Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Articles récents

➤ La révolution psychédélique : un produit de l'ingénierie sociale

19 Juillet 2015 , Rédigé par Triangle

Télécharger l'article en pdf

 

Introduction:

Jan Irvin a fait une importante découverte en 2012. Lorsqu’il a réédité The Sacred Mushroom and the Cross de John Allegro, l’expert des manuscrits de la Mer Morte,[1] Irvin a recherché la correspondance de Gordon Wasson, un des plus éminents critiques des travaux d’Allegro, dans divers fonds d’archives universitaires (dont Princeton, Yale, Columbia, Dartmouth, et le Hoover Institute de Stanford); il a alors découvert des documents originaux – des lettres de la main de Wasson – qui montraient qu’il avait collaboré avec la CIA.[2]

Bien que Gordon Wasson ait été président du Council on Foreign Relations et vice-président en charge des relations publiques à la J.P. Morgan Bank, il est avant tout connu pour être celui qui a « découvert », ou plus exactement popularisé, les champignons hallucinogènes. Un article du magazine Life décrit les fantastiques visions et expériences que Wasson prétend avoir eues lorsqu’il était sous leur influence (cf. Life du 13 mai 1957 – Seeking the Magic Mushroom). Les allégations de Wasson décrivaient pour la première fois les effets des champignons psilocybes (« hallucinogènes ») auprès du grand public.

Irvin a dès lors compris que sa découverte avait des implications troublantes. Il était bien entendu au courant de l’existence du tristement célèbre programme MK-ULTRA de la CIA, dans le cadre duquel l’organisation avait injecté du LSD à des citoyens américains sans leur consentement. Il avait également entendu parler des nombreuses théories du complot qui prétendaient que le gouvernement était, d’une façon ou d’une autre, à l’origine de la création de la « culture de la drogue ». Il connaissait aussi les recherches de Dave McGowan sur les mouvements musicaux pro-drogue qui trouvaient leur origine dans le Laurel Canyon des années 60, recherches qui démontraient que la plupart des rock stars qui avaient initié ces mouvements étaient des enfants de membres du renseignement militaire.[3]

Et donc le fait qu’un membre de la CIA ait également été impliqué dans la découverte des champignons psilocybes venait s’ajouter à la longue liste des liens troublants entre le gouvernement américain et la culture de la drogue qui émergea dans les années 60. Irvin décida d’approfondir ses recherches sur les liens entre le gouvernement et le « mouvement psychédélique ». La question évidente à laquelle il souhaitait apporter une réponse était: Wasson était-il impliqué d’une façon ou d’une autre avec le programme MK-ULTRA?

Au cours de ses recherches, Irvin entra en contact avec un autre chercheur, Joe Atwill, auteur de Caesar's Messiah: The Roman Conspiracy to Invent Jesus. Les recherches d’Atwill portaient sur les origines du christianisme, et l’avaient amené à conclure que Rome avait inventé cette religion. Il pensait par ailleurs que les empereurs romains avaient délibérément provoqué l’apparition de l’Âge Sombre que représentait le haut Moyen-Âge. Ils avaient utilisé le christianisme comme outil de contrôle mental permettant de donner un cadre religieux à l’esclavage, ce qui rendait plus difficile une rébellion des serfs. Comme Irvin, Atwill trouvait suspectes les nombreux liens entre le gouvernement américain et le mouvement psychédélique, qui lui rappelait l’effondrement intellectuel orchestré par les empereurs romains pour permettre l’avènement de l’Âge Sombre.

En comparant les résultats de leurs recherches, Irvin et Atwill ont développé une théorie sur l’origine du mouvement psychédélique dans les années 60: la « contre-culture » avait été créée par des éléments du gouvernement américain et de l’establishment bancaire, en tant que partie d’un plan plus vaste ayant pour objectif de provoquer l’avènement d’un nouvel Âge Sombre; ou, comme cela avait été présenté aux victimes potentielles, un « renouveau archaïque ».[4]

En 1992, Terence McKenna écrivait dans son livre Archaic Revival:

Tous ces éléments font partie du New Age, mais j’ai abandonné ce terme pour lui substituer ce que je préfère appeler Renouveau Archaïque – qui place tout ceci dans une meilleure perspective historique. Lorsqu’une culture perd ses repères, sa réponse habituelle est de chercher le modèle à suivre dans son histoire passée. On pourrait citer comme exemple l’effondrement du monde médiéval au moment de la Renaissance. Ils avaient perdu leur boussole, et sont donc retournés aux modèles grecs et romains – loi romaine, esthétique grecque, et ainsi de suite.[5] [C’est nous qui soulignons]

~ Terence McKenna

Dans un autre chapitre, il évoque sa théorie de la vague du temps:

On peut identifier plusieurs « points de résonance » dans la vague du temps. Ces points de résonance peuvent être vus comme des zones de la vague qui sont graphiquement identiques à la vague et qui se situent en d’autres endroits de la vague, mais qui ont des valeurs quantitatives différentes. Par exemple si nous choisissons comme date de fin, ou comme date de départ, le 21 décembre 2012, nous nous rendons compte que ce que nous vivons actuellement entre en résonance avec la fin de l’empire romain et les débuts de l’Âge Sombre en Europe.

Cette théorie suppose que la durée est comme une tonalité pour laquelle on doit assigner un moment où l’oscillation s’atténue puis finit par s’éteindre avant de cesser complètement. J’ai choisi la date du 21 décembre 2012 pour ce moment, car c’est à ce point que la vague semble être dans la « meilleure configuration » en ce qui concerne le flux et reflux des faits historiques qui amènent l’histoire vers la connectivité. J’ai par la suite été abasourdi en apprenant que cette même date du 21 décembre 2012 avait été choisie par les anciens mayas, sans doute l’une des cultures les plus obsédées par le temps, pour marquer la fin de leur cycle calendaire.[6]

~ Terence McKenna

On notera que la date choisie par McKenna – 21/12/2012 – avait auparavant été faussement désignée par le professeur et agent de la CIA Michael Coe comme étant la date de l’Apocalypse prévue dans le calendrier maya dans son livre de 1966 The Maya [7], bien que McKenna ait substitué en 1993 la date de 2011 choisie par Coe par celle du 21 décembre 2012 [8]. De plus McKenna pense que cette date entre en résonance avec le début de l’Âge Sombre. Si, comme le pensent les auteurs de cet article, le mouvement psychédélique faisait partie d’un plan plus vaste ayant pour objectif l’entrée dans un nouvel Âge Sombre, on peut en déduire que la promotion par McKenna d’un « renouveau archaïque » alimenté par la consommation de drogue fait aussi partie de ce plan.

