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➤ Les gourous mis à nu

5 Octobre 2017 , Rédigé par Triangle

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1. Il était un peu idiot (Ramakrishna)

[Ramakrishna] est une figure de l'histoire récente, et sa vie et ses enseignements n'ont pas encore été obscurcis par des légendes bienveillantes ou par des mythes douteux. [Lien]

Les adeptes et les admirateurs de Ramakrishna ont reconnu en lui [une incarnation du] Christ. [...] Lorsque [Mahendra Nath Gupta, l’un de ses plus proches disciples] déclara à son maître que celui-ci était la même personne que Jésus et Chaitanya, Ramakrishna affirma avec enthousiasme : « La même ! La même ! Sans aucun doute la même personne ». [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

Je suis un avatar. Je suis Dieu sous forme humaine. [Ramakrishna, cité dans Nityatmananda, Swami (1967), SriM Darsan]

L’histoire du yoga et des yogis en Occident – et de leurs abus de pouvoir supposés, le plus souvent relatifs à des questions d’ordre sexuel – commence véritablement avec les discours de Swami Vivekananda à l’exposition universelle de Chicago en 1893.

L’histoire de Vivekananda débute quant à elle avec son propre gourou, Sri Ramakrishna, né en Inde en 1836 (« Sri » est un titre de respect dans l’Inde orientale, proche de l’anglais « Sir »). C’est donc vers ce dernier que nous allons tout d’abord tourner notre attention.

Enfant, le petit Ramakrishna – qui devait par la suite prétendre être l’incarnation d’à la fois Krishna et Rama – « aimait s’habiller et se comporter comme une petite fille ». [In Sil, Narasingha P. (1997), Swami Vivekananda: A Reassessment] Ce penchant était d’ailleurs encouragé par un environnement familial qui lui achetait des vêtements féminins et des bijoux en or, en accord avec son corps et son âme relativement féminines.

On peut parfaitement se rendre compte d’après la seule photographie subsistante de Ramakrishna qu’il possédait des seins assez fermes et proéminents – très probablement un cas de gynécomastie. [...]

Ramakrishna pourrait aussi être décrit, selon le jargon de la psychologie moderne, comme étant un « she-male », c’est à dire un homme qui, en dépit de ses organes sexuels masculins, est doté d’une psychologie féminine et de seins ressemblant à ceux d’une femme. [...]

[Sarananda] écrit, en se fondant apparemment sur le témoignage de son maître, qu’il saignait tous les mois de la partie correspondant à ses poils pubiens [...] et que le saignement durait pendant trois jours, tout comme les menstruations d’une femme. [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

Mais la connaissance du grand sage portant sur l’aspect microcosmique du principe féminin ne se limitait pas seulement à ce fait :

Une fois, après une sieste, il s'assit et son vêtement laissa apparaître ses reins. Il remarqua alors qu'il était assis comme une femme qui s'apprêtait à donner le sein à son enfant. En fait, il avait pour habitude de donner le sein à son jeune disciple [mâle] bien-aimé, Rakhal Gosh. [...]

Il [...] faisait montre d’une attitude franchement érotique envers ses disciples et ses adeptes mâles. [...] Il se faisait souvent passer pour leur petite amie ou leur mère, et les touchait ou les caressait toujours avec amour. [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

Quiconque donne le sein à un adulte considère/traite explicitement cet adulte comme un enfant. S’il existe dans ce contexte une quelconque attirance sexuelle du « parent » envers « l’enfant », alors on ne peut éluder l’aspect pédophile sur le plan psychologique, même si celui qui prend le sein est majeur, comme l’était Ghosh, alors âgé de dix-huit ans. Et si un homme adulte (un « she-male », dans le cas de Ramakrishna) incite un autre homme adulte (plus jeune que lui) à jouer le rôle d’un bébé, de sorte que le premier puisse jouer le rôle de la mère du second, et littéralement donner le sein à ce dernier, alors il ne ferait aucun doute que nous soyons confrontés à un comportement de nature fétichiste.

De plus, après avoir rencontré pour la première fois Vivekananda, son disciple le plus connu, Ramakrishna avoua qu’il avait été transporté par un « désir ardent » de revoir le jeune homme :

Je courus vers la partie nord du jardin, un endroit assez peu fréquenté, et je criai le plus fort que ma voix le permettait, « Ô mon chéri, reviens-moi ! Je ne peux vivre sans te voir ! » Peu après, je me sentis mieux. Cet état de choses dura pendant six mois. D’autres jeunes garçons venaient également ici ; je me sentais fortement attiré par certains d’entre eux, mais ce n’était nullement comparable à mon attraction pour [Vivekananda]. [C’est moi qui souligne] [In Disciples, Eastern & Western (1979), The Life of Swami Vivekananda]

Ramakrishna décrivit ensuite son disciple favori de diverses façons, que ce soit comme « une énorme carpe aux yeux rouges », « un très grand pot », « un gros bambou troué » et un « pigeon mâle ».

Vivekananda
Vivekananda

Plus tard, le gourou, alors marié et prématurément frappé d’impuissance, atteignit le samadhi (extase mystique impliquant en général une perte de conscience du corps matériel) après être monté sur le dos du jeune Vivekananda.

Quant à savoir quelle excuse le grand gourou aurait pu fournir pour avoir chevauché de la sorte son disciple si cette cascade ne l’avait pas poussé vers une perception extatique de la divinité, libre à chacun de le deviner.

On ne peut passer sous silence l’obsession [de Ramakrishna] pour l’anus et la merde dans chacune de ses conversations. Même l’expérience qui lui fournit sa plus haute prise de conscience, à savoir que le soi renferme le Paramatman, l’Être Suprême qui contient toute la connaissance, provenait de sa contemplation d’une sauterelle qui avait un petit bâton inséré dans l’anus ! [...]

Son extase [i.e. sa transe] était provoquée par le fait de toucher son jeune disciple [mâle] favori. Il développa quelques stratégies pour toucher ou caresser le corps de ses disciples (parfois le pénis, comme avec Vijaykrishna Goswami, dont il calmait le membre par son « toucher »). [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

Bien entendu, les comportements homoérotiques de Ramakrishna référencés ci-dessus n’impliquent pas qu’il ait été un homosexuel actif. Cependant, ils ne peuvent pas non plus être séparés de sa vision du corps féminin, qu’il considérait comme n’étant rien de plus que « des choses telles que du sang, de la chair, de la graisse, des entrailles, des vers, de la pisse, de la merde, etc. ». [In Nikhilananda, Swami, tr. (1984 [1942]), The Gospel of Sri Ramakrishna] De plus, « l’incarnation de la Mère Divine » a lui même révélé que :

Les femmes m’effraient terriblement. [...] Je les envisage comme une tigresse qui viendrait pour me dévorer. De plus, je vois de grands pores [cf. les symboles du vagin] sur leurs membres. Je les considère toutes comme des ogresses. [...]

Si une femme touche mon corps, je me sens malade. [...] Les parties touchées me font mal comme si elles avaient été piquées par un poisson-chat cornu. [Ibid.]

Même la simple vue d’une femme pouvait provoquer des sentiments si négatifs chez Ramakrishna qu’elle pouvait l’amener à

soit s’enfuir en direction du temple, soit mettre en œuvre une stratégie de fuite en entrant dans le samadhi. Son attirance pour les jeunes garçons pourrait être considérée comme une forme de pédophilie non active, souvent associée avec les hommes âgés frappés d’impuissance. [...]

Le mépris qu’éprouvait Ramakrishna pour les femmes était en fin de compte l’attitude misogyne d’un homme manquant de confiance en lui, qui s’imaginait être une femme dans le but de combattre sa peur innée des femmes. [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

En d’autres occasions, la simple mention d’un objet qui déplaisait à Ramakrishna (par exemple, du chanvre ou du vin), tout comme de fortes émotions ressenties par le sage, le poussaient à se réfugier dans le samadhi. Lorsque son cousin suggéra que ces comportements étranges pourraient avoir une origine psychologique, la réponse de Ramakrishna fut de « pratiquement se jeter dans la rivière, pour en finir une fois pour toutes. » [Ibid.]

Considérant tout ceci, il n’est pas surprenant que la discipline spirituelle de Ramakrishna prit elle-même un tour étrange.

Au cours de ses pratiques ascétiques, le corps de Ramakrishna changeait de façon remarquable. Lorsqu’il vénérait Rama en s’inspirant d’Hanuman, le singe chef de guerre du Ramayana, ses mouvements ressemblaient à ceux d’un singe [enfant, Ramakrishna était également un acteur accompli]. [...] Dans sa biographie de Ramakrishna, le romancier Christopher Isherwood paraphrasa la propre description faite par le saint de son comportement étrange : « Je ne faisais pas ceci de mon propre chef ; cela survenait tout seul. Et la chose la plus merveilleuse fut que la partie inférieure de ma colonne vertébrale s’allongea de près de trois centimètres ! Plus tard, lorsque j’arrêtai de pratiquer ce type de dévotion, elle revint graduellement à sa taille normale. » [In Murphy, Michael (1992), The Future of the Body: Explorations into the Further Evolution of Human Nature]

Durant les jours de ma [« sainte »] folie [alors qu’il était prêtre du temple de Kali à Dakshineswar], je pris l’habitude de vénérer mon propre pénis comme le Shiva linga. [Ndt : pierre dressée, symbole phallique de la puissance du dieu Shiva] [...] La vénération d’un linga vivant. Je l’avais même orné d’une perle. [Nikhilananda, Swami, tr. (1984 [1942]), The Gospel of Sri Ramakrishna]

La dévotion particulière du sage ne se limitait pas non plus à ses propres parties génitales :

[Ramakrishna] considérait les jurons [comme étant] aussi chargés de sens que les Védas et les Puranas, et appréciait particulièrement d’exécuter le japa (le décompte rituel des grains d’un rosaire) en prononçant le mot « chatte ». [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

En effet, comme l’avatar autoproclamé le déclara lui-même à ses disciples :

Dès que je prononce le mot « chatte », je contemple le vagin cosmique [...] et je me plonge dedans. [Ibid.]

Ce n’est en réalité pas aussi étrange que cela pourrait paraître à première vue, car « chatte » [ndt : « cunt » en anglais] dérive de Kunda ou Cunti – des noms de Kali, la Divine Mère de l’hindouisme, vénérée par Ramakrishna.

Cela reste tout même très étrange.

Quoi qu’il en soit, en 1861, Ramakrishna, fraîchement marié, s’initia à la pratique du yoga tantrique (sexuel) avec un enseignant féminin, Yogeshwari (son mariage fut contracté avec une épouse de cinq ans, choisie par le yogi lui-même alors qu’il était âgé de vingt-trois ans, puis laissée chez ses parents). Parmi les rituels exécutés par l’étudiant avide durant cette sadhana (pratique/discipline spirituelle), figuraient la consommation des restes des repas des chiens ou des chacals, ainsi que celle d’une « préparation à base de poisson et de chair humaine présentée dans un crâne humain ». [Ibid.] Les tentatives pour le faire participer à des pratiques de sexe rituel avec une partenaire, qui sont un élément essentiel du tantra, eurent cependant moins de succès. Elles se finissaient en effet par la fuite du sage dans la sécurité de la transe, et il se contentait simplement de regarder d’autres adeptes avoir des rapports sexuels.

De même, lorsque son épouse atteignit l’âge adulte, Ramakrishna essaya de lui faire l’amour, mais échoua dans sa tentative, plongeant au contraire dans un état de « supraconscience prématurée » (il s’avère que leur mariage ne fut vraisemblablement jamais consommé). Ceci ne découragea pas la jeune femme de poser ses propres prétentions spirituelles :

Comme elle considérait que son mari était Dieu, Sarada devint convaincue qu’étant son épouse légitime, elle devait elle aussi être une divinité. S’appuyant sur les déclarations de son époux selon lesquelles elle était en réalité l’épouse de Shiva, Sarada prétendit ensuite : « Je suis Baghavati, la Divine Mère de l’univers ». [Ibid.]

Il s’agissait certainement d’une forme de compensation pour avoir été confinée en cuisine pendant des jours entiers par son mari, sans même avoir le droit d’aller se soulager aux latrines.

[Ramakrishna fut] l'un des saints les plus véritablement grands de l'Inde du dix-neuvième siècle. [In Feuerstein, Georg (1992), Holy Madness]

Démontrant la haute estime en laquelle chaque loyal disciple tient son gourou, Vivekananda lui-même déclara que Ramakrishna était « le plus grand de tous les avatars ». [In Sil, Narasingha P. (1997), Swami Vivekananda: A Reassessment] Cette évaluation n’était toutefois pas partagée par tous ceux qui connurent le grand sage :

Hriday, le neveu et compagnon du Maître, le considérait en fait comme un imbécile. [In Sil, Narasingha P. (1998), Ramakrishna Revisited: A New Biography]

Le gourou vénéré exprima par la suite la même opinion au sujet de sa mère terrestre.

Quoi qu’il en soit, Ramakrishna reçut le titre de « Paramahansa », ce qui signifie « Cygne Suprême », ce qualificatif allant de pair avec sa condition d’avatar supposé. Cette appellation signifie que l’on a atteint le plus haut degré de la spiritualité et du discernement, par analogie avec le cygne qui serait capable d’extraire le lait d’un mélange de lait et d’eau (supposément en caillant le lait).

Ramakrishna fut diagnostiqué avec un cancer de la gorge au milieu de l’année 1885. Il mourut en 1886, laissant derrière lui plusieurs milliers de disciples. [In Satchidananda, Swami (1977), Guru and Disciple] Comme prévu, le commandement de ces adeptes échut à Vivekananda.

Après tout ceci, Sil (dans son ouvrage paru en 1998) donna son évaluation finale de « l’incarnation [de Dieu ou de la Mère Divine] pour l’âge moderne » en concluant que, en dépit du statut ébouriffant de monumentale icône culturelle de Ramakrishna, il n’en était pas moins « un peu un bébé et un peu idiot ».



2. J’ai tout vu, tout fait, et maintenant ? (Ram Dass, etc.)

 

Ram Dass Oprah
Ram Dass (alias Richard Alpert, à gauche) et Oprah Winfrey

Il convient ici de se rappeler que votre gourou, même si vous ne l’avez pas rencontré dans sa forme manifestée [i.e. physique] ... SAIT TOUT SUR VOUS... TOUT. [In Dass, Ram (1971), Be Here Now]

Ram Dass, auteur de Be Here Now [ndt : Être ici, maintenant] – l’un des ouvrages ayant le plus alimenté l’intérêt occidental pour les gourous et les philosophies orientales – fait partie des bons gars dans cette histoire. Nombreux sont ceux qui ont en effet apprécié sa sincérité. Sa capacité à reconnaître ses erreurs s’est également avérée utile, notamment en ce qui concerne sa relation avec le guide spirituel féminin Ma Jaya Sati Bhagavati.

Né Richard Alpert en 1931, Dass obtint un Ph.D. [ndt : l’équivalent anglo-saxon du doctorat] en psychologie à l’université de Stanford. Il participa ensuite à un programme de recherche à Harvard, sans être réellement encadré, sur les états modifiés de conscience, se servant à cette occasion de grandes quantités de LSD. Ces activités entraînèrent son renvoi de la faculté en 1963.

Quatre années plus tard, Alpert partit en voyage en Inde, où il rencontra deux personnages significatifs : Bhagavan Das, et l’homme qui devint peu après son gourou, Neem Karoli Baba ou « Maharajji » (« Grand Roi »).

Bhagavan Das avait grandi à Laguna Beach, en Californie, puis il partit seul en Inde à l’âge de dix-huit ans, avant de devenir l’un des enseignants de Ram Dass. Voici comment Ram décrit leur première rencontre :

Je rencontrai ce type, et il n’y eut aucun doute dans mon esprit [qu’il « savait »]. C’était comme rencontrer un roc. C’était quelque chose de tout simplement solide. Partout où j’appuyai, il était là ! [Ibid.]

