec pratiquement toutes les organisations qui militaient en faveur d’un gouvernement mondial, consacrant en de nombreuses occasions ses formidables dons pour la propagande et l’administration à cette cause. Il écrit dans son autobiographie que « La question la plus importante est désormais de savoir si un homme a acquis la sagesse suffisante pour mettre en phase les anciens systèmes avec les nouvelles perspectives offertes par la science, et pour réaliser que nous sommes à présent un seul monde dans lequel toutes les nations finiront par partager le même destin. » [3]
Peu après les divers voyages d’Alec, au tout début de la crise de Suez, Lord Piercy et John Kinross de l’Industrial & Commercial Finance Corporation (fondée par la Banque d’Angleterre) approuvèrent l’introduction en bourse de Northern Dairies. Puis, en 1954, mon grand-père fut « approché par l’Église Orthodoxe de Russie pour organiser la visite de leurs églises en URSS par un groupe d’hommes d’église britanniques, sans aucune contrainte. La visite s’avéra très utile » (il rédigea un livret à ce sujet).

Je note en passant que Lord Piercy fut étudiant en premier cycle à la London School of Economics, une création fabienne, en 1910. Il travailla pour l’administration fiscale durant la Première Guerre Mondiale, et fut un des directeurs du ministère de l’alimentation. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il dirigea la mission de British Petroleum à Washington, fut l’assistant principal au ministère de l’équipement et au ministère de la production aéronautique, et assistant personnel du Premier ministre adjoint, Clement Attlee. De 1945 à 1964, il fut le président du conseil d’administration de l’Industrial & Commercial Finance Corporation, un organisme créé pour fournir des moyens aux petites entreprises. Il fut également l’un des directeurs de la Banque d’Angleterre de 1946 à 1956. Au total, ce sont deux directeurs de la Banque d’Angleterre (qui aida au financement du parti national-socialiste allemand dans les années trente) que mon grand-père choisit de distinguer dans son essai de quelques pages.
Au cours de cette même période (la deuxième moitié des années cinquante), Northern Dairies fut affilié avec les compagnies chocolatières Mackintosh (Quality Streets) et Terry’s. Mon grand-père mentionne par ailleurs un voyage à Dublin – l’Irlande du Nord ayant été le premier endroit hors de Grande-Bretagne où Alec étendit les activités de son entreprise : « Les irlandais me permirent [...] de mieux comprendre les hommes d’histoire et de conviction qui se battent jusqu’au bout mais qui ne réussissent que peu de choses. Ces hommes sont le plus souvent bien meilleurs pour ce qui est de mourir que pour ce qui est de vivre. Ils n’envisageront même pas qu’il est possible d’être bon dans les deux domaines. »
En 1962, l’année de naissance de mon frère, Alec reçut une lettre d’Errol Barrow, le Premier ministre de la Barbade, qui l’invitait à y importer le commerce des produits laitiers. Il se trouve que Barrow étudia lui aussi à la London School of Economics. Plusieurs décennies plus tard, mon père passa les dernières années de sa vie à la Barbade, ayant déménagé sur l’île après avoir quitté Northern Foods. Il dirigea une affaire de vente de glaces pendant ses années de retraite. C’était pour lui un retour aux sources, son premier succès majeur en tant que directeur de Northern Dairies ayant été d’acquérir une part dans la compagnie de glaces Mr. Whippy, puis de la vendre avec un important bénéfice deux années plus tard.
Dans les années quatre-vingt, tandis que mon père volait de succès en succès au poste de président de Northern Foods, mon grand-père, âgé de près de quatre-vingts ans, entra dans « un travail très actif de volontariat à la fois avec la prison de haute sécurité de Hull et avec Age Concern » (Age Concern était le nom générique utilisé par de nombreuses organisations caritatives spécialisées dans l’aide aux personnes âgées et basées principalement dans les quatre pays du Royaume-Uni). Ce fut probablement la première activité citée qui amena Alec à s’impliquer avec Jimmy Boyle. Je ne sais pas grand-chose sur son travail avec Age Concern, mais je sais qu’il fut impliqué dans une sorte de scandale à la fin de sa vie, à propos d’une entreprise de vélos grâce à laquelle Alec aurait détourné de l’argent en volant les pensions des personnes âgées.
Je sais aussi que mon père n’a jamais aimé Alec. Même après la mort d’Alec, il semblait éprouver de l’aversion à son endroit. Il n’a jamais explicité les raisons de cette aversion.
Partie 2 : une brève histoire du fabianisme
Ce serait faire injure à la vérité que d'oublier de mentionner l'influence des fabiens dans la gestion scientifique de l'école et de la société, mais la nature du fabianisme est si complexe qu'elle soulève des questions auxquelles cet essai ne peut répondre. Évoquer brièvement les fabiens, comme je suis sur le point de le faire, revient nécessairement à user de simplifications pour comprendre un peu comment ce charmant groupe d'érudits, d'écrivains, d'héritiers, d'héritières, de scientifiques, de philosophes, de bébés nés dans la bombazine, amateurs de belvédères et de fonds fiduciaires, et d'hommes et de femmes d'affaires à succès, est devenu la force la plus puissante dans la création de l'état-providence moderne, les propagateurs de sa version caractéristique de l'enseignement nivelé par le bas.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

La première chose qui me fit comprendre que quelque chose manquait dans l’histoire « officielle » de ma famille fut le lien avec la société fabienne. Durant tout le temps que j’ai passé avec ma famille, je ne me souviens pas avoir jamais entendu mentionner la société fabienne. Je découvris bientôt, ou on me rappela, que les fabiens sont utilisés comme épouvantails conspirationnistes par la droite. Ceci présenta un problème pour ce qui était de trouver des sources fiables se rapportant à eux, parce qu’une bonne part de l’histoire non officielle de la société fabienne semble confinée à des sites internet ayant leur propre agenda. Ce que je recherchai tout d’abord fut en réalité une sorte de preuve concrète d’abus sexuel dans l’histoire de ma famille, puisque tous les signes semblent pointer dans cette voie. La connexion Boyle/Kray paraissait clairement pointer dans cette direction d’ensemble, et je commençai donc à me demander si la pieuvre fabienne pouvait peut-être avoir une tentacule en commun avec celle du crime organisé et de la pédophilie.
La société fabienne est née d’une scission au sein de la Fellowship of the New Life, qui fut dissoute en 1898, suite à quoi la société fabienne gagna en importance pour devenir l’une des plus importantes sociétés du monde universitaire britannique. Ensuite, de nombreux fabiens participèrent à la formation du parti travailliste anglais en 1900. La constitution du parti, rédigée par Sidney Webb, était très largement inspirée des documents fondateurs de la société fabienne. Lors de la conférence de création du parti travailliste en 1900, la société fabienne revendiqua 861 membres et envoya un délégué.
Durant les années trente, la société fabienne s’étendit à travers de nombreux pays sous domination britannique, et de nombreux dirigeants de ces pays furent influencés par les fabiens au cours de leurs luttes pour l’indépendance vis à vis de l’empire britannique. On trouvait parmi ces dirigeants le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, Obafemi Awolowo, qui devint par la suite le Premier ministre de la défunte région Ouest du Nigéria, et l’homme qui fonda le Pakistan, Barrister Muhammad Ali Jinnah. La philosophie politique de Lee Kuan Yew, le premier Premier ministre de Singapour, était fortement influencée par la société fabienne. Au XXIème siècle, l’influence de la société fabienne se fait ressentir au travers de dirigeants du parti travailliste et d’anciens Premiers ministres de la Grande-Bretagne tels que Tony Blair et Gordon Brown.
Le terme « fabien » fut semble-t-il suggéré par le spirite Frank Podmore, en hommage au brillant général romain du IIIème siècle avant notre ère, Quintus Fabius (Maximus Verrucosus, 275-203). Fabius fut nommé dictateur en 221 puis en 217, et, grâce à une ingéniosité militaire supérieure et à une tactique de harcèlement, parvint à défendre Rome contre la puissante armée carthaginoise menée par Hannibal. La stratégie de Fabius était fondée sur le « gradualisme » et sur le « terrorisme », des tactiques dilatoires qui étaient fortement désapprouvées par ses soldats ainsi que par les civils, et qui lui valurent le surnom de « Temporisateur ». Cependant, après le triomphe de sa stratégie, ses qualités d’habileté et de sagesse furent hautement considérées.
En quittant Wikipedia et l’histoire plus ou moins acceptée du fabianisme, je trouvai une description convaincante, et accablante, du plan fabien comme étant une pièce centrale de la Conspiration (avec un C majuscule) millénaire du Nouvel Ordre Mondial, sur un site internet peut-être pas totalement fiable. Une prémisse de l’information qui y est présentée est que la société fabienne se trouve en arrière-plan des divers mouvements britanniques en lien avec le parti travailliste, et qu’elle dissimule des intérêts élitistes et même capitalistes ; ce que je peux confirmer par expérience directe, ayant grandi au sein d’une riche famille socialiste (nous étions surnommés les « socialistes champagne ») qui était avant tout composée d’hommes d’affaires, mais qui s’impliquait aussi activement dans la politique locale (et, ainsi que je le découvris peu à peu, dans la politique globale), et dans des mouvements en apparence réformistes et liés à la Nouvelle Gauche tels que le parti CND, qui avaient tous des liens plus ou moins évidents avec la société fabienne.
D’après une autre source en ligne, la société fabienne compte 7000 membres, dont 80 % (5600) sont membres du parti travailliste, pour un total de 3 % de l’ensemble des membres du parti travailliste (190 000 en 2010). Le pourcentage de fabiens augmente fortement aux plus hauts échelons du parti travailliste. [4] George Bernard Shaw a déclaré que l’objectif de la réforme fabienne de l’éducation était la création d’un ministère de l’éducation, qui aurait « un contrôle sur l’ensemble du système éducatif, de l’école primaire à l’université, et sur l’intégralité de son financement » (Shaw, Educational Reform, 1889). Ce qui fut à l’origine de la création d’un vaste ensemble d’organisations, sociétés et mouvements, tous interconnectés entre eux : dans l’éducation, des conseils comme le London City Council, des sociétés universitaires et des écoles comme la London School of Economics, l’Imperial College, et la London University ; dans la culture, le mouvement New Age (Annie Besant était un membre fondateur de la société fabienne), la Central School of Arts and Crafts, le Leeds Arts Club, le Fabian Arts Group et la Stage Society ; en économie, la London School of Economics, la Royal Economic Society, le National Institute of Economic and Social Research (NIESR) ; en droit, la Haldane Society (qui doit son nom à Lord Haldane, membre de la société fabienne) ; en médecine, la Socialist Medical League ; en religion, le Labor (par la suite Socialist) Church movement, la Christian Socialist Crusade, la Christian Socialist League, le Christian Socialist Movement. Et ainsi de suite.
Shaw exprima son souhait de faire des fabiens « les jésuites du socialisme », tandis que H. G. Wells (numéro quatre sur la liste des dirigeants de la société fabienne, après Webb, Pease, et Shaw) proposa dans sa nouvelle Une utopie moderne, de transformer la société en un ordre dirigeant semblable à l’ordre des « samouraïs ». « Que les fabiens aient consciemment recherché la compagnie, la collaboration et le soutien des riches et des puissants ressort clairement d’écrits fabiens tels que Our Partnership, par Beatrice Webb, qui regorge d’expressions telles que ‘‘attraper des millionnaires’’, ‘‘tirer les ficelles’’, ‘‘mettre en jeu toutes les forces sur lesquelles nous exerçons un contrôle’’, tout en prenant soin dans le même temps ‘‘d’apparaître désintéressés’’ et de prétendre être ‘‘des gens humbles que personne ne soupçonnerait d’être puissants’’ » (Webb, 1948).
Le crédible John Taylor Gatto souligne ceci dans Underground History of American Education :
Au fur et à mesure du développement du mouvement, les fabiens devinrent les amis aristocratiques d’autres mouvements à l’avant-garde de l’efficacité sociale comme le taylorisme, ou les alliés des chrétiens progressistes issus de la mouvance méthodiste de l’évangile social, dont l’activité consistait à remplacer la foi par le travail au cours d’un des retournements religieux les plus marquants de l’histoire. Ils devinrent en particulier les amis et les conseillers d’industriels ou de financiers avec lesquels ils partageaient la même vision du monde. Ces collaborations survenaient naturellement, non pas pour de basses raisons matérielles, mais parce que l’évolution, selon la vision fabienne, était plus avancée dans les classes des milieux d’affaires et bancaires ! [...] Les praticiens du fabianisme développèrent des principes hégéliens qu’ils enseignèrent aux côtés de banquiers de Morgan et d’autres importants alliés issus du monde de la finance.
Gatto surenchérit, et au final infirme les assertions d’une importante sous-culture de théoriciens du complot et d’auteurs de droite opposés au socialisme, en soulignant que :
Un principe hégélien appliqué judicieusement fut de considérer que pour promouvoir efficacement des idées, il était tout d’abord nécessaire de coopter à la fois la gauche et la droite du spectre politique. Jouer le jeu de l’opposition politicienne était voué à l’échec. Ils parvinrent à accomplir cette prouesse étonnante en infiltrant l’ensemble des principaux médias, grâce à une propagande de basse intensité permanente, par des changements radicaux opérés dans la mentalité des groupes (accomplis grâce aux principes développés dans les bureaux de l’armée spécialisés dans la guerre psychologique), et par la capacité à produire une succession de crises en utilisant des agents des services de renseignement gouvernementaux et des contacts dans la presse.
D’autres faits significatifs : Hubert Bland, un ancien employé de banque devenu journaliste et cofondateur de la société fabienne, travaillait pour le Sunday Chronicle de Londres, un journal détenu par le magnat de la presse Edward Hulton. Bland aurait recruté son ami et confrère journaliste George Bernard Shaw dans la société fabienne. Le fils de Hulton, Edward G. Hulton, était le propriétaire du Picture Post et, d’après le magazine Lobster, [5] « presque certainement un agent loyal de la section D du MI6 ».[Ndt : la section D du MI6 menait des opérations politiques et paramilitaires clandestines dans l’entre-deux guerres] Il fonda également le 1941 Committee, un groupe de réflexion qui recruta les écrivains « vedette » J. B. Priestley et Tom Wintringham, et qui incluait aussi David Astor (sur lequel nous reviendrons), Sir Richard Acland, et mon grand-père. Alec mentionne Acland dans son court mémoire, en référence au parti politique Common Wealth d’Acland et Priestley, dans lequel Alec « prit une part très active ». Comme Alec, Acland était un quaker.
Sidney Webb, l’ami de G. B. Shaw et le chef de la société fabienne, épousa Beatrice, la fille de Richard Potter, un riche financier avec des connexions dans le monde entier qui fut le président des compagnies ferroviaires Great Western Railway et Grand Trunk Railway en Angleterre et au Canada. Beatrice était aussi une amie proche de l’associé de Rothschild et Premier ministre Arthur Balfour. Rothschild et Balfour étaient membres fondateurs de la Round Table, dont la rumeur disait que mon grand-père était l’un des deux soutiens financier dans les années trente, quarante et cinquante. [6]