Je crois que je suis un Dark Ager modéré. Je pense qu’il y aura un léger Âge Sombre. Je ne pense pas du tout qu’il s’agira d’une réitération de l’Âge Sombre qui a duré un millier d’années.[...][9]

~ Terence McKenna

La plupart des gens s’imaginent que la CIA et les agences de renseignement du gouvernement américain sont contrôlées par le processus démocratique. Ils pensent donc que le rôle joué par MK-ULTRA dans la création du mouvement psychédélique n’était qu’un accident de parcours. Bien peu envisagent que la totalité de la « contre-culture » était, comme son nom l’indique, une manœuvre d’ingénierie sociale ayant pour but de rabaisser la culture américaine. Les auteurs pensent quant à eux qu’il existe des preuves irréfutables qui indiquent que le mouvement psychédélique a été créé délibérément. Le but de ce plan était la mise en place d’un néo-féodalisme passant par l’appauvrissement des capacités intellectuelles des jeunes, ce qui permet de les rendre aussi facilement contrôlables que l’étaient les serfs du Moyen-Âge. Un terme particulièrement approprié pour désigner les victimes de cette dégradation était celui de « Deadhead », qui peut signifier « esprit mort » ou « une personne droguée, incapable de penser ».[Ndt: Deadhead: littéralement « tête morte », un terme fréquemment utilisé pour désigner les fans du groupe The Grateful Dead]

Aldous Huxley avait prédit que les drogues deviendraient un jour une alternative plus humaine à la « flagellation », pour les dirigeants souhaitant contrôler leurs « sujets récalcitrants ». Voici ce qu’il écrivait dans une lettre datée de 1949 et adressée à son ancien élève, George Orwell:

Mais à présent la psycho-analyse est associée à l’hypnose; et l’hypnose a été rendue plus aisée et indéfiniment extensible grâce à l’usage des barbituriques, qui induisent un état hypnotique, et de grande suggestibilité, chez les sujets les plus récalcitrants.

Je pense que d’ici à la prochaine génération, les dirigeants du monde auront découvert que le conditionnement des jeunes enfants et la narco-hypnose sont plus efficaces, en tant qu’instrument de gouvernement, que les matraques et les prisons, et que la soif de pouvoir peut tout autant être étanchée en suggérant au peuple qu’il peut aimer sa servitude, qu’en le flagellant et le frappant pour obtenir son obéissance.[10] [C’est nous qui soulignons]

~ Aldous Huxley

Voici ce qu’écrivait à ce sujet le dr. Louis Jolyon West, l’un des chercheurs de la CIA au sein du programme MK-ULTRA, en citant Huxley quelques décennies plus tard:

Le rôle des drogues dans l'exercice du contrôle politique est de plus en plus discuté. Ce contrôle peut s'exercer par la prohibition ou l'approvisionnement. La prohibition totale ou partielle des drogues offre au gouvernement un puissant moyen de contrôle dans d'autres domaines. Par exemple, l'application sélective des lois anti-drogue qui permettent une fouille immédiate, ou une perquisition sans préavis, peut être utilisée contre des membres de certaines minorités ou organisations politiques.

Mais un gouvernement pourrait aussi distribuer la drogue pour contrôler sa population. Avec cette méthode, prévue par Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes (1932), les gouvernants utilisent les drogues pour manipuler les gouvernés à leur guise et de différentes manières.

Les innombrables communautés urbaines et rurales, qui autorisent une grande liberté dans la prise de drogues et où les hallucinogènes sont fréquemment utilisés, sont dans une large mesure subventionnées par notre société. Leur pérennité est assurée par des dons d’argent venant des parents ou de la famille, par l’aide sociale et par les allocations chômage, ainsi que par la négligence bienveillante de la police. En fait il serait sans doute plus commode et peut-être même plus économique de maintenir les usagers de drogues (et plus particulièrement ceux qui prennent des hallucinogènes) dans un état d’isolement et d’éloignement du marché du travail, qui compte déjà des millions de chômeurs. Les communards, avec leurs drogues hallucinogènes, sont sans doute moins gênants pour la société – et moins coûteux – s’ils sont maintenus à l’écart, que s’ils décidaient de s’engager dans d’autres modes d’expression de leur aliénation, comme par exemple la dissidence et la protestation politique active, vigoureuse et organisée. [...] Les hallucinogènes représentent actuellement une part modérée mais significative de l’ensemble du problème de la drogue dans les sociétés occidentales. Ce qui précède peut fournir un cadre de référence dans lequel les problèmes sociaux, mais aussi cliniques, posés par ces drogues peuvent être considérés.[11]

~ Louis Jolyon West

L’idée d’utiliser les drogues à des fins de contrôle semble être ancienne. Le professeur italien Piero Camporesi écrit dans son essai sur l’Italie médiévale Le pain sauvage:

Des pains frelatés avaient été mis en circulation par les untori de la Santé Publique: des attaques criminelles orchestrées par les « juges provisoires » qui étaient censés superviser le bon approvisionnement des marchés publics.