Bien sûr, il convient de mesurer ces propos à l’aune du fait que Dass considérait aussi le membre du Grateful Dead Jerry Garcia comme étant un « boddhisattva ». [Lien] Et en effet, comme s’il avait souhaité nous mettre en garde envers le fossé qui existe le plus souvent entre la condition réelle de tout gourou ou enseignant, et le piédestal sur lequel il a été placé par ses adeptes, Bhagavan Das lui-même nous a donné, quelques années plus tard, sa propre évaluation de son état spirituel initial :

Ram Dass me décrira par la suite [dans Be Here Now] comme si j’étais une sorte d’être illuminé et mythique. Mais je n’étais qu’un enfant perdu, qui cherchait à retrouver le chemin menant à la Mère. [...]

Malheureusement, en raison de mon travail avec Ram Dass et parce que j’étais le sadhu [ascète] de Maharajji, beaucoup d’indiens [de l’Est] commencèrent à surestimer mes pouvoirs. [In Das, Bhagavan (1997), It’s Here Now (Are You?)]

Bhagavan Das
Bhagavan Das

Ces « pouvoirs » procuraient à Das certains avantages, comme le fait de se réveiller sur son lit de paille au Népal avec une jeune fille blonde (suédoise) de dix-sept ans d’un côté, et une jeune française silencieuse aux longs cheveux noirs de l’autre.

Bhagavan Das quitta malgré tout son paradis sylvestre pour aller prendre de l’acide à Katmandou avec Alpert, avant de partir avec ce dernier, malgré quelques réticences, sur les routes de l’Inde. Il présenta peu après ce nouvel ami coincé et bisexuel (et « trop intéressé par lui ») à Karoli Baba – en partie dans l’espoir de s’en débarrasser. [Ibid.] Das fit don à Karoli du Land Rover de l’ami d’Alpert, tandis qu'Alpert prétendit lui-même avoir donné en une occasion une dose d’acide de 1200 microgrammes au gourou (plusieurs fois la dose « sûre ») sans produire d'effet apparent.

Certains prétendirent qu’ils virent le corps [de Neem Karoli Baba] grandir de façon extraordinaire, et d’autres qu’ils le virent rapetisser au point de devenir minuscule. Et puis il y avait ceux qui juraient l’avoir vu [comme une incarnation du dieu-singe Hanuman] avec une queue. [Ibid.]

[Neem Karoli Baba] est Dieu ; il est omniscient. [In Mukerjee, Dada (1996), The Near and the Dear: Stories of Neem Karoli Baba and His Devotees]

Bien entendu, ce type d’appréciations enthousiastes provenaient de personnes ayant tendance à placer les gens sur un piédestal. Par contraste, l’ancien gourou d’Andrew Cohen, H. W. Poonja, offrait une perspective sur ce sage que l’on pourrait qualifier de plus équilibrée, ou de plus déséquilibrée ; nous laisserons le lecteur en juger :

Quand je demandai [à Poonja] son opinion sur le gourou Neem Karoli Baba, récemment décédé, il décrivit en détail sa rencontre avec lui, et comment il savait qu’il était complètement dérangé et « fou », mais que beaucoup de personnes confondaient sa folie avec l’illumination. [...]

Plusieurs années plus tard [après la séparation mouvementée entre Cohen et Pooja], quand des adeptes de Neem Karoli venaient voir [Pooja], il le célébrait comme étant le plus grand de tous. [In Cohen, Andrew (1992), Autobiography of an Awakening]

Neem Karoli Baba
Neem Karoli Baba

L’histoire qui suit, relatée par une disciple de Baba, ne permet pas de trancher la question de l’opposition entre la folie et l’illumination :

La première fois qu’il me convoqua seule dans la pièce, je m’assis à côté de lui sur son siège en bois, et il avait l’air d’un adolescent de soixante-dix ans imbu de lui-même et qui allait un peu trop vite en besogne ! J’avais l’impression d’avoir quinze ans et d’être innocente. Il commença à m’embrasser, et c’était si mignon, si pur. Je fus happée par l’instant, puis je m’alarmai : « Attends une seconde ! C’est mon gourou. On ne fait pas ça avec son gourou ! » Je m’écartai donc de lui. Puis Maharajji inclina sa tête et haussa les sourcils en un regard à la fois tendre, engageant et interrogateur. Il ne me dit rien, mais tout son être me disait : « Je ne te plais donc pas ? »

Mais dès que je sortis de ce darshan [la bénédiction qui émanerait d’un saint, ne serait-ce qu’à sa simple vue] particulier, je fus si violemment malade qu’à la fin de la journée j’eus l’impression d’avoir vomi et chié tout ce que mon corps contenait. Il a fallu qu’on me transporte en dehors de l’ashram. En chemin, nous nous arrêtâmes à la chambre de Maharajji pour que je lui offre le pranam [salut respectueux]. Je m’agenouillai près de son siège et posai ma tête près de ses pieds – et il me tapa dans la tête, en disant : « Sortez-la d’ici ! » [...]

Ce fut la première fois, et je devais passer deux ans là-bas. Durant mon dernier mois sur place, j’étais tous les jours seule avec lui dans la pièce. [...] Parfois, il ne faisait rien d’autre que de me toucher les seins et l’entrejambe tout en me disant : « Ceci est à moi, ceci est moi, ceci est à moi. Tout est à moi. Tu es à moi. » Interprétez cela comme vous voudrez, mais vers la fin, dans ces darshans, c’était comme s’il était mon enfant. J’avais parfois l’impression de donner le sein à un petit bébé. [In Dass, Ram (1979), Miracle of Love: Stories About Neem Karoli Baba]

Bien entendu, les adeptes dévoués du pédophile homoérotique Ramakrishna considéraient ses tendances maternelles « divines » tout aussi positivement.

Quoi qu’il en soit, après plusieurs mois passés aux pieds de Neem Karoli Baba, Ram Dass retourna aux États-Unis à la demande de Karoli, pour y enseigner.

Hilda [Charlton] qualifiait [Ram Dass] de « portail de l’illumination pour l’Amérique », incarné pour l’âge en cours, ayant été l’un des Sept Sages de l’ordre de Vishvamitra : un maître accompli. [In Brooke, Tal (1999 [1990]), Avatar of Night: Special Millennial Edition]

À partir de 1974, alors qu’il était au sommet de sa renommée, Ram passa beaucoup de temps avec une femme, Joya Santana (devenue par la suite Ma Jaya Sati Bhagavati), guide spirituel à New York, qui prétendait porter des stigmates et était une adepte de Karoli Baba. Comme Dass lui-même le raconte :

Joya répétait sans cesse qu’elle n’était venue sur Terre que pour être l’instrument permettant de me préparer à devenir un guide spirituel pour le monde, et qu’à la fin elle serait assise à mes pieds. [...]

Joya soutenait par ailleurs qu’elle était la Mère Divine en personne. [In Dass, Ram and Stephen Levine (1977), Grist for the Mill]

Malheureusement, cette image de la Mère n’a pas été suffisamment associée à tout l’entraînement psychologique de Dass sur le complexe d’Œdipe, pour empêcher ce qui devait arriver entre Joya et lui :

Il trouva même une explication alambiquée pour justifier une relation sexuelle avec Joya [que cette dernière nie avec insistance], malgré le fait qu'elle exigeait de tous ses étudiants qu'ils fassent vœu de célibat, ce qu’elle avait fait elle-même publiquement. Joya soutenait qu’elle n’était pas soumise aux désirs physiques, et Ram Dass accepta bien volontiers l’explication selon laquelle elle lui enseignait, en ayant des rapports sexuels avec elle, à être tout autant détaché du désir charnel qu’elle l’était elle-même. [In Schwartz, Tony (1996), What Really Matters: Searching for Wisdom in America]

Cette « soif de connaissance » ne devait malheureusement pas durer :

Il y avait vraiment trop de « signaux », comme la fois où Joya et moi étions en train de discuter et que le téléphone se mit à sonner. Elle décrocha le combiné, et dit dans un chuchotement douloureux : « je ne peux pas parler pour l’instant, je suis trop perchée » [i.e. en samadhi], et elle raccrocha. Puis elle repris immédiatement notre conversation comme si de rien n’était. Je songeai alors à toutes les fois où j’avais été à l’autre bout du fil. [...]

Je commençai à voir les points communs entre ce que je vivais et les histoires que j’avais entendues à propos d’autres mouvements, comme le groupe du Révérend Moon, les Jesus Freaks, et le milieu de la conscience de Krishna. Tous ressemblaient à une réalité complète, qui imposait une implication totale et interdisait le changement. [...]

Il me semblait que l’énergie incroyable [de Joya] n’avait pas seulement une origine spirituelle, mais qu’elle était augmentée par la prise de pilule énergétiques. Ses plus proches confidents ont désormais avoué à de nombreuses reprises qu’ils avaient reçu l’ordre de m’appeler pour me prévenir que de terribles crises survenaient, alors qu’ils savaient que ce n’était pas le cas. Ils obtempéraient parce que Joya les avait convaincus que c’était pour mon propre bien.

Ces histoires de mensonges s’accumulèrent. Je m’étais fait avoir. [In Dass, Ram and Stephen Levine (1977), Grist for the Mill]

Joya Santana
Ma Jaya Sati Bhagavati, alias Joya Santana

En des jours plus heureux, le désormais marié Bhagavan Das avait lui aussi, pour un temps, fait partie de la même « scène » énergétique avec Joya :

Nous tenions une réunion importante, et Joya dit : « Bhagavan Das, lève-toi ! » Je me levai, puis elle dit : « Shivaya, lève-toi ! Shivaya, emmène tout de suite Bhagavan Das dans un bordel ! » Et c’est ainsi que je me retrouvai dans un bordel de Manhattan le jour de Noël. [In Das, Bhagavan (1997), It’s Here Now (Are You?)]

« It’s a Wonderful Life ».

Que sont-ils donc tous devenus ?

Eh bien, Neem Karoli Baba est décédé à l’automne 1973.

Ram Dass a quant à lui malheureusement subi une attaque sérieuse en 1997, qui lui a fourni l’expérience lui permettant de rédiger un livre touchant sur la vieillesse et (dieu merci) relativement éloigné du mysticisme, Still Here.

Joya, qui a dépassé la soixantaine, et qui n’est désormais plus susceptible de jamais « s’asseoir aux pieds de Ram Dass », continue ses activités d’enseignante dans sa propre Kashi Ashram, en Floride. Cet environnement, ainsi que sa « Mère », ont été traités de façon peu flatteuse dans de nombreux journaux et magazines locaux, régionaux et nationaux depuis les années soixante-dix, comme on peut le voir sur le site www.kashiashram.com. Voir également l’ouvrage de Tobias et Lalich paru en 1994, Captive Hearts, Captive Minds.

Et qu’est devenu « l’être mythique », Bhagavan Das, en Amérique ?

Je [...] me suis retrouvé sur scène devant des milliers de personnes, j’ai donné leurs noms à des bébés et béni des gens, et les gens tombaient à mes pieds. J’avais l’impression d’être un roi, avec mes mécènes et mes vedettes de cinéma, mais j’étais toujours un gosse, devenu gourou à vingt-cinq ans, assis sur une peau de tigre dans une maison de Manhattan. [...]

Après trois années de « vie spirituelle », qui furent en réalité une longue fête [drogues, groupies, etc.], j’en eus assez et je décidai de vivre à la maison avec mes enfants. Je retournai dans le monde en devenant vendeur de voitures d’occasion à Santa Cruz, un homme d’affaires, et, petit à petit, je perdis complètement mon sens du divin. [In Kornfield, Jack (2000), After the Ecstasy, the Laundry: How the Heart Grows Wise on the Spiritual Path]

C’est durant cette descente faustienne dans le monde des affaires, et après avoir eu une vision de Jésus crucifié qui le marqua profondément, que Das devint un chrétien born-again, revenant ainsi aux racines religieuses de sa famille, qui appartenait à l’Église Épiscopale.

J’étais désormais officiellement membre de l’institut biblique, et j’allais devenir un pasteur. [...]

Je me débarrassai de toutes mes possessions sauf de ma Bible, que je vénérais. J’allais au lit avec ma Bible, je dormais avec, et je la serrais dans mes bras. Et Dieu me réveillais à différentes heures de la nuit. [...]

J’allais au restaurant de Denny avec ma Bible, constamment en quête d’âmes à sauver. Je ne faisais rien d’autre que lire la Bible et prier. [In Das, Bhagavan (1997), It’s Here Now (Are You?)]

Bhagavan eut ensuite une expérience de « xénoglossie » en compagnie des membres, vêtus de polyester, de sa congrégation. Puis il y eut une liaison avec une adolescente blonde, une enfant de chœur « portant des jeans moulants » ; suite à cette liaison, Das – qui avait alors la quarantaine – fut qualifié de « fornicateur » par l’Église.

Mais cette marque de déshonneur ne devait pourtant pas altérer la paix intérieure de l’ex-yogi :

Je me sentais complètement sauvé et totalement libre. La liberté que j’avais ressentie durant cette expérience sexuelle tantrique avec l’enfant de chœur fut équivalente à la sensation d’être en compagnie de Marie et de Jésus. [Ibid.]

Alléluia !

D’après ses propres dires, Das a par ailleurs admis avoir été ensuite : un alcoolique, un membre des Alcooliques Anonymes, avoir eu une relation avec une autre adolescente scandinave « wild n’ nekkid » [ndt : « wild » : sauvage, « nekkid » : contraction de « naked » et de « kid », gamine nue], et être retourné à la consommation de marijuana et de champignons hallucinogènes. Il a finalement quitté le monde de l’entreprise, s’est redécouvert en tant que « Baghavan Das » le mystique, s’est mis en couple avec une autre jeune fille de dix-huit ans, etc.

Il faut cependant reconnaître que tout ceci est bien moins incroyable – tout du moins d’après les standards californiens – que la fois où Das prépara une soupe de placenta (permettant un transfert d’énergie) pour sa femme (qu’ils ont tous deux mangée) après la naissance de deux de leurs enfants durant ces années yogiques.

« J’ai tout vu, tout fait... et maintenant ? »

En effet, « et maintenant ? »

 

 

3. L’homme-scorpion (Satya Sai Baba)

 

Sai Baba
Satya Sai Baba

Les mots d’une femme indienne issue d’une lignée aristocratique que j’avais connue à Delhi me revinrent en mémoire : « Vous, les étrangers, vous accepteriez n’importe qui comme gourou ; des gens comme Maharishi sont des objets d’exportation aussi communs que le thé, mais nous les indiens, nous ne voulons rien avoir à faire avec eux. [Le Maharishi n’est cependant pas un brahmane, ce qui explique peut-être la répugnance d’une large portion de la population indigène à l’accepter et à suivre ses enseignements.] Il n’y en a qu’un dont j’ai entendu parler et en qui les indiens ont confiance, c’est Sai Baba. » [In Brooke, Tal (1999 [1990]), Avatar of Night: Special Millennial Edition]

Swami Amritananda, compagnon de Bhagavan Ramana Maharshi [1879 –1950], était convaincu que Sri Satya Sai Baba possédait une meilleure connaissance de la science yogique que quiconque. [In Kasturi, N. (1971), The Life of Bhagavan Sri Sathya Sai Baba]

Bien que Sai Baba n’ait pas fréquenté l’école avant l’âge de treize ans, il possède une maîtrise complète des écritures, de toutes les sciences, des arts, des langues – de tous les domaines de la connaissance. En fait, il connaît tout, y compris le passé, le présent et le futur de toutes nos vies. [In Warner, Judy (1990), Transformation of the Heart]

[Sai Baba] dit qu’il est un avatar, ou le divin prophète de Dieu pour notre temps. [In Giuliano, Geoffrey (1989), Dark Horse: The Secret Life of George Harrison]

Il n’y a qu’un Avatar, et son corps est possédé par l’Avatar. [Sai Baba, cité dans Hislop, John (1978), Conversations with Sathya Sai Baba]

À partir de 1963, Sai Baba commença à prétendre qu’il était l’incarnation de Shiva et de Shakti. [...] Comme les occidentaux commencèrent à le suivre eux aussi, il déclara également qu’il était Jésus-Christ de retour sur Terre. [In Mangalwadi, Vishal (1992), The World of Gurus]

Quand il devint évident que je n’allais pas laisser tomber cette affaire [d’agressions sexuelles supposées de la part de Sai Baba], deux [coordinateurs nationaux] me téléphonèrent pour me dire que oui, j’avais raison, et qu’ils étaient au courant depuis des années. « Mais il est Dieu, et Dieu peut faire tout ce qui lui plaît. » [Lien]

Durant les cinquante dernières années, Satya Sai Baba fut « le saint homme le plus célèbre et le plus puissant » en Inde, [Lien] renommé pour sa production de vibhuti, ou « cendre sacrée », et pour d’innombrables prétendues matérialisations d’objets « comme par magie ».