Arthur Balfour et sa fameuse « déclaration »
David Astor, cité ci-dessus, l’agent supposé du MI6 et rédacteur en chef du journal britannique The Observer, était le petit-fils de William Waldorf (premier du nom). Il mena campagne, en compagnie de Lord Longford, en faveur de la libération de Myra Hindley dans les années soixante-dix. Mon grand-père rendit visite à Hindley en prison, et mon frère lui écrivit des lettres. Astor était également affilié avec le Round Table Group. D’après l’auteur Stephen Dorril, Astor
créa le Europe Study Group pour étudier les problèmes de l’Europe et les perspectives pour une Allemagne non-nationaliste. Le cœur du groupe était constitué de plusieurs émigrés allemands destinés à jouer un rôle dans l’European Mouvement, comme le futur écrivain en chef [sic] de l’Observer, Richard « Rix » Lowenthal. Interviewé par le MI6 en vue d’un recrutement, Astor ne fut pas retenu pour un poste à temps plein mais fut ensuite utilisé par l’officier du MI6 Lionel Loewe pour établir des contacts avec l’opposition allemande. Employé en tant qu’officier de presse au Combined Operations Headquarters de Lord Mountbatten à Londres, Astor continua ses activités avec son groupe, qui s’inspirait des idées du Round Table Group mis en place par Cecil Rhodes et sur sa croyance que « l’empire britannique devait fédérer ». [7]
Ceci place directement mon grand-père dans les cercles du Round Table Group et, par extension inévitable, du MI6. Leurs intérêts communs faisaient d’eux des partenaires évidents. Pourtant, ces intérêts semblent n’avoir que peu de choses en commun avec le socialisme, du moins tel que je le comprends.
Par ailleurs, le fondateur de la Round Table, Lord Rothschild, « fut personnellement impliqué, avec Sidney Webb, dans la restructuration de l’université de Londres, dans laquelle fut incorporée la London School of Economics (LSE) en 1898 (fondée par les premiers fabiens Sidney et Beatrice Webb, Graham Wallas, et George Bernard Shaw ; Annie Besant et Bertrand Russel participèrent aux débuts de la société). Rothschild fournit également des fonds pour la LSE et en fut le troisième président, à la suite de son parent Lord Rosebery. » [8] La LSE est connectée, non seulement aux divers groupes fabiens, mais aussi au mouvement Gay Liberation et au PIE, le Paedophile Information Exchange, une faction à l’intérieur du gouvernement travailliste dans les années soixante-dix sur laquelle nous reviendrons. [9]
Une autre connexion entre la société fabienne et les intérêts des industriels semble se trouver avec le fabricant de chocolats Rowntree’s, qui finança nombre de leurs projets. En raison de l’alliance entre Northern Dairies et Rowntree Mackintosh, notre maison (jusqu’à la séparation de nos parents) était toujours pleine de produits chocolatiers. Nous avons même visité l’usine de chocolats Rowntree Mackintosh lorsque nous étions enfants. L’un des livres qui m’a accompagné durant mon enfance fut Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl (avec lequel j’entretins, enfant, une brève correspondance, même si je ne pense pas l’avoir jamais rencontré ; Dahl fit de la propagande pour le renseignement britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale [10]). Willy Wonka est décrit dans le livre puis représenté dans les adaptations cinématographiques comme portant un haut-de-forme et une veste pourpre, comme le célèbre kidnappeur d’enfants de Chitty Chitty Bang Bang (et comme mon frère vers la fin de sa vie, bien qu’il préférât le rouge au pourpre). Chitty Chitty Bang Bang était inspiré du livre de Ian Fleming, l’agent du MI5, et ce fut probablement le film qui me laissa la plus forte impression durant mon enfance. Plus récemment, le kidnappeur d’enfants du film a bien entendu été comparé à Jimmy Savile.
Les activités prédatrices de Savile ont été reliées à celles d’un fabricant et vendeur de glaces, Peter Jaconelli, originaire de Scarborough dans le Yorkshire (une ville que j’ai visitée étant enfant). Northern Dairies produisait ses propres glaces et fournissait aussi du lait à d’autres compagnies. Lorsque j’étais adolescent, nous habitions en face d’une célèbre boutique de glaces, du nom de Burgesses. Le lien entre les glaces, le chocolat, et les réseaux pédophiles prédateurs semble ne pas se limiter aux œuvres de fiction populaires (pour enfants).


Poursuivons. La société fabienne fut aussi, semble-t-il, particulièrement proche des Rockefeller – la thèse de fin d’études à Harvard de David Rockefeller eut pour thème le socialisme fabien (« Destitution Through Fabian Eyes », 1936), et il étudia l’économie de gauche à la LSE. Les Rockefeller ont financé de nombreux projets fabiens, y compris la LSE, qui « reçut des millions de dollars des fondations Rockefeller et Laura Spelman à la fin des années vingt et dans les années trente, et devint connue sous le surnom de ‘‘bébé des Rockefeller’’. » Le Fonds Monétaire International (FMI), créé en 1944 en même temps que la banque mondiale, était également connu comme étant un projet des Rockefeller, et accorda plusieurs prêts à des gouvernements travaillistes en 1947, 1969, et 1976.
Un autre prêt important de 4,34 milliards de dollars fut négocié en 1946 par l’économiste fabien John Maynard Keynes et facilité par son collaborateur et ami Harry Dexter White, qui travaillait à la fois au Trésor américain et au FMI. Tous ces prêts furent organisés sous les chanceliers de l’échiquier fabiens successifs : Hugh Dalton, Roy Jenkins et Denis Healey. (Source)
4,34 milliards de dollars représentaient une somme astronomique en 1946, donc si ces faits sont exacts, on imagine aisément à quel point l’influence fabienne a pu s’étendre via des organisations et des projets financés par ces sommes d’argent.
John Maynard Keynes est lié directement à deux proches associés de mon grand-père, dont John Boyd Orr, que mon grand-père avait rencontré en URSS dans les années cinquante. Boyd Orr fut le premier directeur-général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et le cofondateur et vice-président (de 1960 à 1971) de la World Academy of Art and Science. Il donna une allocution devant la société fabienne sur la « politique alimentaire » en 1940, trois ans après que mon grand-père ait fondé sa propre compagnie. [11] Il devint président de Northern Dairies dans les années cinquante.

« Si les gens devaient choisir entre la liberté et les sandwiches, ils choisiraient les sandwiches. » ~ John Boyd Orr.
Une citation curieuse, puisque Northern Foods a « inventé » le sandwich emballé.
Ce qui est amusant à propos de toute cette recherche, c’est que je n’ai jamais éprouvé d’intérêt pour l’histoire durant mon enfance et mon adolescence passées en école privée. Je détestais farouchement l’école et ressentais ses règlements rigides comme oppressants et suffocants. Chaque cours était une épreuve à subir, et mon ambition se limitait à éviter autant que possible d’être formé, influencé ou à entrer dans le moule façonné par les « maîtres » et leurs règles de vie, auxquelles nous étions contraints de nous soumettre. En matière de faits historiques, je n’ai presque rien retenu (juste une anecdote sur Mussolini qui parvenait à faire arriver les trains à l’heure). Donc rédiger à présent un essai historique rempli de noms, de dates et d’événements qui, j’en ai bien peur, risque de sembler ennuyeux au lecteur, tout en constatant que j’y trouve moi-même un vif intérêt, pourrait sembler ironique. Ceci dit, une large part de l’ennui que j’éprouvais à l’école provenait du fait que j’avais la vive impression que l’on ne nous enseignait pas la vérité. Une autre raison encore plus profonde était que les méthodes d’enseignement – qui, comme nous allons le voir, sont directement liées aux méthodes fabiennes d’ingénierie sociale – avaient concrètement pour objectif de détruire nos âmes et de broyer nos esprits. Seulement, je n’ai pas pu, ou pas voulu, m’y soumettre.
Pour en revenir au tract anti-fabien (après avoir accordé au lecteur un répit momentané), il décrit comment la société fabienne « développa une obsession pour l’économie » dès ses débuts et « ses membres se réunissaient régulièrement pour étudier Karl Marx et débattre sur ses théories économiques. » [12] Ce sont littéralement des dizaines d’organisations qui sortirent de terre au cours des décennies qui amenèrent aux années soixante, comme le Social Science Research Council, dont certains textes sont conservés à la bibliothèque de la London School of Economics, avec des titres tels que Outline proposals for development of Albany Trust, 1967-1978 [ndt : Aperçu des propositions pour le développement de l’Albany Trust] et Study of Human Sexuality in Britain: proposals for establishing an institute of social behaviour [ndt : Étude de la sexualité humaine en Grande-Bretagne : propositions pour la mise en place d’un institut du comportement social]. L’Albany Trust fut fondé l’année où fut légalisée l’homosexualité, dans l’appartement d’un des associés proches (ou qui semblait l’être) de mon grand-père, J. B. Priestley, le président du 1941 Committee pré-cité, et avec lequel mon grand-père créa le parti CND. L’Albany Trust est en général associé avec le mouvement pour les libertés civiles et les droits des homosexuels, et est donc perçu comme étant orienté à gauche. Il existe pourtant des indications qu’il pourrait avoir aussi financé la droite, comme le montre son implication avec le Conservative Group for Homosexual Equality (CGHE).

