➤ Le meurtre de Sharon Tate a été simulé
« Ça vous fera le plus grand bien de garder l’esprit ouvert
et d’oublier la majeure partie de ce que vous avez appris. »
Jay Sebring [1]
Partie 1 : la toile de fond
Je suis tombé sur de nombreuses « théories du complot » ces dernières années, et aussi incroyable que cela puisse paraître, celle-ci n’en fait pas partie. J’ai fouillé chaque recoin de l’internet à la recherche d’informations sur cette théorie et je n’ai rien trouvé, même sur Above Top Secret ou des sites de ce genre. Mais à présent que nous savons que de nombreuses tragédies récentes ont été montées de toutes pièces à la sauce hollywoodienne, pourquoi ne pas faire un retour en arrière de quelques décennies, pour vérifier depuis combien de temps cette pratique a été mise en œuvre ?
Avant de commencer, je dois vous dire deux choses. Tout d’abord, nous allons devoir étudier les photographies de la scène du meurtre de Sharon Tate, mais n’ayez crainte : elles ne sont pas aussi terribles que vous pouvez le penser. J’appréhendais quelque peu le moment où j’allais devoir cliquer dessus pour la première fois, mais j’ai finalement été très surpris. Elles ne sont pas du tout telles qu’on a voulu nous le faire croire. Quoi qu’il en soit, nous allons y aller pas à pas, et je vais vous démontrer sans l’ombre d’un doute qu’il s’agit de faux avant même de vous les montrer. D’ici là, vous serez déjà quasiment certains qu’elles ne sont pas ce qu’elles sont censées être, et vous ne serez plus terrifiés à l’idée de les regarder. Ensuite, je vais vous préparer en vous expliquant pourquoi les meurtres devaient être simulés. Il sera beaucoup plus aisé pour le lecteur de comprendre comment ils ont été simulés une fois qu’il aura compris pourquoi ils ont été simulés.
Il s’avère que la désinformation a été omniprésente à l’occasion de cette tragédie fabriquée de toutes pièces – ainsi qu’avec toutes les autres. Ce n’est qu’après avoir soigneusement étudié cette série de meurtres que j’ai pu me rendre compte que toutes les « théories alternatives » étaient fausses, et probablement mises en avant pour tromper le public délibérément. En d’autres termes, ces théories alternatives semblent elles aussi avoir été écrites par des services de renseignement. Ces théories peuvent être des manœuvres de diversion qui nous emmènent, par exemple, sur le terrain du satanisme, de Crowley et de Lavey ; ou alors elles nous appâtent avec quelques bribes d’informations véridiques et des spéculations légitimes, avant de nous amener sur une voie de garage. Mae Brussell est une bonne illustration de cette dernière tactique. Elle a certes admis que les intentions du gouvernement étaient néfastes, mais n’a pas réellement expliqué quelles étaient ces intentions. Brussell avait l’apparence d’une chercheuse alternative, mais elle ne s’est jamais approchée de la vérité. Elle pointait certes la CIA du doigt, ce qui s’avère relativement exact, mais elle n’est jamais allée plus loin. Elle était soit une chercheuse de piètre qualité, soit un agent de la CIA elle aussi. J’ai tendance à pencher pour la deuxième possibilité. Si elle avait réellement des révélations importantes à faire, elle n’aurait pas été autorisée à passer à la radio. Le simple fait qu’elle ait pu s’exprimer sous son véritable nom signifie qu’elle était sur une fausse piste. Elle a été autorisée à parler parce que ce qu’elle disait ajoutait à la confusion générale, tout en faisant la promotion des principaux points de l’histoire officielle. Bien entendu, la CIA apprécie beaucoup la confusion.
Par exemple, Brussell a donné une interview d’une heure à KLRB en 1971. Elle a pu y parler de la Grèce, du procès Ohta/Frazier, de Tex Watson, de James Earl Ray et de Lee Harvey Oswald, mais elle ne dit pas un mot sur Paul Tate, le père de Sharon Tate. Elle ne dit pas un mot sur Lookout Mountain. Elle ne dit pas un mot sur les photos trafiquées. Elle ne dit pas un mot sur les opérations Gladio et CHAOS. Le lien se trouve en Italie, pas en Grèce, comme nous allons le voir, et son interview a donc toutes les apparences d’une diversion. J’admets que ce qu’elle dit est en grande partie véridique, voire même quasi-révolutionnaire ; mais la plupart de ses déclarations sont hors-sujet. En 1976, elle continuait à dire exactement la même chose : elle n’avait pas ajouté le moindre élément à sa recherche en cinq ans.
Étrangement, l’interview de Brussell de 1971 débute par un indice, qu’elle nous donne consciemment ou inconsciemment :
Pour y parvenir [à contrôler les gens] vous mettez un masque à certaines personnes que vous placez à des postes d’influence ; elles deviennent alors des acteurs sur une scène, et elles influencent nos esprits d’une façon qui n’est pas réelle mais qui modifie une réalité qui nous affectera par la suite.[C’est moi qui souligne]
Comme je vais bientôt le démontrer, c’est exactement ce qu’il s’est passé : certaines personnes portaient un masque, d’autres étaient des acteurs, et toutes ont fabriqué un événement qui n’était pas réel mais qui a été utilisé pour contrôler notre vision du monde pendant des décennies. Mais au lieu de le reconnaître et de le dire haut et fort, Brussell a poursuivi son discours et a au contraire suggéré que ce que nous avons vu était bien réel. Peu après, elle qualifie les meurtres de Tate et des autres de massacre politique.
Pour ma part, je trouve réellement choquant que les gens aient pu croire pendant si longtemps à la réalité de ce simulacre de tragédie. La trame était tellement cousue de fil blanc, si incohérente et si absurde, que j’ai du mal à comprendre comment qui que ce soit a pu s’y laisser prendre. Comme vous allez le voir, les signaux d’alerte étaient omniprésents. La seule façon d’expliquer comment tout ceci a pu être présenté comme étant la réalité des événements réside dans le contrôle total des médias, ainsi que dans la crédulité du public. Je pense que le gouvernement et Hollywood ne pourraient pas se permettre de présenter un canular de ce type de nos jours, étant donné que les gens sont désormais plus attentifs aux effets visuels. On reconnaît désormais plus facilement un élément falsifié, et les falsificateurs actuels doivent être beaucoup plus prudents que leurs prédécesseurs s’ils veulent parvenir à nous tromper. Il semble malheureusement que personne ne se soit penché sur les éléments de ce dossier pour démonter ce canular autour de Sharon Tate, qui a été considéré comme bien réel pendant 43 ans, alors que le canular de Sandy Hook s’est effondré en quelques semaines.
Avant de nous intéresser aux photographies qui sont toujours disponibles sur internet, et qui sont aisément accessibles pour n’importe quel chercheur, examinons l’environnement historique et politique. Les prétendus meurtres commis par Manson et sa « Famille » ont eu lieu le 9 août 1969. Ceux qui ont vécu ces événements manquaient du recul nécessaire, mais ce n’est pas notre cas en 2012. Nous ne voyons pas seulement les effets, mais aussi les causes. Nous pouvons envisager des liens entre les événements de cette période que les contemporains ne pouvaient soupçonner. Pour commencer, nous étions alors au zénith du mouvement hippie. Le Monterey Pop Festival avait eu lieu à l’été 1967, et Woodstock allait se tenir tout juste une semaine après les prétendus meurtres de Manson. Notez bien ceci : les meurtres supposés ont eu lieu le 9 août, et Woodstock a débuté le 15 août. Coïncidence ? Pour l’instant, vous seriez tentés de répondre positivement à cette question, mais d’ici la fin de cet article vous répondrez probablement par la négative.
Il faut aussi se souvenir que le People’s Park [ndt : parc du peuple] de l’université de Berkeley en Californie ouvrit en avril 1969. Bien que ce parc ait avant tout été un jardin public de fortune, il servait aussi de tribune pour des discours opposés à la guerre, ainsi qu’à des rassemblements. Confronté au succès grandissant de ces discours et rassemblements, le gouverneur Ronald Reagan ordonna la fermeture du parc en mai, et y envoya la Garde Nationale. Plus de 800 policiers et gardes nationaux – auxquels le directeur de cabinet de Reagan Ed Meese avait donné l’autorisation de faire usage de toute la force nécessaire – attaquèrent 6000 manifestants désarmés en tirant à balles réelles. Une personne fut tuée, une autre rendue aveugle par de la chevrotine, et des centaines furent blessées. Malgré le soutien apporté par l’université et la ville de Berkeley aux manifestants, Reagan déclara l’état d’urgence et envoya 2700 gardes nationaux supplémentaires. De nombreux manifestants anti-guerre furent arrêtés alors que la ville était assiégée par son propre gouvernement.
Reagan ne fit preuve d’aucun remords au moment de justifier ses actions, et il présenta même la mort de l’étudiant en ce Bloody Thursday [ndt : jeudi sanglant] comme une nécessité. Le jour anniversaire de cet événement, en mai 1970, il déclara : « S’il faut en passer par un bain de sang, alors ainsi soit-il. Plus d’apaisement. »[2] Il faisait aussi référence aux événements qui s’étaient déroulés la semaine précédente, le Bloody Thursday étant le précurseur du massacre de l’université de Kent State, où quatre étudiants non armés furent tués et neuf autres blessés par la Garde Nationale de l’Ohio. Quatre jours plus tard, onze personnes de l’université du Nouveau-Mexique reçurent des coups de baïonnette donnés par la Garde Nationale. Et deux jours plus tard, deux étudiants furent tués et douze autres blessés par la police à la faculté de Jackson au Mississippi. Ces morts et ces blessés provoquèrent une grève nationale de près de quatre millions d’étudiants, et la fermeture de plus de 900 facultés.
Reagan n’était pas le seul à vociférer « pas d’apaisement ». Lors d’une allocution télévisée donnée ce même mois, Nixon fit porter aux étudiants la responsabilité des morts et des blessés. Il disait en privé que les étudiants étaient les pions du communisme international, et il ordonna l’infiltration accélérée des campus universitaires avec le plan Huston. Wikipedia a beau raconter que Hoover a mis son veto au plan Huston, personne n’y croit. Des documents déclassifiés démontrent que le FBI et la CIA étaient très investis dans leur action contre les groupes opposés à la guerre, sur et en dehors des campus, et ils le sont encore de nos jours. Même Wikipedia l’admet sur la page concernant le plan Huston, où il est écrit que bien que le plan ait été « révoqué », nombre de ses dispositions ont malgré tout été mises en œuvre. Avec le recul, on se rend compte que la seule disposition qui n’a pas été mise en œuvre a été la création de camps de rétention pour les protestataires.
Tout en étudiant le bain de sang supposé qu’ont été les meurtres de Manson, gardez bien en mémoire la déclaration de Reagan ci-dessus. Gardez aussi en tête que les meurtres supposés ont eu lieu à Los Angeles, en Californie, qui n’était pas seulement le berceau d’Hollywood et de Reagan, mais aussi la capitale hippie du pays et l’épicentre de l’opposition à la guerre. Souvenez-vous également que Reagan était un acteur.
Un peu d’histoire
Richard Nixon était président en 1969, après avoir remporté l’élection de 1968 face à Humbert Humphrey avec une avance de seulement un demi-million de voix sur 73 millions de votants. Il a gagné de 0,7%. Mais comme Humphrey faisait partie du courant du parti démocrate favorable à la guerre du Viêt Nam, aucun des deux candidats n’y était donc opposé. Ceci explique pourquoi des émeutes ont eu lieu aux conventions des deux partis en 1968. Tout comme aujourd’hui, le pays tout entier était contre la guerre, mais les deux partis y étaient malgré tout favorables. La presse, dirigée par la CIA, y était bien entendu favorable, donc l’opinion populaire n’importait pas vraiment (tout comme aujourd’hui). La presse n’était pas là pour suivre l’opinion, mais pour la créer. Nixon et Humphrey avaient bien vu ce qui était arrivé au candidat à l’investiture républicaine George Romney quand il s’est prononcé contre la guerre. La presse l’avait crucifié. Après cela, tous les candidats ont observé un silence gêné à propos de la guerre, bien qu’il s’agissait du sujet le plus important en 1968, ou que cela aurait dû l’être.
Nixon s’installa à la Maison Blanche en janvier 1969. Hoover était alors à la tête du FBI, comme il l’avait été depuis 1935. Nixon et Hoover détestaient les hippies et souhaitaient détruire ce mouvement. Ceci est désormais dans le domaine public grâce à de nombreux documents déclassifiés. Ce ressentiment était avant tout alimenté par l’engagement anti-guerre de la jeune génération. La guerre était une affaire rentable, et il était hors de question de laisser les hippies perturber ce petit commerce. Il est avéré que le FBI a monté toute une opération pour infiltrer et discréditer le mouvement anti-guerre, intitulée COINTELPRO. Il ne s’agit pas d’une théorie du complot, les documents sont déclassifiés, la connaissance de cette opération est largement répandue, et on peut même en lire les grandes lignes sur Wikipedia. Cette opération s’est déroulée dans les années soixante, et a connu un pic d’activité à la fin de cette décennie ; elle s’est terminée en 1971 (c’est du moins ce qu’on nous assure). L’activité du FBI avec COINTELPRO ne se limitait pas à l’espionnage. Hoover a déclaré que son objectif était « de dévoiler, de perturber, de fourvoyer, de discréditer et, le cas échéant, de neutraliser » tout groupe opposé à la guerre, ce qui incluait les hippies, les socialistes, le mouvement pour les droits civiques, le NAACP [ndt : une organisation pour les droits des afro-américains], l’AIM [ndt : association pour les droits des indiens d’Amérique], la National Lawyers’ Guild [ndt : une association de juristes orientée à gauche], et même Albert Einstein (peu avant COINTELPRO).
La CIA possédait sa propre version de COINTELPRO, nommée CHAOS. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une théorie du complot, la CIA en a admis l’existence. On sait que CHAOS a démarré sous Johnson en 1967, puis que Nixon lui a donné un coup d’accélérateur en 1969. Elle a été mise sur pieds par Richard Helms, et dirigée par le fameux James Jesus Angleton. Nixon a aussi favorisé la coopération entre COINTELPRO et CHAOS. Cette dernière opération a connu son pic d’activité en juillet 1969, un mois avant les meurtres de Manson. Seymour Hersh a « dévoilé » l’opération CHAOS dans un article du New York Times en 1974. Ce journal étant contrôlé par la CIA, on peut supposer qu’il s’agissait de limiter les dégâts, en admettant des crimes mineurs pour en couvrir d’autres plus importants. L’un de ces crimes plus importants, resté secret jusqu’à aujourd’hui, est le contrôle des meurtres de Manson. Si Hersh savait réellement quoi que ce soit au sujet de CHAOS, il aurait entendu parler de son opération-phare, dont le succès a dépassé l’imagination. Mais l’article de Hersh ne mentionne pas une seule fois les meurtres de Manson. Voilà pourquoi cet article était une manœuvre de désinformation. Il pointe dans de nombreuses directions, mais ne fournit aucun élément concret. Il fait allusion à de nombreux détails d’importance mineure, ce qui permettait de camoufler d’autres opérations plus importantes comme les meurtres de Manson.
Mais revenons un peu en arrière. Notez la citation de Hoover : « de perturber, de fourvoyer, de discréditer et, le cas échéant, de neutraliser ». Pourquoi si peu de personnes se sont-elles demandées si les meurtres supposés commis par Manson et sa Famille n’étaient pas un exemple de manœuvre pour discréditer le mouvement hippie, et par voie de conséquence les manifestants anti-guerre ? On se rend compte à présent qu’aucun événement n’a autant discrédité ou neutralisé le mouvement hippie que les meurtres de Manson. Charles Manson et ses acolytes ont donné une si mauvaise presse au mouvement hippie que celui-ci était mort dès le début de l’année 1970. Au-delà, c’est l’ensemble du mouvement anti-guerre qui reçut un coup fatal à cette occasion, la presse se servant de cet événement pour marginaliser non seulement les hippies, mais tous les protestataires et les « mécontents ». Ce fut une grande réussite pour le gouvernement, qui put continuer à vendre au peuple la guerre du Viêt Nam pendant cinq années supplémentaires, dépensant à l’occasion des milliards de dollars qui allaient enrichir un peu plus les plus riches grâce à des contrats d’armement. La guerre du Viêt Nam ne prit fin que huit mois après la démission de Nixon en 1974. Quelle était la date de cette démission? Le 9 août 1974, cinq ans jour pour jour après les soi-disant meurtres de Manson.[3]
L’auteur à succès Joan Didion a écrit : « Nombre de mes connaissances à Los Angeles pensaient que les années 60 s’étaient terminées abruptement le 9 août 1969 ; qu’elles étaient finies au moment où la nouvelle des meurtres s’est répandue comme un feu de brousse dans la communauté ». Ceci pourrait s’appliquer non seulement à Los Angeles, mais à l’ensemble des États-Unis. Puisque les meurtres de Manson ont effectivement mis fin aux années soixante et au mouvement hippie, il convient de se demander si ces meurtres ont mis fin intentionnellement au mouvement hippie. Nixon, Reagan, Hoover et le Pentagone ont dû se réjouir de voir que les meurtres parfaits survenaient au moment parfait. La CIA a dû se réjouir de voir que les premiers « meurtres sectaires » survenaient pile au bon moment pour mettre un terme au mouvement pour la paix. Quelle coïncidence extraordinaire que les hippies choisissent justement ce moment, six jours avant Woodstock, pour devenir fous en tuant une belle jeune femme blonde (la victime parfaite de toutes les tragédies – voir plus récemment le faux sauvetage de Jessica Lynch) qui portait encore son enfant à naître (l’autre victime idéale). Quelle coïncidence qu’ils écrivent des slogans anti-gouvernementaux sur les murs comme « Death to Pigs » [ndt : mort aux vaches]. Quelle coïncidence que le chef des tueurs était le pigeon parfait – un habitué des prisons qui a demandé à être renvoyé en prison. Vous avez bien lu. Manson ne voulait pas être libéré de prison en 1967. Tom Snyder l’a même reconnu devant les caméras en 1981. Le gouvernement a dû se réjouir de pouvoir piéger quelqu’un qui voulait être piégé, et d’envoyer en prison à vie un homme qui voulait retourner en prison. Pour résumer, si le FBI cherchait le pigeon idéal, il n’aurait pu trouver mieux que Manson. Il avait un regard étrange, il jouait de la guitare et chantait comme les hippies, portait les cheveux longs, était un criminel endurci, et voulait retourner en prison. Nous verrons par la suite qu’en réalité Manson travaillait pour le FBI et la CIA depuis le début. Il ne s’est pas fait piéger. C’était un acteur, un pigeon volontaire, qui a joué le rôle pour lequel on l’avait engagé. Il était en fait l’acteur le plus brillant du lot, et l’est encore aujourd’hui.
Les acteurs
Quelques lecteurs pourraient me faire remarquer que je me contente de suivre le script de Mae Brussell, et que cette dernière a évoqué certains des points traités jusqu’à présent. Mais c’est ici que je m’écarte de sa version. Je dis que Manson n’était qu’un acteur parmi d’autres, parce que tous les rôles principaux étaient tenus par des acteurs. Nous le savons d’ailleurs parfaitement. Sharon Tate était une actrice. Elle a débuté sa carrière en 1965 dans Eye of the Devil, un film sur le culte du démon et les meurtres sacrificiels, dans lequel Sharon incarne une sorcière. Plus récemment, elle a joué une vampire dans Le bal des vampires ; elle a ensuite incarné une prostituée dans Valley of the Dolls, dans lequel elle a un avortement, devient une actrice de porno soft, avant de se suicider avec des tranquillisants ; elle a ensuite eu un petit rôle dans Rosemary’s Baby. Étrangement, tous ces films ont un rapport avec les bébés, le sang et la mort. Avec les meurtres de Manson, elle s’est contentée de rester dans la même tendance. On pourrait dire qu’elle était enfermée dans un rôle. Et on pourrait dire la même chose de Polanski. Il était le réalisateur de Rosemary’s Baby et du Bal des vampires, dans lequel il tenait un des rôles principaux et où il se transforme en vampire à la fin. Si le FBI cherchait quelqu’un pour diriger un film d’horreur sataniste, il n’aurait pas pu trouver meilleur candidat. Suis-je le seul à trouver qu’il s’agit là d’un énorme signal d’alerte ? Le meurtre a lieu dans la maison d’un réalisateur de films de meurtres satanistes,[4] et des acteurs sont tués ? Personne n’a trouvé tout ceci suspect ?
En 1963, Polanski a réalisé un épisode d’un film hollandais intitulé... The Best Swindles in the World.[Ndt : les meilleures escroqueries du monde] Comme vous allez le constater, les meurtres de Manson occupent un classement très élevé dans cette catégorie.
Jay Sebring – une des victimes supposées – était lui aussi un acteur. Il était plus connu pour ses salons de coiffure pour hommes, mais il était bien un acteur en 1969. Il avait joué dans un épisode de Batman cette année-là. Il avait participé au film underground Mondo Hollywood. Il était l’ami du producteur Bill Dozier, et ce sont eux qui ont fait démarrer la carrière de Bruce Lee. D’après sa biographie, Sebring a passé quatre ans dans la Navy. Ce fait pourrait s’avérer important, car les contacts de Sebring dans l’armée vont bientôt lui être utiles. Il est également possible qu’il travaillait toujours pour l’ONI [ndt : Office of Naval Intelligence, le service de renseignement de la Navy] en 1969, même si je suis probablement le seul à soulever cette hypothèse. Un autre point curieux est que l’affaire de Sebring a continué ses activités après sa mort supposée, bien qu’il ne l’ait pas vendue, et qu’il n’ait pris aucune disposition pour sa continuation. On ne trouve absolument aucune information sur internet à ce sujet, les entrées encyclopédiques sur Sebring International étant réduites au minimum (voir ci-dessous). Parmi les clients célèbres du salon de Sebring, on trouvait Frank Sinatra et Jim Morrison. Nous reparlerons de Morrison par la suite.

C’est censé être le plus proche parent de Jay Sebring, son neveu Anthony DiMaria. Il ressemble à un acteur, n’est-ce pas? C’est parce qu’il est un acteur. Vérifiez sa fiche IMDB. On ne trouve pas son âge sur internet et sa carrière d’acteur n’a débuté que dans les années quatre-vingt-dix. Il ne s’est pas rendu aux audiences de libération conditionnelle avant les années quatre-vingt-dix, ce qui est étrange. Sur le blog bien connu Tatelabianca.blogspot.com, on peut lire ce post de « Colonel Scott » :
J’ai rencontré le neveu de Jay un après-midi il y a dix-huit ans à la bibliothèque de l’USC. Il ne connaissait même pas les détails du meurtre de son oncle. Je l’ai orienté vers le roman Helter Skelter, parce que c’était tout ce que je connaissais à l’époque. Il est aujourd’hui le SEUL parent de Sebring à avoir JAMAIS assisté à une audience de libération conditionnelle. Et il ne l’a fait que des DÉCENNIES après le meurtre.
Curieux. Encore des acteurs. Ils ne semblent pas se forcer pour tenter de mettre en place une histoire crédible. Mais ils continuent de racler les fonds de tiroir, comme avec le documentaire Sebring, réalisé par DiMaria en 2009. Bien que Dennis Hopper y fasse une apparition, ce documentaire n’est pas listé sur sa fiche IMDB, ni sur celle de DiMaria.

Cette photo sur IMDB a pour légende : « Anthony DiMaria et Dennis Hopper sur le tournage de Sebring ». Mais ce documentaire n’apparaît pas sur IMDB. Je suppose que ce documentaire a été créé à des fins de propagande, mais il devait s’agir d’une propagande de piètre qualité, qui dévoilait peut-être même certaines parcelles de vérité. Les services de renseignement ont été contraints d’en supprimer les traces dès sa sortie.
À propos de Hopper, il a donné quelques informations au Los Angeles Times en 1969 :
Ils [à la maison de Tate] étaient tombés dans le sadisme, le masochisme et la zoophilie – et ils enregistraient tout sur cassettes. C’est la police de Los Angeles qui me l’a dit. Je sais que trois jours avant les meurtres, vingt-cinq personnes ont été invitées pour fouetter un dealer du Sunset Strip qui leur avait vendu de la mauvaise came.
Il s’agit clairement de désinformation. Notez que Hopper admet que l’information lui a été suggérée par la police. Hopper était-il le porte-parole de la police, et si c’était le cas, pourquoi ? La police ne peut donc pas donner de conférences de presse ? On a là un signal d’alerte concernant Hopper. Ça, plus le fait que Hopper a reconnu que son père travaillait dans le renseignement. Tel père, tel fils.
Mais revenons au satanisme. Il s’agit d’une diversion classique utilisée par la CIA et le FBI. Il y a bien longtemps que j’ai compris qu’à chaque fois que je suis entraîné sur la voie du satanisme, de Crowley, Lavey, et d’autres voies similaires, il s’agit en fait d’une manœuvre de diversion de la CIA. Ce ne sont pas les satanistes qui contrôlent ce type d’événements, mais plutôt le renseignement militaire. Les agences de renseignement se servent du satanisme pour brouiller les pistes. Pour la plupart des chercheurs, la voie du satanisme est plus sexy que celle menant à des agents gouvernementaux, et ils la suivent volontiers. Règle numéro un à l’occasion de recherches sur des événements sous faux drapeau : ignorer toute piste menant au satanisme. Il s’agit de fausses pistes, laissées volontairement par les scénaristes de la CIA. Par exemple, évacuons sans plus de cérémonie les pistes menant à la Process Church « satanique ». La seule chose à savoir à propos de la Process Church est qu’en 1966 les chefs de la secte, les DeGrimston, sont devenus propriétaires d’une vaste propriété dans la péninsule du Yucatan. Devinez où ? À Merida. En 1970, il ne s’agissait pas encore d’un signal d’alerte comme ça peut l’être aujourd’hui. On sait désormais que Merida est le centre de la CIA à l’étranger, une sorte de Langley mexicain.[Ndt : Langley est le quartier général de la CIA] Les livres récents sur la Process Church ne mentionnent plus cette référence, préférant désigner la localité où se trouve la propriété des DeGrimston par le vocable plus effrayant de « ville de Xtul ». Mais Xtul n’est pas une ville et ne l’a jamais été. Il s’agit juste d’un ranch de fortune de la CIA situé à la périphérie de Merida.
Pour prouver tout ceci, je vous renvoie aux documents dévoilés par Edward Snowden et Glenn Greenwald, concernant les tactiques de manipulation psychologique utilisées par les agence de renseignement pour contrôler et orienter l’opinion sur internet. Voici un de ces documents :

Notez le mot « magie », en haut. Il est dans la catégorie « anthropologie », et cette catégorie inclut aussi « deception ».[Ndt : tromperie] Elle est proche des catégories « psychologie » et « influence ». Il ne s’agit pas là de la magie des anciens sorciers ou de celle qu’on trouve dans The Golden Bough. Il s’agit de magie moderne, celle qui fait sortir des lapins du chapeau. Il s’agit de tromperie, sans aucune composante spirituelle.
L’opération Gladio nous a appris que tous les services de renseignement européens sont liés aux services de renseignement américains, et qu’ils travaillent fréquemment ensemble. La Process Church est née à Mayfair, à Londres ; nous pouvons donc supposer qu’elle est liée au MI6. Le MI6 se sert de la couverture offerte par le satanisme et par Crowley depuis les années 1890. Les faux DeGrimston sont juste des acteurs de la division théâtre du MI6. À chaque fois que les services secrets ont besoin d’une couverture, ils envoient des individus tels que ceux-ci. Ils travaillent dans le monde entier, et une agence de renseignement est souvent ravie d’emprunter des acteurs/agents à une autre agence.
Mais revenons à Jay Sebring :

On trouve une information très importante dans ce post : Jay Sebring était président d’une maison de disque. L’auteur du post ne nous dit pas de quel journal est tiré sa capture d’écran, nous ne pouvons donc le confirmer. Il nous dit seulement qu’il date de 1965. On dirait bien que Terry Melcher n’était pas le seul à travailler dans le milieu de la musique. Le réseau de contacts que Jay Sebring entretenait réellement commence à prendre forme, et on peut juste se demander pourquoi ce fait a été ignoré sur internet et ailleurs. Beaucoup de gens ne veulent pas que vous sachiez quoi que ce soit sur Jay Sebring, si ce n’est qu’il coupait des cheveux. Si Sebring était seulement un coiffeur, pourquoi faut-il que sa biographie soit amputée de certains éléments ?
La formation universitaire de Wojciech Frykowski – une autre victime supposée – s’est déroulée « exclusivement dans une école de cinéma en Pologne ». Il a joué dans un des premiers films de Polanski, Les mammifères, qu’il a également produit et financé. Son jeune frère Jerzy « Jerry » Frykowski est un directeur de production très connu en Europe. Bartlomiej, le fils de Frykowski, est lui aussi devenu un cinéaste. Frykowski espérait que Polanski lui trouve un boulot dans l’industrie du cinéma à Los Angeles, et nous verrons que c’est ce qui est arrivé, d’une certaine façon. Nous reparlerons de Frykowski par la suite.
Abigail Folger – une autre victime supposée – n’était pas une actrice, pour autant que je sache, mais sa condition d’héritière de la famille de producteurs de café Folger lui a permis d’entretenir des liens avec des personnalités politiques de premier plan, y compris les Kennedy. Elle avait travaillé sur la campagne de Robert Kennedy en 1968 et, comme vous vous en souvenez certainement, il a lui aussi été assassiné dans des circonstances suspectes. Sa mort a été filmée, ses blessures ne collaient pas avec les coups de feu, les photos ont été trafiquées, l’« assassin » était un pigeon, et son corps n’a plus été revu par la suite. Son père, Joseph Kennedy, était le propriétaire des studios RKO avant la guerre ; il était donc lui aussi dans l’industrie du divertissement. Ces gens produisaient des événements en permanence, et ceux-ci n’avaient pas forcément lieu sur une scène hollywoodienne. Une autre « coïncidence » : Bobby Kennedy avait dîné au Malibu Beach House le 5 juin 1968, juste avant de se rendre à l’hôtel Ambassador, où il aurait été assassiné. Sharon Tate et Roman Polanski étaient présents eux aussi à ce dîner. Vous devriez comprendre pourquoi ce n’était pas une simple coïncidence d’ici la fin de cet essai.
À l’époque où Manson vivait à San Francisco, Abigail Folger a prêté dix mille dollars au cinéma Straight situé à l’angle des rues Haight et Cole. Notez : un cinéma. Folger avait des rapports avec des acteurs et leur donnait de l’argent. Manson vivait alors sur la rue Cole, dans le même pâté de maison que la Process Church. Revenons à Los Angeles, où Folger et Manson se sont rencontrés à la maison de Cass Elliot.[5] Certains prétendent que Folger a prêté de l’argent à Manson, et si tout ceci est vrai, Folger semble être une des personnes privées qui a financé la totalité de l’opération. Folger aurait aussi donné de l’argent à Timothy Leary, au cinéaste underground Kenneth Anger, et à l’Himalayan Academy (située à proximité de l’Esalen Institute – voir plus bas pour plus d’informations sur l’Esalen).
Paul Tate
Tout ceci est déjà suffisamment parlant, mais le plus gros signal d’alerte de toute cette mascarade est le père de Sharon, Paul Tate, qui était un colonel du renseignement militaire.[6] Bien entendu, on ne sait pas exactement quelles étaient ses fonctions, mais nous savons qu’il a servi pendant 23 ans sous les drapeaux, mettant un terme à sa carrière (supposément) en 1969. Il a donc commencé en 1946. Il est intéressant de noter que c’est à cette période que le renseignement militaire a été divisé en différents services, y compris la CIA, qui a été fondée en 1947.
La famille Tate s’installa à Vérone, en Italie, en 1959. Paul était stationné à Passalacqua, le quartier général du SETAF (South European Task Force). Ceci le rattache à l’opération Gladio. Le général Maletti – le chef du renseignement militaire italien au moment des meurtres de Manson – a par la suite témoigné devant un tribunal que la CIA avait organisé de nombreuses opérations sous faux drapeau en Italie et en Europe, y compris des attentats à la bombe et des assassinats, « dans le but de fomenter un nationalisme italien capable de mettre un terme à ce qu’elle considérait comme une dérive gauchiste. » Ça vous rappelle quelque chose ? Maletti a ajouté : « n’oubliez pas que les USA étaient dirigés par Nixon, et que Nixon était un homme étrange, un politicien très intelligent mais un homme enclin à user de méthodes peu orthodoxes. » Nixon était au pouvoir en 1969, mais l’opération Gladio avait été montée par Allen Dulles plusieurs années auparavant. Elle était en grande partie financée par les États-Unis à travers la CIA, dirigée par Dulles sous Eisenhower et Kennedy (de 1953 à 1961). L’opération devint particulièrement active à la fin des années cinquante, pour contrer les mouvements « gauchistes » qui se faisaient de plus en plus pressants, surtout en Italie. Nous pouvons supposer que c’est la raison de la venue de Paul Tate et de sa famille à Vérone en 1959. Paul Tate n’était pas un simple militaire, il était colonel dans le renseignement, ce qui indique qu’il était probablement impliqué dans l’opération Gladio.
L’une de ces opérations sous faux drapeau menée dans le cadre de l’opération Gladio fut l’attentat à la bombe de la Piazza Fontana en 1969, quelques mois avant les supposés meurtres de Manson. L’attentat a tout d’abord été attribué à des anarchistes (des hippies violents, voyez-vous), mais il s’est avéré par la suite, grâce à des témoignages comme celui du général Maletti, que ces attentats étaient en fait l’œuvre de la CIA, en association avec d’autres services de renseignement occidentaux. Ceci indique que le propre père de Sharon Tate était capable d’organiser des événements sous faux drapeau, et qu’il connaissait des individus capables de l’aider dans ce type d’entreprise, comme par exemple en simulant des meurtres et en faisant porter le chapeau à des gauchistes. Vous pouvez considérer que les meurtres de Manson n’étaient rien d’autre qu’une opération sous faux drapeau de plus, du type de celles menées par Gladio contre la gauche. Ces meurtres étaient la version américaine d’une opération de Gladio.
Comment tout cela s’est-il passé, exactement ? Tout a commencé en 1962, lorsque Paul Tate a quitté l’Italie pour être transféré à Fort MacArthur à San Pedro, juste au sud de Torrance, et à environ 30 km au sud d’Hollywood. Il semblerait que le renseignement militaire ait considéré que la jolie fille de Paul Tate pourrait être utile, et qu’il a renvoyé la famille à Los Angeles pour lancer la première phase du plan. Nous avons supposé que Paul Tate a été assigné à Fort MacArthur, puisqu’il s’agissait de la seule base de San Pedro, où résidait la famille, mais il a plus probablement été assigné à la base de Lookout Mountain dans le Laurel Canyon, située à environ 40 km (voir plus bas). Ou alors il y a été transféré lorsque l’opération a commencé à prendre corps quelques années après. Sharon a déclaré, lors d’une interview donnée à Merv Griffin en 1966, que son père était en poste au Viêt Nam à cette période. C’est possible, mais il s’agit probablement là d’une histoire inventée pour couvrir la réalité. Quoi qu’il en soit, sa présence à Los Angeles était indispensable en 1967 ou 1968 pour travailler sur le grand événement impliquant sa fille. La scène a dû être montée dès 1967, lorsque Manson a été libéré de prison.
Des sources sur internet nous donnent plus d’éléments sur tout ceci.[Ndt : le lien proposé ici dans l’article original est désormais inactif] On y apprend que Paul Tate s’habillait en hippie après le meurtre supposé de sa fille, soi-disant pour tenter de découvrir qui l’avait assassinée. Ce fait est généralement ignoré ou mal interprété. Il devrait pourtant s’agir d’un énorme signal d’alerte. Nous avons là l’aveu qu’un colonel du renseignement militaire se déguisait en hippie dans le but de les infiltrer, ce juste après les meurtres. On essaie de nous faire croire que Paul Tate a pris cette initiative de son propre chef, en tant que simple citoyen. Mais s’il était réellement à la retraite à ce moment, et qu’il travaillait en tant que simple citoyen, il violait la loi. Les simples citoyens ne sont pas autorisés à faire le travail des forces de l’ordre, et après les meurtres supposés, toute implication dans l’enquête relevait de la seule autorité des forces de l’ordre, sauf pour les détectives privés qui sont contraints d’avoir une licence. Paul Tate n’était pas un père qui jouait au justicier. Il faisait son boulot. Il n’avait pas pris sa retraite. Il serait mort en 2005 à 82 ans, ce qui fait qu’il aurait eu 46 ans en 1969. Les colonels ne prennent pas leur retraite à 46 ans, sachant qu’ils n’ont plus qu’un échelon à gravir pour devenir général de brigade. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’il n’ait pas commencé à se déguiser en hippie après les meurtres, mais qu’il s’est juste fait prendre en train de se déguiser en hippie après les meurtres. Quelqu’un l’a reconnu, et la CIA a dû inventer une histoire pour justifier cet incident. Mais il avait probablement commencé son travail d’infiltration des mois auparavant, dans le cadre de l’opération. Il est probable que c’est lui qui dirigeait toute l’opération depuis le côté hippie, en portant une barbe et des t-shirts délavés. Comment est-il possible que tout le monde soit passé à côté de ça pendant 43 ans? On ne pouvait pas demander à Mae Brussell d’être au courant, dès les années soixante-dix, de tous les éléments que j’ai pu découvrir au cours de mes recherches. Mais depuis le temps, tout chercheur qui se respecte aurait dû s’apercevoir que Paul Tate était le plus gros signal d’alerte de toute la Californie.
Si vous ne croyez pas qu’un colonel du renseignement puisse s’habiller comme un hippie pour essayer d’infiltrer ce mouvement, jetez donc un œil au livre Acid Dreams, dans lequel on peut lire :
C’était une scène typique des années soixante : un groupe d’étudiants débraillés aux cheveux longs étaient assis en cercle et se passaient des joints et des pipes à haschisch. On aurait pu se trouver à Berkeley, Ann Arbor ou dans n’importe quel autre campus branché. Mais ces étudiants étaient en fait des agents du FBI, et l’école dans laquelle ils se trouvaient était connue sous le nom de « Université Hoover ». Située à la base de Quantico en Virginie, la spécialité de cette académie d’élite était l’entraînement d’agents gouvernementaux à l’infiltration d’organisations classées à gauche. Pour peaufiner leur image de rebelles immergés dans la contre-culture, les agents recevaient comme consigne de ne pas se laver pendant plusieurs jours avant d’infiltrer un groupe de radicaux. Des cours de mise à niveau étaient également donnés aux agents qui avaient déjà réussi à s’infiltrer dans la culture de la drogue de leurs diverses localités.[7]
Et ces pratiques n’étaient pas limitées au FBI, la CIA s’y mettait aussi. Tout ceci n’avait pas lieu en Virginie par hasard ; Langley se trouvait à deux pas. Le livre Acid Dreams n’est d’ailleurs pas un livre marginal. Allez voir sur Wikipedia, vous pourrez constater qu’il s’agit d’un livre respecté et largement cité par les médias dominants. Il y a bien longtemps que le gouvernement a admis ces pratiques.
En fait, nous savons que Paul Tate n’a pas pris sa retraite le 9 août. On nous dit qu’il a démissionné deux semaines avant la date prévue pour son départ à la retraite, mais sa démission a eu lieu après les meurtres. Il aurait démissionné à cause du décès de sa fille. Il s’agit là d’un signal d’alerte de plus, car les chances que la date de son départ en retraite ait été prévue tout juste deux semaines après les meurtres sont extrêmement faibles. Elles sont même nulles, puisque l’âge de départ à la retraite d’un colonel n’est pas de 46 ans. Ils peuvent partir plus tôt en retraite, bien sûr, mais il ne s’agit pas d’un départ « prévu ». Il s’agit sans doute là d’une manœuvre de diversion. Si son départ à la retraite était effectivement prévu à l’avance, pourquoi a-t-il démissionné deux semaines avant ? Il n’avait absolument pas besoin de démissionner, puisque ses supérieurs l’auraient très certainement mis en congé pour les deux semaines en question suite au décès de sa fille. En fait, on essaie de nous faire croire qu’il ne faisait plus partie du renseignement militaire lorsqu’il a été surpris déguisé en hippie. Qu’il soit en service, ou à la retraite, ou démissionnaire ne change rien : il s’agit de toute façon de la même personne. Paul Tate est de toute façon un gigantesque signal d’alerte.
Vous devriez chercher la page Wikipedia pour Paul Tate. Elle n’existe pas. Mais il y en a une pour la mère de Sharon, Doris. Le corps de l’article ne mentionne pas Paul. En général, les biographies disent quelques mots sur les époux. La fiche de Sharon le mentionne, mais il n’y a bien entendu pas de lien vers sa page, qui n’existe pas.
Pour d’autres liens étranges, jetez donc un œil à ceci :

Ce jeune homme s’appelle Wayne Mall, un ancien petit ami de la sœur de Sharon, Debra. Il a eu un accident de moto en novembre 1970, un an après les meurtres. Mais ce qui est intéressant est que nous apprenons des choses à propos de Paul Tate. En 1971, ce dernier a ouvert le salon de coiffure Tate Gallery for Men's Hair Design à Rolling Hills, situé juste à l’ouest de San Pedro, près de Long Beach. Rolling Hills se trouve aussi juste au nord de l’ancienne base militaire de Fort MacArthur. Nous avons donc là un lien évident entre Paul Tate et Jay Sebring. Depuis combien de temps Paul Tate s’intéressait-il à la coiffure ? Ou, plus exactement, depuis combien de temps la CIA s’intéressait-elle à la coiffure pour hommes ? Le nouveau salon de Tate était-il destiné à devenir une couverture pour les services de renseignement, et si c’est le cas, le salon de Sebring a-t-il été une couverture depuis le début ? On a là un indice de plus que Sebring a pu travailler pour le renseignement de la Navy. Je vais bientôt vous montrer que Sebring, Paul Tate, Susan Atkins, et Charles Watson avaient tous des liens avec des salons de coiffure.

Voici quelques photos très intéressantes de Paul Tate :


Paul Tate, le maître du déguisement. Vous avez vu comme il a rasé sa barbe et son crâne pour les funérailles dans la photo 6 ? Souvenez-vous qu’il a été reconnu alors qu’il était déguisé avec une barbe et des cheveux longs après les meurtres, alors qu’il était prétendument à la recherche des tueurs. Mais tout ceci a disparu aux funérailles. Il a radicalement changé d’apparence ; pas pour tromper des assassins qui n’existaient pas, mais pour tromper le public, les véritables hippies qu’il avait infiltrés, et les clients de son futur salon. J’ai ajouté la photo 4 pour le plaisir. Qu’est-ce qu’il se passe ici au juste? Est-ce que tout ce que font ces gens est filmé ou photographié ?
Observez la photo 5, celle où Paul Tate pose en uniforme de la Navy. Ceci pourrait indiquer qu’il faisait partie du renseignement naval, à l’origine, et non du renseignement de l’armée de terre. Nous avons là un autre lien possible entre Paul Tate et Jay Sebring, qui a fait partie de la Navy. Tous deux ont pu faire partie de l’ONI.
Paul Tate, Jay Sebring, Roman Polanski et Charles Manson avaient un autre point commun : ils étaient tous très petits. En regardant le film de NBC sur les funérailles, j’ai remarqué que Paul Tate faisait seulement 1 mètre 55, environ. Jay Sebring mesurait lui aussi à peu près 1 mètre 55. Roman Polanski était encore plus petit, avec 1 mètre 53. Charles Manson culminait lui aussi à 1 mètre 53. Quelle importance, me direz-vous? Eh bien, si Paul Tate dirigeait cette opération, il pourrait avoir recruté des gens de petite taille, comme lui. Personne n’aime donner des ordres à quelqu’un qui mesure deux têtes de plus que lui. J’imagine que lorsqu’il s’est agi de trouver un pigeon dans les prisons locales en 1967, une des principales qualités qu’on a vues chez Manson fut qu’il était extrêmement petit.

Il a du coup été un peu plus compliqué de le faire passer pour un monstre terrifiant, mais cette difficulté a été contournée assez facilement. J’ai récemment demandé à des personnes autour de moi quelle était la taille de Manson, à leur avis. Elles m’ont toutes répondu environ 1 mètre 80. Le pouvoir de la presse est incroyable.
Paul Tate s’est aussi servi de la presse pour mettre sa fille en avant dès le plus jeune âge. Elle a fait la une du magazine Stars and Stripes au début des années soixante. On la voit chevaucher un missile de l’US Army. Son père était forcément au courant. Stars and Stripes est le magazine de l’armée, et son siège se trouve au Pentagone. On nous dit qu’il aurait marqué sa désapprobation, mais c’est peu probable.

La Scène
Une preuve supplémentaire qui démontre que tout ceci n’était qu’un film se trouve dans le lieu de résidence de la « Famille » Manson. Ils vivaient au SPAHN’S MOVIE RANCH ! Wikipedia nous dit que ce ranch « était utilisé pour y tourner des westerns pour le cinéma et la télévision. Avec son terrain montagneux, son environnement jonché d’énormes rochers, et son décor reproduisant ‘‘une vieille ville du western’’, le Spahn’s Ranch était un site polyvalent utilisé pour le tournage de nombreuses productions cinématographiques ». Hmmmm. Étrange, n’est-ce pas ? Les meurtriers vivaient dans un décor de cinéma. On nous raconte que M. Spahn a autorisé la Famille Manson a occuper les lieux sans avoir à payer de loyer dès 1968. Comme c’est aimable de sa part. Bien sûr, hier comme aujourd’hui, les vieux propriétaires de ranch adorent voir traîner chez eux de jeunes hippies qui fument des joints, baisent à longueur de journée et empilent des montagnes de détritus. Heureusement pour le gouvernement, l’ensemble des bâtiments a été détruit par un incendie en 1970, empêchant toute analyse médico-légale. Il est plus que probable que la CIA payait Spahn pour qu’il héberge ses pigeons dans son ranch.
Pour soutenir cette hypothèse, nous pouvons évoquer le cas de RuthAnn Morehouse, l’une des plus jeunes Manson girls (quinze ans), qui avait été arrêtée en avril 1969 et placée dans un foyer pour mineurs. Elle a été libérée et placée sous la garde de George Spahn, qui a été désigné comme famille d’accueil par le tribunal. Hein ? Le père de RuthAnn, Dean, était encore vivant, et Spahn n’avait aucun lien avec elle. De plus, ayant dépassé les 80 ans et étant complètement aveugle, il ne pouvait pas non plus être désigné comme famille d’accueil. On peut en revanche supposer qu’il pouvait être désigné pour devenir son superviseur. Quelqu’un a simplement fait en sorte qu’elle retourne au studio, puisqu’elle était censée faire partie des meurtriers. Ed Sanders laisse entendre qu’il s’agissait là d’un élément prouvant toute l’étendue du pouvoir de Manson, mais Manson n’avait aucun pouvoir dans les tribunaux pour enfants. Les seules entités qui peuvent faire pression sur les tribunaux pour enfants sont les agences fédérales – FBI, CIA ou DIA.[Ndt : l’agence qui supervise le renseignement militaire] Tout ce qui a trait au Spahn’s Ranch empeste l’opération fédérale.
Le ranch était devenu un aimant pour les fugueurs et les délinquants juvéniles venus de tout l’état, et l’histoire officielle admet que la police de Los Angeles était parfaitement au courant. Et nous sommes pourtant censés croire que rien n’a été fait ? Reagan envoie la Garde Nationale pour arrêter des étudiants qui font des discours et qui plantent des arbres, mais lui, la police de Los Angeles et la police de l’état laissent tranquille une énorme communauté hippie dans la banlieue de Los Angeles, alors qu’il était de notoriété publique qu’on y tournait des films pornos, qu’on y pratiquait le nudisme, qu’on y accueillait des filles mineures, qu’on y vendait de la drogue, qu’il s’y trouvait des jeunes filles kidnappées, des voitures volées et des armes en quantité, qu’on y donnait des fêtes bruyantes qui duraient toute la nuit, que les voisins avaient été menacés, qu’il y avait des courses de buggy et de moto, qu’on y fraternisait avec des gangs de bikers et des satanistes, et ainsi de suite ? Nous sommes censés croire que les autorités locales ne se sont pas contentées de détourner le regard devant les activités du Spahn’s Ranch, mais qu’elles y ont renvoyé une jeune fille de quinze ans, en la confiant à Mr. Magoo, je veux dire George Spahn ?
Une autre chose curieuse à propos du Spahn’s Ranch : la Transcontinental Development Corporation achetait des terrains tout autour du ranch, et elle souhait également se porter acquéreur du ranch. Mais au lieu de vendre sa propriété – qui ne valait pas un clou, et dont on nous dit qu’elle subsistait grâce à des balades en poney – Spahn a préféré la laisser telle quelle, c’est à dire un refuge gratuit pour les ex-détenus, les camés et les strip-teaseuses. Le refus de Spahn de vendre son ranch ne peut s’expliquer que s’il était extrêmement bien rémunéré par le gouvernement pour laisser les lieux en l’état, c’est à dire un décor de cinéma pour des acteurs et des agents, qui servait de centre opérationnel pour l’opération CHAOS.
Pour résumer, Manson et sa Famille vivaient dans un décor de cinéma ; la scène du crime était la demeure d’un réalisateur célèbre pour ses films d’horreur satanistes ; la victime principale était une actrice ; au moins deux autres victimes étaient des acteurs ; le père de la victime principale était colonel dans le renseignement militaire. Mais personne ne s’est jamais demandé s’il ne s’agissait pas d’un film financé par le gouvernement ? Cette question est-elle si difficile à poser ? Pourquoi Mae Brussell n’est-elle jamais allée jusque là ? Pourquoi personne ne s’est posé cette question en 43 ans de recherches, qui ont produit des millions de pages écrites par des milliers de personnes ?
Partie 2 : le procès
Avant d’en venir à d’autres preuves explosives, arrêtons nous quelques instants sur le procès de Manson. Je ne puis rentrer dans le détail – il faudrait écrire un livre. Mais tous ceux qui ont étudié ce procès savent qu’il s’agissait d’une mascarade. On peut trouver dans les archives de l’UCLA une vidéo dans laquelle on voit Vincent Bugliosi [ndt : le procureur] se vanter que ce procès était le plus coûteux de l’histoire, et ce record tient probablement toujours. Il nous dit également que ce procès a reçu plus de publicité que n’importe quel autre dans l’histoire des États-Unis, et il a sans doute raison là aussi, même lorsqu’on compare ce procès à celui d’O.J. Simpson ou au procès dit du singe. Vous devriez d’ailleurs vous demander pourquoi ce procès a donné lieu à un tel cirque médiatique. Aucun autre procès n’a jamais été aussi théâtral. Les rôles principaux semblent avoir tous été choisis par un directeur du casting qui cherchait des visages à la fois beaux et expressifs, et des personnalités mémorables. Vous devriez vous demander quelles sont les probabilités pour trouver autant de personnes aussi photogéniques dans un procès. Les filles au visage disgracieux ne se font-elles donc jamais arrêter pour des meurtres « sectaires » en Californie ? Non ? Seulement les jolies filles ?
Certains d’entre vous diront : « D’accord pour Kasabian et Van Houten, peut-être. Mais Susan Atkins, une jolie fille ? C’était un chien fou ! » Oh, vraiment ?