Sai Baba naquit dans le Sud de l’Inde, soi-disant suite à une conception immaculée, en 1926.

À l’âge de treize ans, il fut piqué par un scorpion. Suite à cela, il annonça qu’il était la nouvelle incarnation de Shirdi Sai Baba, un saint décédé huit ans avant la naissance de Satya.

D’après certains récits, Satya serait « mort » suite à cette piqûre, et l’esprit de Sai Baba aurait pris possession du corps laissé vacant, et n’aurait ainsi pas été présent dans le corps au moment de sa conception ou lors de sa naissance (Adi Da, que nous allons évoquer par la suite, prétend avoir été guidé par ce même esprit durant son sadhana).

Quoi qu’il en soit, suite à ces débuts modestes et rappelant quelque peu ceux de Spiderman, Sai Baba est parvenu à attirer entre dix et cinquante millions d’adeptes à travers le monde, dans le cadre d’une organisation dont la valeur est estimée à environ six milliards de dollars. Parmi ces disciples, on trouve Isaac Tigrett, cofondateur de la chaîne Hard Rock Cafe, dont la devise « Love All – Serve All » [ndt : « tout aimer – servir tout/tous »] est une citation directe de Sai Baba ; on trouve également le trompettiste de jazz Maynard Ferguson – qui aurait demandé à Sai Baba de soigner sa perte progressive d’audition, sans grand résultat – et Sarah Ferguson, l’ancienne épouse du prince Andrew.

Il se raconte que le gourou a accordé à [George] Harrison une audience personnelle exceptionnelle dans son ashram d’Anantapur en Inde, vers le milieu des années 70. John et Yoko ont eux aussi rencontré Sai Baba durant cette période. Suite à cette expérience, Lennon fit ce commentaire moqueur : « le gourou est la pop star de l’Inde. Les pops stars sont les gourous de l’Occident. » [In Giuliano, Geoffrey (1989), Dark Horse: The Secret Life of George Harrison]

On notera également que la seconde femme du grand jazzman John Coltrane, Alice (devenue depuis Swami Turiyasangitananda), prétend, en se fondant sur ses propres visions, que « Sai Baba est décrit par le Seigneur comme ‘‘une de mes incarnations sacrées’’ ». [In Rawlinson, Andrew (1997), The Book of Enlightened Masters: Western Teachers in Eastern Traditions] Coltrane lui-même avait auparavant été initié aux enseignements de Krishnamurti par son pianiste, Bill Evans.

Bien entendu, aucun « divin prophète de notre temps » ne descendrait sur Terre sans y manifester de nombreux « signes et miracles ».

Comme le Christ, [Sai Baba] aurait créé de la nourriture pour nourrir la multitude ; il serait « apparu » devant des disciples en crise ou dans le besoin. Il existe d’innombrables récits de guérisons, et au moins deux où il aurait ressuscité des gens d’entre les morts. [Lien]

Les premiers indices suggérant que les matérialisations de Sai Baba pourraient ne pas être aussi miraculeuses qu’on le prétend ont été largement diffusés à l’occasion de la visite de son ashram par le Premier Ministre indien, lors de laquelle Sai Baba semblait avoir matérialisé une montre en or pour l’offrir à ce dernier.

Lorsque les employés de la télévision d'état repassèrent le film de la scène au ralenti, ils virent que le miracle était en fait un tour de passe-passe. Le clip ne fut jamais diffusé en Inde, mais il a été largement reproduit sur des cassettes vidéo. [Lien]

Ceci n’a, bien entendu, pas surpris les magiciens sceptiques qui avaient, par le passé, remis en cause la production « miraculeuse » de cendre sacrée et d’autres matérialisations de Sai Baba :

L’examen des films et cassettes des performances de Sai Baba montre qu’il ne s’agit que de simples tour de passe-passe, exactement identiques à ceux pratiqués par d’autres jaduwallahs, ou « invocateurs des rues », en Inde. Sai Baba ne s’est jamais soumis à un contrôle de ses pouvoirs, ses allégations ne sont donc absolument pas prouvées. [In Randi, James (1995), An Encyclopedia of Claims, Frauds, and Hoaxes of the Occult and Supernatural]

Un ancien adepte de Sai Baba, qui fut membre de son cercle intérieur, a confirmé tout ceci. Faye Bailey soutient en effet avoir personnellement vu « des bagues, des montres et autres objets lui être passés, ou sorti des coussins de sa chaise » et « des tablettes de vibhuti tenues entre les doigts [de Sai Baba] avant d’être écrasées et ‘‘manifestées’’ ».

Le principal miracle [de Sai Baba], et le plus connu, est la production à partir de ses mains apparemment vides, d’une substance connue sous le nom de vibhuti (« cendre sacrée »), qui s’avère après analyse être de la cendre de bouse de vache mélangée à de l’encens. En Inde, les invocateurs de rue (jaduwallahs) réalisent ce tour en préparant de petites tablettes de cendre et en les cachant entre leurs doigts, puis en faisant tourner leurs poignets pour les réduire en poudre et produire un jet de cendre. Leur tour est identique au miracle de Sai Baba. [Lien]

Il existe des histoires extraordinaires sur les pouvoirs supposés de Sai Baba, mais je n’en ai pas trouvé un seul authentique en cinq années de recherches. [Lien]

Beyerstein s’est livré à une analyse critique détaillée des allégations de Sai Baba quant à ses pouvoirs paranormaux. [Ndt : cette vidéo montre plusieurs tours de passe-passe de Sai Baba, notamment la matérialisation de « cendre sacrée » ou l’épisode de la montre en or]

Les doutes concernant Sai Baba ne se limitent pas à des questions sur l’authenticité de ses « miracles ». En effet, dès 1976, Tal Brooke, un disciple proche de Sai Baba pendant deux ans vers la fin des années soixante, qui s’est par la suite converti au christianisme, avait relaté sa propre expérience :

Le pelvis de Baba arrêta son mouvement. Soudain, une main défit ma braguette, puis, comme une vipère retournant dans son terrier à la nuit tombée, la main s’enfonça à l’intérieur.

Un ami de Brooke relata ensuite, peut-être de façon moins imagée, l’histoire suivante, qui se serait déroulée environ un an plus tard :

Quand tous les autres partirent et que Baba fut seul avec Patrick [...], il lui défit immédiatement sa braguette, et lui sortit son engin. [...]

Il le fit bander, et ce qui se passa ensuite va vraiment vous étonner. Baba souleva sa robe et s’inséra la chose. Exactement. Il a peut-être des organes génitaux féminins et masculins là-dessous. Ouais, un hermaphrodite. Mais il l’a véritablement insérée. Patrick a dit que la sensation était identique à celle qu’on a avec une femme.

L’intérêt supposé du gourou pour les petits garçons est plus sérieux :

Conny Larsson, un acteur suédois célèbre, déclare que Sai Baba ne s’est pas contenté de lui faire des avances sexuelles, mais également que de jeunes adeptes mâles lui avaient parlé d’avances que le gourou leur avait fait. [Lien]

Larsson soutient que le gourou a régulièrement pratiqué le sexe oral sur sa personne – et qu’il demandait la même chose en retour – durant une période de cinq ans. « En 1986, Larsson avait parlé à de nombreux adeptes mâles, la plupart d’entre eux étant de jeunes et beaux occidentaux blonds, qui lui dirent qu’ils avaient eux aussi eu des rapports sexuels avec Sai Baba ». [Lien] Il déclare aujourd’hui qu’il reçoit entre vingt et trente emails par jour de victimes « appelant à l’aide ». [Lien]

Hans de Kraker [...] qui visita pour la première fois l’ashram de Sai Baba en 1992, a déclaré que le gourou passait régulièrement de l’huile sur ses parties génitales, en prétendant qu’il s’agissait d’une purification religieuse, et qu’il finissait par l’obliger à pratiquer le sexe oral. [Lien]

Un autre garçon de seize ans, dont les parents étaient tous deux des adeptes de Sai, a raconté son histoire :

Il a déclaré que Sai Baba l’avait embrassé, caressé, et avait tenté de le forcer à pratiquer le sexe oral, en lui expliquant qu’il s’agissait de « purification ». Sai Baba lui offrait presque à chaque fois des cadeaux tels que des montres, des bagues, des bijoux et de l’argent liquide, pour un total d’environ 10 000 dollars. Il lui disait de ne pas en parler à ses parents. [...]

En 1998 [alors qu’il avait dix-huit ans], d’après [le jeune garçon], Sai Baba tenta de le violer. [Lien]

Les accusations mentionnées ci-dessus n’ont cependant jamais détourné les proches de Sai Baba de leur foi :

[Le président de l’organisation de Sai Baba en Colombie britannique, Nami] Thiyagaratnam [...] a déclaré qu’il n’était pas surpris que des gens tentent de ruiner la réputation d’un homme si merveilleux. Après tout, dit-il, les gens ont aussi persécuté Jésus-Christ et Bouddha. [...]

Cette année, le dr. Michael Goldstein, l’influent président de la branche américaine de l’organisation de Sai Baba, a rejeté toutes les accusations. Il déclare qu’elles sont invraisemblables et que Sai Baba reste divinement pur, uniquement rempli « d’amour altruiste ». Goldstein déclare que la réponse à donner à ceux qui doutent est de montrer plus de foi. [Lien]

Ou, comme Baba lui-même l’a déclaré :

L’influence du gourou est entravée par l’activité mentale, par la dépendance ressentie envers ses propres actions, et par tous les types de conscience de soi et d’actions individuelles. [In Dass, Ram (1971), Be Here Now]

Sai Baba a récemment déclaré à ses adeptes : « N’essayez jamais de me comprendre ». [Lien]

Le dirigeant d’une des branches de l’organisation de Sai Baba à l’étranger a de même refusé de mettre en garde les familles amenant leurs enfants à l’ashram de Baba à Puttaparthi, concernant les accusations de pédophilie.

Sai Baba, qui n’accorde presque jamais d’interviews aux médias, a lui-même évoqué les allégations dans un discours prononcé l’an dernier : « Certains adeptes semblent troublés par ces fausses déclarations. Ils ne sont pas du tout de véritables adeptes. » [Lien]

Être « Dieu », après tout, signifie que vous n’avez jamais besoin de vous excuser.

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➤ Quand Jennifer Garner participait à une campagne de recrutement de la CIA

11 Septembre 2017 , Rédigé par Triangle

Nous avons vu dans l'article La CIA à Hollywood comment la CIA avait façonné le scénario de la série télévisée Alias pour en faire un outil de propagande et de recrutement pour l'agence. La vedette de la série, Jennifer Garner, par ailleurs épouse d'un autre agent de propagande, l'acteur/réalisateur Ben Affleck, a même participé à un clip de recrutement qui fut diffusé sur les campus américains en 2004 (la CIA recrute principalement parmi les étudiants, cf. l'article Des invités indésirables : une brève histoire de la CIA sur les campus) :

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➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

18 Août 2017 , Rédigé par Triangle

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Partie 4 : Politique progressiste et sorcellerie : Braziers Park, Order of Woodcraft et Common Wealth

Sous le socialisme, vous n'auriez pas le droit d'être pauvre. Vous seriez nourri de force, habillé, logé, éduqué, et employé que vous le vouliez ou non. S'il était découvert que vous ne fassiez pas preuve d'un caractère et d'une ardeur au travail suffisants pour mériter qu'on se donne toute cette peine pour vous, il est possible que vous seriez exécuté de manière douce ; mais tant que vous seriez autorisé à vivre, vous seriez contraint de mener une existence convenable.
~ George Bernard Shaw, Guide de la femme intelligente en présence du socialisme et du capitalisme 

Nous allons à présent devoir aborder des sujets qui pourraient, au premier abord, ne pas avoir de rapport avec ce qui a été traité jusqu'ici. Ce serait agréable si je pouvais, d'une façon ou d'une autre, présenter toutes ces informations de manière linéaire et directe ; mais ce serait un peu comme tenter de mettre une pieuvre en laisse. Si les connexions que je tente d'établir étaient simples, évidentes, et linéaires, elles seraient déjà évidentes pour tout un chacun. Les pieuvres ne viennent pas au pied lorsqu'on les appelle. Il existe bien entendu un risque, qui est que puisque je sélectionne des éléments pour vous montrer qu’ils sont effectivement tous interconnectés, je pourrais alors créer des associations qui n’existent que dans ma tête, en raison d’un biais de perception. À ma connaissance, le seul remède contre ceci est de résister à la tentation de mettre l’accent sur les connexions et de se concentrer en priorité sur les faits qui semblent connectés. Le lecteur pourra alors décider si ces divers éléments sont effectivement connectés entre eux par autre chose que par l’imagination de l’auteur.

J’ai brièvement mentionné Common Wealth, l’organisation montée par les amis de mon grand-père, Sir Richard Acland et J. B. Priestley, et à laquelle appartenait Alec Horsley. Norman Glaister, un fabien, en était membre lui aussi. En 1950, Glaister fonda Braziers Park, une maison de campagne située en Angleterre dans l’Oxfordshire, détenue et dirigée par une fondation qui s’en sert comme centre pour la School of Integrative Social Research et comme internat universitaire.

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Braziers Park

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Castle House, où nous vivions au moment de ma naissance.

Ce qui suit est tiré du site internet Braziers Park :

Norman Glaister était étudiant en médecine à l’époque où Wilfred Trotter était professeur de chirurgie à l’hôpital universitaire, bien qu’il ait été ignorant de l’intérêt de Trotter pour la sociologie. Cependant, alors que Glaister servait en tant que capitaine dans le RAMC [Royal Army Medical Corps] en Palestine, et après avoir appris que son épouse (née Irene Sowerbutts) était décédée des suites de l’épidémie de grippe de 1918, il estima qu’il ne pourrait envisager l’avenir qu’en trouvant des activités de recherche qui permettraient d’améliorer la condition humaine. La lecture du livre de Trotter, The Instincts of the Herd in Peace and War, [ndt : les instincts de la masse en temps de paix et de guerre] lui fournit son inspiration. De retour en Angleterre, il étudia la psychiatrie, travailla pour le ministère des pensions, la clinique Tavistock et le Royal Free Hospital.[1] Il monta son propre cabinet. Glaister s’intéressa à l’Order of Woodcraft Chivalry, [ndt : ordre de la chevalerie du travail du bois] un mouvement pacifiste pratiquant le camping qui incitait les adultes et les enfants à travailler ensemble en apprenant le travail du bois, et qui encourageait les idées nouvelles dans le domaine de l’éducation issues de l’étude de la psychologie et de la théorie de l’évolution. Il emmena ses trois jeunes enfants au camp d’été annuel de 1924.

Glaister souhaitait, à l’origine, ouvrir une école où « les adultes [...] offriraient aux enfants des expériences qui leur permettraient de faire des choix positifs et équilibrés, sur le moment et plus tard dans leurs vies. » Lorsque ce plan fut contrarié, « Glaister s’orienta vers la pratique de la médecine générale et de la psychologie pour le compte de la clinique » (probablement Tavistock). [PDF] Ce n’est qu’en 1950 que Glaister fonda la School of Integrative Social Research, la même année que la création de Braziers Park. L’école est en partie communautaire. Son objectif était, et est toujours, « d’explorer la dynamique des individus vivant en groupe. »

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Norman Glaister

Glaister s’inspira de Trotter, qui était connu comme étant « le père biologique de la psychanalyse britannique ». (Origins and Context of Bion’s Contributions to Theory and Practice, par Robert M. Lipgar, Malcolm Pines, Jessica Kingsley Publishers, 2003, p. 104.) C’est sous l’autorité de Trotter qu’un autre Wilfred, Wilfred Bion , étudia la médecine, avant de partir étudier la psychologie de groupe et la psychanalyse au Tavistock Institute (Bion pourrait avoir enseigné à Oxford à un moment où mon grand-père y étudiait). L’épouse de Bion écrit dans la biographie de son mari, The Days of our Years, que Trotter eut une grande influence sur la direction prise par les travaux de Bion dans les relations de groupe. Edward Bernays, le désormais célèbre ingénieur social (grâce au documentaire d’Adam Curtis, Century of the Self), auteur de Propaganda et neveu de Freud, cite lui aussi Trotter dans ses écrits.

