➤ Vive le président !
Un extrait d'un épisode de la saison 8 des Simpsons, diffusé en 1996, quelques jours avant l'élection américaine qui opposait Bill Clinton à Bob Dole :
➤ Gloria Steinem, le féminisme et la CIA
Bien que le passé d’agent de la CIA de Gloria Steinem fasse l’objet d’une attention soutenue sur internet, il s’agit d’un sujet entièrement tabou dans les médias dominants ou dans les médias soi-disant « alternatifs ». Les activités de Steinem à l’Independent Research Service furent portées à la connaissance du public en 1967, lorsque le magazine Ramparts révéla que l’Independent Research Service et la National Student Association étaient des paravents de la CIA.
Craignant une publicité peu flatteuse, Steinem donna des interviews pour le New York Times et le Washington Post, dans lesquelles elle défendait son travail pour la CIA (voir la vidéo ci-dessous). Elle prétend dans les deux articles avoir pris l’initiative de contacter Cord Meyers, qui dirigeait alors l’International Organization Division de la CIA et Mockingbird*, leur opération top-secret. Son rôle aurait prétendument été d’obtenir un financement de la CIA pour encourager la participation américaine au septième Festival Mondial de la Jeunesse (sponsorisé par les soviétiques) en 1959.
L’article la cite : « Loin d’être choquée par cette implication [de la CIA], j’étais heureuse de trouver des progressistes visionnaires au gouvernement qui se sentaient suffisamment concernés pour permettre à des américains de tous les horizons politiques d’y participer. »
Steinem avait été la directrice de l’Independent Research Service, l’organisation financée par la CIA, de 1958 à 1962. Elle avait pour responsabilité d’organiser la participation des étudiants, universitaires et écrivains américains au Festival Mondial de la Jeunesse annuel, d’observer et de prendre des notes sur les participants étrangers, de distribuer des tracts, des brochures et des livres, et de publier quotidiennement un journal de propagande.

Gloria Steinem recevant la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction
civile américaine, des mains de Barack Obama en 2011
Steinem menace d’intenter un procès à Random House
Les liens de Steinem avec la CIA sont apparus une seconde fois dans les médias dominants en 1979, lorsque Village Voice publia un article sur la censure par Random House d’un chapitre du livre Feminist Revolution, rédigé par le Collectif Redstockings. Random House supprima ce chapitre, qui décrivait le travail effectué par Steinem pour la CIA, après que Steinem ait menacé de les poursuivre en justice. Ce chapitre supprimé (que vous pouvez obtenir gratuitement en commandant une édition de Feminist Revolution par le Collectif Redstockings) suggère également que son engagement avec la CIA pourrait ne pas avoir pris fin lorsqu’elle quitta l’International Research Service. On y découvre que le financement qui a permis à Steinem de créer Ms. Magazine provenait de grandes entreprises orientées à droite, ainsi que le rôle-clé joué par le magazine dans la transformation du féminisme américain, passé d’un mouvement largement multi-classes et multi-racial, à un mouvement qui se consacrait à semer la discorde en attaquant les hommes, et à promouvoir l’avancement social des femmes blanches de la classe moyenne supérieure.
Les premières féministes des années soixante et soixante-dix ne détestaient pas les hommes (en tout cas, pas celles avec lesquelles j’ai travaillé). Ce qu’elles détestaient, c’était le patriarcat et l’utilisation des privilèges masculins pour refuser aux femmes et aux enfants l’égalité complète en tant qu’êtres humains.
L’opération Mockingbird en action
En 1960, Clay Felker, un employé de l’Independent Research Service lié à la CIA qui avait accompagné Steinem au Festival Mondial de la Jeunesse d’Helsinki en 1962, devint le rédacteur en chef du magazine Esquire, où il publia la plupart des premiers articles féministes de Steinem. En 1968, Felker lança le magazine New York, et il engagea Steinem en 1971 à un poste de chroniqueuse. Ce fut Felker qui publia la première édition de Ms. Magazine en tant qu’encart au magazine New York.
Comme l’écrit le magazine féministe Off Our Backs en 1975 dans un article consacré au scandale Redstockings, leur découverte du passé d’agent de la CIA de Steinem a soulevé de nombreuses inquiétudes sur sa soudaine élévation (principalement par les médias dominants) au rang de leader officiel du mouvement féministe américain, alors qu’elle n’avait jamais fait partie d’aucun groupe féministe ni été impliquée dans aucune action féministe. [ndt : extrait de l’article donné en lien : « Nous nous interrogeons sur les motivations qui ont poussé Steinem à intégrer le mouvement féministe en 1969-70, si peu de temps après avoir défendu la CIA et seulement un an après avoir siégé au conseil d’administration de l’Independent Research Service. Nous trouvons suspecte son ascension soudaine en tant que ‘‘ leader du mouvement féministe ’’, à une époque où, contrairement aux autres leaders féministes, elle n’était active dans aucun groupe féministe, n’avait écrit aucun ouvrage féministe, n’avait pas été élue au Parlement ni joué un superbe match de tennis. Elle était en fait inconnue de la plupart des femmes du mouvement – elle était tout au plus connue des lectrices du magazine New York comme étant une journaliste sympathisante. » ]
Il est intéressant de noter que la première éditrice de Ms. Magazine était Elizabeth Forsling Harris, une agente de relations publiques en lien avec la CIA qui avait planifié le tracé du cortège de John Kennedy à Dallas.
Confusion à la NOW
En 1966, Steinem était toujours membre du comité de direction de l’International Research Service lorsqu’elle fonda la National Organization for Women (NWO) avec Betty Friedan, auteur de The Feminine Mystique. Un article de 2001 paru dans The American Prospect (citant The World Split Open par Ruth Rosen) décrit comment Carol Hanisch et Kathie Sarachild, membres éminents de la NOW, accusèrent ouvertement Steinem de travailler pour la CIA et « de diriger le mouvement vers la modération et la capitulation. » Friedan elle-même finit par exprimer ses inquiétudes que « la paralysie dans la direction » du mouvement « pourrait être due à la CIA » et demanda des explications à Steinem.
Trois mois plus tard, Steinem écrivit une lettre de six pages à diverses publications féministes, où elle décrivait son travail lors de deux festivals estudiantins de 1959 et 1962 qui avaient été financés par la CIA. Cherchant à se défausser de l’accusation selon laquelle elle était ou avait été un agent du gouvernement, elle déclara : « J’ai pensé naïvement que l’origine de l’argent n’avait pas d’importance, puisque j’avais constaté qu’il avait été donné sans que des ordres n’aient été imposés ou qu’un contrôle n’ait été exercé. »
L’article de Off Our Backs soulève également des questions sur une organisation parallèle, nommée Women’s Action Alliance (WAA), fondée par Steinem en 1971 (en compétition avec la NWO – créer des groupes parallèles est une stratégie fréquemment employée par le renseignement américain pour saboter des organisations populaires). Située dans le même immeuble que Ms. Magazine, la WAA n’était impliquée dans aucune action, comme son nom aurait pu le laisser entendre. Elle était principalement engagée dans la collecte d’informations. Elle avait reçu un financement de 20 000 dollars du Rockefeller Family Fund pour mettre en place « un centre d’information et un service de référencement au plan national » sur le mouvement féministe. La WAA collectait des informations sur les principaux leaders du mouvement féministe et sur leurs groupes et activités, sans doute pour faciliter la surveillance exercée sur elles par le FBI et la CIA.
La fascination de Steinem pour les hommes fascistes
Bien qu’elle soit présentée comme une féministe de gauche, Steinem a clairement eu une attirance pour les hommes de droite, ayant souvent des liens avec la CIA ou le FBI. Elle a eu une relation de neuf ans avec Stanley Pottinger, assistant du ministre de la justice sous Nixon et Ford, qui a joué un rôle majeur dans la lutte contre le mouvement pour les droits civiques. Il a également entravé les enquêtes sur les assassinats de Martin Luther King et de l’ancien ministre des affaires étrangères chilien Orlando Latelier.
Pottinger a fait l’objet d’une enquête en 1984 pour sa participation au scandale de l’Irangate, un complot de la CIA pour fournir illégalement des armes à l’Iran.**
Dans les années quatre-vingt, Steinem a eu une relation avec Henry Kissinger. [ndt : Steinem a nié cette information, et je n’ai pu en trouver de confirmation nulle part sur le net]
L’instrumentalisation du féminisme noir pour saboter le mouvement pour les droits civiques
À la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, les leaders afro-américains s’inquiétaient de la multiplication de cas où des agents gouvernementaux se faisant passer pour des féministes noires infiltraient leurs groupes communautaires dans le but d’attirer leurs membres féminins vers des organisations concurrentes. Ils faisaient remonter ce phénomène à 1978, lorsque Steinem mit le livre Black Macho and the Myth of the Superwoman en couverture de Ms. Magazine.
Ce livre avait été prétendument écrit par une « féministe » et « activiste » noire du nom de Michele Wallace. Wallace, âgée d’une vingtaine d’années, et qui comme Steinem est sortie de nulle part (elle faisait des recherches pour la section littéraire de Newsweek), a soudain été désignée comme le « leader » du féminisme noir. Dans le livre, Wallace qualifie des abolitionnistes telles que Harriet Tubman et Sojourner Truth de « moches » et de « stupides » pour avoir avoir soutenu des hommes noirs. Elle traitait les révolutionnaires noirs de « porcs machos et chauvins » et conseillait aux femmes noires de « faire ça toutes seules ».

Gloria Steinem et Michele Wallace
Gloria Steinem soutenait que le livre de Wallace allait « définir le futur des relations entre les noirs » et elle fit tout son possible pour s’assurer que le livre reçoive une publicité massive. Les efforts de Gloria Steinem entraînèrent la parution d’un flot de livres et de films sur le thème de la détestation des hommes noirs, qui se poursuit jusqu’à nos jours.
* L’opération Mockingbird était une campagne secrète de la CIA ayant pour but d’influencer les médias en plaçant des agents de la CIA dans le personnel et dans les comités de rédactions des principaux éditeurs et organes de presse, et en rémunérant des journalistes pour qu’ils publient des articles favorables aux intérêts de la CIA. L’opération aurait pris fin en 1976, mais de nombreux chercheurs pensent qu’elle se poursuit de nos jours sous un nom différent.
** L’Irangate était une opération dans laquelle la CIA a fourni illégalement des armes à l’Iran pour financer sa guerre illégale au Nicaragua.
➤ Le prisonnier - le village mondial
Dans la série Le prisonnier (1967), un homme est kidnappé après avoir démissionné des services secrets britanniques. Il est emmené au « Village », une ville-prison où la surveillance totale des prisonniers est assurée par des moyens technologiques (caméras, micros, etc.) et par des gardiens infiltrés dans la population. Les habitants du Village sont identifiés par des numéros, et le héros est désormais « n°6 ». Le Village est administré par n°2, qui cherche à connaître les raisons de la démission de n°6, employant pour ce faire des techniques de contrôle social et de contrôle mental inspirées de MKULTRA, et d'autres techniques visionnaires pour l'époque (comme par exemple une machine capable d'interpréter l'activité électrique du cerveau et d'influer sur les pensées).
Dans le court extrait qui suit, n°2 et n°6 discutent de la nature du Village, des relations Est/Ouest, et du nouvel ordre mondial :
➤ Le Pentagone à Hollywood
Le Corps des Marines m'a récemment envoyé 1669 pages de rapports sur les bureaux de liaison entre le département de la défense américain et l’industrie du divertissement couvrant sept années de leurs activités dans l’industrie du divertissement, couronnant ainsi une année record au regard des documents obtenus grâce au FOIA [ndt : Freedom Of Information Act, loi sur la liberté de l’information]. Ces nouveaux documents révèlent un grand nombre de films majeurs qui n’apparaissaient pas dans les documents obtenus auparavant, ainsi que des éléments montrant que le Corps des Marines travaille sur une échelle comparable à celle de l’US Army, c’est à dire qu’ils sont à tout moment impliqués sur des dizaines de productions. Contrairement à ceux de l’Army et de l’Air Force, les documents du Corps des Marines incluent la liste des productions auxquelles une assistance a été refusée, ce qui permet d’approfondir de manière significative notre connaissance des opérations de propagande menées par le Pentagone dans l’industrie du divertissement.
Un secret accru
Les rapports du Corps des Marines me sont parvenus en deux fournées. Les rapports de 2008 à 2012 sont assez détaillés et ressemblent à des entrées très terre à terre dans des agendas, et sont très similaires à ceux utilisés par l’Army durant la même période. Ceux allant de 2013 à 2015 sont beaucoup plus courts, sont de formats variés, et de nombreuses informations en ont été supprimées, y compris la plupart des dates, laissant fréquemment uniquement des titres qui ne nous apprennent rien. Une simple comparaison entre une page de 2011 et une page non datée des rapports de 2013-2015 nous montre la différence :
USMC-ELOreports-2008to2015, pp. 1 et 1555
Comme vous pouvez le voir, la plupart des informations utiles ont tout simplement été effacées de la deuxième page (elles ne sont même pas caviardées – elles ne font plus du tout partie du dossier). Considérant que sur la même période, l’US Army a elle aussi sérieusement tronqué ses rapports, et que l’US Air Force a refusé de me transmettre ses rapports pour 2015 « en raison d’un problème informatique survenu au bureau de Los Angeles », il est évident que les bureaux de liaison entre le département de la défense et l’industrie du divertissement dissimulent de plus en plus leurs activités avec le temps. Il est très probable qu’au cas où je formulerais une requête pour l’intégralité des rapports des bureaux de liaison pour l’année 2015, je ne recevrais qu’une liste de production avec très peu d’informations supplémentaires.
L’ampleur du phénomène du divertissement subventionné par l’état
Sans une analyse beaucoup plus poussée de ces rapports, il est impossible de fournir un total précis du nombre de productions dans lesquelles le Pentagone a été impliqué durant ces dernières années. Nous savons, grâce à leur propre liste des films dans lesquels ils ont été impliqués, qu’ils ont travaillé sur au moins vingt films au cours de la période allant de 2008 à 2015, parmi lesquels Iron Man et Iron Man 2, les trois premiers films Transformers, Capitaine Phillips et Battleship. En partant d’autres listes publiées par l’Air Force et la Garde Nationale, nous pouvons établir que le Pentagone a travaillé, par exemple, à la fois sur Battle: Los Angeles et sur le mockbuster Battle of Los Angeles. Les rapports du Corps des Marines ajoutent à cette liste nombre de films récents qui n’apparaissent dans aucune des milliers de pages des documents déjà obtenus et publiés par ce site. Iron Man 3, Avatar, Time to Shine, Pirates des Caraïbes 4, In The Pursuit of Happiness, Pacific Rim – ces films et bien d’autres sont tous mentionnés dans les documents comme ayant bénéficié d’une forme d’assistance à la production.