Il s’agit de Atkins à 27 ans. Ils ont fait en sorte qu’elle ait l’air vilain sur certaines photos anciennes, mais on peut enlaidir n’importe qui. On pourrait faire en sorte d’enlaidir Nicole Kidman. On ne peut pas faire en sorte que n’importe qui ait l’air aussi plaisant. Et je dirais qu’elle s’est même améliorée avec l’âge. Je demande donc une fois de plus quelles sont les probabilités pour assembler un groupe de jeunes fugueurs dont la majorité ressemble à des vedettes de cinéma ? Certains diront qu’on était à Hollywood, et que Hollywood attire les gens au physique agréable. D’accord, mais ces gamins ne passaient pas d’audition pour un film – du moins pas d’après l’histoire officielle. Et nombre d’entre eux ont été ramassés à San Francisco. Leurs physiques devraient être ceux qu’on retrouve dans un groupe de gamins moyens. Je ne devrais pas avoir à vous le rappeler, mais le pékin moyen n’a pas un physique aussi agréable. Dans un groupe d’une vingtaine de personnes, on peut s’estimer chanceux si on trouve une seule personne aussi attirante, homme ou femme. C’est ainsi. Et ils ne sont pas les seuls :
Il s’agit de Nancy Pitman, Rachel Morse et Sandra Good, trois autres beautés arrêtées ou désignées comme des Manson girls. Nancy Pitman ressemble à Helen Slater (Supergirl, 1984). Et Morse a quelque chose de Mariel Hemingway. Ces filles ressemblent plus aux anges de Charlie dans la série Drôles de dames qu’aux filles de Charlie Manson.
On pourrait dire la même chose pour les hommes. Bobby Beausoleil ressemblait beaucoup à Robert Downey, Jr.
Charles Watson était un bel homme, grand et ténébreux :
Que dites-vous de Paul Watkins ?
Un très joli garçon, dans le genre de Johnny Depp ou Davy Jones. Même Barbara Hoyt était attirante en 1969 :
Enlevez-lui ses lunettes de grand-mère et elle est presque aussi jolie que ses très jolies camarades. Ces photos sont censées avoir été prises par la police après son arrestation. Mais elles posent de nombreux problèmes. Pourquoi avoir rayé la partie inférieure de l’image ? Parce qu’elle porte un chemisier différent dans les deux photos. Voyez comme le col remonte beaucoup plus haut sur son cou dans la seconde photo, et comme le chemisier est sombre sous le col. Même sans les différences entre les cols et les chemisiers, on peut voir que les deux photos n’ont pas été prises au même moment. Les cheveux ont changé. Observez les cheveux détachés sur les côtés. Dans la première photo, ses cheveux sont assez déliés autour des oreilles, avec de grandes mèches pendantes. Dans la seconde photo, ses cheveux sont attachés, avec seulement deux petites mèches visibles sur le côté. Mais la plus grande différence se trouve dans la taille de la tête. Est-ce que le fait de se tourner sur le côté lui a fait grossir sa tête de 10 % ?
Et les étrangetés ne s’arrêtent pas là. Regardez attentivement cette photo, qui a été supprimée, des trois « tueuses » :

On se croirait sur une scène de théâtre. Et on a l’impression que les costumes sortent tout droit de la loge d’une comédienne. Elles ne ressemblent ni à des sorcières, ni à des hippies, ni à quoi que ce soit d’autre. Elles ressemblent à l’idée que se fait un réalisateur de la CIA de ce que sont des « jeunes filles à la mode ». On a l’impression que Van Houten a été habillée pour tourner dans un épisode de Star Trek. Même la perruque de la policière semble tout droit sortie de la loge d’une comédienne. Est-ce que ça ressemble à un véritable uniforme de policière ? Regardez sa taille ! Pensez-vous que les policières portaient des vestes cintrées à la taille dans les années 60 ? Non seulement sa taille fait environ 60 cm, mais sa veste est parfaitement ajustée. Montrez-moi une seule véritable policière qui s’est déjà habillée avec une veste comme celle-là, et je vous donne une récompense. Ce costume n’a pas été fourni par l’état, mais par Hollywood.
On peut se demander pourquoi la photo ci-dessus a été supprimée... D’autres problèmes de continuité :
Même jour, mêmes robes, même couloir. C’est là qu’elles se mettent à chanter, vous vous souvenez ? Mais avant de vous montrer le problème de continuité, jetez un œil à la policière. Wow. Elle est encore plus belle que Van Houten (qui est en bleu). À vrai dire, on dirait presque des sœurs, avec leurs jolis cous élancés. Vous pensez qu’ils recrutaient des policières sur le plateau de Ma sorcière bien-aimée ? Est-ce que c’est Serena ? De qui se moque-t-on ? Qui pourrait croire à tout ceci ? Mais le problème de continuité se trouve dans la position du badge. La policière le porte à droite de sa poitrine. La policière dans la photographie du dessus, celle avec la perruque blonde, le porte sur le côté gauche. Et aucune des deux images n’est inversée. Dans la première photo, nous voyons aussi la seconde policière, qui porte son badge côté droit. C’est un problème majeur, car la position du badge est déterminée réglementairement. On ne vous laisse pas coller votre badge n’importe où. Les badges de police sont censés être portés sur le torse, au-dessus de la poche gauche.
Le scénario
Bugliosi a admis que « les six tueurs se sont avérés si incroyablement déconnectés de la réalité, avec des styles de vie et des philosophies si inhabituels, que lorsque leurs identités ont été révélées, ils ont en fait volé la vedette aux victimes. » Considérant que les victimes de la résidence de Tate/Polanski étaient des jet-setters, des actrices et des stylistes, on peut trouver cela assez incroyable. Avec le recul, on peut dire sans craindre la contradiction que les acteurs de la « Famille » Manson ont très largement surjoué leurs rôles, et que la scène est devenue de plus en plus surréaliste. Vers la fin, toute apparence de réalité avait été oubliée depuis longtemps, et la seule raison qui explique que le scénario a été un succès réside dans la naïveté du public des années soixante, pour qui la télévision était une nouveauté et qui était donc bien plus crédule qu’aujourd’hui.
Sur la vidéo donnée en lien ci-dessus, on peut voir Bugliosi dire au reporter que les meurtres de Manson sont « les meurtres les plus étranges, les plus sauvages et les plus cauchemardesques jamais vus », et que Linda Kasabian « était extrêmement émue en décrivant la première nuit d’horreur » lors de son témoignage. Malheureusement, il existe une vidéo de Kasabian dans laquelle on la voit peu après ce témoignage, parcourant le hall dans sa robe toute droit sortie de La petite maison dans la prairie, et elle affiche un large sourire. Le cameraman lui renvoie son sourire. S’agit-il de l’émotion dont parlait Bugliosi ? Observez bien Bugliosi : il est visiblement en train de lire un texte. Les téléprompteurs n’existaient pas encore. Bugliosi lit un script placé devant lui, vers le bas et hors champ. Nous n’avons pas seulement droit aux « meurtres étranges, sauvages et cauchemardesques », on nous sert également les « cris horribles, atroces ». Tout cela est tellement poétique. Les questions sont elles aussi prévues dans le script, puisque que Bugliosi n’a même pas besoin de parcourir son texte pour y trouver une réponse. Quant aux journalistes, ils récitent leurs partitions comme de vrais professionnels.
Je vous renvoie également à 1:00 sur cette vidéo, où Barbara Hoyt donne un témoignage aux journalistes dans le couloir menant à la salle d’audience. Hoyt n’est pas la fille la plus intelligente du monde, mais même elle se demande : « je ne sais pas si je devrais » parler aux journalistes, avant de jeter un regard circulaire. Apparemment, ses référents lui donnent l’autorisation de parler, et elle raconte le moment où elle a surpris une conversation d’Atkins. La vidéo est coupée, donc les gens pourraient penser qu’elle n’a rien raconté du tout, mais après la coupure, le journaliste remarque qu’elle n’a raconté qu’une minute de la conversation, alors qu’il y a en fait cinq minutes de conversation. Le journaliste réclame ses cinq minutes. Dans le monde réel, si Hoyt avait bavardé ainsi pendant une minute, cela aurait suffi à faire annuler le procès. Mais pas ici. Je suis surpris qu’ils n’aient pas emmené les filles en salle de presse pour qu’elles y donnent leurs témoignages directement au public à l’antenne. Ça aurait grandement simplifié les choses. Le journaliste est ici très amusant ; il dit « nous voulons juste que vous nous disiez ce qu’il s’est passé pour l’ajouter au dossier ». Quel dossier ? Aux dernières nouvelles, le « dossier » se trouve en salle d’audience, pas dans le couloir.
Nous avons vu la fausse publicité, intéressons-nous à présent au coût du procès. Il s’agissait du procès le plus cher de l’histoire, mais il ne s’agissait que d’un demi-procès. Il y avait une accusation, mais pas de défense. Le coût a donc entièrement reposé sur l’accusation. La défense n’a pas appelé un seul témoin. Les avocats de Manson n’ont pas jugé utile de faire subir un contre-interrogatoire aux témoins de l’accusation, et le juge a empêché Manson de le faire lui-même – alors que Manson avait demandé à se représenter lui-même. Comparez donc avec le procès d’O.J. Simpson, où la majeure partie des dépenses a été effectuée par la défense. Simpson avait engagé certains des avocats les plus onéreux du pays, parmi eux Alan Dershowitz, F. Lee Bailey, et Robert Shapiro. Il a dépensé environ 6 millions de dollars pour assembler son équipe de huit avocats. Mais Manson n’a pas été autorisé à se défendre du tout, que ce soit avec ses avocats ineptes ou par lui-même. Le premier avocat de Manson s’appelait Ronald Hughes. C’est à l’occasion de ce procès qu’il fit sa première apparition devant un tribunal. Il était avocat depuis moins d’un an. Hughes a disparu au cours du procès, puis fut « retrouvé mort » par la suite. On peut supposer que c’est parce qu’il voulait réellement faire son métier, ou qu’il est tombé sur quelques unes des preuves que je vais vous montrer. Ou alors il s’agissait d’une fausse mort de plus, ajoutée au scénario pour diaboliser un peu plus les hippies. Les médias ont laissé entendre que la Famille de Manson l’avait éliminé, mais pourquoi auraient-ils supprimé la seule personne qui était de leur côté ? On sait que Hughes a protesté de manière véhémente lorsque le juge a refusé de laisser Van Houten témoigner que Manson n’avait rien à voir avec les meurtres. Si Hughes a vraiment été tué, l’accusation avait beaucoup plus de raisons de s’en débarrasser.
Bien qu’il se fût agi du procès le plus onéreux de l’histoire du système judiciaire américain, aucun changement de salle d’audience n’a été autorisé en dehors de Los Angeles. Aucun ajournement n’a été accordé. Malgré cela, le procureur a été autorisé à ajouter au dossier des magazines et des articles de journaux, comme le magazine LIFE. Ces articles portaient des titres tels que « Les meurtres de la Famille Manson ». Notez qu’ils ne parlaient pas des meurtres supposés de la Famille Manson. Le juge autorisait l’ajout de pièces qui avaient déjà décidé de la culpabilité des accusés !
Il n’y avait aucune véritable preuve contre Manson, et l’accusation a même admis qu’il n’était pas présent sur les scènes des meurtres, et qu’il n’y avait pas participé. Il a été condamné pour les avoir planifiés, pas pour les avoir commis. Il a été condamné uniquement sur la base des témoignages des meurtriers supposés, qui se sont retournés contre lui sous la pression de l’état. Ces témoignages provenaient de jeunes filles qui avaient pris tellement de drogues qu’elles arrivaient à peine à parler. Il est reconnu que les principaux témoins de l’accusation avaient pris au moins 300 doses d’acide chacune au cours de leur brève existence ; elles avaient donc la cervelle cramée. Le témoin principal était Linda Kasabian qui, bien que n’ayant pas non plus participé activement aux meurtres, a tout de même été inculpée pour sept meurtres, ce dans le but de la terroriser. Elle a reçu l’immunité en échange de son témoignage. Susan Atkins était un autre témoin principal. Il lui a été offert l’immunité contre la peine de mort en échange de son témoignage contre Manson. Mais après avoir commencé à charger Manson, Atkins a repris ses esprits et est revenue sur son témoignage initial. Kasabian a quant à elle montré de nombreux signes qu’elle était coachée par l’état, et qu’elle était visiblement en train de répéter une histoire qui lui avait été fournie.
Il y a aussi le problème des 25 empreintes digitales non identifiées trouvées à la maison de Sharon Tate. Dans n’importe quelle enquête normale, ça serait impossible. Au vu de la durée de l’enquête et du nombre de personnes interrogées (tous ceux qui se sont rendus aux fêtes données dans la maison les deux années précédentes, par exemple), il est inconcevable qu’autant d’empreintes digitales restent non identifiées. Ceux qui tiraient les ficelles ont commis une erreur en laissant la police communiquer sur toutes ces empreintes digitales, car cela montre que l’accès à la scène du crime n’était pas limité aux seuls enquêteurs « officiels ». On a là une indication évidente de la présence d’une équipe invisible de la CIA ou du FBI, présente sur les lieux pour mettre en scène et photographier ces faux meurtres. Certains avocats de Manson ont évoqué ce problème, mais ils n’en tirent bien entendu pas les mêmes conclusions que moi. Ils font remarquer qu’il y a un très grand nombre d’empreintes digitales, et que ce fait doit donc amener à s’interroger sur l’identité des véritables assassins (ils le font surtout dans le procès de Krenwinkel), mais ils ne semblent pas avoir correctement interprété ces indices – ce qui les aurait amené sur la piste des véritables personnes à qui appartenaient ces empreintes.
Pour couronner le tout, le président Nixon a déclaré que Manson était coupable en plein milieu du procès.

Le jury a vu ce gros titre lorsque Manson a montré le journal au tribunal. Malgré ça, il n’y eut toujours pas d’annulation du procès. Le juge a demandé aux jurés si cette manchette les avait influencés. Ils ont répondu qu’ils n’avaient pas été influencés. Je suppose que si Jésus était apparu sur un buisson ardent en pleine salle d’audience en disant que Manson était coupable, il n’y aurait toujours pas eu d’annulation du procès. Tous les jurés auraient pu passer sur le Merv Griffin Show pour y raconter ce qui se disait au procès et ce qu’ils en pensaient. Mais s’ils promettaient au juge qu’ils sentaient toujours aussi purs après l’avoir fait, il n’y aurait pas eu d’annulation du procès.
Souvenez-vous qu’en plus de ce titre de journal, le juge a accepté comme pièces à conviction des articles de magazines comme LIFE ou autres, et ce même si ces articles avaient déjà jugé Manson et les autres accusés coupables, en se fondant sur des ragots et des rumeurs. Alors pourquoi faire tout un foin de cette déclaration de Nixon ? Pour rester logique avec lui-même, le juge aurait dû prendre le journal des mains de Manson, et l’ajouter au dossier comme « pièce à conviction ».
Pour vous convaincre un peu plus que les procès de Manson et Atkins étaient une farce, lisez donc cet article en date du 7 septembre 1970. On y apprend que deux avocats de la défense avaient passé plusieurs nuits en prison pour outrage pendant les procès, et qu’un troisième (Hughes) était si pauvre qu’il n’avait pas de quoi s’acheter un costume pour plaider au tribunal. Il a dû emprunter une veste à un journaliste. L’article relate également que l’ambiance durant les procès, qui aurait dû être au minimum morose, était au contraire enjouée et que les rires fusaient de toutes parts. Les personnes présentes aux audiences se rendaient bien compte à quel point toute cette affaire n’était qu’une comédie.
Nous pouvons voir un aspect de cette mascarade dans cette interview donnée par Bugliosi. Celui-ci nous dit qu’on a refusé à Manson son droit à l’habeas corpus parce qu’il n’était pas pro per (ou pro se) au moment de sa demande. Ce qui signifie que Manson n’avait pas le droit de faire une demande à la cour parce qu’il ne se représentait pas lui-même. Bugliosi nous dit que c’était à l’avocat de Manson de faire une demande à la cour, car Manson n’avait pas de statut devant le tribunal. C’est totalement faux : n’importe qui peut faire une demande d’habeas corpus auprès d’un juge. Tout prisonnier est automatiquement habilité à faire une demande d’habeas corpus, et ça n’a rien à voir avec le fait que vous soyez représenté par un avocat ou pas. En droit commun anglais, l’habeas corpus est aussi appelé le « great writ » [ndt : le grand acte juridique], et il a la force d’une décision de justice. Il ne peut être ignoré par un juge, ni écarté au profit d’un point de procédure tel que pro per. Le fait de voir Bugliosi nous dire sans sourciller qu’un juge a écarté l’habeas corpus en se fondant sur pro per est la preuve d’une corruption inouïe. Dans n’importe quel autre procès, cela aurait été le signe d’une corruption qui dépasse l’imagination, mais dans le cadre du procès de Manson, ce n’était qu’un incident parmi d’autres.
Souvenez-vous qu’une personne accusée de meurtre qui ne peut s’offrir les services d’un avocat s’en voit un commis d’office. Donc si un juge pouvait refuser l’habeas corpus à tous ceux qui ont déjà un avocat, personne ne pourrait jamais invoquer l’habeas corpus. C’est ce qui est arrivé à Manson. Lorsque sa demande personnelle a été rejetée, son avocat a-t-il été autorisé à faire une demande d’habeas corpus à sa place ? Apparemment pas. Vous n’avez droit qu’à un seul essai, d’après le grand Bugliosi. Une fois que vous vous êtes faits avoir sur un détail de procédure, votre avocat est définitivement muselé.
À la fin du procès, Manson a été autorisé à faire une déclaration, mais on a fait sortir le jury de la salle d’audience. Il s’agissait d’empêcher Manson d’impliquer les autres prévenus, et la cour s’est appuyée sur l’affaire People vs. Aranda pour justifier sa décision. Mais il s’agissait là d’une décision absurde, puisque les autres prévenus avaient impliqué Manson durant des semaines. Sa condamnation a uniquement été fondée sur les témoignages des autres prévenus. Le procès a été une parodie de justice dès le premier jour. Bugliosi a non seulement été autorisé à forcer la main de Manson et des autres, mais il a aussi pu monter une histoire pour la presse. Son livre Helter Skelter [8] est considéré comme une référence, même s’il ne s’agit que d’une œuvre de fiction. On peut supposer que c’est la CIA qui lui a fourni le scénario de cette histoire.
Dans une interview incroyable donnée juste après le verdict, Bugliosi souligne lui-même les problèmes qui pourraient justifier un appel. Il mentionne l’énorme publicité donnée avant le procès, qui a forcément influencé l’ensemble du jury (comme c’était l’objectif). Il mentionne la disparition de Hughes, l’avocat de Manson. Il mentionne la déclaration de Nixon reprise en une de la presse. Et il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Mais la question qu’il convient de se poser dans ce contexte est pourquoi le procureur général donnerait-il publiquement des conseils à la défense pour qu’elle puisse faire appel ? Il est clair que ceux qui tiraient les ficelles de ces événements souhaitaient qu’ils restent le plus longtemps possible en une des journaux. L’accusation voulait que le plus de prévenus possible fassent appel. C’est un fait sans précédent, mais il permet de comprendre la déclaration de Nixon. Il ne s’agissait pas d’une déclaration improvisée ; Nixon lisait ses fiches à ce moment-là. Cette déclaration était préparée à l’avance. Personne ne semble avoir compris pourquoi il avait fait ça. Pourquoi le président voudrait-il affaiblir l’accusation d’une manière aussi spectaculaire ? Nixon était lui-même avocat. Il savait parfaitement ce qu’il faisait. Il savait que cette déclaration allait avoir une influence extraordinaire, qu’elle ferait les gros titres des journaux, et qu’elle impacterait le procès. Pourquoi l’a-t-il donc faite ? Parce qu’il savait que le verdict était couru d’avance, et qu’il n’y avait aucune chance pour que Manson finisse par gagner. Mais Nixon, tout comme Bugliosi, souhaitait voir autant d’appels que possible, ce qui permettrait de prolonger la présence de cette histoire en une des journaux et à la télévision. Il s’avère que cette affaire est toujours médiatisée 43 ans après.
Les procès en appel furent tout aussi absurdes que les premiers procès. Aucun autre procès n’a jamais été aussi monumentalement entaché d’irrégularités que les premiers procès de Manson et des membres de sa « Famille ». Il y avait littéralement des milliers de points sur lesquels la défense pouvait s’appuyer pour faire appel, et tous ceux qui ont suivi ces procès s’attendaient à ce que la cour d’appel annule les condamnations, ou à ce qu’elle renvoie les prévenus en assises pour un nouveau procès. Confirmer les premiers jugements revenait à reconnaître que le système judiciaire américain était fini. Je pense que même Bugliosi s’attendait à une décision de ce type, et qu’il espérait ainsi pouvoir épater la galerie pendant une année supplémentaire. Mais ce n’est pas ce qu’il s’est passé. J’imagine que le gouvernement a estimé qu’il avait déjà tiré tout ce qu’il pouvait de cette histoire. À ce moment-là (1975-76), Nixon avait démissionné, Hoover était décédé, et la guerre du Viêt Nam était terminée. On peut trouver l’intégralité de l’arrêt de la cour d’appel sur law.justia.com, et je vous recommande de l’étudier si le droit vous intéresse. Cette décision de la cour d’appel est peut-être encore plus malhonnête que le premier jugement, puisqu’elle a été rendue par des juges censés connaître la loi, et non par un jury. On peut s’attendre à ce que des avocats fassent fi de la logique et que des jurés soient ignorants, mais le spectacle d’une telle corruption venant de juges d’appel est extrêmement déconcertant. Tant que les juges sont honnêtes, les avocats et les jurés peuvent être maintenus dans le droit chemin. Mais si les juges sont corrompus, alors tout le système s’effondre. Et c’est bien ce qui s’est passé : cet arrêt a sonné le glas du système jurisprudentiel anglais. À partir de ce moment, les tribunaux – comme tout le reste – seront contrôlés par le renseignement militaire.
Je vais citer l’exemple le plus grave de cette corruption. La cour d’appel a admis que le procureur en chef Bugliosi avait rencontré Manson en privé à de nombreuses reprises, ce sans le consentement de l’avocat de Manson, Kanarek. La cour d’appel a admis qu’il s’agissait là d’une violation « grave » des Miranda Rights de Manson.[Ndt : le droit à garder le silence] Elle a admis que cela constituait une violation par Bugliosi des règles de conduite professionnelle, en allant jusqu’à citer la clause spécifique : Bus. & Prof. Code, § 6076. Mais la cour d’appel a choisi – mystérieusement et sans explication – de ne prendre aucune décision sur tous ces points. Elle n’a ni annulé les condamnations, ni renvoyé Manson devant un tribunal pour y être rejugé, ni envoyé Bugliosi devant une instance disciplinaire.
J’ai choisi de citer cet exemple de corruption plutôt qu’une centaine d’autres, parce qu’il donne du crédit à mon hypothèse, en ce sens qu’il montre que Bugliosi a pu discuter du scénario avec Manson. Si le procès est entièrement scénarisé et contrôlé, alors il faut que les deux parties puissent comparer leurs notes et élaborer des plans ensemble. Aucune pièce de théâtre n’est entièrement improvisée : les acteurs ont besoin d’être guidés en permanence, pour éviter les erreurs et les problèmes de communication. Mais au cours d’un procès, les circonstances peuvent faire qu’un acteur comme Manson peut se retrouver totalement isolé, et donc dans l’incapacité de connaître les modifications dans le scénario. Voilà pourquoi les entretiens privés avec Bugliosi étaient nécessaires.
Partie 3 : la Famille
Étudions à présent le scénario de Bugliosi d’un peu plus près. Posez-vous cette question : les ex-taulards clochardisés d’1 m 53 tels que Manson ont-ils « un don pour attirer les adolescentes rebelles » ? En ont-ils un de nos jours ? Et en 1969 ? Non. Ce qui attire les jeunes filles, ce sont l’argent et la célébrité, et Manson n’avait (ou n’aurait dû avoir) ni l’un ni l’autre. On découvre en étudiant l’histoire récente que les adolescentes rebelles ont tendance à être attirées vers divers programmes de lavage de cerveau dirigés – d’une façon ou d’une autre – par le gouvernement. Et ce n’est pas tant que ces filles sont attirées par ce type de programmes, mais plutôt qu’elles ne peuvent y échapper. Ces programmes sont comme un vortex dont ne peuvent s’extraire les jeunes gens impressionnables.
D’après la journaliste d’Associated Press Linda Deutsch, qui a participé à une émission spéciale d’A&E intitulée The Manson Girls, le truc de Manson « était qu’il recrutait des filles à la fois très jeunes et très impressionnables, à une période de leurs vies où elles avaient des problèmes d’identité, et où elles ne savaient pas comment s’intégrer dans la société. » Mais il s’agit là encore d’une manœuvre de diversion. C’est en effet un bon truc, mais ce n’était pas celui utilisé par Manson. C’était le truc des militaires et de la communauté du renseignement, qui a recruté ses propres enfants dans le cadre de cette affaire montée de toutes pièces. Puisque ces enfants étaient leurs propres enfants, ils étaient doublement impressionnables. Ils voulaient faire plaisir à leurs parents. Ces actrices, tels que Sharon Tate, Lynette Fromme et Susan Atkins, n’étaient pas les plus rebelles de leur génération, elles étaient au contraire les moins rebelles. C’étaient de petites filles à papa, qui ont fait leur part du boulot pour protéger l’Amérique contre les cocos et les activistes opposés à la guerre.
Ci-dessus, la Famille Manson. Ils ont l’air vraiment dangereux, pas vrai? Au moins aussi dangereux que les membres de The Brady Bunch.[Ndt : une série télévisée familiale du début des années soixante-dix]
Nous devrions aussi rappeler que Manson entretenait des liens avec les victimes avant les meurtres. Ce point est le plus souvent ignoré de la version standard, selon laquelle Manson pensait que Terry Melcher vivait au 10050 Cielo Drive.[Ndt : l’adresse de Sharon Tate et Roman Polanski dans le Benedict Canyon] Les meurtres nous sont donc présentés comme étant survenus presque par hasard. Il y a cependant ce témoignage de Layne Wooten, qui affirme avoir vu Manson en juillet 1969 dans le Topananga Canyon, installé dans une Ferrari rouge en compagnie d’une femme portant un foulard sur la tête.[9] On nous a raconté que cette Ferrari appartenait à Dennis Wilson, le membre des Beach Boys, mais ceci n’a jamais été confirmé. On sait en revanche que Sharon Tate en possédait une. Elle a été retrouvée devant un salon de beauté peu après les meurtres. Et c’est probablement Abigail Folger qui se trouvait assise aux côtés de Manson. Ils étaient tous deux liés via l’institut Esalen, puisqu’ils y ont été vus au cours des mois précédents. La Himalayan Foundation (une autre couverture de la CIA) est un autre lien entre eux : Folger lui a versé de l’argent, et Manson y a passé quelques temps. Folger a aussi participé à des levées de fonds montées par sa mère en faveur de la clinique d’Haight-Ashbury à San Francisco, au moment où des membres féminins de la Famille Manson y recevaient un « traitement ». Il existe donc non seulement des liens entre Folger et Manson, mais aussi entre elle et les filles de la Famille. Il s’agit d’ailleurs probablement du lieu où les filles ont été auditionnées et briefées pour le futur film sur Sharon Tate.
Cette clinique d’Haight-Ashbury s’avère être un énorme signal d’alerte, puisqu’il se trouve que David Smith et Roger Smith dirigeaient cet établissement en 1968. David Smith est un personnage à la fois sombre et bien connu, recouvert de signes montrant ses liens avec la CIA. On notera que sa date de naissance n’est pas indiquée par Wikipedia, et qu’il ne semble pas avoir eu de vie avant 1967, la date de la création de la clinique. On essaie de nous faire croire qu’il a fondé la clinique à l’âge de 28 ans, alors qu’il venait de sortir de la faculté de médecine. Mais une biographie qui est désormais épurée lui donnait trente-deux ans au moment de la création de la clinique.[10] Il suffit de savoir que Manson a été libéré de prison le 21 mars 1967, et que la clinique a ouvert ses portes le 7 juin 1967. Manson a quitté la prison de Terminal Island à San Pedro (eh oui, San Pedro, la ville où vivait la famille Tate depuis 1962) puis a immédiatement demandé la permission de pouvoir se rendre à San Francisco. À la fin du mois d’avril, il vivait à Haight-Ashbury. L’été 1967 a vu la prolifération du LSD dans les rues, ainsi que l’apparition du STP et du PCP, dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant. Comme par hasard, l’épicentre de cette explosion de drogues se trouvait à Haight-Ashbury. Pourquoi la formule du STP a-t-elle été largement distribuée au sein de la communauté scientifique par la DOW Chemical Company, pourquoi pouvait-on trouver cette drogue de synthèse dans la rue à bas prix, et pourquoi a-t-elle fait son apparition à Haight-Ashbury en 1967 ? On pourrait poser les mêmes questions en ce qui concerne le PCP. Pourquoi ce tranquillisant pour animaux, jusqu’alors distribué par Parke-Davis, s’est-il soudainement retrouvé dans les rues, vendu à bas prix, et pourquoi ce phénomène a-t-il là encore débuté à Haight-Ashbury ? Si vous pensez que les hippies sont soudainement devenus des experts en chimie et qu’ils se sont mis à concocter ces substances eux-mêmes, c’est que vous n’avez jamais rencontré de véritable hippie. Des documents aujourd’hui déclassifiés montrent que les jeunes gens de Berkeley servaient de rats de laboratoire pour des programmes gouvernementaux centrés sur la drogue, et que celle-ci était fournie par des laboratoires d’universités ou directement par le gouvernement (voir le c.v. du dr. Wayne O. Evans, par exemple). Pour d’autres exemples plus récents, vous pouvez vous intéresser à la façon dont le crack et la cocaïne ont été introduits en Californie au début des années 80 par la CIA, avec cette fois les noirs et les hispaniques comme cibles (cf. Gary Webb, Dark Alliance).
On passera rapidement sur Roger Smith : tout ce qu’il convient de savoir est qu’il était l’agent de probation de Manson en 1967 avant de « mettre en place un programme de conseils sur le traitement des addictions à la drogue en relation avec la clinique d’Haight-Ashbury ».[11] Sûrement une coïncidence, pas vrai ? Non, pas vraiment. Dans son livre, Ed Sanders l’appelle d’abord Roger Smith, puis dr. Roger Smith à la page suivante. Les agents de probation sont rarement docteurs en médecine. Roger Smith a-t-il fait huit ans d’études de médecine, avant de devenir interne entre 1967 et 1968 ? Non, Roger Smith était le référent de Manson pour la CIA, pas son agent de probation. Après que Manson se soit vu assigner son nouveau rôle, Roger Smith est allé à la clinique de Haight-Ashbury, qui n’est rien d’autre qu’une couverture de la CIA. Curieusement, Roger Smith a aussi recueilli le bébé de Manson, Pooh Bear, en tant que famille d’accueil suite à l’arrestation de sa mère, Mary Brunner, à Mendecino en juin 1968. Les référents de la CIA peuvent faire ce genre de choses. Pas les agents de probation.
Je tiens à souligner que je ne sous-entends pas que Manson ou quelqu’un d’autre était sous contrôle mental. Les drogues d’Haight-Ashbury étaient avant tout une attaque directe contre l’esprit des hippies, mais il ne s’agissait pas de contrôle mental. Ces drogues sont des tranquillisants, des inhibiteurs ou des substances qui sèment la confusion dans l’esprit de leurs consommateurs. La théorie du Candidat Mandchou est une diversion de plus, tout du moins dans cette affaire. Je ne nie pas l’existence de MK-ULTRA, ou que ce programme était centré sur le contrôle mental, mais dans le cas des meurtres supposés de Tate et des Kennedy, les théories sur le contrôle mental sont du même tonneau que celles sur le satanisme. Ce sont des pistes bidons, créées pour vous tromper. Si ces meurtres ont été simulés, et que tous les acteurs étaient des agents stipendiés, alors personne n’avait besoin d’être sous contrôle mental. Voici pourquoi le gouvernement voit d’un bon œil les théories sur le contrôle mental ou le satanisme : ces théories incluent toujours de véritables meurtres et de véritables cadavres ; l’histoire qu’il a concoctée est donc toujours intacte. Vous êtes autorisés à théoriser tant que vous voulez sur ces sujets, en compagnie de Mae Brussel et des autres. La seule théorie que vous n’êtes pas autorisés à explorer est celle qui est correcte : les meurtres ont été simulés.
Bien entendu, je ne suis pas cette théorie parce que je penserais que la CIA répugnerait au meurtre. Je suppose que ces agences gouvernementales sont prêtes à tout pour maintenir leur hégémonie, à la fois sur le territoire national et à l’étranger. Et, bien que je n’ai pas enquêté à fond sur chaque meurtre en lien avec l’affaire Manson, il est possible que certaines personnes aient effectivement pu mourir dans le cadre du tournage de ce film. Je me contente simplement d’analyser les éléments que j’ai pu trouver, et ils m’indiquent que les meurtres principaux de cette affaire ont été simulés. J’ai tout d’abord réalisé que Sharon Tate n’a jamais été assassinée, et je vais bientôt vous le prouver. Ceci m’a amené à réaliser que les morts de Sebring, Frykowski et Folger avaient elles aussi été simulées. Ce qui signifie que l’opération était prévue pour n’être qu’une simple arnaque, sans aucun décès. Mais il semble qu’elle ait quelque peu échappé au contrôle de ses auteurs. Certaines personnes ont dû être éliminées ou – plus probablement – relocalisées pour maintenir la fiction. Cet essai n’explorera pas ces cas ; je laisse à d’autres chercheurs le soin de faire la lumière sur ces affaires connexes.
Mais revenons à la clinique d’Haight-Ashbury. Il est peu probable que la famille Folger n’était pas au courant de la véritable nature de cette clinique. La mère d’Abigail, la richissime Inez Folger, y était bénévole sous Roger Smith. C’est elle qui a aidé la clinique à recevoir des financements de la Bothin Foundation et du Merrill Trust, ce dernier apparaissant sur la liste des paravents de la CIA. Ce qui signifie qu’elle faisait elle aussi partie de la CIA, ou tout du moins qu’elle était favorable à leurs opérations anti-hippies. Je trouve intéressant que le livre d’Ed Sanders, The Family, est souvent cité par les théoriciens du complot, mais que même leurs citations ont été partiellement reformatées. Cette citation que j’ai utilisée précédemment sur Abigail Folger qui avait assisté à une levée de fonds en faveur de la clinique peut se trouver sur de nombreux sites internets. Mais il s’agit d’une citation tronquée. J’ai lu la première édition de The Family, et devinez qui d’autre était présent ? Paul et Doris Tate. Qui d’autre encore ? La Famille Manson.[Ndt: la première édition du livre The Family a été retirée de la vente par décision de justice, suite à une action en diffamation intentée par la Process Church]
Le fait que George Shibley ait rendu visite à Manson juste avant sa libération en 1967 est une indication de plus que ce dernier était pris en charge depuis le début. Shibley était l’un des avocats les plus célèbres de Californie à cette époque. Ce serait un peu comme si Alan Dershowitz [ndt : une vedette du barreau américain] rendait visite à un maquereau ou à un voleur de voitures dans une prison du New Jersey pour arranger sa libération conditionnelle. Pourquoi Shibley s’est-il occupé de Manson gratuitement ? Manson a ensuite manqué tous ses entretiens de 1967 et 1968 concernant sa libération conditionnelle, a été arrêté pour possession de marijuana en mai 1968 et pour permis de conduire contrefait en avril 1968 (la fameuse arrestation d'Oxnard). Il a encore été arrêté pour viol, le 4 juin 1969. Bien que n’importe laquelle de ces infractions aurait dû lui valoir un retour en prison, il a toujours réussi à s’en sortir. Je suppose que nous sommes censés croire que la police de Californie était impressionnée par sa barbe et ses faux airs de Jésus.
On nous dit que plusieurs membres de la Famille ont été arrêtés en avril 1969.[12] Van Houten, Rowe et Watson ont tous été arrêtés au cours de ce mois, mais ils ont, eux aussi, réussi à s’en sortir. Les filles ont été arrêtées pour vol de voitures et Watson pour consommation de drogue, mais ils ont tous été gentiment ramenés au ranch. On avait besoin d’eux pour les événements à venir.
Mais revenons à la Ferrari rouge : même au cas où elle appartenait à Dennis Wilson et non à Sharon Tate, nous voyons que Manson se retrouve associé à des gens qu’il n’aurait jamais dû rencontrer. Si Manson n’était pas un pigeon de la CIA ou de la DIA, comment aurait-il pu entretenir ce type de relations ? Il était censé être un ex-escroc paumé, sans travail ni perspectives. Esalen n’est pas gratuit, et les gens riches et célèbres de Los Angeles ne se baladaient pas dans leurs voitures de luxe pour ramasser des clochards et passer du bon temps avec eux. Ils ne le font pas aujourd’hui, et ils ne le faisaient pas à l’époque. On nous dit que Manson avait réussi à s’introduire grâce à la vente de drogues ou au porno, et ces deux hypothèses sont possibles. Mais il en existe une troisième, beaucoup plus probable, sachant ce que nous savons à présent : le ticket d’entrée de Manson dans la jet-set lui avait été fourni par les agences gouvernementales clandestines qui se servaient de lui. Le propre père de Sharon Tate participait à ce type d’opérations clandestines, nous avons donc là un lien évident. Folger était un autre lien, et il semble qu’elle ait été utilisée comme agent de liaison pour ce qui touchait au financement. Comme nous allons le voir, il n’est pas surprenant que Tate, Folger, Manson, Atkins et Watson se connaissaient tous : ils travaillaient tous sur le même plateau !
D’après Paul Watkins et de nombreuses autres sources, Manson n’était jamais à court d’argent, malgré toutes les filles, tous les bébés et toutes les voitures dont il devait s’occuper. On raconte qu’il nageait dans l’argent. D’où venait tout cet argent ? La plupart des gens supposent qu’il venait de la prostitution et de la vente de drogue, mais il apparaît à présent que Manson a été financé d’une façon plus directe et moins compromettante : il était approvisionné par ses référents gouvernementaux. Souvenez-vous que la vente de drogue et le proxénétisme auraient dû être des activités très dangereuses pour Manson. Il était en libération conditionnelle. Il était surveillé. Et il était constamment en pleine lumière. Se balader dans un bus de ramassage scolaire rempli de jeunes filles mineures n’est pas le meilleur moyen d’éviter d’attirer l’attention de la police, surtout lorsque nombre de ces jeunes filles sont issues de familles fortunées. La fille de treize ans d’Angela Lansbury était l’une des Manson girls, et elle voyageait avec une note précisant que tout était parfaitement normal. D’autres filles n’étaient pas des fugueuses, elles étaient tout simplement prêtées par des familles républicaines ou appartenant à la CIA. Vous pensez que tout ceci aurait été autorisé si Manson obligeait ces filles à se prostituer ? Non, la seule façon pour que tout ceci ait pu être autorisé était que toutes les personnes impliquées savaient qu’il s’agissait d’une mise en scène. La Famille était composée de divers agents gouvernementaux, donc ces filles n’auraient pas été plus en sécurité si elles s’étaient retrouvées dans un couvent.
Même si l’histoire officielle nous dit que Manson couchait tous les jours avec ces filles, qu’il était une bête de sexe insatiable et constamment en érection, et qu’il a engrossé des centaines de filles, la vérité est qu’il n’y a eu que très peu de grossesses dans la Famille, et qu’une seule grossesse peut être attribuée avec certitude à Manson.[13] Et ce bien qu’on nous ait raconté que la Famille n’autorisait pas les mesures contraceptives. Il est évident qu’il y a là une contradiction. Le « Magical Mystery Tour Bus » [ndt : le nom donné au bus de la Famille] de Manson n’était pas une partouze roulante, c’était une unité mobile de la CIA, remplie d’agents mâles et femelles déguisés. Si vous en doutez, rappelez-vous de la couleur choisie par ces hippies pour repeindre ce bus de ramassage scolaire : ils l’ont repeint EN NOIR, jusqu’aux fenêtres. Pensez-vous honnêtement que de véritables hippies – qui aiment le soleil, les arbres, les paysages et le grand air – auraient repeint les fenêtres en noir ? Non, c’est un truc d’espions. Ils doivent toujours voyager dans des voitures noires avec des vitres teintées. Mais comme je l’ai déjà dit, ces filles étaient aussi en sécurité que si elles avaient été dans la maison de George Clooney.[Ndt : allusion à l’homosexualité supposée de Clooney]
Revenons à présent à Manson et Folger. Manson a été vu à la maison de Polanski bien avant les meurtres supposés, et ce même selon l’histoire officielle. On nous dit qu’il s’y est rendu en mars 1969, pour y trouver Terry Melcher lors d’un dîner. On nous dit que Manson y a discuté avec le photographe Hatami. Mais puisque Sebring et Frykowski étaient eux aussi présents, pourquoi aucun des deux n’est allé parler à Manson ? Frykowski avait déjà quasiment emménagé dans la maison, et Sebring y était en permanence. Pourquoi Hatami a-t-il pris l’initiative d’aller parler à un visiteur ? Ceci a tout l’air d’une histoire inventée. Hatami a sans doute vu Manson ce jour-là, mais le reste ressemble à une histoire inventée pour cacher la vérité. De plus, l’histoire officielle se contredit elle-même : si on avait dit en mars à Manson que Melcher ne vivait pas ici, alors il aurait dû le savoir en août. On nous dit pourtant qu’il l’ignorait. C’est soit l’un, soit l’autre. Je suggère la possibilité que ce ne soit aucune des deux propositions : Manson ne pensait pas que Melcher vivait chez Polanski en août, et il ne le pensait pas non plus en mars. Il s’y est rendu en mars pour discuter du prochain film, et il n’était pas au courant qu’il y avait un dîner entre amis. Les scénaristes ont donc été contraints d’inventer une histoire à la hâte, au moins pour ne pas compromettre Hatami.
La faculté d’El Camino à Torrance est un autre signal d’alerte que personne ne semble avoir remarqué. Plusieurs de nos protagonistes y sont passés, parmi eux Squeaky Fromme, Brian Wilson, Al Jardine et Frank Zappa. El Camino est connu à la fois pour sa filière cinéma, et pour sa filière de médecine légale. Mais le plus gros indice quant à la véritable nature d’El Camino réside dans sa date de création, en 1947. Ça vous rappelle quelque chose ? La date de création de la CIA, encore une fois. Cette date apparaît en permanence. Il semble que la totalité de San Pedro, et une bonne partie de Torrance et du Laurel Canyon étaient des communautés du renseignement. De nombreuses maisons appartenaient à la CIA, et étaient louées à divers espions ou à des personnes en mission. Terry Melcher et Sharon Tate avaient tous deux des liens avec le renseignement,[14] ce qui signifie que la maison du 10050 Cielo était une maison de la CIA depuis le début. Cette maison avait probablement des liens avec Lookout Mountain depuis des décennies. Un autre indice tient dans le fait que la maison du 10050 Cielo a été la première maison visitée par Tate et Polanski. Combien de jeunes couples richissimes achètent la première maison qu’ils visitent ?
Charlene Cafritz, une autre personnalité richissime qui finançait Manson et sa Famille, mérite elle aussi qu’on s’y attarde. Cafritz était une amie de Sharon Tate et Terry Melcher,[15] et est donc un lien évident entre Manson et Tate. Et les liens entre Cafritz et Melcher renforcent nos soupçons que ce dernier travaillait pour la CIA. Puisqu’on sait que Tate avait des liens avec le renseignement militaire, on peut supposer que c’était également le cas pour Cafritz. Et une recherche même rapide confirme les nombreuses relations de Cafritz avec le renseignement militaire. La Cafritz Foundation est la fondation la plus importante de Washington D.C., et la DIA (Defense Intelligence Agency) a une partie de ses bureaux dans un bâtiment lui appartenant.

Cette photo provient du site de la DIA. Elle est accompagnée de la légende : « Deux secrétaires travaillant sur des dossiers de films de contrôles aérien au DIA Cafritz Building, dans les années soixante. » Cette légende renvoie à cet essai de deux façons : tout d’abord en nous donnant un lien avec Cafritz, puis en nous donnant un autre lien avec les films. Ce deuxième lien sera encore plus apparent par la suite, donc gardez-le bien à l’esprit.
Le nom de jeune fille de Charlene Cafritz était Lawley, et sa mère était Lucille Lawley. Lucille avait travaillé pour le département d’état durant trente années, de Roosevelt jusqu’à Nixon. Elle a, entre autres, été directrice du cabinet du secrétaire d’état Dean Rusk, qui était fréquemment la cible des manifestations opposées à la guerre au Viêt Nam. Sachant cela, il est assez aisé de comprendre que l’histoire communément admise de Charlene Lawley Carfitz est une manœuvre de diversion de plus. La DIA et le département d’état ont ajouté Cafritz au casting du film sur Tate et Manson, et son rôle était tout simplement de les alimenter en argent. Comme pour d’autres acteurs de cette histoire, elle a été retirée du paysage, et d’une manière assez radicale, en simulant sa mort. Le problème est qu’on ne trouve pas son certificat de décès sur les registres de la sécurité sociale, et qu’il n’existe aucune preuve qu’elle soit bien morte. Toute mention la concernant a non seulement été supprimée des biographies sur les Cafritz, mais ces biographies ont elles-mêmes été épurées. Voir les biographies de Morris et Gwen Cafritz, des mondains très riches et très célèbres dans les années soixante/soixante-dix ; on n’y trouve aucune information intéressante. Je ne suis pas le premier chercheur à envisager que la mort de Cafritz ait pu être simulée.
Avant de passer à la section suivante, il me semble important de revenir sur l’institut Esalen. Pour bien saisir toute l’importance de cette piste, je recommande la lecture du livre de Jeffrey Kripal, dont des extraits sont accessibles gratuitement sur le net. Le fait que Manson ait été vu à l’institut Esalen en 1969 est important, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, cela fournit une connexion de plus entre Manson et Folger, comme je l’ai mentionné précédemment. Ensuite, il pourrait s’agir d’une autre source d’approvisionnement en LSD pour les hippies et les Manson girls de moindre importance. Esalen était un centre de « recherche » sur le LSD bien connu dans les années soixante, ce qui établit un lien entre l’institut et la CIA, qui s’est intéressée au LSD dès le début des années cinquante. On a là un indice fort qui tend à montrer que les Manson girls ne prenaient pas du LSD juste pour s’amuser, mais qu’elles en prenaient dans le cadre de leur lavage de cerveau. Notez que je parle de lavage de cerveau, pas de contrôle mental. Même si, comme je vais le démontrer, certains des principaux protagonistes – comme Lynette Fromme et Susan Atkins – étaient des acteurs ou des agents, et ne nécessitaient donc pas qu’on leur lave le cerveau ou qu’ils soient sous contrôle mental, je suppose que la plupart de ceux tenant des rôles mineurs n’étaient pas au courant du plan d’ensemble. Il valait donc mieux maintenir ces gens dans un état d’abrutissement. Dans le contexte de cette partie de l’essai, il est clair que le LSD a été une arme de plus utilisée contre les hippies. À l’époque, de nombreux jeunes gens considéraient le LSD comme une drogue permettant l’expansion de la conscience ; mais ceux qui leur fournissaient cette drogue la considérait uniquement comme une substance inhibant les capacités intellectuelles. Ceux qui éprouvaient des réticences quant à leur participation au film pouvaient être facilement convaincus de jouer n’importe quel rôle, si on leur donnait suffisamment de doses. Ils seraient ensuite si perturbés qu’ils ne sauraient pas ce qui aurait bien pu se passer dans un sens ou dans l’autre. Ceci permet sans doute d’expliquer le comportement de quelqu’un comme Barbara Hoyt.

De toute façon, les principaux protagonistes n’étaient ni des hippies, ni des drogués, c’étaient des acteurs. Ils n’avaient pas subi de lavage de cerveau, et ils ne prenaient pas de LSD. Lynette Fromme a gagné des prix au lycée dans les catégories THÉÂTRE, poésie et danse. C’était une fille populaire et appréciée, pas du tout une fille à problèmes. Elle était considérée comme la matriarche de la Famille Manson. Barbara Hoyt l’a décrite comme étant très « maternelle » et « une personne très charmante et aimante. » Elle a grandi à Hollywood (au lycée Redondo Union de Santa Monica), et a été la petite amie de Bill Sidons alors qu’elle était adolescente. Bill Sidons est par la suite devenu le manager de The Doors. Son père était ingénieur en aéronautique, ce qui signifie qu’il travaillait probablement pour l’armée. Il est probable qu’il connaissait Paul Tate, puisqu’ils ont tous deux débuté leurs carrières respectives au même endroit et au même moment. Lynette est née en 1948, ce qui signifie que son père a probablement débuté sa carrière en 1947, année de création de la CIA. Le lien entre Lynette et Bill Siddons est aussi un signal d’alerte, puisque c’est ce dernier qui a organisé les funérailles de Jim Morrison, bien qu’il n’ait jamais vu le corps. Souvenez-vous que le père de Jim Morrison était l’amiral qui commandait les forces américaines lors de la fameuse attaque sous faux drapeau du Golfe du Tonkin, à l’occasion duquel le bâtiment de guerre USS Maddox a lancé un appel radio déclarant qu’il était attaqué, alors que c’était faux. Même les médias dominants – y compris Wikipedia – admettent désormais qu’il s’agissait d’un incident bidon. Ce n’est pas une « théorie du complot ». Cette fausse attaque a servi de justification au Congrès pour passer une résolution autorisant le président Johnson à déclarer la guerre au Nord-Viêt Nam en 1964, sans avoir à attendre une déclaration de guerre en bonne et due forme du Congrès. Les Morrison ne rechignaient pas à falsifier un événement, et ils l’ont fait à de nombreuses reprises, y compris à l’occasion de la mort de Jim. Il ressort de tout ceci que Lynette était une initiée, à la fois à Hollywood et dans l’armée. Comme Sharon Tate, elle a été élevée dès le berceau pour devenir un agent de l’armée. Par la suite, son acte contre Gerald Ford a là aussi été une grosse comédie, puisque, si vous vous en souvenez, son pistolet n’était pas chargé et qu’elle n’a pas coopéré avec ses propres avocats.[Ndt : Lynette Fromme a été condamnée à la prison à vie pour avoir tenté de tirer sur le président Ford en 1975. Elle a bénéficié d’une libération conditionnelle en 2008] Comme nous allons le voir avec Manson, Atkins, Watson, Van Houten et les autres, son incarcération a été simulée dès le début. Sa vie entière n’aura été qu’une comédie.
Si vous êtes sceptiques, je vous encourage à aller voir cette vidéo tournée bien avant les arrestations, à 36:00.[Ndt : cette vidéo a été effacée par Youtube depuis la rédaction de l’article] Elle et deux amies (voir ci-dessous) portent des armes, sont habillées de divers costumes ridicules et répètent leurs rôles en lisant des fiches. On se croirait devant un extrait de Peter Pan ou de Bonanza, à la différence près que les filles montrent plus leurs jambes. Regardez cette tasse. Nous sommes visiblement sur scène. Je vous invite aussi à noter comment ces filles sont propres et bien lavées. Elles ne ressemblent ni à des hippies ni à des filles faciles. Elles ne ressemblent pas non plus à des filles qui vivraient dans des grottes et qui font les poubelles pour pouvoir se nourrir. C’est pourtant ainsi qu’elles nous ont été présentées. J’ai fréquenté des hippies. Leurs ongles ne sont pas aussi propres. Leurs genoux ne sont pas aussi parfaits. Ils devraient être couverts de bleus et d’éraflures, surtout si elles font en permanence l’amour à l’extérieur, sur le sol et ainsi de suite. Aucune personne regardant attentivement cette vidéo pensera qu’il s’agit là de mauvaises filles se préparant pour mener une guerre raciale. Ces filles ne sont même pas assez dures pour jouer le rôle tenu par Ally Sheedy dans The Breakfast Club. Elles auraient été contraintes d’auditionner pour le rôle de Molly Ringwald.

Le scénario du film sur Sharon Tate sera par la suite utilisé pour diaboliser le mouvement écologiste, avec en particulier Lynette Fromme, Sandra Good et Charles Manson, tout comme Manson et sa Famille avaient diabolisé le mouvement anti-guerre. C’est ce qui se passe réellement à chaque fois qu’on entend ces gens parler des arbres ou de la Terre, ou quand ils se mettent à menacer les dirigeants de multinationales. Ce sont de bons acteurs encore aujourd’hui, parce qu’ils donnent vraiment l’impression d’être des écologistes authentiques. Ils ne le sont pas. Ils font juste semblant d’être des écologistes, pour que vous pensiez que tous les écologistes ont la même mentalité que Sandra Good ou Squeaky Fromme ou Charles Manson. Ils ont fait le même boulot dans les années soixante-dix et quatre-vingt que celui que fera Ted Kaczynski dans les années quatre-vingt-dix. On voit là comment deux ou trois acteurs fortement médiatisés peuvent discréditer un mouvement dans son ensemble. Cette astuce est désormais constamment utilisée, dans de multiples domaines.[16]
Partie 4 : la maison de Tate et Polanski
Avant d’en venir aux photos les plus importantes, jetons un œil à quelques photos de la maison. On nous dit qu’il s’agit de la maison de Polanski et Tate. Lui était un réalisateur riche et célèbre qui venait d’obtenir un énorme succès avec Rosemary’s Baby, sorti l’année précédente ; elle était une actrice à succès, qui roulait en Ferrari. Polanski possédait lui aussi une Ferrari, et une Rolls Royce Silver Shadow allait lui être livrée en provenance d’Angleterre au cours de cette semaine. On s’attendrait à ce que leur maison soit plutôt chic, n’est-ce pas ?
C’est censé être la chambre. Un bien joli lit, pas vrai ? Pas de tête de lit, pas de pied de lit, et pas de sommier. Vous voyez comme le lit est bas ? Le matelas repose juste sur une fine couche de mousse. Pas de véritable sommier. On a ensuite les taies d’oreillers qui ne sont pas de la même taille que les oreillers, et une de ces couvertures premier prix en nylon qui sont pleines d’électricité statique et qui valent à peu près deux dollars. Regardez la lampe. Elle vaut au moins cinq dollars. Les cadres des tableaux ont dû être achetés au supermarché du coin. Et la moquette est une moquette premier prix. Est-ce que ça ressemble vraiment à la chambre d’une actrice jeune et célèbre ? Non, ça ressemble plutôt à la chambre d’un étudiant sans le sou et sans aucun goût.

C’est censé être le salon. Nous le reverrons par la suite. Même s’il n’était pas sens dessus dessous et recouvert de sang, ça serait malgré tout une décharge. On peut voir de meilleures photos du canapé ci-dessous, et on dirait qu’il vient tout droit du jardin d’une maison située dans un coin perdu de l’Alabama. Regardez les posters sur les murs, avec leurs cadres en métal. Là encore, est-ce que cela ressemble à la maison d’un cinéaste riche et célèbre ? Remarquez aussi le drapeau posé sur le canapé ci-dessous, tel qu’il était le jour des meurtres supposés. Pour commencer, il est placé à l’envers, ce qui est un signal de détresse. Mais le fait qu’il soit là serait étrange même s’il n’était pas à l’envers. Est-ce que les cinéastes riches et célèbres achètent des drapeaux pas chers pour en recouvrir leurs canapés ? Est-ce une marque de bon goût ? Non, encore une fois c’est la marque des ploucs. Roman Polanski n’était pas un plouc. Et il n’était pas américain.

Regardez ce canapé. Non seulement c’est un canapé premier prix, mais en plus il est dégoûtant. Demandez-vous encore une fois: « Est-ce là le genre de canapé qu’on peut s’attendre à voir dans la maison d’un cinéaste riche et célèbre ? » Non, c’est le genre de canapé que vous mettez dans une pièce dont vous savez qu’elle va être aspergée de sang de cochon.
C’est l’extérieur de la maison :
Diriez-vous que cela concorde avec les photos de l’intérieur que vous venez de voir ? Voici à quoi ressemblait l’intérieur dans les années quarante :
Ceci ressemble à l’intérieur d’une maison appartenant à une personne aisée, avec des murs de pierre, des plafonds hauts et un mobilier chic. Voici à quoi il ressemblait en 1969 :

Une décharge, avec un mobilier vulgaire et pas cher. Encore une fois, voici l’extérieur :

Regardez comme la porte est large. C’est une fille chic dans une maison chic. Regardez à présent l’intérieur, le jour des meurtres :

Où veux-je en venir ? Ce que je veux dire est qu’ils ont remplacé les véritables meubles par des vieilleries premier prix, pour que le véritable mobilier ne soit pas aspergé de sang de cochon au cours des faux meurtres. Pour réfuter cette assertion, on nous a montré cette photo, dont on nous a dit qu’elle avait été prise plusieurs mois avant les meurtres.

Mais cette photo n’est pas datée. Elle pourrait avoir été prise le jour précédent les meurtres. Elle pourrait aussi être manipulée, nous l’ignorons. Nous verrons ci-dessous que de nombreuses photos de ce type ont été trafiquées, et je vais vous montrer qu’une des photos ci-dessus l’a très certainement été. Revenons à celle-ci :

C’est censé être le jour suivant les meurtres, je suppose, puisqu’il y a toujours du sang un peu partout. Mais Polanski a vieilli d’environ vingt ans. Il a l’air d’avoir la cinquantaine. Comparez sa tête ici avec sa tête sur la photo précédente. Regardez son implantation capillaire. Ses cheveux ont-ils reculé au cours de la nuit ? Cette photo est un montage. La lumière qu’il reçoit n’est pas la même que sur le reste de la photo. Regardez sa chemise. Pourquoi le haut du canapé ne bloque-t-il pas la lumière venant des fenêtres ?
Pour faire une comparaison, voici une autre pièce de la maison :

L’image de gauche est beaucoup plus convaincante, n’est-ce pas? La moquette a l’air neuve, propre et chère, les meubles ont du style, et les tableaux accrochés aux murs ont l’air de véritables tableaux, plutôt que de posters à deux dollars achetés dans un bric-à-brac. Alors pourquoi la pièce principale de la même maison, sur la photo de droite, a l’air d’avoir été meublée par des trolls ?
Voici quelque chose d’intéressant :

On veut attirer votre attention sur les taches de sang, mais regardez plutôt l’écart entre le mur et la moquette. La moquette n’est pas de la même longueur que la pièce. On dirait qu’elle vient d’être déroulée sur le parquet en bois. Pourquoi est-ce important ? Parce que c’est clairement une moquette temporaire. Elle peut être facilement enlevée et enroulée. Voilà qui est bien pratique. Si vous vous demandiez encore pourquoi cette moquette avait l’air si minable et miteux, voici pourquoi : elle a été posée spécifiquement pour tourner ces scènes sanglantes, puis retirée et brûlée.