L’une des idées de base de Trotter, en dehors de l’instinct de masse (que Freud rejetait), était qu’il existe deux types d’êtres humains : le type « résistant » (qui compose la majorité des humains) et le type « instable » (la minorité qui amène le changement, ou tout du moins qui ouvre les autres au changement). Glaister remplaça par la suite le terme « instable » par « sensible », puis par « sensoriel ». Ce prémisse psychologique fut adopté par l’Order of Woodcraft Chivalry, fondé en 1916 par Ernest Westlake, qui comprenait un « Comité consultatif sensoriel ». Glaister intégra l’Ordre – décrit par Derek Edgell comme « une alternative New Age aux Boy Scouts » – en 1924, et y rencontra Dorothy Revel, qui devint sa seconde femme.

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➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

L’auteur Steve Wilson a suggéré que l’Ordre a servi de base pour la confrérie de sorciers New Forest, et à travers cette dernière à la religion néo-païenne de la wicca. Westlake était un naturaliste, un anthropologue et un grand voyageur, élevé dans la religion quaker, qui s’est par la suite éloigné du quakerisme pour chanter les louanges des « dieux anciens » du paganisme. Inspiré par des auteurs tels que Edward Carpenter, Nietzsche, Havelock Ellis, et J. G. Frazer, il créa l’Ordre dans le but d’échapper à « l’impasse de la religion intellectualisée » et de faire renaître « la Grande Grèce » de la civilisation moderne. Il voyait dans les femmes des incarnations de Dieu, qui devaient être « adorées en esprit et en vérité », vénérait le Feuillu en tant qu’équivalent anglais de Dionysos, et proposa une « Trinité du travail du bois » composée de Pan, Artémis et Dionysos. Suite à la mort de Westlake dans un accident de moto en 1922, le rôle de chef britannique de l’Ordre échut à Harry Byngham, qui changea de nom à cette occasion pour se faire appeler Dion, diminutif de Dionysos. Byngham encourageait le culte du phallus en tant que symbole de la force vitale. Il créa un journal de l’Ordre, intitulé The Pinecone, [ndt : la pomme de pin] dans lequel on pouvait trouver des représentations de nus (chose rare pour l’époque), et publia des travaux de Victor Benjamin Neuburg. C’est Neuburg qui initia Byngham aux idées d’Aleister Crowley, dont Neuburg était un disciple (il était également son amant, ou sa victime, selon la façon dont on envisage les choses). L’Ordre était avant tout centré sur les enfants, et sa posture pacifiste avait particulièrement séduit les familles quakers comme alternative au scoutisme. Gerald Gardner, l’une des principales figures de la renaissance britannique de la wicca au cours du 20e siècle, était encore plus directement lié à l’Ordre que Crowley.[2]

Si nous paraissons nous être fortement éloignés des centres d’intérêts progressistes de mon grand-père ou du fabianisme, ce n’est qu’une impression. L’Order of Woodcraft Chivalry était directement affilié à Common Wealth, le parti de Rochard Acland, dont Alec Horsley était membre.

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Sir Richard Acland

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Common Wealth intégra aussi la philosophie de Trotter et Glaister sur la dichotomie humaine (les résistants et les sensibles) dans ses programmes de réforme sociale, en insistant particulièrement sur le « sensoriel ».[3] Par exemple :

D’après nos archives, il s’agit de la première fois où la panoplie complète des idées de Trotter, l’instinct grégaire et le concept résistant/sensible, fut traitée de manière extensive, comme pour préparer le terrain pour des développements futurs. Il y a un regain de confiance, une détermination et une ambition de réaliser des progrès en partant des principes premiers – et, pour beaucoup, la majeure partie de tout ceci sera une découverte. Je pense que 44 personnes sont passées par l’école d’été durant la dernière quinzaine. Il a été rappelé à l’équipe résistant/sensoriel que l’idée était que c’est l’équilibre créatif entre les deux fonctions qui permettrait d’améliorer l’action. Leur tâche principale fut d’augmenter l’élément positif et de réduire le négatif dans toutes les situations, pour tenter d’envisager les problèmes non pas en termes dualistes, mais en trouvant une approche unitaire. [Lien]

Le rapprochement est alors étonnamment clair, non seulement entre la politique de gauche et la psychologie sociale, mais aussi entre la psychologie sociale et la « sorcellerie ». Ce rapprochement n’a pas non plus besoin d’être le fruit d’une déduction : les recherches de Wilfred Bion sur la psychologie de groupe incluaient ce qui serait de nos jours catalogué comme une approche clairement « parapsychologique » :

La description par Bion de la phénoménologie du groupe est saisissante et évoque des éléments que l’on pourrait qualifier d’ESP (perception extrasensorielle). Il pose que la psychologie de groupe est bien réelle mais que les origines de cette psychologie se trouvent uniquement chez les individus qui composent le groupe. Cependant, il semble aussi croire que l’aspect potentiel de rapport au groupe existant chez les individus est activé par le groupe, en d’autres termes que l’existence du groupe provoque ce que nous nommons « psychologie de groupe ». Comment cela se produit-il ? Bion décrit les individus comme étant happés dans divers plans du processus de groupe, comme s’ils étaient des pantins manipulés et contrôlés par un marionnettiste invisible. Pourtant, Bion ne croyait pas que le groupe lui-même possédait une capacité d’agir indépendante. La capacité d’agir du groupe devint un sujet majeur, mais restait ineffable et inobservable – comme une addition et une transformation mystérieuses qui permettraient de potentialiser de façon synergique les capacités d’actions combinées des individus composant le groupe. (Lipgar & Pines, Jessica Kingsley Publishers, 2003, p. 14.)

Revenons à Common Wealth : « en 1941, durant la Seconde Guerre Mondiale, Sir Richard Acland fonda un nouveau parti politique, Common Wealth, qui fut rejoint par Norman Glaister. »[lien] Il fut proposé à l’Order of Woodcraft Chivalry de s’associer avec Common Wealth, mais ce rapprochement ne se produisit pas, pour une raison ou pour une autre. « À la place, un autre groupe fut créé à la fin des années trente, du nom de ‘‘Our Struggle’’, et ce fut ce groupe qui fit partie de Common Wealth. » Néanmoins, Common Wealth adopta certains des principes organisationnels/psychologiques et des méthodes de l’Ordre, y compris l’approche quasi-biologique de l’organisation humaine.[4]

La première réunion du Comité Sensoriel de Common Wealth eut lieu en avril 1947. Le romancier Olaf Stapledon et John McMurray furent par la suite invités à rejoindre le mouvement. La première école d’été sensorielle de Common Wealth fut créée seulement quatre mois plus tard. Cette école d’été sensorielle se tint trois ans avant la création de Braziers, qui se produisit à la suite de cette école d’été et des deux suivantes.[lien]

Olaf Stapledon est le fameux auteur de Les derniers et les premiers, un roman de science-fiction sur l’ingénierie génétique qui influença des auteurs aussi divers que Arthur C. Clarke, Jorge Luis Borges, J. B. Priestley, Bertrand Russell, Arnold Bennett, et Virginia Woolf (ainsi que Winston Churchill). Il se trouve que Stapledon a étudié à l’Abbotsholme School, une école très atypique où mon frère, ma sœur et moi-même avons aussi étudié. Elle est considérée comme étant l’un des prototypes des écoles « progressistes » en Grande-Bretagne.

Voici son blason :

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Partie 5 : Écoles progressistes, théosophie et végétarisme

Darwin a permis de considérer la politique comme un instrument primordial de l'évolution sociale. Ce fut un tournant dans la pensée occidentale, un changement de paradigme par lequel les motivations séculières remplaçaient les motivations religieuses, qui avaient été jetées au rebut bien auparavant par le mouvement illuministe. Pour les pauvres, les classes laborieuses, les classes moyennes au sens américain du terme, ce changement de perspective, célébré par les esprits les plus influents du dix-neuvième siècle, fut une catastrophe aux proportions titanesques, en particulier pour les enfants éduqués par l'école du gouvernement. Les enfants ne pouvaient plus être simplement les petits chéris de leurs parents. Beaucoup d'entre eux représentaient une menace pour la race (sur le plan biologique). Les autres devaient être considérés comme des soldats dans la bataille génétique, l'équivalent de la guerre sur le plan moral. Mis à part pour une poignée de familles favorisées, le désir de s'élever était désormais rejeté en tant que proposition scientifique. Pour les gouvernements, les enfants ne pouvaient plus être considérés comme des individus mais comme des catégories, des barreaux sur l'échelle biologique. La science évolutionniste décréta que les masses étaient autant de bouches inutiles, dont la nature devait se débarrasser tôt ou tard. La nature (telle qu'elle se manifeste par l'intermédiaire de ses agents humains) ne devait pas être considérée comme étant cruelle ou oppressante, mais comme ayant un but merveilleusement fonctionnel – une perspective néo-païenne qui devait se refléter dans l'organisation et l'administration des écoles.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

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L’une des choses que j’espérais découvrir était une indication qu’un ou des membres de ma famille (soit dans ma génération, soit dans celle de mon père) auraient été envoyés dans une école « suspecte », où ils auraient subi une forme quelconque d’abus sexuel. Je savais que mon père (et ses frères et sœurs) avaient été envoyés dans diverses écoles quakers dès le plus jeune âge (Fairhaven Home School à Goathland, au milieu de la Lande du Yorkshire, Keswick Grammar School, Bootham School, et The Mount School). Je n’avais presque rien trouvé sur internet qui laissait suggérer que ces écoles, ou les quakers, aient été connectés avec quelque forme d’abus organisé que ce soit.[5] Et puis il y eut Abbotsholme.

J’ai passé deux années scolaires à Abbotsholme à partir de 1978, lorsque j’avais onze ans. Mon frère et ma sœur y ont passé plusieurs années. Elle est située à Derbyshire, à cinquante kilomètres de Ripley, la ville de naissance de mon grand-père. Comme mentionné auparavant, il existe à huit kilomètres de Ripley une petite ville du nom de Horsley, qui tire probablement son nom d’une lignée aristocratique, puisqu’on y trouve un château en ruines du nom de Horston Castle.[6] Au moins un Horsley (un soldat tué durant la Première Guerre Mondiale) est enterré au cimetière de Horsley, ce qui suggère l’existence d’une lignée familiale. Nous sommes certes loin d’avoir prouvé que mon grand-père appartenait à cette lignée ; mais c’est au minimum une coïncidence très inhabituelle.

Néanmoins, nous n’avons pas été envoyés à Abbotsholme sur la recommandation d’Alec, pour autant que je le sache, mais sur celle de notre beau-père (Michael Vodden, qui enseigna l’anglais en Inde après la Seconde Guerre Mondiale et qui aurait connu Lord Mountbatten, dont la rumeur insistante prétend qu’il aurait été lié au scandale pédophile du Kincora Boy’s Home de Belfast, en Irlande, et qui fut l’homme qui présenta Jimmy Savile à la famille royale).[7] On peut difficilement parler de coïncidence, mais on ne peut pas non plus en conclure qu’il y ait là une intention cachée ; ma famille se considérait comme « progressiste », et il n’y avait alors que peu d’écoles dans le Royaume-Uni qui remplissaient ce critère. En fait, Abbotsholme, fondée par Cecil Reddie, était considérée comme la première école progressiste moderne. Il n’est dès lors pas surprenant d’apprendre que Reddie fut influencé par les idées de la Fellowship of the New Life. En d’autres termes, qu’il était un fabien. J’ai visité l’école en 2010 avec ma sœur et ma nièce (qui envisageait de l’intégrer), et je fus surpris en découvrant que le symbole de l’école était un pentagramme.

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Un essai intitulé The Vegetarian Movement in England, 1847-1981 (présenté à la London School of Economics, une fois encore),[lien] décrit comment, au début du 20e siècle, les écoles quakers furent intégrées dans ce courant de pensée de la scolarité progressiste. La longue tradition des pensionnats quakers, la séparation des quakers du reste de la société, et leur rejet des programmes scolaires traditionnels et de l’enseignement de la science, « éloigna ces écoles des écoles publiques. Au début du 20e siècle, les différences devinrent plus marquées avec la diffusion en leur sein de la mixité. » Ce fut apparemment la raison principale qui poussa les écoles quakers dans le monde de l’éducation progressiste, « bien qu’une raison plus fondamentale fut sans doute le virage opéré par le quakerisme sur un plan plus général, et qui l’attira dans l’orbite du progressisme de gauche. » L’essai mentionne également comment « En 1893, A. C. Bradley, un ancien enseignant d’Abbotsholme, créa l’école mixte de Bedales. » Ma sœur a étudié à Bedales avant de se rendre à Abbotsholme.

Puis il y eut ceci :

La seconde influence majeure fut la théosophie, qui était, au début du siècle, très impliquée dans les causes touchant au progressisme social et qui n’avait pas encore adopté une attitude d’introversion sociale qui ne vint que par la suite. En 1915, plusieurs théosophes à tendance progressiste, menés par Mme Ensor et George Arundale, fondèrent la Theosophical Fraternity in Education, et la Garden City Theosophical School fut créée la même année. [...] Plusieurs de ces écoles ainsi que d’autres mouvements de cette période avaient pour objectif de mettre les enfants en contact direct avec la nature, en mettant plus particulièrement l’accent sur la forêt, comme un moyen permettant de développer leur confiance et leurs aptitudes. Ce sentiment trouve sa meilleure expression dans l’Order of Woodcraft Chivalry d’Ernest Westlake, qui se définissait comme une version plus aventureuse et libertaire des Boy Scouts, sans aucun de leurs aspects militaires. [...] Il fonda la Forest School en 1929 – un mélange de Freud et des Peaux-Rouges, d’après un des enseignants – et l’objectif était ici de rendre aux enfants « leur droit naturel à la liberté ». Le thème du paradis était puissant dans tous ces mouvements, et Ernest Westlake décrit l’objectif ultime comme étant de « regagner le paradis ».

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Ernest Westlake

Le fabianisme, les quakers, la wicca, la théosophie, l’éducation, « un retour à la nature », la liberté sexuelle, voilà tout ce que l’on pouvait trouver dans l’école que mon frère, ma sœur et moi avons fréquentée. Qui l’eût cru ? J’ai quitté cette école par consentement mutuel au bout de deux années. Pour autant que je m’en souvienne, l’éloignement de la maison familiale me rendait malheureux. J’avais également rencontré de nombreux problèmes dans cette école. Je ne me rappelle rien de particulièrement étrange concernant les professeurs ou les méthodes éducatives, mais mon court passage là-bas m’a laissé quelques souvenirs quelque peu déconcertants. Je me souviens avoir été réveillé en pleine nuit par deux garçons ou plus qui me versaient de l’eau dans les oreilles. Ils expliquèrent leur geste en disant qu’il s’agissait d’une méthode qui permettait d’entrer en transe, et qu’ils l’avaient lu ou qu’ils en avaient entendu parler quelque part. Je me souviens aussi de cette pratique qui consistait à entrer en hyperventilation, puis d’avoir un autre garçon qui vous saisissait par le torse et serrait de toutes ses forces. C’était censé être un moyen pour entrer dans un état de conscience altéré (à ma connaissance, aucune de ces curieuses méthodes n’a fonctionné sur moi). Enfin, et c’est le souvenir le plus étrange, je me rappelle avoir couru dans tous les sens en compagnie d’autres garçons, dans les champs, en pleine nuit, avec des draps sur la tête, et ce sans explication apparente. Encore une chose, peut-être sans rapport : il y a de cela quelques années, je parcourrais une série de lettres datant de cette période, que j’avais écrites à l’intention de ma famille ; dans l’une d’entre elles, je décrivais avoir aperçu un OVNI.