Le 21, un dimanche, et comme le lundi approchait, Maître [blanc dans le manuscrit] Forni, Juge des provisions de la place de Modène, était arrêté en même temps que les boulangers, pour avoir mélangé quarante sacs de feuilles de laurier à la farine de blé destinée au pain distribué sur la place publique. Durant deux jours, de nombreuses personnes ont été tellement malades qu’elles en sont devenues folles, et durant ce temps elles ne pouvaient plus ni travailler ni aider leurs familles, ce qui a aggravé la misère générale.[12]

Camporesi poursuit:

On se fourvoierait en supposant qu’il a fallu attendre l’arrivée du capitalisme du dix-huitième siècle, ou même de l’impérialisme, pour assister à la naissance du problème de la distribution aux masses des dérivés de l’opium (d’abord la morphine, puis, de nos jours, l’héroïne), utilisés pour atténuer la frénésie des masses et pour les ramener – par le moyen des rêves – à la « raison » désirée par les groupes au pouvoir. La guerre de l’opium en Chine, les Black Panthers « brisés » par les drogues, et la « vague » des mouvements estudiantins américains et européens (en admettant que les drogues hallucinogènes aient joué un rôle dans ces mouvements, comme certains le croient), sont les exemples les plus fréquemment cités – sans que nous sachions avec quel degré de pertinence – pour démontrer que le capitalisme « avancé » et l’impérialisme se sont servis de mécanismes permettant d’induire une forme de rêve collectif et d’affaiblir la volonté de changement grâce à des « trips » visionnaires, ce qui leur permettait d’imposer leur volonté.

La période pré-industrielle utilisait elle aussi des méthodes alliant la stratégie politique à la science médicale, bien qu’elle les appliquait d’une manière plus imprécise, plus fruste et plus « naturelle », que ce soit pour limiter les crampes d’estomac ou pour calmer l’effervescence dans les rues. Nous pouvons certainement nous moquer d’interventions si primitives qu’elles pourraient nous apparaître presque surréalistes ou improvisées; mais nous ne devrions pas oublier que le « traitement de l’homme pauvre », dont on s’occupait avec des sédatifs et des drogues hallucinogènes, correspondait à un plan médico-politique préétabli.[13]

~ Piero Camporesi

The Grateful Dead joua un rôle central dans la contre-culture américaine centrée sur la drogue; ce groupe de rock distribuait en effet du LSD aux personnes qui assistaient à leurs concerts dans les années 60. Là, leurs auditeurs étaient incités à « tune in, turn on, drop out » [ndt: plus ou moins littéralement: allume-toi, branche-toi, laisse-toi aller], une expression qui poussait les consommateurs d’acide à abandonner le monde moderne et à rejoindre ce que McKenna a par la suite appelé le « renouveau archaïque ».

Voici un enregistrement du dr. Timothy Leary qui décrit concrètement la culture rétrograde à laquelle participeront ceux qui ont « laissé tomber »: http://www.youtube.com/watch?v=lKi4zoJPfFs. Au cours de cette conversation, Leary, Alan Watts, Alan Ginsberg, Gary Snyder et Allen Cohen décrivent comment ceux qui auront « tune in, turn on, drop out » abandonneront le monde moderne pour retourner à l’état de paysan.

Il est important de noter que Marshal McLuhan, l’expert en marketing et en relations publiques qui a eu une forte influence sur Leary puis McKenna, est en réalité celui qui a créé l’expression « tune in, turn on, drop out »:

Lors d’une interview donnée en 1988 à Neil Strauss, Leary a déclaré que ce slogan « lui avait été donné » par Marshall McLuhan au cours d’un déjeuner à New York City. Leary a ajouté que McLuhan « était très intéressé par les idées et par le marketing, et il s’est mis à chanter quelque chose qui ressemblait à « Les psychédéliques c’est trop bon / Cinq cents microgrammes, ça fait beaucoup » sur l’air d’une publicité pour Pepsi. Puis il s’est mis à dire « Tune in, turn on, drop out ».[14]

Il est aussi intéressant de noter que deux individus qui ont été associés au Grateful Dead ont par ailleurs été des employés du programme MK-ULTRA de la CIA: le membre du groupe et compositeur Robert Hunter [15], et l’écrivain Ken Kesey [16], dont les « Merry Pranksters » [ndt: les « joyeux farceurs »] étaient souvent présents aux concerts du Grateful Dead pour promouvoir l’usage du LSD auprès des « Deadheads ». La nouvelle de Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou, faisait la promotion du renouveau archaïque en finissant avec un indien héroïque qui fuit la tyrannie moderne pour revenir à une culture primitive. De plus, John Perry Barlow, qui composait des chansons pour le Grateful Dead, a admis dans une interview accordée à Forbes en 2002, intitulée ironiquement « Why Spy? » [ndt: pourquoi un espion?], qu’il avait passé quelques temps au quartier général de la CIA à Langley.[17]

De nombreuses opérations du MK-ULTRA se déroulaient près d’Haight-Ashbury, le district de San Francisco où le LSD était devenu un produit de consommation courante. Des dossiers déclassifiés montrent qu’il y avait au moins trois « maisons sécurisées » de la CIA dans la région de la Baie de San Francisco, et que des « expériences » - l’injection de LSD à des citoyens non consentants – s’y déroulaient. Ce sous-projet de MK-ULTRA avait pour nom de code « Operation Midnight Climax ». La principale maison sécurisée de l’opération Midnight Climax, qui était active de 1955 à 1965, était située au 225 Chestnut sur la Telegraph Hill.

Alors que le rôle étrange joué par le programme MK-ULTRA dans le déclenchement du mouvement psychédélique est bien connu, son implication dans ce qui allait constituer un autre aspect de la descente de l’Amérique dans le néo-féodalisme intellectuel l’est beaucoup moins. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le programme MK-ULTRA était aussi impliqué dans l’avènement du mouvement quasi-religieux du « New Age », mouvement qui a dégradé les capacités de raisonnement de ceux qui succombaient à ses enseignements. L’un des éléments fondateurs de ce mouvement, qui promeut le « channeling » entre autres éléments fictifs, fut le livre Un cours en miracles, rédigé par deux employés du programme MK-ULTRA: William Thetford et Helen Schucman.[18] Dans cet ouvrage, le lecteur est prié de croire qu’Helen Schucman, une scientifique juive engagée par la CIA pour étudier le contrôle de l’esprit, a été choisie par Jésus-Christ pour transmettre ses idées du moment à l’humanité.

Pendant que The Grateful Dead faisait la promotion du LSD à San Francisco, une autre scène musicale de la contre-culture, qui avait de nombreux liens avec le renseignement militaire, se mit à promouvoir l’usage de la drogue auprès des jeunes gens qui fréquentaient les clubs du Sunset Strip de Los Angeles. Les scènes musicales de la contre-culture de Los Angeles et San Francisco faisaient partie d’un ensemble qui incluait également la Grande-Bretagne et New York. Les médias donnèrent une exposition quasiment illimitée à cette culture musicale de la drogue, dont le zénith fut atteint à l’occasion de la couverture du festival musical de Woodstock par le magazine Life. Bien que Life ait présenté Woodstock comme trois jours d’ « Amour et de Compréhension », il s’agissait en fait d’un événement culturel avilissant – un véritable renouveau archaïque – où des adolescents drogués jusqu’aux yeux forniquaient dans la boue, pendant que leurs idoles musicales fournissaient un fond sonore engageant.