Lettre du président de l'Albany Trust, qui se défend d'utiliser des fonds publics pour promouvoir la pédophilie, tout en réclamant le droit à un « débat public » sur ces questions.
Le blog de recherches sur la maltraitance The Needle suggère que le CGHE était impliqué dans la promotion de l’Elm Guest House, le désormais célèbre bordel pour mineurs de Barnes, dans la banlieue de Londres. Le CGHE fut créé en 1975 par le professeur Peter Campbell de l’université de Reading, qui en fut le président puis le vice-président durant la majeure partie des années Thatcher. Campbell fut également le rédacteur de la lettre d’information du groupe, et a été cité comme étant un visiteur de l’Elm Guest House. D’après The Needle, « Les minutes de la réunion de création du groupe montrent clairement que, bien qu’elle ait été étiquetée comme une organisation qui faisait la promotion de l’égalité pour les homosexuels, elle était dès sa création une organisation pro-pédophile. »
Au cours de mon enfance, l’homosexualité était ouvertement défendue, et même promue, par mon père et mes grands-parents libéraux. J’étais pleinement conscient du fait que certains de nos invités étaient des homosexuels actifs. Il m’est même arrivé de passer la nuit chez un couple homosexuel qui travaillait à Northern Foods. L’adoption du style de vie homosexuel, ainsi que la tolérance raciale et le pacifisme, était un élément central du système de valeurs progressistes dans lequel j’ai été élevé.
Je ne me rappelle pas de discussions équivalentes concernant la pédophilie, bien qu’il arrivait qu’on plaisante à ce sujet.
Partie 3 : Havelock Ellis, Lolita, et L’enfant sexuel
Encore une fois, vous devez vous rappeler que nous ne cherchons pas de conspiration, mais que nous suivons une idée à la trace, un peu comme si nous placions un émetteur sur une anguille pour voir dans quel trou elle se réfugie au cas où nous souhaiterions l'attraper par la suite.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education
Le lien entre la société fabienne et le Paedophile Information Exchange, bien qu’immanquable, s’est aussi avéré peu concluant. Il était nécessaire de revenir plus loin en arrière, aux fondateurs de la société fabienne, pour mieux comprendre la philosophie à laquelle adhéra mon grand-père.
D’après mes recherches, la société fabienne (nommée originellement The Fellowship of New Life) débuta avec le sexologue Henry Havelock Ellis (certains comptes-rendus désignent Frank Podomore comme ayant été son créateur). Né à Croydon en 1859 et fils d’un capitaine de marine, Ellis voyagea en Australie et en Amérique du Sud avant d’étudier la médecine à l’hôpital St. Thomas de Londres. En 1883, il intégra un groupe de réflexion socialiste créé par Edith Nesbit et Hubert Bland, et le groupe devint connu en 1884 sous le nom de société fabienne. C’est à ces réunions qu’Ellis rencontra Annie Besant, Graham Wallas, George Bernard Shaw, Edward Carpenter, Walter Crane, H. G. Wells, et Sidney et Beatrice Webb.
On attribue à Havelock Ellis la création du terme « homosexuel », et il fut l’une des premières personnes de l’histoire à s’intéresser à la pédophilie d’un point de vue académique (le terme « pédophilie » ne commença à être largement utilisé qu’à partir des années cinquante). [13] Ce n’est pas très surprenant, car Ellis compila un ouvrage en six volumes intitulé Studies in the Psychology of Sex entre 1897 et 1928. Ellis était connu pour ses expérimentations dans le domaine sexuel, ainsi que pour avoir été un consommateur de drogue, et il aurait même mélangé les deux (les hallucinogènes et des sessions privées de sexe en groupe). Les écrits d’Ellis firent partie des textes clés qui formèrent la base de l’éducation sexuelle dans les universités britanniques, puis, plus tard, dans les écoles. Ellis est parfois décrit de nos jours comme « le père de la psychologie sociale ». Tiré de Science in the Bedroom: A History of Sexual Research, [ndt : La science dans la chambre à coucher : une histoire de la sexologie] par Vern L. Bullough (Basic Books, 1995, p. 76) :
Le travail d’Ellis était essentiellement un plaidoyer en faveur de la tolérance et de l’acceptation de l’idée que les déviations par rapport à la norme étaient sans danger et pouvaient même parfois avoir une certaine valeur. Tout comme Hirshfield, il fut un réformateur qui incita la société à reconnaître et à accepter les manifestations sexuelles chez les nourrissons et à réaliser que l’expérimentation sexuelle faisait partie de l’adolescence. Ellis soutenait qu’il était important de lever les interdictions sur la contraception ainsi que les lois prohibant les activités sexuelles menées en privé entre parties consentantes.
Tout ceci semble relativement raisonnable, et est entièrement en accord avec le système de valeurs dans lequel je fus élevé, et auquel j’adhère encore dans une certaine mesure. Cependant, dans le contexte d’autres thèmes de discussions sur « l’exploration sexuelle » abordés moins ouvertement, et qui semblaient tous être issus de la matrice fabienne (comme le PIE), on peut aussi lire ces lignes comme l’annonciation d’un désastre à venir.
L’un des adeptes les plus célèbres d’Ellis semble avoir été John Maynard Keynes, le fameux économiste. Le lecteur attentif se souviendra peut-être que Keynes avait soutenu l’ami de mon grand-père et futur membre du Bilderberg, Eric Roll, pour occuper le poste de professeur à l’université de Hull. Un autre associé d’Alec fut le psychologue Nick Humphrey, le petit-neveu de Keynes. Keynes est connu pour avoir été un pédéraste et probablement aussi un pédophile. Malheureusement, la source la plus explicite quant aux inclinations sexuelles de Keynes, son adhésion aux enseignements d’Ellis, et à ses associations fabiennes, Keynes at Harvard: Economic Deception as a Political Credo, a été écrite par Zygmund Dobbs, et je suppose que Dobbs est un chrétien de droite, puisque son essai peut se résumer à une diatribe hystérique et moralisatrice contre tout ce qui a trait à la société fabienne, généreusement agrémentée de mots tels que « dépravation » ou « pervers ». Ceci jette un doute sur toutes les informations qu’il nous donne, et même si l’essai est entièrement documenté et semble souscrire strictement aux normes académiques, je ne le cite qu’avec précaution. D’après Dobbs, cependant, « les pervers de la société fabienne se rendaient dans les régions mentionnées par Ellis [dans son Studies in the Psychology of Sex] pratiquement comme avec un guide touristique. Keynes visita toutes les régions méditerranéennes mentionnées, le plus souvent en compagnie d’un autre homosexuel anglais. (Tunis, Algérie, Constantinople, Sicile, Capri, Le Caire, Grèce and Salerne.) [Des régions] où des petits garçons étaient vendus par leurs parents à des maisons closes qui satisfaisaient les appétits des homosexuels. »