Poursuivons...

On trouve, en lien direct avec ce plan éducatif fabien-quaker-théosophique-végétarien-progressiste, un mouvement éducatif alternatif radical qui débuta en Angleterre dans les années trente du nom de Grith Fyrd. Grith Fyrd (« Armée de la Paix » en vieil anglais) fut fondé (surprise, surprise) par des membres de l’Order of Woodcraft Chivalry, et commença son existence avec deux camps de travail, l’un situé à Goodhill dans le Hampshire, l’autre à Shining Cliff dans le Derbyshire, à huit kilomètres de Ripley. Grith Fyrd « prenait des hommes sans emploi et tentait de les utiliser pour servir de base à une communauté agraire ». Le programme du mouvement « représentait un mélange de socialisme, de coopérative, d’eugénisme et de rejet de l’urbanisme [...] et était profondément internationaliste, mais avait des contacts particulièrement étroits avec les mouvements de jeunesse allemands. Le principal objectif concret de l’Ordre était de créer un mouvement qui permettrait aux garçons, aux filles, aux hommes et aux femmes de travailler et d’étudier ensemble au grand air. »

Les campeurs – ou Pionniers – de Grith Fyrd étaient un mélange de jeunes hommes sans emploi qui pouvaient continuer à toucher leurs allocations, et d’idéalistes qui provenaient pour la plupart de la classe moyenne. Les Pionniers construisirent eux-mêmes les bâtiments du camp ainsi que les meubles, et produisaient leur propre nourriture. Aldous Huxley écrivit dans le Sunday Chronicle que le camp de Goodhill était « presque une réplique des campements situés dans les régions reculées d’Amérique il y a un siècle. » Pour Huxley, les conditions d’existence primitives représentaient une riposte admirable à la standardisation de la société moderne, industrielle et urbaine. [Lien]

Grith Fyrd ne fut jamais un mouvement important (les camps étaient composés de trente à cinquante « pensionnaires » chacun), et il prit fin en tant qu’expérience de terrain à la fin des années trente. Une poignée de vétérans du mouvement se regroupèrent à la fin des années quarante pour organiser la communauté de Braziers Park – et la boucle est ainsi bouclée.

Avant de créer la School of Integrative Social Research, Norman Glaister avait été impliqué dans le système de troc-contre-travail de Grith Fyrd. L’école (qui fonctionnait elle aussi comme une communauté) avait pour objectif « d’explorer la dynamique des gens vivant en groupe, de développer de meilleures méthodes de communication interpersonnelles et de découvrir de nouvelles façons d’assembler les connaissances pour les rendre plus porteuses de sens. » [Lien]

Après 1937 [l’année de la création de Northern Dairies], des membres de Grith Fyrd fondèrent le mouvement Q Camp (Q pour « Quête »), qui dirigeait des communautés de campements en plein air qui accueillaient des jeunes hommes en difficulté, ce qui influença par la suite les approches concernant l’éducation en plein air des jeunes délinquants. Ce mouvement influença par ailleurs la communauté Braziers, où Glynn Faithfull et d’autres dirigeaient ce qui était concrètement un pensionnat universitaire pour adultes (et où il éleva sa fille, Marianne). Il eut une influence sur les approches psychanalytiques quant au management des communautés thérapeutiques. Enfin, il faisait partie d’un réseau plus étendu d’individus et d’institutions qui avaient tenté de développer des communautés durables et un mode de vie pacifique durant l’entre-deux-guerres, ce qui lui confère une place dans l’histoire de l’environnement en Grande-Bretagne. [Lien]

Tout comme de nombreuses idées fabiennes sur l’éducation progressiste, la liberté sexuelle, et l’expansion de conscience, Grith Fyrd fut en grande partie un précurseur de ce qui allait devenir, trente ans plus tard, « la contre-culture ». Le mouvement connut son point culminant au cours des années trente, avant que l’idée de campements en plein air ne soit ternie par des associations avec le fascisme (et des mouvements de jeunesse inspirés des Jeunesses Hitlériennes). Durant cette période, son histoire fut « remplie de personnages que l’on pourrait objectivement qualifier de cinglés : des végétariens barbus en sandales buvant du jus de fruit, nourrissant de curieuses aspirations médiévales et des théories pseudo-scientifiques sur la régression infantile, le culte du soleil et la gymnosophie. »

Et pas seulement sur le culte du soleil : dans son premier éditorial, Le Pinecone de « Dion » Byngham expliqua clairement que la pomme de pin ne représentait « pas seulement les pommes de pin qui jonchent le sol de la forêt de Sandy Balls, mais également la partie supérieure d’un pénis. »

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Partie 6 : Sexe, drogues, rock & roll et dandys

D’un point de vue évolutionniste, l’école correspond à la phase d’endoctrinement d’une gigantesque expérience d’élevage. Les fantasmes de la classe ouvrière sur le « développement personnel » furent rejetés dès le départ comme autant de manifestations de sentimentalisme qui n’avaient pas leur place dans la théorie de l’évolution.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

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Cette série a débuté comme une tentative pour mieux comprendre le chemin auto-destructeur emprunté par mon frère, ainsi que les racines empoisonnées qui le traversent. Ironiquement – ou peut-être pas – Sebastian Horsley était aussi éloigné d’un hippie ou d’un progressiste qu’il est possible de l’être (il a toutefois qualifié Jésus de dandy en une occasion). Il se moquait des hippies-mangeurs-de-graines, du politiquement correct et des valeurs New Age/progressistes, et il était infiniment plus susceptible de parler affectueusement d’Hitler que de vanter les mérites de Gandhi ou de Mère Teresa. Cela signifie-t-il que son endoctrinement fabien n’a pas fonctionné, ou qu’il s’est rebellé contre les influences paternelles en adoptant des valeurs exactement opposées (comme le font tant d’entre nous) ? Ou cela implique-t-il quelque chose de plus subtil et obscur, qui serait que le système de valeurs promu par les fabiens, les quakers, les membres de Grith Fyrd et les progressistes de gauche dissimulait un système de valeurs très différent, et qu’un loup se cachait derrière le masque progressiste ? En fait, le dandysme est bien plus compatible avec l’esthétique du « retour à la nature » de l’Order of Woodcraft et de Grith Fyrd – ainsi qu’avec le fascisme – qu’il ne le paraît de prime abord.

Le Men’s Dress Reform Party [ndt : Parti de la réforme de l’habillement des hommes] était une extension du mouvement eugéniste qui, comme le mouvement du camping et les écoles progressistes, débuta à la fin des années vingt et au début des années trente. Son objectif avoué était d’encourager les hommes à porter « des vêtements plus beaux et plus gracieux, qui rappelleraient ce qu’ils portaient durant la période élisabéthaine. » Le raisonnement était que les hommes de la classe moyenne, en s’habillant mieux, deviendraient plus attirants pour les femmes, « ce qui permettrait ainsi de renverser la perception d’un déclin évolutionniste de la classe moyenne. » Les manifestations d’été du MRDP étaient des événements réguliers durant les années trente, et une manifestation qui eut lieu en 1931 aux Suffolk Street Galleries rassembla environ un millier de personnes, dont H. G. Wells. Dion Byngham, l’homme qui vouait un culte à la pomme de pin, a même écrit à ce sujet dans le New Health Journal en 1932 : « une renaissance de la beauté pour l’homme – une beauté véritablement masculine du corps et de l’esprit, l’épanouissement d’un esprit joyeux – pourrait signifier des mariages plus heureux, de beaux enfants bien nés, une race plus belle et plus saine. »

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L’une des principales influences de ce mini-mouvement fut Edward Carpenter, un des premiers fabiens, que George Bernard Shaw avait appelé « un noble sauvage », et que le Guardian avait qualifié « d’un des pères fondateurs du socialisme ». Carpenter vécut à Millthorpe, un village du Derbyshire près de Sheffield et à environ soixante kilomètres de l’école d’Abbotsholme, où il rencontra Shaw, Bertrand Russell, D. H. Lawrence, et Cecil Reddie (le fondateur d’Abbotsholme). Il entretint une correspondance avec Walt Whitman, Annie Besant, Isadora Duncan, Havelock Ellis, Roger Fry, le Mahatma Gandhi, J. K. Kinney, Jack London, George Merrill (son amant), William Morris et John Ruskin, et il connaissait aussi probablement l’artiste-pédophile Eric Gill (ils appartenaient tous deux à ce qu’on appelait « la scène de Bloomsbury »). Comme le rappelle le Guardian : « Millthorpe s’affirma comme un réseau contre-culturel s’opposant au matérialisme victorien, devenant un point de passage obligé pour toutes sortes d’artistes torturés. [...] Millthorpe était également connu pour son atmosphère de libération sexuelle ».

En découvrant tout ceci, une question me vint à l’esprit concernant toutes ces lignées royales qui connurent une période difficile : une des raisons pour lesquelles elles perdirent leur fortune et leur rang social fut-elle qu’elles devinrent gâtées et paresseuses, comme ont tendance à l’être les aristocrates, ce qui provoqua la perte de leur royaume ? Si c’est le cas, alors il se peut qu’une des manières de faire face à ce problème serait d’envoyer vos enfants dans des « écoles naturelles » où ils devront apprendre à vivre dans la nature et à développer un côté « sauvage » – ne faisant pas d’eux de bons sauvages, mais plutôt des nobles sauvages.

Mon frère aurait sans doute apprécié un tel qualificatif. Il se moquait totalement de l’eugénisme ou de la volonté de créer une race plus belle (il aurait insisté sur le fait que les gens laids et mal habillés étaient nécessaires pour que lui-même puisse sortir du lot). Il n’avait pas non plus de temps à perdre avec le camping ou les mouvements naturels. Et bien qu’il ait été obsédé par sa propre « libération » sexuelle et par l’embellissement de sa propre personne, le fait de porter de beaux vêtements pour sortir du lot n’avait rien à voir avec le désir d’attirer un partenaire sexuel, puisque d’après son propre credo, « les dandys ne se reproduisent pas ». Son intérêt pour les vêtements trouvait son origine dans un mélange particulier d’hédonisme, de narcissisme et de matérialisme, mais il n’était pas entièrement distinct d’une philosophie de vie, bien au contraire. Sans vouloir simplifier ses choix à l’excès, les préoccupations quotidiennes de mon frère étaient cependant de trois ordres : les vêtements, le sexe et la drogue. L’art et l’expression personnelle (ou le culte de sa personne) étaient tout aussi essentiels, mais c’est comme si les trois « vices » étaient les moyens d’atteindre ce but, les peintures sur son chevalet. Si nous remplaçons les vêtements par le rock and roll (i.e. la pop musique, que mon frère prétendait préférer à toutes les autres formes d’art combinées), alors le système de valeurs de la contre-culture (et les moyens imaginés pour atteindre à la libération sociale et spirituelle) est plus ou moins identique.

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Le rock and roll, tout comme le dandysme, avait des liens avec le mouvement éducatif fabien du « retour aux sources » (« un mélange de Freud et des Peaux-Rouges », souvenez-vous). Par exemple, un membre important de la communauté de Braziers Park était Glynn Faithfull, qui avait rencontré Glaister par l’intermédiaire de l’Order of Woodcraft Chivalry. Faithfull avait été membre de l’université de Liverpool, avait étudié la renaissance italienne, et été un agent du MI6 durant la Seconde Guerre Mondiale. Il fut marié à la baronne Eva Erisso, une ancienne ballerine, et leur fille était la chanteuse et actrice Marianne Faithfull. D’après le second mémoire de Marianne (Memories, Dreams, Reflections, curieusement le même titre que l’autobiographie de Jung), ce fut Glynn Faithfull qui fut chargé de l’interrogatoire de Heinrich Himmler après qu’il se soit rendu aux forces américaines, ayant compris que la défaite des nazis était imminente. Faithfull aurait échoué à fouiller Himmler correctement, ce qui l’empêcha de découvrir une capsule de cyanure dissimulée sur ce dernier, ce qui aurait conduit au suicide d’Himmler, qui aurait été ensuite enterré dans une tombe non identifiée. Voilà un petit conte assez curieux, outre le fait que tout ceci survint durant la période au cours de laquelle des nazis étaient incorporés dans l’OSS, qui devait bientôt devenir la CIA, via l’opération Paperclip. Mais poursuivons.

Marianne naquit l’année suivante, et elle raconte qu’elle intégra Braziers Park au moment de sa création, en 1950 (elle avait quatre ans), et y vécut jusqu’à ses sept ans. Dans son premier mémoire (Marianne: An Autobiography), elle décrit des cauchemars récurrents impliquant des « entités terrifiantes » qui étaient « exactement comme mon père », des hommes étranges portant la moustache qui la chatouillaient et lui versaient du thé chaud sur le corps. Elle écrit que « chaque année, nous emmenions des enfants défavorisés dans la New Forest » pour y participer à des rituels « quasi-mystiques ».[8]

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Faithfull se souvient dans Memories, Dreams, Reflections :

Les choses étaient plus folles, plus excentriques, plus chaotiques durant les premières années – certaines choses qui se passaient là-bas étaient assez étranges. [...] Ils semblaient étudier Dante et Le destin de l’homme, mais ce qu’ils faisaient vraiment c’était de baiser comme des lapins – avec ce qui étaient techniquement les mauvaises personnes. [...] Il y avait du sexe partout à Braziers. Pas vraiment une expérience positive et heureuse pour un enfant, je suppose. [...] Le mélange de pensée utopique et de sexe omniprésent pourrait sembler incongru, mais c’était vraiment dans l’esprit de l’époque – les années cinquante – qui préfigurait de façon troublante l’esprit des années soixante, caractérisé par son désir de changer le monde et son amour libre enivrant. C’était les années cinquante, intellectuelles, marquées par l’influence de Bertrand Russell, qui virent les débuts de Braziers Park et où fleurissaient toutes ces idées – des idées grandioses visant à guérir le monde – et de petits groupes d’individus s’isolant du grand méchant monde pour étudier les Grandes Idées, des idées sur la Nature de l’Homme, les fondements de la civilisation, la complexité de la communication des idées. Les débats métaphysiques s’accompagnaient d’expériences sur la conscience de groupe. Cette combinaison – la baise et Schopenhauer – était tout aussi omniprésente à Braziers qu’elle l’était dans les romans d’Iris Murdoch. [Mon père] était un philosophe de l’esprit de groupe, quasiment un technicien des dynamiques de groupe – comment composer avec l’ego au sein d’un groupe.[9]

Plus loin, dans un chapitre intitulé « The Girl Factory », [ndt : L’usine à filles] Faithfull décrit sa rencontre avec l’écrivain et éditeur italien Roberto Calasso, qu’elle décrit comme « un archéologue des mythes ». Faithfull raconte que lorsqu’elle évoqua son enfance à Braziers auprès de Calasso, celui-ci la compara à une histoire de l’auteur de pièces de théâtre Frank Wedekind, Mine-Haha: the Bodily Education of Young Girls [ndt : Mine-Haha : l’éducation corporelle des jeunes filles]. Mine-Haha raconte l’histoire d’une école de filles située dans un château où des filles non désirées sont élevées depuis le berceau jusqu’à l’âge de seize ans, « un genre d’école de formation pour geishas où elles sont éduquées pour donner du plaisir ». À l’âge de seize ans, ces filles sont orientées soit vers le show business, soit vers la prostitution. Faithfull répondit à Calasso en insistant que « personne ne m’a forcée à venir à Londres pour y devenir une chanteuse pop. On m’a tentée, certainement, on m’a séduite pour que je le devienne, mais je n’ai pas été contrainte de devenir une chanteuse pop, tandis qu’on oblige les filles du château à devenir des artistes avec le fouet et la torture. » Calasso répondit en notant que Faithfull « avait grandi dans un lieu clos similaire [...] et à l’âge de dix-sept ans [...] fit une entrée fracassante dans le monde, entraînée, de façon étrange, pour toutes sortes de choses – politique, sexe, livres, danse, comédie, chant – qui lui furent utiles dans sa carrière. » Faithfull admit que « le concept de mentalité de groupe que mon père enseignait à Braziers a dû beaucoup m’aider à m’intégrer. C’est probablement la raison qui m’a permis de m’intégrer si aisément avec les Stones. »