C’est l’entrée donnant sur le salon. On peut encore voir la moquette temporaire et l’écart de 15 centimètres au bord. La moquette est encore plus sale et miteuse que celle que nous avons vue dans la chambre. Ces malles sont arrivées la veille en provenance de Londres. On nous dit qu’elles contenaient les affaires de Tate. C’est curieux, à la fois en ce qui concerne le contenu des malles et le moment de leur arrivée. Ce timing semble être un signal indiquant que l’action peut désormais commencer : « Tout est prêt, on peut y aller pour de bon dès demain ! » Je veux dire par là que maintenant que toutes les affaires de Sharon sont arrivées, plus rien ne les retient d’agir. Ils avaient besoin de ses affaires, parce qu’elle va rejoindre sa cachette d’ici deux jours. Une fois qu’elle aura quitté le plateau, elle devra s’envoler pour la Jamaïque ou pour le Brésil. Certaines de ses affaires préférées étaient toujours à Londres, et on ne pouvait pas la laisser partir sans ses vêtements d’hiver favoris. Elle pourrait avoir à disparaître pendant deux années, voire plus.
Pour soutenir cette théorie, nous savons que Tate et Polanski étaient à Rio de Janeiro, au Brésil, en avril 1969, pour un festival cinématographique. Ils ont visité la Jamaïque sur le chemin du retour, et on nous dit que Polanski y a perdu son passeport. Ils auraient très facilement pu chercher des lieux de retraite pendant ce séjour.
Vous allez dire : « mais si cette théorie est exacte, pourquoi ne pas avoir envoyé les malles directement au Brésil ? » Tout d’abord parce que la destination finale n’avait pas encore été décidée. Ils savaient qu’elle devait partir pour l’Amérique du Sud, mais ce n’était pas obligatoirement à Rio ou à Sao Paulo, ou même en Jamaïque. Elle pouvait partir n’importe où. À Recife ou Belem, voire même aux Îles du Salut. Polanski a toujours parlé parfaitement le français, étant né à Paris. Ensuite, parce qu’une fille aime toujours tout avoir en face d’elle quand elle prépare ses valises. Inutile de tout envoyer, il suffit d’envoyer les malles à L.A., où elle pourra choisir ce dont elle aura besoin.
Il semble cependant que la Jamaïque pourrait avoir été la première étape pour Sharon après son départ de Los Angeles. Pourquoi ? Eh bien, nous savons que Polanski et John Phillips se sont rendus en Jamaïque après les meurtres, ostensiblement pour « poursuivre leur enquête sur la drogue et le vaudou ». Mais comme Sharon et Roman s’étaient déjà arrêtés en Jamaïque en avril, on peut raisonnablement supposer que Polanski n’y est pas allé pour enquêter sur le vaudou. Il y était très probablement pour voir si Sharon allait bien. Si la police de L.A. avait réellement mené une enquête sérieuse sur les « meurtres », elle aurait suivi Polanski jusqu’en Jamaïque. Puisqu’elle ne l’a pas fait, on peut supposer qu’elle s’est contentée de suivre les ordres du FBI ou de la CIA.
Mais revenons aux malles et au top-départ pour l’opération. Souvenez-vous qu’ils essayaient également de décrédibiliser, ou de préempter, le festival de Woodstock, qui devait se tenir la semaine suivante. Ils souhaitaient de plus profiter de la vague de terreur générée par les horribles meurtres au couteau de deux jeunes filles qui avaient eu lieu la semaine précédente (le 2 août) à San Jose. La fenêtre de tir était donc relativement réduite. Dès que les malles sont arrivées, le feu vert a été donné. Vous direz « mais les malles étaient pleines ! » Et alors ? Sharon enlève les vêtements qu’elle souhaite emmener, et y jette ceux dont elle ne veut plus. C’était amplement suffisant pour couvrir ses traces.

Voici un autre indice laissé par quelqu’un qui n’était pas enchanté par toute cette comédie. On nous dit qu’il s’agit d’une référence à la police, que les hippies appelaient pigs.[Ndt : cochons] Mais sachant ce que nous savons, on comprend qu’il ne s’agit pas de ça du tout. Puisqu’on a affaire à du faux sang, et qu’on se sert en général de sang de cochon lorsqu’on souhaite avoir du sang qui a l’air de vrai sang, on comprend que cette inscription nous dit quel type de sang a été utilisé. Du sang de cochon. Pig.
Bien entendu, le mot Pig a eu une double utilité, puisqu’il a également lié la maison de Tate à la maison de Hinman, dont le meurtre a constitué une sorte de prologue au film principal. Mais dans les deux cas, le mot Pig a été utilisé parce que les jeunes filles n’aimaient pas avoir du sang de cochon sur les mains. Ce n’est que par la suite que les scénaristes ont pensé à le lier à la police. Ce n’est qu’ensuite que les scénaristes ont pensé à établir ces connexions entre Helter Skelter, le mot Pig et l’album blanc des Beatles.[Ndt : Helter Skelter est le titre d’une chanson de l’album blanc, qui a été joué lors du procès ; ce terme avait aussi été inscrit sur la scène du meurtre de Labianca]
Vous direz : « Peut-être, mais ça n’explique pas le ‘‘Death to Pigs’’ retrouvé dans la maison de Labianca. » Je ne peux développer toute cette affaire dans cet essai, mais il apparaît que les meurtres de Labianca ont bien eu lieu et qu’ils ont été copiés sur ceux de la maison de Tate. Souvenez-vous qu’ils ont eu lieu le lendemain des meurtres du 10050 Cielo, après que ceux-ci aient déjà été décrits dans les journaux, y compris les mots écrits avec du sang. En d’autres termes ceux qui ont tué les Labianca avaient connaissance du sang et du mot Pig écrit sur la porte de la maison de Polanski. Ils ont eux aussi écrit avec du sang sur les murs, pour couvrir leurs traces et pour embrouiller la police. Les meurtres des Labianca étaient dus à la mafia, et non seulement cette dernière mais aussi le FBI étaient bien contents de pouvoir faire porter le chapeau à la Famille Manson. La police de Los Angeles en est d’ailleurs très vite arrivée à cette conclusion que les meurtres des Labianca étaient le fait de copieurs. Ils avaient raison, mais on peut supposer que le FBI a ensuite pris l’enquête en charge, et l’a amenée à la conclusion désirée.
Encore une fois, tout ceci n’est qu’un tour de chauffe. Avant d’en venir aux photos les plus importantes, attardons-nous sur d’autres indices. Certains diront: « Mais il n’y a aucune indication que Tate était vivante après les meurtres. Quelqu’un l’aurait vue, pas vrai ? »

« Sharon Tate est vivante - une amie proche l'a vue au Brésil avec Polanski »
Ce journal est daté du mois de juin 1970. Vous remarquerez que l’amie proche n’a pas seulement vu quelqu’un qui ressemblait à Tate. Elle a vu Tate avec Polanski. Vous pensez qu’il y a beaucoup de couples qui ressemblent à Tate et Polanski au Brésil? Bien sûr, le Bulletin était une feuille de chou à scandales, un peu dans le style du National Enquirer de nos jours. Vous direz qu’ils ont tout inventé. Peut-être, peut-être pas. Toutes les histoires de l’Enquirer ne sont pas fausses, et celles du Bulletin ne l’étaient pas non plus. Tout comme Hustler aujourd’hui, le Bulletin pouvait publier des histoires que personne d’autre n’osait aborder. Si cette histoire est fausse, nous savons en tout cas qu’elle était fondée sur une part de vérité.

C’est Christopher Jones. C’était un acteur en pleine ascension en 1969, qui travaillait à l’époque sur le film romantique de David Lean La fille de Ryan, dans lequel il tenait l’un des rôles principaux. En 2007, Jones, alors âgé de 66 ans, a donné une interview explosive au Daily Mail, dans laquelle il affirmait non seulement avoir eu une longue liaison avec Sharon Tate, alors qu’elle était enceinte, mais aussi qu’ils étaient amoureux l’un de l’autre. Ce n’était pas juste une passade, d’après lui. Tout ceci est déjà assez étrange, mais les choses deviennent encore plus étranges par la suite. Après que Jones eût terminé le tournage de La fille de Ryan en 1970, il a abandonné pour de bon sa carrière d’acteur et a emménagé... roulements de tambours... au 10050 Cielo Drive. La maison de Sharon Tate. Cette information ne provient pas du Bulletin, mais des médias conventionnels, y compris Wikipedia. On nous dit qu’il a habité dans la maison du gardien, derrière la maison principale, mais c’est peut-être encore plus bizarre. Quoi qu’il en soit, il vivait sur la propriété.
Les sceptiques diront qu’il mentait à propos de la liaison, et que le fait qu’il vivait au 10050 Cielo Drive n’était qu’une coïncidence. Mais nous savons que des témoins les ont aperçus ensemble, Tate et lui, à Rome en 1969. Qu’ils aient couché ensemble ou qu’ils aient réellement été amoureux est une autre question, mais c’est déjà suffisant pour avancer. Même chose pour son passage au 10050 Cielo Drive. Ça ne peut pas être une coïncidence : les chances pour qu’il ait loué par hasard la maison de gardien sont au-delà de l’astronomique. Il y a clairement emménagé pour une raison, et cette raison était en lien avec Sharon Tate. Oui, il était peut-être amoureux de Tate, et peut-être qu’il est allé là-bas pour se lamenter sur son décès. Ou peut-être qu’il y était pour poursuivre la liaison. Ce qui voudrait dire que Sharon était déjà de retour dans son ancienne maison en 1970. Certaines personnes pensent qu’il est difficile de simuler des morts et de cacher des gens. Mais c’est en fait incroyablement aisé, et tout ceci le prouve. Pas besoin d’envoyer Sharon en Terre de Feu. Tout ce dont on a besoin, c’est d’une perruque noire et d’une nouvelle voiture. Personne n’a reconnu Sharon quand elle est passée sur Beverly Hillbillies avec une perruque noire : alors pourquoi la reconnaîtrait-on dans la vie de tous les jours avec la même perruque ? Les gens qui travaillaient sur le plateau de Ma sorcière bien-aimée n’ont pas reconnu Elizabeth Montgomery quand elle est venue avec une perruque noire pour jouer le rôle de Serena. Eh oui, les gens qui travaillaient tous les jours avec elle se sont faits avoir par une perruque noire, et un assistant du réalisateur, qui ne l’avait pas non plus reconnue, l’a même draguée. Cela vous donne une idée des dons de physionomistes de la plupart des gens.
Au cours d’une interview, on a demandé à Jones pourquoi il racontait tout cela maintenant. Il a répondu : « En partie pour voir si Dieu va me foudroyer sur place pour en avoir parlé. » Dieu, ou la CIA ?
Une autre étoile montante de l’époque, Iain Quarrier, a lui aussi abandonné le métier d’acteur après les meurtres. Il est intéressant de noter qu’il avait joué dans Le bal des vampires avec Tate et Polanski, il était donc un véritable initié. Il avait aussi participé au film Cul-de-sac de Polanski. On nous explique sa décision par le fait qu’il aurait été trop secoué par les meurtres, mais d’autres raisons nous viennent à l’esprit. Il a pu aller se cacher avec eux, pour faire partie de leur entourage. Ou il a pu parler à tort et à travers : on l’a éjecté de la profession pour l’obliger à garder le silence. Comme c’est le cas avec quelques autres, il a quasiment été effacé des tablettes. On ne trouve pas de biographie le concernant sur internet, et seulement quelques images ici ou là. On le voit ici avec Tate, Mia Farrow, Peter Sellers, et Donyale Luna :

Dans la même veine, il conviendrait de mentionner un troisième homme, l’éditorialiste Steven Brandt, spécialisé dans les potins hollywoodiens. On nous dit qu’il a fait une overdose de barbituriques après les meurtres. Mais est-ce bien le cas ? Il était lui aussi un ami de Tate, et en tant que tel, on a pu juger nécessaire de le réduire au silence. Ou alors il peut s’agir d’une mort simulée de plus, et il serait alors parti vivre au Brésil avec ses riches amis.
Partie 5: Lookout Mountain
Commençons cette section avec des photos truquées de Sharon Tate :
Pourquoi sa jambe droite est-elle exactement identique sur les deux photos ? Voyez la lumière sur le genou. Exactement la même. Une de ces photos est trafiquée, et est reprise sur l’autre. C’est celle avec le chien. Pourquoi une blonde qui se tient en plein soleil aurait-elle ses cheveux qui vireraient au noir ? L’autre photo a l’air vraie, puisque l’éclairage est consistant. Mais la première photo est censée avoir été prise le même jour, au même moment et au même endroit. Elle porte les mêmes vêtements, devant la même barrière. Pourquoi l’éclairage est-il totalement différent ? On me dira que le soleil a fait son apparition. Mais est-ce que le soleil change votre couleur de cheveux, et les fait devenir noirs ? Pas chez moi. Je n’ai pas immédiatement compris pourquoi il fallait truquer la photo avec le chien, mais je me rendais bien compte qu’elle l’avait été. Même le chien est faux. Il y a une vidéo sur Youtube, où on la voit en train de laver un gros chien, et ce petit chien y est lui aussi. Mais ses poils sont marrons clairs sur sa tête, pas noirs.
Je n’ai découvert que plus tard la raison de ce trucage. C’est l’arrière-plan qu’il fallait changer. Comme vous pouvez le voir, l’arrière-plan de la photo de gauche a l’air un peu étrange, surtout quand on le compare à celui de la photo de droite. Pourquoi a-t-il fallu modifier cet arrière-plan ? Eh bien, peu de personnes le savent, mais juste après la petite vallée située derrière Sharon se trouve une grande colline du nom de Lookout Mountain. Il y a tout d’abord le Franklin Canyon, puis un petit quartier, puis Lookout Mountain, puis le Laurel Canyon Boulevard. Jusqu’en 1969, il y avait sur cette colline une base secrète de l’Air Force, nommée Lookout Mountain Air Force Station. Là encore, ce n’est pas une théorie du complot, vous pouvez le voir sur Wikipedia. D’après leur article, la base est désormais une propriété privée. Vous ne trouvez pas curieux qu’on nous dise que la base a été fermée en 1969 ? Devinez quelle était la spécialité de cette base ? Wikipedia nous dit qu’elle était spécialisée dans la fabrication de films :
Le studio était composé de deux plateaux complets, de deux salles de projection, d’une piste d’atterrissage pour hélicoptères, d’un abri anti-bombe et de 17 salles de stockage des bobines avec air conditionné, ainsi que de deux garages souterrains. Doté d’un équipement dernier cri, le studio pouvait traiter des films en 16 ou 35 mm, ainsi que l’impression optique et la photographie. En plus des employés de l’armée, le studio employait du personnel appartenant à des studios prestigieux. Du personnel civil de Warner Brothers, de Metro Goldwyn Mayer et de RKO Pictures y occupait des postes tels que producteurs, cameramans et réalisateurs. Peter G. Kuran a travaillé à Lookout Mountain avant de se lancer dans une carrière à succès dans les effets spéciaux et comme réalisateur. Kuran a parfois intégré dans ses travaux des extraits de films sur les essais atomiques développés à Lookout Mountain.
« Effets spéciaux ». Intéressant. Notez particulièrement le nom de ce dernier studio. Je vous ai dit précédemment que Joseph Kennedy était le propriétaire de RKO. Ce fait pourrait éventuellement être un indice d’importance dans le cadre de cet essai, mais il le sera sans aucun doute dans un essai à paraître.
Lookout Mountain a produit plus de 19 000 films, soit plus que tous les autres studios hollywoodiens réunis. Des stars telles que John Ford, Jimmy Stewart, Howard Hawks, Ronald Reagan, Bing Crosby, Walt Disney et Marilyn Monroe ont reçu l’autorisation de travailler sur les lieux, sur des projets inconnus. L'existence du complexe n'a pas été révélée avant les années quatre-vingt-dix, ce qui tend à réfuter le cliché selon lequel on ne peut garder secret un projet de cette envergure. Quasiment personne n'en a entendu parler, même de nos jours.
Je voulais attirer votre attention sur le nom en gras ci-dessus : Ronald Reagan. L’homme qui avait été un acteur à Lookout Mountain était gouverneur de Californie en 1969. Ce n’est pas une coïncidence.
Lookout Mountain peut être vu comme l’importation de la machine de propagande de Goebbels aux États-Unis, à ceci près que Lookout Mountain est parvenue à rester dans l’ombre. Il ne s’agit pas d’une analogie tirée par les cheveux, puisqu’au moment de la construction de la base de Lookout Mountain, les États-Unis organisaient l’importation sur le sol américain de milliers d’authentiques nazis dans le cadre de l’opération Bloodstone.[Ndt : il s’agit en fait de l’opération Paperclip] Tout comme l’opération Gladio utilisait d’anciens nazis dans la nouvelle lutte contre le communisme, les États-Unis se sont servis d’« anciens » nazis dans la lutte contre le communisme sur le territoire national. John Loftus l’a admis dans une interview donnée à 60 Minutes en 1982, et le GAO (Government Accounting Office) a fourni un rapport au Congrès en 1985 qui le confirmait. Ceci malgré le fait que la CIA avait constamment menti au GAO depuis le début. Deux des principaux nazis ramenés par les États-Unis étaient Walter Becher et le baron von Bolschwing, sur lesquels je vous invite à vous renseigner.
Il est étrange qu’on ne voit pas de colline derrière Sharon dans l’image de gauche. On regarde en direction de Burbank et Universal City, Lookout Mountain devrait donc se trouver en arrière-plan. Je soupçonne que Lookout Mountain a servi de centre opérationnel pour les meurtres de Manson, et qu’on pouvait voir la base directement depuis la maison, en se servant d’un télescope. Pour éviter que quelqu’un ne puisse explorer cette piste, il a été décidé de retoucher la photo de gauche, en modifiant l’arrière-plan. Un des dommages collatéraux de cette manipulation a été que les têtes de Sharon et du chien sont devenues noires; probablement une erreur de contraste.
Vous trouverez peut-être intéressant que les télescopes faisaient partie de l’histoire officielle. D’après cette dernière, Manson aurait volé un télescope dans la maison de Terry Melcher à Malibu. Ed Sanders écrit que : « C’était le télescope de Doris Day, que la Famille utilisait pour surveiller les raids des Black Panthers depuis les collines de Santa Susanna. » Mais bien sûr, Ed. Même si cette histoire est peu vraisemblable, elle nous permet tout de même de garder à l’esprit que les télescopes pouvaient être utilisés pour coordonner et vérifier des événements qui se déroulaient dans ces quartiers vallonnés, à une époque où les téléphones portables n’existaient pas.
C’est la devanture de la maison de Cielo vue depuis l’est. La maison de Tate n’est pas tout à fait au sommet de la colline, mais presque. Nous voyons le jardin où se trouvait Sharon avec son chien. Il y a un autre jardin très étroit derrière la maison, mais on ne voit que la colline. C’est la vue qu’on aurait depuis Lookout Mountain. Notez qu’aucune barrière ou haie ne bloque la vue, même depuis l’endroit d’où a été prise cette photo. Il est possible de voir la porte d’entrée et les fenêtres.
Voici la colline telle qu’on la voit depuis la route en contrebas. Vous pouvez voir qu’il s’agit d’une colline bien en évidence, visible depuis toutes les autres collines alentour. C’est l’endroit parfait pour y placer quelqu’un sur lequel on veut garder un œil. On peut voir les voitures arriver sans avoir à quitter son bureau.
La base de Lookout Mountain a-t-elle réellement fermé ses portes en 1969 ? Il n’y a donc plus eu de films de propagande ? S’ils ne sont plus au Laurel Canyon, où sont-ils allés ? Ils n’ont plus eu besoin de Lookout Mountain après 1969, mais pas parce qu’il n’y a plus eu de propagande. Non, ils n’ont plus eu besoin de ce studio secret parce qu’ à cette époque ils avaient achevé leur prise de contrôle des studios traditionnels. Après 1970, il n’y eut plus de séparation entre les films « secrets » de propagande et les films traditionnels. C’était bonnet blanc et blanc bonnet. Ce qui était à l’origine limité au Laurel Canyon s’est par la suite propagé à l’ensemble de la ville de Los Angeles. Le renseignement militaire s’est emparé de toute la ville, et ce sont les événements autour de Sharon Tate qui ont marqué le point final de cette prise de contrôle. Une grande partie des films sortis depuis 1970 ont été de la propagande, d’une façon ou d’une autre, y compris ceux qui ont pour principal objectif de faire de l’argent. Il n’y a plus aucune séparation entre la CIA et Hollywood. Hollywood n’est plus qu’une sous-division de la CIA et du renseignement militaire. C’est en fait le cas de l’industrie du divertissement dans son ensemble, y compris la musique, la télévision, l’art, le cinéma, et la majeure partie de l’internet. Voici ce qu’est réellement la Matrice : une fausse réalité créée par des scénaristes globaux, et non pas un rêve artificiel fabriqué par des robots.
Ce qui nous amène à un autre signal d’alerte dans la Matrice. Ed Sanders admet que la police avait transmis tellement d’informations à la presse dans les heures suivant les meurtres que :
ils vidaient la liste des « questions clés » du détecteur de mensonges, qui ont trait à des informations sur les meurtres que seuls les tueurs auraient pu connaître, et qui permettent d’interroger l’assassin sur les faits liés au meurtre. Si les faits sont publiés dans la presse, ils ne servent plus à rien dans cette optique.[17]
Ce qui était tout à fait contraire aux règles de la police, ainsi qu’aux procédures suivies à l’occasion d’une enquête criminelle, comme Sanders le montre clairement. Les faits ayant trait à de vrais meurtres ne sont pas intégralement publiés dans la presse, pour un ensemble de raisons, dont celle évoquée par Sanders. Une autre de ces raisons est d’empêcher d’autres assassins de copier les meurtres, comme nous l’avons vu le jour suivant à la maison des Labianca, où les meurtriers ont copié des éléments du meurtre de Tate pour brouiller les pistes. Donc pourquoi la police a-t-elle transmis des informations à la presse dans le cas qui nous intéresse ? Parce que la « police » était soit aux ordres du FBI, ou qu’il s’agissait en fait d’agents se faisant passer pour des policiers. Ce sont ceux qui dirigeaient cette opération qui ont fourni des informations à la presse, pas la police de Los Angeles. Le fait de donner le plus de publicité aux meurtres était un élément essentiel de toute cette opération, et c’est pourquoi ils ont publié le plus d’informations possible, pour générer le plus de confusion et de peur possible. Cette opération reposait entièrement sur son aspect narratif ; l’histoire devait donc être décrite dans son intégralité dès les premières heures. La scène de crime trafiquée était le seul élément concret de toute l’affaire, donc la priorité devait concerner l’aspect narratif. Ils ne se sont pas inquiétés outre mesure de mettre l’enquête en péril, puisqu’il était évident qu’il n’y aurait pas de véritable enquête. Il n’y avait pas de véritables crimes, ni de vrais meurtriers, ni de vraies victimes, la priorité était donc l’aspect narratif dès le 9 août. Couvrir leurs traces était la seconde priorité. Apparemment, les problèmes de cohérence et de continuité étaient tout en bas de leur liste, puisqu’ils avaient très peu de respect pour l’intelligence du public. Leurs expériences passées leur ont montré qu’il n’était pas nécessaire de faire un travail soigné : tant qu’ils contrôleraient la presse, ils pourraient vendre n’importe quelle histoire, et ce quel que soit son degré d’incohérence ou d’absurdité. C’est l’expérience qu’ils avaient tirée de la commission Warren.
Nous savons également que l’enquête à été réassignée le premier jour, dès midi, passant de la section de police de L.A. West à la section criminelle. Ce qui a eu pour résultat d’annuler les trois premières heures de travail de la police. Une équipe entièrement nouvelle est arrivée dans l’après-midi.
Un autre signal d’alarme est la fameuse boîte 65, une boîte renfermant des pièces à conviction supposément trouvées au domicile de Folger et Frykowski par les enquêteurs. La rumeur s’est répandue qu’elle contenait de nombreuses photos érotiques de l’élite d’Hollywood. Personne n’a demandé pourquoi ni comment Folger et Frykowski auraient pu se retrouver en possession de telles photos, mais la rumeur a apparemment suffi à réduire beaucoup de monde au silence. Même si ces photos n’ont en fait jamais existé, ce brillant ajout à l’histoire principale a permis de réduire les possibilités d’action d’un grand nombre de personnes qui étaient déjà sous contrôle.
Un signal d’alerte de plus :
La police a ensuite garé une fourgonnette au domicile de Polanski, qu’elle a remplie d’objets qu’elle a emmenés au quartier général du SID pour les examiner. Quelques jours plus tard, ils ont bien entendu ramené la plupart de ces objets, qu’ils ont remis dans leur position originale pour tenter de recréer la scène du crime avant qu’elle ne soit ainsi perturbée.[18]
Là encore, c’est illogique, sans précédent, et totalement à l’encontre de la procédure. La seule raison qui pourrait expliquer cette action est qu’ils voulaient supprimer des preuves inopportunes de la scène du crime, et y ajouter d’autres « preuves », en profitant du chaos provoqué par le déménagement et le retour des pièces à conviction.
Et encore un signal d’alarme, sur la même page que celle citée précédemment : les lunettes trouvées près du pantalon bleu furent confiées à Paul Tate, « qui les a gardées pendant deux semaines en tentant de retrouver leur propriétaire, qui aurait été un suspect de premier plan ».[19] Ça doit être une plaisanterie. Personne n’a trouvé cela étrange ? Est-il d’usage courant de donner ou de prêter des pièces à conviction à un membre de la famille d’une des victimes au cours d’une enquête de police ? Bien sûr que non. C’est une preuve de plus que le renseignement militaire avait non seulement accès à la scène du crime, mais aussi aux pièces à conviction qui s’y trouvaient. Au cas où quelque chose ne collait pas, Paul Tate était là pour y remédier.
Et un autre signal d’alerte : bien que ceux qui contrôlaient cette histoire la dévoilaient chapitre par chapitre à la presse, lorsque vint le moment d’envoyer un rapport au State Bureau of Criminal Identification and Investigation [ndt : une autorité locale chargée de coordonner les différents départements de police au sein d’un état], la police de Los Angeles se contenta d’envoyer un rapport d’homicide de trois lignes, ce qui remplissait à peine les contraintes légales pour la rédaction d’un tel rapport. Il s’agit simplement d’une indication concernant l’identité des véritables managers de cette opérations : seule une agence fédérale pourrait afficher ouvertement un tel mépris pour une agence locale.
Et encore un autre signal d’alerte : lors de la descente de police du 16 août au Spahn’s Ranch (une semaine après les meurtres), ils ont emmené une équipe de tournage avec eux. Est-ce dans les habitudes de la police d’emmener une équipe de tournage quand elle fait une descente ? Non. Les mandats de perquisition utilisés ce jour-là étaient datés du 13 août, mais puisque ceux qui se faisaient filmer étaient dans la combine, ce n’était pas bien grave. Qui allait faire un procès ? Même si Bugliosi, Sanders et d’autres nous racontent que Manson se préparait fébrilement à quitter les lieux pour partir dans le désert le 17 août, il était à portée de main pour l’arrestation du 16, ce qui était bien pratique. Il apparaît dans la plupart des photos, bien au centre, avec le panneau « Spahn’s Movie Ranch » bien en vue dans le champ.
Je ne vais pas m’attarder en détails sur cette descente, mais Ed Sanders nous donne l’indice le plus important :
Les uniformes de certains officiers n’étaient clairement pas réglementaires sur les photos de la descente ; ils portaient un mélange hétéroclite de treillis des Marines et d’uniformes de shérifs.[20]
Nous pouvons le voir sur les photos ci-dessus : les policiers portent les mêmes casques, mais les chemises, les pantalons et les chaussures sont différents.

Sur celle-ci, nous avons au moins quatre uniformes différents, y compris le type avec le pantalon blanc qui ne porte même pas d’uniforme. Et là, nous avons un type avec des bottes de combat et un pantalon de parachutiste :

Ed Sanders a aussi souligné cette bizarrerie :

Voyez ce type avec le « Sheriff » cousu dans le dos. Les uniformes de shérif ne ressemblaient pas à ça. On dirait que les CHiPs sont là [ndt : la California Highway Patrol, la police de la route], eux aussi :

Tout le monde voulait participer au film ! Bien que les policiers aient trouvé des armes volées, des voitures volées, des cartes de crédit volées, des montagnes de drogues, des filles mineures, et une centaine d’autres choses, tout le monde s’en est tiré, encore une fois, soi-disant pour « manque de preuves ». Manson a une nouvelle fois été arrêté, toujours au même endroit, pour consommation de drogue, fornication, et attentat à la pudeur. Il s’en est encore tiré. C’était trop tôt. Les autorités voulaient que l’histoire enfle encore un peu, et laisser les habitants de Los Angeles mijoter dans la peur. Apparemment, le FBI a laissé la police locale avoir l’air de se rendre utile, mais ils ne souhaitaient pas passer à l’étape suivante pour le moment. De toute façon, la date de l’arrestation définitive avait déjà été prévue dans le scénario : le 12 octobre, jour de la naissance d’Aleister Crowley. Cette date serait doublement utile : elle permettrait d’ajouter un élément macabre de plus au scénario et de couvrir les traces des barbouzes, comme d’habitude. Les services secrets se sont cachés derrière le paravent du satanisme depuis le 19ème siècle, et la carrière de Crowley a été créée à cette fin. Crowley était lui-même un membre des services secrets, et il a montré à ses successeurs comment se servir du satanisme et de l’occulte comme autant de fausses pistes.
Partie 6 : la « scène du crime »
Nous pouvons à présent examiner les photos du cadavre de Sharon Tate. Maintenant que vous avez compris que nous avons affaire à un film, vous allez peut-être pouvoir les regarder d’un autre œil. Pour commencer, je vais vous montrer deux versions de la même photo. La première version est celle qui est le plus souvent reproduite sur le web, et elle a effectivement l’air assez horrible. Mais c’est uniquement parce que le contraste en a été très fortement augmenté, et qu’une grande quantité de rouge a été ajoutée. Ces retouches étaient nécessaires, parce que la photo originale n’était ni choquante, ni terrifiante. Elle est au contraire assez rassurante, puisqu’il est assez aisé de s’apercevoir qu’elle n’est pas morte.
Vous vous souvenez qu’on nous avait raconté que les hippies lui avaient ouvert le ventre, et qu’ils avaient poignardé le bébé, ou même qu’ils l’avaient arraché, puis qu’ils s’étaient servi du sang du bébé pour écrire sur les murs ? Je me souviens l’avoir entendu à la télévision. Ce n’est pas vrai, comme vous pouvez le voir. Nous pouvons voir son ventre sur les photos suivantes, et il n’a pas été touché. On n’y voit même pas de fausses marques de coups de couteau. Pas d’utérus ouvert, pas d’enfant mort, rien de tout ça. Bien sûr tout ceci aurait été très difficile à simuler. Ils pourraient le faire de nos jours en utilisant des effets spéciaux, mais cette technologie n’existait pas à l’époque.
Ces photos proviennent toutes deux d’internet.[21] Elles sont librement accessibles, et je ne les pas retouchées avec photoshop. Celle de gauche est la plus répandue sur le web, et ce sera probablement la première sur laquelle vous tomberez en effectuant une recherche. C’est celle qu’on veut que vous voyiez. Mais la seconde est également disponible.
Vous voyez jusqu’où ils ont été obligés d’aller pour que la photo de gauche ait l’air repoussant. Les retouches sont vraiment flagrantes, et ceci devrait être le premier signal d’alerte. Si les photos de la scène du crime avaient vraiment rempli le rôle qu’on souhaitait leur voir remplir, on n’aurait pas eu besoin d’ajouter du rouge à ce point, pas vrai ? Leur problème était évident : elle n’a pas l’air assez mal en point sur la photo de gauche. Elle n’a même pas l’air d’être morte. Elle n’est pas livide, elle sourit, et il n’y a pas du tout assez de sang. On nous dit qu’on est plusieurs heures après les meurtres. Les meurtres sont censés avoir eu lieu aux alentours de minuit, et ces photos ont été prises entre dix et douze heures plus tard. Elle devrait être horrible. Sa peau ne devrait pas avoir autant de couleurs, sa bouche ne devrait pas ressembler à ça, et les blessures sur le torse auraient dû la recouvrir de sang coagulé. Le médecin légiste a prétendu qu’il y avait une lividité cadavérique sur le côté gauche de sa tête, mais nous ne la voyons pas sur cette photo. La lividité cadavérique (ou livor mortis) est un bleu causé par le sang qui s’accumule dans une partie du corps. Elle devrait se trouver sur le côté supérieur, mais elle n’y est pas.
Nous verrons qu’elle a été trouvée à côté du canapé : pourquoi se trouve-t-elle collée à un mur blanc sur cette photo, et pourquoi a-t-elle été complètement retournée ? On ne change pas les corps de place sur une scène de crime, juste pour pouvoir les photographier sous des angles différents. Si elle est morte, pourquoi a-t-elle besoin d’un oreiller ? Pourquoi sourit-elle ? Ce n’est pas la rigor mortis. La rigor mortis ne vous fait pas sourire de cette façon si naturelle, fluide et charmante. La rigor mortis vous tord les lèvres en une grimace qui n’a rien de naturel. La rigor mortis est encore pire douze heures après le décès. Vérifiez par vous mêmes. Ces photos de la scène du crime ont été prises à peu près à ce moment, la rigor mortis devrait donc être à son point culminant. Et pourtant son visage, sa bouche et ses yeux ont l’air vivant et tout à fait naturel.
Nous pouvons également étudier les bras pour nous convaincre qu’il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond. Avant qu’elle n’ait été déplacée, elle se trouvait à l’origine contre le canapé, avec le bras droit posé sur la tête. Elle a été retournée sur la photo ci-dessus, et le bras gauche se trouve donc en bas. Mais il ne se trouve plus sur sa tête, comme vous le voyez, il est désormais détaché sur le côté. Dans sa position originale, son biceps était collé à l’oreille. Là, il est détaché de 30 cm. Ça ne pose pas de problème si vous êtes vivant, mais c’est un problème sérieux si vous êtes au point culminant de la rigor mortis. Celui qui l’a déplacée n’aurait pas dû pouvoir lui déplacer le bras de la façon qui lui convenait.
Nous ne voyons aucun signe de lividité cadavérique non plus, qui culmine elle aussi après douze heures. Mises à part les traces de faux sang, Tate n’a aucun signe de décoloration sur sa peau, que ce soit sur son torse ou sur sa tête. Elle devrait être plus blanche sur la partie haute de son torse, et plus pourpre vers le bas. Puisqu’ils l’ont retournée, elle devrait être plus pourpre aussi sur son côté gauche, ce qui n’est pas le cas ici. Elle n’a pas non plus de pallor mortis,[ndt : pâleur cadavérique qui survient environ quinze minutes après la mort] qui devrait avoir fait son apparition même si la rigor mortis n’est pas encore survenue. Pour résumer, elle n’a aucune des caractéristiques des personnes décédées, et seuls ceux qui n’ont jamais vu de vrais cadavres pourraient croire qu’elle est réellement morte.

Voici la photo principale. Elle pourrait être quelque peu choquante pour ceux qui ne savent pas qu’il s’agit d’un film. Mais même si le faux sang est un peu dégoûtant, Sharon a en fait l’air d’aller beaucoup trop bien. Sa pose est bien trop souple pour quelqu’un qui serait atteint de rigor mortis. Les cadavres ne prennent pas ce genre de pose langoureuse. Le plus souvent, le bras ou la jambe d’un cadavre posé sur le côté comme ici s’élèvent de façon étrange, comme s’ils flottaient au-dessus du sol. Les cadavres ne prennent pas de poses nonchalantes comme ces deux-là. Et pourquoi la tête de Sebring est-elle recouverte? S’ils ne se gênent pas pour déplacer les corps, on pourrait penser qu’ils auraient au moins pu enlever ce mouchoir – ou autre, pour qu’on puisse l’identifier. Je soupçonne que son visage a été recouvert parce qu’il ne s’agit pas de Sebring. Il devait en avoir assez de rester allongé ici. Ou alors il était incapable de faire bonne figure. Tout comme Tate, il avait tendance à rire et à sourire en permanence, et son sourire était encore pire que celui de Sharon. Il valait mieux le recouvrir d’un voile pudique.
De plus, vous pouvez voir comme la peau de Tate est encore charmante : pas de pallor, pas de livor, pas de rigor. La plupart des copies de cette photo que vous trouverez sur internet ont été manipulées pour faire en sorte que sa peau ait plus mauvaise apparence.
Le bras qui brille pose lui aussi problème. J’ai mis un certain temps avant de le remarquer, mais c’est là aussi un signal d’alerte. Vous voyez comme le bras au premier plan est brillant ? C’est parce qu’il est humide. Mais comment le sang pourrait-il être encore humide dix-douze heures après les meurtres ? Il aurait dû être sec depuis longtemps. Vous direz que la photo a dû être prise plus tôt, ce qui explique pourquoi il n’y a trace ni de rigor, ni de livor ni de pallor. Le problème est que ces photos de la scène du crime sont censées avoir été prises par le photographe de la police, qui ne pouvait être présent sur les lieux avant dix heures du matin. Si nous revenons en arrière, à un moment où le sang aurait encore pu être humide, il convient alors de se demander qui aurait bien pu prendre ces photos. Toute photo prise avant dix heures du matin est une preuve qu’il y avait une équipe de tournage présente sur un plateau de tournage.
Sharon est nue sur certaines photos de son cadavre ; elle ne porte pas de soutien-gorge. On nous dit que celle-ci a été prise sur la table du médecin-légiste.

Est-ce que ça a l’air d’une photo non retouchée ? Pourquoi le corps est il moins exposé que la tête ? Qu’est-ce qui ne va pas avec son cou ? Il n’est pas assez large comparé à sa tête. Le travail a vraiment été mal fait à l’endroit où j’ai ajouté une flèche rouge. Le cou ne forme jamais d’angle aussi aigu par rapport aux épaules. C’est peut-être bien la plus mauvaise photo truquée que j’aie jamais vue. J’ai du mal à croire qu’elle ait été publiée. Mettons-la à côté de la photo précédente.
Le premier problème qui saute aux yeux est que la tête est trop étirée sur la photo de gauche. Voyez comme son nez et sa lèvre supérieure sont longs. La mort ne vous étire pas la tête, et elle ne déplace pas vos lèvres et vos yeux. La photo de gauche a été truquée en utilisant celle de droite comme source. Le technicien chargé du trucage a pour une raison ou pour une autre étiré la tête en essayant de la coller sur le corps de la photo de gauche. On peut voir qu’il a aussi pris l’œil de la photo de droite pour le coller sur la photo de gauche. C’est exactement le même, jusqu’aux ombres. Mais il est placé trop en hauteur, ce qui a pour effet d’étirer encore le visage. Les blessures sur le visage sont aussi mal positionnées. Sur la photo de gauche, il y a deux blessures, séparées d’environ 5 cm, avec la blessure inférieure qui démarre à environ 3 cm de la commissure des lèvres. Sur la photo de droite, elle n’a qu’une seule blessure, qui démarre immédiatement à la commissure des lèvres. Le truqueur a également copié les blessures sur le torse, puisqu’il était très important qu’elles soient identiques. Mais il s’est trompé ici aussi. On a aussi l’impression qu’il a copié le corps, se contentant d’enlever le soutien-gorge. La position du torse est identique.
Et que penser de cette plaque, sur laquelle est écrit R. Wilson ? Qui est R. Wilson ? Le médecin-légiste ? Un Beach Boy inconnu ? Normalement, le médecin-légiste n’appose pas son nom sur les corps. On étiquette les corps avec leur propre nom, pour des raisons évidentes. Nous aurions dû voir une étiquette avec le nom de Sharon Tate, ou Sharon Polanski. De plus, le médecin-légiste qui a pratiqué les autopsies était Thomas Noguchi, pas R. Wilson. Son adjoint s’appelait Stuart. Je suppose que cette plaque n’a pas servi à étiqueter le corps, mais que la personne responsable du trucage de la photo s’en est servie pour couvrir la zone la plus problématique de ce montage. On voit souvent ce genre de choses étranges sur des photos où la tête est collée sur un corps. Puisque la jointure est en général assez visible, le truqueur va y mettre une cravate ou un collier, par exemple. On voit que la plaque remonte très haut, d’une façon assez bizarre. La majeure partie de la jointure a ainsi été recouverte. Mais il aurait aussi fallu recouvrir cet angle trop aigu que j’ai pointé avec la flèche rouge.
Avant de poursuivre, attardons-nous quelque peu sur Thomas Noguchi. Cela vous intéressera peut-être de savoir que Noguchi a aussi pratiqué les autopsies de Robert Kennedy, Marilyn Monroe, Natalie Wood, William Holden et John Belushi. C’est peu dire qu’il s’agit d’une personnalité suspecte. Un chercheur pourrait écrire un livre entier sur Noguchi et ses impostures. Je n’ai ni le temps ni l’envie de m’en charger, je me contenterai donc de mentionner une chose ou deux. Tout d’abord, on sait que son assistant de l’époque, Donald Angus Stuart, était un imposteur. Il a été arrêté en 1972 pour avoir falsifié son diplôme de médecine, pour pratique illégale de la médecine et faux témoignage. Ce faux témoignage a été prononcé lors d’une procédure disciplinaire menée contre Noguchi devant la Civil Service Commission en 1969. Noguchi avait été licencié par le conseil de surveillance de la commission de Los Angeles le 18 mars 1969, avec un vote de 5-0 en faveur de son renvoi. Noguchi a cependant été réintégré dans ses fonctions par la Civil Service Commission fédérale le 31 juillet 1969, tandis que Stuart a été arrêté bien après. Notez bien cette date. Noguchi a été remis en place une semaine avant les meurtres supposés. Notez également que c’est une agence fédérale qui a réintégré Noguchi, faisant fi du vote de 5-0 par la commission locale.
Noguchi s’était fait laminer durant les auditions auprès de la commission. On relèvera en particulier ceci :
Martin Weekes, conseiller-adjoint au comté de Los Angeles, a soutenu [devant la cour] que Noguchi souriait et dansait dans son bureau tout en attendant que Kennedy meure, et qu’il a dit à ses collègues : « Je vais devenir célèbre ! J’espère qu’il va mourir, parce que […] ma réputation sera faite sur le plan international. » Une secrétaire a décrit Nogushi découpant une feuille de papier avec un canif, tout en lui disant qu’il aimerait pratiquer une autopsie sur Lin Hollinger [l’administratrice en chef du comté], alors toujours vivante.
Hollinger a aussi déclaré dans son témoignage que Noguchi « avait besoin d’un suivi psychiatrique, ses problèmes venant d’une addiction apparente à la drogue. » Et nous avons bien entendu l’article que j’ai mis en lien ci-dessus, dans lequel on apprend que son propre assistant, Stuart, a témoigné que Noguchi était une personne instable [San Francisco Examiner, 3 février 1972]. Voilà l’homme qui a été réinstallé à son poste de médecin-légiste juste une semaine avant les meurtres supposés, soi-disant à cause d’une affaire de harcèlement racial. La Civil Service Commission a remis Noguchi en poste parce qu’elle aurait eu peur de virer un américain d’origine asiatique. Noguchi et ses soutiens avaient choisi comme ligne de défense d'arguer qu’il était remis en cause parce qu’il était asiatique, et ça a marché.
Malgré la célébrité qu’il a effectivement obtenue, il a tout de même fini par être viré en 1982, et même la Civil Service Commission n’a pas été en mesure de le sauver à ce moment-là. Il avait entre-temps saboté ou falsifié les autopsies de William Holden, Natalie Wood, John Belushi et bien d’autres – nous supposons que dans la plupart des cas il obéissait à des ordres venus d’en haut. Quiconque a mené des recherches sur des meurtres ou des décès médiatiques sait que les médecins-légistes sont embauchés pour soutenir les versions officielles, pas pour pratiquer de véritables autopsies. Le public ne sait que ce que les autorités fédérales veulent bien qu’il sache, ni plus, ni moins. Si la CIA dit à un médecin-légiste de cocher la case du suicide, il coche la case du suicide. Si le FBI lui dit de conclure à une noyade accidentelle, il conclut à une noyade accidentelle. S’il ne le fait pas, c’est lui qui risque de se noyer accidentellement.
Mais revenons aux fausses photos d’autopsie. En voici une autre, et cette fois la tête est hors champ, ce qui est bien pratique :

Il y a tellement de problèmes avec cette photo que je ne sais même pas par où commencer. Nous n’avons aucune preuve qu’il s’agit de Sharon, puisque nous ne voyons pas son visage. Ce « cadavre » n’a pas l’air d’être celui d’une femme enceinte de presque neuf mois. Peut-être un début de grossesse, peut-être pas, mais le ventre d’une femme enceinte de plus de huit mois est bien plus gros que celui-là, et Sharon est bien plus grosse que ça sur d’autres photos que nous avons déjà vues. Sharon était censée accoucher le 18 août, neuf jours après le meurtre supposé. Ce qui est incroyable, c’est que ni l’autopsie ni le certificat de décès ne mentionnent la présence d’un fœtus ou d’une grossesse. Il semblerait que Noguchi n’ait pas remarqué que le cadavre qu’il examinait était celui d’une femme enceinte.

S’il s’agit bien d’un vrai cadavre, ce que nous voyons est probablement dû au gonflement post-mortem de l’abdomen d’un cadavre, pas à une grossesse. Les blessures posent aussi problème, en ce qu’elles ne ressemblent pas à des blessures infligées par un couteau, qui ont d’ordinaire l’aspect d’une fente. Ces blessures ont l’air d’avoir été causées par un fusil. De plus, elles ne concordent pas avec celles visibles sur Sharon lorsqu’elle est étendue près du canapé : on y voyait une grosse entaille au niveau des côtes sur le côté gauche, alors que nous ne voyons que deux petites piqûres à cet endroit sur celle-ci. Les trous causés par un fusil m’amènent à penser que Noguchi a pu se servir de vieilles photographies des meurtres commis par Rufus Wilson quelques années auparavant. La plaque indiquerait alors qu’il s’agit de Mme R. Wilson, qui avait été assassinée à coups de fusil à Los Angeles. Les photos de l’autopsie de Mme R. Wilson devaient se trouver dans les archives du médecin-légiste.
Il est aussi intéressant de noter que la photo est de très bonne qualité lorsqu’on ne voit pas la tête du cadavre. Mais lorsque la tête du même cadavre est visible, alors la qualité de l’image baisse de 90 %. C’est un signe qui ne trompe pas, et qui indique qu’il y a eu manipulation.

Pourquoi la qualité est-elle si élevée sur la photo de gauche, et si mauvaise sur celle de droite ? Même jour, même corps, même appareil photo. Que s’est-il passé ? Y a-t-il eu une éclipse totale du soleil ? Ou une comète est-elle passée à proximité ?

Mais revenons aux photos de Tate prises dans sa maison. En voici une autre, où on la voit près du canapé, sous un angle différent. Là encore, ils ont modifié le contraste et la résolution, pour faire en sorte que la photo ait l’air un peu plus sordide. Il n’y a pas grand chose à en tirer, ce qui était le but recherché. On peut tout de même observer quelques anomalies. Portez votre attention sur le coin supérieur gauche. Il semble qu’il y ait une traînée de sang assez importante, ou peut-être une blessure ouverte. Lorsqu’on observe la même zone sur l’autre photo où nous la voyons près du canapé, il semble qu’il n’y ait qu’une petite coupure avec du sang qui s’en échappe.

Quoi qu’il en soit, cette blessure est en travers de son ventre et est située à environ 7-15 cm en-dessous de son soutien-gorge. Revenons donc à la photo de bonne qualité.

Elle a été retournée, la blessure devrait donc commencer au niveau de la corde et remonter le long du ventre. Nous pouvons voir très clairement les 15-20 cm situés sous son soutien-gorge, et rien ne s’y trouve. Il n’y a rien non plus sur la photo prise lors de l’autopsie.
Mais revenons aux photos précédentes, et comparons-les.

Attardons-nous sur la corde et sur les boîtes d’allumettes. Sur la photo de droite, son poignet est posé sur la corde, et plusieurs boîtes d’allumettes se trouvent entre la corde et le canapé. Mais il n’y a pas de boîtes d’allumettes après la corde, près de sa main. Sur la photo de gauche, son poignet se trouve au moins à 15 cm de la corde, et nous pouvons voir qu’il y a une boîte d’allumettes de l’autre côté de la corde, près de sa main. J’admets qu’il est possible que le changement d’angle de vue puisse être à l’origine de l’apparition de cette boîte d’allumettes, et que la main de Tate pouvait la dissimuler sur la photo de droite. Mais un angle de vue différent n’a pas pu faire bouger la corde de 15 cm, et la placer sous son poignet. On peut voir que la corde est clairement éloignée de son poignet sur la photo de gauche.
Elle a bougé ! Cette position a dû être assez difficile à maintenir. Essayez par vous-même. Votre bras va commencer à s’engourdir en quelques minutes. Elle a bougé, puis est revenue dans une position similaire par rapport à cette corde, mais pas dans une position exactement identique.

Voici une photo très étrange que j’ai trouvée sur le net. Elle n’avait pas de légende. On dirait un remake, ou un film plus récent, puisque rien ne concorde. Les cheveux sont différents, tout comme le visage, les blessures au visage, la table, la moquette, le canapé, la corde, etc.
Encore une photo de mauvaise qualité. Cette fois, on nous dit qu’il s’agit de Frykowski :

Est-ce que vous avez l’impression de voir une vraie photo ? Il se tient dans l’ombre d’un arbre, comme nous le voyons clairement au bord supérieur de la photo, où l’ombre rencontre la lumière. Alors comment se fait-il que tout son corps soit éclairé d’une façon aussi peu naturelle ? Pourquoi y a-t-il une sorte de halo tout autour de lui ? Pourquoi sa main gauche disparaît-elle dans le sol ? Pourquoi son bras droit projette-t-il une ombre, alors qu’il se trouve déjà dans l’ombre de l’arbre ? Il devait y avoir un nombre incalculable d’anomalies visuelles sur cette photo, et quelqu’un a décidé que le meilleur moyen de s’en sortir était de lui appliquer le plus d’effets possible. Bien que nous soyons pourtant assez proches de sa tête, personne ne serait en mesure d’identifier cet homme.
Il existe une photo de l’autopsie de Frykowski. Elle est assez horrible. Mais elle est dans le même temps tellement absurde que je ne vois pas l’intérêt de vous l’imposer. La tête est bien trop petite comparée au corps, et elle ne ressemble pas du tout à Frykowski.
Abordons plus en détail le cas Frykowski. Je vous ai déjà dit qu’il existait un certain Jerzy Frykowski, qui se trouvait toujours en Europe, où il travaillait en tant que directeur de production. On nous dit qu’il s’agit du petit frère de Wojciech. Il n’existe malheureusement aucune photo de ce Jerzy Frykowski sur internet, ce qui est assez étrange. Comment expliquer cette absence de photos ? Eh bien, il faut garder à l’esprit que l’idole de Wojciech était Jerzy Kosinski, le romancier américain d’origine polonaise, auteur de L’oiseau bariolé et de La présence. Frykowski était un vieil ami de Kosinski. Au moment de sa mort supposée, Wojciech tentait de devenir romancier, comme Kosinski. S’il avait eu besoin de changer de nom, on peut penser qu’il aurait pu choisir le nom de son idole. J’émets donc l’hypothèse qu’après les faux meurtres, Wojciech a changé de nom pour devenir Jerzy, et qu’il est retourné s’installer en Pologne. Le petit frère n’existe pas, ce qui explique pourquoi nous ne trouvons aucune photo de lui. Quelqu’un pourrait alors remarquer qu’il ressemble trait pour trait à son grand frère. Vous voyez comme c’est simple ? Même pas besoin de changer de nom de famille. Vous pouvez simuler votre mort, revenir dans votre pays natal, vous contenter de changer de prénom, et personne ne le saura ou s’y intéressera de suffisamment près.
Il est aussi intéressant de noter que Frykowski a été incinéré, ce qui permet d’empêcher toute exhumation du corps si une enquête future devait l’exiger. Je dirais que l’hypothèse la plus probable est que Frykowski était impliqué avec l’équivalent polonais de notre Lookout Mountain. En d’autres termes, il faisait partie de la branche cinéma/propagande des services secrets polonais, en compagnie de Polanski et probablement de Kosinski.
L’assassinat et la mort de Kosinski sont eux aussi probablement liés à Frykowski. En 1977, Kosinski s’est mis à écrire sur le meurtre de Tate et des autres, avec le roman Le partenaire inconnu. Il a peu après été accusé de plagiat et d’être un agent de la CIA. John Corry a défendu Kosinski dans le New York Times en 1982, écrivant que ces accusations étaient des manœuvres de désinformation en provenance de Pologne. Frykowski était-il à l’origine de ces accusations ? Kosinski ne pouvait le confirmer sans avoir à révéler toute l’histoire. Il ne l’a jamais fait, mais certaines personnes ont pu craindre qu’il crache le morceau, ce qui a pu mettre sa vie en danger. Il est mort en 1991, à l’âge de cinquante-sept ans, dans des circonstances mystérieuses. On l’a retrouvé dans une baignoire à demi remplie, avec un sac en plastique sur la tête. Sa mort a été qualifiée de suicide, mais ce genre de décès ressemble plutôt à un assassinat commandité. Personne ne se suicide de cette façon.
Kosinski était l’un des rares à pouvoir tout révéler sur les meurtres simulés ; il fallait donc commencer par le discréditer, avant de s’en débarrasser. Il était un écrivain célèbre dans le monde entier au début des années soixante-dix, et les gens l’auraient sans doute écouté. Il était notoirement proche de Polanski et Frykowski. Il a commis l’erreur de s’intégrer très rapidement à l’histoire, en prétendant qu’il avait failli être assassiné et qu’il n’avait échappé aux meurtres que parce qu’il avait égaré ses bagages à l’aéroport. Polanski a été contraint de s’exprimer sur ce sujet, ce qui a apparemment déplu à certaines personnes. La suite n’aura été qu’une lente descente aux enfers pour Kosinski, qui semble avoir été éliminé par la mafia polonaise, à moins qu’il ne s’agissait de gars bien de chez nous. Ça, ou alors il a lui aussi simulé sa mort, avant d’être envoyé au Brésil pour y rejoindre les autres. On n’en sait rien, mais on a là une autre pièce du puzzle qui n’est jamais évoquée nulle part.
Partie 7 : l’échange
À présent que vous en tête l’idée qu’un homme peut se faire passer pour un de ses petits frères qui n’existe pas, essayez d’imaginer qu’une femme puisse se faire passer pour sa petite sœur inexistante. On nous dit que Sharon avait deux petites sœurs, Debra et Patti. Debra avait neuf ans de moins que Sharon, et Patti en avait quinze de moins. La légende de la photo de gauche indique qu’il s’agit de Sharon et Patti, mais il doit s’agir d’une erreur. La photo de droite est censée représenter Sharon en compagnie du Père Noël, et il est évident qu’il s’agit de la même petite fille que sur la photo de gauche. On peut en déduire que la photo de gauche nous montre Doris (la mère) et Sharon, et non pas Sharon et Patti. On peut s’en rendre compte aux vêtements, qui sont à la mode de la fin des années quarante, pas du début des années soixante. Regardez le chapeau: ce n’est pas un chapeau des années soixante.
La légende de celle-ci indique également qu’il s’agit de Sharon et Patti :

Comment se fait-il que cette petite fille ne ressemble absolument pas à la petite fille précédente, ni à Patti, ni à aucune des sœurs Tate ? Les trois Tate étaient des filles superbes. Voici une photo censée les représenter :

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un photomontage. Pourquoi le visage du bébé est-il beaucoup plus blanc que ceux de Sharon et Debra ? Pourquoi y a-t-il un gros nuage derrière la tête de Sharon ? S’il s’agit d’une ombre projetée sur la tenture en arrière-plan, pourquoi sa tête projette-t-elle une ombre, mais pas son épaule ? Pourquoi Sharon projette-t-elle une ombre, alors que le bébé n’en projette aucune sur elle ? Et pourquoi y a-t-il un halo plus clair entre la tête de Sharon et l’ombre ? Il s’agit de la ligne de collage du photomontage, à une époque où Photoshop n’existait pas encore. Cette photo truquée détruit l’ensemble du complot à elle toute seule. S’il s’agissait bien de trois sœurs, on pourrait trouver de véritables photos d’elles. La seule raison pour trafiquer des photos de cette façon, c’est qu’il n’existe aucune photo d’elles.