Les deux derniers films cités sont particulièrement intéressants. À l’affiche de In The Pursuit of Happiness, on pouvait trouver nul autre que l’aspirant comique, politique bohème et acteur porno amateur Russell Brand, bien qu’il semble que ce film n’ait en fait jamais vu le jour. L’entrée pour ce film dans les rapports du Corps des Marines est assez amusante :
« In The Pursuit of Happiness » – Mayfair Films : les producteurs de Mayfair Film Partnership et de Vanity Projects ont approché le LA PA [ndt : bureau des relations publiques de Los Angeles] concernant un film dans lequel apparaît Russell Brand, un acteur et comique primé. Dans le film, Brand se servira de sa propre expérience dans la quête et l’accession à la célébrité pour évoquer des problèmes culturels plus larges et explorer comment notre qualité de vie a été affectée par la célébrité et les nouveaux médias. La SOI-W [ndt : School Of Infantry – West, l’école d’infanterie du Corps des Marines de l’Ouest] a apporté son aide lors du tournage les 27/28 mai et a fait un excellent travail. Travaillons actuellement à amener M. Brand au CPEN [ndt : Camp Pendleton, une base des Marines] pour qu’il y donne un spectacle gratuit.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 590]
Tout comme le film n’a jamais été diffusé, il s’avère que Brand n’a jamais donné de spectacle gratuit pour le Corps des Marines au Camp Pendleton. En plus du fait qu’il a travaillé avec eux sur son film, il convient aussi de souligner que Vanity Projects et Mayfair Films sont des sociétés de production appartenant à Russell Brand. Le Corps des Marines a aussi aidé l’ex-femme de Brand, Katy Perry, à produire un vidéo-clip musical, prouvant ainsi qu’ils sont prêts à travailler avec littéralement n’importe qui :
« Part of Me : vidéo-clip de Katy Perry » : le Corps des Marines a fourni un soutien à la production d’une vidéo musicale de Katy Perry à la base du Corps des Marines de Camp Pendleton les 16, 17 et 24 février. La vidéo montre Mlle. Perry abandonner sa vie passée pour devenir membre des Marines. Un premier montage sera évalué cette semaine, la sortie de la vidéo étant prévue pour le 12 mars.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1375]
Par ailleurs, ceux d’entre vous qui connaissent mes goûts en matière de cinéma pourront imaginer ma fureur en découvrant que le classique du genre monstres vs. robots, Pacific Rim, avait reçu l’aide du Corps des Marines. Cette aide était certes tout à fait mineure – les producteurs souhaitaient enregistrer le son du décollage d’un hélicoptère, mais cela a malgré tout requis l’évaluation du scénario par le Pentagone :
« Pacific Rim » : Legendary Pictures. Les responsables du son de Legendary Pictures ont demandé à enregistrer le son du décollage et du vol d’un CH-53 pour un film à paraître de Guillermo del Toro. Le LAPA attend l’évaluation du scénario avant de donner son accord. (ES)
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1538]
C’est toutefois dans le royaume de la production télévisuelle que l’ampleur de l’influence du Pentagone se révèle véritablement. Les bureaux de liaison avec l’industrie du divertissement de l’US Army et des Marines sont en mesure de travailler avec des dizaines de productions télévisées à n’importe quel moment. Les rapports de l’US Army montrent qu’ils travaillent en moyenne avec 40-50 productions télévisuelles en même temps. Les rapports du Corps des Marines montrent que l’étendue de leur collaboration avec la télévision est comparable, avec très peu de passerelles entre les deux corps d’armée.
Si l’on compare le rapport de la semaine du 20 mai 2011 pour chacun des bureaux de liaison, nous découvrons que le seul film sur lequel travaillait le Corps des Marines était Batman (The Dark Knight Rises). Même si le Pentagone ne soutenait pas ouvertement ce film, le Corps des Marines était malgré tout impliqué d’une certaine façon :
« Batman » – Warner Bros : OshKosh Defense [ndt: un fabricant de véhicules militaires légers] a exprimé son intérêt à soutenir le film en fournissant des véhicules. Conférence téléphonique tenue mi-avril avec le réalisateur Christopher Nolan, le soutien est douteux étant donné qu’ils refusent de révéler le scénario. LA PA dirige car le Corps des Marines est le PM [ndt : peut-être un acronyme pour Primary Market, marché principal ?] pour les véhicules M-ATV et LSVR.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1041]
En termes de production télévisuelle, le Corps des Marines travaillait pendant cette période sur : Made, Veep, Extreme Chef, Swamp Loggers, Top Chef: Masters, Sniper: Bulletproof, NCIS, Coming Home, Bucket List et Curiosity: The Questions of Life. Il a apporté son soutien aux documentaires suivants : Secret Pakistan, Horizon, Superpowers, Alternative History, Blood We Shed, Mojave Viper, Battle of Okinawa, Battlehercs, The Call to Serve, certains AMC Memorial Day Documentary Shorts, Small Town Boy, Togetherness, Route 66 – Along the Mother Road, The Young Marines, Wild Planet: North America, Surviving the Cut, Operation Flintlock, Vietnam in HD, Forgotten Flag Raisers, Live Fire, Combat Outpost: Afghanistan, Patrol Base Jaker, Marines in the South Pacific et Marine K-9. Ils ont également travaillé sur les jeux vidéos Marine, Operation Flashpoint 2 et Call of Duty 5. Vous pouvez télécharger ici le rapport du bureau de liaison avec l’industrie du divertissement du Corps des Marines pour la semaine du 20 mai 2011.
Au cours de la même semaine, l’US Army travaillait sur : Glory Hounds: Animal Planet, The Body Farm, Game of Honor, Extreme Makeover, Indy 500, Army Wives, Fishing Behind the Lines, Homefront, Coming Home, Louie, Combat Hospital, The River, Superpower, Chinook Helicopters – The Sugar Bears, Dog X: Animal Planet, Aerial America, un documentaire pour l’anniversaire du 11 septembre, A Conception Story, The Mighty Mississippi, Soldiers of Peace, Blackhorse, Dust-Off, Therapists Behind the Front Lines, Battle Lab, Follow the Honey, Drill Sergeant of the Year Competition, et d’autres projets parmi lesquels des films de premier plan comme Man of Steel et The Avengers, et un vidéo-clip pour Billy Ray Cyrus. Vous pouvez télécharger ici le rapport du bureau de liaison avec l’industrie du divertissement de l’US Army pour la période du 17 au 23 mai 2011.
Les deux bureaux combinés ont travaillé sur plus de soixante-dix films, productions télévisuelles et jeux vidéos sur cette seule semaine. Les productions mentionnées ci-dessus ne représentent même pas une liste complète de tout ce qu’ils faisaient durant cette période de temps, et les documents indiquent une augmentation de l’activité de l’US Army depuis ce moment. Si l’on inclut l’Air Force et la Garde Nationale, sans parler des Gardes-Côtes, du DHS, du FBI, de la CIA, de la DEA, des forces de police locales et d’état et autres agences de sécurité, alors il est probable que le total des productions de l’industrie du divertissement influencées par l’état américain à n’importe quelle moment dépasse allègrement la centaine.
Les requêtes rejetées
L’originalité des documents du Corps des Marines est que chaque rapport contient une section où apparaissent les requêtes de l’industrie du divertissement qui ont été rejetées. Alors que les rapports des bureaux de liaison de l'US Army et de l'US Air Force pour la période 2005-2006 mentionnent parfois les refus et les rejets, les plus récents en font rarement mention (voire pas du tout). Le Corps des Marines, en revanche, donne l’information ouvertement :
Requêtes rejetées :
« House Cat House Calls » – Animal Planet : HCHC est une émission inspirée de la réalité, similaire à Dog Whisperer, dans laquelle un animateur rencontre des familles et découvre quels sont les problèmes de leurs chats, puis il pratique un diagnostic sur le chat de la famille pour le soigner. Le LA PAO a refusé une assistance parce que l’émission n’est pas destiné à un public de Marines ou à des gens qui souhaitent rejoindre les Marines. De plus, HCHC ne se concentre pas sur la mission du Corps des Marines outre le fait que des Marines seront filmés.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 360]
Requêtes rejetées :
« Engaged and Underaged » – MTV : De même que dans l’autre épisode, celui-ci implique un Marine de Camp Pendleton qui devait être filmé ce week-end. La société de production n’est pas passée par les canaux adéquats et le Marine n’avait pas informé sa hiérarchie de sa participation.
« Deadliest Warrior » – Morningstar Entertainment : Épisodes documentaires « Béret Vert vs. Spetsnaz » et « Taliban vs. IRA ». La société de production souhaite examiner les armes utilisées par ces groupes et leur historique dans le combat armé. La société de production a tout d'abord contacté le LAPAO et lorsqu'ils ont reçu une réponse qui ne leur convenait pas, ils ont contacté directement le PAO de Camp Pendleton. Ils sont ensuite directement allés à la Base d'Opérations avec une longue liste de requêtes. La société de production avait initialement reçu l'opportunité d’apporter des modifications à leurs requêtes, mais a décidé de contourner le processus de demande d’assistance. Leur demande d’assistance a été rejetée.
« Dr Phil » – CBS : Les producteurs ont contacté les départements des forces armées à propos d’une émission qui va évoquer les défis rencontrés par des militaires blessés et leur transition vers des vies normales. L’émission inclura la participation de l’assistant à l’adjoint aux relations publiques de l’Administration des Vétérans et au moins un soldat blessé qui est en service actif. En raison de la nature potentiellement hostile de l’émission, le Corps des Marines a refusé son assistance. L’émission sera diffusée le 19 décembre.
« The Punisher » – Lions Gate : Les producteurs du film The Punisher souhaitaient projeter leur film sur la base aérienne du Corps des Marines de Miramar. Le LA PAO a évalué le film et a recommandé de donner suite. La requête a cependant été rejetée par le Bureau du Cinéma de la Navy, qui voulait que les producteurs diffusent le film dans plusieurs autres locations.
« MTV’s Nitro Circus » – MTV : Les producteurs de l’émission, qui met un scène le champion de sports mécaniques Travis Prastana et son équipe de « potes, des athlètes de haut niveau de sports d’action », nous ont contactés pour nous demander de tourner un épisode à Camp Pendleton. Ils voulaient exécuter une myriade de cascades dangereuses et des pitreries ridicules avec des membres de l’armée, et ils ont demandé l’accès à de nombreuses parties de la base, des équipements militaires dont un tank, et du personnel dont un instructeur. Nous avons rejeté la requête en nous fondant sur le conflit d’intérêt évident avec le sujet sensible de la sécurité des engins motorisés dans le Corps des Marines.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 106]
Mais le refus le plus intéressant était peut-être celui concernant le remake de L’aube rouge, dont la première version fut produite en 1980 avec un certain degré d’aide du département de la défense, bien que le réalisateur John Milius ait décidé qu’une assistance complète reviendrait trop cher. Dans l’original, le pays qui envahissait les États-Unis était l’Union Soviétique, provoquant une prise de pouvoir par les communistes et la création d’une unité de résistance composée d’adolescents aux physiques trop parfaits pour être réalistes. Dans le remake, l’armée envahisseuse était initialement l’armée chinoise, mais les drapeaux et insignes ont été modifiés en post-production pour devenir ceux de la Corée du Nord (après tout, les chinois et les nord-coréens se ressemblent comme deux gouttes d’eau, n’est-ce pas ?). Les médias ont rapporté que ce changement avait été opéré pour rendre le film plus attractif auprès du marché chinois, mais le film n’a jamais été diffusé en Chine, si ce n’est à Hong-Kong. Dans l’ensemble, L’aube rouge a été un échec commercial, a été éreinté par les critiques, n’a fait virtuellement aucune recette en dehors des États-Unis et n’a même pas réussi à équilibrer son budget.
Alors pourquoi ont-ils modifié l’ennemi, devenu nord-coréen après avoir été chinois ? Il est probable que c’est le Corps des Marines qui le leur a demandé. Lorsque le dossier pour le film fut à l’origine envoyé au bureau de liaison du Corps des Marines en 2009, ces derniers l’ont transmis au bureau principal pour le divertissement du Pentagone (i.e. à Phil Strub) pour évaluation.
« Red Dawn » –MGM : Le producteur, Tripp Vinson, a fait suivre le traitement pour le remake du film de 1984. Le LA PAO a évalué le scénario et attend l’évaluation du bureau du divertissement du département de la défense pour étudier la faisabilité d’un soutien.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 243]
La réponse du Pentagone : « M. Strub il aime pas », en particulier en raison de la nature de l’ennemi :
« Red Dawn » –MGM : Le producteur, Tripp Vinson, a fait suivre le traitement pour le remake du film de 1984. Le LA PAO a évalué le scénario et n’accordera pas son soutien en accord avec la réponse du bureau du divertissement du département de la défense, à moins que la production n’accepte de modifier les forces en conflit dans le scénario.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 271]
Trois années plus tard, lorsque le film fut produit puis modifié en post-production pour changer l’ennemi, la Chine étant devenue la Corée du Nord, les responsables du film demandèrent un soutien promotionnel, mais virent leur requête rejetée :
« Red Dawn » – Open Road Films : Le département de la promotion pour L’aube rouge, le remake du film culte de 1984, demande de faire une projection spéciale pour les Marines à Camp Pendleton entre le 30 juillet et le 3 août, en partenariat avec le MCCS [ndt : Marine Corps Community Service]. La vedette du film, Chris Hemsworth, qui apparaît dans le film Thor, incarne un ancien US Marine qui pousse un groupe d’adolescents d’une petite ville à mener des opérations contre-insurrectionnelles contre l’armée nord-coréenne après qu’elle eut envahi les États-Unis. Le LA PAO a rejeté la requête parce qu’il ne s’agissait pas d’un film soutenu, et selon le conseil du DoD OASD PA [ndt : bureau des relations publiques de l’assistant au secrétaire d’état à la défense].
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1328]
Le message du Pentagone à l’industrie du divertissement est clair : mettez-vous une seule fois en travers de notre chemin, et nous vous fermerons les portes pour toujours. Même après que les cinéastes eurent changé l’ennemi, le rendant moins politiquement sensible, et bien la requête ne portait que sur une projection promotionnelle du film, le Pentagone a malgré tout refusé son aide. L’unique raison étant que les responsables du film ont refusé d’accéder aux premières demandes du bureau de liaison entre le département de la défense et l’industrie du divertissement. Il est évident que si les cinéastes s’étaient soumis dès le début à la volonté du Pentagone, alors tout se serait bien passé ; après tout, le Pentagone souhaitait soutenir le film original, dont l’histoire est dans l’ensemble identique.
Ce que les documents ne disent pas
Beaucoup de choses sont absentes des rapports du Corps des Marines. Sans raison apparente, il n’est fait aucune mention de Homeland, une série qui a ouvertement et clairement reçu une aide du Corps des Marines, et qui était incluse dans une liste de dossiers visible dans les archives de leur bureau de liaison avec l’industrie du divertissement. Il n’y a pas non plus d’explications sur la raison pour laquelle certaines productions sont rejetées parce qu’elles n’ont pas de distribution, tandis qu’ils sont prêts à travailler avec d’autres qui n’ont pas non plus signé d’accord sur ce point. Il semble que ce soit juste une raison parmi d’autres pour rejeter des projets « hostiles » (comme le film en préparation de Matt Alford, The Writer with No Hands), l’utilisation de ce critère étant arbitraire et à la discrétion du bureau de liaison.
Mis à part les rares commentaires comme dans le cas de L’aube rouge, il n’est pas mentionné ce qui, au juste, a été modifié dans les scénarios et les projets qui ont été soutenus ou rejetés. Les rapports de l’Army et de l’Air Force sont identiques à cet égard – le Pentagone ne souhaite visiblement pas que des tiers aient connaissance de ce qui a été ajouté ou retiré de ces productions. Cependant, il est clair qu’ils continuent d’ajouter ou de retirer des éléments de ces projets :
« Avatar » – 20th Century Fox : Le LA PAO a rencontré le réalisateur/scénariste James Cameron le 28 mars au sujet d’un film de science-fiction dans lequel un vétéran des Marines paraplégique se retrouve sur une autre planète. Dans le projet, le personnage principal rencontre une race humanoïde ayant sa propre langue et sa propre culture. Le LA PAO a offert un soutien pour clarifier des termes présents dans les dialogues du scénario. Une nouvelle réunion avec M. Cameron est attendue pour poursuivre les modifications du scénario. Sortie prévue en déc. 2009.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 174]
Et :
« Alpha » – Paramount Pictures : Contactés par Paramount pour visiter les chenils de Camp Pendleton, à la recherche de chiens de guerre pour un film qui impliquerait des Marines et des chiens de guerre. Le LA PA a revu le scénario, avec quelques modifications mineures et légères. Actuellement, coordination avec la société de production pour une date appropriée.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 634]
Il apparaît également qu’ils s’impliquent dès les premières étapes de la production lorsqu’ils ont affaire à des producteurs et à des projets très amicaux. Ils ont rencontré les producteurs de Top Gun 2 dès 2012, avant même que le premier jet du scénario ne soit achevé :
« Top Gun 2 » – Bruckheimer Films : Le service de liaison et le bureau des relations publiques du secrétaire d’état à la défense ont rencontré M. Bruckheimer pour discuter du soutien du département de la défense à ce film. Les services attendent la première ébauche du scénario avant d’évaluer les requêtes. La première rencontre a indiqué que la production allait demander un important soutien aérien à toutes les branches des forces armées.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1322]
On voit aussi de nombreuses entrées qui mentionnent que le Corps des Marines assiste au premier montage des films et des émissions de télévision pour lesquels ils ont prêté leur concours, et qu’il suggère des modifications dans la phase de post-production, comme par exemple :
« Master Chef » – FOX : un épisode de 3 Ball Productions filmé à Camp Pendleton le 26 mars. Le tournage s’est extrêmement bien passé et nous allons voir le premier montage la semaine prochaine. Ce sera une autre émission de Gordon Ramsay, similaire à Hell’s Kitchen, où les participants sont en compétition pour obtenir une récompense, mais Master Chef est filmé dans différentes locations plutôt que dans un seul restaurant. Le LA PA a revu le montage initial le 2 juin aux bureaux de la production et a soumis des changements mineurs. L’épisode 1 sera diffusé en juillet. L’épisode du Corps des Marines sera le no 4.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 636]
Bien que la raison officielle pour voir des projets avant qu’ils ne soient diffusés est de s’assurer que les producteurs ne dévient pas trop du scénario sur lequel un accord a été trouvé, la véritable raison est probablement ailleurs. Tout indique que ces suggestions formulées en post-production sont des tentatives d’influencer le projet avant sa diffusion. Il n’est pas fait mention d’émissions passées à la trappe pour ne pas avoir pleinement respecté les accords passés avec le Pentagone, mais il ne fait aucun doute que cela arrive à l’occasion.