John Maynard Keynes (à droite)
Cependant, l’influence d’Ellis s’étendait au-delà du cercle des autres membres de la société fabienne, et allait jusqu’à Freud, et plus tard, à Vladimir Nabokov. Pour Nabokov, Havelock Ellis était le seul psychiatre tolérable. [14] Dans Dear Bunny, Dear Volodya: The Nabokov-Wilson Letters, 1940-1971, un recueil de lettres entre le romancier et le critique social Edmund Wilson publié par Simon Karlinsky, ce dernier souligne que les recherches d’Ellis furent une source d’inspiration directe pour Lolita. En 1948, Wilson envoya à Nabokov une copie de ce qu’il appela « le chef-d’œuvre de Havelock Ellis sur la sexualité russe » [ndt : une confession rédigée par un russe anonyme sur sa vie sexuelle, et insérée par Ellis dans son « Études de psychologie sexuelle »], et neuf jours plus tard, Nabokov lui répondit en écrivant : « J’ai énormément apprécié la vie amoureuse russe. C’est merveilleusement amusant. » Dans les notes de bas de page, Karlinsky décrit le « chef-d’œuvre sur la sexualité » de 106 pages comme étant le récit d’un jeune homme, initié sexuellement à l’âge de douze ans, qui commence à rechercher les faveurs d’enfants prostitués (dès l’âge de onze ans) en Ukraine. Karlinsky cite l’autobiographie de Nabokov, Autres rivages :
Notre innocence me semble presque monstrueuse à la lumière des diverses confessions qui remontent à ces mêmes années, et citées par Havelock Ellis, qui parlent de petits bambins de tous les sexes imaginables, qui pratiquent chaque péché gréco-romain, constamment et partout, des centres industriels anglo-saxons à l’Ukraine (d’où provient un compte-rendu particulièrement lascif d’un propriétaire terrien). (Karlinsky, University of California Press, 2001, p. 229.)
Il convient de noter à propos du Lolita de Nabokov, lorsqu’on le place dans le contexte d’Ellis, du PIE, et de la propagation continue de l’idée selon laquelle les enfants sont des êtres sexuels, que Lolita était l’agresseur sexuel dans le cadre de sa relation avec Humbert Humbert, et que ce dernier, pour aussi déplaisant qu’il soit, était plus la victime malheureuse de ses manœuvres de séduction qu’un véritable prédateur.
Pour vous donner une idée de l’ampleur de l’influence exercée par Ellis – qui fut aussi marquée dans la littérature – voici la description du programme intitulé « L’enfant sexuel », donné à l’université de Cornell dans les années quatre-vingt-dix :
En ce qui concerne les enfants, l’imagination américaine actuelle est définie par ce que l’on pourrait appeler le gothique pédophile. L’enfant sexuel, en tant qu’emblème volatile du traumatisme, s’est retrouvé au centre de mouvements de panique morale originaires de toutes les parties du spectre politique – la panique à propos de phénomènes culturels aussi divers que la pornographie, la psychothérapie, les garderies, la parentalité, les mouvements féministes, la prêtrise de l’Église catholique romaine, l’accès à internet, et l’intégralité des cursus scolaires. Mais que croyons-nous qu’est, ou devrait être, un enfant ? Que signifie aimer ou désirer un enfant ? Qui fait la promotion de la sexualité infantile, et pourquoi ? Comment s’est-elle construite autour de la théorie, de la littérature et de l’imagerie visuelle ? Comment la psychanalyse, la théorie du genre, et d’autres approches théoriques renforcent-elles ou remettent-elles en question le paradigme dominant sur le traumatisme ? Ceci est un cours interdisciplinaire sur les études américaines et la théorie du genre, au cours duquel nous mènerons une étude politique, historique et rhétorique du langage gothique du traumatisme qui s’est développé autour de l’enfant sexuel, particulièrement aux États-Unis durant le siècle dernier. Les lectures théoriques pour ce cours incluront des études littéraires, psychologiques et anthropologiques sur la sexualité infantile, l’abus sexuel des enfants, le traumatisme, la panique morale, et le débat autour des « souvenirs refoulés » (Sigmund Freud, Bruno Bettelheim, Gilbert Herdt, Gayle Rubin, James Kincaid, Eve Kosofsky Sedgwick, Lee Edelman, et Judith Lewis Herman, entre autres) ; nous étudierons aussi attentivement des œuvres de fiction d’Edgar Allan Poe, Henry James, et Vladimir Nabokov, entre autres, ainsi que des films, pièces de théâtre et photographies sujets à la controverse. (lien)
Bien qu’il ne soit pas mentionné ici, Havelock Ellis fut intégré au programme. Certains cours avaient des intitulés tels que « L’enfant en tant qu’objet sexuel et l’objet sexuel », « Les grands méchants loups », « Aimer les enfants » et « Avoir des enfants » (pour lequel une des lectures était le Lolita de Nabokov). Le professeur d’anglais Ellis Hanson, directeur du programme, défendit le contenu des cours en déclarant : « La fascination érotique pour les enfants est omniprésente. On peut difficilement lire un journal ou allumer une télévision sans se sentir obligé de l’accepter, de l’étudier, et de la célébrer. » Selon ses propres termes, le cours a été créé dans le but de « réfuter des notions préconçues sur la nature de l’enfant, de la sexualité, et ce que signifie aimer ou désirer un enfant. » (lien)
La transsexuelle et bisexuelle Pat Califia a elle aussi contribué à ce cours. Dans un article inclus dans le cours, Califia écrivait :
La schizophrénie induite culturellement autorise les parents à tenir des discours sentimentaux sur l’innocence passagère de l’enfance et sur le bonheur des années épargnées par le désir charnel – et à s’épuiser à contrôler la vie sexuelle de leurs enfants. Les enfants sont chastes parce que les parents les empêchent de jouer avec d’autres petits enfants ou avec des adultes. [...] Ils ne sont pas innocents ; ils sont ignorants, et cette ignorance est délibérément créée et maintenue par les parents. [...] Des sexologues de premier plan ont eu beau documenter l’existence d’un potentiel sexuel chez les enfants (par exemple, Kinsey a vérifié l’existence de l’orgasme chez des garçons et des filles âgés de moins de six mois), notre société est fanatiquement déterminée à l’ignorer.
Comme je vais le montrer par la suite, les « recherches » de Kinsey n’ont rien vérifié du tout parce qu’il se servait de pédocriminels pour obtenir ses données ; inconscients ou insensibles à la souffrance des enfants, ils l’interprétaient presque certainement à tort comme étant du plaisir. L’article de Califia cite comment « très souvent, ces enfants sont des partenaires consentants dans le cadre de l’activité sexuelle, et initient même l’activité sexuelle avec des propositions directes ou un comportement séducteur. » Il/elle soutient que « l’assertion selon laquelle avoir une relation sexuelle avec un des parents est plus dommageable que d’être battu [est] ridicule » – mais sans préciser pourquoi. Pour ce qui est de l’exploitation sexuelle des enfants pour en tirer un profit financier, Califia écrit : « Mettre un terme à cette industrie sans proposer des emplois alternatifs reviendrait à condamner de jeunes gens à la frustration, à la maltraitance, ou au suicide dans de petites prisons douillettes de banlieue. »
Califia était d’une certaine façon en avance sur son temps avec de tels arguments ; ou peut-être, considérant qu’ils constituaient le cœur du cours de l’université de Cornell dans les années quatre-vingt-dix, il/elle contribua (tout comme mon frère) à la normalisation de la prostitution, infantile ou autre ? En mars 2015, le Daily Telegraph publia un article qui décrivait comment les étudiants britanniques bouclaient leurs fins de mois grâce à l’industrie du sexe. L’article ressemble presque à une publicité :
Des chercheurs ont mené une enquête sur 6750 étudiants, parmi lesquels 5 % ont déclaré qu’ils avaient travaillé dans l’industrie du sexe. Presque un quart ont admis l’avoir envisagé. Les raisons qu’ils ont avancées étaient le désir de financer leur mode de vie, payer pour des frais de subsistance basiques, réduire les dettes à la fin du cycle universitaire, le plaisir sexuel et la curiosité. Un sur 20 paraît un chiffre élevé, qui a provoqué un choc lors de la publication de ces résultats. Mais franchement, devant la facilité du travail dans l’industrie du sexe – et le fait qu’elle est si lucrative – je suis surpris que plus d’entre eux n’aient pas tenté le coup. [...] Il y a, bien entendu, des éléments peu ragoûtants dans le travail sexuel. Mais n’est-ce pas le cas pour pour tous les emplois ? [...] Les étudiants travailleurs du sexe ne sont pas des victimes ; ils font un choix. Et après tout, ils dirigent une entreprise ; ils tiennent des comptes, mettent en avant leur marque, s’occupent du marketing et des ventes. Combien d’autres étudiants peuvent en dire autant ?
Mon frère fut lui aussi, pendant un temps, un travailleur du sexe, et dans Dandy in the Underworld (pp. 197-9) il qualifie les prostituées de « créatures les plus ouvertes et honnêtes sous le ciel de Dieu ». « Baiser avec une pute », écrivait-il « est la forme de baise la plus pure ». Et je suis certain qu’il aurait applaudi les vues du Telegraph sur l’auto-exploitation sexuelle considérée comme une libération sociale, bien qu’il aurait pu être perturbé et déçu en constatant que ses propres opinions étaient finalement bien moins subversives qu’il ne l’imaginait.
Notes
[1] Tiré de Seen and Not Seen : « Un an après sa libération, en 1983, Jimmy Boyle et son épouse Sarah (la psychiatre de Boyle en prison, et fille de l’aristocrate et censeur du cinéma britannique, John Trevelyan) ouvrirent The Gateway Exchange, un centre de réhabilitation à Édimbourg pour les alcooliques et les drogués qui encourageait l’expression créatrice. Mon frère et sa petite amie (qui devint sa femme par la suite), Evlynn Smith, participèrent eux aussi au projet. ‘‘Une semaine après son lancement’’, écrivait Sebastian dans Dandy, ‘‘le Gateway était rempli d’assassins, de junkies, de cinglés, et de déviants sexuels – j’étais bien camouflé.’’ Il se décrit lui-même comme le ‘‘serviteur’’ de Boyle : ‘‘Lorsque [Boyle] donnait des ordres, il n’y avait pas d’autre choix que d’obéir. Il prit pour moi la place d’un parent absent.[...] Ce que j’aimais à propos de Jimmy, c’était qu’il me permettait d’exprimer des pulsions interdites, des désirs et fantasmes inavoués. Il me séduisait parce qu’il n’avait pas les conflits que j’avais.’’ »
[2] Durant cette période, Savile fut interrogé par la police à propos des meurtres, et fut brièvement considéré par elle comme un suspect.
[3] http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/1949/orr-bio.html?print=1
[4] « Dès le début, les candidats du parti travailliste visant un siège au parlement étaient pour une bonne part des membres de la société fabienne et la société est toujours fortement représentée parmi les candidats du parti travailliste – environ 50 % – depuis les années quarante. En 1943, 393 candidats travaillistes furent élus au parlement ; 229 d’entre eux étaient membres de la société fabienne. En 1997, 418 candidats travaillistes furent élus ; 200 d’entre eux étaient membres de la société fabienne. Plus on se rapproche de la direction du parti travailliste, plus la proportion de fabiens se rapproche des 100 %. http://www.freebritainnow.org/0/fabiansociety.htm
[5] In a Common Cause: the Anti-Communist Crusade in Britain 1945-60, par Stephen Dorril et Robin Ramsay. « En 1939 [Hulton] aida à la création de la fausse agence de presse Britanova, et se servit du Picture Post en 1941 comme d’un paravent pour une autre création des services de renseignement, l’Arab News Agency (ANA). Les deux agences de presse furent ramenées à la vie après la guerre par l’IRD. [Ndt : Information Research Department, département de recherche d’informations du ministère des affaires étrangères britannique] Tom Clarke, qui était le directeur-adjoint aux nouvelles du ministère de l’information, devint le représentant de Hulton en Amérique Latine et le chef d’une autre fausse agence de presse. Christopher Mayhew était aussi membre du Comité, et travaillait pour l’organisme de contrôle de l’ANA, le Special Operations Executive. « Teddy [...] a pour manie », écrivait Mayhew à cette époque, « de rassembler des acteurs-clés et de démarrer un nouveau mouvement politique au plan national. » http://www.lobster-magazine.co.uk/issue19.php
[6] « Le président de Booker Brothers, et Alec Horsley, président de Northern Dairies, étaient les principaux soutiens britanniques de la Round Table. » Archie Potts, Zilliacus: A Life for Peace and Socialism, Merlin, 2002, p. 178.
[7] MI6: Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service, par Stephen Dorril, Touchstone, 2002, p. 456.
[8] Beatrice Webb, Our Partnership, Drake, B. and Cole, M. eds., London, 1948, p. 182, 214.
[9] L’économiste John Maynard Keynes était une des principales figures de la LSE. On trouve parmi les anciens élèves, le copain de mon grand-père, John Saville, Harold Laski (cofondateur de la New School), Nicholas Humphrey, Edwina Currie, David Rockefeller, Mick Jagger, Zecharia Sitchin, Naomi Klein, et Whitley Strieber.
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_London_School_of_Economics_people
[10] « Durant l’hiver désespéré de 1940, alors que la menace de l’invasion germanique planait au-dessus de l’Angleterre, le gouvernement britannique monta une énorme campagne de propagande secrète pour affaiblir le sentiment isolationniste américain, et pour manipuler le pays pour qu’il entre en guerre pour le compte de l’Angleterre. Sous le commandement du désormais légendaire INTREPID [ndt : le nom de code de William Stephenson, un agent des services de renseignement britanniques d’origine canadienne], les britanniques diffusèrent de la propagande dans les journaux américains, influencèrent clandestinement les radios et les agences de presse, et complotèrent contre les entreprises américaines en affaires avec le Troisième Reich. Ils incitèrent également le président Roosevelt à créer une agence de renseignement clandestine similaire aux États-Unis [ndt : l’OSS], et jouèrent un rôle dans la nomination de William Donovan à sa tête. Pour la première fois, Jennet Conant révèle, en s’appuyant sur de nombreuses recherches et des rapports, que l’auteur bien-aimé Roald Dahl faisait partie de la tristement célèbre ‘‘équipe des coups fourrés’’ de Churchill, et raconte l’histoire de son recrutement en vue d’espionner les américains durant la Seconde Guerre Mondiale. » Description de The Irregulars: Roald Dahl and the British Spy Ring in Wartime Washington, par Jennet Conant.
[11] Hugh Dalton est mentionné dans The Dust Has Never Settled par Robin Bryans (un exposé très indirect sur la corruption gouvernementale, les sociétés secrètes occultes, et la maltraitance infantile), où il est désigné sous le titre de « ministre de la guerre économique », comme étant un fournisseur possible d’enfants pour qu’ils soient utilisés comme objets sexuels (ce qui est toutefois difficile à déterminer en raison du langage nébuleux de Bryans). Roy Jenkins est plus facile à démasquer, mais j’y reviendrai plus tard.
[12] Ce qui amena la création d’institutions telles que la British Economic Association (devenue par la suite la Royal Economic Society) et la LSE. Les théories économiques étaient considérées comme des validations « scientifiques » de l’idéologie socialiste, ainsi que Marx les avait déjà utilisées auparavant. Les institutions éducatives enseignant l’économie fabienne permettaient de « créer toute une génération d’économistes professionnels – une nouvelle classe dirigeante – qui, employés comme fonctionnaires ou au sein du gouvernement, mettraient en œuvre les politiques fabiennes. » (M. Cole, p. 88) D’après cette dernière source, l’Economic and Social Research Council (ESRC) fut fondé en 1965 sous la direction de l’ancien président de la société fabienne, Harold Wilson. L’un des principaux dirigeants de l’ESRC était un fabien du nom Michael Young (qui fut anobli par la suite), qui aurait « été responsable de la création de plus d’une soixantaine d’organisations ayant le même état d’esprit ». L’ESRC était connu à l’origine sous le nom de Social Science Research Council (SSRC), et était bien entendu une branche de l’organisation américaine du même nom.
[13] « Richard von Krafft-Ebbing inventa le terme paedophilia erotica dans son ouvrage de 1886, Psychopathia Sexualis, bien qu’il la considérait comme extrêmement rare. Sur les centaines d’études de cas qu’il évoque dans son ouvrage, seule une traitait d’un cas de pédophilie. D’autres pionniers de la sexologie comme Havelock Hellis et Magnus Hirschfeld ont brièvement abordé la pédophilie, mais le terme n’apparaissait que rarement dans la littérature médicale avant les années cinquante. » « What is a pedophile ? »
[14] « Le seul psychiatre que Nabokov pouvait tolérer était Havelock Ellis, pour qui ‘’l’individualité de chaque cas est respectée et cataloguée de la même manière que les papillons sont catalogués’’, ainsi que l’a expliqué l’un des biographes de Nabokov (Nabokov était un célèbre lépidoptériste). À l’inverse, Nabokov détestait « le vaudou freudien », comme il disait, parce qu’il voyait en Freud une tentative de la psychiatrie de s’accaparer et de soumettre la vie intérieure des individus à des principes généraux. Et soumettre la vie intérieure d’une personne – ce qui rend sa personnalité unique, la camera obscura du magasin de souvenirs d’un individu – à un ensemble d’explications déterministes était considéré comme une indignité par Nabokov, à mettre au même niveau que les expropriations pratiquées par les bolchéviques. » Tiré de Lolita at 50: Is Nabokov’s masterpiece still shocking?, par Stephen Metcalf.
➤ La fabrique de la normalité
Qui se cache derrière cette menace des « fausses nouvelles » ? Eh bien, Poutine, naturellement, mais pas seulement Poutine. Elle s’avère être le fait d’une vaste conspiration impliquant des personnes qui s’opposent de manière virulente à l’establishment, des ultra « alt-droitistes », des ultra-gauchistes, des libertariens retraités, des socialistes de salon, des soutiens de Sanders ou de Corbyn, des terroristes ontologiques, des normalisateurs du fascisme, des cinglés mal éduqués opposés à la globalisation, et le tout-venant des anti-Clinton.
Heureusement pour nous, les médias grand public suivent cette bande de canailles à la trace. Comme vous le savez probablement, le Washington Post a récemment publié un article à couper le souffle, qui mériterait le prix Pulitzer pour la qualité de son journalisme d’investigation, qui attaquait sans vergogne des centaines de publications alternatives (comme celle que vous lisez actuellement), les qualifiant de « relais de la propagande russe ». Cet article, perpétré par le journaliste du Post Craig Timberg, s’inscrit dans la lignée des campagnes de diffamation maccarthystes. Il s’appuie sur les allégations infondées et paranoïaques de ce que Timberg qualifie sans rire de « deux équipes de chercheurs indépendants », le Foreign Policy Research Institute, un ancien groupe de réflexion anti-communiste de troisième zone, et propornot.com, un site internet anonyme dont personne n’avait entendu parler avant son apparition soudaine sur le web en août dernier et qui, d’après la teneur de ses tweets et de ses e-mails, semble être dirigé par Beavis et Butthead.
Le Washington Post a été placé sous le feu des critiques pour avoir courageusement adopté cette posture « pro-vérité » contre les forces poutinistes du mensonge et de l’imposture. Une armée de publications dangereusement extrémistes, comme Counterpunch, The Intercept, Rolling Stone, The Nation, The New Yorker, Fortune Magazine, Bloomberg, et US News & World Report, ont étrillé le Post pour ses pratiques journalistiques « exécrables », « paresseuses », ou qualifiées plus généralement de médiocres. Le Post, bien entendu, « soutient son gars », et refuse de s’excuser pour avoir défendu la démocratie, comme il l’a fait tout au long de son histoire bien remplie, par exemple lorsqu’il a diffamé Gary Webb pour son enquête sur les liens entre la CIA et les Contras, ce qui eut plus ou moins pour effet de détruire sa carrière de journaliste, ou lorsqu’il s’est ouvertement fait le complice d’Hillary Clinton tout au longue de sa hideuse campagne de terrorisme intellectuel, notamment en publiant seize articles négatifs contre Sanders en seize heures, ou lorsqu’il a publié un article sur la façon dont Clinton aurait pu avoir été empoisonnée par des agents secrets poutinistes... et ce ne sont là que quelques exemples parmi d’autres.
Mais je ne veux pas isoler le Washington Post, ou son rédacteur en chef Marty Baron, qui est clairement un parangon de l’éthique journalistique. Les autres médias grand public ont eux aussi massivement fustigé l’hystérie des « fausses nouvelles », et l’hystérie de la « propagande poutiniste », et l’hystérie de la « normalisation du fascisme », et n’ont eu de cesse de répéter le mantra de la « post-vérité ». Le Guardian, le New York Times, NPR, les chaînes de télévision, l’ensemble des médias dominants aboient en chœur le même message. Que se passe-t-il, au juste ?
Comme je l’avais suggéré précédemment sur ces pages, nous assistons à la pathologisation (ou à « l’anormalisation ») de la dissidence politique, c’est à dire à la stigmatisation systématique de toutes les formes de refus de la réalité imposée par le consensus néolibéral. Les distinctions politiques telles que « gauche » et « droite » disparaissent, et laissent la place à des distinctions moins soumises à l’évaluation telles que « normal » et « anormal », « juste » et « erroné », « vrai » et « faux ». Ce type de distinctions ne prête pas le flanc à l’argumentation. Elles sont proférées comme autant de vérités axiomatiques, des faits empiriques qu’aucune personne normalement constituée n’oserait remettre en doute.
L’intelligentsia néolibérale supprime les philosophies politiques en conflit et leur substitue un choix plus simple : « normalité » ou « anormalité ». La nature de « l’anormalité » varie en fonction de ce qui est stigmatisé. Aujourd’hui c’est « Corbyn l’antisémite », demain « Sanders le raciste cinglé », ou « Trump le candidat mandchou », ou peu importe. Le fait que ces attaques elles-mêmes soient de natures variées (et, le plus souvent, totalement ridicules) trahit l’objectif de la stratégie d’ensemble, qui est tout simplement de cataloguer la cible, ou tout ce qu’il ou elle représente, comme anormale. Peu importe que quelqu’un soit traité de raciste, comme Sanders durant la campagne pour les primaires, ou d’antisémite, comme l’a été Corbyn, ou de fasciste, comme l’a constamment été Trump, ou de relais de la propagande russe, comme l’ont été Truthout, CounterPunch, Naked Capitalism et plusieurs autres publications. Le message est que ces cibles ne sont, d’une façon ou d’une autre, « pas normales ».
En quoi ceci est-il différent des campagnes de diffamation honteuses menées par la presse depuis l’invention de la presse et des campagnes de diffamation honteuses ? Cela a surtout à voir avec les mots, en particulier avec des oppositions binaires telles que « vrai » et « faux », et « normal » et « anormal », qui sont, bien entendu, largement dénuées de sens, leur valeur étant purement tactique. Ce qui revient à dire qu’elles sont sans objet. Elles ne sont que des armes déployées par un groupe dominant dans le but d’imposer la conformité à sa réalité consensuelle. Voilà comment elles sont utilisées en ce moment.
Les oppositions binaires dénuées de sens (normal/anormal, vrai/faux) dont se servent l’intelligentsia néolibérale et les médias grand public pour supplanter l’opposition entre les philosophies politiques traditionnelles, ainsi que la stigmatisation de diverses sources d’informations et d’idées non-conformes, restructurent également notre réalité consensuelle pour en faire un territoire dans lequel quiconque pense, écrit, ou s’exprime en dehors des sentiers battus est qualifié de « déviant », « d’extrémiste », ou d’un autre terme utilisé pour désigner les parias de la société. Encore une fois, peu importe le type de marginalisation dont il est question, puisque c’est la « déviance » en elle-même qui est mise en évidence.
En fait, c’est plutôt l’inverse de la déviance dont il est question. Puisque c’est ainsi qu’est fabriquée la « normalité ». Et c’est ainsi qu’est fabriquée la réalité consensuelle dans son ensemble, et ainsi qu’est dissimulé le processus de fabrication. Je fais mon Baudrillard, désolé, mais c’est bien ainsi que se passent les choses.
L’obsession actuelle des médias pour les « fausses nouvelles » dissimule le fait qu’il n’y a pas de « vraies nouvelles », et cette obsession produit simultanément des « vraies nouvelles », ou plutôt une simulation de ces dernières. Ceci se produit au moyen de l’opposition binaire (i.e., si une chose telle que les « fausses nouvelles » existe, alors il existe ipso facto des « vraies nouvelles »). De même, l’attention portée au fait de « ne pas normaliser Trump » dissimule le fait qu’il n’y a pas de « normalité » tout en fabriquant simultanément la « normalité », qui n’est jamais qu’une simulation.
De la même manière, la stigmatisation de Trump comme étant un avatar moderne d’Hitler, ou de Mussolini, ou d’un autre dictateur fasciste, dissimule le fait que les États-Unis sont déjà virtuellement dans un système de parti unique, avec une concentration de la propriété privée et du contrôle des médias, des forces de police militarisées et omniprésentes, une application arbitraire des règles juridiques, le maintien d’un état de guerre plus ou moins permanent, et de nombreux autres attributs des systèmes de gouvernement autoritaires. Dans le même temps, cette projection du « fascisme » invoque, ou fabrique, son opposé : la « démocratie »... ou la simulation de la démocratie.
La simulation néolibérale de la démocratie, de la normalité, et de la réalité, est ce que les médias grand public et l’intégralité de l’intelligentsia néolibérale tentent désespérément de consolider actuellement, sachant qu’ils ont reçu un coup assez violent avec tout ce chaos électoral. Trump n’était pas censé gagner. Il était censé jouer le rôle d’un autre croque-mitaine hitlérien dont auraient pu nous sauver les néolibéraux, et puis patatras, voyez ce qui est arrivé. Le problème pour la classe dirigeante néolibérale, et pour les médias grands public, et pour les progressistes de gauche en général, est qu’ils sont allés si loin avec la comédie hitlérienne qu’ils vont être contraints de la poursuivre, ce qui risque de devenir de plus en plus étrange si Trump ne s’avère pas être un nouveau Hitler, mais plutôt un ploutocrate républicain de plus, n’ayant cependant aucune expérience gouvernementale ainsi que quelques authentiques frappadingues dans son équipe. Je suis néanmoins certain que Trump va vouloir les aider (i.e. ses « ennemis » néolibéraux) avec de temps en temps un tweet raciste ou misogyne, sachant qu’il voudra garder son label de candidat de la « classe ouvrière blanche », au moins jusqu’au début de la « guerre contre l’islam ».
Quoi qu’il en soit, nous pouvons nous attendre à une amplification de la pathologisation de la dissidence durant les quatre (ou peut-être huit) années à venir. Je ne fais pas référence à Trump et à son équipe, bien que je sois certain qu’ils vont jouer le jeu eux aussi. Je fais référence à nos amis dans les médias grand public, comme Marty Baron et sa machine à diffamer, et les Gardiens de la Réalité du New York Times, du Guardian, et d’autres « journaux de référence ». La radio WNYC diffuse déjà une émission quotidienne sur la « descente dans le fascisme ». Et bien entendu la gauche néolibérale, comme Mother Jones, The Nation et leurs semblables, ainsi que The New York Review of Books (ils ne sont jamais rassasiés de ces histoires sur Hitler), vont semble-t-il surveiller chaque pensée des gauchistes pour s’assurer que le fascisme ne soit pas normalisé... Que Dieu nous vienne en aide si ceci devait se produire un jour. Qui sait comment finirait l’Amérique ? Elle torturerait des gens ? Elle attaquerait des pays qui ne constituent aucune menace pour elle ? Elle emprisonnerait des gens dans des camps pour une durée indéfinie ? Elle assassinerait quiconque le président estimerait être un « terroriste » ou un « combattant ennemi » avec l’accord tacite de la majorité des américains ? Elle surveillerait les appels téléphoniques, les e-mails et les tweets de toute la population, ainsi que ses habitudes de navigation sur internet ?
Imaginez la dystopie dans laquelle nous vivrions... si ce genre de choses étaient considérées comme « normales ».
➤ La vérité sur l’élection de Donald Trump, Pepe the Frog et le culte de Kek
J’irai droit au but :
Pepe the Frog n'est pas un symbole du nationalisme blanc.
Pepe the Frog n'est pas un mème internet inoffensif propagé par des adolescents sur le web.
Pepe the Frog est en fait l'avatar contemporain d'une ancienne divinité égyptienne accidentellement ramenée à la vie par le mouvement culturel issu des forums d'images en ligne.
Est-ce que ça ressemble à la théorie la plus déjantée que vous ayez entendue ?
Accrochez-vous, les amis. Vous allez embarquer pour un sacré voyage.
Quand les mèmes entrent en collision : les origines de Pepe the Frog
Les origines exactes de Pepe the Frog sont obscures et sans importance, comme pour tous les autres mèmes.
Tout ce que vous devez savoir, c’est que vers 2010, le dessin d’une grenouille à l’air triste a commencé à faire fureur parmi les intervenants de 4chan.org et des autres forums d’images « underground ».
Peu après, l’antique argot internet utilisé pour exprimer le rire – « LOL » – est tombé en disgrâce sur ces sites.
À sa place, un nouveau terme au sens similaire est apparu : « KEK ».
Les origines de cette mode sont plus importantes. Elle provient d’une spécificité technique concernant la langue coréenne et le jeu vidéo World of Warcraft.
Gardez ceci en tête par la suite.
Et c’est ainsi que furent assemblés tant bien que mal deux éléments apparemment sans rapport qui allaient par la suite donner vie à une divinité. Mais ils restèrent en sommeil pendant plusieurs années, jusqu’à...
Donald Trump et l’élection de 2016
À ce moment, Pepe the Frog était devenu la mascotte non-officielle du sous-forum de 4chan consacré à la politique (un recoin de l’internet hautement méprisé et nommé, de façon appropriée, « politiquement incorrect »).
/Pol/ est un endroit où se rassemblent en masse tous les exclus silencieux de la culture de ce début de millénaire. Vous y trouverez le solitaire et le dépressif, l’asocial, les rebuts de leur génération, et toutes les tendances de la jeunesse dépolitisée – tous unis par une mentalité inébranlable d’outsider qui imprègne chaque kilooctet du forum.
Qualifier cet endroit de « nationaliste blanc » ou de « droite alternative » est totalement incorrect. /Pol/ est, par-dessus tout, un endroit où le statu quo de notre société est remis en cause sans aucune pitié. C’est un melting pot où se côtoient tout aussi bien les libres penseurs pleins de bonnes intentions que les fous malavisés.
C’est un lieu où prévaut le chaos.
Donc lorsque Donald J. Trump fit irruption sur la scène politique en 2015, ce fut un coup de foudre immédiat. Il devint aussitôt le candidat favori de /pol/.
Et il ne fallut pas bien longtemps avant que Trump ne soit accouplé avec la mascotte adorée de /pol/, dans le style typique des forums d’images :
C’est alors que commença à se produire une chose très étrange...
Les chiffres créent une divinité
Il vous faut comprendre une dernière chose sur la culture des forums d’images : les dubs.
Chaque message publié sur 4chan et les sites similaires apparaît avec un identifiant à 8 chiffres. Ce nombre représente la position de ce message dans l’intégralité des messages publiés sur ce forum d’images.
Ces sites étant très fréquentés, les deux derniers chiffres sont quasiment aléatoires. Lorsqu’un intervenant reçoit deux chiffres identiques, on appelle cela « dubs », « trips », « quads », etc.
Comme un intervenant ne peut connaître le numéro de son message qu’après l’avoir publié, il est fréquent que les gens « parient » sur la répétition de chiffres dans le numéro de leurs messages, comme ici :
Lorsque ce pari s’avère réussi, on dit qu’un « GET » a été réalisé et le coup de chance est célébré par les membres du forum.
Cette pratique a alors vu l’apparition sur /pol/ d’un phénomène étrange : les fils de discussion sur Trump affichaient un taux fortement élevé de GETs.