Faithfull écrit : « Avant que les filles ne soient envoyées dans le monde, elles sont examinées de la tête aux pieds, à l’intérieur, à l’extérieur, la totale. C’est vraiment pervers. Quoi qu’il en soit, rien de tout ceci ne m’est arrivé, de toute évidence ». Pourquoi « de toute évidence », je me demande ? Faithfull clôt le chapitre en mentionnant une troupe de danse italienne, le Gruppo Polline, qui avait créé une performance inspirée de Mine-Haha dont les thèmes étaient « la persistance de la mémoire, l’isolation, l’hésitation quant au futur, l’alternance du statique et du frénétique, et la négation du corps résultant d’une éducation fondée sur des théories et sur l’exploitation des jeunes » (c’est moi qui souligne). Elle ajoute qu’elle a écrit la chanson In the Factory avec Polly (P. J.) Harvey, en s’inspirant d’un essai de Calasso. Elle avait voulu l’intituler « The Girl Factory », mais Harvey l’avait convaincue de changer de titre. Faithfull regretta le changement, ajoutant en guise d’explication que Polly était « assez intimidante ».[10]

Marianne Faithfull rencontra Mick Jagger vers le début de sa carrière musicale, en 1964-65, et il écrivit son premier succès, As Tears Go By (bien qu’ils ne se mirent en couple qu’en 1966). Jagger venait de quitter la London School of Economics, après avoir obtenu une bourse en 1961 pour pouvoir y faire ses études, et y être resté jusqu’en 1963. Cette période de deux ans correspond à la période de formation des Stones et à leur ascension en tant que groupe, pour devenir peu après « l’avant-garde du rock and roll britannique ». Avant cela, Jagger avait travaillé durant l’été 1961 dans un hôpital psychiatrique, le Bexley Hospital, où il raconte qu’il y apprit des leçons inestimables sur la psychologie humaine, en plus d’y avoir perdu sa virginité avec une infirmière ! [11]

La légende raconte que Jagger a rencontré « par hasard » son ancien camarade de classe Keith Richards sur un quai de gare en 1961, sur la route le menant à la LSE, et le reste fait partie de l’histoire. Il existe une anecdote bien connue – je me rappelle l’avoir entendue de la bouche de ma sœur alors que j’étais adolescent – sur Mick Jagger et comment il continua à étudier pour devenir un comptable alors même que les Stones commençaient à décoller, juste au cas où ce ne serait qu’un feu de paille. Ce qu’on sait beaucoup moins (et en fait, il est difficile de le confirmer, ma seule source pour l’instant étant le chanteur Sally Stevens) est que, en plus d’avoir donné une bourse à Jagger, la London School of Economics a aussi financé les Stones en 1963. Stevens rapporte une conversation avec Derek Bell, le neveu de Gertrude Stein, datant de cette année-là :

D’après ce que je me rappelle de la conversation qui suivit, les étudiants de la LSE, durant leur première année, étaient autorisés à rédiger une demande auprès de la LSE pour financer un projet. D’après Derek, Mick avait écrit la demande de financement, se servant des Rolling Stones comme d’un modèle économique, et demandant une aide financière pour acheter de l’équipement pour qu’ils puissent améliorer leur qualité sonore sur scène. Bien entendu, pas un membre du conseil d’administration de la LSE, y compris Derek, n’avait la moindre idée de la rentabilité financière de la musique rock, bien qu’elle était évidemment en train de prendre de l’importance d’un point de vue économique, et ils avaient vaguement entendu parler des Beatles ; mais lorsqu’il fallut aborder les subtilités du métier, la LSE eut besoin d’une opinion d’expert – dans ce cas précis, moi. Le conseil d’administration voulait savoir si les Stones avaient un avenir, et je pus dire que je pensais que oui, d’après ce que je voyais. Est-ce qu’ils seraient un pari judicieux ? « Euh... Oui », d’après l’expert. Et c’est ainsi que Mick obtint un financement de la LSE grâce auquel il put acheter de l’équipement, après quoi il dit adieu à la LSE, et s’envola vers les cieux.

Que cette anecdote soit apocryphe ou authentique, les Stones devinrent le groupe le plus important du monde, après les Beatles, et Mick Jagger et Marianne Faithfull devinrent l’un des couples les plus célèbres du rock. Après sa libération de prison en 1967, Jagger passa aussi quelque temps à Braziers Park avec Faithfull.

S’il est besoin de preuves supplémentaires pour lier la culture populaire, les opérations menées par les services de renseignement, et la politique, Mick Jagger fut un temps associé au député travailliste et supposé informateur du MI5 (et peut-être du KGB, voire même de l’église de scientologie) Tom Driberg. Driberg avait été impressionné par Jagger après lui avoir été présenté en 1965, et tenta durant de nombreuses années, sans succès, de le persuader de s’impliquer activement dans la politique du parti travailliste. Driberg était membre d’un ou plusieurs des groupes auxquels appartenait mon grand-père, il fraternisa avec Richard Acland, et fut même désigné par Aleister Crowley comme étant son successeur naturel dans le rôle d’enseignant mondial ! [12] Encore plus inquiétant, Driberg (qui adhérait pleinement à la libération culturelle et sociale des années soixante) noua une amitié au long cours avec les jumeaux Kray, et en juillet 1964, Lord Boothby (un noble conservateur célèbre) et lui furent accusés d’avoir harcelé des hommes sur une piste de course de chiens, et d’être impliqués dans la mafia. Driberg et Boothby participèrent à des fêtes dans l’appartement des Kray, où « des garçons de l’East End, à la fois frustes et accommodants, étaient servis comme autant de petits-fours », d’après le biographe de Driberg, Francis Wheen.[13] Tandis que Driberg évitait d’apparaître en pleine lumière, Boothby était poursuivi par la presse, et fut contraint de publier une série de démentis. Après la condamnation des jumeaux pour meurtre en 1969, Driberg fit pression à de nombreuses reprises auprès du Home Office pour améliorer leurs conditions de détention, demandant qu’ils reçoivent plus de visites et qu’ils aient le droit de se voir régulièrement.

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Tom Driberg et Lord Boothby

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Boothby et Reggie Kray, en compagnie de Leslie Holt

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Boothby et Cliff Richards

Driberg était membre du Comité 1941, mentionné précédemment, qui en plus d’Acland et d’Astor, recruta également Julian Huxley (le frère aîné d’Aldous, un eugéniste et ingénieur social) et le probable agent du MI5 Christopher Mayhew. En 1955, Mayhew participa à une expérience qui devait occuper un segment d’une émission spéciale de Panorama sur la BBC, mais qui ne fut jamais diffusée. Mayhew ingéra 400 mg de mescaline hydrochloride sous le contrôle de son ami le dr. Humphrey Osmond, et donna son autorisation pour être filmé pendant son trip. Une partie de l’enregistrement fut intégrée au documentaire LSD – The Beyond Within, diffusé en 1986. Le dr. Humphrey Osmond donna de la mescaline à Aldous Huxley l’année suivante, en 1952, ce qui fut à l’origine de la rédaction de la bible de la contre-culture, Les portes de la perception.

Comme mon grand-père faisait lui aussi partie du Comité 1941 (d’après l’historien marxiste de la LSE, John Saville – sans lien connu avec Jimmy), peut-on imaginer qu’il ingérait lui aussi de la mescaline sur la ligne de front de la révolution psychédélique ? Si ce fut le cas, je n’ai jamais été mis au courant durant mon enfance. La prise d’hallucinogènes semblait pourtant bien être au centre de l’expérience fabienne : plus de cinquante ans avant que Huxley ne popularise la mescaline, Havelock Ellis écrivait un article intitulé Mescal: A New Artificial Paradise pour The Contemporary Review de janvier 1898, faisant de lui l’un des tous premiers occidentaux à expérimenter les « enthéogènes ».

Encore une fois, mon frère poursuivit cette tradition à la lettre, et à l’exact opposé, tout à la fois : il écrivit un article pour The Observer (dont l’ancien rédacteur en chef était l’agent du MI6 David Astor, veuillez noter) sur son expérience avec l’ibogaine, intitulé Trip of a Lifetime (j’y étais même mentionné, même si mon nom n’était pas cité). Ses divers écrits sur son amour pour son addiction à l’héroïne sont plus célèbres, et il inclut des seringues (ainsi que des crânes) sur le blason qu’il se créa lui-même. En-dessous apparaissent les mots « PUTAINS, DEALERS, TAILLEURS ».

Consciemment ou pas, mon frère révélait ainsi les méthodes de l’ingénierie culturelle. Sexe, drogues, et beaux vêtements : un credo à suivre jusqu’à la mort.

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Partie 7 : Contrôle de la nourriture, contrôle du monde : crise de Suez, Northern Dairies, Marks & Spencer

Pas besoin d'avoir une carte de membre, ou même d'avoir entendu le mot « fabien » pour suivre l’étendard du loup déguisé en agneau. Le fabianisme est avant tout un système de valeurs avec des objectifs progressistes. Son côté club privé n’est pas ouvert aux fermiers, aux mineurs de charbons, ou aux plombiers. Nous avons tous été exposés à de nombreux aspects du programme fabien sans même en avoir conscience. Aux États-Unis, on trouve parmi les organisations fortement influencées par le fabianisme, la fondation Russell Sage, le Stanford Research Institute, le Carnegie Endowments, l’Aspen Institute, la Wharton School, et RAND. Et cette courte liste n’est donnée qu’à titre d’exemple, et n’est pas exhaustive.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Au début des années cinquante, Northern Dairies fut approchée pour entrer en bourse, et l’entreprise reçut l’approbation de Lord Percy, cité précédemment, qui approcha à son tour le député travailliste et membre de la société fabienne Ian Mirkado. Mackintosh était également représentée au conseil d’administration de Northern Dairies, et Alec « était raisonnablement certain d’une issue positive en 1956 ». C’est à ce moment qu’Alec fut contacté par l’Église orthodoxe russe pour emmener un groupe d’hommes d’église en Union Soviétique. Alec écrit dans son court mémoire : « Puis vinrent les émissions d’actions de Northern Dairies en 1956, et heureusement, la providence décida que Nasser devait nationaliser le canal de Suez ce même jour, et la demande n’était donc pas très forte. » Je ne suis pas versé dans les arcanes des discussions financières (bien que j’aie été l’un des principaux actionnaires de Northern Foods de l’âge de dix-huit ans à vingt-quatre ans), mais ce que je déduis de ceci est que, en raison de la concomitance entre l’introduction en bourse de la compagnie et une crise internationale, il y eut de nombreux délits d’initiés alors que le prix de l’action demeurait bas. « Bien que toutes les actions avaient été prises, le prix tournait toujours autour [...] du même prix auquel nos amis et clients du Mackintosh Group avaient acquis les leurs. » Alec ajoute que « plusieurs membres de la famille Mackintosh avaient en fait acheté d’importantes quantités de nos actions, et une relation heureuse s’est établie jusqu’à nos jours. »

Lorsque j’ai commencé cette exploration de mon histoire familiale, je n’avais jamais entendu parler de la crise de Suez. Je découvris bientôt qu’elle fut un tournant majeur dans la politique internationale. Tout d’abord, elle sonna le glas de la carrière du Premier Ministre britannique de l’époque, Anthony Eden, en raison d’une santé chancelante et d’une réputation sérieusement compromise. Elle marqua ensuite la fin de la prédominance britannique sur le Moyen-Orient, suite au refus américain de soutenir le gouvernement d’Eden dans sa volonté d’assassiner Nasser et de reprendre le canal – ce qui signifiait pratiquement la fin de l’empire britannique (le canal était en effet extrêmement important pour l’industrie européenne, deux tiers de l’approvisionnement européen en pétrole passant par celui-ci). Donc en 1956, et apparemment le jour même où Northern Dairies était introduite en bourse, le général Nasser, président de l’Égypte, s’emparait du canal en réponse à la fin du financement anglo-américain du barrage d’Assouan.[14] En conséquence de cet acte « providentiel », Alec et ses petits copains furent en mesure d’engranger des profits très conséquents. Considérant la relation étroite entre Alec et le pouvoir, on est en droit de se demander dans quelle mesure ce timing était « providentiel ».

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Nasser : le canal restera bloqué
« tant qu’il y aura un seul soldat étranger sur notre sol »

On notera également que l’empire médiatique de David Astor joua un rôle central dans la mise à bas du gouvernement d’Eden après la crise : The Observer accusa Eden d’avoir menti au Parlement, et d’avoir travaillé en collusion avec la France et Israël dans le but de s’emparer du canal.[15] La nécrologie de mon père publiée dans le Guardian mentionne également la crise de Suez : « Son positionnement politique fut toujours radical. Il fut, durant sa jeunesse, l’un des principaux manifestants contre le fiasco du canal de Suez et participa aux marches d’Aldermaston. » Si mon père participa à des manifestations contre l’alliance d’Eden avec la France et Israël en 1956, ce devait être environ un an avant qu’il ne quitte le Royaume-Uni pour voyager à travers les États-Unis et le Canada, tout en essayant de devenir un écrivain, ou du moins en espérant en devenir un (il rencontra ma mère à la Nouvelle-Orléans en 1958). S’est-il passé quelque chose qui le poussa à quitter le Royaume-Uni, ainsi que la pression paternelle intense, pour qu’il intègre l’entreprise familiale (ce qu’il finit par faire de toute façon, après avoir épousé ma mère) ? Et y avait-il un lien avec le passage « heureux » de Northern Dairies d’une entreprise privée à une entreprise cotée en bourse ? Était-ce l’époque où mon père commença à deviner la nature des intérêts que servait réellement Alec ? (Il convient peut-être de noter que, suite à son introduction en bourse, la première expansion d’importance de Northern Dairies eut lieu en Irlande du Nord).

La transformation de la laiterie locale d’Alec en une entreprise multinationale débuta pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme le relate le site Reference for Business :

Comprenant que l’époque du petit laitier était révolue, Horsley entama une campagne d’expansion énergique et ambitieuse, rachetant d’autres laiteries les unes après les autres. Plus l’entreprise prenait de l’ampleur, plus elle devenait attirante pour les petites entreprises touchées par les bombardements (Hull fut très durement touchée durant la guerre), les pénuries chroniques, et les difficultés pour s’adapter au rationnement. Alors que l’entreprise prenait de l’importance, elle devenait plus efficace avec chaque nouveau rachat de laiterie et d’usine, Horsley choisissant les meilleures d’entre elles pour consolider ses opérations. En 1942, Horsley contrôlait un vaste réseau de points de vente en gros et au détail disséminés dans l’Humberside et le Yorkshire, et la partie vente au détail de la compagnie fut renommée Northern Dairies pour refléter cet état de fait (et ce même si les opérations de vente en gros continuèrent d’être connues sous leurs noms individuels).

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L’introduction en bourse d’une compagnie, comme pour Northern Dairies en 1956, signifie qu’elle peut vendre des actions au « grand public » – i.e. aux gens riches – et donc qu’elle intègre le marché des actions. Ceci permet à la compagnie de lever des fonds et du capital grâce à la vente de ses actions, en d’autres termes de faire de l’argent avec de l’argent. Les actionnaires ne font rien pour gagner de l’argent, ils se contentent de posséder des actions et de percevoir des dividendes. C’est le capitalisme à l’état pur, et c’est aussi éloigné que possible de la philosophie socialiste. J’en sais quelque chose : en tant qu’actionnaire, dès l’âge de quinze ans environ, je savais que (si je me débrouillais bien) je n’aurais pas à travailler un seul jour de ma vie. Lorsque j’eus dix-huit ans et que je devins propriétaire de mes actions, j’adoptai un mode vie où se mélangeaient la liberté sociale et l’irresponsabilité (en clair, je faisais tout ce que bon me semblait). Voici une description de mon mode de vie, tirée du seul article que j’ai réussi à faire publier dans le Guardian (dans la section « Expérience », ouverte à tous) :

Dans une journée classique, je me levais vers une heure de l’après-midi, je conduisais mon Opel Manta noire en direction du West End, où je dépensais 200£ en disques, vidéos, bandes dessinées et en livres. Lors des journées où je me sentais d’humeur moins aventureuse, je louais trois ou quatre films au magasin de vidéo du coin, je mangeais un dîner préparé Marks & Spencer, je roulais cinq ou six joints, et je passais la moitié de la nuit défoncé. Si j’avais déjà des films, la plupart du temps je ne sortais pas du lit, je roulais juste un joint et j’allumais la télé. Je déménageai à New-York à l’occasion de mon vingtième anniversaire. Mis à part la ville, pas grand-chose ne changea. Lorsque je me lassais de fumer des joints et de regarder des films dans mon studio de Bowery, j’allais boire des tequilas et sniffer de la cocaïne dans un bar de l’East Village. Si on me demandait ce que je faisais dans la vie, je m’amusais beaucoup en répondant : « Exactement ce que vous êtes en train de voir ».