Enfin, qu’en est-il de toutes ces foutues émissions de cuisine ?
C’est quelque chose qui m’agace, parce que je suis incapable de déterminer une raison valable qui explique pourquoi le Pentagone apprécie tant de travailler avec des émissions télévisées culinaires. Leur appétit pour ce type de programmes – le plus souvent des émissions de télé-réalité et des compétitions – est apparu clairement dans les documents de l’Army obtenus cette année, mais les rapports du Corps des Marines confirment cette tendance. Masterchef, Cake Boss, Cookie Commandos, Cupcake Wars, Nashville Cupcakes, Big Kitchens, Top Chef Masters, Private Chefs, Flip my Food, Food Court Wars, Food Truck Faceoff, Chopped, Extreme Chef, 101 Foods that Changed the World – toutes ces émissions et d’autres encore ont été soutenues par le Pentagone. Une émission avait même envisagé de sélectionner des retraités de différentes branches de l’armée américaine pour les faire s’affronter dans un concours culinaire :
« Battle of the Forces » – Pas de distribution : Craterlion Productions LLC, une nouvelle série d’émissions d’une heure où des équipes composées de membres retraités de chaque branche de l’armée américaine s’affrontent dans des épreuves culinaires hebdomadaires. Les équipes de deux membres chacune s’affronteront dans des épreuves physiques non spécifiées sur diverses bases à travers les États-Unis, où la mission des installations sera mise en avant, ainsi qu’éventuellement les capacités en nourriture de la garnison et sur le terrain. L’émission sera animée par le vétéran de l’Army [caviardé], qui anime The Grill Sergeants sur la chaîne du Pentagone. La société de production réclame une lettre de recommandation à montrer à Food Network et à d'autres diffuseurs intéressés. Le LAPAO évalue cette requête.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1342]
Il est relativement aisé de démontrer les raisons qui font que le Pentagone est plus obsédé par ce type d’émissions que par d’autres impliquant des divorcées de plus de cinquante ans ou des hommes homosexuels d’une vingtaine d’années. Mais comme toujours, la question est : pourquoi ? L’establishment américain a identifié la nourriture comme étant une arme dès les années soixante-dix avec le NSSM 200 de Kissinger, et nombre de ces productions mettent en scène des formes de « batailles » ou de « guerres ». Tout ceci fait bien partie de la réflexion du Pentagone, comme le suggère la juxtaposition de ces deux émissions dans la liste des rapports :
« 101 Foods That Changed the World » – History Channel : les producteurs de JWM Productions ont filmé des historiens du Corps des Marines au musée du Corps des Marines à la mi-février, sur le sujet du largage de bonbons Tootsie Rolls sur la ligne de front de Chosin durant la Guerre de Corée. Le LAPA a revu le premier montage et a ajouté une correction. L’épisode doit être diffusé le 1er septembre sur la chaîne History2.
« 101 Weapons That Changed the World » – History Channel : les producteurs de JWM Productions ont interviewé des pilotes de Hueys et de Cobras stationnés sur la côte Est à la mi-février. Ils ont aussi pris des images des appareils alors qu’ils étaient immobilisés, des pilotes en vol, et de l’intérieur avec une caméra Go Pro. Le bureau des relations publiques de la base aérienne du Corps des Marines de Cherry Point a escorté l’équipe de tournage à travers la base. Le LAPA a revu un premier montage corrigé le 5 avril. L’épisode doit être diffusé le 1er septembre sur la chaîne History2.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1329]
Mais y a-t-il quelque chose de plus derrière tout ceci ? Se servent-ils de la faim comme d’une arme, et pas seulement comme d’une arme géopolitique comme le suggérait Kissinger, mais comme d’une arme de propagande ? Après tout, la plupart des gens sont en colère lorsqu’ils ont faim, et regarder des émissions de pornographie culinaire donne faim. Les valeurs darwiniennes de compétitivité véhiculées par l’émission sont ainsi plus aisément intégrées par le spectateur, de même que l’idée que la violence est nécessaire. Si la nourriture n’était pas aussi facilement accessible dans les sociétés occidentales, alors la violence, sous la forme de la chasse, serait plus présente dans nos vies et serait perçue comme nécessaire ; cet instinct, cette association, cette idée que la violence est nécessaire pour se nourrir et donc pour survivre, ne s’éteindra jamais. En associant l’armée à des émissions de télé-réalité culinaires, le Pentagone stimule les instincts humains les plus basiques. Pour dire les choses simplement, les gens sont davantage disposés à accepter la propagande de la violence d’état si leur estomac gargouille. Ou peut-être est-ce juste parce qu’il n’y a pas d’endroits corrects pour manger près des bureaux de liaison du Pentagone avec l’industrie du divertissement, au 10880 Wilshere Boulevard à Los Angeles.
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La procédure traditionnelle des bureaux de liaison du département de la défense avec l'industrie du divertissement veut qu'ils se contentent d'attendre les demandes d’aide à la production en provenance de l'industrie du divertissement, puis qu’ils examinent le scénario et enfin qu’ils décident s’ils accorderont leur aide ou pas. C’est ainsi que le processus est décrit dans la circulaire 5410.16 du département de la défense sur l’aide apportée aux productions cinématographiques, télévisuelles et vidéos. Le processus est par nature réactif – le Pentagone est censé attendre que l’industrie du divertissement vienne à lui. La réalité est que le Pentagone cherche activement à influencer les films dès les premières étapes de la production, et qu’il se comporte plus comme une multinationale des médias que comme une agence gouvernementale.
La nouvelle doctrine du commandement
Le Pentagone a récemment mis à jour ses instructions concernant ses interactions avec l’industrie du divertissement. Je les avais lues dans le Registre Fédéral deux mois avant que les nouvelles instructions ne soient publiées, et j’en avais demandé une copie via une demande FOIA. Trois mois plus tard, je recevais par la poste une copie papier des nouvelles instructions. [...] La nouvelle version des instructions 5410.16 est très similaire à son prédécesseur des années quatre-vingt. Elle annule et reproduit les instructions de 1988 et actualise la section sur les procédure, visible ici.
Cependant, il est clair que les propres rapports du bureau de liaison du Pentagone avec l’industrie du divertissement montrent que cette doctrine n’est pas appliquée, et ce dans les grandes largeurs. L’idée selon laquelle ils sont passifs et attendent que l’industrie du divertissement vienne à eux avec des projets quasiment finis, pour ne demander qu’une aide minimale, est tout simplement fausse. Les instructions, citées ci-dessus, selon lesquelles ils doivent évaluer un scénario fini avant de décider s’ils accordent leur aide, et que l’on trouve également dans les versions précédentes, ne sont tout simplement pas suivies. Pour de nombreux projets, ils ont travaillé avec la production dès les premières étapes de la rédaction du scénario, aidant à modifier le premier jet, ou même à réécrire entièrement le scénario pour satisfaire aux besoins de l’armée.
Modification des premiers jets et réécriture des scénarios
John Clearwater, le chef du bureau de liaison de l’Army avec l’industrie du divertissement a assisté à « la lecture initiale du premier jet du scénario » d’un film décrivant une révolte à la prison de Qala-I-Jangi. Dans le même ordre d’idée, un rapport du Corps des Marines sur le film Outpost Echo, qui n’a apparemment pas vu le jour, souligne qu’ils ont « fourni des notes sur le scénario » aux scénaristes et qu’ils les ont rencontrés à nouveau pour discuter d’autres idées dans le cadre du développement du film. Une autre entrée de 2012 montre que l’Army a réécrit un épisode de America’s Book of Secrets en raison d’« inquiétudes concernant le scénario initial ».
09/08/2010 « Battle of Qala-I-Jangi » [caviardé] Clearwater a assisté à la lecture initiale du premier jet du scénario du film décrivant la révolte de 2001 à la prison de Qala-I-Jangi. Les éléments marquants de la bataille sont la mort de l’agent de la CIA Johnny Michael Spann, et la capture du « taliban américain » John Walker Lindh. Le colonel [caviardé], commandant du 5ème Groupe des Forces Spéciales, a reçu la Distinguished Service Cross pour sa participation à la bataille. Le scénario est en développement par le producteur, la Warner Bros.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 168]
« Outpost Echo » – Pas de distribution : nous travaillons avec les scénaristes sur ce film long métrage centré sur une unité des Marines en Afghanistan. Avons fourni des notes sur le scénario et devons rencontrer la société de production la semaine prochaine pour discuter des développements à venir.
[ndt : USMC-ELOreports-2008to2015, p. 1209]
History Channel, « America’s Book of Secrets: West Point » MISE À JOUR : des inquiétudes concernant le scénario initial ont amené l’OCPA-LA [ndt : Office of the Chief of Public Affairs – Los Angeles : bureau du chef des relations publiques pour la région Ouest, basé à Los Angeles] à coordonner une téléconférence entre West Point et les producteurs pour régler le problème de la présentation de l’Académie. [Caviardé] a dirigé une réécriture du scénario. [Caviardé] et [caviardé] ont assisté à une projection de l’épisode remanié. Amélioration significative. L’USMA-PAO [ndt: US Military Academy – Public Affairs Office : bureau des relations publiques de l’académie militaire de West Point] a reçu une copie du dernier montage. La diffusion de l’épisode est prévue le samedi 17 mars sur History Channel. Évaluation : une moyenne de 5 millions de téléspectateurs regarde chaque épisode de la série « Book of Secrets ». Soutien Notre Armée. POC : [caviardé]
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, pp. 970-971]
L’épisode-pilote du redémarrage de la série Hawaii 5-0 [ndt : la première mouture de la série a été diffusée en France sous le titre de Hawaï police d’état] impliquait l’Army, la Navy, l’Air Force et les Gardes-Côtes, qui ont demandé en contrepartie des « révisions du scénario ». Le nom de l’officier, caviardé sur les documents, et qui se trouvait « sur le plateau à Hawaï » est presque certainement Phil Strub, considérant que le nom caviardé est très court, et vu l’énorme implication du Pentagone dans le redémarrage de la série. Il était sans doute là dans un rôle de supervision, et pour s’assurer que tout se déroulait suivant le scénario – et ce n’était absolument pas une excuse pour visiter une belle île du Pacifique.
Hawaii Five-O (CBS) – Mr [caviardé]
CBS fait un remake de Hawaii Five-O, la série à succès des années soixante-dix, et a demandé l’assistance du département de la défense. L’Army, la Navy, l’Air Force et les Gardes-Côtes seront impliqués dans le pilote (sous réserve de révisions dans le scénario et de la disponibilité de l’assistance). Coordination de l’assistance entre Schofield Barracks, la 25ème division d’infanterie et le bureau des relations publiques de l’USARPAC [ndt : US ARmy PACific] pour la disponibilité de l’assistance. Mise à jour : Mr [caviardé] est sur le plateau à Hawaï. Nous nous attendons à une présentation positive des soldats dans ce pilote. Mise à jour : le programme est en post-production. Le pilote ne sera pas diffusé avant l’automne 2010.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 147]
Durant la même période, les rapports du bureau de liaison avec l’industrie du divertissement du Corps des Marines montrent qu’eux aussi souhaitent travailler avec des premiers jets de scénarios, plutôt que d’attendre des projets finis pour ensuite les évaluer. Le meilleur exemple est sans doute lorsque l’Army a rencontré l’auteur et producteur Michael Keane alors qu’il n’avait pas encore de projet spécifique en tête – pas même un scénario complet ou un premier jet. Ce traitement spécial, qui va totalement à l’encontre des procédures mises en place par les propres instructions du département de la défense, était le résultat de l’enthousiasme montré par Keane à faire la promotion de l’armée.
Rencontre pour proposer des scénarios sur l’Army L’OCPA-LA a rencontré le producteur et écrivain Michael Keane pour discuter de sa proposition de produire des films et des séries télévisées centrés sur l’Army. Keane vient d’achever une biographie du général George S. Patton. Il travaille actuellement sur un livre qui examine le commandement de l’ISAF [ndt : International Security Assistance Force ; force internationale d’assistance à la sécurité, la force d’occupation de l’OTAN en Afghanistan] par les généraux McKiernan, McChrystal et Petraeus, avec lesquels il a eu des entretiens. Évaluation : Keane éprouve un intérêt sincère et largement positif pour l’Army. Il a récemment noué un partenariat pour financer de futurs films et programmes télévisés ayant l’armée pour thème. Soutient la Force Nationale d’Action Décisive. POC : [caviardé]
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 717]
Ceci montre que le département de la défense est enclin à aider au développement de scénarios dès le premier jet, particulièrement pour des projets amicaux qui montreront l’armée sous un jour positif, ou qui sont l’œuvre de partenaires de confiance dans l’industrie du divertissement. Ces exemples et d’autres cités dans l’article sur les documents du Corps des Marines confirment que cette pratique se poursuit de nos jours, depuis de petits projets comme un épisode d’une série sur History Channel jusqu’à des blockbusters au budget énorme comme Top Gun 2. L’influence du département de la défense sur l’élaboration des scénarios est connue et a été évoquée dans des livres comme ceux de David Robb et Matt Alford. Bien que nous ne connaissons pas la nature exactes des modifications et des réécritures imposées par le département de la défense à ces projets récents, nous pouvons être certains que les pratiques décrites dans les travaux de Robb et Alford ont toujours cours de nos jours.
Rencontres au plus haut niveau et stratégie proactive
Ce qui n’a jamais été documenté auparavant est la manière dont les bureaux de liaison du département de la défense tentent de peser en amont sur le processus créatif, et d’influencer des productions dès les premières étapes de leur développement. On trouve dans les rapports de l’Army, et dans une moindre mesure dans ceux du Corps des Marines, de nombreuses injonctions d’exploiter immédiatement les collaborations fructueuses avec l’industrie du divertissement en recherchant d’autres opportunités de travailler en commun. Cet exemple tiré de la couverture de la Major League Baseball illustre parfaitement cette situation :
Intentional Talk sur MLB Network – Le mercredi 3 avril, MLB Network a présenté un soldat du camp d'Arifjan au Koweït qui posait une question sur le baseball aux présentateurs du programme (Kevin Millar et Chris Rose), et un soldat du camp Zama au Japon le 9 avril. L'OCPA-LA et MLB Network collaborent pour avoir un soldat sur ce segment pour les six prochaines semaines. L'OCPA-LA recueille des questions de soldats déployés à travers le monde. Évaluation : ces opportunités sont de petits moyens de maintenir l'Army et ses membres en service sous les feux des projecteurs. Nous avons l'intention de capitaliser sur ce soutien pour obtenir des opportunités plus importantes avec MLB Network et d'autres chaînes qui diffusent du sport concernant de futures histoires en lien avec l'Army.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1009]
Cependant, le Pentagone ne se contente pas d’approcher de manière proactive des films ou des émissions individuelles, ni même des chaînes de télévision indépendantes. Ce sont les principaux studios et agences hollywoodiens qui sont ciblés en amont par le Pentagone pour étendre son influence. En 2010, des représentants de l’US Army ont rencontré des responsables de William Morris Endeavor – sans doute la plus grande agence d’Hollywood :
10/09/2010 William Morris Endeavor Agency – [Caviardé] a rencontré un dirigeant de William Morris Endeavor Agency le 10 août pour une discussion initiale sur comment faire coïncider au mieux les intérêts de l’US Army avec les projets de films. Le but est d’intervenir dès les premières étapes de développement des projets des studios, lorsque les personnages et les intrigues sont plus aisément modelables au bénéfice de l’Army. Discussion positive ; accord pour une nouvelle réunion à l’agence William Morris pour des discussions plus avancées avec leurs agents et leurs équipes de création.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 291]
Au printemps 2012, l’Army organisa une visite du National Training Center [ndt : NTC, Centre d’Entraînement National] par le « Groupe des 8 » (certaines des personnalités les plus importantes de l’industrie), dans l’espoir d’influencer les productions futures qui décriraient l’armée :
Visite du NTC par le « Groupe des 8 » – L’OCPA-LA coordonne la visite du National Training Center (NTC) par les dirigeants des 8 plus importants studios de production de Hollywood, où ils pourront voir des soldats conduire des opérations réalistes en préparation de leur déploiement en Afghanistan. Le « Groupe des 8 » est un nom informel qui désigne certains des dirigeants des médias les plus influents du monde. La visite du NTC est prévue pour coïncider avec la rotation de juin de la 4ème brigade de combat, 2ème division d'infanterie. Le directeur de l'OCPA-LA, [caviardé], a évoqué la visite avec le commandant du NTC, qui a exprimé son désir d'apporter son aide. Coordination par l'OCPA-LA. Évaluation : il s'agit de décideurs qui décident quels films seront faits à Hollywood. Les rapprocher avec succès des soldats pourrait influencer les représentations futures de l'Army dans les films hollywoodiens. Soutien Subvenir aux Besoins de notre Nation. POC : [caviardé]
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 949]
L’aveu le plus explicite parmi l’ensemble des rapports de l’US Army concerne deux rendez-vous qui eurent lieu à l’automne 2012 avec des dirigeants de Warner Bros. Les documents déclarent que l’objectif était « d’être impliqués rapidement dans le calendrier des programmes et des projets potentiels de la production, de sorte que nous puissions influer sur les sujets avant qu’ils ne soient finalisés par les dirigeants de studios. » Le département de la défense ne cherche pas simplement à influer sur les scénarios avant leur rédaction définitive et dans la phase de pré-production, il cherche à influer sur les décisions des dirigeants d’entreprises quant aux films qui vont recevoir leur approbation ou pas.