« Ils amènent des drogues » – « Ils amènent le crime » – « Ce sont des violeurs »
« et ils amènent des dubs »
Peu après, ces éléments apparemment sans rapport que nous avons évoqués jusqu’à présent devinrent irrémédiablement liés entre eux au sein de la culture des forums d’image :
-
Pepe the Frog (désormais la mascotte non-officielle de /pol/)
-
Donald Trump (de très loin le candidat préféré de /pol/)
-
La répétition de chiffres dans les numéros des commentaires (les « GETs »)
-
« Kek » (utilisé pour marquer la délectation, en particulier devant le « trolling » de l’establishment pratiqué par Trump, ainsi qu’en réaction à des GETs improbables)
… Et c’est ainsi que naquit un dieu.
C’est là que les choses commencent à devenir bizarres : l’étrange coïncidence de Kek
Bientôt, la mode qui fit fureur sur /pol/ consista à désigner Trump comme étant rien de moins que le candidat choisi par dieu.
Mais le candidat choisi par quel dieu, exactement ?
La réponse coule de source : Kek.
Vous souvenez-vous que nous avons appris que le mème « kek » venait d’une obscure onomatopée issue de la langue coréenne, n’ayant aucun rapport avec Pepe the Frog ?
Eh bien, il s’avère que Kek est également – et a toujours été – le nom d’une ancienne divinité égyptienne...
Une divinité à tête de grenouille.
Une coïncidence assez remarquable, ne trouvez-vous pas ? « Un peu », répondrez-vous peut-être.
« Un peu », en effet, mais ce n’est que le sommet de la partie émergée de l’iceberg de synchronicité. Ce n’est que le début d’une invraisemblable série de « coïncidences ». Où cette série finit-elle ? Nous ne le savons pas. Tout ceci devient de plus en plus étrange avec chaque jour qui passe...
On peut trouver la seconde (« petite ») coïncidence lorsqu’on cherche ce que représentait Kek dans le panthéon égyptien :
Kuk (ou Kek, ou Keku) est la déification du concept de ténèbres dans l’ancienne religion égyptienne. [...]
[...] comme pour les quatre concepts dualistes de l’Ogdoade, la forme mâle de Kuk était représentée par une grenouille, ou par un homme à tête de grenouille, et la forme femelle par un serpent, ou une femme à tête de serpent. En tant que symbole des ténèbres, Kuk représentait aussi l’obscurité et l’inconnu, et donc le chaos. De plus, Kuk était considéré comme ce qui survenait avant l’arrivée de la lumière, et était donc connu comme celui-qui-amène-la-lumière.
Et qui d’autre a, jusqu’à présent, été déclaré comme « celui qui amène la lumière » dans le monde par des supporters enthousiastes (aussi bien dans les médias que dans les forums d’images) ?
Mais les choses deviennent encore plus étranges.
Quel est le hiéroglyphe de Kek ? Il a une ressemblance indéniable avec un élément familier :
Une personne qui utilise un ordinateur. Pour, par exemple, poster sur un forum d’images ?
Et c’est ainsi que le culte de Kek – aussi connu sous le nom de « magie des mèmes » – accéda à l’existence. Cette nouvelle « foi » digitale est très bien résumée avec cette image qui circule dans tous les principaux forums d’images actuels :
Encore plus étrange : Pepe/Kek « émerge » en pleine lumière le 11 septembre 2016
À ce stade, les utilisateurs de /pol/ attribuaient – le plus sérieusement du monde – tous les coups de chance dont a bénéficié la campagne de Trump (ainsi que tous les coups de malchance ayant affecté la campagne d’Hillary) à leur divinité bienveillante à tête de grenouille qui s’adressait à eux par l’intermédiaire de dubs.
Cette croyance atteignit son point culminant le 11 septembre 2016, lorsque trois événements majeurs et hallucinants survinrent en l’espace de 48 heures :
-
Hillary s’est évanouie, ou quasiment évanouie, à New York. Le sentiment général sur /pol/ - toujours présent suite à ces événements – fut capturé deux jours plus tard avec ce message :