Cette photo est censée représenter les trois sœurs. Mais là encore, la plus jeune ne ressemble pas aux deux autres. Les gens ont des amis et des cousins, vous savez. Je pense que nous avons besoin de preuves supplémentaires. Notez aussi la différence d’âge entre « Patti » et Debra. Elle a l’air énorme, pas vrai ? Rappelez-vous en par la suite.
Voici une photo prise aux funérailles supposées de Sharon :

Certains sites internet nous disent qu’il s’agit de Polanski, en compagnie de Doris Tate, la mère, et de Patti Tate. Il y a toutefois deux éléments qui ne collent pas. Premièrement, où est Debra ? Nous ne voyons qu’une seule sœur, ce qui est curieux. De plus Patti aurait dû être âgée de onze ans à ce moment. Cette fille n’a certainement pas l’air d’avoir onze ans, mais plutôt quinze ou dix-sept ans, ce qui correspondait à l’âge qu’avait Debra à cette époque. Ce n’est pas Patti, c’est Debra. Patti n’est pas là. D’autres sites internet indiquent qu’il s’agit de Debra.

Une autre. Toujours pas de Patti. Deux photographes différents, et aucun des deux n’a donc pris la peine d’associer les deux sœurs sur la même photo ? Et une autre :

Encore une autre :

Voici la seule photo que j’ai pu trouver montrant deux filles aux funérailles :

Ces deux filles n’ont pas six ans d’écart. Comme nous pouvons le voir dans la vidéo des funérailles, elles ont la même taille et la même corpulence. C’est la fille de droite qui apparaît sur les autres photos, puisqu’elle a des manches courtes et un col en dentelle. Vérifiez sur les photos ci-dessus. Cette fille a environ dix-sept ans, pas onze.
Je vous enjoins à visionner les archives des funérailles filmées par NBC (visibles sur de nombreuses vidéos sur Youtube), sur lesquelles on peut voir Debra. Elle a les cheveux châtains clairs, et elle a l’air d’avoir entre quinze et dix-sept ans. Il n’y a pas de fille qui a l’air d’avoir onze ans. Si Patti avait été présente, elle aurait été aux côtés de sa mère et de sa sœur, n’est-ce pas ? Ce n’est pas le cas. Il n’y a aucune trace de l’existence de Patti avant 1970.
Je vous ai recommandé de visionner les archives de NBC, mais vous noterez comment elles ont été montées. Elles ont été coupées à une multitude d’endroits. On y voit bien peu de choses intéressantes, et ce n’est pas un hasard. On y voit souvent les gens de dos, mais il n’y a que très peu de plans où l’on peut réellement voir quoi que ce soit. On a même ajouté un faux compteur en haut de la vidéo pour vous faire croire que vous regardez le film original.
Encore une fois, les deux filles présentes aux funérailles n’ont pas l’air d’avoir six ans d’écart. Elles ont peut-être un ou deux ans d’écart, mais certainement pas six. Cette autre fille est soit une cousine, soit une amie, soit une fille qui a été recrutée à cette occasion. Voici une photo de Pam Turner, la cousine de Sharon, à une audience de libération conditionnelle de Susan Atkins en 2008.

Quel âge lui donneriez-vous? Je dirais autour de cinquante-cinq ans. Elle est peut-être un peu plus âgée, mais sa teinture est plutôt réussie. Ce qui fait qu’elle aurait eu environ seize ans en 1969. Ça pourrait coller. Une cousine de seize ans se serait très certainement rendue aux funérailles. Cette femme ressemble même à la jeune fille de la photo ci-dessus – avec le même nez et la même forme du visage – ce qui est sans doute suffisant pour dire qu’il s’agit de la même personne.
D’autres faits : Sharon avait vingt-six ans au moment de son décès supposé. Elle aurait dû avoir quinze ans de plus que Patti. On est donc censés croire que Doris, la mère, a eu une première fille, puis une seconde neuf ans plus tard, et une dernière six ans après ? Ce n’est pas totalement impossible, mais ça semble improbable.
Patti/Sharon aurait été incinérée suite à son décès supposé en 2000 des suites d’un cancer du sein. Ce qui permet d’éviter d’avoir à fournir deux corps pour Patti/Sharon. On met Patti/Sharon dans le cercueil de Sharon, et n’importe quelles vieilles cendres dans l’urne de Patti, et le tour est joué.
Et d’où pourrait bien venir le nom « Patti » ? Il y avait un personnage de la série télévisée C’est déjà demain du nom de Patti Tate. Elle était assez connue dans les années cinquante et soixante. C’est déjà demain venait de passer au format 30 minutes en 1968. Peut-être Patti Tate était-elle un personnage favori de Sharon.[Ndt : d’après la fiche Wikipedia sur cette série (en anglais) : « Patti, devenue adolescente, s’est mise à traîner avec des gangs violents impliqués dans le trafic de drogue (ce qui ajoutait une vision très acerbe de la contre-culture américaine de l’époque). »]
Sharon a quelques caractéristiques physiques qui nous permettent de toujours la reconnaître. Pour commencer, elle a deux petits grains de beauté sous la bouche, du côté droit. En général, elle les recouvre avec du maquillage, et ils ne sont donc pas visibles sur toutes les photos et vidéos. De nombreuses photos sont aussi retouchées pour éliminer les cicatrices, les grains de beauté ou les boutons. Elle a aussi un petit grain de beauté, ou grosse tache de rousseur, sur sa joue gauche. Les deux photos du bas sont inversées. Elle a aussi une petite cicatrice sous son œil gauche, que Christopher Jones a mentionnée au cours de son interview. On la voit clairement qui descend le long de sa joue sur les photos un et trois. Elle avait une cicatrice sur son genou gauche. Elle avait aussi une cicatrice causée par la varicelle sur son front, que vous pouvez voir ici :

On nous dit que Sharon avait les yeux marrons. Mais ce n’était pas le cas. Elle avait les yeux noisette.

On voit ici une Sharon jeune et joufflue, avec des yeux noisette. On peut voir les deux grains de beauté et la cicatrice. Les yeux noisettes peuvent sembler aller du marron clair au vert selon la lumière. Si la lumière est bleue, ils peuvent avoir l’air légèrement bleu. Ils ont généralement plus de jaune, ou d’or, que les yeux marrons. Ce n’est pas surprenant d’entendre dire que Sharon avait les yeux marrons, puisqu’on les confond fréquemment avec des yeux noisettes. Beaucoup de gens ne savent même pas ce que sont des yeux noisette. Et la différence entre les deux est très légère sur des photographies. Il faut que les couleurs soient parfaitement rendues pour que la couleur originale des yeux apparaisse convenablement. Dans la majeure partie des cas, il est impossible de faire la différence entre des yeux marrons et noisette d’après une photographie. J’ai dû chercher parmi de nombreuses photos avant de trouver celle ci-dessus, qui a une résolution suffisante pour nous montrer que ses yeux sont noisette.

J’ai aussi trouvé celle-ci, qui est encore meilleure. La lumière crue de la neige fait ressortir la couleur de ses yeux, qui sont très clairement noisette. Les yeux marrons ne ressemblent jamais à ça. Il est aussi important de noter qu’il est plus facile de mettre des lentilles de contact bleues sur des yeux noisette que sur des yeux marrons. Comme l’iris des yeux noisette est plus clair, il est plus aisé d’en changer la couleur. C’est un peu comme pour la coloration des cheveux : il est plus facile de passer du blond au brun que l’inverse. Il est toujours plus facile de passer du clair au sombre, que du sombre au clair.
Quelle est la couleur des yeux de Patti ? Très difficile à dire avec les images d’elle sur internet. Certains disent qu’elle a les yeux bleus, mais il peut s’agir de lentilles de contact. Regardons la seule photo d’elle de qualité correcte qui circule sur le net :

Ces yeux pourraient être bleus, verts, gris ou noisette. Même s’il n’est pas clairement bleu, l’œil gauche a l’air plus bleu que l’œil droit, ceci en raison de son éclairage. L’œil droit pourrait être noisette, à la limite. Patti porte des vêtements bleus clair (j’ai coupé la photo) et la pièce est très bleue, or les yeux reflètent la couleur ambiante. Des yeux bleus devraient avoir l’air très bleu dans cet environnement, ce qui n’est pas le cas. Mais nous pouvons voir que l’iris est très clair, comme sur la dernière photo de Sharon ci-dessus. C’est assez rare, même chez les gens qui ont les yeux bleus. Quelle que soit leur couleur, il est rare que des yeux soient aussi translucides. Il est possible que ces yeux soient identiques à ceux de Sharon, mais je dirais que ce test n’est pas concluant. Continuons donc à chercher.
Sharon avait aussi une oreille gauche tout à fait particulière, qu’on pourrait qualifier d’elfique. Elle est plate au sommet, avec une petite encoche juste en dessous. On la voit parfaitement lors de l’interview qu’elle a donnée après Valley of the Dolls. On peut aussi la voir ici :

Vous serez peut-être intéressés d’apprendre que Sherlock Holmes a identifié un de ses suspects en examinant ses oreilles. Dans le film La clef, Basil Rathbone reconnaît Patricia Morison grâce à ses oreilles, bien qu’elle porte un costume de bonne et une perruque.
Avant d’en venir à l’indice final, attardons-nous sur les informations disponibles sur internet concernant Patti et Debra. Nous savons que Debra et Sharon ne se ressemblaient pas beaucoup en tant qu’adultes. Mais Patti ressemblait trait pour trait à Sharon ? Tout le monde l’admet, mais personne ne se pose de questions. Étrange. Patti est censée avoir épousé Don Ford en 1978, et avoir eu trois enfants avec lui. Il n’y a aucune photo de Patti Tate et de Don Ford ensemble sur le net. Ce dernier était un basketteur célèbre et très beau, elle était une beauté célèbre, mais aucune photo d’eux n’a survécu ? Leur relation n’intéressait pas les paparazzis ? Soit le mariage n’a jamais eu lieu, soit il a été effacé des tablettes. Mais elle a aussi vécu avec Alisa Statman – en clair, elles étaient amantes. Il se trouve que Statman est une réalisatrice, tout comme Polanski. Dans un article publié par CNN en 2012, Statman prétend avoir volé deux boîtes bleues contenant des photos, des diapositives et des négatifs à un détective qui avait enquêté sur le meurtre de Tate. Elle se sert à présent de ces éléments dans son nouveau livre, Restless Souls. Cette histoire est visiblement une fiction, on peut donc en conclure que Statman est une création de plus de la CIA ou du FBI, mise en avant pour diffuser un peu plus de désinformation. Il n’existe aucune photo de Patti Tate et Statman sur le net.
Patti Tate aurait également été l’amante lesbienne de Robin Olson. Elle aurait apparemment été à la fois avec Olson et avec Statman dans les années quatre-vingt-dix, à la suite de sa séparation avec Don Ford en 1992. On nous raconte qu’elle a laissé ses enfants vivre avec Statman plutôt qu’avec sa sœur Debra. Bien sûr.
Dans son commentaire sur le livre Restless Souls – à propos duquel elle a menacé de poursuivre Statman en justice – Debra Tate déclare que « Patti avait peu de souvenirs concrets de Sharon » et que « Patti ne se souvenait que très peu » des funérailles. Pas étonnant, vu qu’elle n’y était pas. Elle n’existait pas.
Debra a été déshéritée par son père, sans qu’on sache réellement pourquoi. Ils n’étaient pas proches. Il faut croire que Debra n’appréciait pas son père, et sachant ce que nous savons à présent, on peut comprendre pourquoi. La famille a été utilisée pour promouvoir une cause fasciste – la suppression du mouvement anti-guerre – et Debra n’était peut-être pas particulièrement ravie du rôle qu’elle a été contrainte de jouer. Elle était alors trop jeune, et elle n’avait pas voix au chapitre. Mais elle n’a jamais été en mesure de dire la vérité, ni de tourner le dos à toute cette affaire. Elle a probablement été menacée et surveillée tout au long de sa vie.
Paul Tate fut incinéré, comme bien d’autres acteurs de cette saga, bien qu’il ait demandé à être enterré à Holy Cross avec le reste de sa famille. Mais ses cendres ne se trouvent pas non plus à Holy Cross. Les cendres de Patti Tate sont censées s’y trouver, mais pas les siennes. Il n’y a pas non plus de mémorial à son nom, pas même une ligne sur la plaque funéraire familiale. Debra a de plus refusé de lui donner des funérailles militaires. D’autres personnes en avaient organisées, mais elle a refusé de signer les formulaires requis. Elle a aussi refusé de payer pour sa crémation, et a laissé les cendres au funérarium pendant des mois, et les frais ainsi engendrés ont dus être prélevés sur sa succession.

Le problème est encore pire avec Patti Tate. Bien que sa dalle funéraire prétende qu’elle est décédée en 2000, aucun document officiel n’atteste de ce décès. On nous dit qu’elle est née le 30 octobre 1957, et qu’elle est décédée le 3 juin 2000. D’après CheckMate, Patricia G. Ford, née Tate, parente de Debra et de Don Ford, a 56 ans et vit toujours en Californie.[Ndt : cette information n’est aujourd’hui plus disponible] D’après dobsearch.com, personne de ce nom n’est ni né, ni décédé à ces dates. D’après fold3.com, personne de ce nom n’est décédé cette année-là. D’après l’index des décès de la sécurité sociale, le SSDI, personne de ce nom n’est décédé cette année-là. D’après le registre des naissances de Californie, personne de ce nom n’est né cette année-là. Encore plus étrange : Ancestry.com et plusieurs autres sites semblent bloquer toute recherche sur ce nom. Il n’y a donc aucun document officiel attestant de la naissance ou de la mort de Patti. Cette femme est un fantôme.
Étonnamment, c’est aussi le cas de Sharon Tate. Il n’existe pas de carte SSDI datant de 1969 pour Sharon Tate ou Sharon Polanski ! D’après le webmaster de Manson.freeforums, le numéro de sécurité sociale de Sharon est 452-74-4733, vous pouvez donc vérifier par vous-mêmes.[Ndt : ce forum n’est semble-t-il plus actif] Le webmaster semble tenter d’induire les gens en erreur, puisqu’il renvoie vers le registre des décès de Californie, en incitant les gens à utiliser le nom de Polanski plutôt que Tate. Mais on n’obtient toujours pas de certificat de décès en procédant de la sorte. Il y a tout de même quelques bonnes informations sur ce forum, puisque le premier post du fil de discussion nous apprend qu’aucun de ceux qui ont été soi-disant assassinés ce soir-là ne sont listés au SSDI, mis à part Leno Labianca. Ce qui confirme les analyses présentées dans cet essai.
Ces photos nous montrent une jeune Debra, même si certaines ont été attribuées à Patti sur internet. La première est inversée. La première est attribuée à Patti sur Tumblr, mais un documentaire de History Channel nous apprend qu’il s’agit de Debra.[Ndt : la vidéo donnée en lien dans l’article original a depuis été supprimée sur Youtube] Notez que son œil gauche est plus haut que son œil droit. Cette caractéristique est aussi visible chez Sharon/Patti, mais elle est moins prononcée chez cette dernière, même si elle s’est accentuée avec l’âge, ce qui est souvent le cas. Les deux photos suivantes ont été attribuées à Patti, la seconde parce qu’elle semble avoir les yeux bleus. Mais la personne sur la photo de gauche a visiblement les yeux marrons, et il s’agit clairement de la même personne sur les deux photos, avec la même coupe de cheveux. Soit elle porte des lentilles de contact sur la photo de droite, soit la photo a été manipulée. Il s’agit de la même personne sur ces deux photos, de même que sur celle en noir et blanc au-dessus. La fille sur la plage ne peut être identifiée avec certitude, même si ce n’est certainement pas Patti. C’est probablement Debra, mais il pourrait s’agir d’une cousine.
En voici une autre attribuée à Patti, alors qu’il s’agit clairement de Debra :

Comme on peut s’y attendre, il n’existe quasiment aucune photo de Patti sur internet. On ne trouve ni de plans rapprochés ni de photographies de son visage, mis à part celle proposée ci-dessus. Et il n’en existe aucune avant qu’elle n’ait atteint un certain âge. Aucune photo d’elle entre vingt et trente-cinq ans. Ça pourrait sembler étrange à première vue, mais Sharon ne pouvait pas réapparaître à la télévision au milieu des années soixante-dix en se faisant passer pour Patti. Patti aurait eu dix-huit ans en 1976. Même si Sharon vieillissait très bien, elle n’avait pas l’air d’avoir dix-huit ans. En 1982, Sharon aurait eu trente-neuf ans. Encore trop tôt pour essayer de se faire passer pour une fille de vingt-quatre ans. En 1992, Sharon aurait eu quarante-neuf ans, tout en se faisant passer pour une femme de trente-quatre ans. C’est faisable. Les actrices le font en permanence. Avec du maquillage et une bonne teinture de cheveux (et d’excellentes dispositions génétiques), une femme naturellement belle peut y parvenir. Et c’est le moment où Patti a émergé. Les interviews visibles sur Youtube datent de 1992-1994. J’ai pu trouver une image provenant d’une interview donnée avant cette période, mais l’interview elle-même semble avoir été effacée.

Admettons que cette interview ait eu lieu vers 1990. Elle a l’air superbe, je pense que tout le monde en conviendra, mais elle n’a pas l’air d’avoir trente-deux ans. Elle a l’air d’une très belle femme de quarante, quarante-cinq ans. Les paupières et les joues tombantes suffisent à trahir son âge. Sharon avait quarante-sept ans en 1990, elle a donc dû arrêter de fumer et de prendre de la drogue. Et elle devait aussi faire ses nuits.
Aucune des vidéos ou photographies de Patti n’ont une qualité suffisante permettant de repérer ses cicatrices ou ses grains de beauté. Mais quelqu’un souhaitant que la vérité apparaisse au grand jour nous a laissé cet indice :

Il s’agit de Patti/Sharon devant une photo de Sharon, vers 1992. Nous pouvons nous rendre compte que la ressemblance est très proche. La plupart des gens pourront s’apercevoir qu’il s’agit de la même personne, même sans qu’on leur ait donné cet indice. Patti/Sharon met juste moins de maquillage que Sharon. Patti/Sharon n’a même pas eu besoin de changer sa couleur de cheveux, même si ni Sharon ni Patti ne sont de véritables blondes. Patti/Sharon voulait redevenir blonde, et elle a estimé que c’était possible après un certain temps. Elle s’est sentie suffisamment en sécurité pour pouvoir faire tout ce qu’elle voulait, y compris passer à la télévision et donner des interviews. Malheureusement, elle a commis une erreur : elle est passée à la télévision avec ses cheveux relevés, et j’ai pu voir son oreille gauche.

En visionnant l’interview, vous remarquerez qu’elle tente de ne montrer que son profil droit face à la caméra. Mais en quelques courts instants, il est possible de voir son oreille gauche. Certains diront que des sœurs ont des oreilles identiques, mais ce n’est pas le cas. Vous n’avez pas les mêmes oreilles que vos frères et sœurs. La forme générale peut souvent être similaire, mais des éléments comme ceux-ci sont des traits spécifiques à chaque individu, pas des caractéristiques familiales. La forme de l’oreille est strictement identique sur les photos de Sharon/Patti et de Sharon ; il ne peut s’agir ni d’une coïncidence, ni d’un trait de famille.
Vous noterez que Patti tousse deux fois au cours de cette interview, donnée en 1994. Ce toussotement nous permet d’apercevoir son oreille gauche, puisqu’elle se détourne de la journaliste pour couvrir sa bouche. Mais que dit-elle au moment de tousser ? La première fois, elle dit : « Je ne pense pas que Manson sortira un jour de prison (tousse). » La seconde fois : « Ce n’est pas un homme qui va être lâché dans la société – il est bien trop dangereux (tousse). » Ces toussotements seraient interprétés par n’importe quel psychologue comme étant des marques de stress. La plupart des gens diront que le seul fait de mentionner le nom de Manson est un acte stressant pour Patti. Mais puisque nous avons affaire à Sharon, notre interprétation diffère quelque peu. Sharon sait que Manson est juste un autre acteur, tout comme elle, et que – depuis 1967 – il n’a jamais été incarcéré. Comme tout le reste, ses interviews en prison sont bidons. Il se rend dans un studio à chaque fois qu’on a besoin de lui, et c’est tout (voir ci-dessous). Sharon tousse pour couvrir l’énorme mensonge qu’elle est en train de raconter. Ses autres mensonges sont minuscules en comparaison de celui-là.
Tout en écoutant l’interview, je vous invite à comparer la voix de Patti à celle de Sharon, que l’on peut entendre ici, à 1:09. La voix de Sharon en tant que Patti est devenue un peu plus âpre avec l’âge, mais elle a la même tonalité, le même rythme et les mêmes intonations. Il faudrait réaliser une analyse vocale sur ces vidéos. La voix est bien entendu unique à chaque individu, et des sœurs n’ont pas la même voix.
Ce qui nous amène à la dernière question de cet essai concernant Sharon. Patti serait décédée d’un cancer du sein en 2000, à quarante-deux ans. Sharon aurait eu cinquante-sept ans. Sharon est-elle réellement morte cette fois-ci, ou a-t-elle simplement voulu s’éclipser une seconde fois ? Il est possible que toutes ces apparitions télévisées aient suscité quelques suspicions, et ont poussé certaines personnes à se poser les questions que j’ai soulevées dans cet article. S’est-elle sentie menacée ? A-t-elle ressenti le besoin de retourner au Brésil quelques années supplémentaires ? Je n’en sais rien. Je n’ai plus de munitions passé ce point. Sharon avait l’air en très bonne santé dans les années quatre-vingt-dix, mais elle avait utilisé beaucoup de teinture pour cheveux au cours des années, ainsi que des produits de beauté, dont on sait qu’ils sont cancérigènes. Ceci dit, le pourcentage de chances de survivre à un cancer du sein est très élevé, surtout pour les femmes de moins de soixante ans. Seules quarante femmes sur cent mille décèdent d’un cancer du sein, et la plupart de ces décès sont dus à un diagnostic tardif. Pour ma part, j’ai tendance à ne jamais croire ce qui est écrit dans les journaux, et encore moins lorsqu’il s’agit d’informations concernant les Tate. Sharon aurait eu soixante-dix ans cette année.
À présent que nous savons de quoi il retourne, beaucoup de pièces du puzzle se mettent en place. Par exemple, le fait que Sharon était enceinte de huit mois et demi est un fait admis, mais qui n’est jamais intégré dans la réflexion sur cette affaire. Du point de vue de l’histoire officielle, il s’agit d’un élément mineur de l’affaire, un accident, une coïncidence. Mais nous pouvons désormais comprendre qu’il s’agit en fait d’un indice de première importance, qui permet d’expliquer pourquoi Sharon était prête à mettre un terme à sa carrière d’actrice. Elle était sur le point d’avoir son premier enfant, et elle souhaitait s’en occuper. Elle ne voulait plus être une actrice. Elle était tout à fait prête (à cette époque) à simuler sa propre mort, parce que l’anonymat que ce faux décès allait lui procurer, à l’écart des fans et des médias, lui convenait parfaitement. Elle s’était bien amusée à Hollywood, mais elle souhaitait désormais devenir une mère de famille bien tranquille pendant un certain temps. Ce plan s’est parfaitement accordé avec ses désirs.
J’ai le sentiment que ceux qui travaillent à Hollywood et dans l’industrie musicale ont depuis longtemps une clause de départ. Lorsqu’ils signent leur premier contrat ou qu’ils découvrent que les industries du cinéma et de la musique ne sont que des sous-divisions des services de renseignement, on leur dit qu’ils pourront quitter le milieu par la suite, s’ils le souhaitent. Nombreux sont ceux qui apprécient de travailler avec le renseignement, et qui ne développent aucun scrupule à ce sujet, ni aucun désir de tout abandonner. Mais les services de renseignement peuvent travailler pendant quelques temps même avec ceux qui commencent à éprouver des regrets. Ils n’ont pas besoin de tuer tous ceux qui veulent sortir du système. La plupart prennent juste leur retraite et s’évanouissent dans la nature. Mais pour les plus célèbres d’entre eux, ce n’est pas une option viable. Ils ne peuvent pas simplement disparaître, parce qu’ils ont trop de fans. C’est là que le renseignement peut se rendre utile. Une mort simulée peut aisément résoudre ce type de problème. C’est ce qui est arrivé à de nombreuses stars, beaucoup plus que vous ne croyez. Non seulement à Elvis, Jim Morrison et John Lennon, mais aussi à une large part des morts hollywoodiennes dont vous avez entendu parler. Très peu de morts hollywoodiennes ont réellement eu lieu, et le fait de réaliser ce qu’il s’est passé avec cette affaire va peut-être vous aider à découvrir la vérité sur d’autres morts qui vous semblent suspectes.
Ces morts simulées conviennent parfaitement au milieu du renseignement, puisqu’elles lui fournissent immédiatement un démenti plausible. Vous pouvez vous demander ce qu’il se passerait si une célébrité menaçait de tout révéler sur une opération. Les services de renseignement n’ont pas besoin d’assassiner cette célébrité pour éviter d’être démasqués. Une mort simulée résout le problème d’une façon bien plus efficace. Imaginons par exemple qu’Elvis refasse surface aujourd’hui et se mette à tout balancer. Les services de renseignement n’auront qu’à dire : « Ce n’est pas Elvis. Tout le monde sait qu’Elvis est mort. » Il leur suffit ensuite de prendre Elvis, de l’envoyer dans une institution pendant quelques mois pour qu’il y reprenne ses esprits, puis de le laisser partir. Le problème est réglé, et personne n’a de sang sur les mains.
À présent que nous arrivons au terme de cet essai, demandons-nous combien de personnes devraient être gardées sous contrôle pour rendre possible un événement tel que celui-ci. Les gens diront qu’une conspiration de cette ampleur nécessiterait de garder des centaines de personnes sous contrôle, mais ce n’est tout simplement pas vrai. Assez peu de personnes extérieures au premier cercle des conspirateurs auraient eu besoin d’être mis au courant. La plupart des gens ne réalisent pas que la mise en œuvre de ce type d’opération ne nécessite que peu d’exécutants. Une poignée de policiers locaux devront être payés ou contraints de coopérer, le médecin-légiste devra être payé, et un nombre choisi de jeunes filles hippies devront être contrôlées d’une façon ou d’une autre. Et c’est à peu près tout. Pas besoin de contrôler les agents du FBI ou de la CIA, ceux-ci font tout simplement leur boulot. Et ils contrôlent toute l’information. Ils contrôlent ce qui est raconté à la presse, aux agents de police, aux juges et aux avocats. Même le procureur Bugliosi n’a pas forcément été mis au courant, puisqu’il dépendait entièrement d’informations qui lui ont été fournies. La plupart des gens, y compris les agents de l’état, acceptent ce qu’on leur raconte. Si vous contrôlez la scène du crime et la diffusion de l’information, vous contrôlez la totalité de l’événement. On ajoute par la suite quelques personnes à celles déjà citées : celles qui ont vu quelque chose, ou qui ont compris ce qui se tramait. Mais ces gens ne sont jamais plus d’une poignée, et une menace suffit en général à les obliger à se tenir tranquilles. C’est précisément ce qui s’est passé avec les meurtres de Sharon Tate et des autres, et à la vérité, c’est ce qui se passe avec tous les événements médiatiques majeurs. Quasiment personne n’a remis en cause l’histoire officielle, et les rares qui l’ont fait n’ont pas su démêler le vrai du faux.
Partie 8: les « prisonniers »
Attardons-nous une dernière fois sur Charles Manson avant de conclure cette enquête. Nous avons vu que Sharon Tate ne se trouvait pas là où nous pensions qu’elle se trouvait durant les quarante dernières années. Manson se trouvait-il là où nous pensions qu’il se trouvait ? Voici une photo récente de Manson :

Manson vous donne la date. Vous voyez où se situe le problème ? Les prisons n’autorisent pas le port de barbes telles que celle-ci. Elles ont longtemps été autorisées jusqu’à 1,5 cm, mais elles ne sont plus autorisées dans les prisons d’état californiennes depuis 1998. Au départ, Manson a été incarcéré à Vacaville et à San Quentin, mais il a été transféré à Corcoran en 1989, dans une prison d’état californienne. La question que nous devrions nous poser est celle-ci : « Manson est-il réellement en prison ? » Ou est-ce qu’on lui demande juste de venir tous les deux ans pour qu’on le prenne en photo avec un carton imprimé ? Posez-vous la question : avons-nous la moindre preuve – une preuve qui ne serait pas aisément falsifiable – que Manson est bien en prison à Corcoran ? S’il est possible de simuler toutes ces morts, il est aussi possible de simuler l’incarcération de quelques personnes. Pour vous en convaincre, étudiez donc le cas de John Hinckley, qui aurait tiré sur Ronald Reagan en 1981. Il est facile de découvrir la vérité sur cette affaire, même sans avoir à faire beaucoup de recherches. Les médias dominants admettent que Hinckley, le fils d’une riche famille, amie des Bush, n’est jamais allé en prison, que sa garde a été confiée à sa mère quelques années après, et qu’au cours de la dernière décennie, il a passé presque autant de temps à la maison que dans l’hôpital psychiatrique bien tranquille où il est censé être interné. Depuis 2009, il a eu droit à une douzaine de séjours chez lui par an, de dix jours chacun, soit un tiers de l’année. Il est même autorisé à conduire ! La plupart des gens s’imaginent à tort que Hinckley purge une peine de prison à perpétuité. La plupart des gens s’imaginent que Manson purge une peine de prison à perpétuité. Ont-ils raison ? Nous ne le savons pas. De petits films sortent tous les ans sur Manson, ainsi que quelques photos. Mais, comme nous l’avons vu, ce genre de choses peuvent être aussi facilement trafiquées qu’une publicité de quinze secondes pour Uncle Ben’s. Si ça se trouve, Manson pourrait vivre dans une maison sur la plage à Big Sur.

On a ici un autre problème qui saute aux yeux. Vous le voyez ? Comparez les photos de 1971 et 2009. Manson a subi une opération de chirurgie esthétique à l’oreille droite. Vous pensez vraiment que l’état de Californie a payé ou autorisé une opération de chirurgie esthétique ? Les prisons d’état assurent les soins médicaux, mais elles ne paient pas pour des opérations de chirurgie esthétique.
Combien d’interviews Manson a-t-il données depuis 1970 ? Vingt, trente, plus... ? Ne trouvez-vous pas étrange que Manson soit apparu en compagnie de Nuel Emmons, Charlie Rose, Tom Snyder, Diane Sawyer, Geraldo, Ron Reagan, Jr., Penny Daniels, Heidi Schulman, Michal Ben Horin, et bien d’autres ? Je vous encourage à toutes les écouter attentivement. Pour commencer, écoutez la toute première, son interview donnée dans le couloir de la mort de San Quentin en 1972, qui est totalement ridicule, et ce dès la première image. Nous voyons tout d’abord Manson qui reçoit son dîner. Manson refuse son repas et demande au serveur de donner son steak à Mike, le prisonnier suivant. Ils servent donc du steak tous les soirs à San Quentin, et je suppose que les prisonniers peuvent demander que leur repas soit servi à d’autres prisonniers ? Et nous sommes censés avaler ça ? Puis, lorsque l’interview débute, le journaliste place son micro entre les barres de la cellule. Vous croyez réellement que les journalistes et les équipes de tournage sont autorisés à filmer des détenus qui se trouvent dans le couloir de la mort dans leur cellule ? Bien sûr que non. Ceci explique pourquoi il a été décidé par la suite d’amener Manson dans une salle d’interview séparée, pour rendre le tout légèrement plus crédible. La dernière chose que dit Manson est: « Je crois ce qu’on me dit de croire. Pas vous ? » Ils se foutaient de nous même à cette époque. Ils ne se sentent pas obligés de rendre ces interviews crédibles – puisqu’ils partent du principe que le public ne sait rien sur rien – mais ils sont tout à fait prêts à insérer leurs private jokes. Ils s’amusent en vous faisant subir un lavage de cerveau, et vous demandent si vous appréciez le traitement.
Même après avoir été transférées dans une salle privée, les interviews suivantes étaient toujours une farce, puisque les prisonniers de niveau 1 ne peuvent parler à personne, à l’exception de leurs avocats, de religieux, et des forces de l’ordre. C’est une règle qui a cours depuis des décennies dans toutes les prisons d’état du pays. À chaque fois que vous voyez une interview avec un tueur en série, vous devez vous demander comment il est possible qu’une telle interview ait pu avoir lieu.

Je vous encourage à revoir l’interview de 1988 entre Geraldo et Manson. Elle débute avec une vision panoramique de la pièce, qui nous montre l’équipe de tournage en train de vaquer à ses occupations. Un policier à l’air ennuyé, qui ne regarde même pas en direction de Manson, est appuyé contre la porte. Tout le monde, y compris Geraldo, semble se retenir de sourire. Manson porte des jeans et un pull rouge, et arbore une barbe fournie et des cheveux longs. J’ai mis sur pause après seize secondes, sur une interview d’une heure, et je savais déjà que tout était bidon. Je vous rappelle qu’on a affaire à Charles Manson, supposé être l’un des hommes les plus dangereux sur cette planète ; un homme dont on nous dit qu’il aurait sauté par-dessus la table du tribunal pour agresser le juge avec un crayon à papier. Mais nous le voyons ici en compagnie de Geraldo, et Manson n’est pas menotté, il n’y a pas de garde près de lui, il ne porte pas la tenue réglementaire des prisonniers, il n’est ni rasé ni tondu comme le sont les prisonniers normaux, et il se comporte comme si c’était lui qui avait rédigé le scénario (ce qui n’est pas impossible). Il donne des ordres aux cameramans. Les prisonniers de niveau 1 ne sont tout simplement pas autorisés à donner des interviews telles que celle-ci. Si Manson était réellement l’homme qu’on nous a présenté, il devrait pouvoir tuer Geraldo d’un coup à la gorge, ou juste en donnant un coup de menton. Bien au contraire, nous voyons que Geraldo se penche en avant, sa tête située à moins de trente centimètres de Manson. Leurs genoux se touchent littéralement. Ils ne sont pas séparés par une table. Nous voyons Geraldo qui masque un gloussement après vingt-six secondes. Quiconque croit qu’il s’agit là d’une véritable interview avec un tueur en série a pris trop d’acide au cours de sa vie.

L’interview de 1989 avec Penny Daniels est elle aussi une farce grotesque, puisqu’on voit Manson débarquer avec un col pelle à tarte, des lunettes de soleil, des Converse, et une barbe de près de dix centimètres. Il porte toujours son collier en cuir. Rien de tout ceci n’est réglementaire en prison. Vous devriez aller jeter un œil à la biographie de Penny Daniels sur Wikipedia. Bien qu’il s’agisse de très loin de l’événement le plus marquant de sa carrière, cette interview n’est même pas mentionnée. Manson entre dans la salle en pensant qu’il va s’entretenir avec un français. Il est comme une star de cinéma à Cannes qui ne s’en sort plus avec toutes ces interviews données à des médias du monde entier. Il devrait voyager avec un imprésario. Il dit ensuite à l’administrateur de la prison de s’asseoir et de la fermer. Il lui dit qu’il n’est qu’un préposé aux serrures qui n’a aucun pouvoir ici. Une comédie très amusante, mais rien de plus que ça. Absolument pas crédible. Vous noterez aussi que le visage et les mains de Manson ne portent aucun signe des brûlures au troisième degré qu’il est censé avoir subies à Vacaville en 1984, lorsqu’il a soi-disant été recouvert de diluant pour peinture qui aurait ensuite pris feu. Les brûlures au troisième degré impliquent qu’on enlève la peau brûlée, et laissent toujours de profondes cicatrices, mais nous ne voyons rien de tout cela. Vous direz que les cicatrices sont sous la barbe, mais la barbe ne repousse pas sur une peau brûlée au troisième degré, en particulier une belle barbe touffue comme celle que porte Manson. Rendez-vous aussi à 8:40 ; on peut y voir très clairement la main droite de Manson. Elle ne ressemble pas à une main de prisonnier, puisqu’elle est bien propre et manucurée. Pas de cicatrices là non plus. Et une bague en or rose. Interdit en prison. À 22:30 nous voyons la main gauche : pas plus de cicatrices. Aussi douce qu’une main de jeune fille.

Manson nous donne tout de même quelques informations. Il nous dit qu’il connaissait Lynette Fromme avant 1967. Il essaye ensuite de se reprendre en disant qu’il la connaissait en rêve, mais il est visiblement déstabilisé pendant un instant, après avoir réalisé qu’il venait de dire quelque chose qu’il aurait dû taire. D’après l’histoire officielle, il n’était pas censé connaître Fromme avant 1967, quelques mois après sa sortie de prison. Ceci implique que son casier judiciaire a lui aussi été falsifié. Considérant ce qu’on sait déjà, nul besoin de faire un gros effort d’imagination pour envisager cette possibilité.
Je vous encourage également à écouter très attentivement le speech de Manson dit « Sneakyville », relayé à de nombreuses reprises sur Youtube. Vous entendez ? Bien que l’audio soit assez bien synchronisé avec la vidéo, il ne s’agit pas de la voix de Manson. On dirait plutôt Henry Fonda ou Peter Coyote. J’ignore pourquoi il a fallu remplacer la piste audio, puisque Manson est suffisamment talentueux pour s’exprimer lui-même. Peut-être la piste audio a-t-elle été perdue.
L’interview de 1979 avec Nuel Emmons est elle aussi complètement ridicule. Pour commencer, il convient de se demander : « Qui diable est Nuel Emmons ? » Avez-vous déjà entendu parler de quelqu’un dénommé Nuel ? J’ai trouvé deux autres personnes prénommées Nuel sur internet, mais ils ont aussi l’air d’être de faux noms. Nuel Emmons est un fantôme de plus, dont il n’existe aucune trace avant son travail avec Manson. Il y a ces interviews et un livre sorti en 1986 ; en dehors de ça, Nuel Emmons n’existe pas. Ce nom m’a tout l’air d’être une anagramme, qui pourrait renvoyer à Emmanuelson, un nom qui est non seulement un allongement du nom de Manson, mais qui rappelle aussi que Manson prétendait être le fils de Dieu. Emmanuel-son, fils d’Emmanuel. Nuel Emmons n’est pas une personne de chair et de sang, il s’agit juste d’un alter ego de Manson.

La comédie se poursuit en 1992 avec l’interview donnée à Michal Ben Horin, à un moment où plus personne ne semblait se soucier de conserver le moindre semblant de crédibilité à cette affaire. La jeune femme qui mène l’interview a été habillée comme Victor Victoria, et on tente de nous faire croire que son vrai nom est Ben Horin, comme si elle était juive ou quelque chose de ce genre. Ce n’est qu’une private joke, et même pas subtile, en plus. Le choix du nom a dû se faire entre Michal Ben Horin et Michal Ben Dover.[Ndt : jeu de mot intraduisible – bend over signifie se pencher pendant l’acte sexuel] Faites une recherche sur internet, vous pourrez constater qu’elle n’apparaît ni avant, ni après 1992. Nous sommes censés croire qu’elle n’a rien fait d’autre que cette unique interview il y a vingt ans. Nous avons toutefois eu droit à la suite de la blague avec Michael Ben Horin, un « terroriste » qui souhaitait la mort d’Ariel Sharon.

Vous avez compris ? Ariel Sharon, Sharon Tate ? Et voyez comme Michael Ben Horin a droit à sa barbe à la Charles Manson, assortie de sa tenue des camps de la mort et de l’étoile jaune. Hilarant, pas vrai ?
Si ce genre de blagues vous amuse, vous pouvez aussi faire des recherches sur John Aes-Nihil, le faux nom d’un faux réalisateur qui aurait tourné les faux Manson Family Movies en 1984. Ce sont de fausses vidéos privées tournées de façon à nous faire croire qu’elles avaient été le fait des membres de la Famille. Ils nous ont même gratifiés de critiques bidons pour ces films. Dans l’une d’entre elles, Kenneth Anger écrit : « Ça a l’air vrai. » Pour comprendre cette blague, il faut savoir qui est vraiment Kenneth Anger. Anger est un faux sataniste crowleyen, auteur de nombreux films de propagande sur l’occultisme, l’homosexualité et le surréalisme dans les années cinquante et soixante. Mais pour comprendre à qui nous avons affaire, il faut connaître la date de son premier film, Fireworks, sorti en 1947. Vous vous souvenez de cette date ? L’année de création de la CIA. À chaque fois que vous voyez les mots satanisme ou Crowley, vous pouvez les remplacer par CIA ou MI6. Anger était depuis le début l’un des personnages les plus haut placés de Lookout Mountain, où il a produit leur propagande « raciest ».[Ndt : très osée] Donc le fait qu’Anger écrive à propos de ces films « Ça a l’air vrai » est d’autant plus croustillant. C’est un peu comme si Goebbels et Riefenstahl avaient dit : « Ça a l’air d’être de l’agitprop de premier choix. »
Cette entité du nom d’Aes-Nihil a, d’une façon ou d’une autre, réussi a obtenir une série d’interviews avec Manson entre 1972 et 1979, visibles sur Youtube comme tout le reste. Ceci malgré le fait que Manson n’avait droit à aucune visite. Sandra Good a donné une interview à un journaliste en 1975, au cours de laquelle ils admettent tout deux que Manson n’avait droit à aucune visite, encore moins des visites de cinéastes.[Ndt : Sandra Good est un membre de la Famille] Nihil signifie « rien » en latin, et Aes signifie « argent ». Aes-Nihil peut donc se traduire par « money for nothing », comme le titre de la chanson de 1985 par Dire Straits. Aes-Nihil est probablement Kenneth Anger, mais si ce n’est pas lui, il s’agit d’un réalisateur de plus qui travaille au Laboratoire de Lookout Mountain actuel, c’est à dire à Hollywood.
Vous comprenez maintenant pourquoi les gens qui contrôlent ce type d’événements ont décidé de mettre en œuvre le 11 septembre et tout le reste. Ils se sont rendus compte à la fin des années quatre-vingt-dix que personne ne comprenait rien à rien, et ce peu importe le ridicule de leurs manœuvres et l’énormité de leurs blagues. Même les théoriciens du complot les plus révolutionnaires n’y voyaient que du feu. Personne ne s’est seulement approché de la vérité, même lorsque les auteurs laissaient partout des indices bien visibles, et plus gros chaque année. Ce n’est même plus amusant lorsque les gens sont tellement stupides qu’ils ne se rendent même pas compte que vous vous foutez d’eux. Ce n’est pas amusant d’être un méchant lorsque personne ne sait à quel point vous êtes mauvais. Voilà pourquoi ils sont passés au 11 septembre puis à Sandy Hook, et à tout ce qui s’est passé entre les deux. Ils voulaient se faire remarquer. Ils veulent être reconnus en tant que méchants. Ils ont besoin d’avoir un public, tout comme j’ai besoin d’en avoir un. Ils ont besoin que quelqu’un comprenne leurs blagues. Tout comme Moriarty avait besoin de Sherlock Holmes, ces types ont besoin de moi. Au moins, je comprends leurs blagues répugnantes, même si je ne les apprécie pas. Il n’est pas utile que je les aime ou que je les respecte, tant que je peux les voir. Personne n’aime être entièrement invisible, pas même les barbouzes. Ils aiment se sortir de toutes les situations, mais ils préfèrent encore plus être visibles tout en se sortant de toutes les situations. N’importe quel imbécile peut commettre un crime dont personne ne s’apercevra et s’en tirer sans dommage. Il faut être très intelligent pour se tirer d’un crime visible. C’est du moins leur mode de pensée.
La dernière opération de guerre psychologique en lien avec Manson a eu lieu en 2011, à l’occasion d’une interview radiophonique pour l’édition espagnole de Vanity Fair.

La photo fait partie de l’article. Elle est censée représenter Manson en compagnie de Star et Gray Wolf, deux « secrétaires » qui l’aident à publier ses idées par l’intermédiaire de ATWA – pour Air, Trees, Water, Animals.[Ndt : air, arbres, eau, animaux] On nous dit que Manson doit épouser Star, qui est âgée de vingt-cinq ans.
Ils ne s’arrêtent jamais. Ils ont un tel mépris pour votre intelligence qu’ils continuent la mascarade jusqu’à aujourd’hui. Les prisonniers de niveau 1 n’ont pas le droit de recevoir la visite d’étrangers comme ceux-ci. Ils n’ont pas plus le droit de donner des interviews à la radio pour Vanity Fair. Si Manson était un véritable prisonnier, il n’aurait le droit de parler qu’à son avocat, à sa famille immédiate (avec qui il aurait un lien de sang, ou une femme avec qui il se serait marié avant son incarcération), ou les forces de l’ordre. Il n’est pas autorisé à prendre la pose avec des agents de la CIA qui se font passer pour des hippies. Il n’est pas autorisé à porter la barbe. Il n’est pas autorisé à porter un bandana autour du cou. Il n’est pas autorisé à porter les deux bagues visibles sur sa main gauche. Il n’est pas autorisé à se marier, et même si on lui en laissait l’opportunité, il ne pourrait parler à sa nouvelle femme que derrière du plexiglas. Il n’aurait droit à aucune visite conjugale, pas même avec une femme épousée avant son incarcération, et encore moins avec une épouse plus récente.
Et l’intégralité du site de l’ATWA n’est qu’une tentative pathétique de plus pour calomnier le mouvement écologiste. Star ressemble à Susan Atkins (il y a quarante ans), et à présent qu’Atkins est supposément morte, ils avaient besoin d’une remplaçante. Elle est l’actrice actuelle chargée de jouer la cinglée, en provenance directe de la Screen Actor Guild.[Ndt : le syndicat des acteurs américains]
[Ajouté en décembre 2014. Ils continuent à nous vendre cette comédie du mariage, bien que cela n’apporterait rien à Manson, même si tout ceci est vrai. Il n’aurait pas droit à des visites conjugales, donc quel est l’intérêt ? Quoi qu’il en soit, le Los Angeles Times a publié le certificat de mariage, qui nous donne un indice supplémentaire.

On y lit que Manson vit à Santa Barbara. C’est sa « fiancée » Afton qui vit à Corcoran, d’après le certificat. Vous me direz qu’ils ont confondu accidentellement les deux adresses. C’est possible, mais je vois ceci comme une manière de nous montrer la vérité. Si vous vivez à Santa Barbara, gardez l’œil ouvert. Ce type que vous avez croisé et qui ressemble à Charlie pourrait bien être le vrai Manson.]
À propos de Susan Atkins, examinons son cas d’un peu plus près :

Les vidéos d’Atkins sont tout aussi suspectes et absurdes. Je vous invite à voir la vidéo montrant ses dernières paroles, filmée par ABCnews. Posez-vous la question : est-ce la procédure habituelle d’amener des condamnés à perpétuité dans un des bureaux de la prison pour qu’ils puissent y réciter une prière pour ABCnews? Ou est-ce que ça ressemble peut-être un tout petit peu au dernier acte du scénario d’une tragédie mal écrite et qui s’étire en longueur ? Si vous n’êtes pas convaincus, que dites-vous de la photo glamour d’Atkins ci-dessus ? Elle a l’air d’avoir au moins trente-cinq ans. Problème : elle était censée être en prison depuis ses vingt-et-un ans. Pensez-vous qu’on fasse des séances photo glamour pour les condamnés à perpétuité ? Regardez ses mains. Il n’y a pas de vernis à ongles en prison, et les ongles ne peuvent pas y être aussi longs, pour des raisons évidentes. Jolie perruque, vous ne trouvez pas ? Vous pensez sincèrement que les perruques sont autorisées en prison ? J’imagine que oui, pour que les prisonniers puissent se balader incognito et qu’ils puissent s’échapper plus facilement. Ce qui nous amène au fait qu’Atkins, tout comme Tex Watson (voir plus bas), travaillait dans une boutique de perruques à l’époque où elle a rencontré Charlie.[22] La CIA aurait peut-être dû diversifier un peu plus les petits boulots. Que Sebring ait placé à la fois Atkins et Watson dans des boutiques de perruques apparaît hautement suspect. D’autant plus que nous savons désormais que Paul Tate avait ouvert un salon de coiffure en 1971.
Les signaux d’alerte sont légions dans la longue saga de Susan Atkins, mais souvenez-vous simplement que Joseph Ball a travaillé avec Susan Atkins après son arrestation en 1969. Joseph Ball était un des principaux conseillers de la commission Warren. Pourquoi est-il devenu le conseiller de Susan Atkins, et par qui était-il rémunéré ? Atkins a aussi échappé plusieurs fois à la prison avant son arrestation en 1969, tout comme Manson. Son arrestation en 1968 pour possession de marijuana ne lui a coûté que du sursis, alors qu’elle avait plaidé coupable. Patricia Krenwinkel a eu droit à la même clémence après avoir été arrêtée pour les mêmes raisons à Mendecino. On dirait qu’ils étaient tous préservés pour pouvoir jouer leurs rôles. Tout comme Tex Watson – que nous allons étudier de plus près par la suite – et Leslie Van Houten – qui était une Homecoming Queen [ndt : reine de la réunion annuelle des anciens élèves d’un lycée ou d’une université] – Susan Atkins était une élève modèle de son lycée, où elle a été capitaine de l’équipe de natation, et elle chantait dans la chorale de son église. Ceci une année seulement avant qu’elle ne devienne la « fille de Charlie », et deux ans avant de devenir une sorcière, une tortionnaire et une meurtrière de masse. Ce n’était pas le genre de fille à abandonner le lycée pour devenir une danseuse topless, et ce n’est pas ce qui est arrivé. Elle a été recrutée pour jouer un rôle. Il est étrange qu’on n’entende jamais parler des camarades de lycée de Susan Atkins. Ils pourraient peut-être nous dire par qui elle a été recrutée, et dans quelles circonstances.
On trouve un autre signal d’alerte à 3:10 de cette vidéo. Atkins et son avocat sont interviewés alors qu’ils se trouvent dans la salle d’audience du tribunal. Elle ne dit pas grand chose, mais là n’est pas la question. Elle ne devrait pas être autorisée à être interviewée, mais encore moins à l’intérieur de la salle d’audience. Aucun juge n’aurait dû autoriser des journalistes à interviewer une personne accusée de meurtre à l’intérieur de sa salle d’audience. Et aucun avocat ne laisserait son client parler à des journalistes dans de telles conditions. Tout ceci n’est qu’une mascarade de plus.
On en a un autre exemple avec cette interview de 1976, qui est au moins aussi suspecte que n’importe quelle interview de Manson. Remarquez au début comme elle se promène à travers la prison en compagnie du journaliste : pas de menottes, pas de gardes, pas d’uniforme de prisonnier. Elle porte une robe, un accoutrement qui n’est ni fourni par les prisons, ni autorisé par elles. Elle porte un énorme crucifix en métal, qui n’est pas non plus autorisé en prison, puisqu’il pourrait être utilisé comme une arme. Nous sommes censés avoir affaire à une tueuse sans pitié, le genre qui pourrait vous arracher les yeux à n’importe quel moment. Souvenez-vous également que les prisonniers de niveau 1 n’ont droit à des contacts qu’avec leurs avocats, des religieux, et les forces de l’ordre. Pas avec des journalistes. Lorsqu’ils s’assoient, on peut se rendre compte qu’elle porte les ongles longs, du vernis, une montre et une bague en or. Là encore, rien de tout ceci n’est autorisé. Elle répète alors les éléments les plus sanglants de cette histoire, y ajoutant même de nouveaux détails. Pourquoi agirait-elle de la sorte, à moins qu’elle ne fût payée pour le faire ? En 1976, nous avions déjà entendu cette histoire un million de fois, venant de sa bouche et de tous les autres. Pourquoi l’interviewer une fois de plus pour qu’elle réitère ces propos, si ce n’est pour graver cette histoire de manière indélébile dans l’esprit du public ? Si elle espérait obtenir un jour une libération conditionnelle, pourquoi continuait-elle à dire, entre autres, qu’elle et Tex Watson étaient partis « faire le travail du Diable » ? Son objectif a plus l’air d’être de faire monter le sensationnalisme que d’obtenir une libération conditionnelle. Vous direz qu’elle est stupide et/ou folle, mais je crois que nous savons à présent qu’elle donne ces interviews après avoir reçu des ordres en ce sens. Pas des ordres de Charlie, mais de la CIA.
Souvenez-vous que les meurtres Tate/Labianca ont été « résolus » uniquement parce que Atkins s’en était vantée auprès d’une compagne de cellule. Des témoignages ont décrit Atkins chantant et dansant dans la prison du comté de Los Angeles, refusant de porter des sous-vêtements, faisant la roue, et d’autres pitreries du même genre, alors qu’elle venait d’être accusée du meurtre de Gary Hinman. Elle ne jouait pas à la folle, puisqu’on envoie les fous à l’hôpital psychiatrique. Non, elle jouait à la personne qui se sait protégée. Et elle jouait juste la comédie. Sa relation avec sa compagne de cellule, Virginia Graham, était étrange dès le début, puisqu’on nous dit que Graham lui a obtenu un boulot de coursier dans la prison. On ne sait pas bien pourquoi on aurait besoin de coursier en prison, ni pourquoi on utiliserait des personnes accusées de meurtre pour s’acquitter de cette tâche, ou comment Graham pouvait placer des gens pour effectuer un boulot de coursier. Il semble fort que Graham a été placée pour écouter ce qu’Atkins avait été payée pour raconter, puisque le moment était venu de placer la police sur les bons rails. Il était alors temps de passer au chapitre suivant de cette histoire.
James Whitehouse, le mari d’Atkins, de quinze ans son cadet et diplômé de l’école de droit d’Harvard (comme Obama), est un autre signal d’alerte. Il a été son époux pendant vingt-deux ans, depuis 1987. Whitehouse a l’insigne honneur d’être le seul homme à avoir épousé une meurtrière de masse en prison. Jetez-donc un œil aux sites qui listent les personnes qui épousent des meurtriers condamnés, vous constaterez que tous les autres mariages concernent des femmes qui épousent des meurtriers incarcérés, jamais l’inverse. Et ces femmes ne sont jamais diplômées d’écoles de droit prestigieuses, comme vous pouvez l’imaginer. Ce mariage n’a strictement aucun sens. C’est un élément de plus qui indique fortement qu’Atkins n’a jamais vraiment été incarcérée, et qu’elle n’est qu’une actrice. Pour vous en convaincre définitivement, je vous invite à regarder les enregistrements des procès, le sien et celui de Manson. Ce qu’elle raconte au juge est de la comédie pure, et n’a jamais été proféré dans une salle d’audience ni avant, ni après ce procès. Toutes les filles jouaient aux folles en permanence. Comment se fait-il que personne ne se soit demandé si elle ne jouaient pas la comédie ? Toutes les personnes assassinées à la maison de Tate étaient des acteurs, donc pourquoi personne ne s’est demandé si tous ceux présents au Spahn’s Movie Ranch étaient eux aussi des acteurs ? Le gros indice se trouve pourtant dans le nom du ranch.
Un autre gros indice que personne n’a relevé concernant Atkins : le 5 septembre 1970, le procureur Aaron Stovitz a été écarté de l’affaire Manson par le procureur général Evelle Younger, pour une remarque qu’il avait faite dans la presse. À cette époque, Stovitz était procureur de l’affaire aux côtés de Bugliosi. Younger a justifié sa décision en soutenant que Stovitz avait contrevenu à son devoir de réserve, mais il ne s’agissait que d’une courte remarque faite au pied levé, et personne n’avait compris pourquoi Younger avait réagi d’une façon aussi disproportionnée. Stovitz avait déclaré, en faisant référence à Susan Atkins : « elle est meilleure que Sarah Bernhardt. » Pour comprendre cette blague, il faut bien entendu savoir qui était Sarah Bernhardt, et la plupart des gens l’ignoraient. Les gens d’Hollywood savaient de qui il s’agissait, puisque Sarah Bernhardt était alors considérée comme la plus grande actrice de l’histoire. Vous comprenez maintenant pourquoi cette remarque a pu être considérée comme étant un peu trop révélatrice par ceux qui dirigeaient le spectacle. Le procureur admettait que Susan Atkins était une actrice.