De nombreux événements ayant amené à la contre-culture et à Woodstock ont été présentés comme étant de simples accidents de l’histoire. On peut citer la suite d’événements qui ont amené à la publication par le magazine Life des expériences vécues par Gordon Wasson suite à sa prise de champignons psilocybes. Irvin a cependant démontré, dans son article Gordon Wasson: The Man, the Legend, the Myth, qu’il y avait beaucoup trop de contradictions dans le récit des événements pour que Wasson ait réellement eu une « rencontre fortuite » avec les rédacteurs de Life, rencontre qui aurait été à l’origine de la publication de l’article [19]:

Le supérieur direct de Wasson à J.P. Morgan était Henry P. Davison, Jr. Davison était un des associés principaux de la banque, et était généralement considéré comme l'émissaire personnel de Morgan.[20] Il s'avère qu'Henry P. Davison a en grande partie créé (ou au moins financé) le magazine Time-Life pour le compte de J.P. Morgan en 1923. À la suite d'une dispute avec Henry Luce, ce dernier ayant publié dans Life un article contre la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne, Davison « devint l'investisseur principal du magazine Time, ainsi qu'un directeur de la compagnie ».[21]

Un autre associé de J.P. Morgan, Dwight Morrow, participa lui aussi au financement initial de Time-Life.

Davison maintint Henry Luce à la tête de la compagnie en tant que président, Luce et lui étant tous deux membres de la société secrète Skull and Bones de Yale, ayant été initiés en 1920. En 1946, Davison et Luce nommèrent C.D. Jackson, l'ancien chef du département de guerre psychologique de l'armée américaine, au poste de vice-président de Time-Life. Il me semble que toute cette opération autour de Time-Life se résumait purement et simplement à diffuser de la propagande auprès de la population américaine, au profit de la communauté du renseignement, de J.P. Morgan et de l'oligarchie.[...]

Un autre membre du Skull and Bones, Britton Hadden, collabora avec Davison, Luce et Morrow à mettre en place l'organisation de Time-Life.

Hadden fut lui aussi initié au Skull and Bones en 1920. La liste des Bonesmen directement liés à Wasson et sa clique est étourdissante. Elle inclut des gens comme Averell Harriman, initié en 1913, qui travailla avec Wasson au CFR,[22] dont il fut un des directeurs.[23] […]

Des documents révèlent également que Luce était membre du Century Club, un « club artistique » très sélect dans lequel Wasson s'est beaucoup impliqué, et dans lequel il est possible qu'il ait eu quelque responsabilité, et qui était rempli de membres de la communauté du renseignement et du milieu bancaire. Des membres tels que George Kennan, Walter Lippmann et Frank Altschul semblent avoir été introduits au Century Club par Wasson en personne.[24] Graham Harvey écrit dans Shamanism que Luce et Wasson étaient amis, et voici comment il put publier dans Life: banquier d'affaires new-yorkais, Wasson était très proche des huiles de l'establishment.

Il était donc naturel qu'il se tournât vers son ami Henry Luce, l'éditeur de Life, quand il eut besoin d'un relais médiatique pour y annoncer ses découvertes.[25]

~ Graham Harvey

Voici toutefois la version mythique la plus communément admise de l'histoire qui nous a été servie – telle que racontée par le magazine Time en 2007:

Le trip sous champignon de Wasson et de son pote s'est peut-être perdu dans les limbes de l'histoire, mais il a été si émerveillé par cette expérience qu'il n'arrêtait pas d'en parler à ses amis lors de son retour à New York. Comme le rappelle Jay Stevens dans le livre Storming Heaven: LSD and the American Dream paru en 1987, un éditeur de Time Inc. (la maison-mère de TIME), a entendu par inadvertance le récit fait par Wasson sur cette aventure lors d'un dîner au Century Club. L'éditeur a alors commandé un récit à la première personne pour Life. [...]

Et comme cet article a été rédigé après la période Luce-Jackson, l'auteur était un peu plus naïf en ce qui concerne les connexions entre Wasson, Luce, J.P. Morgan et la révolution psychédélique:

À la suite de la parution de l'article de Wasson, de nombreuses personnes se mirent à chercher des champignons, ainsi que l'autre grand hallucinogène du moment, le LSD (en 1958, Henry Luce, le cofondateur de Time, Inc. et sa femme Clare Booth Luce prirent de l'acide avec un psychiatre. Henry Luce dirigea une symphonie imaginaire pendant son trip, d'après Storming Heaven). La personne la plus importante à avoir découvert les drogues suite à l'article de Life fut Timothy Leary en personne. Leary n'avait jamais pris de drogue, mais un ami lui avait recommandé l'article, et Leary finit par partir au Mexique pour prendre des champignons. Quelques années plus tard, il lançait sa croisade pour que l'Amérique « turn on, tune in, drop out » [ndt: plus ou moins littéralement: allume-toi, branche-toi, laisse-toi aller]. En d'autres termes, on peut tracer une ligne un peu tordue mais bien réelle partant des tranquilles bureaux de J.P. Morgan et Time Inc. dans les années 50, en passant par Haight-Ashbury dans les années 60, jusqu'aux innombrables centres de réhabilitation pour drogués des années 70. Un trip vraiment long et étrange.[26]

Dans The Sacred Mushroom Seeker, Allan Richardson nous donne une troisième version de cette histoire:

« Peu de temps avant, ou après, notre retour de notre expédition de 1956, Gordon et moi dînions ensemble au Century Club à New York. Il remarqua Ed Thompson, le rédacteur en chef du magazine Life, assis seul à sa table, et lui proposa de se joindre à nous. Nous évoquâmes l'article que Gordon était en train de préparer, pour rendre public ce qu'il avait découvert au Mexique. Thompson nous dit que Life pourrait être intéressé par sa publication, et nous invita pour en faire une présentation dans ses bureaux. »

~ Allan Richardson

Comme nous l'avons noté précédemment, ces récits ne mentionnent aucunement le compte-rendu de Valentina dans le magazine This Week, qui, coïncidence, fut publié la même semaine (le 12 mai 1957) et lu par 12 millions d'abonnés. Autre coïncidence, This Week était publié par Joseph P. Knapp, qui fut directeur au Guarantee Trust de Morgan, où Wasson commença à travailler pour Morgan en 1928.