ARRÊTEZ SVP – Au début, je ne croyais pas à la magie mèmétique, je pensais que vous blaguiez tous. Puis Trump a gagné sa première primaire, et je me suis dit : « Eh, c’est une coïncidence ». Puis il est devenu candidat, et j’ai pensé que les choses devenaient bizarres. Maintenant Hillary tombe malade et les médias parlent de Pepe et c’est clair comme le jour que vos mèmes foutent en l’air la fabrique de la réalité. ARRÊTEZ SVP JE VOUS EN SUPPLIE – Vous jouez avec des puissances que vous ne comprenez pas, si vous continuez vous allez tous nous annihiler avec vos mèmes.
(Notez le numéro du commentaire de cette personne)
2. Hillary Clinton a littéralement déclaré que Pepe the Frog était un ennemi de l’état, usant d’un raisonnement extrêmement discutable :
Ceci est la version courte : Pepe est le dessin d'une grenouille qui a débuté son existence sur internet comme un mème innocent, apprécié aussi bien par les adolescents que par les pop stars.
Mais ces derniers mois, Pepe a presque entièrement été coopté par les suprémacistes blancs qui s'appellent eux-mêmes la « droite alternative ». Ils ont décidé de s’approprier Pepe en lui ajoutant des swastikas et d’autres symboles de l’antisémitisme et du suprémacisme blanc.
Que voulez-vous ajouter à ça ? La réalité peut devenir vraiment bizarre. Jusqu'à quel point peut-elle être étrange ?
Oh, je sais jusqu'à quel point...
3. (Vraiment super étrange) L’hymne musical de Kek/Pepe est découvert sur Youtube :
Celle-là vaut son pesant de cacahouètes.
Au moment où tout ceci se produisait, un ou plusieurs contributeurs anonymes de 4chan découvraient sur Youtube un vieux morceau datant des années 80. Un disque sur lequel apparaissait un visage familier :
Vous ne rêvez pas. La face B d’un vinyl de l’interprète « P.E.P.E. », qui montre une grenouille tenant une baguette magique.
Une grenouille.
Et que signifient les initiales P.E.P.E. ?
. Point
. Emerging
. Probably
. Entering
(Point Émergeant Probablement Entrant)
« Probablement ». Sur quoi se fondent les chiffres répétitifs des GETs bien-aimés des utilisateurs de 4chan ? Sur les probabilités.
L’idée centrale du kekisme est que le dieu parle à /pol/ par l’intermédiaire des dubs. Leur ancien dieu égyptien de l’obscurité et du chaos « émerge/entre » par des « points » de « probabilité ».
Vous pensez que c’est tiré par les cheveux ? Regardez la couverture de la version vocale intégrale de l’album :
Vous ne saisissez pas la signification de cette image ? Laissez 4chan vous aider :

Horloge de la Tour Trump – « Umm les gars... »
(Encore une fois, notez le numéro du message)
Et qui peut bien être cet homme aux cheveux blonds qui pointe vers l’horloge de la Tour Trump sur la couverture de l’album ?
Je me demande...
OK, qu’est ce qui se passe, au juste ?
Le plus probable ? De la magie du chaos.
L’un des principes de base de la pratique de la magie du chaos (l’élément fondamental, en fait) est la création de sceaux magiques (aussi appelés « glyphes ») en vue de « codifier et de projeter la Volonté d’un individu dans l’Univers ».
En clair, vous créez une image qui représente votre « volonté » (le désir alimenté par des émotions puissantes et des états altérés) et l’univers s’occupe du reste.
Lorsqu’un grand nombre de personnes agrègent leur volonté pour la diriger vers un même sceau, il s’agit d’un hypersceau, et sa puissance augmente de façon exponentielle.
Pepe / Kek est l’hypersceau de 4chan.
Les millions de « petites gens » qui naviguent sur 4chan ont assimilé l’image de Pepe avec leur haine envers la corruption supposée d’Hillary, et leur espoir d’une victoire de Trump à l’élection présidentielle. Qu’ils en aient été conscients ou pas, c’est exactement ce qu’il s’est passé.
Et jusqu’à présent, leur hypersceau semble fonctionner.
Une minute : tu nous dis sérieusement que la magie existe ?
Absolument. Mais il vous faut comprendre que la « magie » n’est probablement pas ce que vous croyez. Ce n’est pas remuer des baguettes magiques, tracer des pentagrammes ou sacrifier des bébés.
Cette magie-là est bien moins en cause que cela. En fait, vous pratiquez de la magie en ce moment même. Vous la pratiquez presque en permanence, que vous le vouliez ou pas.
C’est parce que la VRAIE magie trouve tout simplement son origine dans l’attention humaine. Le regard que vous portez sur la réalité façonne cette dernière d’une façon que nous commençons à peine à comprendre. Ironiquement, la science de la physique quantique amène rapidement la réalité de la magie en pleine lumière (shadilay). [...]
Et maintenant ?
Le plus probable ? Kek va continuer à gagner en puissance et va continuer à s’opposer à Hillary Clinton et à l’establishment politique corrompu. Le Seigneur de la Lumière va-t-il vaincre le pouvoir en place ? Nous le saurons très vite.
➤ La vérité sur l’élection de Donald Trump, Pepe the Frog et le culte de Kek
J’irai droit au but :
Pepe the Frog n'est pas un symbole du nationalisme blanc.
Pepe the Frog n'est pas un mème internet inoffensif propagé par des adolescents sur le web.
Pepe the Frog est en fait l'avatar contemporain d'une ancienne divinité égyptienne accidentellement ramenée à la vie par le mouvement culturel issu des forums d'images en ligne.
Est-ce que ça ressemble à la théorie la plus déjantée que vous ayez entendue ?
Accrochez-vous, les amis. Vous allez embarquer pour un sacré voyage.
Quand les mèmes entrent en collision : les origines de Pepe the Frog
Les origines exactes de Pepe the Frog sont obscures et sans importance, comme pour tous les autres mèmes.
Tout ce que vous devez savoir, c’est que vers 2010, le dessin d’une grenouille à l’air triste a commencé à faire fureur parmi les intervenants de 4chan.org et des autres forums d’images « underground ».
Peu après, l’antique argot internet utilisé pour exprimer le rire – « LOL » – est tombé en disgrâce sur ces sites.
À sa place, un nouveau terme au sens similaire est apparu : « KEK ».
Les origines de cette mode sont plus importantes. Elle provient d’une spécificité technique concernant la langue coréenne et le jeu vidéo World of Warcraft.
Gardez ceci en tête par la suite.
Et c’est ainsi que furent assemblés tant bien que mal deux éléments apparemment sans rapport qui allaient par la suite donner vie à une divinité. Mais ils restèrent en sommeil pendant plusieurs années, jusqu’à...
Donald Trump et l’élection de 2016
À ce moment, Pepe the Frog était devenu la mascotte non-officielle du sous-forum de 4chan consacré à la politique (un recoin de l’internet hautement méprisé et nommé, de façon appropriée, « politiquement incorrect »).
/Pol/ est un endroit où se rassemblent en masse tous les exclus silencieux de la culture de ce début de millénaire. Vous y trouverez le solitaire et le dépressif, l’asocial, les rebuts de leur génération, et toutes les tendances de la jeunesse dépolitisée – tous unis par une mentalité inébranlable d’outsider qui imprègne chaque kilooctet du forum.
Qualifier cet endroit de « nationaliste blanc » ou de « droite alternative » est totalement incorrect. /Pol/ est, par-dessus tout, un endroit où le statu quo de notre société est remis en cause sans aucune pitié. C’est un melting pot où se côtoient tout aussi bien les libres penseurs pleins de bonnes intentions que les fous malavisés.
C’est un lieu où prévaut le chaos.
Donc lorsque Donald J. Trump fit irruption sur la scène politique en 2015, ce fut un coup de foudre immédiat. Il devint aussitôt le candidat favori de /pol/.
Et il ne fallut pas bien longtemps avant que Trump ne soit accouplé avec la mascotte adorée de /pol/, dans le style typique des forums d’images :
C’est alors que commença à se produire une chose très étrange...
Les chiffres créent une divinité
Il vous faut comprendre une dernière chose sur la culture des forums d’images : les dubs.
Chaque message publié sur 4chan et les sites similaires apparaît avec un identifiant à 8 chiffres. Ce nombre représente la position de ce message dans l’intégralité des messages publiés sur ce forum d’images.
Ces sites étant très fréquentés, les deux derniers chiffres sont quasiment aléatoires. Lorsqu’un intervenant reçoit deux chiffres identiques, on appelle cela « dubs », « trips », « quads », etc.
Comme un intervenant ne peut connaître le numéro de son message qu’après l’avoir publié, il est fréquent que les gens « parient » sur la répétition de chiffres dans le numéro de leurs messages, comme ici :
Lorsque ce pari s’avère réussi, on dit qu’un « GET » a été réalisé et le coup de chance est célébré par les membres du forum.
Cette pratique a alors vu l’apparition sur /pol/ d’un phénomène étrange : les fils de discussion sur Trump affichaient un taux fortement élevé de GETs.