Avant de passer à Tex Watson, examinons rapidement le cas de Leslie Van Houten. Il existe une vidéo dans laquelle Van Houten parle de son passage du mal vers le bien. Nous sommes en 1982, elle est incarcérée depuis des années, et pourtant nous la voyons dans une sorte de salle de classe. Elle porte une jupe courte et un débardeur ; ses bras et ses épaules sont dénudés. La femme assise derrière elle porte une jupe orange sans manches, des lunettes de soleil et un bandana. Il y a au moins deux jeunes hommes portant des cheveux longs assis derrière elle. Ils sont tous assis derrière des pupitres de salle de classe. La question que vous devriez vous poser est : où se trouvent ces gens ? Ce n’est pas une prison. Van Houten était censée se trouver dans une prison pour femmes, et on ne mélange pas les prisonniers mâles et femelles. Ils ne sont pas non plus mélangés dans des salles de classe. Ils ne sont pas non plus autorisés à s’habiller comme s’ils allaient passer une journée à la plage. À un autre moment, on peut voir qu’elle a des ongles longs et aiguisés. Pas autorisé. Deux bagues et un bracelet : pas autorisé. Le narrateur nous dit qu’elle se trouve dans un Antioch College situé dans l’enceinte de la prison. Je n’ai trouvé aucune information sur un Antioch College dans aucune prison californienne, et de toute façon, si Van Houten était réellement dans l’enceinte de la prison, il ne devrait pas y avoir d’hommes dans la salle de classe. Voilà pourquoi ils l’appellent l’Institution de Californie pour les femmes. Et les prisonniers ne sont jamais autorisés à porter des shorts, des débardeurs, ou des bandanas, ni des jupes courtes ou longues.
On peut appliquer le même type d’analyse à Tex Watson. Comme Atkins, Watson est considéré comme étant l’un des membres les plus vicieux de la Famille. Mais tout comme Atkins, on devine la présence de la CIA dans chaque aspect de sa vie. Il n’est emprisonné nulle part, si ce n’est pour quelques jours, une fois tous les cinq ans, lorsqu’on l’appelle pour qu’il joue sa partition. C’était un bon petit lycéen qui n’avait que des A, bien mis, aux cheveux courts et qui n’avait jamais fait parler de lui. En plus d’être inscrit au tableau d’honneur, d’avoir été le rédacteur en chef du journal du lycée et la star de l’athlétisme local, il a aussi été le leader du groupe de rock de son église méthodiste, pour faire bonne mesure. Il a ensuite étudié à l’université de North Texas, où il a obtenu un diplôme de commerce et a fait partie d’une fraternité. Il y a passé trois années, durant lesquelles il s’est très bien comporté (la CIA recrute souvent de jeunes diplômés). Il ne portait pas les cheveux longs à la fac, n’a jamais montré de tendances gauchistes (les fraternités texanes n’étaient pas connues pour recruter des hippies en 1966), et n’a jamais été considéré comme un jeune à problèmes. Wikipedia admet qu’il a travaillé pour la compagnie aérienne Braniff en tant que bagagiste, ce qui lui offrait des opportunités de voyager. L’opportunité de voyager à Langley en Virginie, peut-être ? On nous dit également que Watson a utilisé ses billets d’avions gratuits pour emmener des filles à Dallas. Oups ! Il était déjà à Dallas, ou à proximité. Il ne me semble pas qu’il y ait besoin de prendre l’avion pour aller de Denton à Dallas. Peut-être les emmenait-il à Merida ? De plus, la CIA place souvent ses jeunes recrues à des postes de bagagistes, car il s’agit d’un excellent moyen d’apprendre des techniques de contrebande tout en se rendant utile avec un boulot peu risqué.
L’histoire officielle nous dit également que Watson avait reçu un entraînement au combat. Il aurait aussi entraîné toutes les Manson girls et se serait chargé des meurtres les plus compliqués (ceux des hommes). Où aurait-il bien pu recevoir cet entraînement ? Dans la fraternité ΠΚΑ ? On s’est servi de Watson uniquement pour ses talents d’acteur, mais bien qu’il n’avait nullement besoin d’un entraînement aux techniques de combat, je pense que nous savons où il aurait pu recevoir un entraînement de ce type.
Lorsque Watson reçut sa première assignation et qu’il fut envoyé à Los Angeles, il fut placé dans une boutique de perruques. Personne n’a analysé cet aspect de l’affaire. Qui aurait été en mesure de lui trouver un boulot en rapport avec les perruques ? Sebring, bien sûr. Sebring était soit le contact de Watson, soit son référent, ainsi que celui d’Atkins. Ils n’étaient pas liés par le trafic de drogue ou le porno, mais par le renseignement militaire. Au même moment où Watson a été placé dans une boutique de perruques, on lui a trouvé un logement dans le Laurel Canyon. Il y a là deux problèmes : tout d’abord, le Laurel Canyon était, tout comme aujourd’hui, un quartier huppé de Los Angeles, avec des loyers très élevés. C’est pourquoi toutes les célébrités de l’époque vivaient là-bas. Les Beach Boys, The Mamas and the Papas, Doris Day, Sebring et Polanski n’allaient pas vivre dans les taudis de l’est de Los Angeles. Donc comment un petit vendeur de perruques – un pauvre plouc avec un accent traînant venant tout droit de la banlieue de Dallas – a-t-il fait pour s’installer immédiatement dans le Laurel Canyon ? Ensuite, le Laurel Canyon était le centre opérationnel des studios de Lookout Mountain. La plupart des gens qui y travaillaient étaient logés à proximité, par commodité, et donc de nombreuses maisons du quartier appartenaient à la CIA. Vous pensez qu’il ne s’agit que d’une coïncidence de plus si Watson a été installé ici ? Vous pensez qu’il a rencontré les différents acteurs de cette affaire en faisant de l’auto-stop, comme on nous le raconte ? Non, il les a rencontrés sur rendez-vous.
La fable la plus ridicule est peut-être celle selon laquelle Watson aurait ramassé Dennis Wilson lorsque ce dernier faisait de l’auto-stop. On pourrait penser qu’il s’agit de l’inverse. Non, l’histoire raconte que Wilson, un membre des Beach Boys, millionnaire, faisait de l’auto-stop. Vous connaissez beaucoup de multi-millionaires, des gens qui possèdent des Ferraris et des Jaguars, qui font de l’auto-stop pour s’amuser ? Vous pensez que Jay Leno fait de l’auto-stop sur les collines de Los Angeles ? Ou Eddie Murphy ? Justin Timberlake ? Ils devaient vraiment mépriser le public pour nous raconter une histoire comme celle-là, tout en pensant que les gens pourraient y croire.
Lorsque Watson a été arrêté pour la première fois, deux avocats de renom se sont précipités à son secours, un peu comme Shibley avait volé au secours de Manson en 1966. David Deloach et Perry Walshin ont assuré sa défense gratuitement, bien que Deloach fût alors connu pour être un des pontes du parti républicain. Pourquoi une sommité du parti républicain s’intéresserait-elle à un « hippie » comme Watson ? Encore plus étrange : Deloach a déclaré qu’il avait rencontré Watson à quarante reprises avant son arrestation. Hein ?
L’indice le plus évident quant à la situation réelle de Watson est peut-être le fait qu’il a engendré quatre enfants alors qu’il était en prison, à l’occasion de visites conjugales. Les visites conjugales n’étaient pas autorisées pour des prisonniers comme Watson (ou Atkins), même dans les rares états qui les autorisaient pour des prisonniers de moindre importance. On nous dit que ces visites ont été interdites en Californie en 1996 pour les condamnés à perpétuité, mais c’est inexact. Certaines règles ont changé en 1996, mais les meurtriers/tortionnaires violents tels que Watson n’ont jamais eu droit à des visites conjugales. Watson n’était pas juste un condamné à perpétuité, il a commis plusieurs meurtres avec préméditation, assortis d’actes de torture, ce qui explique pourquoi il a tout d’abord été condamné à mort. Plus de 10% des détenus dans les prisons d’état californiennes sont des condamnés à perpétuité, et la plupart d’entre eux sont des 3-strikers, qui n’ont rien fait de plus que de sortir un couteau lors d’un vol.[Ndt : la règle pénale dite des « 3-strikes » est inspirée du base-ball : au bout de trois fautes, vous êtes éliminé du jeu, et donc condamné à perpétuité] Les changements de 1996 s’appliquaient à ce type de prisonniers, pas à Watson. Il y a actuellement des centaines de prisonniers dans les couloirs de la mort californiens, et si Watson ne s’y trouve pas, c’est qu’il a bénéficié de circonstances favorables : ceux qui ont été condamnés à mort entre 1972 et 1978 ont vu leur peine commuée en réclusion à perpétuité suite à une décision de la Cour Suprême. Mais les règles s’appliquant à Watson à l’intérieur de la prison sont les mêmes que pour les condamnés à mort, puisque ses crimes sont identiques. Ces règles sont déterminées par la nature du crime, pas par la durée de la peine. Si vous êtes dans le couloir de la mort, vous n’avez pas droit aux visites conjugales. Si vous êtes un meurtrier/tortionnaire, vous n’y avez pas droit non plus, pour des raisons évidentes. Si vous assassinez les gens pour le plaisir, comme on nous dit que c’est le cas pour Watson, le système pénitentiaire ne va pas vous arranger un rendez-vous avec une victime potentielle. La famille de l’épouse réclamerait des millions de dollars en dommages-intérêts, et les prisons le savent parfaitement.
Posez-vous cette question : si des prisonniers de niveau 1 comme Watson avaient droit à des visites conjugales avant 1996, pourquoi Manson n’a-t-il pas pu se trouver une femme au début des années soixante-dix ? D’après l’histoire officielle promue entre autres par Helter Skelter, Charlie avait un appétit sexuel insatiable. Il est censé avoir couché avec des milliers de jeunes filles. Il est aussi censé être un véritable aimant pour jeunes femmes impressionnables, jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant nous n’entendons jamais parler d’épouses ou de visites conjugales en ce qui concerne Manson. Pourquoi est-ce le cas avec Watson? Tout simplement parce qu’on sait que Watson a des enfants, et qu’il faut en tenir compte d’une façon ou d’une autre. On vous raconte donc que ces enfants sont nés suite à des visites conjugales, même si c’est impossible.[23]
Toutes les audiences de demande de libération conditionnelle, fortement médiatisées, sont elles aussi faciles à bidonner. Comme nous l’avons vu, Pam Turner, Debra Tate, Doris Tate, Patti/Sharon Tate, Anthony DiMaria et les autres intervenants sont tous dans le coup. Certains jouent un rôle depuis 1968, que ce soit sous la menace de la CIA ou juste parce qu’ils prennent leur pied. Toute l’histoire autour de Debra Tate qui se serait sentie offensée par les visites conjugales de Tex Watson n’est encore et toujours que de la comédie. Les scénaristes ont réalisé qu’il y avait un trou dans l’histoire qu’il convenait de combler ; ils ont donc créé cette nouvelle saga pour vous faire savoir que cette incohérence avait été résolue : plus de visites conjugales pour Watson. J’imagine que si Tex a d’autres enfants, il aura intérêt à bien les cacher. Ou prétendre que ce sont ses petits-enfants.
Manson et son entourage ne sont pas les seuls qu’on vous présente comme étant de vrais prisonniers. En dehors de la Famille, on peut par exemple examiner les cas de Christopher Gibson, Barry Mills et Tyler Bingham, qui seraient les chefs de l’Aryan Brotherhood [ndt : Fraternité Aryenne] :
Trois photos prises en prison, affichant toutes trois des éléments non autorisés. Ce type de barbe ou de coupe de cheveux n’est pas autorisé, et on ne prend pas les prisonniers en photo avec des lunettes de soleil. Question : s’agit-il de trois hommes différents, ou du même homme à trois périodes différentes ? Pourquoi ont-ils tous trois la même boîte crânienne, le même nez en patate, et des oreilles très similaires ? Le deuxième et le troisième homme sont visiblement identiques. On a juste légèrement manipulé leurs oreilles. Pour le second type, on a inversé l’oreille droite avant de la coller sur l’oreille gauche. L’inverse a été fait pour le troisième type : oreille gauche inversée et collée sur l’oreille droite. Le premier type est aussi la même personne, mais sans lunettes ni strabisme. Même les lunettes sont identiques. Ils ont juste ajouté une teinture sombre sur les verres de la photo du milieu. Regardez où se trouvent les points lumineux sur les montures (près du nez et de la joue gauche) !
On le voit ici une quatrième fois, cette fois sous le nom de Steven Hicklin. Il a été placé sous une lumière tamisée, mais c’est le même crâne en pointe, les mêmes sourcils, et le même menton carré. Pour une raison ou pour une autre, ils aiment manipuler les oreilles, comme si ça changeait quoi que ce soit.
Il existe un lien entre Manson et l’Aryan Brotherhood, lien qui remonterait au début des années soixante-dix, et qui explique en partie pourquoi Manson porte un swastika sur son front (enfin, c’est ce qu’on nous raconte). Tout ceci n’est pas bien important, puisque nous avons pu constater que Manson et l’Aryan Brotherhood ne sont que des créations du renseignement militaire, ou d’une autre agence gouvernementale. Ils font tous partie d’une histoire plus vaste, racontée au public pour instiller la peur dans les esprits, créer des conflits, et garder la majeure partie de la population sous contrôle.
En conclusion, nous pouvons dire que ces événements impliquant Tate et Manson sont la plus longue série télévisée produite par les studios de propagande de Lookout Mountain – un peu comme la série de documentaires Seven up! de Michael Apted, mais avec la Famille Manson en lieu et place d’enfants britanniques. Tout comme l’opération Gladio, ils ont été dirigés et financés par le renseignement militaire, avec Paul Tate agissant en tant que capitaine et Jay Sebring comme lieutenant. Tate a profité de son expérience en Italie pour reproduire les mêmes techniques dans les rues de Los Angeles, y compris sa troublante capacité à se faire passer pour un gauchiste barbu. Il s’est ensuite servi de sa propre fille comme couverture, comptant sur le fait que personne ne pourrait croire qu’il avait donné son accord pour son assassinat, ainsi que sur le fait que personne ne se rendrait compte que tout avait été simulé. Ça a fonctionné pendant quarante-trois ans, et cela aurait continué ainsi s’ils n’avaient pas laissé les photographies originales de la scène du crime à disposition du public. Durant quarante-trois ans, ces photos ont été par elles-mêmes un moyen de défense et de manipulation : personne ne voulait les étudier de trop près, et les seuls qui les regardaient étaient des gens fascinés par la mort qui voulaient qu’elles soient vraies. Les preuves ont ainsi pu être cachées tout en étant bien en évidence. Mais comme vous avez pu le constater, il est cependant possible de retrouver son chemin dans le labyrinthe des fausses preuves et des éléments contradictoires, si l’on est capable de recueillir et d’assembler les faits les plus importants. Dans ce type d’enquête, il faut avant tout être capable de repérer les signaux d’alerte. Je n’ai effectué quasiment aucune recherche personnelle ; je me suis contenté de repérer et de souligner des faits que d’autres avaient relevés sans pour autant s’y attarder. J’ai ensuite assemblé tous ces signaux d’alerte pour en faire une histoire. Ce n’était pas bien difficile : une fois qu’on a trouvé ces signaux d’alerte, l’histoire se raconte d’elle-même. Les quatre principaux signaux d’alerte suffisent quasiment à prouver la véracité de cette thèse, sans que j’aie besoin d’en rajouter plus que cela. Dès que nous nous apercevons que Sharon Tate est vivante sur cette photo, que Paul Tate est un colonel du renseignement militaire qui se déguise en hippie, que le Laboratoire de Lookout Mountain se trouve à l’arrière-plan des photographies prises à Cielo Drive, et que Sharon s’est depuis fait passer pour sa sœur, les autres pièces du puzzle s’assemblent d’elles-mêmes. Et une fois qu’on a compris la méthode utilisée pour ce false flag, on peut appliquer ce que nous savons à d’autres affaires. C’est ce que je vais faire dans le cadre d’essais à venir concernant d’autres événements – dont certains sont encore plus saisissants et sujets à la controverse que celui-ci.
Notes
[1] Sharon Tate, Murdered Innocence, Part 1. Citation de Jay Sebring à 2:00 de la vidéo.
[2] Sauf mention contraire, toutes les citations et autres faits sont tirés de la fiche Wikipedia correspondant au sujet abordé. Je les considère donc comme connus de tous.
[3] Pour ceux qui pensent que le monde de la musique est lui aussi contrôlé par la CIA, il est intéressant de noter que Jerry Garcia est lui aussi décédé le 9 août à cinquante-trois ans. Il a bien entendu été prétendument incinéré.
[4] Il est possible que Polanski ne fût pas dans le coup. Toute l’opération a pu être mise sur pieds par Paul Tate et Jay Sebring, qui avaient tous des connexions avec l’armée/la CIA. Je suppose que Sharon était une complice volontaire, mais son père lui a peut-être forcé la main. Sebring s’est ensuite servi du canular pour séparer Sharon et Polanski. Ceci explique peut-être pourquoi les « meurtres » ont eu lieu alors que Polanski était à l’étranger. Un autre élément qui accrédite cette thèse est que Sebring portait toujours la bague de lycéenne de Sharon après son mariage avec Polanski. Ceci pourrait expliquer les accusations postérieures de viol contre Polanski : celui-ci avait découvert la vérité et devait être tenu au silence. On l’a laissé s’enfuir en Europe, du moment qu’il tenait sa langue. On ne souhaite pas le voir revenir, parce que dans le pire des cas, il pourrait se mettre à parler avant qu’on ait eut le temps de le faire taire de manière définitive. La police de Los Angeles parle toujours de l’extrader, mais la procédure est toujours enterrée par quelque autorité. Mais l’accusation de viol est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, ce qui l’empêche de parler.
[5] The Family, Ed Sanders. 1971. Première édition.
[6] Diverses sources nous disent que Paul Tate était soit un colonel, soit un lieutenant-colonel. Comme toutes ces sources ont été prises en flagrant délit de mensonge, Tate aurait pu être un simple soldat ou un général quatre étoiles, pour ce que nous en savons. Nous dépendons du renseignement militaire pour cette information, et ils ne sont pas contraints d’être honnêtes envers le public pour quelque sujet que ce soit. Comme nous savons qu’il a débuté dans la Navy, son rang doit être celui d’un officier de la marine. S’il faisait partie de l’ONI, il devait être capitaine. Le renseignement naval est le plus haut placé dans la hiérarchie militaire, ne devant rendre de comptes qu’à la DIA.[Ndt : Defense Intelligence Agency] Puisque nous disposons d’un autre lien avec la DIA en la personne de Charlene Cafritz, nous pouvons supposer que c’est la DIA qui était en charge de cette opération, et non la CIA. En suivant cette piste, nous pouvons supposer que Paul Tate était un capitaine du renseignement naval, et Sebring un lieutenant ou un commandant.
[7] Page 173. Martin Lee et Bruce Shlain, 1986. Grove Press.
[8] Certains s’étonneront sans doute que je ne donne aucune référence au livre de Bugliosi dans cet article. C’est intentionnel. Je veux être le premier chercheur de l’histoire à complètement ignorer ce livre. Si j’ai pu progresser rapidement dans cette enquête, c’est justement parce que j’ai refusé de me laisser entraîner sur les chemins de traverse proposés dans ce livre.
[9] The Family, Ed Sanders. 1971. Première édition.
[10] http://www.american-buddha.com/music.covertwarrock3.htm, voir note 9.[Ndt : ce site semble désormais inactif]
[11] Sanders, op. cit. p. 65. Le livre de Sanders est fréquemment cité par les théoriciens du complot, mais son objet était en réalité d’être une source de propagande alternative. Bien qu’il révèle des éléments qui n’apparaissent pas dans le livre de Bugliosi, il vend l’histoire officielle de la même façon. Malheureusement, Sanders n’a pas fait du très bon travail, en ce sens qu’il révèle trop de choses, et cette source de propagande a très vite été tarie. Le livre a été revu et augmenté (et censuré) presque immédiatement, pour qu’il puisse mieux assurer sa fonction de désinformation. La meilleure chose à faire est de se procurer la première édition du livre, et de chercher les éléments qui ont été écartés des éditions suivantes. Ces passages censurés seront les seuls fragments de vérité dans un livre qui est avant tout une œuvre de fiction.
[12] Sanders, op. cit., p. 185. Nous avons une confirmation visuelle de l’arrestation de Watson, puisqu’il y a une photo d’identité fameuse ainsi que des relevés d’empreintes digitales.
[14] Sanders, op. cit., p. 121. Sanders nous dit que Melcher a autorisé la Famille a se servir de sa Jaguar et de sa carte de crédit de la Standard Oil. Melcher apparaît donc comme un des financiers du film sur Sharon Tate, comme Abigail Folger, probablement dans un rôle d’intermédiaire entre la Famille et des fonds provenant de la CIA. Il y a aussi là une contradiction de plus dans l’histoire officielle : si la Famille avait l’habitude d’emprunter la Jaguar de Melcher, alors ils savaient où habitait ce dernier. Ils savaient qu’il ne vivait pas au 10050 Cielo Drive. À la page 191, nous apprenons que Melcher et Jakobson ont visité le Spahn Ranch à plusieurs reprises. Sanders nous donne même une date : le 3 juin 1969. Nous savons qu’ils étaient présents, parce que la police était elle aussi sur le « plateau », dans le cadre d’une enquête sur un viol commis par Manson. Mike Deasy était lui aussi sur place, avec une équipe de tournage. Jakobson prenait des photos de filles hippies nues pour la couverture d’un album. Sanders nous dit ensuite que Manson « a mis un contrat » sur la tête de Melcher, mais nous n’en avons aucune confirmation, si ce n’est du contractant. Nous avons en revanche des confirmations du reste.
[16] Le procès dit des sept de Chicago est un événement similaire : Abbie Hoffman, Jerry Rubin et Bobby Seale n’étaient rien de plus que des acteurs, placés là pour appeler à la violence et insulter un faux juge pour discréditer le mouvement anti-guerre. Toute cette opération n’était qu’un événement entièrement scénarisé qui a parfaitement atteint son objectif, qui était de diffamer le mouvement pour la paix, les hippies, ainsi que d’autres groupes.
[17] Sanders, op. cit., p. 302.
[21] La seconde était toujours visible sur findadeath.com le 28 janvier 2013.
[22] Transcript de la demande de libération conditionnelle d’Atkins en 1985, p. 70.
[23] Voir également le cas de Ted Bundy, qui a miraculeusement engendré un enfant pendant son incarcération, alors qu’il n’a eu aucune visite conjugale.
➤ Les sciences sociales: une arme de guerre
David H. Price, professeur d'anthropologie et auteur de Weaponizing Anthropology, est interviewé par Abby Martin pour la chaîne RT. Il explique comment les sciences sociales, et en particulier l'anthropologie, ont été détournées par l'armée et les services de renseignement américains pour asseoir la domination des États-Unis sur les pays conquis au cours de la dernière décennie.
➤ Quand des scientifiques français testaient des drogues sur des cobayes humains
Ce qu’on sait moins c’est que, contrairement au nuage de Tchernobyl, ces pratiques ont traversé la frontière de notre beau pays. En 1958, des scientifiques français, le professeur Jean Delay, Pierre Pichot, Thérèse Lempérière, Pierre J. Nicolas-Charles et Anne-marie Quétin, publiaient une étude intitulée Étude psycho-physiologique et clinique de la psilocybine, sous la direction de Roger Heim, alors directeur du muséum national d’histoire naturelle.
Roger Heim était un mycologue, célèbre pour avoir identifié les psilocybe mexicana, communément appelés champignons hallucinogènes mexicains. Roger Heim a fait sa découverte sur les hauteurs de Huautla de Jimenez en pays mazatèque, au cours d’une expédition au Mexique en 1956, menée en compagnie de R. Gordon Wasson, qui s’est avéré par la suite être le chef du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA (cf. L’histoire secrète des champignons hallucinogènes et La révolution psychédélique: un produit de l'ingénierie sociale).
Heim confia quelques échantillons à Albert Hofmann, l’inventeur du LSD et un autre proche de Gordon Wasson, qui les ramena en Suisse aux laboratoires Sandoz (dont Wasson était par ailleurs un des directeurs), où il put isoler le principe actif des psilocybes: la psilocybine.
Certains de nos larrons ont certes testé sur eux-mêmes les « champignons magiques »; parmi eux Gordon Wasson, Heim lui-même, quelques uns de ses collaborateurs comme Roger Cailleux, et même Albert Hofmann, que sa prétendue balade en vélo sous LSD n’avait visiblement pas traumatisé (cf. Heim, Les champignons hallucinogènes du Mexique: études taxinomiques, biologiques, physiologiques et chimiques, 1958).
Gordon Wasson et Albert Hofmann
Mais ces « auto-expériences » ne suffisaient pas. Heim est donc entré en contact avec le professeur Jean Delay pour mener une étude systématique sur des sujets humains. Le bon professeur et ses collaborateurs ont ainsi administré de la psilocybine, gracieusement fournie par les laboratoires Sandoz, à 13 sujets normaux, dont on nous dit qu’ils se sont tous portés « volontaires », et sur 30 malades mentaux, uniquement des femmes. Il n’est pas précisé si ces malheureuses étaient elles aussi « volontaires » ou pas... L’expérimentation sur les malades mentales « a été guidée par nos premiers résultats sur les volontaires normaux et par les applications thérapeutiques préconisées pour les drogues de la même famille, le LSD 25 en particulier. » On peut se demander quelles pouvaient bien être les applications thérapeutiques du LSD 25.
Les sujets sains ont tous ingéré la substance par voie orale, les doses allant de 5 à 14 mg, la dose moyenne étant de 10,2 mg. Nos braves docteurs décrivent les symptômes somatiques: sensation de chaleur, congestion faciale, mydriase, troubles de la coordination, bradycardie, perturbations thymiques, perturbations de la conscience de type oniroïde, modification de la perception du temps vécu, vertiges, troubles digestifs, etc. Le tout suivi d’asthénie pouvant durer plusieurs jours.
Les malades mentales ont quant à elles tantôt ingéré la psilocybine par voie orale, tantôt subi des injections par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Les doses varient de 6 à 15 mg. « Notre posologie a été, mais non rigoureusement, proportionnelle au poids de la malade ». Les effets somatiques sont globalement les mêmes que pour les sujets normaux, mais les effets psychiques sont soit plus marqués, soit modérés, soit nuls. Les neuroleptiques, sous l’influence desquels se trouvaient encore certaines malades, semblent être antagoniques avec ce type de drogue et en annulent les effets. Pour les malades mentales qui y ont été sensibles, l’étude conclut que « d’après l’expérience que nous avons des effets de la mescaline sur les malades mentaux, il nous a paru que la psilocybine avait une action psychique nettement plus intense ».
Jean Delay
Ne souhaitant pas en rester là, Anne-Marie Quétin (co-auteur de l’étude pré-citée) a décidé de soutenir une thèse de médecine sur cette question, le 10 juin 1960, sous la direction du professeur Jean Delay. Roger Heim en a donné un compte-rendu dans La psilocybine en psychiatrie et au-delà (à propos de la thèse de Mademoiselle Anne-Marie Quétin), Revue de mycologie, mars 1961. Dans le cadre de cette thèse, une expérimentation a porté « sur 101 sujets dont 92 volontaires, considérés comme normaux, et 72 malades.[..] L’épreuve de la psilocybine était présentée à ces derniers comme un moyen de libération, ou comme un examen complémentaire indispensable au diagnostic.» Globalement, les effets somatiques sont les mêmes que lors de la première expérience. Les conclusions sont par contre plus affinées en ce qui concerne les effets psychiques:
« [Le sujet] croit découvrir le sens de certains aspects du monde extérieur, mais sans pouvoir en préciser les raisons. Les assurances se précisent, mais le pourquoi reste posé: ‘‘j’ai la clé de l’harmonie universelle.’’ Et Mlle Quétin conclut: ‘‘Ainsi la psilocybine nous apparaît capable de bouleverser les relations entre le Moi et le Monde. Les idées délirantes retrouvées dans nos protocoles sont la traduction de cet étonnement fantastique que vit le sujet pendant cette intoxication’’ (p.91). La psilocybine crée véritablement une psychose artificielle; c’est bien une drogue psychodysleptique ‘‘engendrant une déviation délirante du jugement avec distorsion dans les valeurs de la réalité.’’ »
Tout n’est pas négatif (si, si):
« ‘‘Les tendances latentes de l’individu se révèlent’’, car le fond de l’individu n’est pas entamé par l’expérience. Si les contraintes sociales peuvent cacher certains sentiments du sujet, ceux-ci vont se révéler sous l’action de la drogue. ‘‘Ainsi, la psilocybine est un moyen d’exploration globale du sujet.’’ »
Ce type d’« exploration globale » a dû intéresser beaucoup de gens dans les divers gouvernements de l’époque.
S’ensuivent quelques descriptions des effets de la psilocybine, suivant les différentes pathologies mentales.
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Chez les schizophrènes, « La substance libère le syndrome cataleptique que remplace une agitation discordante avec cris, chants, déclamations. » Dans un autre cas « le mutisme disparaît sous l’action de la drogue, l’idée délirante se précise: celle d’une souillure personnelle qui a entraîné le syndrome dépressif et, d’autre part, hostilité de l’entourage. Ainsi ‘‘la psilocybine a permis chez cette malade de poser le diagnostic de l’affection psychiatrique dont elle est atteinte: la psychose discordante est devenue évidente.’’ » Pour une autre jeune femme, « hospitalisée pour des ‘‘préoccupations sexuelles obsédantes’’ situées dans un vaste délire paranoïde, l’épreuve de la psilocybine a mis en évidence les préoccupations de la malade et ses idées délirantes. L’aveu se dessine: ‘‘Ma mère, elle a pris ma place dans mon petit lit, et j’ai pris le sien dans le lit conjugal (auprès du beau-père).’’ »
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« Chez les délirants, une extériorisation des thèmes se manifeste habituellement. ‘‘Après une courte période onirique, le malade a pu, au milieu de pleurs, faire part d’un grand nombre d’événements traumatisants et développer devant le médecin le thème principal du délire.’’ »
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« Dans les cas de psychoses maniaco-dépressives, la psilocybine provoque une modification des perturbations thymiques. Dans trois cas, l’observateur a pu observer la disparition progressive du tableau mélancolique (malheureusement passagère). »
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Pour les névroses et les psycho-névroses, « L’observation est particulièrement intéressante. Il s’agit de phobies d’impulsion nerveuses survenues chez la malade après son premier jour d’accouchement. Sous l’action de 9 mg de psilocybine injectée par voie intramusculaire, la malade devient extrêmement anxieuse, s’agite et pleure. Des figures géométriques colorées apparaissent, puis des modifications perceptives (ses bras sont en bois, sa voix devient étrangère, la pièce lui semble inconnue, les murs s’éloignent, les visages des observateurs se déforment). Puis l’anxiété diminue, une légère euphorie s’introduit, et peu à peu les sentiments intimes se révèlent, des scènes d’enfance se ravivent, des appréciations cachées se libèrent: ‘‘Huit jours après mon mariage, mon mari a prétexté que j’étais fatiguée, il est allé voir mon Directeur. Il est jaloux, il n’est pas très intelligent.’’ L’expérience ‘‘a permis de connaître un certain nombre d’éléments pour apprécier la psychogénèse des phobies d’impulsion; elle a permis à la malade de prendre conscience de certains faits importants.’’ » Une autre « expérience à la psilocybine entraîne ‘‘un afflux de souvenirs’’: ‘‘sans aucun contrôle et avec une violence extrême, la malade nous exposa ce qu’elle considère comme la psychogénèse de sa maladie et surtout ses griefs contre sa mère. Des souvenirs d’enfance, jusque là oubliés, furent revécus émotionnellement... Ainsi la malade put prendre conscience de certains traumatismes affectifs qui nous ont paru avoir une importance psychopathologique considérable. Il fut possible de reprendre secondairement tous ces éléments avec le sujet. À la deuxième épreuve succéda une amélioration indiscutable. Dans les semaines suivantes, la malade put reprendre une vie normale.’’ Malheureusement, ce mieux n’a pas persisté entièrement; une nouvelle dépression s’est ultérieurement manifestée. »
Il apparaît que ces scientifiques ont tenté de présenter la psilocybine comme un moyen d’exploration du Moi. La grande idée vendue par Gordon Wasson, et qui est au centre de toute sa littérature, est que les champignons hallucinogènes étaient une drogue enthéogène (un néologisme créé par Wasson et ses complices, censé signifier « qui engendre Dieu », ou qui le manifeste). Difficile pour des gens comme Heim, des psychiatres et des neurologues d’évoquer Dieu dans une publication scientifique... Ils s’en sont donc tenus à une de leurs divinités mineures, le Moi freudien, en évitant de s’étendre sur les sujets qui fâchent, comme le fait que « La psilocybine crée véritablement une psychose artificielle ».