Voilà l’héritage que m’ont laissé mon père et mon grand-père « socialistes », un héritage que je finis par trouver si pesant que je décidai, six ou sept années plus tard, de me débarrasser de la totalité de mes actions.

Revenons à l’introduction en bourse de Northern Dairies / au voyage en Russie d’Alec / à la crise de Suez / à la fin du point central de l’empire britannique en 1954-56 : il pourrait sembler exagéré de laisser entendre que Northern Dairies (qui devait bientôt devenir Northern Foods) était un acteur important dans le monde de la géopolitique – mais ce serait oublier que la distribution de nourriture doit être considérée comme l’un des composants essentiels de l’ingénierie sociale. La nourriture, tout autant que le pétrole, est fondamentale dans le fonctionnement harmonieux de la société – ce qui en fait ainsi un puissant moyen de contrôle sur cette dernière.

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Northern Dairies devint Northern Foods dix ans après la prise de contrôle de mon père, et trois ans après le départ en retraite d’Alec (d’après certaines sources, ce n’est qu’à ce moment que mon père devint pleinement président de la compagnie, suggérant ainsi qu’il avait jusqu’alors travaillé dans l’ombre, si ce n’est sous la férule, d’Alec). Mon oncle, Christopher Haskins, intégra la compagnie en 1967. Selon l’histoire officielle (Wikipedia), il souhaitait épouser la fille d’Alec, Gilda, sous la condition qu’il rejoigne l’entreprise. La vérité telle que nous l’avons entendue dans la famille est exactement l’inverse : Alec accepta d’embaucher Haskins dans la compagnie à condition qu’il consente à épouser sa fille. Si l’on vous donne le choix entre relater les faits ou la légende, choisissez la légende ; pourtant, quelle que soit la version de l’histoire qui vous soit donnée à lire, celle-ci a un arrière-fond sombre et mythologique. Soit Alec a utilisé sa fille comme monnaie d’échange pour recruter une personne qu’il considérait comme un atout pour sa compagnie (ce que Haskins s’avéra être par la suite), ou, à l’inverse, il a soudoyé son futur gendre avec un emploi en échange de son mariage avec sa fille, augmentant ainsi les chances d’étendre la dynastie familiale. Dans les deux cas, Gilda fut plus ou moins traitée comme du bétail.

D’après le témoignage d’Haskins (qu’il est toujours préférable de remettre en cause, à mon avis), il fut un élément essentiel dans la formation d’une alliance entre Northern Foods et Marks & Spencer nouée en 1970, et ce grâce à une rencontre « fortuite » avec un cadre de Marks & Spencer à bord d’un avion (c’est aussi à bord d’un avion que mon père eut sa propre rencontre « fortuite » avec Jimmy Savile). 1970 fut aussi l’année où Northern Foods passa la barre du million de livres sterling de bénéfices ; une fois de plus, la providence semblait être à l’œuvre. Northern Foods devint bientôt le principal fournisseur de Marks & Spencer, utilisant pour cela son « mélange typique et enthousiaste d’acquisitions et d’innovations ». La compagnie mit en place une stratégie « d’acquisition des fournisseurs existants de Marks & Spencer dès qu’elle le pouvait » (comme par exemple Park Cakes en 1972 et Fox’s Biscuits en 1977) tout en créant de nouveaux produits spécifiquement pour son principal client (« en 1988, Northern Foods produisait 250 produits pour Marks & Spencer »). (Source pour ceci et pour toutes les informations ci-dessous concernant Northern Foods)

En 2014, Lord Haskins, comme il était alors convenu de l’appeler, déclara : « Ma compagnie fut fondée sur les principes de Marks & Spencer – être juste et équitable avec ceux avec qui nous travaillions. Nous jouions cartes sur tables, et nous traitions nos fournisseurs avec respect. » Peut-être, mais Marks & Spencer est plus qu’une chaîne de vêtements et d’alimentation. Elle a été affiliée directement et indirectement au sionisme et à l’état d’Israël dès sa création, ce le plus ouvertement du monde : le président et membre fondateur de M&S, Israel Sieff, était un sioniste, et le président Joseph Sieff fut membre de la British Zionist Federation (Joseph Sieff survécut à une tentative d’assassinat en 1973, qui aurait été perpétrée par l’Armée de Libération de la Palestine).

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Simon Marks et Israel Sieff

En 1987, sous la présidence d’Haskins, Northern Foods construisit l’usine de production alimentaire la plus moderne d’Europe :

Pour montrer sa bonne volonté et son enthousiasme, Northern Foods a construit cette usine dédiée à Marks & Spencer – pour un coût de 8 millions de livres – avant même qu’il n’ait été décidé quels produits allaient y être fabriqués. Rappelant la réussite d’Alec Horsley en 1937 avec sa première usine de production laitière, Fenland Foods, qui a été saluée comme étant l’usine de production alimentaire la plus moderne d’Europe, a été construite en 40 semaines – et vendait ses produits à Marks & Spencer trois semaines plus tard.

Apparemment, ce geste de bonne volonté fut récompensé. « Ironiquement, pour une compagnie dont le nom n’apparaît jamais sur ses produits, Northern Foods est le principal producteur de produits frais du Royaume-Uni. Les chiffres de ventes de 1993 lui permirent d’accéder au statut envié de membre du ‘‘club des deux milliards’’ ». Après son départ de la compagnie, Haskins resta semble-t-il un membre du club. Il devint le principal conseiller à l’agriculture auprès du Premier Ministre et membre de la société fabienne Tony Blair, à l’occasion du pic de l’épidémie de fièvre aphteuse – ce qui suggère que l’activité consistant à diriger une entreprise alimentaire et celle consistant à diriger un pays ne sont pas aussi éloignées que l’on pourrait l’imaginer.



Partie 8 : Observation de Masse et salles de danse

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Il ne serait pas exagéré de qualifier le vingtième siècle de siècle fabien. Une chose est certaine : l’orientation de l’éducation moderne imposée aux 90 % composant les couches inférieures de notre société a été modelée selon une conception en grande partie fabienne – et le prestige et la sécurité déconcertants dont bénéficient actuellement ceux qui parlent de « globalisme » et de « multiculturalisme » sont un résultat direct de l’intérêt porté par le passé aux prophéties fabiennes selon lesquelles la mise en place d’un état-providence, suivie par une attention soutenue portée à l’internationalisme, serait le mécanisme permettant d’élever les grandes entreprises au-dessus de la société politique, et un précurseur nécessaire à l’utopie. La théorie fabienne est le Das Kapital du capitalisme financier.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Le 2 janvier 1937 (l’année de naissance de Northern Dairies, une fois encore), un poète surréaliste britannique du nom de Charles Madge publia une lettre dans le magazine fabien New Stateman and Nation. Intitulée Anthropology at Home, la lettre annonçait la formation d’un groupe d’écrivains, de peintres et de cinéastes qui avaient décidé de se consacrer à la documentation sociale. Peu après, Madge (qui était l’époux du poète Kathleen Raine) unit ses forces avec celles de Tom Harrisson, dont le poème fut publié « par hasard » sur la même page que la lettre de Madge.[16] Harrisson était un ornithologue doublé d’un anthropologue qui écrivit pour The Observer et travailla pour les services de renseignement durant la Seconde Guerre Mondiale.[17] Ils furent ensuite rejoints par le cinéaste Humphrey Jennings, qui avait fondé en 1928 Experiment, le magazine littéraire de Cambridge, avec deux acolytes de mon grand-père, Jacob Bronowski et William Empson (ce dernier, originaire du Yorkshire, rejoignit par la suite Observation de Masse – O-M). Jennings travailla pour Crown Film Unit, une des branches de la propagande cinématographique du ministère de l’information durant la Seconde Guerre Mondiale. Ensemble, ces « artistes et poètes » créèrent une organisation dédiée au développement de ce qu’ils appelaient « une science de nous-mêmes ». Tiré de Mass-Observation and Britain in the 1930s: A Brief History :

Dans sa forme originelle, Observation de Masse (O-M) était une organisation dédiée à la documentation de la vie quotidienne au sein des classes laborieuses britanniques. [...] O-M collectait donc des faits et des données chiffrées, grâce à des entretiens ou à une surveillance clandestine qui permettaient de mettre en lumière la nature de l’existence quotidienne de leurs compatriotes britanniques. L’étendue des centres d’intérêt des Observateurs de Masse – allant du « comportement des gens aux monuments aux morts, le culte de l’aspidistra, et l’anthropologie des paris sportifs » au « comportement dans les salles de bains : barbes, aisselles et sourcils ; et la diffusion et la signification des blagues cochonnes » – avait pour objectif la création d’une topographie complète de la vie des travailleurs, et ce faisant, de fournir une base nouvelle à la démocratie sociale.

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Charles Madge et Tom Harrisson

Tout ceci pourrait sembler bien innocent, mais le contexte entourant la création de ce programme de recherche nationale sur les mœurs de l’homme du commun était bien plus chargé que ne le laisse entendre le ton calme, rationnel et légèrement empathique du manifeste, qui suggérait qu’un bienfaiteur attentionné mènerait des recherches impartiales pour « fournir une base nouvelle à la démocratie sociale ». L’une des principales causes de la lourdeur du contexte social tient au fait qu’O-M accéda à l’existence durant les années suivant la grève générale de 1926, une grève qui « fit vaciller le trône sur lequel siégeait la classe dirigeante britannique et montra brillamment comment une action collective de la classe ouvrière pouvait changer la société ». Au plus fort de la grève, les transports londoniens furent paralysés :

Le 4 mai, 15 rames de métro sur 315 étaient en service, 300 bus sur 4400 (à la fin de cette semaine-là, ce chiffre tomba à 40), et 9 tramways sur 2000 étaient en circulation. À la fin du premier jour, les ouvriers du bâtiment, des imprimeries, des docks, de la sidérurgie, de la métallurgie, de l’industrie lourde, des transports et des chemins de fer étaient en grève. Tout ceci sous le regard éberlué de la TUC.[Ndt : Trade Union Congress, le syndicat des transports] La classe ouvrière était réellement aux commandes. [...] La classe dirigeante avait dépensé des centaines de millions de livres [en propagande], mais elle aurait perdu sans la campagne de sabotage menée par la TUC en concertation avec elle. Si les ouvriers s’étaient organisés en organisations indépendantes composées d’hommes issus de la base, et s’ils avaient été dotés de la même vision révolutionnaire dont firent preuve leurs homologues espagnols dix ans plus tard, alors le résultat aurait pu être tout à fait différent. » (Source)

Cette lutte des travailleurs représentait une réelle menace pour les intérêts capitalistes, pour des raisons évidentes. La classe dirigeante a besoin de « travailleurs » (en réalité, d’esclaves) pour conserver son pouvoir et permettre à son industrie de continuer à fonctionner. L’idée « d’éduquer » les masses populaires – le but avoué de l’O-M – était, tout du moins selon l’opinion de John Taylor Gatto, un terme de novlangue orwellienne pour désigner l’action par laquelle on s’assurerait qu’elles ne s’éduqueraient jamais ni n’accéderaient à l’autonomie. Comme l’écrit Gatto dans The Underground History of American Education :

L’école obligatoire fut le traitement qui permit de forcer la population à entrer en conformité avec ces plans, de sorte qu’elle puisse être considérée comme une « ressource humaine » et gérée comme une « force de travail ». Les Benjamin Franklin et les Thomas Edison ne seraient plus tolérés ; ils donnaient un mauvais exemple. Une des façons d’y parvenir fut de s’assurer que les individus soient empêchés d’entrer dans le monde du travail avant un âge avancé, lorsque l’ardeur de la jeunesse et son insupportable confiance en soi se sont atténuées.

La classe laborieuse ne s’élevait pas seulement contre ses conditions de travail, elle protestait également contre l’école obligatoire – qui fut imposée pour la première fois en Prusse, au 18e siècle, dans le but avoué de contrôler le comportement humain et de limiter la pensée indépendante, et introduite au Royaume-Uni et aux États-Unis à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Néanmoins, l’objectif déclaré de l’O-M (et il n’est pas douteux que nombre de ses créateurs le croyaient) était :

de fournir aux britanniques des informations sur eux-mêmes et sur leur pays, de sorte qu’ils puissent faire des choix politiques éclairés, qu’ils agissent politiquement lorsque nécessaire, ou qu’ils choisissent une représentation politique appropriée ; qu’ils interprètent correctement les événements de l’actualité ; et qu’ainsi ils ne deviennent pas les victimes de rumeurs sans fondement ou de la suggestion (en particulier en ce qui concerne la situation en Europe) diffusées par les médias et le gouvernement. Cependant, il n’était pas seulement prévu que ces publications soient diffusées horizontalement, mais aussi verticalement, de sorte que le Premier Ministre, le cabinet, et les membres du Parlement puissent être informés des « véritables » inquiétudes agitant la nation. [...] La surveillance fut un moyen efficace pour collecter des informations, pour la simple raison que les individus placés sous surveillance étaient ignorants de ce fait, et qu’ils apparaissaient ainsi sous un jour relativement naturel. Pourtant, lorsque cette méthode de recherche fut publiée, elle suscita une forme de paranoïa populaire. (source)

Parmi les principales figures du milieu culturel qui rejoignirent le mouvement de l’Observation de Masse, on trouvait le peintre Julian Trevelyan, Tom Driberg, et rôdant toujours en coulisses, Sir Richard Acland. Dans un livre intitulé The Mass Observers: A History, 1937-1949, James Hinto décrit comment Tom Harrisson présenta les objectifs de l’O-M à Acland et comment celui-ci s’y déclara favorable, tout en établissant « une distinction très nette – et très exagérée dans ce cas précis – entre le WSS [Wartime Social Survey], dont les découvertes avaient fourni à l’état une arme secrète lui permettant de manipuler l’opinion, et l’O-M, qui rendit ses résultats publics. »[18]

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L’un des objectifs de l’O-M était la vulgarisation scientifique et l’introduction de plus de rationalisme dans le débat public. Harrisson élabora un plan permettant de fournir aux principaux journaux des rapports sur les dernières recherches scientifiques. En 1940, il présenta un « Mémorandum sur la propagande en faveur de la science » au club de Solly Zuckerman, Tots and Quots, qui comptait Julian Huxley parmi ses membres. La vulgarisation scientifique avait pour but de combattre

« l’influence de la superstition sur la science. » Une autre façon d’envisager le problème était de travailler directement avec ces « groupes importants de semi-intellectuels et de personnes à demi créatives » employés dans le divertissement commercial, dont le travail joua un rôle pour encourager la diffusion de la superstition au sein des masses, ainsi que les modes de pensée favorisant la fuite de la réalité. [Ceci incluait la musique pop et les clubs de danse :] Richard Acland fut enthousiaste devant la suggestion d’Harrisson de rencontrer « des gens appartenant au monde de la dance music. [...] Je me demande si cela vaudrait la peine de tenter de convertir certains d’entre eux à nos idées et de tenter de les amener à les exprimer dans des chansons de dance music. J’imagine que quelque chose ayant pour refrain ‘‘Quand nous laisseront-ils construire un monde meilleur ?’’ serait immensément populaire. »

L’intérêt de l’Observation de Masse pour les clubs de danse fut tel qu’une étude sur la culture de la danse, intitulée On with the Dance: Nation, Culture, and Popular Dancing in Britain, 1918-1945, cite les découvertes de l’O-M à 85 reprises. Une lecture rapide de ce document révèle clairement que les clubs de danse intéressaient fortement l’O-M, en ce qu’ils permettaient d’observer les citoyens britanniques et de collecter des informations sur leur comportement et leurs centres d’intérêt, mais aussi que la dance music, et par extension les salles de danse, représentaient un élément central d’un plan visant à modeler le comportement de la population et à contrôler ses centres d’intérêt. L’étude cite en particulier la pléthore de danses qui furent créées artificiellement comme autant de moyens visant à instiller des sentiments patriotiques à la population durant la guerre ! Tout comme l’O-M lui-même, il s’agit d’un aspect de l’histoire moderne qui semble avoir été largement ignoré, mais qui montre très clairement comment la culture populaire peut être orientée – ou même créée de toutes pièces – pour servir des visées sociopolitiques. Dans le même esprit, on se rappellera du cas de Mick Jagger et de la LSE.