À la lumière de ces éléments, l'idée que Wasson ait publié son article paru dans Life en mai 1957, « Seeking the Magic Mushroom », suite à une « rencontre fortuite avec un éditeur » semble totalement ridicule. En fait, on peut trouver une citation d'Abbie Hoffman déclarant que Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary (qui a entendu parler des champignons pour la première fois avec l'article de Wasson dans Life). La propre femme de Luce, Clare Boothe Luce, qui était, il est intéressant de le noter, elle aussi une membre du CFR, l'admet:

J'ai toujours maintenu qu'Henry Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary. Plusieurs années plus tard, je rencontrai Clare Boothe Luce à la convention républicaine à Miami. Elle ne contredit pas cette opinion. La version américaine de la femme-dragon caressa mon bras, plissa ses yeux et roucoula: « Nous ne voudrions pas que tout le monde fasse trop de bonnes choses ».[27]

~ Abbie Hoffman

Lorsqu’on compare la culture de Woodstock et celle de la scène musicale fondée sur la drogue des années 60, avec celle de l’Amérique du début du siècle, de nombreuses différences apparaissent immédiatement, en particulier:

1. Des images à caractère sexuel dans les médias (pornographie)

2. Une manière de danser désinhibée

3. Des idoles musicales

4. Le féminisme

5. L’intégration raciale

6. L’usage des drogues psychédéliques

La culture évolue lentement, et de nombreux facteurs expliquent ce phénomène. Et bien que la contre-culture fondée sur la drogue qui a émergé en Amérique au cours des années 60 trouve certainement son origine parmi certains faits très anciens, la plupart des événements qui l’ont amenée à voir le jour peuvent être ramenés à deux personnages, aussi incroyable que cela puisse paraître: Gordon Wasson et Edward Bernays, le père de la propagande. Lorsqu’on considère le passé de Bernays et ses orientations politiques, le moins qu’on puisse dire est que son rôle dans l’avènement de la culture de la drogue est extrêmement suspect.

Bernays a écrit ce que l’on pourrait considérer comme un ordre de mission pour quiconque souhaiterait mettre en place une contre-culture. Voici ce qu’il écrivait dans le premier paragraphe de son livre Propaganda:

La manipulation consciente et intelligente des opinions et habitudes organisées des masses joue un rôle important dans la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement notre pays.[...] Nous sommes gouvernés, nos esprits sont modelés, nos goûts influencés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n'avons jamais entendu parler. C'est là une conséquence logique de l'organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d'une société au fonctionnement harmonieux.[...] Dans notre vie quotidienne, qu'il s'agisse de la politique ou des affaires, dans notre comportement social ou nos valeurs morales, nous sommes dominés par un petit nombre de personnes [...] capables de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont ces personnes qui tirent les ficelles qui contrôlent l'esprit des masses.[28]

Ses origines familiales faisaient de lui un candidat idéal pour « contrôler l’esprit des masses ». Il était en effet doublement le neveu de Sigmund Freud, le pionnier juif de la psychanalyse. Sa mère Anna était la sœur de Freud, tandis que son père Ely Bernays était le frère de Martha Bernays, l’épouse de Freud.

Lorsqu’on considère son influence sur son neveu, il convient de garder à l’esprit que, bien Freud soit avant tout célèbre pour ses théories sur la psycho-analyse individuelle, le groupe l’entourant et lui ont développé les premières théories sur la meilleure façon de « tirer les ficelles qui contrôlent l'esprit des masses ». Parmi les membres les plus influents du mouvement psycho-analytique freudien en Angleterre, dont la plupart étaient associés avec l’institut Tavistock, on trouve Gustave Le Bon, le créateur du terme « psychologie des foules » [29]; Wilfred Trotter, qui a promu des idées similaires dans son ouvrage Instincts of the Herd in War and Peace [30]; et Ernest Jones, qui a développé le domaine de la dynamique de groupe.[31] Bernays se réfère à tous ces théoriciens du contrôle des masses dans ses écrits.   

Les foules sont un peu comme le sphinx de la fable antique : il faut savoir résoudre les problèmes que leur psychologie nous pose, ou se résigner à être dévoré par elles.[32]

~ Gustave Le Bon

Freud a souvent mis en avant les effets positifs de la sublimation. En d’autres termes, les individus doivent, pour maintenir la civilisation, sublimer de nombreuses pulsions sexuelles et violentes. Freud citait par exemple le besoin masculin de sublimer ce qu’il appelait le complexe d’Oedipe, qu’il décrivait comme le désir inné qu’ont les jeunes hommes de tuer leur père dans le but d’avoir des rapports sexuels avec leur mère.

Bernays connaissait certainement les théories de Freud concernant la nécessité de la sublimation pour atteindre à la civilisation, étant donné qu’il a constamment promu les travaux de son oncle. Partant de là, le fait que Bernays ait contribué à la mise en place de tant d’éléments qui ont amené la contre-culture fondée sur la drogue et la musique dans les années 60 requiert une explication.

Il semble à première vue que Bernays a utilisé les connaissances de son oncle pour détruire la structure de la civilisation américaine. Pour comprendre ceci, il convient d’admettre qu’aucun des éléments propres à la contre-culture des années 60 cités ci-dessus n’aurait pu advenir sans que certains événements n’aient au préalable modifié la culture américaine. Ce constat va de soi, puisque quiconque ayant un comportement de « Deadhead » en 1920 aurait immédiatement été arrêté. Tous les aspects de la contre-culture ont été précédés par des événements qui ont amené des changements culturels subtils, ce qui a permis de les rendre acceptables aux yeux du public. Et Edward Bernays était à l’origine de ces changements culturels.