Gordon Wasson
Comme nous l’avons vu avec les deux articles publiés par Jan Irvin, la promotion des champignons hallucinogènes auprès de la population était un élément essentiel du programme MK-ULTRA. Gordon Wasson en était le chef d’orchestre, aussi bien en tant que chercheur de terrain (c’est lui qui a « découvert » le champignon psilocybe en 1953) que comme propagandiste, en particulier grâce à ses relations au magazine Life (dont les dirigeants étaient, comme lui, agents de la CIA), ainsi que par ses innombrables publications sur ce sujet (voir, entre autres, The Wondrous Mushroom et Mushrooms, Russia and History).
L’implication du directeur du muséum national d’histoire naturelle, membre de l’institut, aux côtés d’un individu tel que Wasson, ancien vice-président en charge des relations publiques chez J.P. Morgan, président du Council on Foreign Relations (CFR), agent de la CIA et chef du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, laisse songeur. Heim ne s’est pas cantonné à son rôle de mycologue, il a aussi relayé la quasi-totalité de la propagande de Wasson, y compris au travers de nombreuses études écrites en commun. Une question légitime se pose alors: y avait-il donc un MK-ULTRA à la française? Ou l’implication française s’est-elle limitée à un travail de sous-traitance de certains pans de ce programme américain par un nombre réduit de scientifiques? Quoi qu’il en soit, il est difficile d’imaginer que l’état français n’était pas au courant de ces activités, et qu’il ne leur a pas donné son feu vert.
➤ Lookout Mountain: le Hollywood de l'armée américaine
Il se pourrait bien qu'il ne s'agisse pas d'une simple coïncidence. Niché au cœur du Laurel Canyon se trouvait en effet un complexe top-secret de l’U.S. Air Force. Voici ce qu’en dit David MacGowan aux pages 55 à 57 de son livre :
Ce qu’on connaîtra par la suite sous le nom de Laboratoire de Lookout Mountain a été conçu à l’origine comme un centre de défense anti-aérien fortifié. Construite sur un espace isolé d’une superficie d’un hectare, à proximité de ce qui est de nos jours la Wonderland Park Avenue, l’installation était cachée aux regards et entourée d’une clôture électrique. Le complexe disposait dès 1947 d’un studio de cinéma entièrement fonctionnel. Il s’agissait en fait de l’unique studio complètement autonome au monde. Avec une surface au sol de plus de 9 000 mètres carrés, le studio clandestin comprenait des salles de tournage, des salles de projection, des laboratoires pour le traitement de la pellicule, des salles de montage, un département d’animation, et dix-sept chambres fortes à air conditionné pour y stocker les bobines. On y trouvait également une piste d’atterrissage pour hélicoptère et un abri anti-bombe.
Au cours de son existence, le studio produira quelque 19 000 films classifiés – plus que l’ensemble des studios hollywoodiens réunis (j’imagine que ceci fait du Laurel Canyon la véritable « capitale mondiale du cinéma »). Officiellement, le studio était dirigé par l’U.S. Air Force et ses activités les plus malfaisantes se réduisaient au traitement des films des tests atomiques et nucléaires réalisés par la Commission à l’Énergie Atomique. Le studio était cependant équipé pour faire bien autre chose que du traitement de pellicule. Tout porte à croire que le Laboratoire de Lookout Mountain possédait un département de recherche et développement à la pointe de la technologie en ce qui concerne la cinématographie. Il semblerait que des avancées technologiques telles que les effets 3-D furent développés sur le site du Laurel Canyon. Et des sommités d’Hollywood telles que John Ford, Jimmy Stewart, Howard Hawks, Ronald Reagan, Bing Crosby, Walt Disney, Hedda Hopper et Marilyn Monroe ont reçu l’autorisation de travailler sur les lieux, sur des projets inconnus. Il n’existe aucune trace d’une quelconque déclaration d’une de ces personnalités au sujet de leurs activités au studio clandestin.
Le studio a employé plus de 250 producteurs, réalisateurs, techniciens, monteurs, animateurs, etc., à la fois civils et militaires, disposant tous d’accès de haute sécurité – et travaillant tous dans un recoin isolé du Laurel Canyon. Les comptes-rendus diffèrent sur la date de cessation d’activité du site. Certains prétendent qu’elle a eu lieu en 1969, d’autres que le site a continué son activité pendant plus longtemps. Quoiqu’il en soit, tous les témoignages révèlent que le bunker secret a opéré pendant plus de vingt ans avant les années rebelles du Laurel Canyon, et qu’il est resté en activité durant la période la plus turbulente de ce mouvement.
L’existence de cette installation est restée inconnue du grand public jusqu’au début des années 90, bien que la rumeur ait longtemps couru que la CIA dirigeait un studio secret quelque part à Hollywood ou aux alentours. Le réalisateur Peter Kuran fut le premier à découvrir son existence grâce à des documents déclassifiés qu’il avait obtenus à l’occasion de ses recherches pour son film de 1995, Trinity and Beyond. Et pourtant, de nos jours, soit plus de vingt ans après sa révélation partielle au public, on aurait du mal à trouver la moindre mention de ce site secret de l’armée/du renseignement dans la littérature « conspirationniste ».
Je pense toutefois que nous serons tous d’accord pour admettre qu’il n’y a absolument rien de suspect dans le fait qu’une installation militaire secrète opère à l’épicentre de la culture hippie; passons donc à autre chose.
Restons tout de même un petit moment sur ce sujet. Depuis le moment où David MacGowan a écrit ces lignes, un film de présentation du site de Lookout Mountain est apparu dans le catalogue de Periscope Film. Tout le charme suranné de la propagande de la fin des années 60 :
Voir sur Bitchute (plein écran)
On peut se demander si la fermeture de ce complexe n’est pas la conséquence d’une fusion pleine et entière entre Hollywood et les services de propagande de l’armée. Le résultat pourrait être des films comme celui-ci, où Clint Eastwood fait la promotion du meurtre d’enfants par les vaillants snipers de l’armée U.S. :
Ou des clips vidéos comme celui-là, où Katy Perry s’engage dans l’armée pour oublier ses déboires sentimentaux :
Et tant d'autres...
De nos jours, la base de Lookout Mountain est la propriété de l’acteur Jared Leto :
Un homme qui semble apprécier les anciennes bases militaires, les triangles avec une barre au centre, et le look hippie.
➤ Chantage à la bombe: la peur du nucléaire et le culte de l'arme suprême
En mai 2009, Seymour Hersh, journaliste américain respecté, a fait une étonnante révélation au cours d'une interview sur Arab TV. D'après Hersh, l'ancien premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto a été la victime d'une « équipe de tueurs mise sur pieds par le vice-président américain Dick Cheney ».[1] Cette équipe était « dirigée par le général Stanley McChrystal, récemment nommé au poste de commandant en chef de l’armée américaine en Afghanistan », Cheney se servant de sa position de chef du Joint Special Operation Command [ndt: JSOC, une sous-division du département de la défense américain chargée de coordonner les différentes unités des forces spéciales de l’armée] pour « faire le ménage pour l’Amérique en exterminant ses opposants avec cette unité et la CIA ».[2]
Hersh a supposé que Bhutto avait été éliminée parce qu’elle avait déclaré qu’elle pensait qu’Oussama Ben Laden avait été assassiné par Omar Saïd Sheikh.[3] Cependant, le meurtre de Bhutto n’aurait-il pas une raison plus profonde? C’est ce qu’ont suggéré les auteurs de cet article au cours d’interviews données à différentes émissions radiophoniques peu après l’assassinat du 27 décembre 2007. À l’époque, de nombreux médias avaient accusé Al Qaïda d’être responsable de ce meurtre. La source principale de ces allégations semble avoir été un « obscur site internet italien » qui prétendait avoir reçu un coup de téléphone de Moustapha Abou Al-Yazid, le chef d’Al Qaïda en Afghanistan.[4]
Benazir Bhutto
Al-Yazid aurait déclaré au cours de cet appel: « Nous avons éliminé l’allié le plus précieux des américains, qui avait juré de vaincre les moudjahidines ».[5] Le site internet avait par ailleurs soutenu qu’Ayman al Zawahri, le numéro deux d’Al Qaïda, avait décidé en octobre 2007 qu’il était temps d’en finir avec Bhutto.[6] Bien que tout ceci ressemblait fort à une preuve définitive de la culpabilité d’Al Qaïda, ces revendications étaient pourtant loin d’être convaincantes. D’après Brian Ross d’ABC, des responsables des services secrets américains ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas confirmer la revendication de cette attaque.[7]
Bien qu’il soit possible qu’Al Qaïda ait été impliqué dans cet assassinat, il faut garder à l’esprit qu’Al Qaïda n’est qu’un maillon d’une infrastructure regroupant un grand nombre de conspirateurs, et il se pourrait que cette organisation terroriste ne soit pas la seule impliquée. De nombreuses promesses de Bhutto auraient pu être à l’origine de représailles violentes si elle avait été réélue au poste de premier ministre. Une promesse en particulier, parue dans un article du 26 septembre 2007 du Times of India, a probablement dû provoquer de très vives inquiétudes chez les riches et les puissants de notre monde. D’après cet article, Bhutto avait promis de permettre aux inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) d’interroger A.Q. Khan, l’ingénieur en métallurgie, contrebandier de l’atome et père de la « bombe islamique ».[8]
Au cours d’une visite à Washington, peu avant son retour au Pakistan qui avait suivi son exil volontaire, l’ancien premier ministre avait déclaré devant le Middle East Institute: « Bien que nous refusions à ce stade que les occidentaux puissent accéder à A.Q. Khan, nous pensons que l’AIEA […] devrait avoir le droit d’interroger A.Q. Khan ».[9] Il est quasiment certain que Bhutto comprenait que les révélations de Khan aux inspecteurs allaient suggérer implicitement que de riches et puissants membres de l’establishment oligarchique global étaient impliqués dans la création et le maintien du réseau de prolifération nucléaire de Khan. Bien qu’elle n’ait pas parlé de ces choses ouvertement, Bhutto a subtilement suggéré que Khan était bien autre chose qu’un simple voyou: « De nombreux pakistanais font preuve de cynisme dès lors qu’il s’agit de savoir si Khan aurait pu agir sans l’accord des autorités ».[10] L’ancien premier ministre signait ainsi son arrêt de mort en levant le voile sur l’un des plus noirs secrets des oligarques, et l’un des mieux gardés: l’élite dirigeante et des éléments troubles de la communauté du renseignement avaient aidé Khan à faire du monde un endroit plus dangereux.
Le réseau de Khan fut créé par une alliance entre les élites américaines et saoudiennes connue sous le nom de Safari Club. C’est grâce à cette alliance que l’Arabie Saoudite a supplanté Israël comme principale source de renseignement au niveau régional.[11] James Angleton, l’ancien chef du contre-espionnage, avait pendant longtemps maintenu « une relation spéciale avec Israël », ce qui n’était pas du goût de tout le monde à la CIA.[12] La mise à l’écart d’Angleton en 1974 a accentué le déclin de la tendance pro-israélienne au sein de l’agence.[13] Une fois cette tendance significativement affaiblie, la CIA a eu les mains libres pour nouer des liens avec la famille royale saoudienne en 1976. À cette époque, l’agence devait faire face à un manque substantiel de capital politique. Le retrait des troupes au sol au Vietnam en 1973 avait été vécu comme une humiliation, à laquelle s’est ajoutée la chute de Saïgon deux années plus tard. De plus, l’année 1974 fut celle des stupéfiantes révélations du scandale du Watergate, qui provoquèrent une énorme vague d’indignation dans l’opinion publique. En 1976, l’Amérique était à bout de patience envers la CIA. La fameuse « année du renseignement » venait de commencer.
De très nombreux exemples d’activités illégales menées par la communauté du renseignement furent mis au jour grâce à l’enquête menée par les comités Church et Pike. Le Congrès bloqua le financement de toutes les actions menées à l’étranger, ce qui poussa l’agence à solliciter l’aide financière saoudienne. La famille royale des Saoud accentua son contrôle du financement du renseignement américain avec la formation du Safari Club.[14] La lutte contre le communisme fournit un prétexte bien pratique pour justifier ce partenariat douteux.
Le prince Turki résuma les objectifs du Safari Club au cours d’une allocution donnée en 2002 devant les anciens élèves de l’université de Georgetown:
J’en viens à présent à ce secret que j’avais promis de vous révéler. En 1976, après les événements du Watergate, votre communauté du renseignement était littéralement ligotée par le Congrès. Elle ne pouvait plus rien faire. Elle ne pouvait plus envoyer d’espions, ni écrire de rapports, ni donner de l’argent. Pour compenser cela, plusieurs pays se sont rassemblés dans l’espoir de combattre le communisme et ont fondé le Safari Club. Le Safari club incluait la France, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc et l’Iran. Le principal objectif de ce club était le partage d’informations pour combattre l’influence soviétique dans le monde, et plus particulièrement en Afrique. Dans les années 70, il y avait encore des pays qui sortaient de la période coloniale, parmi eux le Mozambique, l’Angola et Djibouti, il me semble. La principale inquiétude partagée par tous ces pays était que le communisme continuait à se propager alors que le principal pays qui était censé s’opposer au communisme était ligoté. Le Congrès avait non seulement littéralement paralysé les efforts de la communauté du renseignement américaine, mais également de ses services extérieurs. Et donc le royaume a, je pense, contribué à rendre le monde plus sûr en collaboration avec ces autres pays, et ce à un moment où les États-Unis n’étaient pas en capacité de le faire. Il s’agit là, je pense, d’un secret que beaucoup d’entre vous ignorent. Je n’en parle pas parce que j’aime révéler des secrets, mais parce que du temps a passé, et aussi parce que de nombreux acteurs nous ont quittés.[15]
Le prince Turki
L’exploitation de la peur du communisme était d’usage courant dans le cadre de la dialectique de la Guerre Froide. Les conflits sont invariablement le prétexte à des discours sécuritaires, avec la peur comme élément central de ces derniers. Lorsque l’ordre du jour est dominé par une politique de la peur, des concepts tels que les libertés civiles et l’état de droit deviennent secondaires face aux problèmes sécuritaires. Le processus démocratique est souvent méprisé dans un environnement de ce type, et les anticonformistes sont présentés comme des ennemis de l’état; cette entité, qui est déjà sujette à l’influence néfaste des élites politiques et technocratiques, concentre alors de plus en plus de pouvoir. Une telle configuration est bien entendu favorable à la classe dirigeante américaine, qui a continuellement soutenu sa propre version du socialisme en tant qu’alternative au communisme. Les élites occidentales avaient donc un intérêt objectif à maintenir le climat dialectique de la Guerre Froide. Le Safari Club, l’incarnation de l’alliance entre les oligarques américains et la famille royale saoudienne, a contribué à atteindre cet objectif.
En 1978, des combattants islamistes soutenus par le Safari Club menèrent une campagne d’agitation qui provoqua l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique.[16] Les combattants islamistes du Safari Club commencèrent par mener des raids transfrontaliers sur le territoire soviétique.[17] L’Union Soviétique finit par s’embourber dans la guerre en Afghanistan. Ce bourbier permit à l’élite dirigeante d’atteindre deux objectifs majeurs qui lui permirent d’engranger d’importants bénéfices à long terme.
Le premier de ces bénéfices fut la création d’ennemis offrant le prétexte à de futures manœuvres fondées sur le principe de la dialectique hégélienne. Il était possible, au nom de la lutte contre le communisme, de radicaliser les musulmans en les poussant vers une forme belliqueuse de leur religion. Par la suite, le retour de flamme engendré par cette campagne de radicalisation fournira aux élites dirigeantes un adversaire particulièrement utile politiquement et socialement dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », qu’on peut réduire à une simple ruse dialectique. Ce conflit permettra de faciliter le déclenchement de campagnes militaires à l’étranger, et le démantèlement des libertés civiles aux États-Unis avec le Patriot Act.
Le second objectif atteint par la guerre en Afghanistan fut le maintien de la rivalité dialectique entre l’Est et l’Ouest. L’Amérique avait vécu l’expérience vietnamienne. À présent, dans l’esprit d’une réciprocité hégélienne, les soviétiques devaient subir leur propre Vietnam. Ce piège fut mis en place par Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter. Brzezinski l’a d’ailleurs reconnu au cours d’une interview donnée au magazine Le Nouvel Observateur:
Le Nouvel Observateur: L’ancien directeur de la CIA Robert Gates l’affirme dans ses mémoires [From the Shadows]: les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidines afghans six mois avant l’intervention soviétique. À l’époque, vous étiez le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité. Vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Est-ce exact?
Zbigniew Brzezinski: Oui. Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidines a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eût envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité gardée secrète est toute autre: c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. Et ce jour-là j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques.
Le Nouvel Observateur: Malgré ce risque, vous étiez partisan de cette opération clandestine. Mais peut-être souhaitiez-vous cette entrée en guerre des soviétiques et cherchiez-vous à la provoquer?
Zbigniew Brzezinski: Ce n’est pas tout à fait cela. Nous n’avons pas poussé les russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils le fassent.
Le plan de Brzezinski pour inciter les soviétiques à envahir l’Afghanistan fut soumis à Carter en 1979.[18] Dans le memorandum qu’il lui présenta, Brzezinski déclara que si les États-Unis s’engageaient dans cette voie, les efforts pour empêcher la prolifération nucléaire au Pakistan devraient être abandonnés.[19] Après tout, la coopération du Pakistan dans la lutte contre les soviétiques en Afghanistan était absolument indispensable. Le conseiller à la sécurité nationale déclarait en substance que les États-Unis devaient fermer les yeux sur le développement de la bombe islamique pour régler de vieux comptes dans le cadre de la dialectique de la Guerre Froide.
Zbigniew Brzezinski
Il est assez évident que Carter n’était que le pantin de Brzezinski. Hamilton Jordan, le directeur de campagne de Carter, avait émis de sérieuses réserves à son propos: « Si après l’investiture [de Jimmy Carter] on retrouve [...] Zbigniew Brzezinski à la tête de la sécurité nationale, alors je considérerai que nous avons échoué et je démissionnerai ».[20] Bien que Jordan n’ait pas démissionné, il avait néanmoins correctement identifié Brzezinski comme un représentant des intérêts de l’oligarchie.[21] Brzezinski passa par David Rockefeller, l’archétype de l’élitiste américain, pour former la Commission Trilatérale.[22] À l’époque, Rockefeller était le président du Council on Foreign Relations (CFR), le véritable centre décisionnaire de la politique étrangère américaine.[23] En fait, Ralph Epperson révèle que « l’ensemble des huit représentants américains présents lors de la réunion fondatrice de la Commission étaient membres du CFR ».[24]
Brzezinski entretenait par ailleurs des relations troubles avec la communauté du renseignement. Ted Shackley l’avait recruté alors qu’il travaillait dans la division de la CIA pour l’Europe de l’Est.[25] L’un des proches de Shackley était Edwin Wilson, qui eut un rôle prépondérant dans la création d’un « réseau de renseignement privé qui n’aurait de comptes à rendre à personne ».[26] Charlie Wilson, un membre du Congrès en cheville avec Edwin Wilson, a constamment apporté son concours à la CIA pour bloquer les tentatives du Congrès de tarir le flux des financements américains au Pakistan.[27] En fait, Charles Wilson a été jusqu’à faire cette remarque ahurissante au président pakistanais Zia: « M. le président, en ce qui me concerne vous pouvez faire toutes les bombes que vous voulez ». Une part substantielle de cet argent servit à financer le réseau d’A.Q. Khan.[28]
Il fut un temps où les élites américaines rejetaient l’idée d’un Pakistan doté de l’arme nucléaire. Le docteur John Coleman, que certains pensent être un ancien agent du renseignement britannique, a prétendu que Kissinger avait menacé le président pakistanais Ali Bhutto lorsque ce dernier lui avait fait part de son intention d’élever son pays au rang de puissance nucléaire.[29] Le général Zia ul Haq, que Coleman décrit comme « un représentant du Council on Foreign Relations », fit cependant exécuter Bhutto en 1979.[30] En dépit de la mort de Bhutto, les efforts du Pakistan pour acquérir une « bombe islamique » se poursuivirent sous le président Zia, ce qui poussa Carter a annuler le programme d’aide économique et militaire au pays.[31]
Cette situation changea radicalement avec l’invasion soviétique de l’Afghanistan. L’étendard de l’anti-communisme fut une fois de plus brandi pour des raisons douteuses par des acteurs hypocrites. L’administration Carter passa un accord avec Zia, faisant du Pakistan une base opérationnelle pour les moudjahidines dans le but de faire barrage aux hordes soviétiques.[32] Une fois de plus, on envoya de l’argent en direction du Pakistan. Une part considérable de cette manne servit à financer les tentatives de Khan pour fabriquer une bombe nucléaire. Le Safari Club et la famille royale saoudienne jouèrent un rôle central dans cette affaire sordide:
Les mêmes dirigeants qui fondèrent le Safari Club – la famille royale saoudienne – financèrent et soutinrent la Banque de Développement Islamique. Créée en 1973, la BDI compte à présent 55 états membres, parmi lesquels l’Arabie Saoudite occupe une position dominante avec 27,33% du capital de la banque. À titre de comparaison, la contribution de l’Égypte au capital de la banque se monte à 9,48% et celle du Pakistan à 3,41%. D’énormes quantités d’argent furent envoyées au Pakistan, via le programme d’aide au développement économique et à la recherche scientifique, pour se retrouver dans les mains d’A.Q. Khan et de son désormais tristement célèbre syndicat de la bombe.[33]
L’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques permit au Safari Club de négocier un accord avec le Pakistan qui permettrait de faciliter l’émergence de la « bombe islamique ». Trento met en évidence les détails de ce pacte faustien:
Les services de renseignement pakistanais recevraient l’intégralité des fonds permettant de mener la guerre par procuration menée contre les soviétiques. Concrètement, des centaines de millions de dollars en provenance des États-Unis et de l’Arabie Saoudite seraient acheminés vers le Pakistan, sans aucun compte à rendre. Robert Crowley [l’agent de liaison entre la CIA et le monde des affaires] déclara: « Malheureusement, les pakistanais savaient exactement où devait aller leur part de cet argent ». Et cet argent est allé dans le programme d’armement nucléaire islamique, avec le soutien de l’Arabie Saoudite et l’accord des États-Unis.[34]
Au cours des années 90, ce programme d’armement nucléaire islamique parvint à la connaissance des douanes britanniques qui, par l’entremise d’un de leurs agents arabophones, commencèrent à enquêter sur l’organisation d’A.Q. Khan.[35] Les conclusions de cette enquête étaient relativement inquiétantes, avec la découverte que les États-Unis « n’avaient aucun intérêt à démanteler le réseau, qui avait été fonctionnel pendant des années ».[36] De plus, les britanniques ne furent pas les seuls à découvrir ces pratiques déconcertantes; les français en étaient arrivés aux mêmes conclusions:
Un cadre de haut niveau des services de renseignement français, qui a formulé le souhait que son nom ne soit pas cité ici, a déclaré que la mise sous le boisseau du réseau Khan par les américains et les pakistanais avait eu « un précédent important. Tout comme les États-Unis ont permis à Israël, sous la pression des saoudiens, de développer un arsenal nucléaire, les américains ont permis au Pakistan de devenir le mandataire de l’Arabie Saoudite pour devenir le premier état musulman à détenir l’arme atomique. Les saoudiens mirent l’argent sur la table et gardèrent les mains propres tandis que le Pakistan fabriquait la bombe dans le cadre supposé de sa politique de défense envers l’Inde à propos de la question du Cachemire [...] mais ni mon pays ni les britanniques ne reçurent de coopération lorsque nous découvrîmes des traces du réseau Khan dès les années 80. Les États-Unis ne voulaient pas discuter de cette question.[37]
Mais les États-Unis ne se contentèrent pas de simplement superviser le réseau Khan, ils le soutinrent activement:
Une source de haut niveau au sein du gouvernement britannique, qui désire garder l’anonymat, confirme que Khan dirigeait le réseau et que certains éléments du programme d’armement nucléaire provenaient des États-Unis. La fille de Khan étudiait en Angleterre, et à la fin des fax qui traitaient de ses besoins matériels pour poursuivre ses études, Khan écrivait parfois de sa propre main la liste des éléments dont il avait besoin pour le programme nucléaire.[38]
Sous l’égide de la coalition transnationale entre les élites saoudiennes et américaines, le réseau Khan allait devenir l’un des principaux fournisseurs de matériel militaire pour l’Iran, la Libye, la Malaisie et la Corée du Nord. Pour résumer, la prolifération nucléaire à laquelle nous avons assisté à la fin du XXème siècle et au début du XXIème siècle n’était pas accidentelle. Il s’agissait en fait d’un plan délibéré.
De nombreux lanceurs d’alerte sont tombés au cours de la croisade menée pour démanteler le réseau d’A.Q. Khan, leurs carrières ayant été brisées et leurs réputations salies. Richard Barlow, Sibel Edmonds, Atif Amin et Valerie Plame font partie de ceux qui sont tombés au combat. Un rapide survol du parcours de ces lanceurs d’alerte devrait suffire à donner une bonne idée de la détermination de l’establishment à protéger et à soutenir le réseau Khan.
En l’an 2000, Atif Amin, l’inspecteur en chef des douanes britanniques en charge de l’enquête ayant pour objectif de démanteler le réseau Khan, a découvert que les américains et les britanniques étaient complices de ce dernier.[39] Amin était l’inspecteur en chef de l’opération Akin, le nom de code donné à l’enquête des douanes britanniques sur l’implication de sociétés britanniques dans le réseau Khan.[40] Amin avait découvert « des preuves à Dubaï démontrant l’implication du réseau Khan dans le programme nucléaire libyen (sic) ».[41] Au lieu de permettre à l’opération Akin de mettre un terme au programme libyen et aux actions du réseau Khan, Amin reçut l’ordre de cesser ses investigations, et ce à la demande de la CIA et du MI6.[42]
Amin, au lieu d’être récompensé pour son travail, fut au contraire traité comme un « ennemi de l’état ». Le 5 décembre 2007, des membres de la Police Complaints Commission [ndt: l’équivalent britannique de l’inspection générale des services] et des enquêteurs du département de police de Hampshire pénétrèrent au domicile d’Amin pour y mener une perquisition. D’après les autorités, Amin avait transmis des rapports confidentiels des douanes aux journalistes d’investigation David Armstrong et Joseph Trento. Les journalistes s’étaient ensuite appuyés sur ces rapports pour rédiger leur livre America and the Islamic Bomb: The Deadly Compromise. Amin et l’opération Akin étaient les sujets principaux du livre, mais Armstrong soutient qu’Amin n’était pas la source de leurs informations.[43] Quoiqu’il en soit, les tentatives d’Amin pour empêcher Khan de distribuer du matériel entrant dans la fabrication de bombes atomiques à certains des régimes les plus dangereux de la planète ont fait de lui une cible pour l’un des gouvernements qui prétend protéger sa population contre la prolifération nucléaire.
L’histoire d’Amin est très proche de celle de Richard Barlow, un agent de la CIA en charge de la lutte contre la prolifération nucléaire. Barlow intégra la CIA en 1985 et apprit très rapidement que les responsables américains étaient au courant des activités du réseau Khan, et qu’ils ne faisaient rien pour y mettre un terme.[44] Comme si cela ne suffisait pas, Barlow découvrit que des responsables du département d’état américain allaient jusqu’à fournir un soutien matériel au réseau Khan. Ces mêmes responsables étaient également devenus les complices de Khan, en aidant les cibles d’opérations clandestines à échapper à leur arrestation. Les employés du département d’état avaient de surcroît violé la loi en accordant des licences d’exportation pour des produits interdits.[45]
Barlow prit la décision de s’opposer à ces pratiques. En 1987, l’agent de la CIA mit sur pieds une opération qui déboucha sur l’arrestation de membres du réseau Khan actifs sur le territoire américain. Ces arrestations « eurent lieu avec le soutien des plus hautes instances de la CIA et de l’administration Reagan ».[46]
L’opération menée par Barlow menaçait sérieusement le soutien occidental au réseau Khan. Ses agents avaient violé des dispositions de l’amendement Solarz, qui stipulait que si le Pakistan s’adonnait à des pratiques favorisant la prolifération nucléaire, l’aide américaine à son endroit cesserait aussitôt. Barlow fut auditionné par l’auteur de l’amendement Solarz, Stephen Solarz, et par le sous-comité sur les affaires asiatiques et pacifiques auquel il appartenait, et raconta tout ce qu’il savait.[47] Solarz n’était cependant pas un homme à qui il pouvait accorder sa confiance. Son nom a récemment été évoqué dans une affaire en lien avec l’American Turkish Council (ATC), une organisation parente de l’American Israel Public Affairs Committee.[48] L’ATC est notoirement utilisé comme couverture par l’Inter-Services Intelligence (ISI), l’agence de renseignement pakistanaise, parce que les turcs paraissent moins suspects que les pakistanais.[49]
Richard Barlow
Les révélations de Barlow étaient cependant trop explosives pour être ignorées. De nombreux membres du Congrès furent scandalisés en apprenant que le Pakistan violait la législation américaine sur les exportations, et ce avec le soutien de responsables américains et alors que la communauté du renseignement américaine était parfaitement au courant. L’incident obligea l’administration Reagan à mettre en œuvre l’amendement Solarz pour la première fois.[50] Pour la première et la dernière fois: Reagan fit aussitôt machine arrière et annula l’amendement en invoquant « une disposition de la loi concernant la sécurité nationale ».[51]
Barlow bénéficia du soutien de nombreux éléments courageux et honnêtes au sein du gouvernement. La direction du renseignement de la CIA et le personnel du département d’état opposés à la prolifération considéraient Barlow comme un héros qui avait placé leurs préoccupations sous les feux des projecteurs.[52] Mais son action contre le réseau Khan lui valut également de nombreux ennemis. Le Directoire des Opérations (DO) de la CIA était l’un d’entre eux.[53] Il faut se souvenir que les sponsors de Khan, le Safari Club, avaient aidé le DO à continuer ses opérations clandestines après que le Congrès eût coupé les cordons de la bourse. Barlow a déclaré que le DO « avait fait de ma vie un enfer et avait bouché mon horizon professionnel ». Cette pression poussa finalement Barlow à quitter la CIA.[54] Un coup sérieux venait d’être porté à la faction opposée à la prolifération au sein de la CIA.
La coopération des occidentaux avec le réseau Khan a aussi été dévoilée par l’une des lanceuses d’alerte les plus célèbres des États-Unis: l’ancienne traductrice du FBI Sibel Edmonds. Edmonds avait rejoint les rangs du FBI en 2001, neuf jours après les attaques du 11 septembre.[55] Elle y travailla à la section traduction du bureau de Washington, où elle écoutait des centaines de conversations téléphoniques interceptées par le FBI concernant des individus considérés comme des suspects potentiels par le bureau. L’un de ces suspects potentiels était Marc Grossman, ancien ambassadeur en Turquie et fonctionnaire à la retraite. Grossman fut la cible d’une enquête du FBI en 2001 et 2002, alors qu’il occupait le poste de numéro trois au département d’état en tant que sous-secrétaire d’état aux affaires politiques. D’après Edmonds, les enregistrements du FBI révélaient que Grossman avait averti un officiel de l’ambassade de Turquie que Brewster Jennings and Associates, une entreprise soi-disant spécialisée dans le commerce de plaques de cuivre, était en fait une couverture pour une unité de la CIA en charge de la lutte contre la prolifération.[56] Edmonds soutient qu’il s’agit d’un point particulièrement important, car les turcs « étaient souvent utilisés comme relais avec l’Inter-Services Intelligence (ISI), l’agence de renseignement pakistanaise, parce que les turcs paraissent moins suspects que les pakistanais ».[57] L’unité Brewster Jennings avait connu un certain succès en infiltrant le réseau Khan. L’avertissement donné par Grossman, qui revenait à donner un tuyau aux pakistanais, changea la donne. Philip Gilardi, un ancien officier de la CIA, explique clairement que l’opération avait été compromise: « nous devions dès lors considérer que l’information avait été transmise au réseau de prolifération nucléaire d’A.Q. Khan ».[58]
Sibel Edmonds
Valerie Plame, un agent de la CIA qui opérait également au sein de l’unité Brewster Jennings, avait vu sa couverture dévoilée par un article du défunt Robert Novak.[59] Mais lorsque vint le moment d’attribuer les responsabilités pour l’exposition de Plame, le nom de Grossman ne fut pas évoqué. Bien au contraire, il put terminer son mandat gouvernemental et fut ensuite nommé vice-président du Cohen Group, « fondé par le secrétaire à la défense de Clinton, William Cohen, où il perçoit un salaire annuel à sept chiffres, la majeure partie en qualité de représentant de la Turquie ».[60]
Dans le même temps, le patriotisme d’Edmonds fut remis en cause par une campagne d’intimidation qui mérite d’être décrite. Lorsqu’elle exprima ses inquiétudes à ses supérieurs, Edmonds fut menacée.[61] Le refus du FBI de prendre des mesures suite à ses avertissements conduisit Edmonds à contacter le département de la justice ainsi que deux sénateurs siégeant au comité sur les affaires judiciaires, Charles Grassley et Patrick Leahy. Le détecteur de mensonges du département de la justice révéla qu’Edmonds « ne cachait pas la vérité ». Deux semaines plus tard, Edmonds était licenciée du FBI, et son ordinateur personnel saisi à son domicile. La famille d’Edmonds qui résidait en Turquie n’était pas en sécurité elle non plus. Plusieurs membres de sa famille furent interrogés par la police, et menacés d’emprisonnement s’ils ne coopéraient pas. Les tentatives de l’avocat d’Edmonds pour obtenir des documents concernant son licenciement débouchèrent sur l’apposition de la mention « secret-défense » sur l’ensemble du dossier.[62] Edmonds n’a pas renoncé à faire éclater la vérité, et elle fait toujours l’objet d’une opposition féroce de la part de ceux qui ne souhaitent pas voir leurs méfaits exposés au grand jour.
Le déterminisme économique occupe une place prépondérante dans la pensée des chercheurs aussi bien alternatifs que mainstream. Cette perception faussée de la réalité pose que les acteurs du monde de la politique, de la finance et de l’ingénierie sociale sont exclusivement motivés par l’argent. On peut comprendre l’attrait exercé par cette vision des choses, sachant que de nombreux mystères sont résolus, et que de nombreuses conspirations sont dévoilées simplement en « suivant la piste de l’argent ». Les partisans de cette approche ne se rendent cependant pas compte que l’argent n’est qu’un moyen pour parvenir à ses fins. Il en résulte que les motivations plus profondes expliquant les événements du monde sont passées sous silence. C’est aussi malheureusement le cas en ce qui concerne les recherches portant sur le réseau Khan. De nombreuses personnes se sont certes remplies les poches grâce aux activités de prolifération nucléaire du réseau Khan. Mais les impacts politiques, sociaux et psychologiques de la prolifération nucléaire suggèrent néanmoins l’existence de raisons idéologiques plus profondes comme causes de l’aide apportée à des « états-voyous » et à des régimes fanatiques dans leurs tentatives d’obtenir l’arme la plus destructrice qui soit.
Ces raisons idéologiques profondes trouvent leur origine dans ce que le critique littéraire H. Bruce Franklin décrit comme un « culte de l’arme suprême », qui « a émergé comme un phénomène à part entière entre 1880 et ce que nous appelons à présent nonchalamment la Première Guerre mondiale, sous la forme de guerres du futur imaginées par des auteurs de fiction américains ».[63] Le terme « culte » tel qu’énoncé ici ne renvoie pas à une organisation cohérente ou à une institution formelle, mais à une obsession pour un concept, une idée ou un principe. Ici, cette obsession portait sur la notion d’un ordre mondial où l’obéissance des nations serait garantie par un monopole de la force létale. Le maintien de ce monopole reposait sur la possession exclusive de l’arme suprême.
Cette continuité de pensée trouva plusieurs adeptes au sein de l’élite dominante. L’idée d’un ordre mondial dont l’hégémonie était maintenue par un discours anxiogène se trouvait au centre de cette vision utopique portée par cette frange à la fois sinistre et étrange de l’oligarchie. Confrontés à une possible annihilation par l’arme suprême, les peuples du monde pourraient être incités à opter pour un système de gouvernance globale oppressif et anti-démocratique comme une alternative à leur extinction.
La forme de gouvernement global promue par les membres de ce culte oscillait alternativement entre un modèle unilatéral (i.e. pax americana) et un modèle multilatéral (i.e. pax universalis). Ce dernier modèle sera appelé par euphémisme « nouvel ordre mondial », et imposerait la subordination de l’ensemble des états-nations à une entité supranationale omnipotente. Le modèle unilatéral sera quant à lui défini par le terme d’« empire », avec l’Amérique qui maintiendrait sa suprématie grâce au monopole qu’elle exercerait sur la possession de l’arme suprême. Les premières fictions nucléaires américaines tournaient autour de ce dernier modèle. Il pouvait certes exister des frictions entre les tenants de chacun de ces modèles, mais les points communs entre les opposants faisaient que ces disputes ne pouvaient être que superficielles. Quel que soit le modèle qui finirait par prévaloir, le résultat serait le même: un totalitarisme global.
Qu’un sous-genre littéraire puisse inspirer de futurs projets de chantage nucléaire en dit long sur le pouvoir normatif de la fiction. Des auteurs animés par des idéologies douteuses ont souvent utilisé ce pouvoir normatif pour mettre en avant des projets radicaux. La propagation de la fiction normative au sein de la population permet de lui suggérer l’apparition d’événements à venir. Ceux qui auront été convaincus du caractère inévitable de ces événements futurs vont soit les accepter passivement, soit agir concrètement pour les mettre en œuvre. Ainsi, lorsque le futur se déroule comme prévu, il adopte le caractère paradigmatique de la fiction qui l’avait prédit. Michael Hoffman définit la programmation prédictive comme suit: « la programmation prédictive se fonde sur la propagation de l’illusion d’une vision systématiquement infaillible du monde futur ».[64]
Ce concept de programmation prédictive risque cependant de tomber dans le discrédit, ce à cause de pseudo-chercheurs irresponsables comme Alan Watt. Le problème vient des critères ridiculement élastiques utilisés par certains pour faire entrer divers livres, films ou séries télévisées dans la catégorie de la « programmation prédictive ». On pourrait soudain classer dans la catégorie de la « programmation prédictive » tout ce qui va d’un épisode inoffensif de L’île aux naufragés jusqu’à un simple panneau de vente de voitures. De plus, ceux qui utilisent ce terme de « programmation prédictive » à tort et à travers ne fournissent aucune preuve convaincante d’un lien quelconque entre le récit narratif et les événements qui se déroulent effectivement. Cette attitude irresponsable a malheureusement pour effet de reléguer le concept de programmation prédictive dans la catégorie des délires paranoïaques.
On peut néanmoins difficilement nier que certains films, programmes télévisés et livres ont joué un rôle normatif sur la culture dominante. Les œuvres de science-fiction ont notamment eu un impact important sur le public. Il ne s’agit pas là d’une méthode de lavage de cerveau particulièrement complexe. Le caractère normatif de la science-fiction ne pousse en effet pas « les gens à se comporter d’une façon inhabituelle ».[65] Cette manière d’envisager la science-fiction engendre en général « soit une justification tacite de la propagande, soit une justification explicite de la censure ».[66] C’est cependant par la présentation de potentialités diverses que le pouvoir normatif de la science-fiction se montre le plus efficace. Voici ce qu’en dit Martha A. Bartter:
La fiction peut offrir des possibilités d’actions à un grand nombre de personnes, de telle façon qu’elles peuvent percevoir clairement les choix possibles et les différentes sanctions socio-culturelles attachées à ces choix. Le simple fait d’envisager différents modes d’action altère irrévocablement les hypothèses sur lesquelles se fondent nos actes (dans le sens où agir et choisir de ne pas agir doivent être considérés comme des actes); la fiction peut donc véritablement mettre le statu quo en péril. Les censeurs ont raison – mais pas pour les bonnes raisons.[67]
Lorsque les possibilités présentées par la fiction normative reçoivent un écho favorable d’un point de vue socio-culturel, elles peuvent alors modifier le statu quo et donner naissance à de nouveaux paradigmes culturels. Des scénarios hypothétiques possédant une nature normative peuvent remettre en cause les présupposés de la culture actuelle. Bien entendu, si l’on remet en cause la Weltanschauung [ndt: vision du monde] dominante, il convient de présenter une alternative viable. Dans cette optique, la fiction peut présenter des valeurs, des principes, des philosophies et des Weltanschauung alternatifs, et assume dès lors un caractère normatif.
Mais il y a également une « ambiguïté inhérente » à la fiction normative. Bien qu’elle remette en cause le statu quo, la fiction normative renforce simultanément certaines valeurs du paradigme dominant. Cela peut sembler paradoxal, mais la fiction normative combine le conformisme et la contestation pour créer un puissant mélange socio-culturel. Bartter développe:
D’un côté, chaque fiction est issue d’une époque et d’un lieu particuliers; elle énonce à ses lecteurs/auditeurs un consensus tacite eu égard aux normes culturelles. D’un autre côté, elle peut en même temps présenter à son public des possibilités qu’il ignorait auparavant ou qu’il n’avait pas considérées, et donner corps à ces possibilités par le truchement de l’intrigue, des personnages, de la mise en scène etc. Grâce à une « suspension volontaire de l’incrédulité », les lecteurs mènent une gedankenexperimente socio-culturelle: ils évaluent dans quelle mesure ces idées pourraient fonctionner dans le monde réel et quels effets elles seraient susceptibles d’y produire, et ils envisagent la possibilité d’un nouveau consensus.[68]
Gedankenexperimente est le terme allemand pour « expérience de pensée ». La gedankenexperimente implique la réalisation concrète de scénarios hypothétiques dans l’espoir de remodeler le réel et de créer un « nouveau consensus ». Des idées sont testées, les présupposés culturels actuels sont remis en cause, et de nouveaux paradigmes culturels peuvent ainsi émerger. Le monde réel devient alors un miroir du monde fictif. Les hypothèses a priori de la science-fiction deviennent les préceptes de facto de la culture elle-même. En un sens, la fiction devient un précurseur des faits.
John W. Campbell, le fameux éditeur et auteur de science-fiction, suggéra que ce genre littéraire représentait « une opportunité sans précédent pour mener des expériences de pensée socio-culturelles ».[69] En tant que telles, certaines œuvres de science-fiction peuvent inspirer des modifications majeures dans la société et l’environnement culturel. Les prémisses techno-utopiques de la majorité des œuvres de science-fiction peuvent apparaître quelque peu inquiétants, surtout lorsque l’on considère les résultats produits par la plupart des utopies socio-politiques comme le communisme, le fascisme et d’autres formes de socialisme. On peut être certain que les tenants de l’utopie technologique soutiendront qu’un progrès technique sans entrave permettra de favoriser le progrès social. Des théoriciens comme Theodor Adorno ont pourtant correctement identifié le décalage entre progrès technique et progrès social, en citant l’Allemagne nazie comme principal exemple. Plusieurs auteurs de science-fiction insèrent malgré tout des préceptes de type techno-utopique dans leurs récits. Ces graines normatives peuvent trouver un sol fertile dans l’esprit de leurs lecteurs ayant déjà sauté le pas de la « suspension volontaire de l’incrédulité ». Une fois parvenu à ce point, la gedankenexperimente socio-culturelle de type techno-utopique peut alors commencer à germer. En fait, de nombreuses expériences de pensée de ce type ont déjà eu lieu, comme le démontre la secte scientiste de la scientologie.
La gedankenexperimente socio-culturelle ayant eu le plus d’impact sur l’humanité est sans doute le Manhattan Project. Il est possible d’établir un lien entre l’icône de la science-fiction, H.G. Wells en personne, et la naissance de la guerre nucléaire. Leó Szilárd, un physicien américano-hongrois qui inventa le concept de réaction en chaîne nucléaire et qui travailla sur le Manhattan Project, avait lu La destruction libératrice.[70] C’est dans cette nouvelle que H.G. Wells inventa le terme de « bombe atomique ».[71] Bartter écrit que: « concrètement, Wells a fondé le Manhattan Project par l’intermédiaire de Szilárd ».[72] En fait, la nouvelle de Wells a même inspiré la structure organisationnelle hautement compartimentée du projet, cette structure donnant elle-même naissance à un milieu marqué par le culte du secret. Bartter explique:
L’un de ses (le Manhattan Project) aspects les plus importants était l’application à la recherche scientifique de techniques propres au travail à la chaîne. En séparant les scientifiques en équipes, chacune travaillant sur une petite portion de la recherche, il était possible d’imposer un haut niveau de secret dans une discipline dont le credo officiel est l’échange d’informations.
De nombreux jeunes scientifiques souhaitaient rejoindre le projet parce qu’ils y auraient la possibilité de faire de la recherche de pointe tout en servant leur pays. Peu d’entre eux remirent en cause ce culte du secret; ils étaient encore moins nombreux à penser qu’ils auraient les compétences pour dire de quelle façon leur travail devrait être utilisé. Que ces suppositions puissent sembler quelque peu contradictoires ne les rendaient pas moins puissantes, ni moins conscientes. Les scientifiques eux-mêmes lisent de la science-fiction; beaucoup ont admis publiquement que ce sont ces lectures qui les ont amenés à choisir cette carrière. La science-fiction suppose tacitement que le rôle du scientifique inclut également celui d’alchimiste; il semble que certains scientifiques du Manhattan Project aient été influencés par ces suppositions.[73]
Leó Szilárd
Il est intéressant de noter que l’invention d’une arme qui allait changer à tout jamais la nature de la guerre ait été inspirée par un homme tel que Wells. En considérant son héritage idéologique et son pedigree élitiste, on comprend les raisons qui ont poussé Wells à encourager l’introduction d’une arme suprême qui devait plonger les relations internationales traditionnelles dans une crise ontologique et épistémologique. Une analyse rapide du c.v. de Wells révèle ses motivations pour promouvoir cette angoisse vis à vis du nucléaire, angoisse qui allait engendrer le discours politique fondé sur la peur qui allait sous-tendre la Guerre Froide.
Wells entretenait des relations avec des organisations pour le moins douteuses. L’une d’entre elles était le Coefficients Club. Fondée par Sidney et Beatrice Webb, des socialistes fabiens, cette organisation britannique rassemblait certains des principaux analystes et critiques sociaux pour débattre de l’orientation que devait prendre l’empire britannique.[74] Le Club soutenait en substance l’idée d’un État-Monde, mais avec un gouvernement global initié et dominé par la Grande-Bretagne (i.e. une pax britannica). Wells décrit cette vision globaliste dans Experiments in Autobiography:
L’empire britannique [...] se devait d’être le précurseur d’un état mondial ou rien. [...] Les allemands et les autrichiens pouvaient se permettre de se maintenir repliés dans leur Zollverein (bloc commercial et douanier) de par leur position au cœur de l’Europe. Mais l’empire britannique était ouvert sur le monde. Il n’avait pas d’unité économique naturelle, et il lui était impossible de maintenir une unité économique artificielle. Son unité fondamentale doit être une unité fondée sur de grandes idées incarnées dans la langue et la littérature anglaises.[75]
L’un des membres du Club n’était autre que Bertrand Russell, le socialiste qui militait pour le contrôle des populations. D’après Russell, plusieurs membres entretenaient une véritable obsession pour la guerre:
[...] en 1902, je fis mon entrée dans un petit club nommé Coefficients, fondé par Sydney Webb dans le but d’envisager les questions politiques dans une optique plus ou moins impérialiste. C’est dans ce club que je rencontrai pour la première fois H.G. Wells, dont je n’avais alors jamais entendu parler. Ses opinions étaient plus proches des miennes que celles des autres membres. En fait, la plupart des membres me choquèrent profondément. Je me rappelle des yeux d’Amery qui brillaient d’une folie meurtrière à l’idée d’une guerre avec l’Amérique pour laquelle, disait-il avec exaltation, il faudrait armer l’ensemble des hommes adultes. Un soir, Sir Edward Grey (qui n’était pas encore ministre) prononça un discours où il soutenait la politique de l’Entente, qui n’avait pas encore été adoptée par le gouvernement. J’exprimai avec force mon opposition à cette politique, en soulignant la probabilité qu’elle nous mène à la guerre. Mais personne n’était d’accord avec moi, alors je démissionnai du Club. On notera que mon opposition à la guerre débuta dès les tous premiers instants.[76]
Même en tenant compte de son profil de militant radical, les réticences de Russell vis à vis du Coefficients Club n’étaient pas sans fondement. Un de ses membres, Leopold Maxse, a constamment soutenu une attitude belliqueuse envers l’Allemagne:
Maxse était anti-allemand dans la période précédant la guerre et soutenait que la victoire de 1918 offrait aux alliés une opportunité unique de détruire la puissance allemande. Il considéra le traité de Versailles comme inefficace au regard de cet objectif et critiqua les politiciens alliés, en particulier Lloyd George, pour avoir cédé à la pression du président Wilson qui ne souhaitait pas que le traité fût trop contraignant.[77]
Cette attirance pour la guerre avait bien entendu séduit Wells, dont les écrits dénotaient une forte inclination pour des thèmes proches du militarisme darwinien. Richard Weikart décrit la Weltanschauung d’un militariste darwinien:
Les militaristes darwiniens pensaient que les lois biologiques universelles avaient décrété que la guerre était inévitable. Les humains, pas plus que les autres espèces animales, ne pouvaient choisir de se soustraire à la lutte pour l’existence puisque – comme Darwin l’avait expliqué en se fondant sur sa lecture de Malthus – la population s’accroît plus rapidement que la production de nourriture. La guerre était donc un élément naturel et nécessaire de la compétition humaine qui sélectionne le « plus apte » et conduit à l’adaptation biologique ou – comme certains préfèrent le penser – au progrès. Les darwinistes sociaux allemands n’étaient pas les seuls à expliquer que la guerre était une facette naturelle et inévitable de la lutte pour l’existence; les darwinistes sociaux anglo-américains étaient sur la même ligne. Le fameux sociologue américain William Graham Sumner, l’un des darwinistes sociaux les plus influents de la fin du dix-neuvième siècle, déclarait que « c’est la compétition [darwinienne] pour la vie [...] qui est à l’origine de la guerre, ce qui explique que la guerre a toujours existé et existera toujours ».[78]
Sachant que le militarisme darwinien reposait en grande partie sur les « recherches » statistiques de Malthus, on peut trouver assez ironique que le bellicisme du Coefficients ait pu déranger un malthusien comme Russell. Après tout, Malthus envisageait la guerre comme un outil nécessaire pour réguler la croissance de la population. Les préoccupations troublantes de Russell pour le contrôle de la population s’accordaient en fait relativement bien avec un discours prônant la guerre perpétuelle. Ces idées bellicistes ont néanmoins constitué un point de rupture entre Russell et le Coefficients.
Les réticences de Russell étaient cependant compréhensibles. En décrivant la guerre comme une conséquence inéluctable du développement humain, le militarisme darwinien a condamné l’espèce humaine au conflit perpétuel. De plus, voici comment le militarisme darwinien tente d’expliquer sa vénération nietzschéenne pour la guerre, ainsi que le rejet de toute responsabilité morale:
En prétendant que la guerre est un déterminisme biologique, les militaristes darwiniens ont exclu la possibilité d’appliquer des considérations morales au champ de la guerre. Ils envisagent la guerre, non comme la conséquence du libre arbitre et des choix humains, mais comme un processus biologique. Il devient alors inutile de critiquer des individus ou des nations qui font la guerre, puisqu’ils se contentent de suivre aveuglément quelque loi naturelle. L’opposition à la guerre et au militarisme devient alors futile. Les militaristes darwiniens se moquent d’ailleurs fréquemment des pacifistes incapables de comprendre des principes scientifiques basiques.[79]
Cette vision militariste du monde n’était au fond que la conséquence logique du darwinisme, qui a constamment décrit la vie comme une lutte pour l’existence. Wells était parfaitement au courant de cette Weltanschauung sanguinaire propre au darwinisme. Alors que sa carrière d’auteur en était encore à ses balbutiements, celui qui écrivait alors des « romances scientifiques » était étudiant à la Normal School of Science de South Kensington, avec comme professeur l’apologiste en chef de Darwin, Thomas Henry Huxley [ndt: le grand-père d’Aldous Huxley]. Dans Dope, Inc., les collaborateurs du dissident politique Lyndon Larouche identifient Huxley comme « l’un des fondateurs du groupe Round Table de Cecil Rhodes et un partenaire de longue date d’Arnold Toynbee ».[80] Toynbee avait développé une théorie sur le maintien de l’oligarchie globale. Après avoir souligné le déclin inexorable des grands empires du passé – l’empire romain, l’Égypte pharaonique, etc. – Toynbee soutint que les empires pourraient se maintenir indéfiniment si une prêtrise dévouée aux intérêts de l’oligarchie était instituée.[81] Les British Round Table Groups représentaient la réalisation concrète de cette injonction.
Les groupes Round Table seront à l’origine de la création du Royal Institute for International Affairs, qui fondera une branche américaine connue sous le nom de Council on Foreign Relations. Le CFR exerce une influence énorme sur la politique étrangère américaine, et plusieurs de ses membres œuvrent inlassablement à l’intégration des États-Unis dans un gouvernement mondial totalitaire socialiste. Les références à cette vision globaliste, ainsi que sa promotion, sont omniprésentes dans l’œuvre de Wells. Cette vision peut être décrite comme une extrapolation spéculative de la théorie de l’évolution appliquée à « des entités socio-politiques telles que les nations et les grandes entreprises ».[82] La cause première du globalisme peut ainsi être qualifiée de « darwinisme socio-politique ».[83] En faisant la promotion de la gouvernance globale, Wells se contentait finalement d’être cohérent avec sa vision du monde strictement darwinienne.
On trouve des indices montrant le penchant de Wells pour le darwinisme socio-politique dans la totalité de ses romans de science-fiction. Par exemple, dans H.G. Wells and the Culminating Ape; Biological Themes and Imaginative Obsessions, le critique littéraire Peter Kemp qualifie La machine à explorer le temps de « mélange entre Marx et Darwin ».[84] Sans surprise, La machine à explorer le temps nous présente un futur dans lequel une race indolente et ignorante, les Éloïs, s’épanouit dans une société pastorale de type communiste. S’agissant d’un socialisme de type agraire, on pourrait établir un lien avec le maoïsme et les khmers rouges. Mais l’existence utopique des Éloïs a un prix: ils sont les victimes d’un système de prédation dirigé par les Morlocks. Dans La machine à explorer le temps, Wells divise l’humanité en deux races différentes: les éleveurs et le bétail. Pour Wells, l’immense majorité de l’humanité était semblable aux Éloïs, un troupeau qu’il convenait de réguler par l’abattage sélectif. Seule une race d’hommes ne s’encombrant pas d’une compassion superflue pourrait mener à bien cette tâche certes déplaisante, mais néanmoins nécessaire. Tout comme les Morlocks, ces hommes seront considérés comme des monstres par le commun des mortels. Mais Wells considérait néanmoins que son État-Monde hypothétique, qu’il appelait parfois « Nouvelle République », devait être dominé par des hommes de cette trempe:
Les hommes de la Nouvelle République ne seront pas plus dégoûtés lorsqu’ils auront à faire face à la mort ou à l’infliger, parce qu’ils auront un sens plus aigu que le notre des possibilités offertes par la vie. L’acte de tuer en vaudra la peine, car ils auront un idéal; tout comme Abraham, ils auront la foi nécessaire pour tuer, et ils n’auront pas une attitude superstitieuse face à la mort. Ils envisageront naturellement le suicide des personnes incurablement mélancoliques, malades ou sans défense comme un acte courageux et élevé, comme un acte de devoir plutôt que comme un crime.[85]
H.G. Wells
D’autres œuvres de science-fiction de Wells soulignent son penchant pour le darwinisme militaire. Par exemple, La Guerre des Mondes décrit la guerre interplanétaire comme une extension macrocosmique de la sélection naturelle.[86] Ce thème finira par se généraliser dans l’ensemble du genre de la science-fiction:
La science-fiction est quasiment impossible à définir; ses lecteurs s’imaginent tous savoir ce que c’est, mais pourtant aucune définition ne saurait recouvrir l’ensemble de ses aspects. Je pense que l’évolution, telle que présentée par Wells, c’est à dire une forme de mutation résultant de la confrontation entre l’homme et des espèces différentes, est l’un des thèmes majeurs de la science-fiction moderne.[87]
Cette observation apporte un éclairage sur le cadre dialectique constitutif de la théorie de l’évolution. L’organisme (thèse) entre en conflit avec la nature (antithèse), ce qui génère une nouvelle espèce améliorée (synthèse), le point culminant du processus évolutionniste.[88] Bien entendu, dans un monde de ce type où le conflit est permanent, la violence et le carnage sont essentiels à la bonne marche du progrès. Ainsi, la théorie de Darwin « a renforcé la notion hégélienne selon laquelle la civilisation humaine s’est élevée progressivement après des débuts brutaux ».[89]
Il est intéressant de rappeler qu’à cette époque Leopold Maxse, l’un des associés de Wells au Coefficients Club, brûlait du désir d’en découdre avec l’Allemagne. Il est aussi intéressant de noter que Wells avait prédit la montée en puissance de l’Allemagne nazie et la Seconde Guerre mondiale dans The Shape of Things to Come. Le fait que Wells ait pu « prédire » tout ceci laisse à penser qu’il était au fait de certains plans. Ces plans pourraient avoir circulé au sein de groupes de pensée élitistes de l’époque, comme le Coefficients Club. Quoi qu’il en soit, il est certain que la Seconde Guerre mondiale s’est parfaitement synchronisée avec la Weltanschauung de Wells et de ses collègues militaristes darwiniens.
On sait que la Seconde Guerre mondiale a connu un final explosif avec le largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. L’avènement du conflit nucléaire plongea le monde dans la manipulation dialectique de la Guerre Froide. La politique d’endiguement mise en place par l’administration Truman fit que la menace communiste fut maintenue en tant qu’élément de stabilité. Cette politique fut reconduite à l’occasion des guerres de Corée et du Vietnam, qui furent volontairement menées de façon absurde pour permettre la perpétuation de la dialectique Est-Ouest. La période de la fin des années 60 fut celle de la détente, qui vit un apaisement des tensions entre les États-Unis et l’Union Soviétique. Mais les relations américano-soviétiques se dégradèrent à la fin des années 70 et durant les années 80; la métastase que représentait « l’empire du mal » était alors une source d’angoisse majeure.
C’est dans ce climat dialectique que la perspective d’une annihilation nucléaire était constamment mise en avant comme un argument imparable pour démanteler le système des états-nations et établir un gouvernement mondial. Un gouvernement global de ce type cadrerait parfaitement avec les affirmations à caractère normatif qui forment le cœur de la nouvelle de Wells, The Shape of Things to Come: « l’existence d’états souverains indépendants EST la guerre, rouge ou blanche, et si le monde n’a pas su percevoir cette vérité élémentaire, c’est qu’il a été aveuglé par une mauvaise éducation mise en place délibérément. »
On a probablement là le véritable motif qui a poussé Wells à encourager la création de la première arme suprême. Le combat pour l’unification politique du monde reposait en grande partie sur la peur, et rien n’avait causé une si grande frayeur que la possibilité d’un conflit nucléaire. Des écrivains de premier plan ont, pendant des décennies, dressé une corrélation sans fondement entre la guerre et l’état-nation. Des universitaires, des journalistes et des politiciens ont ensuite publiquement repris cette corrélation ad nauseam. C’est ainsi que lorsque le spectre de la guerre nucléaire a montré son visage hideux, c’est l’état-nation qui fut désigné comme responsable de son apparition, une affirmation mise en avant dans La destruction libératrice. Le roman de Wells débute par une attaque aérienne qui détruit le centre de contrôle militaire de l’Angleterre et de la France. En représailles, un « aviateur assez jeune et brutal, avec une tête en forme de balle de pistolet » largue une bombe atomique sur Berlin. Cette conflagration est le prélude à un conflit global de grande ampleur:
Car le monde entier allait bientôt être plongé dans une monstrueuse phase de destruction. Toutes les puissances du globe cherchaient à prévenir une attaque en passant à l’offensive. Elles entrèrent en guerre sous l’influence d’une panique délirante, avec comme objectif de frapper en premier. La Chine et le Japon avaient lancé une offensive contre la Russie et détruit Moscou, les États-Unis avaient attaqué le Japon, l’Inde était en pleine insurrection anarchiste, et Delhi était devenu un puits en feu qui crachait des flammes de mort; le redoutable roi des Balkans avait décrété la mobilisation générale. Tout un chacun avait enfin clairement compris que le monde se précipitait la tête la première dans l’anarchie la plus complète. Au printemps 1959, le feu pourpre inextinguible des bombes nucléaires rugissait dans près de deux cents foyers, et ce nombre augmentait chaque semaine, la fragile structure du crédit monétaire mondial s’était effondrée, l’industrie était complètement désorganisée et chaque ville, chaque zone à forte densité de population, était soit en proie à la famine, soit tremblante de peur à l’idée de la famine. La plupart des capitales du monde étaient en flammes; des millions de personnes avaient déjà péri, et de vastes portions de territoire étaient désormais dépourvues de gouvernement. Un contemporain avait comparé l’humanité à un dormeur qui manipule des allumettes dans son sommeil, et qui trouve son lit en feu à son réveil.
Couverture de La destruction libératrice
Après avoir qualifié avec dédain les participants à ce conflit « de simple secte guerrière », Wells nous soumet cette affirmation à caractère normatif selon laquelle « en raison du développement de la connaissance scientifique, l’existence des états souverains indépendants et des empires souverains indépendants n’est plus possible en ce monde ». De plus, Wells avance que « tenter de maintenir l’ancien système revient pour l’humanité à passer d’un désastre à un autre, et peut-être à l’extinction complète de notre espèce ». Wells propose alors comme solution supposée « la proclamation de la fin de la guerre et l’instauration d’un gouvernement mondial »:
La catastrophe causée par les bombes atomiques ne se contenta pas de pousser les hommes à quitter leurs villes, ni d’anéantir leurs relations économiques et commerciales, elle les contraignit également à abandonner leurs anciens modes de pensée, ainsi que leurs croyances et préjugés désuets hérités du passé. Pour emprunter un terme propre à la chimie, les hommes étaient à l’état natif; ils étaient libérés des chaînes du passé; ils étaient désormais prêts à vivre de nouvelles expériences, pour le meilleur et pour le pire. Et le Conseil se chargea de les concrétiser; on peut supposer que si ses bombes avaient atteint leur objectif, le roi Ferdinand Charles aurait fait en sorte que l’humanité se retrouve à nouveau enchaînée et soumise à des maux sans fin. Mais le choc moral provoqué par les bombes atomiques avait été si profond que la part de ruse qui demeure en l’animal humain avait été supplantée par la compréhension sincère que la reconstruction était une nécessité vitale. Les tendances à la dispute et au commerce s’effacèrent toutes deux, effrayées par leurs propres conséquences; confrontés à ce désir inhabituel de réaliser concrètement de hautes aspirations, les hommes y réfléchissaient désormais à deux fois avant de chercher à retirer des avantages mesquins de leurs travaux. Et lorsque l’herbe commença enfin à repousser et que des revendications commencèrent à germer, elles le firent sur le sol de pierre des cours de justice reformées, en se fondant sur des lois tournées vers l’avenir, non vers le passé, et sous le soleil éclatant d’un monde nouveau. Une nouvelle littérature, une nouvelle interprétation du passé accédaient à l’existence, les écoles inculquaient un nouvel enseignement, prodiguant une foi nouvelle à la jeunesse.
Les graines semées par l’imagination de Wells finirent par germer dans l’esprit de Leó Szilárd, le résultat en étant la gedankenexperimente socio-culturelle du Manhattan Project:
Le physicien Leó Szilárd lut le roman La destruction libératrice en 1932, plusieurs années après sa première publication, et admit dans ses mémoires qu’il lui avait donné l’idée de la bombe atomique. Lorsqu’en 1932 Szilárd entendit parler des travaux d’Otto Hahn à Berlin sur la fission de l’uranium, il réalisa que la construction d’une telle arme devenait possible. « Tout ce que Wells avait prédit m’apparaissait soudain comme une réalité ». Il fit part de ses réflexions à son vieil ami et collègue Albert Einstein, qui signa et envoya une lettre à ce sujet (dont la majeure partie fut en fait rédigée par Szilárd) au président Roosevelt. Ce dernier autorisa peu après la création d’un « comité consultatif sur l’uranium » pour étudier leurs idées. Les travaux de ce comité aboutirent à la création du Manhattan Project et des bombes atomiques, ces mêmes bombes atomiques qui allaient mettre un terme à la Seconde Guerre mondiale, et engendrer une lutte globale pour l’acquisition d’un arsenal nucléaire; cette lutte se poursuit de nos jours et pourrait aboutir à la destruction de la civilisation. S’il reste des survivants, ils auront toutes les raisons de tenir H.G. Wells comme principal responsable.[90]
À vrai dire, Wells pourrait être tenu responsable pour toute guerre nucléaire future. Wells ne fut pas seulement à l’origine de la guerre nucléaire, il est aussi l’un des principaux propagandiste de la tyrannie globale qui se cache derrière l’euphémisme de « nouvel ordre mondial ». La destruction libératrice a mis en place une rhétorique de la peur. Cette rhétorique a consolidé l’autorité des états profonds promouvant la sécurité nationale, à la fois en Russie et en Amérique, ce qui augmentait les chances de voir ces deux puissances réaliser un jour une synthèse hégélienne. La peur de l’annihilation par le nucléaire avait ainsi poussé le monde à accepter un peu plus cette configuration sociale totalitaire. Il s’agissait là en vérité d’un chantage au nucléaire.
Les idées dangereuses ont rarement besoin d’aide pour assurer leur propagation dans les esprits, et les fictions nucléaires de Wells ne dérogent pas à la règle. Ces histoires d’armes de destruction massive ouvrant la voie au gouvernement mondial ont inspiré de nombreux auteurs de science-fiction qui reprirent des idées popularisées par Wells.
Les œuvres de fiction centrées sur les armes nucléaires ont eu une influence profonde sur la pensée de Harry Truman, ce qui n’est pas anodin sachant qu’il s’agit de l’homme qui a donné l’ordre de larguer deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. D’après H. Bruce Franklin, la décision prise par Truman a été « influencée par sa croyance dans le fait que cette démonstration de la puissance de l’arme suprême ultime pourrait réellement mettre un terme à la guerre ».[91] Quelles sont les causes qui ont poussé Truman à faire usage de ce qui constitue le feu prométhéen de la science? Son initiation dans le culte de l’arme suprême a très probablement eu lieu à l’occasion de sa lecture du magazine McClure’s. Alors qu’il était encore un jeune fermier du Missouri, Truman s’abonna à ce magazine dont il dévorait chaque histoire avec avidité; parmi celles-ci se trouvaient des contes de guerres globales et d’armes suprêmes qui se terminaient par une paix et une unification mises en place par un gouvernement mondial.[92] Truman a même écrit sur sa passion pour McClure’s dans une lettre envoyée à sa petite amie Bess en 1913: « je crois que je vais devoir renouveler mon abonnement à McClure’s pour ne pas rater un numéro ».[93]
En 1910, une nouvelle intitulée The Unparalleled Invasion parut dans les pages de McClure’s.[94] Écrite par l’anglophile délirant Jack London, l’histoire prédit un monde où des hordes de chinois hostiles entament une campagne pour dominer le monde en 1975.[95] Le salut vient sous la forme d’une arme suprême conçue par un scientifique américain. Bien qu’il s’agisse, dans la nouvelle de London, d’une arme biologique, ses effets sont comparables à ceux d’une bombe atomique. La totalité de la population chinoise est contaminée par « des bactéries, et des germes, et des microbes, et des bacilles concoctés dans les laboratoires occidentaux ».[96] Ce puissant cocktail est délivré par des missiles tirés par des avions américains. Le résultat final est un génocide. Après l’attaque, les très rares survivants sont rapidement exécutés.[97]
Les histoires d’armes suprêmes qui ont influencé la génération de Truman se finissaient presque invariablement par l’extermination d’une population noire, rouge ou jaune,[98] un peu comme si l’arme suprême possédait une composante ethnique. Le terrifiant « péril jaune » était la menace la plus souvent mise en avant, et d’après Franklin, cette littérature anti-asiatique était « particulièrement féroce ».[99] Ce n’est pas surprenant. Comme l’écrit Gene Wolfe dans l’introduction de Brave New Words: The Oxford Dictionary of Science Fiction: « la science-fiction se développe dans le monde anglo-américain ».[100] Il semble que les américains ont été conditionnés pour détruire les adversaires des élites occidentales dans le grand jeu pour l’hégémonie mondiale.
Durant l’année où parut la nouvelle de London dans McClure’s, Truman tomba sur une version antérieure de ce conte, décrivant « des avions combattant au cours de la terrible guerre finale qui devait mettre un terme à toutes les guerres et consacrer l’avènement d’un monde unifié et prospère ». Cette histoire, un poème de science-fiction titré Locksley Hall et rédigé par Tennyson, a fortement influencé le jeune fermier impressionnable du Missouri. En fait, Truman fut si ému par ce poème qu’il en recopia dix lignes qu’il plaça dans son portefeuille. Ces dix lignes ne quittèrent pas Truman au cours des trente-cinq années qui suivirent. Elles firent une apparition publique alors que Truman, désormais président, se rendait à la conférence historique de Potsdam, qui devait définir l’ordre mondial de l’après-guerre. Au cours du voyage, Truman extirpa un bout de papier déchiré de son portefeuille et récita devant un reporter les dix lignes qu’il avait recopiées dans sa jeunesse.[101] En voici en extrait:
Les tambours de guerre cessèrent de rouler, et les étendards de bataille furent rangés au Parlement des hommes, la Fédération du monde.[102]
Il est évident que Truman espérait que la conférence de Potsdam accouche d’un gouvernement mondial, et qu’il croyait que les États-Unis posséderaient bientôt une arme capable d’obliger les autres nations à accepter le modèle d’ordre mondial qu’il désirait voir advenir.
Harry Truman
Truman semble avoir suivi le scénario d’une histoire de Roy Norton parue en 1907 et intitulée The Vanishing Fleet. Cette histoire, parue en plusieurs épisode dans l’Associated Sunday Magazines, décrit une attaque-surprise des japonais qui offre des similitudes troublantes avec l’attaque contre Pearl Habor qui eut lieu 34 ans plus tard. Les japonais délivrent un coup très dur, mais l’ingéniosité américaine, comme c’est souvent le cas dans les fictions sur le nucléaire, parvient à retourner la situation lorsque des scientifiques américains invente les armes ultimes, qui fonctionnent grâce à la radioactivité. Ces armes, une flotte d’ « avions-radioactifs », sont « capables de détruire l’intégralité de la flotte navale ennemie ».[103]
Dans l’histoire de Norton, le président américain sait parfaitement que les japonais risqueraient de capituler s’ils apprenaient l’existence de cette nouvelle arme. Mais il pense que cette arme ne devra être utilisée qu’à une seule reprise pour convaincre le reste du monde que la guerre devra désormais appartenir au passé. Animés par leur désir de vengeance nucléaire, les avions-radioactifs livrent « la dernière grande bataille de l’histoire », qui s’achève par une victoire américaine. L’ennemi vaincu, le président déclare fièrement: « les États-Unis, ayant foi dans la race anglo-saxonne comme étant [...] la plus pacifique et la plus prudente, ont formé une alliance [...] avec la Grande-Bretagne ». L’histoire de Norton, comme la plupart des fictions nucléaires de l’époque, promouvait un modèle fondé sur l’hégémonie anglo-américaine.[104] C’est pourquoi le culte de l’arme suprême sera marqué par des traits anglophiles jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des oligarques de l’establishment global préférant par la suite l’idée d’une pax universalis à celle d’une pax americana.
Le goût de Truman pour les fictions nucléaires pourrait l’avoir amené à se projeter dans le rôle du président dans l’histoire de Norton, que ce soit consciemment ou inconsciemment. Plusieurs agents des élites dominantes étaient certainement en place pour garantir que Truman assumerait le même rôle que le président de l’histoire de Norton. Le secrétaire d’état à la guerre Henry Stimson était l’un de ces agents. Stimson supervisa le développement de la bombe atomique et conseilla Roosevelt puis Truman à ce sujet. C’est depuis cette position que Stimson a contribué à convaincre Truman qu’il convenait d’utiliser la bombe. Peu après Hiroshima et Nagasaki, Stimson expliqua que l’usage de la bombe était une nécessité absolue parce que « c’était de la seule façon de réveiller le monde sur la nécessité d’abolir définitivement la guerre. Aucune démonstration technologique [...] n’aurait pu remplacer son utilisation concrète avec ses horribles conséquences ».[105] Le président de la nouvelle The Vanishing Fleets exprime exactement les mêmes sentiments.
The Vanishing Fleets soumettait l’affirmation à but normatif que l’utilisation de la bombe faisait partie d’un processus inéluctable et non négociable. Cette assertion aurait alors pu être à l’origine du refus de l’administration Truman de faire écho aux propositions de paix japonaises. Les japonais avaient commencé à tenter de négocier la paix dès le 14 février 1945, lorsqu’un message décrypté entre la Russie et le Japon, dans lequel ce dernier exprimait sa volonté de reddition, fut porté à l’attention du gouvernement américain. Le chef d’état-major George Marshall fit part de son scepticisme, et le gouvernement rejeta cette opportunité.[106]
Quatre mois plus tard, le Japon entra à nouveau en contact avec la Russie, toujours avec l’intention de mettre fin à la guerre. Là encore, l’Amérique intercepta les messages et ne saisit pas cette opportunité.[107] Ceci suggère que le modèle paradigmatique du président de Norton a été appliqué à Truman, et que l’utilisation de l’arme suprême était inéluctable.
Le 6 août 1945, le terrifiant nuage atomique quittait les pages de l’œuvre de fiction de Norton pour planer au-dessus d’une ville d’Hiroshima dévastée. On peut mettre au crédit de l’armée de l’air américaine d’avoir largué 720 000 prospectus au-dessus de la ville pour prévenir les habitants que Hiroshima pouvait s’attendre à être rayée de la carte si le Japon ne capitulait pas immédiatement.[108] Malgré tout, la décision de frapper une cible civile avec une arme aussi destructrice était pour le moins moralement discutable.
La décision de larguer la bombe sur Nagasaki a occasionné encore moins de réticences ou de compassion. La nécessité d’une deuxième bombe n’était pas remise en question au plus haut niveau gouvernemental. La possibilité que l’entrée de la Russie dans la guerre sur le front asiatique aurait pu accélérer la reddition japonaise n’a même pas été discutée.[109]
Une analyse même rapide du culte de l’arme suprême révèle le caractère particulièrement brutal et vicieux de ce phénomène culturel. La promotion par ce culte d’une idéologie génocidaire impitoyable et d’un ordre mondial maintenu par la peur du nucléaire dénotent une Weltanschauung particulièrement sauvage. Mais ce culte pourrait cependant avoir un aspect encore plus sombre et occulte. Le choix des cibles pour les deux premières bombes atomiques révèle une ligne de pensée anti-christique. Rose Martin nous apprend que « Hiroshima et Nagasaki [...] étaient les principaux centres du christianisme japonais ».[110] Bien entendu, les valeurs mises en avant par le culte de l’arme suprême étaient radicalement opposées à la Weltanschauung chrétienne qui avait été adoptée par les habitants d’Hiroshima et Nagasaki.
Hiroshima et Nagasaki préparèrent le terrain à une proposition ambitieuse ayant pour vocation d’institutionnaliser la suprématie globale américaine. Ce concept, connu sous le nom de plan Baruch, fut développé dans « une nouvelle de science-fiction à épisodes lue par des millions d’américains » intitulée Lightning in the Night.[111] L’histoire parut d’août à novembre 1940 dans Liberty, l’un des trois magazines les plus lus aux États-Unis.
L’histoire débute cinq ans dans le futur. La situation est critique pour l’Amérique et ses alliés: la Grande-Bretagne et la France ont été entièrement soumises par l’Allemagne et les puissances de l’Axe. Pendant ce temps, la Russie et le Japon lancent une attaque surprise contre Hawaii qui, tout comme l’attaque décrite dans The Vanishing Fleet de Norton, présage étrangement l’attaque du 7 décembre 1941 contre Pearl Harbor. Les villes américaines sont détruites par des attaques menées par des bombardiers japonais, soviétiques et nazis. L’Amérique est menacée sur trois fronts par les forces soviétiques, japonaises, mexicaines et allemandes.[112]
Alors que la crise est à son zénith, Hitler demande et obtient une audience avec le président des États-Unis. Au cours de l’entretien, Hitler révèle que les nazis ont découvert la « clef de l’énergie atomique » et qu’ils détiendront bientôt le « pouvoir de rayer des cités entières de la carte ». Hitler prévient alors que le Reich sera en mesure de déclencher la puissance destructrice des armes nucléaires d’ici un mois. Le dirigeant allemand lance un ultimatum: l’Amérique a un mois pour capituler, sous peine d’être annihilée par le feu nucléaire. L’épisode du 9 novembre s’achève sur cette sombre perspective, plaçant le lecteur dans la perspective d’un avenir de servitude pour l’Amérique au cas où celle-ci perdrait la course aux armements.[113]
La série Lightning in the Night
Mais dans le dernier épisode, l’Amérique retourne la situation avec l’annonce par le président que l’Amérique a secrètement développé son propre programme d’armement nucléaire. À l’abri des regards, les « scientifiques les plus ingénieux et les plus compétents » du pays sont parvenus à battre les nazis dans la course à l’arme nucléaire. Avant que les nazis n’aient pu mettre en place leur riposte, le président déclare que des « bombardiers stratosphériques » américains équipés de bombes atomiques « volent en direction des principales villes allemandes ».[114]
Les puissances de l’Axe étant désormais totalement à la merci des États-Unis, le président « présente une proposition américaine pour la paix et le désarmement atomique ». D’après H. Bruce Franklin, les termes de la proposition américaine « s’avèrent identiques à ceux qui constitueront par la suite le plan Baruch de 1946, la seule proposition de désarmement nucléaire jamais offerte par les États-Unis ».[115] Franklin détaille les points communs entre le plan Baruch et son jumeau littéraire:
[...] une entité dominée par des scientifiques américains contrôlerait à la fois les ressources en uranium mondiales et l’octroi d’installations nucléaires aux autres nations; les États-Unis maintiendraient leur monopole sur l’arme nucléaire jusqu’à une date non spécifiée, et confieraient ensuite leur arsenal nucléaire à une agence internationale.[116]
Dans la nouvelle, la proposition est un triomphe. L’Allemagne capitule, et le Japon et l’Union Soviétique suivent le lendemain. Un essai de l’arme suprême est mis en œuvre, mais l’Amérique se contente de l’effectuer dans « les steppes désertiques de la Russie ». L’histoire se termine sur une note d’optimisme débridé parce que, d’après Franklin, « la bombe atomique américaine a apporté au monde la pax americana bénie ».[117]
Les faits ne se sont toutefois pas harmonisés avec la fiction lorsque le plan Baruch fut proposé à la première réunion de la Commission à l’Énergie Atomique des Nations-Unies en juin 1946. Les russes exprimèrent des réticences quant à ce plan, qui dépendait d’une coopération américano-soviétique.[118] Le plan prévoyait la création d’une Autorité du Développement Atomique qui « aurait supervisé le développement et l’utilisation de l’énergie atomique, pris en charge toutes les armes atomiques, et inspecté toute installation menant des recherches pour une utilisation pacifique de l’énergie atomique ».[119] La proposition prévoyait que les États-Unis « commenceraient à détruire leur arsenal nucléaire » après que « le plan eût été complètement mis à exécution ». Les soviétiques rejetèrent cet aspect du plan, arguant qu’il n’y aurait aucune garantie que les États-Unis se soumettraient à l’Autorité du Développement Atomique s’ils conservaient leur monopole nucléaire. Ils étaient aussi extrêmement réticents à l’idée de laisser des inspecteurs fouiner dans leurs installations nucléaires. Enfin, les soviétiques rejetèrent une disposition du plan qui prévoyait que les membres du conseil de sécurité des Nations-Unies se verraient retirer leur droit de veto, de sorte qu’aucun membre ne pourrait s’opposer aux sanctions contre les nations qui violeraient les réglementations. Pour les russes, il s’agissait d’une clause suicidaire, car la majorité du conseil de sécurité était favorable aux États-Unis. Les rêves d’un âge atomique engendrant un gouvernement mondial furent temporairement mis de côté avec le début de la Guerre Froide. Mais si le plan Baruch avait suscité de nombreux espoirs, il semble bien que la plupart des membres de l’establishment oligarchique global avaient anticipé son échec, et se préparaient déjà à la dialectique de la Guerre Froide.
Mais il semble au final que l’échec du plan Baruch ait pu être causé par une lutte sectaire interne au culte de l’arme suprême. Bien que Franklin soutienne que l’impérialisme américain était la composante majeure du culte, des indices tendent à montrer que celui-ci s’est scindé en deux courants distincts vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. La première manifestation du culte, la secte de la pax americana, militait pour un modèle de gouvernement mondial qui se limiterait au rôle de support de l’institutionnalisation de la suprématie américaine. La seconde manifestation, la secte de la pax universalis, croyait en la fusion des États-Unis et de l’Union Soviétique, les deux nations étant ensuite subordonnées à une entité globale.
Il semblerait que les partisans de la secte de la pax universalis transmirent des secrets nucléaires à Staline, dans l’espoir de rendre le dictateur soviétique plus réceptif à l’idée d’une Autorité de Développement Atomique telle que proposée par le plan Baruch. Le major George Racy Jordan a assisté à cette trahison. Jordan « était l’officier en charge du transfert des équipements du programme Lend Lease [ndt: prêt-bail, programme de dotation de matériel aux alliés des États-Unis durant la seconde guerre mondiale] vers la base aérienne de Great Falls au Montana ».[120] Les biens transférés vers cette base prenaient la direction de la Russie. Le chercheur Ralph Epperson nous raconte l’histoire de Jordan:
Le major Jordan, d’un naturel curieux, ouvrit divers cartons et valises et aperçut des mots avec lesquels il n’était pas familier: uranium, cyclotron, proton, neutron, cobalt et plutonium. De plus, Jordan découvrit plusieurs rapports originaires de « Oak Ridge, Manhattan District » (il s’agit du Manhattan Project à Oak Ridge, dans le Tennessee, où des scientifiques américains développaient les plans de la bombe atomique) contenant des phrases telles que « énergie produite par la fission ». Jordan a également découvert « [...] au moins trois envois de produits à base d’uranium [...] pour près de trois quarts de tonne. Il y avait également l’envoi d’un kilogramme de métal d’uranium, à une époque où le stock américain était de deux kilogrammes ».
Le major Jordan ne mesura pas toute la portée de ses découvertes, jusqu’à ce que la Russie fasse exploser sa première bombe atomique en 1949. Il comprit alors qu’il avait été le témoin du transfert des plans et du matériel qui permirent la fabrication de la première bombe atomique russe. Et cela s’était produit en 1943.[121]
La découverte du major Jordan renvoie peut-être à autre chose que de la subversion soviétique. Les adeptes de la pax universalis croyaient probablement que si les deux camps possédaient des armes atomiques, une agence internationale de régulation serait créée pour empêcher une course aux armements. S’il s’agissait bien là de la raison motivant cette trahison, alors ceux qui l’ont commise ont été bien mal inspirés et ont mis en danger à la fois le monde et la survie de l’humanité.
Robert Oppenheimer, le directeur scientifique du Manhattan Project, était un adepte important de la secte de la pax universalis. Il existe de fortes présomptions qui laissent à penser qu’Oppenheimer était l’un de ceux qui ont transmis des secrets nucléaires à l’Union Soviétique. Cette assertion, qui a longtemps été considérée comme un effet de la « peur rouge », a été confirmée par le témoignage de Pavel Soudoplatov, membre des services de renseignement de l’Union Soviétique. Soudoplatov était le chef du Département S, une structure dirigée conjointement par le GRU [ndt: le renseignement militaire soviétique] et le NKVD [ndt: le prédécesseur du KGB] et chargée de découvrir les secrets américains sur la bombe atomique. L’autobiographie de Soudoplatov, parue en 1994 et intitulée Missions spéciales, couvre cette période en détail, ainsi que le recrutement par Soudoplatov d’Oppenheimer, Enrico Fermi, Leó Szilárd et Klaus Fuchs, les principaux cerveaux du Manhattan Project.[122] Soudoplatov prétend que Fuchs rencontrait des messagers soviétiques, tandis que les trois autres scientifiques « laissaient délibérément des informations importantes à des endroits où elles pourraient ensuite être récupérées par des agents infiltrés au sein des laboratoires ». Par la suite, Fuchs confessa son crime, et fut détenu dans une prison britannique, tandis que les autres ne furent pas découverts.
Oppenheimer fut tout de même soupçonné. Le FBI et le renseignement militaire exprimèrent des inquiétudes à son propos durant la guerre, et on lui retira ses habilitations de sécurité quelques années après la fin de la guerre.[123]
Robert Oppenheimer
Les critiques de Soudoplatov ont prétendu que son autobiographie était l’œuvre d’un homme âgé, dont la mémoire défaillante avait déformé des souvenirs qui remontaient à des années. Ces critiques soulignent également que les archives soviétiques disponibles ne contiennent aucun document qui soutienne les accusations de Soudoplatov envers Oppenheimer. À ces objections certes légitimes, Eric Breindel rétorque que l’histoire orale « est une forme tout à fait légitime », et que la version des événements telle que relatée par Soudoplatov pourrait être vérifiée par des documents qui n’ont pas encore été déclassifiés ou mis à disposition du public. Il apparaît de plus que des membres de l’élite soviétique ont réellement cru Soudoplatov. Peu de temps après la mort de Staline, Soudoplatov se retrouva du mauvais côté de l’histoire lorsqu’il fut l’une des cibles d’une purge décidée par Nikita Khrouchtchev. Après plusieurs années de prison, Soudoplatov fit appel et demanda sa réhabilitation en 1982. Cette demande, transmise au chef du KGB Youri Andropov, était assortie de la liste des secrets nucléaires collectés par Soudoplatov auprès d’Oppenheimer, et qu’il présentait comme une de ses « réussites ». Breindel souligne que les termes de cet appel « n’étaient pas censés être connus des occidentaux », et que ni Soudoplatov ni Andropov ne pouvaient se douter qu’ils allaient être publiés douze ans plus tard. Breindel ajoute: « il semble peu probable qu’une personne cherchant à se faire réhabiliter fasse des déclarations totalement fausses au chef du KGB; la position d’Andropov lui permettait de vérifier la réalité des ‘‘réussites’’ de Soudoplatov ».[124]
Pavel Soudoplatov
Les déclarations de Soudoplatov sont également renforcées par l’amitié qui liait Oppenheimer au professeur Haakon Chevalier, de l’université de Berkeley en Californie. Le 23 juillet 1964, Chevalier informa Oppenheimer qu’il était sur le point de publier ses mémoires, et que le manuscrit révélait qu’ils avaient tous deux été membres d’une unité secrète de la section professionnelle du parti communiste de 1938 à 1942.[125] L’historien Gregg Herken raconte que la veuve de Chevalier, Barbara, lui donna l’autorisation « de lire un journal contenant ses mémoires, dont elle avait débuté la rédaction dans les années 80 ». Barbara y révèle que Haakon « avait approché Oppenheimer pour lui demander d’espionner pour l’Union Soviétique pendant la guerre ». Barbara ajoute: « l’appartenance d’Oppie à une unité clandestine était un secret très bien gardé ».[126] Tout ceci tend à montrer qu’Oppenheimer était à tout le moins un agent ou un sympathisant communiste qui aurait pu être prêt à transmettre des secrets nucléaires à l’Union Soviétique si on le lui avait demandé.
Oppenheimer était très certainement proche de l’idéologie communiste, mais il aurait pu transmettre des secrets nucléaires à l’Union Soviétique pour des raisons plus profondes que celles qui servaient l’agenda stalinien. Oppenheimer a pu penser que l’internationalisation de la bombe aurait pu pousser l’Union Soviétique à accepter l’idée d’une agence internationale de régulation pour éviter une course aux armements. Oppenheimer était le principal consultant scientifique du comité consultatif spécial Acheson-Lilienthal, qui avait réclamé la création de l’Autorité du Développement Atomique.[127] Oppenheimer espérait que cette dernière constituerait une étape cruciale dans la création d’un gouvernement mondial, comme il l’a déclaré au cours d’un discours sur le sujet des « explosifs atomiques » prononcé le 16 mai 1946 devant le George Westinghouse Centennial Forum de Pittsburgh:
Quelle est le lien entre notre proposition de création d’une Autorité du Développement Atomique internationale qui détiendrait un monopole avancé sur l’énergie atomique – quel est lien entre cette proposition et ces questions? Elle propose qu’un gouvernement mondial soit institué dans le domaine de l’énergie atomique, qu’il y ait un renoncement à la souveraineté nationale dans ce domaine, qu’il n’y ait aucun droit de veto dans ce domaine, que la loi internationale s’applique à ce domaine. Comment est-ce possible dans un monde composé de nations souveraines? Ce ne pourra être possible que de deux manières: la première est par la conquête, qui détruira la souveraineté nationale; la seconde est la renonciation partielle à cette souveraineté. C’est cette deuxième option que nous proposons ici. Une renonciation partielle, suffisante, mais pas plus que suffisante, qui permettrait à l’Autorité du Développement Atomique de voir le jour, d’exercer ses fonctions de développement, d’exploitation et de contrôle, de lui permettre de vivre et de s’épanouir, de protéger le monde contre l’utilisation des armes atomiques et de lui prodiguer les bienfaits de l’énergie atomique.[128]
Pour Oppenheimer, le domaine de l’énergie atomique et l’Autorité du Développement Atomique devaient contribuer à la mort du système de l’état-nation. Oppenheimer a pu donner son concours à l’accélération du programme nucléaire soviétique pour atteindre cet objectif. Si c’est le cas, il s’agissait d’une grave erreur de calcul, parce qu’Oppenheimer n’a pas anticipé la trajectoire nationaliste adoptée par Staline à la fin de la guerre.
La dialectique de la Guerre Froide s’avéra tout aussi avantageuse pour le culte de l’arme suprême. Elle a créé un climat de peur propice à l’hystérie nucléaire. Cette hystérie a trouvé son expression cinématographique avec le film de 1983 The Day After, un film que beaucoup considèrent comme la fiction nucléaire ultime. Dana Hull décrit de manière saisissante la réaction du public après la diffusion de ce film:
Le film a généré une énorme controverse en 1983. Aucune chaîne de télévision n’avait jamais tenté de faire entrer l’horreur nucléaire dans les salons américains, encore moins à des périodes de forte audience. Les critiques avaient prévenu qu’il s’agissait d’un spectacle profondément déprimant et perturbant – deux heures terribles qui amenaient Hiroshima au cœur du pays en prime time. La chaîne avait prévenu les parents que ce film, qui contenait des images explicites de millions de morts et de destruction, était déconseillé aux jeunes spectateurs impressionnables.
Je demandai la permission de le regarder. La guerre nucléaire et les retombées radioactives faisaient très « adulte ». J’étais prête à prendre place aux premières loges de l’Armageddon et à percer ses secrets. Je fis remarquer que si nous devions tous sauter, il fallait que je sois préparée. J’avais même une garde-robe appropriée à l’holocauste: des sweat-shirts noirs et de vieilles tenues de l’armée.
Je ne me revois pas dans le salon en train de regarder le spectacle du dimanche soir. Mais certaines scènes me reviennent en mémoire avec acuité, des images qui s’imprimèrent profondément dans mon psychisme. Lorsque les missiles nucléaires atteignirent leur cible, la région fut submergée par le vent et les flammes. Les prairies vallonnées du Kansas étaient carbonisées et recouvertes d’une suie noire. Le sol était jonché de cadavres de vaches et de chevaux. Une classe d’école maternelle fut entièrement vaporisée dans un grand feu orange, et les élèves immédiatement réduits à l’état de squelettes. Des gens chauves, au visage vert couvert de pustules erraient comme Quasimodo le long d’une route désolée à la recherche de nourriture. Jason Robards pleurait dans les décombres. Lors du générique de fin, une voix faible se fit entendre à la radio depuis un abri souterrain: « Je suis Lawrence Kan. Est-ce qu’il y a quelqu’un? Quelqu’un? »
Le film fut suivi par près de cent millions de personnes. Nous l’avons évoqué le lendemain en cours de sciences sociales, et certains étudiants racontaient leurs cauchemars avec délectation, quand d’autres faisaient semblant d’être très perturbés. Le jour d’après The Day After fut un moment de grande excitation au collège – être traumatisé faisait fureur.[129]
The Day After était en effet assez traumatisant. L’épilogue lugubre du film se termine par cet avertissement:
Les événements catastrophiques auxquels vous venez d’assister seraient, en toute probabilité, moins importants que ceux qui se produiraient si les États-Unis étaient la cible d’une véritable attaque nucléaire d’envergure.
Nous espérons que les images contenues dans ce film inspireront les nations de cette planète, leurs peuples et leurs dirigeants, et les pousseront à trouver les solutions permettant d’éviter ce jour fatidique.
Cet avertissement, juxtaposé avec les images traumatisantes qui l’ont précédé, donne un caractère inexorable au récit apocalyptique de The Day After. En fait, les dernières paroles du film décrivent la troisième guerre mondiale comme « un jour fatidique », la rendant ainsi prédestinée dans le contexte du système des états-nations. Nous avons ici « l’illusion d’une vision systématiquement infaillible du monde futur », qui est la marque de fabrique de la programmation prédictive.
The Day After représente cependant un tournant dans la série de fictions sur la peur du nucléaire, en ce que la communauté artistique faisait jusqu’alors la promotion du monde unipolaire de la pax americana, tandis que ce film penche en faveur du monde multipolaire de la pax universalis. L’appel à toutes « les nations de cette planète, leurs peuples et leurs dirigeants » renferme implicitement le souhait de la mise en place d’une unification politique sur le plan mondial, une affirmation à caractère normatif chère à la secte de la pax universalis. Dans un passage du film, un prêtre prêche devant ses fidèles au milieu des ruines fumantes. Il évoque l’Apocalypse 11:18, et remercie Dieu d’avoir châtié « les destructeurs de la terre ». Il convient cependant de garder à l’esprit que cette citation de la Bible intervient dans le cadre plus large d’un récit non-chrétien. Ceci amène une question importante: qui sont « les destructeurs de la terre » d’après The Day After?
Nous ne lisons pas les différents textes constitutifs de la littérature humaine en dehors de tout cadre culturel. Ainsi, « tout texte est nécessairement lu en lien avec les autres [...] et un ensemble de connaissances textuelles exercent leur influence sur celui-ci ».[130] The Day After ne déroge pas à la règle et doit être envisagé à la lumière d’autres textes, comme par exemple La destruction libératrice de Wells, une autre fiction fondée sur la peur du nucléaire. Le serment du prêtre est une condamnation implicite, fondée sur une interprétation faussée de la Bible, de ce que Wells qualifiait de « simple secte guerrière » dans La destruction libératrice. Dans The Shape of Things to Come, Wells soutient que cette secte est intimement liée au système de l’état-nation: « l’existence d’états souverains indépendants EST la guerre, rouge ou blanche, et si le monde n’a pas su percevoir cette vérité élémentaire, c’est qu’il a été aveuglé par une mauvaise éducation mise en place délibérément ». Il s’agit encore une fois de la promotion d’un monde multilatéral souhaité par la frange favorable à la pax universalis au sein du culte de l’arme suprême. Si on laisse de côté les modèles multilatéraux et unilatéraux de gouvernance globale, on s’aperçoit que l’union politique présentée comme la seule alternative à l’annihilation nucléaire est une constante des fictions fondées sur la peur du nucléaire. Le discours anxiogène est quant à lui toujours présent.
Le sermon débute par la voix off du prêtre qui récite un extrait de l’Apocalypse 8:7 : « et le tiers de la terre fut brûlé, et le tiers des arbres fut brûlé, et toute herbe verte fut brûlée ». La caméra suit simultanément un autre personnage qui erre au milieu des gravats et des cadavres d’animaux. Cette séquence recycle implicitement le concept biblique d’apocalypse pour en faire un événement strictement immanent. « Immanence » est un terme dérivé du latin in manere – rester dans. L’objet de l’expérience immanente reste confiné dans les limites ontologiques de l’univers physique. L’Apocalypse décrite dans The Day After demeure intégralement dans le cosmos matériel et est totalement dépourvue d’éléments surnaturels ou transcendants.
Par exemple, les sauterelles qui émergent de la fumée pour se répandre sur la terre dans Apocalypse 9:3 sont sorties de leur contexte biblique et reconceptualisées en tant qu’effets résiduels de la radioactivité. De plus, le film rejette implicitement la sotériologie chrétienne. Alors que le prêtre cite l’Apocalypse 9:4, où il est révélé que les sauterelles frapperont « seulement les hommes qui n'avaient pas le sceau de Dieu sur le front », l'un des membres de la congrégation s'effondre à cause des effets des radiations. Ce qu'on cherche à nous faire comprendre est que l'Apocalypse, en tant qu'événement strictement immanent, tue sans discrimination. Le salut et la délivrance sont refusés à la fois au croyant et au non-croyant.
The Day After a eu un impact considérable sur l’esprit de ses spectateurs. Ce film est même parvenu à convertir le président en exercice, Ronald Reagan, à la secte de la pax universalis. Reagan a déclaré dans son autobiographie que le film l’avait « profondément déprimé » et l’avait convaincu qu’il n’était pas possible de gagner une guerre nucléaire.[131] Nicholas Meyer, le réalisateur de The Day After, affirme que son film a joué un rôle majeur dans la signature en 1986 du traité INF [ndt: Intermediate-Range Nuclear Forces, traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire].[132] Meyer prétend que l’administration Reagan lui a envoyé un télégramme, peu après la signature du traité à Reykjavik, où il était écrit: « ne pensez pas que votre film n’a pas eu d’influence sur tout ceci ».
Meyer avait beau ressentir de la fierté en considérant l’influence de son film dans la signature du traité INF, il n’en reste pas moins qu’il a effrayé le président au point de le pousser à signer un accord qui mettait en péril la sécurité de l’Amérique. Le cas d’Oppenheimer illustre clairement l’ignorance de la secte de la pax universalis envers la longue histoire russe de tromperies et de manquements à ses engagements; cet aveuglement persistant s’est poursuivi avec The Day After. En septembre 1991, les agences de renseignement américaines découvrirent que la Russie avait violé le traité INF en déployant secrètement des missiles à têtes nucléaires SS-23 en Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie et en Bulgarie.[133] Les soviétiques avaient déployé ces batteries de missiles « juste avant la signature du traité, et ne les avaient jamais ni déclarées, ni détruites ».[134] Le journaliste d’investigation Kenneth Timmerman explique en quoi ces SS-23 auraient donné un avantage indu aux soviétiques en cas de guerre:
Dans l’éventualité d’une guerre en Europe entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, ils (les SS-23) auraient donné un avantage militaire décisif aux soviétiques, en leur permettant de lancer une attaque nucléaire surprise au cœur des forces de l’OTAN stationnées en Allemagne.[135]
Meyer a semble-t-il omis d’étudier le manque d’implication de la Russie dans le contrôle des armes avant de traumatiser les américains avec des scènes montrant un pays ravagé. Le résultat fut que l’Amérique a naïvement recherché la paix au sommet de Reykjavik, tandis que les soviétiques se préparaient secrètement à la guerre. L’imprudence et la désinvolture apparaissent comme des éléments constitutifs de l’idéologie du culte de l’arme suprême.
Alors que l’impact du film de Meyer sur la géopolitique fut significatif, il a tout au plus renforcé la plupart des doctrines millénaristes adoptées par les éléments les plus extrémistes de la communauté évangéliste. C’est particulièrement vrai pour des évangélistes tels que Tim LaHaye, dont les romans Left Behind décrivent un holocauste nucléaire comme précurseur au retour du Christ. Les motivations de LaHaye pour faire la promotion de cet holocauste apparaissent plus évidentes lorsqu’on étudie la théologie dominioniste.
Tim LaHaye
Pour résumer, le dominionisme est un culte de djihadistes néo-gnostiques qui poursuivent des buts très similaires à ceux des utopies socio-politiques qui l’ont précédé. Chris Hedges décrit ainsi le dominionisme:
Les différentes sectes de ce mouvement nommé dominionisme ont en commun une obsession du pouvoir politique. Au refus de s’engager politiquement suite au procès Scopes [136] a succédé un appel à la « domination » chrétienne sur la nation, puis finalement sur la terre entière. Les dominionistes prêchaient que Jésus leur avait commandé de bâtir le royaume de Dieu ici et maintenant, tandis que la croyance générale était jusqu’alors qu’il convenait d’attendre sa venue. Ce militantisme biblique a fait de l’Amérique un agent de Dieu, et tous ceux, qu’ils soient des chefs politiques ou des intellectuels, qui s’opposent aux chefs chrétiens sont tout simplement considérés comme des agents de Satan.[137]
Il convient de souligner la différence très nette qui existe entre l’utilisation des Écritures pour guider des choix politiques, et l’utilisation des Écritures comme un prétexte pour prendre le contrôle de l’appareil politique. Dans Vengeance is Ours: The Church in Dominion, Albert Dager résume les trois piliers sur lesquels repose cette forme militaire du christianisme:
1) Satan a usurpé la domination de l’homme sur la terre suite à la tentation d’Adam et Ève.
2) L’Église est l’instrument de Dieu pour reprendre cette domination à Satan.
3) Jésus ne peut pas revenir, ou ne reviendra pas, tant que l’Église n’aura pas assuré sa domination en prenant le contrôle des institutions sociales et gouvernementales de la terre.[138]
Le royaume de Jésus est donc réduit à un gouvernement séculier établi et dirigé par un pouvoir séculier. Bien que les progressistes séculiers citent le dominionisme comme un cas de violation de la séparation de l’église et de l’état, ce mouvement représente en réalité un asservissement de l’église à l’état. Le dominionisme donne libre cours aux machinations temporelles. Les pouvoirs politiques, sociaux et militaires atteignent quant à eux à la transcendance en maintenant un gouvernement dominioniste. Le résultat est l’apothéose de l’état [ndt: apothéose au sens étymologique, i.e. élevé au rang de divinité]. Il s’agissait là encore d’un des objectifs des premières utopies sociales. Que ce type particulier d’utopie soit recouvert d’un vernis théiste ne change rien au fond du problème. Le dominionisme n’est qu’une variante parmi d’autres utopies socio-politiques, une affirmation renforcée par le caractère néo-gnostique inhérent au dominionisme.
Ce caractère néo-gnostique se retrouve dans l’injonction faite aux dominionistes de « bâtir le royaume de Dieu ici et maintenant ». Cette injonction revient à réduire la fin des temps à un objet de l’expérience immanente, et à limiter celle-ci au cosmos matériel. Cette tendance au recyclage des concepts a été la marque de fabrique des mouvements modernes prônant une utopie socio-politique, comme le communisme ou le fascisme. Ces mouvements avaient développé leur propre sotériologie anthropocentrique, qui réclamait la mise en place d’un paradis terrestre. Ils considéraient que le salut ne venait pas de la connaissance de Jésus-Christ, mais de la modification consciente des modalités de l’existence.
La sotériologie dominioniste est tout autant anthropocentrique. La théologie dominioniste soutient que Jésus est soit incapable, soit dépourvu du désir de revenir sur la terre, ce qui a pour conséquence de nier le rôle de sauveur du Christ. Après tout, les Écritures énoncent que le retour du Christ signifiera le salut définitif de l’humanité. On peut lire dans Hébreux 9:28 : « de même Christ, qui s'est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l'attendent pour leur salut ».[C’est nous qui soulignons] Le dominionisme soutient que c’est l’homme, non Dieu, qui doit faire venir Son Royaume. Le salut final de l’humanité est donc laissé entre les mains de l’homme lui-même.
Les néo-gnostiques partisans des utopies socio-politiques, motivés par un dédain absolu pour la pistis (foi), ont cherché à ramener la connaissance, qui était jusqu’alors communément associé à la transcendance, « entre des mains plus fermes que celles de la cognitio fidei, la connaissance de la foi ».[139] En opposition à la pistis, les néo-gnostiques promeuvent leur propre version de la gnosis, qui représente une « connaissance secrète sur la façon de maîtriser les forces aveugles de la nature pour des buts de nature socio-politique ».[140] Les dominionistes rejettent également le commandement de Paul de « march[er] par la foi et non par la vue » (2 Corinthiens 5:7). Les dominionistes ont beau prétendre avoir la foi, leur désir de bâtir le Royaume de Dieu trahit leur manque de foi dans la capacité du Seigneur à mettre en œuvre Sa volonté. Dans une perspective purement anthropocentrique, les dominionistes deviennent la volonté de Dieu in toto. Ce sont les dominionistes, non Dieu, qui provoquent la venue du royaume par des institutions intégralement séculières et par des manœuvres politiques.
Le dominionisme vide le christianisme de sa substance. Il transfère tous les objets transcendants de la foi chrétienne sur le plan ontologique de l’univers physique. Le christianisme est ainsi réduit à une idéologie révolutionnaire proche du communisme ou d’autres formes d’utopies socio-politiques. Ironiquement, la plupart des utopies socio-politiques de l’histoire ont pour fondement le rejet de la conception traditionnelle de Dieu et sur la doctrine gnostique de l’homme qui doit se sauver lui-même. Les dominionistes ont beau parler de Dieu, de salut et de foi, leur interprétation de ces concepts les rattache à l’immanentisme néo-gnostique et aux utopies socio-politiques. Pour paraphraser l’apôtre Paul, ils ont l’apparence de la piété, mais renient ce qui en fait la force (2 Timothée 3:5).
Cette sotériologie anthropocentrique renforce l’injonction faite aux dominionistes de faire « venir le royaume ». Comme le montrent les images terrifiantes d’holocauste nucléaire évoquées par LaHaye dans sa série Left Behind, certains dominionistes considèrent la guerre nucléaire comme un moyen efficace de rendre la fin des temps immanente. LaHaye élève quasiment la bombe au rang de divinité, la décrivant comme une arme envoyée par la providence pour faciliter le retour du Christ. En ce sens, certaines franges du mouvement dominioniste pourraient être qualifiées d’incarnations théistes du culte de l’arme suprême. Leur proximité avec les néo-conservateurs les rattache à la secte de la pax americana au sein du culte de l’arme suprême.
Edward Teller, un ancien membre du Manhattan Project et adepte de la pax americana qui appelait au développement de l’arsenal nucléaire, en est un bon exemple.[141] Teller faisait partie d’une cabale peu connue mais néanmoins extrêmement puissante qui compte parmi ses membres certains des principaux partisans du dominionisme. Teller a siégé au directoire du Council for National Policy (CNP) en 1982.[142] Le physicien américain et « père de la bombe H » a aussi fait partie du comité consultatif de la Western Goals Foundation, le précurseur du CNP. Le CNP est un nid de dominionistes: le révérend R.J. Rushdoony, Gary North, Marvin Olasky, D. James Kennedy et Howard Ahmanson Jr. sont quelques uns des penseurs dominionistes qui ont fait partie ou font toujours partie du CNP.[143]
Edward Teller
On peut aisément comprendre pourquoi Teller s’est impliqué dans un groupe aussi étrange. Le CNP semble être composé d’adeptes dominionistes du culte de l’arme suprême. La série Left Behind du fondateur du CNP Tim LaHaye pourrait être considérée comme une nouvelle forme de fiction nucléaire qui mêle les champignons atomiques et les étranges interprétations néo-gnostiques du livre de l’Apocalypse énoncées par les dominionistes. Comme le souligne John Cloud dans le Time Magazine:
L’hystérie nucléaire contenue dans La somme de toutes les peurs de Tom Clancy ne parviendrait pas à remplir un chapitre de la série Left Behind (de larges portions de plusieurs villes américaines avaient été réduites en poussière dès la page 110 du livre 3).[144]
La série de LaHaye semble aussi être une variante dominioniste de programmation prédictive. Dans son article du Time Magazine, le journaliste Cloud déclare que « de nombreuses personnes lisent la série Left Behind non comme des romans, mais comme les journaux du lendemain ».[145] LaHaye souhaite-t-il faire croire aux chrétiens crédules que la volonté de Dieu est de faire advenir un holocauste nucléaire? Si c’est le cas, il s’agit d’un moyen efficace pour attirer des chrétiens naïfs dans le camp dominioniste. Après tout, les seules personnes qui s’extasient devant la série Left Behind sont celles qui acceptent l’évangile de LaHaye. Les autres sont condamnés à l’annihilation nucléaire. La bombe et la colère divine s’unissent pour former un terrifiant jugement immanent.
Les cultes et sectes sont certes efficaces en tant que relais des aspirations de l’élite, mais leur durée de vie s’avère généralement très réduite. Wells, dans son désir de laisser une contribution permanente à la croisade des oligarques pour la mise en place d’un gouvernement mondial, s’est servi de la science-fiction pour enraciner son culte dans la culture elle-même. Des groupes tels que les illuminati, les templiers, les jésuites et d’autres ont tous été supprimés par différentes nations à des époques diverses. Cependant, comment un gouvernement national pourrait-il s’y prendre pour supprimer un phénomène culturel? L’histoire a prouvé que les tentatives en ce sens ont invariablement échoué.
Le culte de l’arme suprême de Wells s’est répandu comme un feu de brousse, tout comme le « feu dans l’esprit des hommes » de Dostoïevski [ndt: référence au livre de Billington Fire in the Minds of Men, dont le titre est tiré de la traduction anglaise de ce passage des Possédés de Dostoïevski: « l’incendie est dans les esprits, non sur les toits »]. Ce feu s’est propagé aux amis élitistes de Wells, les illuminant d’une foi inextinguible comparable à celle des fanatiques religieux les plus ardents. En considérant l’aide institutionnelle reçue par d’A.Q. Khan, il est plus que probable que son réseau soit un produit du culte de l’arme suprême. Les oligarques globaux ont peut-être estimé que l’impact psychologique de la « bombe communiste » avait diminué, et qu’il était temps de faire peser sur le monde la menace de la « bombe islamique ». Si c’est bien le cas, Bhutto n’a sans doute pas pris la mesure de ce à quoi elle s’attaquait en promettant de laisser les inspecteurs de l’AIEA interroger A.Q. Khan.
Il s’agissait peut-être pour l’ancien premier ministre de faire acte de contrition pour sa propre implication dans la peste que représente la prolifération nucléaire. D’après Shyam Bhatia, un journaliste d’investigation basé à Londres, Bhutto avait transmis à la Corée du Nord des informations capitales sur l’enrichissement de l’uranium au cours d’une visite d’état en 1993.[146] Bhutto a pu réaliser son erreur quelques années plus tard. Mais sa tentative de rédemption s’est heurtée à un puissant phénomène culturel qui compte parmi ses membres de nombreux oligarques globaux. Le culte de l’arme suprême est peut-être devenu un culte de l’assassinat lorsqu’il s’est rendu compte que Bhutto constituait une menace. Comme l’a démontré cet essai, des actes aussi répugnants moralement que le meurtre sont loin d’être tabous pour le culte de l’arme suprême. L’assassinat serait considéré comme un jeu d’enfants pour ceux qui ont fait chanter le monde avec la bombe.
Notes:
[1] “U.S. special squad killed Benazir.” The Nation 18 mai 2009
[4] Ross, Brian. “U.S. Checking al Qaeda Claim of Killing Bhutto.” ABC News 27 décembre 2007
[8] “Bhutto commits to letting IAEA question AQ Khan.” Times of India 26 septembre 2007
[11] Trento, Joseph. Prelude to Terror: Edwin P. Wilson and the Legacy of America’s Private Intelligence Network. New York: Carroll and Graf Publishers, 2005, p. 99
[20] A. Ralph Epperson. The Unseen Hand: An Introduction to the Conspiratorial View of History. Tuscon, Arizona: Publius Press, 1985, p. 232
[25] Trento, Joseph. Prelude to Terror: Edwin P. Wilson and the Legacy of America’s Private Intelligence Network. New York: Carroll and Graf Publishers, 2005, p. 166
[39] Borger, Julian and Ian Cobain. “Customs official in secrets inquiry over nuclear revelations.” The Guardian 19 décembre 2007
[44] Ryland, Luke. “They sold out the world for an F-16 sale.” The Raw Story 30 avril 2007
[48] Giraldi, Philip. “Found in Translation.” American Conservative 28 janvier 2008
[50] Ryland, Luke. “They sold out the world for an F-16 sale.” The Raw Story 30 avril 2007
[55] Giraldi, Philip. “Found in Translation.” American Conservative 28 janvier 2008
[57] “For sale: West’s deadly nuclear secrets.” Times Online 6 janvier 2008
[63] Franklin, H. Bruce. War Stars: The Superweapon and the American Imagination. Amherst, Massachusetts: Massachusetts UP, 2008, p. 5
[65] Bartter, Martha A. “Normative fiction.” Science Fiction, Social Conflict, and War, Philip John Davies, ed. Manchester: Manchester UP, 1990, p. 169
[74] Wikipedia: Coefficients Dining Club
[75] Wells, Herbert George, Experiments in Autobiography. New York: Macmillan Co. 1934, p. 652
[78] Weikart, Richard. From Darwin to Hitler: Evolutionary, Eugenics, and Racism in Germany. New York: Palgrave Macmillan, 2004, pp. 165-166
[82]Martin, Malachi. The Keys of This Blood. New York: Simon and Schuster, 1991, pp. 314-315
[85] Wells, Herbert George. 1902. Anticipations of the Reaction of Mechanical and Scientific Progress Upon Human Life and Thought. Charleston, S.C.: BiblioBazaar, 2007, p. 184
[86] Williams, Jack. “The Evolution of the Martians”. War of the Worlds: fresh perspectives on the H.G. Wells classic. Ed. Glenn Yeffeth. Dallas, TX: BenBella Books, 2005, pp. 189-195
[87] Vernier, J.P. “Evolution as a Literary Theme in H.G. Wells’s Science Fiction.” H.G. Wells and Modern Fiction. Ed. Darko Suvin and Robert M. Philmus. New Jersey: Associated UP, 1977, p. 85
[88] Marrs, Texe. Dark Majesty. Austin, TX.: Living Truth Publishers 1992, p. 127
[89] Taylor, Ian T. In the Minds of Men: Darwin and the New World Order. Minneapolis, MN: TFE Publishing, 1999, p. 386
[90] Wagar, W. Warren. H.G. Wells: Traversing Time. Middletown, CT.: Wesleyan UP, 2004 , p. 146
[91] Franklin, H. Bruce. “Eternally safe for democracy: the final solution of American science fiction.” Science Fiction, Social Conflict, and War. Philip John Davies, ed., New York: St. Martin’s Press, 1990, p. 157
[106] A. Ralph Epperson. The Unseen Hand: An Introduction to the Conspiratorial View of History. Tuscon, Arizona: Publius Press, 1985, p. 299
[111] Franklin, H. Bruce. “Eternally safe for democracy: the final solution of American science fiction.” Science Fiction, Social Conflict, and War. Philip John Davies, ed., New York: St. Martin’s Press, 1990, p. 159
[118] The Acheson-Lilienthal and Baruch Plans, 1946, département d’état américain.
[120] Epperson, A. Ralph Epperson. The Unseen Hand: An Introduction to the Conspiratorial View of History. Tuscon, Arizona: Publius Press, 1985, p. 330
[122] Breindel, Eric. “The Oppenheimer file.” National Review 30 mai 1994
[125] “Chevalier to Oppenheimer, July 23, 1963.” Brotherhood of the Bomb
[126] Herken, Gregg. “The Oppenheimer Case: An Exchange.” The New York Review of Books 25 March 2004
[127] The Acheson-Lilienthal and Baruch Plans, 1946, département d’état américain.
[128] Pais, Abraham. J. Robert Oppenheimer: A Life. New York: Oxford University Press, 2006, p. 153
[129] Hull, Dana. “Bring back the bomb!” Salon 13 February 2001
[130] Fiske, John. Television Culture. London: Routledge, 1987, p. 108
[132] “Fallout from ‘The Day After’.” Lawrence.com 19 November 2003
[133] Timmerman, Kenneth. “Russia’s hidden nuclear missiles: Clinton turned blind eye to major treaty violations.” WorldNetDaily.com 5 June 2000
[136] Wikipedia: le procès du singe
[137] Hedges, Chris. “Soldiers of Christ.” Harper’s Magazine 30 May 2005
[138] Dager, Albert. Vengeance is Ours: The Church in Dominion. Sword Publishers, 1990, p. 87
[139] Voegelin, Eric. The New Science of Politics: An Introduction. Chicago: University of Chicago Press, 1952, p. 124
[140] Martin, Malachi. The Keys of This Blood. New York: Simon and Schuster, 1991, pp. 519-520
[141] “The Council for National Policy: Selected Member Biographies.” Seek God
[144] Cloud, John. “Meet the Prophet.” Time Magazine 23 June 2002
[146] Kessler, Glenn. “Bhutto Dealt Nuclear Secrets to N. Korea, Book Says.” Washington Post 1 June 2008
➤ Qui est vraiment Alex Jones?
J'ai pour ma part toujours eu la conviction qu'Alex Jones était un agent gouvernemental mis sur le devant de la scène pour faire de la désinformation. Lorsque j’ai consulté sa biographie « officielle » sur wikipedia, et que j’ai vu que ce type était censé avoir seulement quarante et un ans, alors qu’il paraît avoir la cinquantaine bien tassée, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de très étrange derrière ce personnage.
Après quelques recherches rapides sur le net, je suis tombé sur une théorie qui prétend, depuis environ la mi-2012, qu’Alex Jones n’est autre que Bill Hicks, un humoriste assez célèbre outre-Atlantique. Bill Hicks est officiellement décédé en 1994 à l’âge de trente-deux ans d’un cancer du pancréas, une forme de cancer extrêmement rare chez les personnes de moins de quarante-cinq ans.
Cette théorie m’a semblé très convaincante. De nombreux sites internets et de nombreuses vidéos la relaient (voir ci-dessous pour quelques exemples). La vidéo dont je vous propose la traduction sous-titrée est, à mon humble avis, à la fois la plus convaincante et la mieux argumentée, même si elle n’invente presque rien, ayant été postée à la mi-2014, et que je ne partage absolument pas les vues des auteurs (un couple, dont le mari se présente comme un ancien flic de la brigade des mœurs de Los Angeles, et la femme comme ayant travaillé dans le domaine médico-légal) sur le « gouvernement mondial ».
Il est intéressant de noter que la vidéo originale non sous-titrée a été censurée sur Youtube, tout comme la vidéo des mêmes auteurs sur Michelle Obama, qui démontre que la première dame américaine est en fait un homme. J’imagine que ce n’est pas très surprenant, Youtube faisant désormais partie de la galaxie Google, qui est une création de la CIA (traduction française). Leurs vidéos sur Justin Bieber et Serena Williams démontrent elles aussi que le véritable sexe de ces deux célébrités n’est pas celui qu’on veut nous faire croire, et méritent le détour. Leurs autres vidéos ont pour thèmes Jésus, le Diable et les Illuminati... J’imagine que personne n’est parfait.
Je rappelle que l'article La secte des trolls de la sécurité nationale: Art Bell et Coast to Coast AM évoquait les liens entre Alex Jones/Bill Hicks et les milieux néo-conservateurs (le CNP en particulier). Ceci explique peut-être l'empressement d'Alex Jones/Bill Hicks à relayer l'information selon laquelle Michelle Obama est en fait un homme, ainsi que sa phrase énigmatique à 21:57 dans la vidéo ci-dessus: « la fin justifie les moyens ». Il semble clair qu'il souhaitait affaiblir l'administration démocrate et servir ses amis néo-cons. Mais il est allé trop loin, pour une fois: une telle information risquait de faire vaciller tout le système, et il a été contraint de se déjuger piteusement en direct.
Les arguments présentés dans cette vidéo suffisent, à mon sens, à démontrer qu’Alex Jones et Bill Hicks sont une seule et même personne, même s’ils ne sont pas exhaustifs. Par exemple, le meilleur ami de Bill Hicks était un certain Kevin Booth. Ils avaient créé ensemble une société de production nommée Sacred Cow Productions, dont le site internet est désormais fermé (une conséquence de cette polémique?) [correction: le site en question n'était en fait que temporairement inaccessible au moment de la rédaction de cet article]. Après le décès de Bill Hicks, il semblerait que ce dernier ait été remplacé en tant que copropriétaire de cette société par un certain Alex Jones (information à vérifier, cependant). Depuis, Alex Jones et Kevin Booth sont très proches; Alex Jones a ainsi reçu un prix des mains de Kevin Booth à l’occasion d’une cérémonie commémorant les dix années écoulées depuis le décès de Bill Hicks (!).
Kevin Booth et Alex Jones
Le passé de Bill Hicks mériterait sans doute une enquête approfondie. Il semblerait par exemple que son mentor était un certain Frank Gannon, ancien conseiller de Nixon (information à vérifier, là encore).
Voici une autre traduction par mes soins d’une des crises de colère (réelle ou surjouée? Bill Hicks était aussi connu pour perdre ses nerfs sur scène) d’Alex Jones/Bill Hicks dans laquelle il laisse échapper:
Vous savez ce que c'est d'aller se coucher en sachant que vous travaillez pour une bande de tueurs psychopathes, et que ces bâtards vont probablement finir par me tuer un de ces jours? Vous savez ce que c'est de savoir que vous avez détruit ma vie? Vous savez ce que c'est? Fils de putes! J'en ai assez de vos saletés!
Il est certain que la vie factice d’un agent de la CIA aussi exposé que peut l’être Alex Jones/Bill Hicks ne doit pas être facile tous les jours... La pression psychologique est sans doute énorme.
Plus d’informations (en anglais) sur ce sujet:
- cette vidéo est l'une des plus anciennes que j’ai pu trouver sur cette théorie. Comme on le voit, les arguments de la vidéo que j’ai traduite sont anciens. L’auteur de cette vidéo laisse entendre à la fin qu’Alex Jones/Bill Hicks aurait des liens avec la Fabian Society, sans apporter d’éléments concrets pour soutenir cette affirmation. Cela mériterait sans doute quelques recherches supplémentaires, car après tout Alex Jones/Bill Hicks est bel et bien un loup déguisé en agneau, sans compter que ses spectacles en Angleterre ont connu un succès immédiat (ce qui rappelle le parcours d'un autre agent secret célèbre: Houdini).
Le blason de la Fabian Society
- cet article est le plus ancien que j’ai pu trouver à ce sujet.
- celui-ci est l’un des plus complets sur la question.
Bien entendu, il convient de rester prudent et de ne pas prendre pour argent comptant toutes les informations contenues dans ces sites et vidéos.
Pour conclure, je crois que cette vidéo doit nous pousser à nous interroger sur cette pratique de l’échange de personnalités que la CIA a très clairement mis en œuvre dans le cas d’Alex Jones. Quelle en est l'ampleur? Les personnalités médiatiques qui nous sont familières sont-elles vraiment les personnes que nous croyons être? Les opérations de chirurgie esthétique monstrueuses pratiquées sur certaines vedettes ne sont-elles que de simples accidents industriels (les stars n’auraient-elles donc pas les moyens de s’offrir les services de chirurgiens compétents?), ou un moyen de camoufler le fait que la personnalité originale a été remplacée? L’exemple qui vient immédiatement à l’esprit est celui de Michael Jackson, dont la rumeur court qu'il pourrait avoir été remplacé dès le début des années 90.
Au-delà de ça, cette affaire pose également la question de l'infiltration des médias et du milieu culturel américains par les services de renseignement. Combien d'agents de la CIA se cachent-ils dans les médias? L'article sur L'histoire secrète des champignons hallucinogènes a démontré que le groupe Time-Life était entièrement contrôlé par la CIA, les autres médias (mainstream et « alternatifs ») sont-ils dans le même cas? C'est plus que probable. Bill Hicks était très probablement un agent avant de devenir Alex Jones. Combien d'autres humoristes et acteurs sont eux aussi des loups déguisés en agneau? Gary Devore partait faire des barbouzeries en Amérique Latine entre l'écriture de deux scénarios de blockbusters hollywoodiens. Frances Stonor Saunders a montré que les artistes dits avant-gardistes étaient soutenus par la CIA, et qu'à la fin des années 60, l'agence de renseignement avait commandé la publication de plus de mille livres à des fins de propagande. Les recherches de Dave McGowan montrent que les vedettes de la chanson des années 60-70 sont quasiment toutes issues du milieu du renseignement et/ou de l'armée. Etc. etc.
Il serait sans doute naïf de croire que cette infiltration se limite aux États-Unis. La France se trouve très certainement dans le même cas. Le « duo » Alex Jones/Bill Hicks évoque d'ailleurs furieusement le duo Alain Soral/Dieudonné. Les médias et la culture français sont eux aussi totalement sous le contrôle de la machine étatique. Heureusement, il reste quelques espaces de liberté sur internet... Pour combien de temps?
➤ Les techniques télévisuelles pour vous plonger dans une transe hypnotique
Tout d'abord, les auteurs, John et Bonnie, sont ce que les américains appellent des « Jesus freaks », c’est à dire des chrétiens plus ou moins fondamentalistes obsédés par Jésus, le Diable et ses démons, et qui voient des satanistes partout. La vidéo que je vous propose ci-dessous est en fait la seconde partie d’une autre vidéo plus longue, visible ici. Dans la première partie de cette dernière vidéo, John et Bonnie, qui sont, d’après leur accent, probablement originaires de la très crédule et très superstitieuse Bible Belt, nous font part de ces obsessions.
Or le satanisme, au-delà de sa réalité sectaire ultra-groupusculaire, est avant tout une tactique de désinformation utilisée par les services de renseignement (pour couvrir leurs agissements néfastes, en créant une diversion) et les diverses églises chrétiennes (pour justifier leur existence, en donnant une importance démesurée à un ennemi hypothétique - i.e. l'Ennemi, Satan). John et Bonnie sont-ils des relais conscients de cette désinformation, ou de simples idiots utiles? J’ai tendance à pencher pour la seconde hypothèse. Quoi qu’il en soit, il s’agit là de ma réticence la plus importante vis à vis de cette vidéo. Après tout, l’objet de ce blog est avant tout de dénoncer la désinformation, non pas de la relayer.
De plus, le thème central de la vidéo est ce que John appelle les « cercles mnémoniques ». Ce terme est utilisé mal à propos. La mnémonique recouvre l’ensemble des techniques qui facilitent la mémorisation. Or les cercles présentés ici sont utilisés pour induire un état de transe hypnotique chez le spectateur. Il eût donc été préférable de parler de « cercles hypnotiques », par exemple.
Enfin, les auteurs de la vidéo établissent un lien entre ces cercles et les sceaux kabbalistiques présents dans La petite clef de Salomon. Cette thèse est très discutable, d’autant plus qu’elle nous est assénée sans aucun argument, même si on ne peut l’exclure totalement.
À propos d’arguments, on pourra aussi regretter l’absence totale de sources de la vidéo, en particulier en ce qui concerne les diverses techniques d’hypnose, et leurs liens éventuels avec les images présentées dans la vidéo. À la décharge des auteurs, il est hautement probable que si ces liens existent réellement, aucune étude scientifique ne sera jamais publiée à ce propos.
Tout cela fait beaucoup de points négatifs.
Mais...
Mais je pense que les auteurs ont malgré tout mis le doigt sur quelque chose de bien réel, même s'ils noient leur découverte dans un océan d'erreurs, d'approximations et de désinformation consciente ou inconsciente. Le rôle de la télévision est, comme le disait Patrick Le Lay, de rendre le cerveau des téléspectateurs disponible. Disponible aux publicités de Coca-Cola, mais aussi à toute la propagande et à la désinformation que subissent les masses qui regardent encore ce média. Or un individu sous hypnose, ou en état de quasi-hypnose, est plongé dans un état de suggestibilité maximale. Il me semble plus que probable que les techniques visuelles présentées dans cette vidéo ont effectivement pour objet de plonger le spectateur dans un état de type hypnotique, ou à tout le moins d’augmenter sa suggestibilité. Le plus troublant est que ces figures et formes que les auteurs appellent à tort « cercles mnémoniques » semblent omniprésentes sur les chaînes américaines (et peut-être aussi sur les chaînes françaises? Ne regardant pas la télévision, je ne saurais le dire). Vous pourrez trouver plus d’exemples de tout ceci à partir de la 3ème minute de cette vidéo, intitulée Illuminati Black MagiK Television Tricks REVEALED!! (tout un programme... Cette chaîne Youtube s'est spécialisée dans la désinformation pure et dure sur les Illuminati, les satanistes etc.), qui s'inspire des informations de la vidéo présentée ci-dessous.
➤ La fondation Rockefeller et les débuts de la recherche sur la guerre psychologique
La fondation Rockefeller a été la principale source de financement pour la recherche concernant l'opinion publique et la guerre psychologique entre la fin des années trente et la fin de la seconde guerre mondiale. Le gouvernement et les grandes entreprises n'ayant pas encore manifesté d'intérêt particulier ni soutenu les études en lien avec la propagande, la plus grande partie du financement de ces recherches provenait de cette puissante organisation qui comprit l'importance d'évaluer et d'orienter l'opinion publique dès l'immédiat avant-guerre.
L'intérêt philanthropique des Rockefeller pour l’opinion publique recouvrait deux aspects:
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Évaluer et modifier l’environnement psychologique des États-Unis en prévision de l’engagement américain dans la guerre mondiale à venir.
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Mener une guerre psychologique et supprimer l’opposition populaire à l’étranger, en particulier en Amérique Latine.
Après avoir constaté que l’administration de Franklin Roosevelt était embourbée politiquement et que sa capacité à préparer la guerre en termes de propagande interne et externe était amoindrie, la fondation Rockefeller a installé des projets et des instituts de recherche à l’université de Princeton, à l’université de Stanford et à la New School for Social Research pour superviser et analyser les transmissions radio à ondes courtes venant de l’étranger.
Les « pères fondateurs » de la recherche sur les communications de masse n’auraient jamais pu créer ce champ d’études sans les largesses des Rockefeller. Tout comme Harold Laswell, propagandiste durant la première guerre mondiale et expert en sciences politiques à l’université de Chicago, le psychologue Hadley Cantril fut un contributeur majeur aux connaissances et aux informations qui permirent à l’empire américain ainsi qu’aux entreprises contrôlées par les Rockefeller de dominer la période post-seconde guerre mondiale. Durant cette période, Cantril a fourni au conglomérat Rockefeller d’importantes informations et de nouvelles techniques de mesure et de contrôle de l’opinion publique en Europe, en Amérique Latine et aux États-Unis.
Cantril, camarade de chambre de Nelson Rockefeller à la faculté de Darmouth à la fin des années 20, a obtenu un doctorat en psychologie à Harvard et a co-écrit The Psychology of Radio en 1935 avec Gordon Allport, son directeur de thèse. Cantril et Allport firent remarquer que « la radio est un moyen de communication entièrement nouveau, primordial en tant qu’outil de contrôle social, et historique quant à son influence sur le paysage mental de l’humanité. »
L’étude suscita l’intérêt de John Marshall, responsable de la section sciences humaines à la fondation Rockefeller, qui était chargé par la fondation de convaincre les diffuseurs privés d’inclure d’avantage de contenu éducatif dans leur programmation, élaborée jusqu’alors dans l’optique d’attirer les annonceurs publicitaires. Pour y parvenir, Rockefeller finança des associations au sein des réseaux de diffusion CBS et NBC.
Au courant du lien unissant Rockefeller et Cantril depuis Dartmouth, Marshall incita ce dernier à postuler à la fondation pour obtenir son soutien. Cantril obtint une bourse de 67 000$ permettant d’assurer le financement du « Princeton Radio Project » (PRP) pendant deux ans à l’université de Princeton. Là, Cantril mena des études portant sur les effets de la radio sur le public. En 1938, Cantril devint également un des rédacteurs qui fondèrent la revue financée par la fondation Rockefeller, Public Opinion Quarterly, un organe étroitement associé aux opérations de guerre psychologique menées par le gouvernement américain après la seconde mondiale.
Lorsque l’entreprise de Princeton ouvrit ses portes, le directeur de la recherche de CBS Frank Stanton, un autre psychologue confirmé, et lui aussi proche de Rockefeller, fut nommé directeur de recherche de PRP, mais il occupa un rôle secondaire de directeur associé, en raison de sa position à CBS. C’est à cette époque que Paul Lazarsfeld, un émigré autrichien expert en sciences sociales, fut recruté pour se joindre à Cantril. C’est ainsi que Cantril, Stanton et Lazarsfeld furent associés, et qu’ils furent mis dans des conditions idéales pour se lancer dans une étude de grande ampleur sur l’opinion publique et la persuasion.
L’opportunité pour mener une analyse de ce type se présenta à l’occasion de la diffusion par CBS de l’adaptation par Orson Welles de La Guerre des Mondes de H.G. Wells, le 30 octobre 1938. Lazarsfeld considéra qu’il s’agissait d’un événement particulièrement remarquable, et demanda immédiatement à Stanton un financement par CBS pour étudier les réactions à ce qui constituait alors le plus important acte de persuasion de masse de l’histoire de l’humanité. Au cours des mois qui suivirent, les témoignages des auditeurs de La Guerre des Mondes furent recueillis, puis transmis à Stanton à CBS avant qu’ils fussent analysés dans l’étude publiée par Cantril en 1940: The Invasion From Mars: A Study in the Psychology of Panic.
Soulignant le manque « d’informations basiques sur la formation et l’évolution » de l’opinion publique, la fondation s’efforça par la suite de mieux comprendre cette dernière en temps de guerre. Le rapport de la fondation pour 1939 déclare que: « La guerre en Europe a offert à ce pays une opportunité unique d’étudier le développement de l’opinion publique, les changements qui l’affectent en fonction du contexte, et les motifs de ces changements ».
Après avoir confié à Cantril la tâche de passer en revue les données regroupant plusieurs années de sondages et d’interviews, la direction de la fondation a conclu que le projet:
fournirait des faits essentiels quant à la formation et aux tendances de l’opinion publique lorsqu’on passe de l’état de paix à celui de guerre, puis d’un état à l’autre sous l’influence de guerres successives. Nous nous attendons à ce qu’une analyse plus poussée des données démontre l’influence de facteurs tels que les relations familiales, le niveau d’éducation et l’occupation professionnelle; l’origine des groupes manifestant un fort intérêt, ou une absence d’intérêt, sur de nombreux sujets.
C’est ainsi, l’entrée des États-Unis dans la seconde guerre mondiale étant désormais imminente, que Rockefeller fournit 15 000$ à Princeton pour mettre en place l’Office of Public Opinion Research [ndt: OPOR, bureau de recherche sur l’opinion publique]. L’un des principaux objectifs de l’OPOR était d’examiner de façon systématique le processus de formation de l’opinion, les facteurs motivant les sentiments du public envers certains sujets et, comme le disait Cantril: « de suivre les fluctuations de l’opinion publique durant la guerre qui avait déjà débuté en Europe, et dans laquelle j’avais le sentiment que les États-Unis seraient bientôt impliqués ».
En 1940, la fondation fit passer la dotation dévolue à la recherche sur l’opinion publique et les communications de masse à 65 000$, dont 20 000$ furent alloués à l’OPOR de Cantril. De plus, 25 000$ furent accordés à l’école des affaires publiques et internationales de Princeton pour surveiller et évaluer les transmissions radio européennes à ondes courtes, et 20 000$ à Harold Lasswell, l’expert en sciences politiques de l’université de Chicago, pour qu’il crée un institut à la bibliothèque du Congrès « afin d’y mener un plus grande nombre d’études sur les transmissions radio, la presse et d’autres médias ». Une station de surveillance des transmissions de radio à ondes courtes fut mise en place à l’université de Stanford pour évaluer les communications en provenance d’Asie.
Cantril parvint, grâce à des méthodes d’échantillonnage secrètes, à prédire le comportement des électeurs à l’occasion de référendums importants au Canada et aux États-Unis. Ces réussites rappelèrent le jeune psychologue au bon souvenir de son ancien camarade de classe Nelson Rockefeller, qui était alors un proche collaborateur de Franklin Roosevelt. Rockefeller supervisait le bureau du coordinateur des affaires inter-américaines au département d’état, une branche du renseignement américain dont l’activité principale consistait à mener des opérations de guerre psychologique en Amérique Latine. Étant donné la répulsion qu’éprouvaient les américains envers la propagande, des titres tels que ceux donnés à l’agence de Rockefeller avaient pour but de masquer la nature de ce type d’opérations.
L’une des principales préoccupations de Rockefeller était de vérifier l’état de l’opinion en Amérique du Sud, dans l’optique d’implanter dans la région les intérêts bancaires et pétroliers des Rockefeller. Selon lui, le pouvoir ne se manifesterait plus par le contrôle militaire sur des colonies, mais plutôt par l’exercice d’un soft power, où la compréhension et l’anticipation des tendances de l’opinion publique tiendraient une place centrale. C’est à cette fin qu’à la fin des années 40, Rockefeller aida Cantril et l’imprésario de l’opinion publique George Gallup à créer l’American Social Surveys, une entité à but soi-disant non lucratif qui analysait méticuleusement les évolutions de l’opinion publique en Amérique du Sud.
En 1942, Cantril posa également la première pierre de The Research Council, Inc. grâce à un financement initial du magnat de la publicité Gerard Lambert. Établi à Princeton, le Research Council se lança dans une enquête à l’échelle nationale pour évaluer l’opinion publique en tant de guerre, et pour anticiper l’état de l’environnement après la fin des hostilités. En se servant de Rockefeller comme d’un intermédiaire, Roosevelt étudia avec attention les résultats des recherches de Cantril pour rédiger ses discours pendant la guerre. Le Research Council commença alors à mettre en œuvre des projets en Afrique du Nord pour le compte du département de la guerre psychologique du renseignement militaire, pour celui du département d’état concernant l’attitude des américains envers les affaires étrangères, et pour l’Office of Strategic Services [ndt: OSS, le précurseur de la CIA] à propos de l’état de l’opinion publique en Allemagne.
Le Research Council de Cantril poursuivit ses activités en faveur des intérêts américains après la guerre, évaluant l’opinion publique en France, aux Pays-Bas et en Italie pour y anticiper et étouffer dans l’œuf les mouvements populaires politiques et sociaux. On apprit par la suite que, pendant la majeure partie de son existence, le Research Council avait été financé par la CIA via la fondation Rockefeller, une technique fréquemment employée par Rockefeller pour soutenir divers projets secrets.
Nelson était si satisfait des analyses de Cantril sur l’opinion publique européenne qu’alors qu’il occupait le poste de consultant pour la guerre psychologique auprès du président Eisenhower en 1955, il offrit au chercheur ainsi qu’à son associé Lloyd Free un patronage à vie portant sur une somme d’un million de dollars, afin qu’il continue à fournir des informations de ce type. Cantril se souvient que « Nelson a toujours été profondément convaincu qu’il convenait d’utiliser les outils et concepts fournis par la psychologie pour atteindre à une meilleure compréhension des peuples ». Nanti de cette somme formidable, à propos de laquelle le New York Times a révélé par la suite qu’elle provenait en fait de la CIA, qui avait utilisé la fondation Rockefeller comme écran, les chercheurs créèrent une structure à but non-lucratif, l’Institute for International Social Research, au sein duquel Rockefeller était listé en tant qu’un de ses principaux administrateurs.
L’intérêt de la fondation Rockefeller pour l’art de la persuasion aux États-Unis alla croissant tout au long de la guerre. Par exemple, entre 1938 et 1944, l’organisation dépensa un total de 250 000$ pour la production de films documentaires et éducatifs par l’intermédiaire de l’American Film Center. À la fin des années 40, les responsables de la fondation avaient développé un intérêt encore plus prononcé pour la manipulation de l’opinion. Comme on peut le lire dans le rapport de la fondation pour 1948: « Une bonne compréhension des changements dans la communication et dans l’état d’esprit général est importante pour notre système éducatif, pour les dirigeants de grandes organisations, et pour ceux qui s’intéressent aux comportements et aux opinions politiques ». C’est ainsi que la fondation Rockefeller mena une opération de financement sans précédent de la recherche sur la guerre psychologique. En 1954, par exemple, un fonds de 200 000$ fut alloué au psychologue de Yale Carl Hovland pour financer ses études sur la persuasion et les modifications de l’état d’esprit.
Avec la guerre froide en toile de fond, le financement de ce type de travaux fut néanmoins de plus en plus assuré par l’armée américaine, qui recrutait le plus souvent les experts en sciences sociales formés sous les auspices de Rockefeller. Comme l’a remarqué l’historien Christopher Simpsons, le financement gouvernemental durant l’après-guerre représentait au moins 75% des budgets du Bureau of Applied Social Research de Lazarsfeld à l’université de Columbia, ainsi que pour l’Institute for International Social Research de Cantril à Princeton.
Traditionnellement, la classe dirigeante à laquelle appartient la famille Rockefeller ne faisait pas de distinction entre les individus américains et étrangers, en tant qu’ils constituaient des cibles pour la propagande et la modification comportementale, ce qui explique les efforts menés par la fondation Rockefeller dans les domaines plus globaux de l’éducation et des sciences sociales. Lorsqu’on se place dans une perspective où les frontières nationales sont le plus souvent considérées comme des obstacles à des projets de pouvoir et de contrôle politico-économique, tout un chacun est également soumis à des manœuvres de manipulation et de persuasion, ainsi qu’à l’ingénierie du consentement qui est mise en œuvre.
L’intérêt des Rockefeller pour la guerre psychologique ne constitue cependant qu’un simple chapitre d’une saga bien plus vaste. Pour s’en convaincre, il suffit de contempler les conséquences du soutien apporté à certaines approches philosophiques et pédagogiques dans le système éducatif américain, mises en œuvre dès le début du dix-neuvième siècle, et qui ont entraîné une baisse importante de la qualité des structures éducatives. On peut également examiner les autres activités philanthropiques des Rockefeller, qui, entre les tentatives d’apaisement d’une population choquée par le massacre de Ludlow ou les fameux dons de pièces de dix cents de John D. Rockefeller, ont constitué un exercice approfondi et méticuleusement orchestré de gestion de l’impression.
James F. Tracy est professeur en sociologie des médias à la Florida Atlantic University.
Références
- Cantril, Hadley et Gordon Allport. 1935. The Psychology of Radio. New York: Harper & Brothers Publishers.
- Cantril, Hadley. 1940. The Invasion from Mars: A Study in the Psychology of Panic. Princeton NJ: Princeton University Press.
- Cantril, Hadley. 1967. The Human Dimension: Experiences in Policy Research. New Brunswick, NJ: Rutgers University Press.
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- Engdahl, F. William. 2009. Gods of Money: Wall Street and the Death of the American Century. Joshua Tree, CA: Progressive Press.
- Gary, Brett. 1999. Propaganda Anxieties From World War I to the Cold War, New York: Columbia University Press.
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- Lazarsfeld, Paul F. 1969. “An Episode in the History of Social Research: A Memoir”, dans The Intellectual Migration: Europe and America, 1930-1960, pp. 270-337, par Donald Fleming et Bernard Bailyn (eds.). Cambridge, MA: Harvard University Press.
- Maessen, Jurriaan. 2012. “Documents Reveal Rockefeller Foundation Actively Engaged in Mass Mind-Control”, Infowars.com, 4 mars, http://www.infowars.com/documents-reveal-rockefeller-foundation-actively-engaged-in-mass-mind-control/
- Pooley, Jefferson. 2008. “The New History of Mass Communication Research”, dans The History of Media and Communication Research: Contested Memories, pp. 43-69, par Jefferson Pooley and David W. Park (eds.). New York: Peter Lang.
- Rockefeller Foundation Annual Report – 1939. New York: Rockefeller Foundation. https://assets.rockefellerfoundation.org/app/uploads/20150530122137/Annual-Report-1939.pdf
- Rockefeller Foundation Annual Report – 1940. New York: Rockefeller Foundation. https://assets.rockefellerfoundation.org/app/uploads/20150530122139/Annual-Report-1940.pdf
- Simpson, Christopher. 1993. Science of Coercion: Communication Research and Psychological Warfare, 1945-1960. New York: Oxford University Press.
- Shaplen, Robert et Arthur Bernon Tourtellot (eds.). 1964. Toward the Well Being of Mankind: Fifty Years of the Rockefeller Foundation. Garden City NY: Doubleday & Company.
➤ « Papa » John Phillips, le roi-loup de L.A.
« John [Phillips] était le contrôleur ultime. » Lou Adler, producteur/manager de The Mamas and the Papas
« C’était pratiquement son esclave. » Michelle Phillips, décrivant la relation entre John et sa troisième femme, Genevieve Waite
Au cours de notre voyage, nous avons pu voir comment ce qu'on pourrait considérer comme étant les deux meurtres de masse les plus sanglants et les plus célèbres de l'histoire de la Cité des Anges – les meurtres des occupants de la demeure de Cielo Drive dans le Benedict Canyon, et les meurtres à coups de matraques de quatre trafiquants de drogue sur Wonderland Avenue, surnommés Four on the Floor – étaient en relation directe avec la scène musicale du Laurel Canyon. Mais la ville de Los Angeles peut s'enorgueillir d'un autre meurtre particulièrement célèbre, et qui est sans conteste le plus horrible et le plus fameux des homicides non élucidés dans l'histoire de la ville.
Le 15 juillet 1947, le corps mutilé de l'actrice débutante Elizabeth Short était retrouvé étendu sur une pelouse. Le corps nu avait été massacré rituellement, coupé en deux avec soin, et complètement vidé de son sang. Des parties du corps avaient été retirées, après quoi le cadavre avait été soigneusement désinfecté. Des ecchymoses indiquaient avec certitude que la jeune fille avait été frappée avec une grande brutalité. L'autopsie a révélé que, pendant qu'elle avait été soumise à la torture, on l'avait forcée à manger des excréments. Elle fut bientôt surnommée « le Dahlia Noir », un nom qui est resté célèbre jusqu’à nos jours.