« Ils amènent des drogues » – « Ils amènent le crime » – « Ce sont des violeurs »
« et ils amènent des dubs »
Peu après, ces éléments apparemment sans rapport que nous avons évoqués jusqu’à présent devinrent irrémédiablement liés entre eux au sein de la culture des forums d’image :
-
Pepe the Frog (désormais la mascotte non-officielle de /pol/)
-
Donald Trump (de très loin le candidat préféré de /pol/)
-
La répétition de chiffres dans les numéros des commentaires (les « GETs »)
-
« Kek » (utilisé pour marquer la délectation, en particulier devant le « trolling » de l’establishment pratiqué par Trump, ainsi qu’en réaction à des GETs improbables)
… Et c’est ainsi que naquit un dieu.
C’est là que les choses commencent à devenir bizarres : l’étrange coïncidence de Kek
Bientôt, la mode qui fit fureur sur /pol/ consista à désigner Trump comme étant rien de moins que le candidat choisi par dieu.
Mais le candidat choisi par quel dieu, exactement ?
La réponse coule de source : Kek.
Vous souvenez-vous que nous avons appris que le mème « kek » venait d’une obscure onomatopée issue de la langue coréenne, n’ayant aucun rapport avec Pepe the Frog ?
Eh bien, il s’avère que Kek est également – et a toujours été – le nom d’une ancienne divinité égyptienne...
Une divinité à tête de grenouille.
Une coïncidence assez remarquable, ne trouvez-vous pas ? « Un peu », répondrez-vous peut-être.
« Un peu », en effet, mais ce n’est que le sommet de la partie émergée de l’iceberg de synchronicité. Ce n’est que le début d’une invraisemblable série de « coïncidences ». Où cette série finit-elle ? Nous ne le savons pas. Tout ceci devient de plus en plus étrange avec chaque jour qui passe...
On peut trouver la seconde (« petite ») coïncidence lorsqu’on cherche ce que représentait Kek dans le panthéon égyptien :
Kuk (ou Kek, ou Keku) est la déification du concept de ténèbres dans l’ancienne religion égyptienne. [...]
[...] comme pour les quatre concepts dualistes de l’Ogdoade, la forme mâle de Kuk était représentée par une grenouille, ou par un homme à tête de grenouille, et la forme femelle par un serpent, ou une femme à tête de serpent. En tant que symbole des ténèbres, Kuk représentait aussi l’obscurité et l’inconnu, et donc le chaos. De plus, Kuk était considéré comme ce qui survenait avant l’arrivée de la lumière, et était donc connu comme celui-qui-amène-la-lumière.
Et qui d’autre a, jusqu’à présent, été déclaré comme « celui qui amène la lumière » dans le monde par des supporters enthousiastes (aussi bien dans les médias que dans les forums d’images) ?
Mais les choses deviennent encore plus étranges.
Quel est le hiéroglyphe de Kek ? Il a une ressemblance indéniable avec un élément familier :
Une personne qui utilise un ordinateur. Pour, par exemple, poster sur un forum d’images ?
Et c’est ainsi que le culte de Kek – aussi connu sous le nom de « magie des mèmes » – accéda à l’existence. Cette nouvelle « foi » digitale est très bien résumée avec cette image qui circule dans tous les principaux forums d’images actuels :
Encore plus étrange : Pepe/Kek « émerge » en pleine lumière le 11 septembre 2016
À ce stade, les utilisateurs de /pol/ attribuaient – le plus sérieusement du monde – tous les coups de chance dont a bénéficié la campagne de Trump (ainsi que tous les coups de malchance ayant affecté la campagne d’Hillary) à leur divinité bienveillante à tête de grenouille qui s’adressait à eux par l’intermédiaire de dubs.
Cette croyance atteignit son point culminant le 11 septembre 2016, lorsque trois événements majeurs et hallucinants survinrent en l’espace de 48 heures :
-
Hillary s’est évanouie, ou quasiment évanouie, à New York. Le sentiment général sur /pol/ - toujours présent suite à ces événements – fut capturé deux jours plus tard avec ce message :

ARRÊTEZ SVP – Au début, je ne croyais pas à la magie mèmétique, je pensais que vous blaguiez tous. Puis Trump a gagné sa première primaire, et je me suis dit : « Eh, c’est une coïncidence ». Puis il est devenu candidat, et j’ai pensé que les choses devenaient bizarres. Maintenant Hillary tombe malade et les médias parlent de Pepe et c’est clair comme le jour que vos mèmes foutent en l’air la fabrique de la réalité. ARRÊTEZ SVP JE VOUS EN SUPPLIE – Vous jouez avec des puissances que vous ne comprenez pas, si vous continuez vous allez tous nous annihiler avec vos mèmes.
(Notez le numéro du commentaire de cette personne)
2. Hillary Clinton a littéralement déclaré que Pepe the Frog était un ennemi de l’état, usant d’un raisonnement extrêmement discutable :
Ceci est la version courte : Pepe est le dessin d'une grenouille qui a débuté son existence sur internet comme un mème innocent, apprécié aussi bien par les adolescents que par les pop stars.
Mais ces derniers mois, Pepe a presque entièrement été coopté par les suprémacistes blancs qui s'appellent eux-mêmes la « droite alternative ». Ils ont décidé de s’approprier Pepe en lui ajoutant des swastikas et d’autres symboles de l’antisémitisme et du suprémacisme blanc.
Que voulez-vous ajouter à ça ? La réalité peut devenir vraiment bizarre. Jusqu'à quel point peut-elle être étrange ?
Oh, je sais jusqu'à quel point...
3. (Vraiment super étrange) L’hymne musical de Kek/Pepe est découvert sur Youtube :
Celle-là vaut son pesant de cacahouètes.
Au moment où tout ceci se produisait, un ou plusieurs contributeurs anonymes de 4chan découvraient sur Youtube un vieux morceau datant des années 80. Un disque sur lequel apparaissait un visage familier :
Vous ne rêvez pas. La face B d’un vinyl de l’interprète « P.E.P.E. », qui montre une grenouille tenant une baguette magique.
Une grenouille.
Et que signifient les initiales P.E.P.E. ?
. Point
. Emerging
. Probably
. Entering
(Point Émergeant Probablement Entrant)
« Probablement ». Sur quoi se fondent les chiffres répétitifs des GETs bien-aimés des utilisateurs de 4chan ? Sur les probabilités.
L’idée centrale du kekisme est que le dieu parle à /pol/ par l’intermédiaire des dubs. Leur ancien dieu égyptien de l’obscurité et du chaos « émerge/entre » par des « points » de « probabilité ».
Vous pensez que c’est tiré par les cheveux ? Regardez la couverture de la version vocale intégrale de l’album :
Vous ne saisissez pas la signification de cette image ? Laissez 4chan vous aider :

Horloge de la Tour Trump – « Umm les gars... »
(Encore une fois, notez le numéro du message)
Et qui peut bien être cet homme aux cheveux blonds qui pointe vers l’horloge de la Tour Trump sur la couverture de l’album ?
Je me demande...
OK, qu’est ce qui se passe, au juste ?
Le plus probable ? De la magie du chaos.
L’un des principes de base de la pratique de la magie du chaos (l’élément fondamental, en fait) est la création de sceaux magiques (aussi appelés « glyphes ») en vue de « codifier et de projeter la Volonté d’un individu dans l’Univers ».
En clair, vous créez une image qui représente votre « volonté » (le désir alimenté par des émotions puissantes et des états altérés) et l’univers s’occupe du reste.
Lorsqu’un grand nombre de personnes agrègent leur volonté pour la diriger vers un même sceau, il s’agit d’un hypersceau, et sa puissance augmente de façon exponentielle.
Pepe / Kek est l’hypersceau de 4chan.
Les millions de « petites gens » qui naviguent sur 4chan ont assimilé l’image de Pepe avec leur haine envers la corruption supposée d’Hillary, et leur espoir d’une victoire de Trump à l’élection présidentielle. Qu’ils en aient été conscients ou pas, c’est exactement ce qu’il s’est passé.
Et jusqu’à présent, leur hypersceau semble fonctionner.
Une minute : tu nous dis sérieusement que la magie existe ?
Absolument. Mais il vous faut comprendre que la « magie » n’est probablement pas ce que vous croyez. Ce n’est pas remuer des baguettes magiques, tracer des pentagrammes ou sacrifier des bébés.
Cette magie-là est bien moins en cause que cela. En fait, vous pratiquez de la magie en ce moment même. Vous la pratiquez presque en permanence, que vous le vouliez ou pas.
C’est parce que la VRAIE magie trouve tout simplement son origine dans l’attention humaine. Le regard que vous portez sur la réalité façonne cette dernière d’une façon que nous commençons à peine à comprendre. Ironiquement, la science de la physique quantique amène rapidement la réalité de la magie en pleine lumière (shadilay). [...]
Et maintenant ?
Le plus probable ? Kek va continuer à gagner en puissance et va continuer à s’opposer à Hillary Clinton et à l’establishment politique corrompu. Le Seigneur de la Lumière va-t-il vaincre le pouvoir en place ? Nous le saurons très vite.
➤ La vérité sur l’élection de Donald Trump, Pepe the Frog et le culte de Kek
J’irai droit au but :
Pepe the Frog n'est pas un symbole du nationalisme blanc.
Pepe the Frog n'est pas un mème internet inoffensif propagé par des adolescents sur le web.
Pepe the Frog est en fait l'avatar contemporain d'une ancienne divinité égyptienne accidentellement ramenée à la vie par le mouvement culturel issu des forums d'images en ligne.
Est-ce que ça ressemble à la théorie la plus déjantée que vous ayez entendue ?
Accrochez-vous, les amis. Vous allez embarquer pour un sacré voyage.
Quand les mèmes entrent en collision : les origines de Pepe the Frog
Les origines exactes de Pepe the Frog sont obscures et sans importance, comme pour tous les autres mèmes.
Tout ce que vous devez savoir, c’est que vers 2010, le dessin d’une grenouille à l’air triste a commencé à faire fureur parmi les intervenants de 4chan.org et des autres forums d’images « underground ».
Peu après, l’antique argot internet utilisé pour exprimer le rire – « LOL » – est tombé en disgrâce sur ces sites.
À sa place, un nouveau terme au sens similaire est apparu : « KEK ».
Les origines de cette mode sont plus importantes. Elle provient d’une spécificité technique concernant la langue coréenne et le jeu vidéo World of Warcraft.
Gardez ceci en tête par la suite.
Et c’est ainsi que furent assemblés tant bien que mal deux éléments apparemment sans rapport qui allaient par la suite donner vie à une divinité. Mais ils restèrent en sommeil pendant plusieurs années, jusqu’à...
Donald Trump et l’élection de 2016
À ce moment, Pepe the Frog était devenu la mascotte non-officielle du sous-forum de 4chan consacré à la politique (un recoin de l’internet hautement méprisé et nommé, de façon appropriée, « politiquement incorrect »).
/Pol/ est un endroit où se rassemblent en masse tous les exclus silencieux de la culture de ce début de millénaire. Vous y trouverez le solitaire et le dépressif, l’asocial, les rebuts de leur génération, et toutes les tendances de la jeunesse dépolitisée – tous unis par une mentalité inébranlable d’outsider qui imprègne chaque kilooctet du forum.
Qualifier cet endroit de « nationaliste blanc » ou de « droite alternative » est totalement incorrect. /Pol/ est, par-dessus tout, un endroit où le statu quo de notre société est remis en cause sans aucune pitié. C’est un melting pot où se côtoient tout aussi bien les libres penseurs pleins de bonnes intentions que les fous malavisés.
C’est un lieu où prévaut le chaos.
Donc lorsque Donald J. Trump fit irruption sur la scène politique en 2015, ce fut un coup de foudre immédiat. Il devint aussitôt le candidat favori de /pol/.
Et il ne fallut pas bien longtemps avant que Trump ne soit accouplé avec la mascotte adorée de /pol/, dans le style typique des forums d’images :
C’est alors que commença à se produire une chose très étrange...
Les chiffres créent une divinité
Il vous faut comprendre une dernière chose sur la culture des forums d’images : les dubs.
Chaque message publié sur 4chan et les sites similaires apparaît avec un identifiant à 8 chiffres. Ce nombre représente la position de ce message dans l’intégralité des messages publiés sur ce forum d’images.
Ces sites étant très fréquentés, les deux derniers chiffres sont quasiment aléatoires. Lorsqu’un intervenant reçoit deux chiffres identiques, on appelle cela « dubs », « trips », « quads », etc.
Comme un intervenant ne peut connaître le numéro de son message qu’après l’avoir publié, il est fréquent que les gens « parient » sur la répétition de chiffres dans le numéro de leurs messages, comme ici :
Lorsque ce pari s’avère réussi, on dit qu’un « GET » a été réalisé et le coup de chance est célébré par les membres du forum.
Cette pratique a alors vu l’apparition sur /pol/ d’un phénomène étrange : les fils de discussion sur Trump affichaient un taux fortement élevé de GETs.