 

1. Des images à caractère sexuel dans les médias

En 1913, Bernays fut engagé pour protéger un spectacle qui faisait la promotion de l’éducation sexuelle contre d’éventuelles actions policières. Suivant son modus operandi habituel, Bernays a monté un groupe de façade nommé « Medical Review of Reviews Sociological Fund » (qui avait pour but déclaré de lutter contre les maladies vénériennes) dans le but de soutenir le spectacle et d’intimider les critiques. La critique du New York Times sur le spectacle s’extasiera: « Il est sexe heures en Amérique ».

 

2. Une manière de danser désinhibée

Bernays a produit les spectacles de Vaslav Nijinsky, qui mimait la masturbation sur scène, ce qui causa l’indignation générale et même quelques émeutes. « Tout le pays parlait du ballet », écrivit Bernays. « Le ballet a libéré la danse américaine et, par voie de conséquence, l’esprit américain. Il a favorisé un état d’esprit plus tolérant envers la sexualité; il a changé la musique ainsi que nos goûts musicaux... Les scénarios du ballet ont rendu l’art moderne plus acceptable; la couleur a pris une nouvelle importance. Il s’agissait d’un tournant dans la perception de l’art aux États-Unis. »

Un exemple qui montre comment les éléments introduits par Bernays ont fini par porter leurs fruits dans la contre-culture est Jim Morrison des Doors (le nom du groupe, The Doors, est tiré du livre d’Aldous Huxley The Doors of Perception [ndt: Les portes de la perception]). Tout comme Nijinsky avant lui, Morrison a mimé un acte de masturbation sur scène, mais il l’a fait devant un public bien plus important. Pour avilir un peu plus son auditoire, Morrison a chanté l’histoire d’un jeune homme dont les actes s’accordent avec le complexe d’Oedipe dans « The End », une ode à l’apocalypse d’une culture où « tous les enfants sont fous »:

Le tueur s’éveilla avant l’aube, il mit ses bottes

Il prit un visage dans l’ancienne galerie

Et il continua à marcher dans la salle

Il entra dans la chambre où vivait sa sœur, et... alors il

Rendit visite à son frère, et alors il

Il continua à marcher dans la salle, et

Et il arriva devant une porte... et il regarda à l’intérieur

Père, oui mon fils, je veux te tuer

Mère... je veux te... WAAAAAA

Pendant que Morrison chantait les actions d’un jeune homme souffrant du complexe d’Oedipe, une autre activité culturelle avilissante avait lieu sous ses yeux. La danse désinhibée des « freaks » [ndt: les cinglés], qui avait fait son apparition dans les clubs musicaux du Sunset Strip en même temps que le LSD, était devenu un élément de la promotion de l’usage de la drogue au sein de la contre-culture. Le freak dancing, comme on l’appelait alors, avait été créé et mis en avant grâce aux efforts de Vito Paulekas. Remarquez comme Paulekas, dans le vidéo clip ci-dessous, bien qu’il semble rejeter le LSD, donne en fait toute une série de raisons pour en consommer. À la fin de la vidéo, sa femme Szou, qui semble être une victime de contrôle mental, cite la croyance de Vito selon laquelle les gens apprennent des plus jeunes, et nous explique comment elle-même a appris de son enfant, ce qui constitue un mode d’apprentissage destructeur d’un point de vue culturel. De plus, elle prétend que le LSD est un « complot militaire ». On se demande où une personne qui semble mentalement déficiente a bien pu trouver une idée pareille.

« Le LSD est un complot militaire »: https://www.youtube.com/watch?v=kgs_Uq4S0wM

Les gens qui se défoncent avec ce genre de trucs ne font rien de leurs vies. Partout où on va, on voit les médias qui insistent lourdement en disant « Wow, regardez les couleurs, regardez les lumières, regardez les stroboscopes qui clignotent! Il doit vraiment y avoir moyen de triper avec ce genre de trucs ». Il y a beaucoup de choses de ce genre qui insistent pour qu’on soit au courant de tout ça, qu’on y soit sensible. Et beaucoup de jeunes y sont sensibles, et ça pique leur curiosité. Ils disent alors « Qu’est-ce qu’il y a de mauvais là-dedans? », et moi je réponds « Mec, tout est mauvais là-dedans ». [...] « Je vais juste me défoncer et je vais rester défoncé, et rien ne pourra m’atteindre ».

~ Vito Paulekas

Le vidéo clip suivant sur les freak dancers de Vito montre que leur manière de danser à clairement poussé les gens à consommer du LSD, un fait qu’il ne pouvait ignorer.

Les freak dancers de Vito: https://www.youtube.com/watch?v=fVIO5k6U46o

Vito a fait en sorte que sa troupe de danseurs « freaks » participent aux spectacles donnés par les groupes de rock débutants du Laurel Canyon qui faisaient la promotion du LSD, dans le but de les rendre aussi populaires que les Beatles.

Vito avait dépassé la cinquantaine, mais il baisait des déesses dans tous les sens... Il donnait des cours de sculpture en argile sur Laurel Avenue, où il apprenait la sculpture à de riches douairières. Et c’était aussi la salle de répétition des Byrds. Puis Jim Dickson a eu l’idée de les mettre au Ciro, en se disant que tous les freaks se ramèneraient, et que les Byrds seraient leurs Beatles.

~ Kim Fowley

 

       3. Des idoles musicales

Bernays a écrit que: « Les êtres humains ont besoin de divinités symboliques, et les conseillers en relations publiques doivent contribuer à leur création. »[33] Bernays considérait que la création d’idoles était vitale pour le salut de la société: « Il n’y a pas d’entités célestes qui veillent sur nous. Nous devons veiller sur nous-mêmes, et c’est ici que les conseillers en relations publiques peuvent montrer leur efficacité, en faisant en sorte que le public croit que des dieux humains veillent sur nous et nos intérêts. » Ces dieux humains, créés par d’habiles campagnes de relations publiques, maintiendront l’ordre en donnant à leurs adeptes des raisons de vivre et des buts à accomplir.