Le corps mutilé d'Elizabeth Short
Il y a beaucoup d’éléments contradictoires dans ce qui a été écrit sur la courte vie de mademoiselle Short. Parmi les faits sur lesquels tout le monde semble s’accorder, on citera qu’elle avait travaillé peu de temps auparavant sur une base militaire nommée Vandenberg Air Force Base, et qu’elle était liée d’une façon ou d’une autre avec un hôpital de l’US Navy à San Diego, où il se pourrait qu’elle ait travaillé. C’est en tout cas ce qu’elle annonçait dans une lettre envoyée à sa mère.
Contrairement aux meurtres commis par la Manson Family et à ceux de Wonderland Avenue, la mutilation du Dahlia Noir a eu lieu deux décennies avant les années glorieuses du Laurel Canyon. Néanmoins, un lien pourrait exister entre ce meurtre et la scène musicale.
Cette histoire commence le 30 août 1935, avec la naissance de John Edmund Andrew Phillips, fils de Claude et Edna Phillips. Claude était un officier et ingénieur du corps des Marines à la retraite. Son père, John Andrew Phillips, un architecte de premier plan, fit un jour « une chute mortelle et mystérieuse » sur un chantier, d’après l’autobiographie de John Phillips.
La mère de John, Edna, a eu une éducation peu conventionnelle. Sa mère était une médium et une guérisseuse, et la plupart de ses onze frères et sœurs étaient connus localement pour être des bandits à la gâchette facile. À l’âge d’un an, Edna aurait prétendument été enlevée par des gitans! Pas d’inquiétude à avoir, cependant – son père l’aurait retrouvée un an après au Mexique, même si la façon dont il a récupéré sa fille restera sans doute un mystère à tout jamais.
Edna avait tout juste quinze ans quand elle rencontra Claude Phillips, avec qui elle entama une relation. D’après la légende, Claude aurait soi-disant gagné un bar situé dans l’Oklahoma au cours d’une partie de cartes disputée avec un autre soldat lors de leur retour de France à la fin de la première guerre mondiale; ce qui, rétrospectivement, semble tout aussi crédible que la plupart des histoires de famille racontées par John. Edna venait d’avoir dix-huit ans lorsqu’elle mit au monde le premier enfant du couple, Rosie Phillips, le jour de la Saint-Sylvestre 1922. Rosie fit par la suite carrière au Pentagone, où elle retrouvera la première épouse de John. Quelques années plus tard, John racontera que la fille de Rosie, Patty, sera « retrouvée morte d’une overdose dans l’appartement d’une amie à North Hollywood... Sa mort était entourée de mystère. » C’est le genre de choses qui ont tendance à arriver aux familles installées dans le Laurel Canyon.
À la fin des années 20, Claude Phillips fut envoyé à Haïti, où il resta pendant quatre ans. Il fut ensuite muté à Quantico, puis à Managua, au Nicaragua, avant de revenir à Alexandria en Virginie, où John Phillips, que l’on pourrait considérer comme la figure la plus importante de la scène musicale du canyon, passa la majeure partie de son enfance. John fréquenta les bancs d’écoles militaires et catholiques particulièrement strictes. Il fut aussi enfant de chœur, même si lui-même raconte qu’il avait un côté sombre qui le poussait à s’adonner au vandalisme, au vol de voitures, à l’effraction de domicile, à la bagarre et à d’autres bêtises de ce genre. Sa mère, quant à elle, faisait la chasse aux hommes, quand elle ne passait pas son temps avec un colonel de l’US Army du nom de George Lacy. Par la suite, John eut vent d’une rumeur affirmant que que son véritable père était un médecin du corps des Marines nommé Roland Meeks, qui perdit la vie dans un camp de prisonniers au Japon durant la seconde guerre mondiale.
Phillips jouait au basket à la George Washington High School, dont il sortit diplômé en 1953. Il parvint ensuite à intégrer l’académie navale d’Annapolis, qu’il quitta peu de temps après son admission. Il obtint l’un de ses premiers emplois sur un bateau de pêche recyclé pour le transport de passagers. Comme John s’en souviendra par la suite, l’équipage, en plus de lui, était composé d’un officier de la Navy à la retraite et de quatre généraux de l’Army à la retraite. Un petit boulot qui semblait parfaitement convenir à l’un des futurs guides du mouvement hippie. Phillips s’est aussi essayé à la vente de concessions dans les cimetières.
Comme nous l’avons vu au début de cette odyssée, la première épouse de John était l’aristocratique Susie Adams, une descendante en ligne directe du président John Adams, et une pratiquante occasionnelle du vaudou. Le premier enfant du couple, Jeffrey, naquit le 13 décembre 1957. Peu de temps après, John se retrouva à la Havane à Cuba, juste au moment où le régime de Batista était sur le point d’être renversé par les forces révolutionnaires de Fidel Castro. D’après Phillips, ses compagnons de voyage et lui « furent attrapés dans la rue par un réalisateur, et emmenés dans un studio de télévision pour apparaître en direct dans une émission de variété de La Havane ». Je suis certain que de nombreux lecteurs ont connu des expériences similaires.
Plusieurs mois plus tard, en 1958, Phillips s’envola pour Los Angeles où il donna des concerts amateurs à la Pandora Box sur le légendaire Sunset Strip. Son premier groupe, The Journeymen, était composé de Phillips, Scott McKenzie et Dick Weismann. C’est au cours d’une tournée avec ce groupe que Phillips rencontra Holly Michelle Gilliam, alors très jeune. Michelle était née le 10 novembre 1944 à Long Beach, en Californie, d’un père tantôt décrit comme travaillant dans la marine marchande, comme un assistant de production pour le cinéma, ou comme un intellectuel autodidacte. Lorsque la mère de Michelle, la fille d’un prêtre baptiste, décéda d’une rupture d’anévrisme, celle-ci était tout juste âgée de cinq ans. Son père emmena alors ses filles avec lui au Mexique, pour y poursuivre des études universitaires, études financées par une bourse réservée aux vétérans de la seconde guerre mondiale. Ils y restèrent plusieurs années. À leur retour en Californie du Sud, Gil trouva du travail en tant qu’agent de probation pour le comté de Los Angeles. D’après John, le travail de Gil « l’amenait souvent à quitter la ville », même si on peut penser que ces absences devaient rendre difficiles sa vérification de l’exécution des peines.
En 1958, pendant que son futur époux prenait des vacances dans une île de Cuba en pleine guerre civile, Michelle trouvait une mère de substitution en la personne de Tamar Hodel, une jeune femme de vingt-trois ans. Le père de Tamar, le docteur George Hodel, a été décrit en 2007 par le magazine Vanity Fair comme étant « l’homme le plus pathologiquement décadent de Los Angeles » et comme « la sommité locale sur les maladies vénériennes et un membre permanent du gotha de la ville ». L’article relevait également que « George Hodel partageait avec Man Ray une passion pour les œuvres du marquis de Sade, ainsi que la croyance que la quête de la liberté personnelle valait tous les sacrifices ». En d’autres termes, Hodel avait adopté la devise luciférienne « Fais ce que voudra ». [ndt: la maxime rabelaisienne a été reprise par Aleister Crowley, alias la Bête 666: « Do what thou wilt shall be the whole of the Law »]
George Hodel
Toujours d’après cet article, Tamar et ses frères et sœurs avaient « grandi dans la maison de leur père à Hollywood, une sorte de temple maya conçu par le fils de Frank Lloyd Wright, et qui était le lieu de fêtes débridées au cours desquelles Hodel était parfois rejoint par le réalisateur John Huston et le photographe Man Ray ». La luxueuse demeure abritait, entre autres aménagements, un caveau souterrain, ce qui peut toujours être utile. Dans cette maison décidément très étrange située sur Hollywood Hills, à moins de cinq kilomètres de l’entrée du Laurel Canyon, Tamar raconte comment elle « posait souvent, et ‘‘difficilement’’ nue... pour ‘‘ce vieux pervers’’ de Man Ray et [comment] elle était parvenue à échapper à un John Huston au comportement de prédateur ». Son propre père, on n’en sera pas surpris « avait eu des relations incestueuses avec elle.‘‘À onze ans, mon père m’a appris à lui faire des fellations’’ ». Son père l’a aussi « initiée à la lecture des livres érotiques, la préparant pour ce qu’il présentait comme leur future union transcendante », tout en la partageant librement avec ses amis riches et influents.
La maison de George Hodel de nos jours
« La jeune fille apprit alors avec horreur qu’elle était enceinte » à l’âge de quatorze ans, et qu’il s’agissait de l’enfant de son père. « Elle fut horrifiée d’entendre que ‘‘mon père voulait que j’accouche de son enfant’’ ». Un ami l’emmena néanmoins pratiquer un avortement. Le docteur George en fut si furieux que, d’après Tamar, « il la frappa sur la tête avec un pistolet », ce qui força sa belle-mère (qui se trouvait être l’ex-femme de John Huston) à l’aider à partir se cacher. Le docteur George Hodel fut arrêté et accusé, entre autres, d’avoir offert sa jeune fille à plusieurs amis au cours d’une orgie. Le procès pour inceste fit sensation en 1949; on put y entendre un témoin qui décrivait comment Hodel l’avait hypnotisé au cours d’une soirée.
Les allégations selon lesquelles les riches et les puissants pratiquent l’inceste, l’hypnose, organisent des orgies pédophiles et sont des adeptes de philosophies lucifériennes ont sûrement dû choquer les habitants du Los Angeles des années 40, tout comme elles choqueraient sans doute la majorité des américains de nos jours. Ceci explique peut-être pourquoi le jury fit le choix de ne pas croire Tamar, et d’acquitter le docteur Hodel. Bien sûr, le fait que Tamar ait été diffamée à la fois par la défense, menée par Jerry Giesler, ainsi que par la presse locale, a sans doute pesé dans la balance.
Ce que peu de personnes savaient alors, et qui peut sembler encore plus choquant que les accusations entendues au cours du procès, est qu’Hodel, alors même qu’il était accusé de ces crimes, était par ailleurs le principal suspect dans l’affaire du meurtre du Dahlia Noir! De nombreux suspects furent identifiés dans cette affaire, y compris l’acteur-réalisateur Orson Welles. Mais George Hodel semble bien être le suspect principal. Et sa possible culpabilité, il convient de le noter, n’exclut pas la participation de complices à ses côtés. L’erreur commise par la quasi-totalité des enquêteurs sur cette affaire a été de croire qu’il n’y avait qu’un seul coupable. Il est tout à fait possible qu’Hodel ait commis ce crime avec la collaboration d’autres fréquentations de son cercle luciférien. Le photographe Man Ray, par exemple, est un suspect de premier choix, étant donné que la pose dans laquelle a été découverte le cadavre de mademoiselle Short semblait reproduire Le Minotaure, une de ses photographies les plus célèbres.
Le Minotaure de Man Ray
Il paraît improbable que la fille de quatorze ans d’un petit agent de probation se retrouve dans l’orbite de la fille du très riche et très bien introduit George Hodel, mais j’imagine que ce n’est pas moins improbable que de nombreux autres aspects de la saga du Laurel Canyon. Tamar, décrite par Michelle comme étant « la quintessence du glamour », prit rapidement la jeune fille sous son aile, lui achetant des vêtements, l’inscrivant à des cours de mannequinat, lui apprenant à conduire, lui fournissant une fausse carte d’identité ainsi qu’un flux continu de médicaments sous ordonnance – probablement obtenus grâce à son père. D’après Michelle, « Tamar badinait avec mon père, et coucha avec lui lorsque cela devint nécessaire ». Ceci explique peut-être pourquoi Gil n’a rien trouvé à redire lorsque, au début de l’année 1961, sa fille mineure est partie s’installer à San Francisco avec sa mère de substitution.
Tamar eut bientôt une relation avec le membre des Journeymen Scott McKenzie, et Phillips, autre membre de ce groupe, se mit à rendre visite à Tamar et Michelle sur une base journalière. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Michelle, alors tout juste âgée de seize ans, ait une relation amoureuse avec Phillips, âgé quant à lui de vingt-cinq ans, malgré le fait que John était à l’époque toujours marié avec Susie Adams, avec laquelle il vivait encore, et qui lui avait donné deux enfants, Laura Mackenzie Phillips ayant vu le jour le 10 novembre 1959 à, naturellement, Alexandria en Virginie. Le père Gil, qui venait de se trouver sa propre épouse de seize ans (l’une de ses six épouses), n’exprimait toujours pas son inquiétude. Et on peut dire sans grand risque de se tromper que le père de Phillips, qui avait fait la cour à sa femme alors que cette dernière n’était âgée que de quinze ans, n’était probablement pas très inquiet lui non plus.
En octobre 1962, environ un an après avoir rencontré Michelle, John se retrouva à Jacksonville, en Floride, à côté de la base aéronavale de Jacksonville et de la base navale de Mayport pour « deux semaines de repos et de répétitions », qui coïncidaient avec la crise des missiles de Cuba. Pour quelqu’un qui d’après ses dires « n’a jamais apprécié les plaidoyers politiques », John semblait éprouver un intérêt très marqué pour les affaires cubaines. Deux mois plus tard, le jour de la Saint-Sylvestre 1962, Holly Michelle Gilliam devint la seconde épouse de John Phillips. Elle intégra aussi le nouveau groupe de son époux, tout comme le canadien Denny Doherty, qui était auparavant membre des Mugwumps avec Cass Elliot. Le groupe fut nommé The New Journeymen.
Le trio nouvellement formé embarqua pour une aventure caribéenne alimentée par la drogue, avec St. Johns comme première destination, où John prétendit qu’ils avaient « nagé dans l’acide » durant plusieurs semaines. Ils se dirigèrent ensuite vers St. Thomas, où ils emménagèrent dans un bar miteux nommé Duffy’s situé en bord de mer, et qui faisait également office de pension de famille. Ils y furent bientôt rejoints par Ellen Naomi Cohen, plus connue sous le nom de Cass Elliot, accompagnée de son ami d’enfance, le neveu de John. Cass naquit à Baltimore, mais elle fut élevée à Alexandria où elle étudia au lycée George Washington, tout comme Phillips. La légende raconte que Cass servait dans la salle pendant que le trio jouait des chansons folk. Au cours de la période qu’ils passèrent sur cette île, Phillips raconte que « la ville grouillait de Marines et de marins ivres qui revenaient du Vietnam ».
Le groupe quitta la pension de famille pour s’installer dans une maison en construction sur Creeque Alley qui, toujours d’après John, fut connue comme « la maison ouverte de l’île, et tout le monde était le bienvenu dans notre communauté ». Au bout d’un certain temps, le gouverneur leur enjoignit de quitter l’île, censément « parce qu’il pensait que son neveu se droguait avec les cinglés de Creeque Alley ». Le groupe était finalement composé de John Phillips, Michelle Phillips, Denny Doherty et Cass Elliot, et ils avaient composé de quoi sortir un album. Ce premier album inclura des classiques comme California Dreamin’ et Monday, Monday. Aucun des albums suivants du groupe ne s’approchera du niveau de composition et d’écriture qu’ils sont parvenus à atteindre d’une façon ou d’une autre au cours de leur aventure caribéenne.
The Mamas and the Papas
Bien qu’ils fussent isolé sur St. Thomas, les chansons que le groupe ramena avec lui à L.A. étaient comme par hasard du genre folk-rock, que personne n’avait entendu auparavant, mais qui devait bientôt émerger. Dans son autobiographie, Papa John, Phillips cite Doherty disant que tout le monde « évoluait vers le même son au même moment, sans qu’il y ait vraiment d’échanges à ce sujet ». Je suppose qu’il s’agissait là de l’œuvre du destin – une coïncidence extraordinaire de plus!
On peut dire que Phillips a donné un certain nombre de versions différentes à propos de la création des chansons de ce premier album. Dans l’une d’entre elles, California Dreamin’ a été écrite au milieu de la nuit dans une chambre d’hôtel de New York, avec l’aide de Michelle. Une autre version soutenait que la chanson avait été composée au cours du voyage entre New York et Los Angeles. Une autre que la chanson remontait à 1963. Et il arrivait aussi que Phillips prétende que la chanson n’avait même pas été écrite pour The Mamas and the Papas, mais plutôt pour Barry McGuire, qui était un chanteur dans le vent après la sortie de Eve of Destruction en 1965.
Un mois après leur arrivée à L.A., le groupe était déjà pourvu d’un producteur/manager (Lou Adler, un gamin juif qui avait grandi dans un quartier chaud peuplé majoritairement d’hispaniques) et d’un contrat avec une maison de disques, et John et Michelle s’étaient installés dans une maison confortable située sur la Lookout Mountain dans le Laurel Canyon. Ils eurent bientôt suffisamment d’argent pour acquérir l’ancienne résidence de Jeanette McDonald au 783 Bel Air Road, où l’on pouvait admirer des « gargouilles sculptées dans le bois » et qui bénéficiait d’un « caveau sous la maison », ce qui peut toujours servir, comme je l’ai déjà mentionné. Sise sur deux hectares de terrain, la luxueuse demeure, avec cinq Rolls-Royce dans l’allée, était le théâtre de fêtes ininterrompues.
Le groupe nouvellement formé avait bien entendu besoin d’un nom; John a beaucoup insisté pour que ce soit Magic Cyrcle et les connotations occultistes qui l’accompagnent. Le groupe fut brièvement connu sous ce nom avant qu’il ne devienne définitivement The Mamas and the Papas. Il s’avéra que le groupe eut une durée de vie assez courte: il n’enregistra et ne se produisit sur scène que pendant trois ans, de 1965 à 1968, avec une brève reconstitution en 1971 pour satisfaire à des obligations contractuelles envers leur maison de disque. Au cours de cette période, le groupe accoucha de cinq albums et de onze singles classés dans les quarante meilleures ventes. À ce jour, la formation a vendu près de 100 000 000 d’albums.
Le premier album de The Mamas and the Papas, If You Can Believe Your Eyes and Ears, sortit au début de l’année 1966 et se classa au sommet des ventes de disques. La suite peut se résumer à un lent déclin. Alors qu’ils enregistraient leur second album en juin 1966, Michelle fut congédiée du groupe parce qu’elle avait une liaison avec Denny Doherty, ce qui provoquait de nombreuses frictions au sein du groupe. Elle fit cependant son retour au mois d’août, ce qui n’empêcha pas la sortie du second album de se solder par un relatif échec commercial. Le troisième album, enregistré en 1967 et intitulé Deliver, fut un échec tout court. Puis en juin de cette année, The Mamas and the Papas se produisirent en clôture du festival pop de Monterey, où leur prestation fut unanimement qualifiée de pathétique.
Deux mois après Monterey, le groupe fit sa dernière apparition télévisuelle dans le Ed Sullivan Show. Deux mois plus tard, le quartet se rendit en Europe pour y enregistrer leur quatrième album. Le groupe se sépara peu après. John se lança dans une carrière solo avec la sortie de John Phillips, the Wolf King of LA, frappé du logo de son propre label, Warlock Records, et qui fut un échec commercial. Pour satisfaire les demandes de leur maison de disque, le groupe se reforma brièvement à l’occasion de la sortie de leur quatrième album, People Like Us. Le groupe fut une fois de plus dissout peu après cette tentative infructueuse sur le plan commercial.
À l’apogée de The Mamas and the Papas, John et Michelle connaissaient, et accueillaient régulièrement chez eux, virtuellement tous les personnages importants des canyons. Le cercle d’amis du couple incluait, en plus des chanteurs et musiciens résidant dans le Laurel Canyon, Warren Beatty, Peter et Jane Fonda, Jack Nicholson, Terry Melcher et sa petite amie Candice Bergen, Marlon Brando, Roman Polanski et Sharon Tate, Abigail Folger et Voytek Frykowski, le journaliste à scandales bientôt décédé Steve Brandt, Larry Hagman, le beau-frère du président Kennedy Peter Lawford (qui sortait à peine de son implication supposée dans la dissimilation du meurtre de Marilyn Monroe), Dennis Hopper, Ryan O’Neal, Mia Farrow, le franc-maçon éthéré Peter Sellers, et Zsa Zsa Gabor. Et un auteur-compositeur court sur pattes et aux cheveux en bataille du nom de Charles Manson.
Charles Manson
Il est certain que les liens entre The Mamas and the Papas et Charles Manson étaient nombreux. Et entre The Mamas and the Papas et les victimes de Cielo Drive. John Phillips, par exemple avait investi 10 000$ dans l’entreprise de Jay Sebring, Sebring International, dont la rumeur disait qu’elle servait de couvertures à diverses activités illégales, y compris le trafic de drogue. Michelle Phillips a eu une brève liaison avec Roman Polanski à Londres, alors que Polanski était marié avec la future victime Sharon Tate; cette dernière aurait été initiée à la pratique de la sorcellerie au cours de ce même séjour londonien. Mama Cass, comme on l’a déjà vu, vivait juste en face de la maison du 2774 Woodstock Road, occupée par Folger et Frykowski. Les deux maisons recevaient fréquemment la visite de trafiquants de drogue notoires. Pic Dawson, le fils d’un haut fonctionnaire du département d’état américain qui était, d’après John Phillips, suspecté par les autorités « d’utiliser la valise diplomatique pour transporter de la drogue entre différents pays », était un des habitués de la maison de Cass (il était également un habitué des maisons de Frykowski/Folger et de Tate/Polanski); tout comme Billy Doyle, un revendeur de drogue local à propos duquel Dennis Hopper prétendait qu’il avait été filmé en train de refourguer sa marchandise à la maison de Tate et Polanski tout juste trois jours avant les meurtres. Bill Mentzer, qui fut par la suite reconnu coupable du meurtre sanglant de Roy Radin – le producteur du film The Cotton Club – était lui aussi un habitué des lieux. La police de Los Angeles a décrit Mentzer comme faisant partie « d’une sorte d’équipe de tueurs ».
La demeure de la « Dame du Canyon » était fréquentée par des personnages si inquiétants que, d’après le journaliste Maury Terry, les quatre premières personnes soupçonnées par la police dans le cadre de l’enquête sur les meurtres de Tate, Sebring, Folger et Frykowski étaient des trafiquants de drogue proches de Cass Elliot. Et pourtant la plupart des musiciens du canyon, qui n’avaient que du « Peace and Love » à la bouche, étaient étrangement des habitués de la demeure de Mama Cass. Comme le notait le magazine Rolling Stone dans son édition spéciale pour son quarantième anniversaire « la maison confortable de Cass Elliot fonctionnait comme une sorte de salon rock ». Dans une veine similaire, Barney Hoskyns écrivit dans Hotel California que « la porte de Cass était toujours ouverte ». L’ouvrage d’Hoskyns souligne également que la scène du Laurel Canyon « tournait entièrement autour de Cass et lui », le « lui » en question renvoyant en l’occurrence à David Crosby qui, tout comme Cass, avait un appétit insatiable pour les antalgiques puissants tels que le demerol, le dilaudid et le percodan. Crosby faisait partie des nombreux habitants du Canyon qui se rendaient régulièrement chez Cass pour se lancer dans des séances d’improvisation, et pour se frotter à des individus peu recommandables, pour manier l’euphémisme.
Certains témoignages affirment qu’un autre habitué de la maison de Cass était Charlie Manson en personne. D’après Ed Sanders, c’est chez Cass que Charlie a pour la première fois rencontré l’héritière Abigail Folger (qui avait participé au financement des films de Kenneth Anger comme Lucifer Rising, qui devait avoir pour vedette Godo Paulekas, qui fut finalement remplacé par le membre de la Manson Family Bobby Beausoleil). D’après Maury Terry, la fameuse Process Church of the Final Judgement – que des preuves relient étroitement aux meurtres de Manson, du Son of Sam et du Cotton Club – a aussi frappé à la porte de Cass, cherchant à la recruter ainsi que John Phillips et Terry Melcher.
Maury Terry a écrit que le célèbre bus de la Manson Family était garé devant la maison de John et Michelle Phillips durant l’automne de 1968. Certains témoignages soutiennent également que Manson était présent à la fête du réveillon 1968 qui fut donnée dans la maison du couple, quelques mois avant que les meurtres ne surviennent. Les liens entre The Mamas and the Papas et le clan Manson étaient si étroits que John Phillips et Mama Cass ont tous deux été appelés en tant que témoins de la défense au cours du procès de la Family, même si aucun des deux n’est apparu à la barre. Pour un groupe qui chantait « je serais en sécurité et au chaud, si j’étais à L.A. », les membres de The Mamas and the Papas avaient des relations plutôt dangereuses dans la Cité des Anges.
À propos de relations dangereuses, peu de temps après que le groupe eût commencé à connaître le succès, Tamar Hodel reçut une carte postale de Michelle Phillips, lui demandant de regarder le passage du groupe sur le Ed Sullivan Show, puis de rejoindre le groupe au Fairmont Hotel de San Francisco, avant qu’il ne donne un concert. Tamar se présenta en compagnie de son père George – le père et la fille semblaient avoir maintenu des liens étroits, tout comme Gram et Robert Parsons – et Tamar, George, Michelle, Denny et Cass s’adonnèrent aux joies de la consommation de drogues avant la représentation.
John et Michelle divorcèrent en 1970. Plusieurs années plus tard, Michelle révéla que leur relation avait été marquée par au moins un épisode de violence conjugale, au sujet duquel elle rechignait toujours à s’étendre. « C’était sérieux. J’ai fini à l’hôpital. C’est tout ce que je dirai à ce sujet ». Leur union avait donné une seconde fille à John, Gilliam Chynna Phillips, née le 12 février 1968 à Los Angeles. John Phillips se maria pour la troisième fois le 31 janvier 1972, avec l’actrice et adepte de Crowley Genevieve Waite. Sur la liste des invités au mariage, on pouvait trouver le futur gouverneur Jerry Brown ainsi que le futur gouverneur-adjoint Mike Curb.