La population britannique intégra également l’idée selon laquelle le Lambeth Walk, et la danse en général, symbolisaient la démocratie et l’esprit de la nation. Tom Harrisson et Charles Madge, membres de l’Observation de Masse, justifièrent l’inclusion d’un chapitre entier consacré à la danse dans un livre sur la réponse de la nation à la crise de Munich en notant que « nous pourrions apprendre quelque chose sur le futur de la démocratie en examinant de plus près le Lambeth Walk. » [...] C’était une période cruciale, durant laquelle la Grande-Bretagne s’apprêtait à entrer en guerre, et où les idées sur l’identité nationale évoluaient en conséquence. [...] Certaines personnes semblèrent avoir compris la dimension commerciale de cette représentation de la nation par la danse, et ont considéré ce contenu comme étant opportuniste. Alec Hughes spécula dans son rapport sur l’Observation de Masse que le moment pour la création de la danse avait été choisi pour coïncider avec la mise en place de la conscription à l’été 1939. [...]

Jimmy Savile aurait lui aussi commencé à jouer des disques dans des salles de danse au début des années quarante (à un moment où il était également censé travailler dans une mine de charbon). Ceci est difficile à confirmer, mais d’après son autobiographie, il fut le premier à utiliser deux platines et un micro au Grand Records Ball du Guardbridge Hotel, en 1947. Si c’est le cas, il n’est pas inimaginable qu’il aurait pu, alors qu’il était encore adolescent, se faire les dents dans les clubs de danse locaux exactement au même moment où Acland, Harrisson et tous les autres cherchaient la meilleure façon d’intégrer le monde de la danse dans la recherche sociale et les mouvements « progressistes ».

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Oscar (Jimmy) Savile, à une date inconnue

Les éléments tirés des documents concernant l’Observation de Masse indiquent que le monde de la musique pop et des salles de danse était d’une importance cruciale pour la classe dirigeante, et qu’il était en fait utilisé pour mener à bien leurs objectifs sociaux à long terme. Avant d’accéder à la célébrité et de devenir le chef de file de la musique pop dans les années soixante, Savile dirigea ses propres clubs de danse dans les années cinquante (tout comme les jumeaux Kray), à une période où les salles de danse de l’après-guerre avaient muté pour devenir des hauts-lieux du trafic de drogue et de la prostitution contrôlés par la pègre. La culture naissante de la danse ne se confondait pas seulement avec le milieu du crime, composé des jumeaux Kray et de Jimmy Boyle (et peut-être aussi de Ian Brady, Myra Hindley et du copain de Jimmy Savile, l’éventreur du Yorkshire Peter Sutcliff), mais elle recoupait également les intérêts de membres du Parlement, depuis les réformateurs sociaux tels que Acland aux occultistes tels que Driberg, en passant par des pédophiles avérés comme Lord Boothby. Irions-nous trop loin en supposant que l’implication de Savile dans le monde de la dance music trouvait son origine dans ses liens avec des agences gouvernementales ?

Bien que ce dernier point soit purement spéculatif (une théorie qui se contente de suggérer la possibilité d’une conspiration), il fournit malgré tout un contexte cohérent à des faits à la fois étranges et irréfutables. Il pourrait aussi expliquer pourquoi les mêmes noms apparaissent encore et encore au cours de cette enquête sur l’arrière-plan ténébreux de mon histoire familiale.



Notes

[1] Ma mère a été bénévole dans cet hôpital (à Hampstead) durant les dernières années de sa vie. Je lui rendais parfois visite sur place.

[2] Le journal druidique Aisling fut le premier à suggérer que la confrérie New Forest de [Gerald] Gardner constituait la section païenne de l’Order of Woodcraft Chivalry ; cet ordre exécutait des rituels dans la New Forest au début des années vingt et sa section païenne honorait une déesse de la lune et un dieu cornu, et croyait en la nudité rituelle. Un des informateurs de Ronald Hutton rapporte que Gardner était familier de cet ordre au moins dès les années cinquante. L’une des principales difficultés pour établir un lien entre ce groupe et la confrérie de New Forest est qu’il ne semble pas s’être réuni dans la New Forest entre 1934 et 1945. Gardner rapporte un rituel effectué par la confrérie dans la New Forest en 1940, ayant eu pour objectif de contrer l’invasion nazie. (Source)

[3] « C’était le début de l’ambitieux projet de Norman visant à instituer un Comité Sensoriel à Common Wealth, et il fallut attendre cinq ans avant de voir siéger le premier Comité Sensoriel. [...] Cela souligne le besoin que nous avons d’avoir des hommes d’idées (et non pas des hommes d’action) qui pourraient fonctionner comme un ‘‘corps sensoriel’’ plutôt que comme un ‘‘comité consultatif’’, puisque le terme ‘‘consultatif’’ pourrait impliquer que ses membres se sentiraient dotés d’une sagesse supérieure. Le Comité Sensoriel ‘‘pourrait constituer un système nerveux pour le corps gouvernemental. Le système sensoriel amène constamment au cerveau des informations actualisées sur les conditions locales de chaque partie du corps, de sorte que l’action motrice puisse être parfaitement coordonnée.’’ » (Source)

[4] En 1940, Penguin Books publiait le livre de Richard Acland, Unser Kampf (Our Struggle). Pourquoi ce titre allemand et cet hommage évident au Mein Kampf d’Hitler ? Ceci est particulièrement suggestif, considérant que les nazis et les fabiens étaient tous deux des promoteurs de l’eugénisme.

[5] Le cas le plus approchant que j’ai pu trouver est le scandale Orkney, qui impliquait un groupe de quakers, mais qui semble avoir été classé quasi-unanimement dans la catégorie des cas « d’hystérie de masse ». J’ai aussi découvert un cas récent (2012), où un quaker avait abusé sexuellement d’un élève à Hessle, où mon grand-père vécut jusqu’à sa mort en 2013. Il semble qu’il s’agissait d’un incident isolé.

[6] Il fut donné en 1514 par Henry VIII au duc de Norfolk pour services rendus dans la guerre contre les scots. Il devint par la suite la possession de la famille Stanhope.

[7] « Il révèle que [Savile] fut présenté pour la première fois à la famille royale par Lord Mountbatten. En 1966, Jimmy devint le premier civil à recevoir un béret vert de la marine royale. Mountbatten était alors commandant général, et il réalisa que Savile pouvait être un contact utile. » http://www.express.co.uk/expressyourself/43798/How-Jim-really-did-fix-it. Voir également : http://www.dailymail.co.uk/home/event/article-2687779/Jimmy-Savile-book-reviewed-Craig-Brown-The-man-groomed-Britain.html

[8] Faithfull: An Autobiography, par Marianne Faithfull, Cooper Square Press, 2000, pp. 6-7.

[9] Memories, Dreams, Reflections, par Marianne Faithfull, HarperCollins, 2007, pp. 135-6, 141-2.

[10] Ibid, cette série de citations sont tirées de The Girl Factory, pp. 218-222.

[11] Mick Jagger, par Philip Norman, Doubleday Canada, 2012, p. 44.

[12] Driberg accepta une invitation à dîner avec Crowley lors de la première de leurs nombreuses réunions ; c’est au cours de l’une d’entre elles que Crowley nomma Driberg au poste d’enseignant mondial. Rien de concret ne déboucha de cette proposition, mais les deux personnages continuèrent de se rencontrer. https://en.wikipedia.org/wiki/Driberg

[13] Wheen, Driberg: His Life and Indiscretions, Pan Books, 1992, p. 350.

[14] «  Sa réputation de fin diplomate souffrit particulièrement durant la seconde année de son mandat de Premier Ministre, lorsque les États-Unis refusèrent de soutenir la réponse militaire franco-anglaise à la crise de Suez, qui fut unanimement critiquée comme étant un échec historique de la politique étrangère britannique, marquant la fin de la prédominance de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. La plupart des historiens soutiennent qu’il commit une série d’erreurs, en particulier en sous-estimant l’ampleur de l’opposition américaine à une action militaire. La plupart des historiens disent qu’Eden était le seul décisionnaire lors de la crise de Suez. Toutefois, Jonathan Pearson soutient dans Sir Anthony Eden and the Suez Crisis: Reluctant Gamble (2002) qu’Eden était plus réticent et moins belliqueux que ne l’ont estimé les historiens. [...] Il est généralement considéré comme l’un des plus mauvais Premier Ministre du 20e siècle, même si deux biographies largement positives (publiées en 1986 et 2003) ont contribué à redresser l’opinion en sa faveur. D.R. Thorpe a déclaré que la crise de Suez ‘‘fut une fin tragique pour son mandat de Premier Ministre, et l’on peut supposer qu’elle prit une importance disproportionnée lorsqu’il s’est agi de juger sa carrière.’’ » (Wikipedia)

[15] On notera en passant qu’Astor fit une psychanalyse avec la fille de Freud, Anna, durant la période où l’institut Tavistock fut fondé.

[16] « Harrisson trouva la lettre de Madge parce qu’elle était imprimée sur la même page du premier et unique poème publié par Harrisson (intitulé Coconut Moon: A Philosophy of Cannibalism in the New Hebrides) dans le New Statesman and Nation. » (Source)

[17] Harrisson était rattaché à la Z Special Unit (aussi connue sous le nom de Z Force), qui faisait partie du Services Reconnaissance Department (SRD), une branche du bureau du renseignement interallié dans le Pacifique Sud. (Wikipedia)

[18] Après la publication de son livre Unser Kampf (Our Struggle), Acland chargea l’O-M de pré-tester son Manifeste de l’Homme Commun.

 
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➤ CNN, la Pravda américaine

30 Juin 2017 , Rédigé par Triangle

Traduction d'une vidéo du Project Veritas : American Pravda: CNN Producer Says Russia Narrative “bullsh*t". Le Project Veritas est dirigé par James O'Keefe, un activiste proche du parti républicain. Cette organisation est célèbre pour ses enquêtes en caméra cachée, en particulier sur l'association proche du parti démocrate ACORN, et sur les méthodes du DNC (comité national démocrate) lors de l'élection présidentielle de 2016. Cette dernière enquête a révélé comment le parti démocrate organisait des actions violentes contre des meetings et rassemblements pro-Trump.

Dans la vidéo qui suit, l'équipe de Project Veritas montre un superviseur de la production à CNN (chaîne d'information très proche du parti démocrate — d'ailleurs rebaptisée par certains Clinton News Network durant la dernière campagne présidentielle) admettre que la campagne dirigée contre Donald Trump, l'accusant quotidiennement depuis son élection d'être compromis avec la Russie, ne repose sur aucun élément concret.

Bien entendu, Trump a sauté sur l'occasion pour qualifier, une fois encore, CNN de « Fake News ». Donald Trump en profite également pour dire que la campagne concernant le pic pétrolier était de la désinformation, et pour rappeler la tendance récurrente de CNN à rencontrer des « problèmes techniques » dès qu'un intervenant émet à l'antenne une opinion qui dévie par trop de la doxa progressiste.

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➤ Soros a financé secrètement la startup du gendre de Trump

24 Avril 2017 , Rédigé par Triangle

D'après des sources proches du dossier, le Soros Fund Management de George Soros a discrètement financé la startup immobilière Cadre, détenue par les frères Kushner, avec une ligne de crédit substantielle.

Une source proche de ce montage financier à déclaré à The Real Deal que « la relation entre Soros et la famille Kushner a été longue et productive ». Une autre source a déclaré à TRD que le président de Kushner Companies, Laurent Morali, a joué un rôle-clé dans le montage financier, mais un porte-parole de Kushner Companies a remis en cause cette version des faits, soutenant que « Kushner Cos. n’a jamais été impliquée dans Cadre, en aucune manière ».

Business Insider a été le premier a révéler l’existence d’une ligne de crédit de 250 millions de dollars en juin, mais sans mentionner sa source.

Cadre, fondée au début de l’année 2015 par les frères Jared et Joshua Kushner et l’ancien de Blackstone [ndt : et de Goldman Sachs] Ryan Williams, est une plate-forme d’investissement en ligne qui oriente des institutions vers des opportunités immobilières sur les principaux marchés, tels que New York. Cadre investit généralement dans des transactions en utilisant une ligne de crédit avant de les rendre disponibles pour les investisseurs en ligne.

Il est difficile d’estimer la valorisation actuelle de Cadre. D’après Pitchbook, qui recense le financement des entreprises, Cadre était valorisée à 99,9 millions de dollars suite à une première levée de fonds de 18,3 millions de dollars survenue à la fin de l’année 2015. En janvier de l’année dernière, la compagnie a récolté 50 millions de dollars d’investissements supplémentaires, portant le total des investissements dans la firme à plus de 68 millions de dollars. Mais elle a depuis été relocalisée au Delaware, sous le nom de RealCadre LLC. Il est aussi difficile d’estimer quelles ont été les transactions menées par la compagnie depuis sa création en 2015. Williams a refusé de détailler les transactions effectuées par sa compagnie lorsque TRD s’est entretenu avec lui en juillet, se contentant de déclarer que Cadre avait conclu pour 200 millions de dollars de transactions durant la première moitié de 2016.

Jared Kushner a récemment rejoint la Maison Blanche pour devenir conseiller de son beau-père Donald Trump. Politico a rapporté qu’il a l’intention de mettre en vente ses participations dans 35 compagnies pour éviter des conflits d’intérêt.

L’ironie du lien entre Soros et Kushner réside dans le fait que la campagne présidentielle de Donald Trump, que Jared Kushner a aidé à orchestrer, a durement attaqué George Soros. Un clip de campagne de novembre montrait le visage de Soros tandis que la voix de Donald Trump évoquait « les intérêts particuliers » qui « n’ont pas votre bien en tête. » La vidéo a été critiquée pour avoir joué sur des théories conspirationnistes antisémites visant Soros, un riche manager de fonds d’investissement qui soutient depuis longtemps des causes progressistes à travers le monde.

Soros s’oppose ouvertement à Trump. « Je l’ai décrit comme un imposteur et un escroc et un dictateur en puissance », a déclaré Soros à Bloomberg. « Mais il n’est qu’un dictateur en puissance, parce que j’ai confiance en la force de la constitution et des institutions des États-Unis. » Il a donné 10,5 millions de dollars à Hillary Clinton durant la campagne présidentielle de 2016, d’après les données du Center for Responsive Politics, cité par CNBC.

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➤ Politiquement correct vs. liberté d'expression 2

14 Avril 2017 , Rédigé par Triangle

Après l'université Brown, nous poursuivons notre plongée dans les eaux troubles du politiquement correct sur les campus américains. Direction Yale, qui fut le théâtre d'une vive polémique en 2015 suite aux doutes exprimés par un professeur quant aux restrictions imposées par l'administration de l'université concernant des déguisements d'Halloween potentiellement offensants.

Ce reportage nous apprend également que le décervelage organisé de la population n'épargne pas les futures élites dirigeantes.

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➤ Politiquement correct vs. liberté d'expression

3 Avril 2017 , Rédigé par Triangle

Quand le totalitarisme du politiquement correct bâillonne la liberté d'expression et empêche le débat d'idées sur les campus américains :

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➤ La théosophie et les arts visuels : la connexion nordique

17 Mars 2017 , Rédigé par Triangle

Traduction de l’étude Theosophy and the Visual Arts: The Nordic Connection, par Massimo Introvigne, présentée en 2014 à la conférence internationale de Londres sur l’histoire de la théosophie.

 

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