Bernays a monté de toutes pièces l’adoration du public envers Enrico Caruso, qui est souvent qualifié de première pop-star américaine: « L’immense majorité des gens qui ont eu des réactions si spontanées envers Caruso ne l’avaient jamais vu auparavant ». « La capacité du public à créer ses propres héros à partir d’impressions fugaces et de sa propre imagination, et d’en faire des quasi-divinités incarnées, m’a toujours fasciné. Bien entendu, je savais que les anciens grecs ainsi que d’autres civilisations antiques le faisaient déjà auparavant. Mais ce processus se déroulait à présent sous mes yeux, dans l’Amérique contemporaine ».[34]

Dans l’interview qu’il donna au magazine Playboy en 1980, John Lennon prétendit lui aussi que le LSD était une création de l’armée et de la CIA, bien que ceci ne l’ait pas empêché d’en encourager la consommation:

Nous devons toujours nous souvenir de remercier la CIA et l’armée pour le LSD. C’est ce que les gens oublient. Tout est l’opposé de ce que c’est vraiment, pas vrai Harry? Alors sers-toi un verre et détends-toi. Ils ont inventé le LSD pour nous contrôler, mais en fait ils nous ont donné la liberté.

Lorsqu’on sait que la CIA a financé le voyage de Gordon Wasson au Mexique, les commentaires de Lennon amènent à s’interroger sur la façon dont il a pu comprendre que la CIA avait popularisé le LSD, et soulèvent des questions supplémentaires au sujet de son assassinat.

Les recherches de David McGowan ont montré que les liens entre le renseignement militaire et les stars de la musique qui ont fait la promotion de la consommation de drogue auprès de la jeunesse américaine étaient trop nombreux pour n’être que de simples coïncidences. Parmi les nombreux exemples cités, Frank Zappa était le fils d’un spécialiste de la guerre chimique. Le père de Jim Morrison était l’amiral Morrison, le même amiral Morrison qui supervisait l’incident sous faux drapeau du Golfe du Tonkin qui a déclenché la guerre du Vietnam, une guerre génocidaire menée contre le peuple vietnamien qui a également coûté la vie à des dizaines de milliers de jeunes américains. D’autres idoles du rock avaient des liens directs avec l’armée, comme The Byrds, Buffalo Springfield, The Mamas and the Papas, The Grateful Dead et The Police.

Le père de Stewart Copeland, membre du groupe The Police, fut le fondateur de l’Office of Strategic Service (OSS), le précurseur de la CIA, avant de participer à la création de la CIA. Ian Copeland, le frère de Stewart, fut l’initiateur du mouvement musical « New Wave », en devenant le promoteur de groupes comme The Police, mais aussi Squeeze, B-52’s, The Cure, Simple Minds, The English Beat et The Go-Go’s. David McGowan a également souligné que Ian Copeland a délibérément associé le pouvoir gouvernemental avec la contre-culture musicale via les noms qu’il donnait à ses organisations: « I.R.S. Records » [ndt: l’I.R.S. est le fisc américain], le groupe « The Police » et son agence de recherches de talents « F.B.I. ».[35]

Nous soulignons qu’il ne s’agit là qu’un d’un petit échantillon des recherches de David McGowan, et nous espérons que nos lecteurs étudierons ses travaux.

De nombreux chefs de files et chercheurs du mouvement psychédélique sont devenus les chouchous des médias: Gordon Wasson, Terence McKenna et Timothy Leary sont littéralement devenus des gourous ou des dieux. On notera que deux professeurs, le premier ayant enseigné à Harvard et souhaitant demeurer anonyme, et le prof. Bart Dean qui y a suivi des cours, ont informé Irvin qu’Harvard abrite, en plus de la bibliothèque Wasson, une chapelle dédiée au culte de Wasson.

Le hasard, toujours facétieux, a voulu qu’alors que cet article était en cours d’écriture, un nouveau livre de ce genre venait d’être publié: Albert Hofmann: LSD and the Divine Scientist.

Tout comme d’autres figures du mouvement psychédélique, Albert Hofmann est qualifié de « divin », bien qu’il soit désormais prouvé qu’il s’agissait à la fois d’un agent des services de renseignement français et de la CIA. Hofmann a aidé la centrale américaine à administrer du LSD à la population du village de Pont-Saint-Esprit. Il en a résulté la mort de cinq personnes, et Hofmann a participé à l’étouffement de ce crime. Cette affaire de Pont-Saint-Esprit a conduit au fameux meurtre de Frank Olson par la CIA, ce dernier ayant menacé de porter ce scandale sur la place publique. La publicité faite autour du meurtre d’Olson et son implication dans le programme MK-ULTRA ont provoqué un tollé général qui a entraîné la création de la commission Church.[36]

Et bien que cela puisse sembler incroyable, un article du chercheur anglais Alan Piper paru en juillet 2013 dans Time and Mind montre que le LSD était connu des années avant sa « découverte » par Albert Hofmann le 16 novembre 1938 (Hofmann prétend ne pas avoir eu connaissance des propriétés du LSD avant le 16 avril 1943). Piper souligne qu’en 1933, l’auteur israélite Leo Perutz a écrit la nouvelle La neige de Saint Pierre, dans laquelle une nouvelle drogue dérivée d’un champignon poussant sur le blé est testée secrètement puis est utilisée pour provoquer le retour de croyances religieuses, ainsi que le retour d’un empereur romain, tandis qu’un prêtre avertit qu’il s’agit en fait d’une variante du culte de Moloch. En lieu et place du retour aux croyances chrétiennes, le livre s’achève sur une révolution de type communiste. La relation entre les drogues psychédéliques et les tendances communistes ou socialistes revient fréquemment, et mérite d’être soulignée. Pour Piper, l’analogie entre la drogue psychédélique de Perutz et le LSD est un mystère insoluble, mais il fournit des éléments de contexte historique et culturel en ce qui concerne la rédaction du roman et l’étude scientifique de l’ergot. En considérant les preuves démontrant que le mouvement psychédélique fait partie d’un plan s’étalant sur plusieurs générations, les auteurs soutiennent que le livre de Perutz indique clairement une connaissance de ce plan. Il est amusant que Perutz ait choisi pour titre La neige de Saint Pierre à partir de la citation suivante, page 93 du roman, où il est dit que « dans les Alpes, on l’appelait la neige de Saint Pierre »; bien sûr, les Alpes sont avant tout situées en Suisse, où Hofmann aurait inventé la drogue:

Quelques mois plus tard, je pris connaissance du témoignage incomparablement plus important de Denys l’Aréopagite, un néo-platonicien chrétien du IVème siècle, qui déclare dans l’un de ses écrits qu’il a imposé un jeûne de deux jours aux membres de sa communauté, qui désiraient ressentir la véritable présence de Dieu, et qu’il leur a alors donné « du pain préparé avec de la farine sacrée ».[...]