Genevieve Waite
Leur vie de couple fut marquée par une consommation de drogues frénétique et par la naissance de deux enfants: Tamerlane, dont le nom est peut-être en partie un hommage à Tamar Hodel, et Bijou Lilly, qui fut placée en famille d’accueil à Boston Landing, après que ses parents drogués jusqu’aux yeux eurent été jugés inaptes à assurer son éducation. En juin 1972, peu après son mariage avec Waite, Phillips déménagea dans une maison du canyon qui avait été construite par William Randolph Hearst, au 414 St. Pierre Road. Les Rolling Stones venaient juste de quitter les lieux, mais leur acolyte Gram Parsons traînait toujours dans le coin et devint très proche de John Phillips. Parsons décéda cependant rapidement, tandis que John décidait de se rendre à Londres, où il aurait eu l’intention d’enregistrer un album solo avec l’aide de Mick Jagger et Keith Richards. Ce projet ne put toutefois pas se concrétiser, l’addiction de Phillips à la drogue rendant toute collaboration avec lui impossible.
Cass Elliot débarqua à Londres l’année suivante, mais, contrairement à l’ancien membre de son groupe, son voyage à l’étranger s’avéra être à sens unique; elle fut retrouvée morte le 29 juillet 1974 dans l’appartement londonien du résident occasionnel du Laurel Canyon Harry Nilsson. On peut dire sans grand risque de se tromper que madame Elliot en savait un peu trop sur la face sombre du Laurel Canyon.
Suite à la dissolution de The Mamas and the Papas, Cass s’était lancée dans une carrière solo couronnée de succès, et devint un visage familier sur les écrans de télévision américains. En plus d’avoir animé deux émissions spéciales diffusées en prime time sur des chaînes nationales, elle avait animé le Tonight Show, et participé à des émissions populaires du début des années 70 comme The Red Skelton Show et Love, American Style. Elle fut mariée deux fois, la première en 1963 avec le chanteur Jim Hendricks, dans ce qui fut décrit comme un arrangement platonique pour permettre à Hendricks d’échapper au service militaire. Durant ce mariage, qui fut annulé en 1968, Cass donna naissance à une fille, Owen Vanessa Elliot, née le 26 avril 1967. Hendricks n’était cependant pas le père de l’enfant, et Cass refusa obstinément de révéler l’identité du véritable père d’Owen. En 1971, dans la foulée de la dissolution du groupe, Cass se remaria avec le baron Donald von Weidmann, un riche héritier bavarois. Ce mariage ne dura que quelques mois, et Cass était célibataire au moment de sa mort quelques années plus tard. Owen, qui n’avait déjà pas de père, n’avait alors que sept ans.
Pendant ce temps, Denny Doherty se recycla dans l’animation d’une émission télévisée à succès au Canada, tout en se produisant dans différentes versions de The New Mamas and the Papas. Il décéda le 19 janvier 2007 d’une insuffisance rénale.
Michelle Phillips sortit un album solo qui fit un flop, puis donna une nouvelle orientation à sa carrière en se lançant avec un certain succès dans le métier d’actrice, apparaissant sur le petit écran dans des séries populaires comme Knot’s Landing, Hotel, et Beverly Hills, 90210. Elle eut de nombreuses liaisons, et se remaria plusieurs fois. Elle est à ce jour la seule membre encore en vie du groupe The Mamas and the Papas original.
Quant à John Phillips, il parvint en 1975 à garder l’esprit suffisamment clair pour écrire la bande-son du film The Man Who Fell to Earth, une production surréaliste qui mettait en avant les talents de l’acteur débutant David Bowie et du réalisateur Nicolas Roeg, qui avait précédemment collaboré avec l’adepte de Crowley Donald Cammell sur Performance. Au même moment, Phillips mettait la dernière main à une comédie musicale atrocement mauvaise produite par Andy Warhol intitulée Man on the Moon, qui ne resta que deux jours à l’affiche. Phillips avait pendant un temps pensé à Don « Miami Vice » Johnson pour tenir le rôle principal de son space opera. Comme le reste des sommités hollywoodiennes de l’époque, Johnson résidait alors dans le canyon. Son voisin était un certain Chuck Wein, un passionné d’occultisme et ami de Warhol qui avait réalisé le documentaire Rainbow Bridge en 1972, en plus de manager d’étranges numéros de scène dans des boîtes de nuit. Wein partageait un étrange surnom avec Charles Manson: The Wizard.
Le reste de la carrière de Phillips se résuma essentiellement à la composition occasionnelles de chansons pour d’autres artistes, sa contribution la plus marquante étant sa participation à l’écriture de Kokomo, la chanson des Beach Boys.
En 1981, John Phillips fut arrêté et accusé de trafiquer de grandes quantités de narcotiques. D’après son propre récit des événements, il avait un arrangement avec une pharmacie qui lui permettait de se procurer d’importantes quantités de médicaments sans ordonnance (sa fille Bijou Phillips racontera par la suite qu’il s’était en fait porté acquéreur de la pharmacie, ce qui lui garantissait un approvisionnement illimité). Les accusations étaient assez sérieuses; Phillips déclara lui-même qu’il « risquait de prendre quarante-cinq ans de prison, mais [qu’il] ne prit que trente jours ». Il entra en prison le 20 avril, une date plutôt appropriée, et fut libéré seulement trois semaines et demi après. Avoir des amis haut placés ne fait jamais de mal.
Le cercle d’amis de Phillips incluait, durant la période post-Mamas and the Papas, des personnalités telles que J. Paul Getty, Jr., Bobby Kennedy, Jr., et la princesse Margaret. Getty et Kennedy, tiraillés par leurs propres démons intérieurs, étaient probablement approvisionnés par Phillips. Colin Tenant, le riche héritier d’un énorme conglomérat pétrochimique britannique, apparaissait aussi dans la liste des relations de Phillips. Tenant était le propriétaire d’une île privée dans les Antilles britanniques, où de riches amis comme Phillips et Mick et Bianca Jagger pouvaient s’adonner à des activités inconnues dans la plus totale discrétion.
À l'issue de sa ridiculement courte période d’incarcération, John mit en place une version de The Mamas and the Papas qui incluait sa fille Mackenzie Phillips et le chanteur du groupe original Denny Doherty. Scott McKenzie, l’homme qui avait poussé tous les jeunes fugueurs à se rendre à San Francisco avec des fleurs dans les cheveux, remplaça Doherty par la suite. Laurie Beebe prit ensuite la place de Mackenzie Phillips, après quoi Doherty fit son retour pour remplacer John Phillips. Le groupe décida d’arrêter définitivement les frais en 1994.
Phillips et Waite divorcèrent en 1985. En 1992, il subit une transplantation du foie, la vie lui donnant ainsi une seconde chance. Quelques mois plus tard, il fut photographié en train de boire dans un bar de Palm Springs. En 1998, Phillips et les membres du groupe The Mamas and the Papas encore en vie furent introduits au Rock and Roll Hall of Fame. Trois ans plus tard, Phillips décédait d’une crise cardiaque, le 18 mars 2001. La saga n’était cependant pas encore tout à fait terminée; les filles de Phillips perpétuèrent la tradition familiale – tout en révélant quelques secrets de familles embarrassants en cours de route.
Mackenzie, l’aînée, débuta une carrière d’actrice à l’âge de douze ans en décrochant un rôle dans le premier film à succès de George Lucas, American Graffiti. On rappellera que quelques années auparavant, Lucas était un cameraman anonyme au célèbre concert des Rolling Stones à Altamont. John Phillips, qui avait sûrement beaucoup d’autres choses importantes à faire et donc peu de temps pour s’occuper de sa fille, confia la garde légale de celle-ci au producteur Gary Kurtz pendant toute la durée du tournage d’American Graffiti. En 1975, Mackenzie obtint un autre rôle dans ce qui allait rapidement devenir une série télévisée à succès, One day at a Time. Mackenzie fut toutefois arrêtée pour ébriété sur la voie publique et possession de cocaïne au cours de la troisième saison, après quoi ses problèmes d’addiction n’allèrent qu’en s’aggravant jusqu’à devenir incontrôlables, ce qui causait bon nombre de problèmes et de tensions sur le plateau de tournage.
Elle fut virée de la série en 1980, donnant ainsi un exemple qui sera suivi par Charlie Sheen un peu plus tard. Elle fut néanmoins rappelée par les producteurs, après avoir subi deux overdoses qui faillirent lui coûter la vie. L’année suivante, elle perdit connaissance sur le plateau, et fut une fois de plus virée. Sa carrière, qui avait pu sembler très prometteuse à un moment, était terminée aussi vite qu’elle avait commencé. Entre la fin des années 80 et le début des années 90, elle se contenta d’apparaître occasionnellement avec la nouvelle version de The Mamas and the Papas. En 1992, elle suivit une longue cure de désintoxication dont elle n’émergea que neuf mois plus tard. Elle fit ensuite profil bas pendant de nombreuses années. Mais en août 2008, elle fut arrêtée à l’aéroport de LAX pour possession d’héroïne et de cocaïne; après avoir plaidé coupable le jour d’Halloween 2008, elle fut à nouveau envoyée en cure de désintoxication.
Un an plus tard, en septembre 2009, elle publiait son autobiographie, High on Arrival, qui dressait un portrait inquiétant de son père décédé. En plus de l’avoir initiée à la drogue à l’âge de onze ans en lui injectant de la cocaïne, Mackenzie prétendit que Papa John l’avait violée à la veille de son premier mariage, et qu’il s’était engagé dans une relation incestueuse avec elle qui dura une dizaine d’années, et qui ne prit fin que lorsqu’elle tomba enceinte sans savoir qui était le père de l’enfant – un scénario qui, il convient de le souligner, est remarquablement similaire aux épreuves subies par la mère de substitution de Michelle Phillips, Tamar Hodel.
Mackenzie et John Phillips
La partie de l’autobiographie de Phillips couvrant la même période ne mentionne pas la relation illicite avec sa fille. Il prétend toutefois que Mackenzie fut violée par un assaillant inconnu, qui l’avait menacée d’un couteau. Il nota aussi que « la maison de Mackenzie dans le Laurel Canyon fut détruite par un incendie », aussi choquant que cela puisse paraître. Comme nous le savons désormais, ce genre de choses n’arrive pourtant quasiment jamais.
Un an après la sortie de ce livre qui fit l’effet d’une bombe, Mackenzie apparut dans ce qu’on peut considérer comme étant l’émission de télé-réalité la plus affligeante jamais vue sur le petit écran: Celebrity Rehab, dans un rôle à des années-lumières de sa période de gloire. Cette année-là, sa petite sœur Chynna entra elle aussi en cure de désintoxication, bien que ce fût officiellement pour calmer ses crises « d’anxiété ». Chynna apparut pour la première fois sous les feux de la rampe en 1990 avec le groupe Wilson Phillips, qui comptait également dans ses rangs Carnie et Wendy Wilson, les filles du Beach Boy Brian Wilson, qui menait alors une vie de reclus. Ce groupe ne dura pas bien longtemps, tout comme la carrière musicale de Chynna. Elle épousa l’acteur William Baldwin en 1995. En 2003 elle devint ce que Vanity Fair décrivit comme « une fervente chrétienne born again. Elle fut baptisée dans la baignoire de son beau-frère Stephen Baldwin ». Le magazine rapporta aussi cette déclaration de Chynna: « être une mère est un vrai défi pour moi – je ne sais pas ce que l’avenir me réserve ».
Comme ses sœurs aînées, Bijou Lilly Phillips – née le 1er avril 1980, un an avant que son père ne soit sévèrement condamné pour avoir mis en place un réseau de trafic de drogue – emprunta une trajectoire dangereuse dès le plus jeune âge. Sa mère était dépendante à l’héroïne alors qu’elle était enceinte, et Bijou s’est candidement décrite comme étant une « crack baby ». Élevée en partie dans une famille d’accueil, les tribunaux la rendirent à son père lorsqu’elle eut huit ans. Ce n’était pas forcément une bonne chose pour elle.
Décrite par Index comme étant « une enfant turbulente, à qui le destin et les circonstances ont permis de prendre part aux activités nébuleuses du monde de la nuit new-yorkais à un âge où l’on est censé jouer à la poupée », Bijou fit la couverture des magazines dès le plus jeune âge. Elle fut à quatorze ans la vedette d’une campagne publicitaire de Calvin Klein considérée par beaucoup (ainsi que par la justice américaine) comme flirtant dangereusement avec la pornographie infantile, et que Bijou elle-même a appelé « les pubs pédo-porno ».
Bijou a raconté à l’interviewer d’Index qu’à l’occasion de cette fameuse séance de photographies pour Calvin Klein, « il y avait ce type du porno » qui rôdait de manière inquiétante en arrière-plan – en tant que conseiller technique, je présume. Ce « type du porno » a été identifié par l’interviewer comme étant Ron Jeremy, qui n’est pas un « type du porno » ordinaire, et pas seulement parce qu’il est sans doute la star du porno la plus célèbre au monde. Il s’agit aussi d’une star du porno avec de nombreuses relations haut placées. Sa mère, par exemple, était un agent de l’OSS, le précurseur de la CIA. Son oncle était un proche du fameux Benjamin « Bugsy » Siegel. Et il a été un camarade de lycée de George Tenet, futur directeur de la CIA.
Bijou a laissé entendre que Mackenzie n’était pas la seule fille Phillips qui ait reçu des marques d’affection déplacées de la part de Papa John. Dans ses chansons, on peut entendre des paroles telles que « il ne m’a pas touchée comme il faut ». Lorsqu’un interviewer lui demanda directement la signification de ces paroles, elle répondit qu’elle avait « décidé de ne pas évoquer devant la presse ce qui avait pu se passer dans ma vie, mais de me contenter de le raconter en musique. Vous pouvez l’interpréter vous-même », bien qu’elle ajoutât aussitôt « c’est totalement évident ». La plus jeune membre du clan Phillips a aussi reconnu qu’elle s’était fait tatouer « Daddy » sur le derrière. « J’ai fait ça à un moment où je n’étais vraiment pas bien ».
Bijou Phillips
Bijou a fait ses débuts dans le métier d’actrice en 1999, et a depuis obtenu quelques rôles de second plan pour la télévision et le cinéma. Plus récemment, elle a tenu un rôle récurrent dans la série télévisée Raising Hope, où elle incarne une tueuse en série. Elle est actuellement très investie dans la scientologie. Elle a fini par réaliser que la plupart des problèmes auxquels elle a dû faire face tenaient au fait que « mes parents ne m’ont jamais respectée. J’ai toujours été traitée comme un objet, pas comme un être humain. »
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