« Ils amènent des drogues » – « Ils amènent le crime » – « Ce sont des violeurs »
« et ils amènent des dubs »
Peu après, ces éléments apparemment sans rapport que nous avons évoqués jusqu’à présent devinrent irrémédiablement liés entre eux au sein de la culture des forums d’image :
-
Pepe the Frog (désormais la mascotte non-officielle de /pol/)
-
Donald Trump (de très loin le candidat préféré de /pol/)
-
La répétition de chiffres dans les numéros des commentaires (les « GETs »)
-
« Kek » (utilisé pour marquer la délectation, en particulier devant le « trolling » de l’establishment pratiqué par Trump, ainsi qu’en réaction à des GETs improbables)
… Et c’est ainsi que naquit un dieu.
C’est là que les choses commencent à devenir bizarres : l’étrange coïncidence de Kek
Bientôt, la mode qui fit fureur sur /pol/ consista à désigner Trump comme étant rien de moins que le candidat choisi par dieu.
Mais le candidat choisi par quel dieu, exactement ?
La réponse coule de source : Kek.
Vous souvenez-vous que nous avons appris que le mème « kek » venait d’une obscure onomatopée issue de la langue coréenne, n’ayant aucun rapport avec Pepe the Frog ?
Eh bien, il s’avère que Kek est également – et a toujours été – le nom d’une ancienne divinité égyptienne...
Une divinité à tête de grenouille.
Une coïncidence assez remarquable, ne trouvez-vous pas ? « Un peu », répondrez-vous peut-être.
« Un peu », en effet, mais ce n’est que le sommet de la partie émergée de l’iceberg de synchronicité. Ce n’est que le début d’une invraisemblable série de « coïncidences ». Où cette série finit-elle ? Nous ne le savons pas. Tout ceci devient de plus en plus étrange avec chaque jour qui passe...
On peut trouver la seconde (« petite ») coïncidence lorsqu’on cherche ce que représentait Kek dans le panthéon égyptien :
Kuk (ou Kek, ou Keku) est la déification du concept de ténèbres dans l’ancienne religion égyptienne. [...]
[...] comme pour les quatre concepts dualistes de l’Ogdoade, la forme mâle de Kuk était représentée par une grenouille, ou par un homme à tête de grenouille, et la forme femelle par un serpent, ou une femme à tête de serpent. En tant que symbole des ténèbres, Kuk représentait aussi l’obscurité et l’inconnu, et donc le chaos. De plus, Kuk était considéré comme ce qui survenait avant l’arrivée de la lumière, et était donc connu comme celui-qui-amène-la-lumière.
Et qui d’autre a, jusqu’à présent, été déclaré comme « celui qui amène la lumière » dans le monde par des supporters enthousiastes (aussi bien dans les médias que dans les forums d’images) ?
Mais les choses deviennent encore plus étranges.
Quel est le hiéroglyphe de Kek ? Il a une ressemblance indéniable avec un élément familier :
Une personne qui utilise un ordinateur. Pour, par exemple, poster sur un forum d’images ?
Et c’est ainsi que le culte de Kek – aussi connu sous le nom de « magie des mèmes » – accéda à l’existence. Cette nouvelle « foi » digitale est très bien résumée avec cette image qui circule dans tous les principaux forums d’images actuels :
Encore plus étrange : Pepe/Kek « émerge » en pleine lumière le 11 septembre 2016
À ce stade, les utilisateurs de /pol/ attribuaient – le plus sérieusement du monde – tous les coups de chance dont a bénéficié la campagne de Trump (ainsi que tous les coups de malchance ayant affecté la campagne d’Hillary) à leur divinité bienveillante à tête de grenouille qui s’adressait à eux par l’intermédiaire de dubs.
Cette croyance atteignit son point culminant le 11 septembre 2016, lorsque trois événements majeurs et hallucinants survinrent en l’espace de 48 heures :
-
Hillary s’est évanouie, ou quasiment évanouie, à New York. Le sentiment général sur /pol/ - toujours présent suite à ces événements – fut capturé deux jours plus tard avec ce message :

ARRÊTEZ SVP – Au début, je ne croyais pas à la magie mèmétique, je pensais que vous blaguiez tous. Puis Trump a gagné sa première primaire, et je me suis dit : « Eh, c’est une coïncidence ». Puis il est devenu candidat, et j’ai pensé que les choses devenaient bizarres. Maintenant Hillary tombe malade et les médias parlent de Pepe et c’est clair comme le jour que vos mèmes foutent en l’air la fabrique de la réalité. ARRÊTEZ SVP JE VOUS EN SUPPLIE – Vous jouez avec des puissances que vous ne comprenez pas, si vous continuez vous allez tous nous annihiler avec vos mèmes.
(Notez le numéro du commentaire de cette personne)
2. Hillary Clinton a littéralement déclaré que Pepe the Frog était un ennemi de l’état, usant d’un raisonnement extrêmement discutable :
Ceci est la version courte : Pepe est le dessin d'une grenouille qui a débuté son existence sur internet comme un mème innocent, apprécié aussi bien par les adolescents que par les pop stars.
Mais ces derniers mois, Pepe a presque entièrement été coopté par les suprémacistes blancs qui s'appellent eux-mêmes la « droite alternative ». Ils ont décidé de s’approprier Pepe en lui ajoutant des swastikas et d’autres symboles de l’antisémitisme et du suprémacisme blanc.
Que voulez-vous ajouter à ça ? La réalité peut devenir vraiment bizarre. Jusqu'à quel point peut-elle être étrange ?
Oh, je sais jusqu'à quel point...
3. (Vraiment super étrange) L’hymne musical de Kek/Pepe est découvert sur Youtube :
Celle-là vaut son pesant de cacahouètes.
Au moment où tout ceci se produisait, un ou plusieurs contributeurs anonymes de 4chan découvraient sur Youtube un vieux morceau datant des années 80. Un disque sur lequel apparaissait un visage familier :
Vous ne rêvez pas. La face B d’un vinyl de l’interprète « P.E.P.E. », qui montre une grenouille tenant une baguette magique.
Une grenouille.
Et que signifient les initiales P.E.P.E. ?
. Point
. Emerging
. Probably
. Entering
(Point Émergeant Probablement Entrant)
« Probablement ». Sur quoi se fondent les chiffres répétitifs des GETs bien-aimés des utilisateurs de 4chan ? Sur les probabilités.
L’idée centrale du kekisme est que le dieu parle à /pol/ par l’intermédiaire des dubs. Leur ancien dieu égyptien de l’obscurité et du chaos « émerge/entre » par des « points » de « probabilité ».
Vous pensez que c’est tiré par les cheveux ? Regardez la couverture de la version vocale intégrale de l’album :
Vous ne saisissez pas la signification de cette image ? Laissez 4chan vous aider :

Horloge de la Tour Trump – « Umm les gars... »
(Encore une fois, notez le numéro du message)
Et qui peut bien être cet homme aux cheveux blonds qui pointe vers l’horloge de la Tour Trump sur la couverture de l’album ?
Je me demande...
OK, qu’est ce qui se passe, au juste ?
Le plus probable ? De la magie du chaos.
L’un des principes de base de la pratique de la magie du chaos (l’élément fondamental, en fait) est la création de sceaux magiques (aussi appelés « glyphes ») en vue de « codifier et de projeter la Volonté d’un individu dans l’Univers ».
En clair, vous créez une image qui représente votre « volonté » (le désir alimenté par des émotions puissantes et des états altérés) et l’univers s’occupe du reste.
Lorsqu’un grand nombre de personnes agrègent leur volonté pour la diriger vers un même sceau, il s’agit d’un hypersceau, et sa puissance augmente de façon exponentielle.
Pepe / Kek est l’hypersceau de 4chan.
Les millions de « petites gens » qui naviguent sur 4chan ont assimilé l’image de Pepe avec leur haine envers la corruption supposée d’Hillary, et leur espoir d’une victoire de Trump à l’élection présidentielle. Qu’ils en aient été conscients ou pas, c’est exactement ce qu’il s’est passé.
Et jusqu’à présent, leur hypersceau semble fonctionner.
Une minute : tu nous dis sérieusement que la magie existe ?
Absolument. Mais il vous faut comprendre que la « magie » n’est probablement pas ce que vous croyez. Ce n’est pas remuer des baguettes magiques, tracer des pentagrammes ou sacrifier des bébés.
Cette magie-là est bien moins en cause que cela. En fait, vous pratiquez de la magie en ce moment même. Vous la pratiquez presque en permanence, que vous le vouliez ou pas.
C’est parce que la VRAIE magie trouve tout simplement son origine dans l’attention humaine. Le regard que vous portez sur la réalité façonne cette dernière d’une façon que nous commençons à peine à comprendre. Ironiquement, la science de la physique quantique amène rapidement la réalité de la magie en pleine lumière (shadilay). [...]
Et maintenant ?
Le plus probable ? Kek va continuer à gagner en puissance et va continuer à s’opposer à Hillary Clinton et à l’establishment politique corrompu. Le Seigneur de la Lumière va-t-il vaincre le pouvoir en place ? Nous le saurons très vite.
➤ Le 11 septembre : une superproduction hollywoodienne ?
Nous ne saurons jamais ce qu'il s'est réellement passé le 11 septembre. Les chercheurs indépendants n'auront jamais accès à tous les éléments du dossier, et la plupart des indices ont de toute façon été détruits dans les jours qui ont suivi les attentats.
Le seul élément tangible sur lequel peuvent s'appuyer les chercheurs est la profusion d'images retransmises ce jour-là par les chaînes télévisées américaines, ainsi que sur les vidéos réalisées par les vidéastes amateurs. Simonshack et l'équipe de CluesForum ont analysé ces images, et ont relevé une ribambelle d'incohérences. La vidéo qui suit est un montage des vidéos postées par l'auteur Youtube elsushidelamancha, qui a réalisé une traduction d'assez bonne qualité des vidéos de Simonshack — edit : vidéo censurée par Youtube, pour la voir en plein écran sur Bitchute, suivre ce lien :
Pour les anglophones, je recommande les vidéos originales de Simonshack (également censurées par Youtube...).
