Visite au studio Warner Brothers – L’OCPA-West a appelé aux bureaux de Warner Brothers Louise Wu, une des nominées pour notre All-American Bowl [ndt : un match de football américain organisé chaque année par l’US Army], et Alissa Cote, productrice du Ellen Show. Nous avons discuté avec Mlle Wu de futures opportunités de programmes télévisés, et de Caribe Road, sur lequel elle est productrice exécutive. Nous avons discuté avec Mlle Cote de deux épisodes à paraître du Ellen Show où figurent des familles de l’Army. Évaluation : travailler avec des producteurs et des sociétés de production à Warner Brothers nous permet d’être impliqués rapidement dans le calendrier des programmes et des projets potentiels de la production, de sorte que nous puissions influer sur les sujets avant qu’ils ne soient finalisés par les dirigeants de studios.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 935]
Ceci a été suivi d’une rencontre en septembre 2013 avec un haut dirigeant de Sony Pictures Entertainment – Andy Davis, président de la production à Columbia Pictures :
Sony Picture Entertainment – L’OCPA-LA a rencontré Andy Davis, président de la production à Columbia Pictures, le vendredi 27 septembre pour discuter de futurs projets et de la façon dont nous pourrons travailler ensemble sur de futurs projets de scénarios.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1053]
Des apparitions parmi les invités de la campagne de Got Your Six [ndt : une association de vétérans de l’armée américaine] et du syndicat des producteurs américains, ainsi que des rencontres avec les équipes des programmes scénarisés et non-scénarisés de la TNT et d’autres chaînes similaires montrent à quel point le Pentagone est désireux d’influencer les productions dès le moment de leur conception :
Réunion avec TNT/TBS – Avons rencontré Mark Weissman, David Eilenberg et d'autres membres des équipes de production des programmes scénarisés et non-scénarisés de TNT/TBS, le mercredi 12 février à Burbank, Californie, pour discuter de la façon dont les chaînes et l'Army pourraient travailler sur de futurs projets. Weissman dirige l'équipe de production des programmes scénarisés et non-scénarisés de la chaîne et a travaillé avec notre bureau sur l'épisode-pilote de The Last Ship. Eilenberg a participé à la JCOC [ndt : Joint Civilian Orientation Conference, un séminaire organisé annuellement par le Pentagone pour promouvoir l'armée auprès des décideurs civils] et a travaillé par le passé avec M. [caviardé] de l'OSD-PA. Nous avons organisé cette réunion pour discuter d'une productrice sujette à caution, qui prétend travailler sur un projet télévisuel pour TNT – Eilenberg a confirmé qu'en fait, elle ne produit aucune émission pour leur chaîne.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1185]
Réunion trimestrielle du comité de direction de Got Your Six – L’OCPA-LA a participé à la réunion trimestrielle du comité de direction de la campagne de Got Your Six. Participaient à la réunion des représentants de Got Your Six ainsi que des représentants de tous les principaux studios de Los Angeles (ABC, CBS, Dream Works, HBO, NBCUniversal, FOX, Sony Pictures, Warner Brothers, et Paramount), SAG-AFTRA [ndt : Screen Actors Guild, le syndicat des acteurs américains], les syndicats des auteurs, des producteurs et des réalisateurs, Goodwill Industries, Wells Fargo Bank, et plusieurs agences d'acteurs. Nous avons approché ce groupe pour qu'il envisage d'inviter des dirigeants de l'Army et des experts à ses conférences ayant pour thème des sujets en lien avec l'armée, et nous avons proposé à des scénaristes et à des réalisateurs de visiter des sites de l'Army pour qu'ils y rencontrent des soldats, de sorte qu'ils puissent les dépeindre avec précision dans leurs films ou à la télévision. Évaluation : si nous pouvons montrer aux scénaristes, aux acteurs et aux réalisateurs ce qu'est réellement l'Army avant qu'ils ne débutent un projet dans lequel l'Army est représentée, nous avons plus de chances d'obtenir une représentation exacte dans le produit final.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1002]
Syndicat des producteurs américains (PGA), débat « Produire avec l’armée » - Le lieutenant-colonel [caviardé] a représenté l’US Army le 12 avril, à l’occasion d’un débat de la PGA organisé aux studios de CBS. Tous les services étaient représentés lors du débat, ainsi que des producteurs. John Kretchmer, producteur exécutif de Army Wives, a évoqué ses expériences de travail positives avec l’Army et l’Air Force durant 7 saisons. Il y avait plus de 100 producteurs du cinéma et de la télévision présents à cette réunion. Les discussions ont inclus les procédures pour demander l’assistance de l’armée, à quel moment de la production/du calendrier de développement les producteurs devaient approcher le département de la défense, le processus d’approbation et les gains obtenus en incluant le département de la défense dans la production. La session devrait offrir de nouvelles opportunités avec des sociétés de production.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1204]
Pour illustrer à quel point les productions qui n’ont pas encore de scénario sont importantes pour le Pentagone, le bureau des relations publiques du secrétaire à la défense (OSD-PA) a un fonctionnaire dédié aux projets non-scénarisés qui évalue les projets qui ne sont pas encore écrits. La vacance temporaire de ce poste en juillet 2014 fut mentionnée dans les rapports d’activité, bien qu’elle n’ait duré que quelques semaines.
Projets non-scénarisés à l’OSD-PA – L’OSD-PA n’a pas désigné de remplaçant responsable de l’autorisation de soutien par le département de la défense aux projets non-scénarisés pour le cinéma et la télévision. Des rapports de l’OSD-PA indiquent qu’ils vont poster une offre d’embauche, et qu’ils envisagent de placer quelqu’un pour boucher le trou en attendant que le processus d’embauche soit finalisé. Jusqu’à ce que cette personne soit identifiée, l’OCPA-LA ne peut initier aucun projet non-scénarisé. En attendant, nous continuons de coordonner des opportunités pour lesquelles les dates de tournage sont flexibles, ou qui sont suffisamment éloignées dans le futur pour qu’on puisse supposer que le poste sera alors pourvu.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1117]
La mentalité d’entreprise des bureaux de liaison du Pentagone
Toutefois, ce n’est pas seulement cette stratégie de tenter d’influencer les productions avant même qu’elles n’aient été scénarisées qui montre que le département de la défense s’éloigne de son rôle d’agence gouvernementale pour se comporter comme une entreprise. Les documents font souvent référence aux audiences enregistrées et attendues, ainsi qu’aux tranches d’âges ciblées, tout comme un groupe de médias étudierait ses propres audiences, ou comme un sponsor mesurerait l’efficacité de son placement de produit. Ceci est parfaitement illustré par le rapport sur l’implication de l’US Army dans un épisode Hawaii Five-O :
(FOUO) Série télé Hawaii Five-O (FOUO) (SAPA-CRD) Mise à jour : les audiences de l’épisode suivant le match de l’AFC [ndt : American Football Conference, une des deux conférences de football américain] ont été les plus hautes de la saison en termes de téléspectateurs et dans les tranches d’âge clés, d’après Nielsen, et ont attiré le chiffre impressionnant de 19,23 millions de téléspectateurs au plan national. Épisode particulièrement suivi par la tranche d’âge clé des 18-49 ans. L’OCPA-LA a apporté son soutien au tournage de la série télévisée à succès de CBS et a coordonné l’aide donnée par la 4ème division d’infanterie à Schofield Barracks. L’épisode 115 décrivait une catastrophe naturelle, un tsunami, qui se dirigait vers les îles hawaïennes. Les scènes dans lesquelles l’Army était impliquée se déroulaient au Centre d’Alerte au Tsunami d’Oahu, et incluaient des soldats et un UH-60 menant des actions de secours. [Caviardé] a coordonné les actions de l’USARPAC et de la 25ème division d’infanterie et était sur place pendant le tournage. Clearwater a rencontré l’officier en charge des relations publiques de l’USARPAC, le colonel [caviardé], et a discuté de l’augmentation de la visibilité de l’implication de l’Army dans le Pacifique. Clearwater va rencontrer les scénaristes de Hawaii Five-O ici à Los Angeles, dans le but de proposer des sujets en lien avec l’Army dans les prochains épisodes. Évaluation : CBS a programmé l’épisode juste après la finale de l’AFC, le dimanche 23 janvier. Ceci va augmenter de manière substantielle l’audience hebdomadaire de Hawaii Five-O, la faisant passer d’une moyenne de 14,7 millions à environ 18-20 millions de téléspectateurs. Soutient l’Augmentation de la Résistance.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 552]

L'armée américaine apprécie le football américain
comme vecteur de propagande
Ces activités de promotion mutuelle entre la série et le département de la défense – amplifiées par le fait que la série soit programmée juste après un événement sportif majeur – ont entraîné des bénéfices évidents en matière de recrutement par l’armée, mais aussi sur le plan de la propagande. Ces presque vingt millions de téléspectateurs, dont beaucoup avaient entre dix-huit et quarante-neuf ans, sont montés en pression en regardant un match de première importance, et, alors que leur niveau d’adrénaline était au maximum, ont ensuite regardé une série dans laquelle la figure protectrice patriarcale du département de la défense organisait les secours à l’occasion d’une catastrophe naturelle majeure. Cette collaboration aura ainsi été particulièrement fructueuse pour le Pentagone, même envers ceux qui ne s’enrôleront jamais dans l’armée – c’est à dire pour la vaste majorité des téléspectateurs.
[...]
La relation entre le Pentagone et la chaîne Fox
Alors que le Pentagone se comporte lui-même de plus en plus comme une grande entreprise plutôt que comme une agence gouvernementale, certaines grandes entreprises sont clairement favorisées par rapport aux autres. On peut lire une remarque étonnante à la toute première entrée des documents de l’Army concernant American Idol : les revenus tirés de l’émission ont permis à « Fox de devenir la première chaîne de télévision en 2008 » :
(FOUO) « American Idol » (FOUO) (OCPA-LA), mise à jour : American Idol a auditionné le sergent [caviardé] pour être un candidat potentiel pour leur saison d’automne. Malheureusement, elle a été éliminée de l’émission durant le tournage à la fin de la semaine dernière à Hollywood, et renvoyée à Fort Bragg vendredi. Le sergent [caviardé] est une spécialiste 37F des opérations de guerre psychologique, assignée au Groupe Militaire de Soutien Informationnel (anciennement 4ème Groupe d’Opérations Psychologiques). ÉVALUATION : American Idol a connu un énorme succès, et les revenus qu’il a généré ont permis à Fox de devenir la première chaîne de télévision en 2008. Le programme attire en moyenne 24 millions de téléspectateurs, et se place parmi les premiers programmes dans la tranche d’âge des 18-49 ans. Il est également diffusé dans plus de 100 pays en dehors des États-Unis. Soutient l’Augmentation de la Résistance.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1]
Ceci est la seule fois en cinq ans de rapports où l’Army mentionne l’effet qu’a eu une émission à succès sur la chaîne qui la diffuse. La chaîne en question, la Fox, est citée des dizaines de fois dans les rapports, et a donc produit de nombreuses émissions de divertissement avec un soutien de l’armée. Comme le nationalisme de droite et le militarisme marchent main dans la main, cette collaboration n’est pas surprenante, mais elle confirme que l’armée américaine est plus soucieuse de la réussite de certaines entreprises que d’autres. Sachant que le budget du Pentagone est plus important que les revenus des plus grandes multinationales américaines et qu’il emploie plus d’un million de personnes de plus que Walmart, le fait que le département de la défense fasse preuve de favoritisme envers certains groupes de médias a une influence potentiellement massive sur le paysage médiatique américain (et par extension, mondial).
Un autre exemple montre à quel point le département de la défense est accommodant en ce qui concerne les requêtes venant de la Fox. Les producteurs de Bones ont approché le Pentagone en février 2012 en posant des questions sur la balistique de différentes armes, et l’Army a profité de l’occasion pour s’assurer que soient également évoquées « des idées concernant des représentations positives de l’Army dans les épisodes à venir. » En octobre, le bureau de liaison de l’Army avec l’industrie du divertissement a approché le bureau des relations de Fox TV avec le gouvernement pour lui détailler la nature de ses activités. Ils ont alors reçu un appel leur demandant de l’aide pour développer une « Annonce de Service Public de sensibilisation sur le suicide dans l’armée », qui devait être diffusé immédiatement après un épisode de Bones prévu pour passer à l’antenne le mois suivant. Les producteurs de Bones ne se sont toutefois pas contentés d’apporter leur aide pour l’Annonce de Service Public, mais aussi pour l’épisode lui-même parce que « cet épisode aura pour thème les vétérans en l’honneur de la Journée des Vétérans et ils voulaient s’assurer qu’ils amenaient les spectateurs au bon endroit. »
Cette propagande en deux temps fut conçue par les producteurs de la Fox, mais le Pentagone l’a supervisée et y a apporté son aide. Comme l’envisageait le département de la défense, « soutenir la Fox avec cette information et nous assurer qu’ils recevront toute l’aide nécessaire de notre bureau nous aidera pour des programmes futurs où nous aurons besoin de leur soutien. » Ceci dit, si la propagande militaire est ici bien présente, il faut reconnaître que la propagande anti-suicide est sans doute la forme de propagande la plus bénigne que j’ai pu rencontrer dans les milliers de pages de rapports. Bien qu’il n’y ait pas d’accord d’aide à la production signé avec Bones, le département de la défense a accepté d’apporter son aide, selon le raisonnement que « nos messages sur la prévention du suicide vont toucher des millions de téléspectateurs et une campagne publicitaire similaire pour cette Annonce de Service Public à ce créneau horaire aurait coûté des milliers de dollars à l’Army. » Ils soulignent aussi le potentiel de la série pour une propagande future : « [elle] pourrait servir de vecteur pour d’autres messages de l’Army puisque le personnage principal est censé être un ancien soldat. »
Fox Television, « Bones » L’OCPA-LA a été contacté par les auteurs de la série télévisée de Fox Television, Bones. Les questions étaient centrées sur les caractéristiques balistiques de diverses armes. Avons abordé des idées concernant des représentations positives de l’Army dans les épisodes à venir de cette série populaire. Évaluation : soutien la description d’une Force Entraînée et Prête à subvenir aux Besoins de notre Nation. POC : [caviardé].
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 959]
BONES Nous avons contacté le mois dernier par téléphone le bureau des relations de Fox TV avec le gouvernement pour leur expliquer notre action au sein de la communauté et pour offrir notre aide. Leur bureau nous a appelés pour réclamer notre aide pour développer une Annonce de Service Public de sensibilisation sur le suicide dans l’armée, qui doit être diffusée immédiatement après l’épisode de Bones du 12 novembre. Cet épisode aura pour thème les vétérans en l’honneur de la Journée des Vétérans et ils voulaient s’assurer qu’ils amenaient les spectateurs au bon endroit. Nous sommes en contact avec le bureau G1 de l’Army pour nous assurer d’une bonne coordination entre le studio et l’Army. Évaluation : nos messages sur la prévention du suicide vont toucher des millions de téléspectateurs et une campagne publicitaire similaire pour cette Annonce de Service Public à ce créneau horaire aurait coûté des milliers de dollars à l’Army. Cette Annonce de Service Public permet de montrer que nous tenons à la santé de nos Soldats, qui sont la plus grande richesse de l’Army. Ce programme ne fait pas l’objet d’un accord d’assistance à la production, mais il pourrait servir de vecteur pour d’autres messages de l’Army puisque le personnage principal est censé être un ancien soldat.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 917]
Et voici la dernière entrée concernant le projet Bones - Annonce de Service Public :
Bones – Annonce de Service Public sur la prévention du suicide – Bones, la série télévisée de la Fox, a inclus une annonce de service public à la fin de l’épisode du 12 novembre, encourageant les gens à se rapprocher des femmes et des hommes de l’armée dans le besoin. Notre bureau a facilité la prise de contact entre Fox Studios et le VA [ndt : US Department of Veterans Affairs, Département des Anciens combattants des États-Unis] pour s'assurer que le plus grand nombre de vétérans reçoivent le message. Évaluation : Bones ne fait pas partie des programmes que nous soutenons officiellement, mais le studio a contacté notre bureau en raison d'une relation existante et souhaitait que l'Annonce de Service Public ne concerne que l'Army. Nous les avons incités à toucher l'audience la plus large possible de militaires en difficulté en travaillant avec le VA. Bien que nous ayons laissé passer une opportunité pour l'Army, nous pensons que le risque qu'un membre d'un autre service n'appelle pas l'assistance téléphonique de l'Army outrepassait l'opportunité marketing pour notre service.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 927]
[...]
Conclusion
L’ampleur des opérations menées par le Pentagone dans l’industrie du divertissement, la sophistication de leur stratégie pro-active, leur influence grandissante, l’absence de supervision sérieuse de leur mission – tout ceci suggère que la mégalomanie du Pentagone ne sera satisfaite que lorsque celui-ci dominera totalement l’industrie du divertissement. Ils tentent d’influencer les dirigeants des principaux groupes de média avant qu’ils n’entérinent le choix des sujets de leurs produits de divertissement à venir, sans parler des scénarios, des personnages et des histoires. Aucun producteur ou dirigeant indépendant ne pourrait résister à ce niveau d’influence, pas plus qu’un petit studio hollywoodien ou même un studio de taille moyenne.
On est alors amené à se poser cette question : le département de la défense est-il plus influent à Hollywood que les principaux studios ? Après tout, les studios sont en concurrence les uns avec les autres, que ce soit pour l’audience, pour les revenus, pour la création, pour être associés avec les stars du moment, et dans une certaine mesure pour bénéficier de l’aide et du patronage du Pentagone lui-même. À l’inverse, le département de la défense peut travailler avec qui bon lui semble, de Katy Perry à des chaînes japonaises en passant par des dirigeants de groupes comme le président de Sony, Michael Lynton :
Cérémonie de signature de déclaration de soutien à l’ESGR – Michael Lynton, président de Sony Pictures Entertainment, va signer une déclaration de soutien à l’Employer Support of the Guard and Reserve [ndt : un programme de l’armée américaine qui facilite l’emploi des réservistes dans le secteur civil] au nom de sa compagnie, le 17 octobre à Culver City. L’OCPA-LA sera présent à la cérémonie de signature. Le programme de déclaration de soutien à l’ESGR fournit aux employeurs l’opportunité de démontrer publiquement leur soutien aux employés qui servent dans la Réserve et dans la Garde Nationale.
[ndt : USArmy – EntertainmentLiaisonOffice – 2010to2015reports, p. 1198]
Les bureaux de liaison du département de la défense avec l’industrie du divertissement sont comme de grandes entreprises, mais qui ne sont pas sujettes aux limites des autres entreprises soumises à la concurrence. Les différentes branches du département de la défense peuvent avoir une partie de l’industrie du divertissement comme terrain de jeu désigné – pour les projets qui impliquent plusieurs composantes du Pentagone à la fois, une d’entre elles est toujours désignée comme celle qui va diriger le projet ; il est peut-être judicieux de les comparer à un syndicat de grandes entreprises, ou à une mafia, puisqu’ils sont tous vêtus de la même façon et sont le plus souvent armés. Ils tentent de prendre le contrôle de l’ensemble de l’industrie du divertissement, et pas seulement d’un rival en affaires ou d’une part de marché. Dans l’esprit d’un militaire, l’industrie du divertissement n’est qu’un territoire à conquérir, à soumettre et à absorber.
➤ Vaxxed, de la dissimulation à la catastrophe
Je n'ai pas pour habitude de publier des articles sur lesquels je n'ai pas travaillé. Je fais une exception avec ce documentaire qui traite du lien de causalité entre vaccin ROR et autisme, lien qui a été prouvé par une étude menée entre 2001 et 2004 par le CDC (Center for Disease Control, l'autorité américaine de santé publique), mais dont les résultats ont été manipulés pour rejeter l'existence de ce lien de causalité. Depuis cette période, les scientifiques du monde entier s'appuient sur cette étude frauduleuse pour nier l'existence d'un lien entre vaccin ROR et autisme ; parallèlement, le nombre d'enfants touchés par l'autisme est toujours en progression exponentielle.
Un documentaire à voir absolument, et à partager autant que possible.
Edit : la vidéo a été supprimée par Youtube, mais le documentaire est archivé ici.
➤ La « théorie » des anciens astronautes
Giorgio Tsoukalos a-t-il raison ? Je réponds : oui !
Certains chercheurs pensent même que ce penseur révolutionnaire pourrait être à l'origine de la création d'internet. Ont-ils raison ? Leurs arguments méritent considération :
➤ La comédie macabre du marathon de Boston
Dans toute bonne production hollywoodienne, il faut un héros. Dans le scénario de l'attentat de Boston, ce héros est Jeff Bauman, qui est présenté par les médias comme ayant perdu ses deux jambes dans l'explosion. La vidéo qui suit montre que Bauman a perdu ses jambes bien avant l'événement, et que ses blessures grotesques sont en réalité des prothèses de cinéma, fixées tant bien que mal sur ses moignons :
Fausses blessures, fausses victimes... Même des enfants de dix ans ont été utilisés :
Les enfants ne sont pas les seuls à avoir mis la main à la pâte. Des oligarques locaux, la famille Epstein, ont également participé à cette mise en scène :
Les frères Tsarnaev sont liés par mariage à Graham Fuller, un ponte de la CIA qui a été en charge de l'instrumentalisation du fondamentalisme musulman par les États-Unis depuis les années quatre-vingt et l'invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique ; il a de plus joué un rôle majeur dans le scandale Iran-Contra. La fille de Fuller, Samantha, a en effet été mariée à Ruslan Tsarnaev, l'oncle des deux « terroristes ». L'affaire Tate/Manson nous a montré que les autorités américaines adoraient simuler des morts et des incarcérations dans le cadre de leurs opérations de guerre psychologique. Il est probable que les frères Tsarnaev, une fois leur mission accomplie, sont partis prendre un repos bien mérité ou sont retournés au charbon pour le compte de l'Oncle Sam.
➤ La face cachée d'Aldous Huxley
Le départ d’Aldous Huxley pour Florence à l’été 1923 marqua le début de son long et doux exil loin de l’Angleterre. Il emménagea à Paris en 1928, puis acquit une maison sur la Côte d’Azur, à Sanary, en 1930. Sept années plus tard, il embarqua pour les États-Unis et passa les vingt-six dernières années de sa vie en Californie.
Ses choix de résidences exotiques, et sa réputation d’habitué* cynique du « terrain de jeu condamné »[1] de la bataille littéraire, ont contribué à promouvoir l’idée que Huxley observait d’un œil dédaigneux les bouleversements qui ébranlèrent sa terre natale dans les années trente. Si le Huxley de cette période occupe une quelconque place dans l’esprit du public cultivé, c’est celle de l’antithèse impassible et détachée de l’ardent et engagé George Orwell. En choisissant de décrire l’auteur du Meilleur des mondes (1932) comme un « esthète pyrrhonien et amusé » dans le préambule de l’édition de 1946 de son roman, Huxley fut, bien qu’involontairement, le principal architecte de cette conception biaisée de sa propre personne. Inévitablement, à chaque réédition du roman, le préambule est lui aussi réédité.[2] De plus, les représentations que nous avons de Huxley dans l’entre-deux-guerres, comme la caricature par Max Beerbohm de ses cheveux en bataille d’amateur de livres, de ses lunettes en écailles et de sa silhouette longiligne évoquant un spectre sortant de terre, n’ont fait que renforcer notre impression de son détachement éthéré des problèmes du monde réel.[3]
Toutefois, et par-dessus tout, la vision actuelle du Huxley de l’entre-deux-guerres dérive d’une bibliographie standard de ses écrits qui est aussi incomplète que peu fiable. Dissimulé derrière les lacunes de cette liste principale de son œuvre, l’authentique Huxley des années trente s’est morfondu pendant plus de cinquante ans, non lu et incompris.[4]
Bien que Huxley ait déclaré à la Little Review, au début de l’année 1929, que le « détachement » était à la fois sa caractéristique la plus affirmée et la moins prononcée, et la qualité qu’il aimait le plus et le moins chez lui,[5] au début de l’année 1931 Huxley était tout sauf un observateur distant et ignorant des problèmes de la Grande-Bretagne. En fait, il s’emportait plus intensément, devant le spectacle de la crise sociale et politique chronique qui succéda au krach d’octobre 1929 à Wall Street, que n’importe quel autre auteur britannique de sa génération, et il traversa la Manche à de nombreuses reprises au cours des années trente pour se rendre compte par lui-même des effets de la Grande Dépression. Au milieu de la décennie, la croyance en une hiérarchie culturelle et le mépris pour la société de masse qui dominaient si profondément la pensée de Huxley, avaient laissé la place à une philosophie plus humanitaire, voire même « socialiste », et à une préoccupation sincère pour les hommes et les femmes ordinaires.[6] De nos jours, cependant, ni l’ampleur du dégoût éprouvé par Huxley pour la société de masse et la démocratie parlementaire, ni sa transformation ultérieure en tête de file de l’intelligentsia anti-fasciste et de porte-parole des déshérités, ne sont documentés.
La tendance de Huxley à osciller entre l’activisme politique et une certaine nébulosité intellectuelle est évidente dès le mois d’août 1915, lorsque, alors qu’il était étudiant au Balliol College d’Oxford, il taquina une de ses amies pour avoir « participé à la nouba socialiste présidée par [G.D.H.] Cole – et avec un très mauvais esprit, comme l’ajoute mon informateur ! ». La « nouba » en question était très certainement la conférence estivale de l’Oxford University Socialist Society. Huxley poursuit sa missive ainsi :
Cela a dû être assez instructif. Ma position politique personnelle est, par nature, un puissant m'en ficheisme* – avec des affinités nouées avec toutes les tendances – le meilleur système, je pense, pour celui qui s'en tient à la théorie politique, et dont l'occupation est d'afficher un sourire radieux en toutes circonstances, et non pas de se consacrer avec voracité à un sujet, comme devrait le faire le politicien actif.[7]
Toutefois, même à cette période, le détachement de Huxley vis à vis de la politique était moins affirmé qu'il ne le laisse transparaître dans cette lettre, et au début de l'année universitaire suivante, il fut enrôlé dans le Balliol Fabian Group en qualité de membre à part entière par Rajani Palme Dutt (1896-1974), qui étudiait alors dans son université et qui était destiné à devenir une sommité du parti communiste de Grande-Bretagne des années vingt aux années soixante. Dutt expliqua par la suite que « un membre à part entière, contrairement à un associé, devait signer un document connu sous le nom de Base [...] qui affirmait l’acceptation des principes du socialisme. » Dutt poursuit :
J'ai en mémoire cette image de [Huxley] examinant avec la plus grande précision les petits caractères de la Base, à l'aide d'une loupe dont il se servait pour corriger sa vue déficiente, puis déclarant sa satisfaction et signant, mais ajoutant qu'il ne souhaitait pas être « un socialiste de type économique », car il détestait l’économie, et qu’il soutenait le socialisme pour les mêmes raisons qu’Oscar Wilde avant lui.[8]
Il semble probable que l'engagement estudiantin de Huxley dans la voie du socialisme était sincère, mais tout sauf fanatique. La seule trace qui nous soit parvenue de ses activités est une entrée dans les minutes du registre du Balliol, Queen's and New College Group de l'Oxford University Socialist Society, qui laisse apparaître que Huxley fut l'un de ceux qui ouvrit la discussion succédant à « l’excellent » papier de Dutt du 6 novembre 1915 sur « les arrières-pensées des nationalistes ». Considérant l’attraction exercée ultérieurement sur Huxley par les idées de H. G. Wells, et sa projection ambivalente d’un État-Monde wellsien dans Le meilleur des mondes, le résumé par le secrétaire du discours d’inspiration wellsienne de Dutt est intrigant :
Après avoir montré dans quel état de banqueroute intellectuelle et politique l'organisation politique actuelle nous avait menés, il soutint que la seule voie de recours était l'introduction d'un supra-nationalisme [...] dans lequel tous les états seraient prêts, poussés par les circonstances, à renoncer à leur souveraineté et à se soumettre à une sorte d'autorité supérieure commune dans les relations internationales.[9]
La Base fabienne rappelait entre autres à ses membres que leur mouvement était consacré à « l’extinction de la propriété foncière privée » et à la disparition de « la classe oisive qui vit à présent du travail des autres ».[10] Toutefois, peu après que Huxley ait intégré le personnel du magazine Athenaeum en 1919, la préservation de la classe oisive devint une préoccupation majeure dans ses travaux. Huxley était devenu un ardent partisan du critique et polémiste américain Henry Louis Mencken (1880-1956), surnommé le « Sage de Baltimore », qui était à l’époque l’un des adversaires les plus en vue de la démocratie de masse dans le monde anglo-saxon. La façon dont Mencken dénigrait ses concitoyens leva complètement les doutes de Huxley sur l’américanisation et la montée en puissance de la civilisation de masse, des peurs qui l’affectaient de plus en plus intensément durant les trois années qui suivirent son départ d’Oxford en 1916. L’influence majeure exercée par Mecken sur Huxley a jusqu’à présent été complètement ignorée.
L'histoire du mépris des élites pour la masse est ancienne. Elle remonte jusqu’à Héraclite, avant même Horace et Platon. Au tournant de ce siècle, les prédictions répétées d’une explosion de la population, les angoisses sordides de théoriciens des foules comme Gustave Le Bon, les peurs eugénistes concernant la multiplication des « inaptes » et l’effondrement de « l’efficacité nationale », l’aversion de l’intelligentsia pour la diffusion de la littérature de masse et la menace émergente du matérialisme américain, tout ceci contribua à déclencher une résurgence de l’élitisme culturel et un renouveau de l’aristocratie intellectuelle. Yeats martelait que « la liberté intellectuelle et l’égalitarisme social sont incompatibles »,[11] et il prédisait que l’ère qui s’annonçait amènerait « une civilisation antithétiquement aristocratique dans sa forme achevée, où tous les détails de la vie seraient hiérarchisés ».[12] Lawrence prévoyait quant à lui le jour où la démocratie de masse serait remplacée par une pyramide du pouvoir à quatre niveaux, surmontée par « une petite classe de juges suprêmes : pas simplement des juges judiciaires, mais des juges de la destinée de la nation ».[13] Influencé par l’attention toute particulière portée à Nietzsche par Mencken, Huxley commença, lui aussi, à chanter les louanges de l’aristocratie intellectuelle au début des années vingt. La période menckenienne de Huxley se poursuivit jusqu’au milieu de la décennie, mais au moment où il publia Le plus sot animal... en 1927, deux autres figures anti-démocratiques avaient commencé à exercer leur influence sur son œuvre : le sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923) et H. G. Wells.
De nombreux commentateurs ont identifié Pareto comme étant l’un des précurseurs du fascisme.[14] Franz Borkenau écrivit en 1936 : « C’est dans les travaux de Pareto que fut exprimée pour la première fois la tendance puissante vers un changement de l’appareil politique qui a depuis été incarnée par le bolchévisme, le fascisme, le national socialisme et un certain nombre de mouvements similaires. »[15] Huxley souligna que c’est dans le monumental Trattato di sociologia generale (1916) de Pareto qu’il « découvrit nombre de [ses] propres idées alors encore vagues et balbutiantes, exposées méthodiquement et savamment documentées, et agrémentées d’une foule d’autres idées et de faits pertinents. »[16] Le Trattato fournit à Huxley une autorité colossale sur laquelle il put appuyer sa croyance en une hiérarchie culturelle et son rejet cinglant du progrès, et le convainquit que le gouvernement parlementaire n’offrait rien de plus qu’un écran de fumée pour la ploutocratie et était infesté de spéculateurs astucieux. Les écrits de Huxley au cours de la période allant de la moitié des années vingt à la moitié des années trente sont tellement influencés par le Trattato de Pareto qu’il est utile d’en analyser les principes fondamentaux.
Pareto prétendait que toutes les sociétés pouvaient être divisées entre une « élite dirigeante » minoritaire et la masse des dirigés ou « strate inférieure ». Ces deux strates ne sont pas figées, mais sont soumises à des mouvements de flux continuels dus aux « résidus », c’est à dire les instincts humains primitifs qui exercent une pression irrationnelle sur la psychologie sociale. Pareto a identifié six classes de résidus, mais les deux premiers d’entre eux, « l’instinct pour les combinaisons » et la « persistance des agrégats », sont les plus importants. Des individus sont constamment admis au sein de l’élite dirigeante ou en sont chassés, et dans certains cas une élite en remplace une autre en bloc*. Pareto appelait ce processus la « circulation des élites », qui a été brièvement décrit par Samuel Finer :
La relation entre l’élite dirigeante et les gouvernés est déterminée par la façon dont les résidus de Classe I [« instinct pour les combinaisons »] et de Classe II [« persistance des agrégats »] se répartissent entre eux. Les groupes dirigeants avec une prépondérance de résidus de Classe I tendent à être mercantiles, matérialistes, innovants ; et ils gouvernent en utilisant la ruse. Les groupes dirigeants pour lesquels les résidus de Classe II sont prépondérants ont tendance à être bureaucratiques, idéalistes, conservateurs ; ils gouvernent en utilisant la force. La proportion de résidus de résidus de Classe I ou de Classe II au sein des élites dirigeantes varie au cours du temps. [...] Au final, que ce soit par l’infiltration ou par une révolution venue d’en bas, l’élite dirigeante est donc déplacée par une nouvelle élite issue des rangs de l’ancienne section des gouvernés. Ce processus se poursuit, la nouvelle élite étant par la suite renversée, pour la même raison.[17]
Comme l’écrit Pareto, « l’histoire est un cimetière d’aristocraties. »[18] Ainsi, dans le modèle paretien, l’élite dirigeante doit toujours être prête à utiliser la force à un moment donné pour maintenir sa position. En raison de leur renonciation à la force, de leurs associations humanitaires et de leurs encouragements lancés aux escrocs rusés et aux spéculateurs (des catégories qui ont un « instinct pour les combinaisons » prononcé), les démocraties parlementaires sont profondément instables. La force d’une société dominée par des hommes avec une « persistance des agrégats » repose d’autre part (comme l’écrit Huxley dans Pareto and Society) « sur sa stabilité et sur la promptitude et la violence des actions dictées par une foi inconditionnelle en un absolu. »
Le meilleur des mondes fut écrit au cours d’une période d’instabilité sans précédent dans la politique britannique moderne, et à un moment où Huxley s’attendait tous les jours à ce que le pays s’enfonce dans une anarchie sanglante. Dans ce contexte, et considérant la lecture assidue de Pareto par Huxley, lorsque Mustapha Menier, l’administrateur mondial pour l’Europe occidentale, s’attarde momentanément sur la phrase « L’histoire c’est de la blague » dans le troisième chapitre, il fait plus que se montrer emphatique avec un cliché fordien devant le groupe d’étudiants suspendus à ses lèvres.[19] Il attire l’attention de ses jeunes auditeurs et du lecteur sur le fait que la circulation des élites s’est interrompue il y a bien longtemps dans l’État Mondial. L’ingénierie biologique et le conditionnement social ont fait en sorte que le « cimetière des aristocraties » de l’histoire appartient tout autant au passé que La tempête, des chaussettes trouées ou les mères vivipares.
Galvanisé par sa lecture du Trattato, Huxley dénonça, dans Le plus sot animal..., la démocratie parlementaire comme un système :
par lequel des escrocs, des hommes riches, et des charlatans peuvent accéder au pouvoir grâce aux votes donnés par un électorat composé de Peter Pans dérangés, dont l’immaturité les rend particulièrement sensibles à la flatterie des démagogues et aux suggestions incessantes des journaux détenus par les hommes fortunés.
Huxley soutint qu’un état plus « rationnel » nécessiterait la « création et le maintien au pouvoir d’une aristocratie de l’esprit » qui ouvrirait la voie à un « gouvernement par ceux qui sont les plus aptes à gouverner ».[20]
Le plus sot animal... contient aussi une « Note sur l’eugénisme », dans laquelle Huxley pèse le pour et le contre des programmes d’amélioration génétique. Dès 1921, dans le premier roman de Huxley, Jaune de Crome, Scogan prédit que :
Une génération impersonnelle remplacera le hideux système de la Nature. Dans de vastes incubateurs d’état, d’innombrables rangées de bouteilles gravides fourniront au monde la population nécessaire. Le système familial disparaîtra ; la société, sapée dans ses fondements mêmes, devra se trouver de nouvelles bases [...][21]
Et une lettre que Huxley écrivit à son frère Julian l’année suivante, suggérant des sujets probables pour des articles de magazine, indique qu’il partageait la fascination de son personnage de fiction pour l’eugénisme :
Je pense qu’un sur l’hérédité et peut-être une prévision légèrement wellsienne des progrès futurs de la biologie (soulignant à quel point le contrôle de la vie est beaucoup plus intéressant que le contrôle des machines) serait un bon début.[22]
Dans un article publié en septembre 1927, Huxley écrivait :
Dans le futur que nous envisageons, l’eugénisme sera pratiqué pour améliorer les caractéristiques génétiques humaines et les instincts ne seront pas impitoyablement réprimés, mais, autant que possible, sublimés pour que leur expression ne soit pas dommageable socialement. L’éducation ne sera pas identique pour tous les individus. Les enfants de types différents recevront différentes sortes d’entraînements. La société sera organisée hiérarchiquement selon les qualités mentales et la forme de gouvernement sera aristocratique, au sens littéral du terme – c’est à dire que les meilleurs dirigeront.[...] Nos enfants pourront envisager un nouveau système de caste fondé sur les différences entre les aptitudes naturelles, un système éducatif machiavélique élaboré de façon à ce que les membres des castes inférieures reçoivent uniquement un savoir qui serait profitable aux membres des classes supérieures.[23]
Cette ébauche de l’utilisation future de l’eugénisme doit beaucoup à l’œuvre de H. G. Wells, une source d’inspiration admise par Huxley dans son introduction à Le plus sot animal... Les points de convergence entre Huxley et Wells étaient nombreux entre le milieu des années vingt et le milieu des années trente, en particulier la conviction que l’état doit appliquer des mesures eugénistes pour mettre un terme à la multiplication des inaptes. Comme le révèlent The Victory of Art over Humanity et Science and Civilisation, au moment où il écrivait le prétendument anti-wellsien Le meilleur des mondes en 1931, Huxley n’était pas moins un « Conspirateur au grand jour » contre la démocratie parlementaire et un partisan du gouvernement mondial que ne l’était Wells, l’inventeur de ce premier terme.
Les inquiétudes concernant le taux de naissances différentiel, c’est à dire la tendance des membres supposément moins méritoires de la société à avoir plus d’enfants que des parents positionnés plus haut dans l’échelle sociale, ont continuellement assailli Huxley durant la période couverte par cet ouvrage. Il exprime ses angoisses devant la prolifération des attardés mentaux dans Babies – State Property (1930), et, s’opposant à tous les avis des experts qu’il avait reçus, Huxley appelle à leur stérilisation obligatoire dans What is Happening to Our Population? (1934). L’année suivante, dans The Next 25 Years, Huxley prédit que d’ici « au début des années cinquante, une personne sur quatre-vingt-douze [sera] un crétin bon pour l’asile ». Il poursuit en écrivant que d’ici 1960, le Parlement aura fait passer « une série de lois conformes à l’ensemble des principes de l’eugénisme négatif ». L’état d’esprit général de l’eugénisme britannique des années trente tendait vers une reconnaissance du rôle de l’environnement dans l’hygiène sociale.[24] L’importance accordée par Huxley à l’hérédité et à « l’efficacité nationale » souligne par ailleurs la complexion edwardienne de son rapport à l’eugénisme.
D’un point de vue contemporain, le plaidoyer de Huxley en faveur de la stérilisation le place sous un éclairage peu flatteur. Cependant, et bien qu’il ait été en décalage avec la direction de l’Eugenics Society en appelant à une stérilisation obligatoire plutôt que volontaire, il serait erroné de considérer que ces vues révélaient Huxley sous les traits d’une sorte d’odieux crypto-nazi. De nombreux progressistes envisageaient l’eugénisme comme un moyen humanitaire d’accélérer la venue d’un monde meilleur, et les Webbs, Shaw, Naomi Mitchison et Marie Stopes furent tous profondément impliqués dans le mouvement eugéniste à un moment ou à un autre. La déclaration suivante du pionnier de la sexologie, Havelock Ellis, qui pourrait presque servir de résumé au What is Happening to Our Population? de Huxley, était tout à fait représentative des opinions des progressistes :
L’homme superficiellement compatissant jette une pièce à un mendiant ; l’homme profondément compatissant lui construit un hospice pour qu’il n’ait plus besoin de mendier ; mais celui qui est probablement le plus radicalement compatissant de tous est l’homme qui fait en sorte que le mendiant n’ait jamais vu le jour.[25]
Huxley écrivit au début du mois de janvier 1931 dans What a world we live in :
La race humaine m’emplit d’une consternation sans cesse grandissante. J’ai passé l’automne dernier aux mines de charbon de Durham, au cœur du chômage anglais, et ce fut horrible. Si seulement il était possible de croire que les remèdes proposés face à cette horreur (le communisme, etc.) n’étaient pas encore pires que la maladie – en fait qu’ils ne sont pas une autre forme de la maladie, avec des symptômes superficiellement différents. La triste et humiliante conclusion qui s’impose est que la seule chose à faire est de s’enfuir et de se cacher. Personne ne peut rien faire pour améliorer la situation, et l’action est susceptible de transmettre la maladie à celui qui souhaite la guérir. Il n’y a donc rien à y faire si ce n’est de fuir tant qu’il en est encore temps.[26]
En 1930, Huxley avait visité le village minier de Willington dans le comté de Durham, qui était alors gangrené par un chômage quasiment universel de la population mâle. Sa visite de la région eut un profond impact sur sa personne mais Huxley résista à la tentation de céder à la déprime. À partir de ce moment, le Huxley « orwellien » était lâché.
« Ils sont partis aujourd’hui pour voir des mines, des usines... le pays noir ; ai fait les docks quand ils étaient là ; dois voir l’Angleterre » écrivait Virginia Woolf dans son journal le 17 février 1931. Après avoir dîné avec les Woolf la soirée précédente, Huxley et son épouse Maria s’étaient embarqués ce matin-là dans une reconnaissance rapide des centres anglais de l’industrie lourde, où régnait un chômage encore plus lourd. Comme le note Woolf, juste avant cette sortie dans le Nord et dans les Midlands, Huxley avait visité les « docks » Ste Katharine et Royal Albert de Londres. Il avait également visité un abattoir juif de l’East End de Londres. Ses excursions dans « l’Angleterre étrangère » se poursuivaient désormais avec un voyage en train en direction de Chesterfield, où sa femme et lui devaient « s’entretenir avec des managers »[27] avant de visiter durant les six jours suivants une aciérie de Sheffield, une mine de charbon à Durham, Middlesbrough, l’énorme usine de production d’ammoniaque synthétique, de sodium et d’autres produits de l’ « Imperial Chemical Industries » dans la localité voisine de Billingham, et enfin une usine d’assemblage d’aimants à Birmingham. Bien que Huxley se soit par la suite plaint d’avoir eu à s’immerger dans des baignoires « dont les bords permettaient de découvrir une sélection de cheveux appartenant à tous les représentants de commerce du Nord », et qu’il se soit lamenté amèrement sur la dureté des matelas, les chambres glaciales et la nourriture immangeable que sa femme et lui eurent à supporter dans les hôtels hors de prix dans lesquels ils séjournèrent, le voyage de Huxley dans le Nord brisa enfin la carapace de son mépris intellectuel pour les masses. Si, comme l’a suggéré John Carey, « Le meilleur des mondes est une dénonciation classique de la culture de masse dans l’entre-deux-guerres »[28], il faut également reconnaître qu’à l’époque où il écrivit son roman il publia aussi quatre articles – Abroad in England, Sight-Seeing in Alien Englands, The Victory of Art over Humanity et Greater and Lesser London – dans lesquels son plaidoyer pour les masses sans emploi, et pour ceux au sort à peine enviable qui s’éreintaient dans les usines, les aciéries, les mines de charbons et les docks, s’exprime sans aucune trace de condescendance.
Préfigurant le tribut payé par Orwell dans Le quai de Wigan (1937) aux « corps si nobles » des mineurs qu’il rencontra dans le nord-est de l’Angleterre, Huxley écrit en 1931 sur la « beauté émouvante » des torses des mineurs rencontrés dans la « monstrueuse pénombre » d’un front de taille du Nord-Est (Sight-Seeing in Alien Englands).[29] De même, les deux anciens d’Eton eurent vivement conscience de la différence de statut social entre eux et les habitants du nord de l’Angleterre. En 1937, Orwell allait décrire les barrières de classes rigides qui s’opposaient à lui « comme un mur de pierre » dans le Lancashire et le Yorkshire.[30] Huxley emploie la même métaphore dans Abroad in England en décrivant « la muraille de Chine » de classes, massive et infranchissable, qui se dressait durant sa visite à Willington. Au fond, tout comme Le quai de Wigan, les marques de compassion données par Huxley dans Alien England sont très largement destinées à un lectorat du Sud, urbain et potentiellement hostile. Huxley et Orwell avaient beaucoup plus en commun dans les années trente que ce qui est généralement admis.
S’il y a bien un thème qui sous-tend l’œuvre de Huxley au début des années trente, c’est la menace envers la stabilité sociale posée non seulement par la formation de légions de chômeurs, mais aussi par l’avancement non régulé de la technologie, et l’absence de toute tentative de planification nationale systématique. Huxley lance cet avertissement dans Science and Civilisation : « Aussi longtemps que continuera la recherche scientifique, la société sera susceptible de subir une succession potentielle de tremblements de terre. » Il écrivit ensuite en 1932 :
Une part de plus en plus importante de l’opinion publique est désormais favorable à une planification réfléchie de tous les aspects de notre vie sociale. C’est un idéal qui doit, il me semble, enthousiasmer tout homme raisonnable. En contemplant le chaos auquel nous a réduits un individualisme non planifié, nous sommes contraints de croire en la planification.[31]
Le meilleur des mondes n’est que l’expression indirecte de l’intérêt passionné qu’éprouvait Huxley pour la planification et pour la situation de l’Angleterre. Comme l’avait constaté Huxley au début des années trente, ce pays était confronté à un choix cornélien : « Nous devons planifier ou décliner » (Abroad in England).
L’historien Arnold Toynbee décrivit 1931 comme une « annus terribilis » au cours de laquelle les gens « envisageaient sérieusement et discutaient ouvertement de la possibilité que le système social occidental puisse s’effondrer et cesser de fonctionner ».[32] Huxley faisait très certainement partie de ces pessimistes, et tandis que les affaires de la nation passaient d’une crise à une autre (avec en point culminant la formation du premier gouvernement d’union nationale britannique à la fin août et l’abandon de l’étalon-or à la fin septembre), l’exaspération de Huxley envers la démocratie parlementaire s’accentuait. Une visite qu’il avait faite à la Chambre des Communes plus tôt dans l’année pour y assister à un important débat sur l’économie avait achevé de le convaincre que le Parlement n’était rien de plus qu’une danseuse hors de prix, tout à fait incapable de résoudre les problèmes qui lui étaient confiés. À l’inverse, comme le montrent Abroad in England et Greater and Lesser London, Huxley fut impressionné par la vigueur politique d’Oswald Mosley et par ses propositions radicales pour un renouveau national. « Mosley appela au remplacement de la ‘‘machine’’ parlementaire du dix-neuvième siècle. Le Parlement doit devenir un lieu de travail, et il faut mettre un terme aux bavardages incessants » disait-il dans divers discours condensés dans un manifeste paru le 13 décembre 1930. Mosley mettait l’accent sur la nécessité d’adopter des mesures économiques rapides et efficaces mises en œuvre par un « exécutif fort », libéré des entraves et de la critique pointilleuse, et soumis uniquement au « contrôle général » du Parlement.[33] Le plan de Mosley, « bien que vague ou imparfait par certains aspects », gagna l’approbation de T. S. Eliot qui reconnut sans ambages « que le dix-neuvième siècle est terminé, et qu’une réorganisation méthodique de l’industrie et de l’agriculture est essentielle ».[34]
Abroad in England révèle toutefois que Huxley était bien plus qu’un simple soutien enthousiaste de la rationalisation industrielle et agricole ; il s’avère qu’il était un fervent partisan de la planification de type soviétique. Comme l’écrit Huxley dans un article rédigé au début du mois de septembre 1931 :
Nous pouvons soit poursuivre dans la voie actuelle, qui est désastreuse, ou nous devons abandonner la démocratie et nous autoriser à être gouvernés par une dictature dominée par des hommes qui nous contraindront à faire et à supporter ce qui est exigé par une planification rationnelle.
Ou, si nous conservons les formes démocratiques, nous devons inventer quelque technique psychologique pour inciter l’électorat à agir avant l’accident plutôt qu’après ; nous devons fournir aux votants de mauvaises raisons émotionnelles pour les pousser à se comporter avec une prévoyance rationnelle.
Ou, au final, nous pouvons employer ces dernières méthodes ensemble – contraindre tout en utilisant la propagande pour que la contrainte paraisse acceptable.
C’est la méthode russe actuelle. Une fois raffinée et améliorée, elle a de bonnes chances de devenir universelle.[35]
Au cours d’une des périodes les plus sombres de l’histoire britannique moderne, la figure qui est devenue une icône de l’establishment libéral adhérait, brièvement, aux méthodes qu’il semblait vilipender dans Le meilleur des mondes. À vrai dire, la veille même du jour où il publia son roman en 1932, Huxley déclarait à son auditoire radiophonique que : « Toute forme d’ordre est préférable au chaos. Notre civilisation est menacée d’un effondrement total. La dictature et la propagande scientifique pourraient fournir les seuls moyens de sauver l’humanité des maux de l’anarchie. »
Comme avec le soutien de Huxley pour la stérilisation obligatoire, nous devrions prendre garde de ne pas le condamner sans procès pour avoir été prêt à approuver une solution autoritaire à la crise politique engendrée par la Grande Dépression. Devant le constat de sa monumentale inefficacité, les intellectuels de tous horizons se désespéraient tous plus ou moins du Parlement au début des années trente, et, selon qu’ils soutenaient un fascisme favorable aux entreprises, le paradis terrestre du communisme soviétique, l’État-Monde de Wells, ou simplement le gradualisme britannique du Political and Economic Planning et du Next Five Years’ Group, peu d’entre eux avaient réellement confiance dans la Chambre des Communes, même lorsqu’ils ne travaillaient pas activement à sa disparition. La question de savoir si les traditions de liberté, d’individualisme et d’ouverture de la société démocratique pourraient jamais s’accorder avec le monde fermé, stable et sous contrôle de « l’état rationnel » fut un casse-tête abordé à de nombreuses reprises par Huxley dans cet ouvrage.
Huxley écrit dans Casino and Bourse que « La spéculation financière est probablement le jeu de hasard le plus pernicieux jamais inventé ». L’éclatement de la bulle spéculative de Wall Street, le scandale Hatry survenu peu avant en 1929,[36] et la révélation posthume, en mars 1932, que la fortune légendaire d’Ivar Kreuger, le « roi des allumettes » suédois, était pour la plus grande part imaginaire, tout ceci contribua à accentuer le dégoût de Huxley pour les spéculateurs.[37] Il annonça en juillet 1932 à son agent littéraire J. B. Pinker qu’il « travaillait sur le scénario de ce qui pourrait être, je pense, une assez bonne pièce – avec une figure du type de celle de Kreuger comme personnage principal – ce qui établirait un lien entre le récit et les idées économiques générales, et qui serait opportun, puisque tout le monde s’inquiète de ces choses ».[38] Huxley intitula sa pièce Now More Than Ever (empruntant une demi ligne à l’Ode à un rossignol de Keats) qu’il tenta à plusieurs reprises de faire produire au début des années trente.[39]
Peu après la révélation du scandale Kreuger, Huxley fit part de son étonnement que « les dirigeants de sociétés hautement organisées puissent permettre que la stabilité du mécanisme dont dépend la prospérité économique de la communauté, soit ébranlée par un petit groupe de riches parieurs ».[40] L’affaire Stavisky de 1933, qui menaça de déstabiliser la Troisième République pendant un certain temps, fut là encore une crise causée par les machinations de spéculateurs, et elle incita Huxley à redoubler d’efforts pour que Now More Than Ever vît le jour. Le problème de la pièce était que ses longs dialogues descriptifs, qui, du point de vue de Huxley, étaient sa raison d’être,* la rendait aussi inexploitable commercialement. Le côté actuel de la pièce ne pouvait tout simplement pas compenser son manque de tension dramatique. Mais malgré toute sa raideur, Now More Than Ever, par sa présentation de la chute d’Arthur Lidgate, « un financier animé du désir sincère de rationaliser le monde »,[41] provoquée par Sir Thomas Lupton, un spéculateur « grossier, rougeaud, à la richesse indécente » et par son acolyte véreux, l’américain Wertheim, fournit de nouvelles preuves de l’importance vitale que Huxley accordait à la planification et de son souci constant de la stabilité nationale au début des années trente. Huxley relut Pareto à la fin de 1933 et Pareto and Society évoque les scandales Hatry, Kreuger et Stavisky envisagés selon le point de vue de son maître italien.
En juillet 1933, Huxley pouvait déclarer à un de ses correspondants :
Environ 99,5% de la population de la planète est aussi stupide et béotienne, bien que de façon différente, que les masses anglaises. Il me semble qu’il est inutile de s’attaquer aux 99,5% – si ce n’est à titre d’exercice – mais qu’il est important que les 0,5% puissent survivre, se maintiennent au niveau de qualité le plus élevé possible, et, si possible, dominent le reste. L’imbécillité des 99,5% est consternante – mais, après tout, que peut-on en attendre d’autre ?[42]
De même, Huxley déclara trois mois plus tard à son auditoire parisien, à l’occasion d’un discours donné lors d’un congrès sur la coopération intellectuelle : « Malheureusement la logique a très peu de prise sur les masses. Aux masses, il faut parler en termes d’autorité absolue, comme Jéhovah aux Israélites.* »[43]
Cependant, la détérioration de la situation en Allemagne et plus généralement en Europe suite à la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933, et particulièrement après qu’il fut nommé « Führer du Reich allemand » après le décès de Hindenburg en août 1934, provoqua un changement radical quant à l’attitude de Huxley envers l’autoritarisme. Au cours de l’été 1933, Huxley écoutait avec le plus grand désarroi les stations de radio allemandes et entendait les reportages sur les autodafés et le boycott des juifs.[44] Plus tard dans l’année, des écrivains allemands réfugiés tels que Thomas Mann ou Lion Feuchtwanger commencèrent à affluer dans le sud de la France, et il ne fallut pas longtemps avant que Huxley ne condamne le nazisme comme étant « une rébellion contre la civilisation occidentale ».[45] De plus, Huxley put assister en juin 1934 à une démonstration de l’usage de la force qu’il avait dans l’ensemble approuvé en 1931, lorsqu’il fut le témoin des brutalités des sbires de Mosley, vêtus de chemises noires, à l’occasion d’une manifestation à Londres de la British Union of Fascists.[46] À la fin de l’année suivante, un Huxley radicalement transformé avait inauguré une exposition des « artistes contre le fascisme et la guerre » en déclarant que « toute forme de dictature est intrinsèquement mauvaise ». Peu après, il fut nommé président de « For Intellectual Liberty », une organisation anti-fasciste qui unissait les intellectuels britanniques opposés à la tyrannie et à l’oppression sur le sol national et à l’étranger. Au moment où Huxley fit son appel en faveur d’un « front populaire » en novembre 1936 (dans le seul et unique bulletin publié par « For Intellectual Liberty »), il avait pris conscience que « les progressistes doivent soit se serrer les coudes, soit être pendus individuellement ».
Le communiste Walter Clough, éduqué à Oxford, dit dans Now More Than Ever que « aimer son voisin est un acte héroïque. Héroïque parce que c’est incroyablement difficile, la chose la plus difficile du monde. J’en ai toujours été incapable. » Mais bien qu’il exècre leurs divertissements – les films, le jazz, le football – Clough croit qu’avec de la détermination « il est possible d’aimer ses voisins même lorsqu’on n’a que peu de choses en commun avec eux ». C’était le challenge que Huxley s’était fixé dans les années trente, et alors que la décennie avançait, il défendait avec de plus en plus de véhémence la cause de ceux qu’il avait moqués ou ignorés au cours de la décennie précédente – comme les femmes déshéritées et sans abri de Londres (The Worth of a Gift) – et qu’il considérait désormais comme les victimes impuissantes d’un système politique à la dérive se précipitant vers la guerre. Comme il l’écrit dès juin 1932, « tous les hommes, et particulièrement les ‘‘intellectuels’’, sont chroniquement tentés d’échapper à certaines particularités déplaisantes et perturbantes pour se réfugier dans le monde dépourvu de passions de l’abstraction » (Dispatches from the Riviera). Plutôt que de pourfendre « l’imbécillité » de la société de masse, le Huxley des années trente se consacra à mesurer la hauteur des vastes murs qui séparaient, selon ses propres mots, la « province éloignée de l’Empire Grand Bourgeois habitée par les Hommes de Lettres, les Penseurs Professionnels et les Amateurs d’Idées Générales » et les plaines infinies de la vie ordinaire.
En décembre 1936, Huxley pouvait toujours écrire, dans How to Improve the World, sur « le besoin douloureux [de la Grande-Bretagne] de planification cohérente et de réforme intelligente », mais il mettait alors également l’accent sur l’importance de la médecine holistique et du régime dans la régénération sociale. « Au même moment », écrit-il, « toutes les techniques psychologiques et psycho-chimiques permettant de créer un état de rêves doivent être soigneusement étudiées », un commentaire qui préfigure ses futures expériences avec la mescaline et le LSD.
Les deux derniers articles présentés dans ce volume traitent de thèmes qui traversent l’intégralité de la section dédiée aux émissions de radio et aux essais de Huxley : la menace de l’innovation scientifique incontrôlée, les maux provoqués par le chômage de longue durée, et l’ennui et la routine du travail à l’usine. Dans The Man Without a Job et Pioneers of Britain’s ‘‘New Deal’’, Huxley condamne « le progrès technologique et l’organisation autoritaire et hiérarchisée de l’industrie [...] qui enlèvent tout satisfaction au travail », et argumente en faveur d’une « université de la vie commune – une université avec des facultés et des laboratoires disséminés dans tout le pays, où les hommes et les femmes de tous âges pourraient étudier et mener des expériences sur tous les aspects – personnel, social et professionnel – de l’art de vivre ». Après avoir visité une communauté accueillant des hommes sans emploi à New Forest, Huxley salua une initiative dans laquelle la vie était envisagée de façon « coopérative, et, dans le sens le plus entier du mot, communiste ». L’intellectuel consommé, qui avait débuté sa carrière dans un désespoir angoissé face aux masses insurgées et à l’américanisation de la planète, partit pour les États-Unis en avril 1937 convaincu que l’humanité pourrait être sauvée si seulement elle renonçait à la politique traditionnelle et qu’elle vivait dans des groupes « entre la taille d’un équipage de bateau et celle d’une équipe de rugby ».
Les premières satires sociales de Huxley et Le meilleur des mondes attireront toujours un lectorat, mais la qualité plus inégale de ses derniers romans, dans lesquels les idées sont plus souvent expliquées qu’incarnées, suggère que l’œuvre romanesque de Huxley n’aura jamais de place assurée dans le canon du roman anglais. Cependant, l’ampleur, la clarté, la netteté et la prescience des écrits non romanesques de Huxley, couplées avec l’attraction constante exercée par ses premières nouvelles, devraient lui permettre de conserver le statut d’une figure significative de l’histoire de la pensée et de la culture du vingtième siècle. Les essais et émissions de radio jusqu’alors négligés présentés dans ce volume, bien que limités à l’immersion de Huxley dans le bourbier social et politique du début des années trente, révèlent un écrivain plus troublé, troublant et fascinant que celui que nous connaissions jusqu’à présent. Bien que le légendaire libéral-humaniste ne sorte pas indemne de ces pages, il se peut que le Huxley qui en émerge soit une figure qui mérite encore plus notre attention.
* Ndt : en français dans le texte.
Notes
1. « Le terrain de jeu condamné » était la description que Cyril Connolly faisait de la scène littéraire des années trente. Cyril Connolly, The condemned playground: Essays 1927-1944, Londres : Routledge, vi.
2. Avant-propos, Brave New World, New York : Harpers, ix.
3. Max Beerbohm, Things New and Old, Londres : William Heinemann, 1923, plate 14, « Mr. Aldous Huxley ».
4. Claire John Eschelbach et Joyce Lee Shober, Aldous Huxley: A Bibliography 1916-1959, Berkeley and Los Angeles : University of California Press, 1961. Ceci a désormais été augmenté par David Bradshaw, A New Bibliography Aldous Huxley’s Work and Reception, 1912-1937, Bulletin of Bibliography, li, septembre 1994, pp. 237-55.
La majeure partie des citations des écrits de Huxley présentes dans ce volume provient de lettres jusqu’ici inédites et d’articles, émissions de radio et revues non documentés. Sauf indication contraire, le lieu de publication original est Londres.
5. « Questionnaire », Little Review, xii, mai 1929, pp. 48-9.
6. Huxley avait déclaré que « dans la sphère économique » le but du pacifiste doit être le « socialisme ». « 100 000 Say No! », Nash’s Pall Mall Magazine, xcvii, juillet 1936, pp. 76-81.
7. Lettre à Frances Petersen, Department of Special Collections, University Research Library, University of California at Los Angeles (UCLA), non daté [début août 1915].
8. Copie d’une lettre de R. Palme Dutt à Sybille Bedford, 28 mai 1968, Chatto & Windus Archive, University of Reading. Pour Dutt, voir John Callaghan, Rajani Palme Dutt: A Study in British Stalinism (1993). Pour le socialisme idiosyncratique de Wilde, voir son L’âme de l’homme sous le socialisme (1891).
9. Bodleian Library, Oxford, MS. Top. Oxon. d.467, fol.14.
10. La Base fabienne est reproduite en appendice de l’ouvrage de Margaret Cole, The Story of Fabian Socialism, Londres : Heinemann, 1961, pp. 336-41.
11. W. B. Yeats, Autobiographies, Londres : Macmillan, 1977, p. 229.
12. W. B. Yeats, A Vision, Londres : Macmillan, 1938, p. 277.
13. D. H. Lawrence, « Education of the People », in Michael Herbert, éd., Reflections on the Death of a Porcupine and Other Essays, Cambrige : Cambridge University Press, 1988, pp. 87-166. Cité à partir de la p. 107.
14. Voir par exemple « Pareto’s Politics » par Raymond Aron, in James H. Meisel, éd., Pareto and Mosca, Englewood Cliffs, New Jersey : Prentice Hall, 1965, pp. 115-20. Voir aussi Robert A. Nye, The Anti-Democratic Sources of Elite Theory: Pareto, Mosca, Michels (1977). Plus récemment, Renato Cirillo a cependant défendu l’idée que les enseignements fascistes de Pareto avaient été exagérés, et qu’il serait plus exact de le considérer comme un « libertarien radical ». Renato Cirillo, Was Vilfredo Pareto Really a Precursor of Fascism?, in Mark Blaug, éd., Vilfredo Pareto (1848-1923), Aldershot : Edward Elgar, 1992, pp. 239-45. Voir aussi Alan Sica, Weber, Irrationality and Social Order (1988).
15. Franz Borkenau, Pareto, Londres : Chapman & Hall, 1936, p. 168.
16. Proper Studies, Londres : Chatto & Windus, 1927, xviii. Il est probable que Huxley fut introduit à l’œuvre de Pareto par James Strachey Barnes, le frère de Mary Hutchinson, une amie proche des Huxley. Barnes était le secrétaire général du Centre international d’études sur le fascisme de Lausanne de 1927 à 1929. Il loue le « magistral » Trattato de Pareto dans The Universal Aspects of Fascism, qu’il rédigea en 1926 au moment où Huxley préparait Proper Studies (James Strachey Barnes, The Universal Aspects of Fascism, Londres : Williams & Norgate, 1928, p. 10). Voir aussi Richard Griffiths, Fellow Traveller of the Right: British Enthusiasts for Nazi Germany 1933-9, Oxford : Oxford University Press, 1983, p. 16.
17. S. E. Finer, introduction de Vilfredo Pareto: Sociological Writings, trans. Derick Mirfin, Londres : Pall Mall Press, 1966, pp. 14-15.
18. Vilfredo Pareto, The Mind of Society, trans. Andrew Bongiorno et Arthur Livingston, éd. Arthur Livingston, 4 vols., Londres : Jonathan Cape, 1935, vol. iii, p. 1430.
19. Brave New World, Londres : Chatto & Windus, 1932, p. 38.
20. « Aristocracy », Proper Studies, pp. 157-64.
21. Crome Yellow, Londres : Chatto & Windus, 1921, p. 47.
22. Lettre en possession de Lady Huxley, 7 juin 1922.
23. « The Future of the Past », Vanity Fair (New York), xxix, septembre 1927, p. 72 et p. 102.
24. Voir, par exemple, « Reform Eugenics, Population Research, and Family Planning, 1930-1939 », in Richard A. Soloway, Demography and Degeneration: Eugenics and the Declining Birthrate in Twentieth-Century Britain, Chapel Hill et Londres : University of North Carolina Press, 1990, pp. 193-225.
25. Cité dans Daniel Jo Kevles, In the Name of Eugenics: Genetics and the Uses of Human Heredity, Harmondsworth : Penguin, 1986, p. 90. Voir aussi Diane Paul, « Eugenics and the Left », Journal of the History of Ideas, xlv, octobre 1984, pp. 567-90.
26. Grover Smith, éd., The Letters of Aldous Huxley, Londres : Chatto & Windus, 1969, p. 345. Abrégé en Letters à partir de maintenant.
27. Anne Olivier Bell et Andrew McNeillie, éd., The Diary of Virginia Woolf, vol. iv : 1931-5, Londres : Hogarth Press, 1982, pp. 11-12.
28. John Carey, The Intellectuals and the Masses: Pride and Prejudice among the Literary Intelligentsia 1880-1939, Londres : Faber and Faber, 1992, p. 86.
29. George Orwell, The Road to Wigan Pier, Londres : Victor Gollancz, 1937, p. 23.
31. « Man Proposes », Chicago Herald Examiner, 24 septembre 1932, p. 9.
32. Cité dans Robert Skidelsky, Politicians and the Slump: The Labour Government of 1929-1931, Harmondsworth : Penguin, 1970, p. 313.
33. Robert Skidelsky, Oswald Mosley, Londres : Macmillan, 1975, pp. 227 et 237.
34. T. S. Eliot, « A Commentary », The Criterion, x, avril 1931, pp. 481-90.
35. « Forewarned is not Forearmed », Chicago Herald and Examiner, 18 novembre 1931, p. 9. Réimprimé dans Nash’s Pall Mall Magazine, lxxxix, juillet 1932, p. 50.
36. Clarence Hatry (1888-1965) fut l’acteur principal d’un énorme scandale boursier. Pour un compte-rendu plus exhaustif de ses méfaits, voir sa chronique nécrologique parue dans The Times du 12 juin 1965, p. 12. Huxley avait suivi le procès de Hatry : voir Letters, p. 327. Le spéculateur éponyme et « escroc napoléonien de grande envergure » de Chawdron est clairement inspiré de Hatry. Life and Letters, iv, avril 1930, pp. 250-302. Réimprimé dans Brief Candles (1930).
37. Au moment de son suicide en mars 1932, la richesse et la puissance du « roi des allumettes » – le sobriquet donné à Kreuger en raison de son monopole sur la production globale – étaient légendaires. Cependant, il fut bientôt découvert que les possessions de Kreuger étaient en grande partie imaginaires. Kreuger inspira le personnage d’Erik Krogh dans England Made Me (1935), par Graham Greene.
Pareto écrivait qu’une société dominée par les spéculateurs « manque de stabilité, vit dans un état d’équilibre instable qui pourrait renversé par un léger accident interne ou externe ». The Mind and Society, iv, p. 1555.
38. Harry Ransom Humanities Research Center, University of Texas at Austin, 24 juillet 1932.
39. Le manuscrit dactylographié de 92 pages est la propriété du Harry Ransom Humanities Research Center. Il est en cours d’édition par David Bradshaw et James Sexton.
40. « Notes on the Way », Time and Tide, 7 mai 1932, p. 516.
41. Tiré d’une lettre de Huxley datée du 27 août 1932, citée dans Leon M. Lion, The Surprise of My Life: The Lesser Half of an Autobiography, Londres : Hutchinson, 1948, p. 115.
42. Lettre à J. Glyn Roberts, tirée des L. J. Roberts and J. Glyn Roberts Papers, Correspondence File, ff. 55-6, National Library of Wales, 19 juillet 1933.
43. « L’avenir de l’esprit européen », Coopération intellectuelle, no. 38, mars 1934, pp. 77-9.
44. « German Bonfires », Chicago Herald and Examiner, 29 septembre 1933, p. 9.
45. « Alypius in a Brown Shirt », American Spectator, ii, avril 1934, p. 1.
46. « Vindicator » [i.e. Victor Gollancz], Fascists at Olympia: A Record of Eyewitnesses and Victims, Londres : Victor Gollancz, 1934, p. 21.
➤ Rions un peu avec la « tuerie » d'Orlando
Mais tout ceci n'a pas fait perdre sa bonne humeur à la police d'Orlando, qui a décidé de sortir un petit clip vidéo festif pour l'occasion :
La police d'Orlando n'avait pas attendu le 1er juillet (date de publication de la vidéo ci-dessus) pour afficher sa joie de vivre. Le jour même de l'événement, un policier s'amusait avec ses collègues et leur faisait des clins d'œil :
Mais la police d'Orlando n'est pas la seule à prendre la vie du bon côté. De bons samaritains qui portaient des « victimes » la nuit du drame - suppléant ainsi les équipes médicales, invisibles alors qu'un hôpital se trouve pourtant à quelques centaines de mètres du club - s'essayaient à quelques pas de danse, tandis qu'une mère éplorée arborait un large sourire au moment d'évoquer la préparation des funérailles de son fils disparu :
Les incongruités ne s'arrêtent pas là. Alors que les médias ont relayé des témoignages de clients de la boîte de nuit présents sur les lieux ce soir-là, tels que celui-ci :
« Jusqu’à ce qu’on entende beaucoup trop de coups. C’était comme bang, bang, bang. J’ai juste vu des corps tomber. J’étais au bar pour commander un verre, je suis tombé, j’ai rampé pour sortir. Les gens essayaient de sortir par derrière. Quand je suis arrivé dans la rue, il y avait du monde, du sang partout. »
- Christopher Hanson, client du Pulse
Le 20 juin, le FBI a donné à la presse un « extrait de la chronologie des événements survenus au Pulse » :


Le FBI a saisi les conversations entre Mateen et les urgences de l'OPD [Orlando Police Department] et a refusé de les rendre publiques. Elles durent plus de 29 minutes, mais nous n'avons ici qu'un très bref résumé de ces échanges, où seule apparaît la déclaration d'allégeance d'Omar Mateen à Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef présumé de l'État Islamique, faite lors de son premier appel au 911. Le second appel est brièvement résumé :
« Le tireur, qui s'est identifié comme étant un soldat islamique, a déclaré au négociateur de crise qu'il était la personne qui avait prêté allégeance à [caviardé], et a déclaré au négociateur de dire à l'Amérique d'arrêter de bombarder la Syrie et l'Irak, et que c'était la raison pour laquelle "il était là en ce moment". Lorsque le négociateur de crise a demandé au tireur ce qu'il avait fait, le tireur a déclaré : "Non, vous savez déjà ce que j'ai fait". »
Le communiqué de presse se conclut ainsi :
« D'après les communications radio avec l'OPD, il n'a pas été rapporté que des coups de feu ont été donnés à l'intérieur du Pulse entre les premiers tirs échangés entre les premiers policiers présents sur les lieux et le tireur, et le moment de l'assaut final. Durant cette période de temps, le tireur a communiqué avec un opérateur des urgences de l'OPD et avec un négociateur de l'OPD, et les communications radio de l'OPD rapportaient que les victimes étaient en train d'être secourues. »
L'ancien juge Andrew Napolitano a fait une déclaration fracassante le 20 juin 2016, après avoir vu un transcript des échanges entre Mateen et les urgences de l'OPD :
Le FBI admet qu'aucun coup de feu n'a été tiré entre 2h02 et 5h02. Napolitano va donc plus loin en déclarant qu'aucun décès n'est survenu avant l'assaut donné par le SWAT (Special Weapons and Tactics, l'équivalent du RAID), remettant ainsi en cause la multitude de témoignages sur le carnage qui serait survenu dès l'entrée en scène de Mateen.
D'autres étrangetés :
- Le Pulse est une boîte de nuit de petites dimensions - 450 mètres carrés d'après le cadastre d'Orlando. Comment « près de 350 personnes » (selon Reuters, cité par Le Monde) ont-elles pu s'entasser dans un endroit aussi exigu ? Encore plus étrange, le tireur se serait retranché dans les toilettes avec plusieurs otages après les premiers échanges de tirs.
Si personne n'est mort ni n'a été blessé avant l'assaut donné par le SWAT, comme le prétend le juge Napolitano, alors il y aurait eu au moins 102 personnes (les morts plus les blessés) entassées dans ces deux toilettes minuscules, et ce pendant près de trois heures. Peu probable. Quelqu'un ment ici. Le juge Napolitano, qui risquerait sa réputation en racontant des bobards énormes en direct à la télévision nationale ? Le FBI ? Les témoins ? À moins que ce ne soit tout le monde ?
- Nous avons vu que de simples civils transportaient des blessés, pour on ne sait trop quelles raisons. Bernie Suarez, qui se présente comme un « ancien professionnel de la médecine » relève d'autres « impossibilités médicales et violations outrancières de l'éthique et du protocole » survenues à Orlando :
« Depuis des agents de police qui endossent le rôle des urgentistes et des ambulanciers, en passant par une autre fusillade de grande ampleur où aucune ambulance n'est visible pour sauver des vies, à des policiers à qui il est donné le pouvoir de prononcer le décès des victimes, aucun récit sur des personnes qui ont failli mourir mais qui ont été sauvées sur la table d'opération, aucun récit sur des personnes dont on pensait qu'elles allaient survivre mais qui ont finalement décédé, aucune histoire racontée par les infirmières, les médecins ou les ambulanciers présents en première ligne, pour nous relater les difficultés spécifiques rencontrées avec les personnes blessées par balles. Aucune histoire, par exemple, de victimes ayant subi un pneumothorax ou une embolie pulmonaire causés par les blessures par balles, mais qui auraient ensuite été sauvées grâce à d'autres soins médicaux. Aucune journée d'attente fiévreuse, pour savoir qui va survivre ou mourir. Incroyablement, tout le monde est mort en même temps juste après l'événement, au moment de la construction de l'histoire et de la mise en place des cérémonies. »

La police escorte une femme « blessée » ! Les « nouveaux » ambulanciers !
La « nouvelle » ambulance !
- On trouve un nombre impressionnant d'acteurs professionnels parmi les intervenants de ce drame, tout comme lors du canular de Sandy Hook (faites une recherche pour « Sandy Hook actors » sur votre moteur de recherche, la liste des faux parents de faux enfants faussement assassinés est édifiante - j'apprécie particulièrement celui-ci, un acteur professionnel qui se fait passer à la fois pour un parent en deuil, un membre d'une équipe d'intervention du FBI et un activiste du contrôle des armes, et dont la femme est une actrice qui fait des doublages de films pornos) :
- À tout seigneur tout honneur, le tireur lui-même, Omar Mateen, est un acteur, qui a même une page sur IMDB. Sa biographie y a été expurgée depuis ses récents exploits, mais on sait qu'il a participé au documentaire The Big Fix en 2012 ( un documentaire à charge contre BP sur la fuite de pétrole massive survenue dans le Golfe du Nouveau-Mexique en 2010, dans lequel apparaît Peter Fonda, et à propos duquel le réalisateur-producteur Joshua Tickell admet qu'il a pu le financer en louant ses terres en Louisiane à l'industrie pétrolière américaine ; Mateen apparaît à 36 minutes déguisé en agent de sécurité). Il a également participé à un docufiction intitulé Love City, Jalalabad, qu'IMDB décrit comme « Un documentaire drôle et débridé qui montre comment la jeunesse progressiste d'Afghanistan rejette l'utilisation de la force armée et voit la production cinématographique comme un moyen alternatif pour ramener la paix et promouvoir le changement social dans leur pays occupé et déchiré par la guerre » (en gros : faites des films plutôt que de vous battre contre l'envahisseur américain). Nous avons vu par ailleurs que son père, Seddique Mateen, était un activiste politique afghan, candidat à la présidence de l'Afghanistan, supporter inconditionnel d'Obama, qui avait ses entrées au Congrès et au département d'état et affichait une opposition totale à l'État Islamique dont se revendiquera son fils. De plus, d'après le LA Times « le FBI n'a jusqu'ici trouvé aucune preuve qui vienne en soutien des allégations selon lesquelles Mateen avait des amants homosexuels ou qu'il communiquait sur des applications de rencontres gay ».
- Luis Burbano, « survivant » du Pulse, a été interviewé à de nombreuses reprises par les médias américains. Lui aussi a droit à sa fiche IMDB. Comme pour Mateen, celle-ci a été récemment... « remaniée » pour masquer sa participation au film Spirit of Orlando: Shooting Up (L'esprit d'Orlando : mitrailler). Un titre un peu trop révélateur, d'autant plus qu'il y tient le rôle d'un client de boîte de nuit. Mais internet a de la mémoire :

- Patience Carter, vingt ans, a livré un « récit déchirant après avoir survécu au massacre d'Orlando ». Bon, d'accord, ce n'est pas vraiment une actrice à proprement parler, juste une journaliste ; acteurs, journalistes, c'est presque le même métier : dans les deux cas nous avons affaire à des menteurs professionnels. La petite a l'air douée.
- Même le médecin-chef d'Orlando qui a été responsable du volet médical de la fusillade survenue au Pulse, le dr. Joshua Stephany, est un acteur. Lui aussi possède sa fiche IMDB. Jusqu'alors médecin-chef par intérim, Stephany a été promu au rang de médecin-chef pour trois ans, ce quatre jours après la fusillade. « La performance de Stephany à l'occasion de la crise a été louée des dirigeants à tous les échelons du gouvernement ». Je veux bien le croire...
Vous l'avez compris, je doute fortement de la réalité de cet « attentat » d'Orlando, qui possède tous les attributs d'un attentat sous faux drapeau, voire même d'un canular du type de Sandy Hook, où personne n'a été tué - le FBI admet officiellement que personne n'a été assassiné à Newton (la ville où était située l'école élémentaire de Sandy Hook) en 2012 :

Alors pourquoi ? La raison principale est toujours la même à l'occasion de ce type d'événements : terroriser la population pour la maintenir sous contrôle. Dans ce cas précis de la fusillade du Pulse (en admettant qu'un seul coup de feu a été tiré, ce qui reste à démontrer), les motivations secondaires sont évidentes : favoriser la mise en place d'un durcissement législatif sur la possession d'armes à feu aux États-Unis, victimiser le lobby gay et ainsi promouvoir un peu plus la propagande gouvernementale en faveur de l'homosexualité (que je perçois comme une forme « progressiste » d'eugénisme), et faire monter en sauce la menace de l'islamo-bougnoule fanatique.
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Cet article a été rédigé en compilant plusieurs sources d'informations, mais plus particulièrement grâce au travail du site Fellowshipoftheminds.