J’ai eu connaissance d’une ancienne chanson rurale romaine, dans laquelle les prêtres invoquaient solennellement Marmar ou Mavor, qui à l’époque n’était pas encore un dieu de la guerre assoiffé de sang, mais un protecteur des champs pacifique. Voici ce qu’elle disait: « Que ta gelée blanche recouvre les cultures, afin que tous reconnaissent ta puissance ». Comme tous les prêtres, les prêtres des campagnes romaines connaissaient le secret de la drogue hallucinogène qui induit un état extatique au cours duquel les gens « peuvent voir » et « reconnaître la puissance de dieu ». La gelée blanche n’était pas une variété de blé, mais une maladie du blé, un champignon qui parasitait le blé et se nourrissait de sa substance.[...]

« Il existe de nombreux champignons parasites », poursuivit le baron, « les ascomycètes, les phycomycètes, et les basidiomycètes. Dans son Synopsis Fungorum, Bargin décrit plus d’une centaine de variétés, et son œuvre est aujourd’hui considérée comme obsolète. Mais parmi la centaine que j’ai identifiées, la seule variété qui produit des effets extatiques lorsqu’elle est introduite dans la nourriture humaine, et qui est donc ingérée par l’organisme humain [...]. Il existe – ou existait – une maladie du blé qui a souvent été décrite au cours des siècles, et qui portait un nom différent suivant les endroits où elle apparaissait. Elle était connue en Espagne sous le nom de natte de Marie-Madeleine et en Alsace sous celui de rosée de l’âme pauvre. Elle est appelée graine de miséricorde dans le Livre de médecine d’Adam de Crémone, et la neige de Saint Pierre dans les Alpes. » [37]

Le livre enchaîne sur un thème identique à celui traité dans cet article, avec les deux personnages principaux qui débattent sur la question de savoir s’il doivent tester la drogue sur eux-mêmes:

Je n’avais pas tout de suite réalisé qu’elle parlait du baron. « J’ai eu une altercation avec lui », a-t-elle poursuivi. « Une altercation très sérieuse. Avec qui? Avec le baron, bien entendu, à propos de l’hallucinogène. Il soutenait que tous deux, lui et moi, ne devions pas en prendre, mais je n’étais pas d’accord. Nous sommes les meneurs, me dit-il, nous devons garder l’esprit clair, ne pas nous laisser entraîner par nos passions, et rester au-dessus de la mêlée. Notre rôle est de diriger, et non pas de nous laisser porter par les événements. Voilà l’objet de notre dispute. Je lui répondis qu’être au-dessus signifie être en-dehors, et qu’en tant que chef il se devait de penser et de ressentir ce que la foule pense et ressent. »[...][38]

Nous découvrons par la suite que la femme qui a créé et testé la drogue, Bibiche, est la meneuse de la rébellion communiste.

 

4. Le féminisme

Dans les années 20, alors qu’il travaillait pour l’American Tobacco Company, Bernays envoya un groupe composé de jeunes mannequins participer à la parade de New York. Il annonça alors qu’un groupe de « manifestants pour les droits des femmes » allumerait des « torches de la liberté ». À son signal, les mannequins allumèrent des cigarettes Lucky Strike devant un groupe de photographes. Le New York Times du 1er avril 1929 écrivit: « Un groupe de jeunes filles allument des cigarettes pour affirmer leur “liberté” ».

L’étude des origines du féminisme est un sujet important. Une chercheuse canadienne quasiment inconnue, Karen, qui s’est donné le pseudonyme « Girl Writes What », a passé les dernières années à enquêter sur les origines et l’histoire du féminisme, et a découvert que, tout comme pour le mouvement psychédélique, la plupart des assertions concernant sa création étaient mensongères.[39]

5. L’intégration raciale

En 1920, Bernays a organisé la première convention de la NAACP [ndt: National Association for the Advancement of Colored People, une association pour les droits des afro-américains] à Atlanta. Sa campagne a été considérée comme étant un succès pour la seule raison qu’il n’y avait pas eu de violences à la convention. Bernays a concentré sa campagne sur les apports des afro-américains aux blancs vivant dans le Sud. Il a par la suite reçu un prix de la NAACP pour sa contribution. Au cours de cette décennie, il a aussi été chargé de mener les campagnes publicitaires de la NAACP.

Bien qu’il s’agisse clairement d’une question sensible, il faut se souvenir qu’au début du XXème siècle le rock and roll était quasi-exclusivement une musique afro-américaine. Si Bernays pensait que cette musique pouvait aider à briser les entraves à la sexualité, alors l’intégration raciale pouvait être utile. De plus, étant donné qu’ils venaient tout juste de quitter leur condition d’esclaves, la culture des afro-américains du XIXème siècle était bien plus proche du renouveau archaïque souhaité par les promoteurs de la contre-culture que celle de l’Amérique blanche. Ainsi, la promotion de l’intégration raciale par Bernays était probablement une tentative pour rabaisser la culture de l’Amérique blanche, plutôt qu’une volonté d’élever celle des afro-américains.

 

6. Les drogues psychédéliques

Bien que Bernays n’ait pas fait ouvertement la promotion du LSD, il a participé à faire de la consommation de tabac un acte socialement accepté, et même désirable comme on l’a vu plus haut, ce qui a préparé le terrain pour la consommation d’autres drogues. De plus, Bernays est l’auteur de la propagande qui a permis à une drogue destructrice d’être acceptée par le public américain avec la campagne de relations publiques qui a trompé le pays en lui faisant croire que la fluoration de l’eau était sans danger et même bénéfique pour la santé. Comme l’a relaté Health Freedom News:

L’acceptation généralisée par les américains, au cours des cinquante dernières années, de la présence de composés fluorés dans l’eau potable ainsi que dans de nombreux produits de consommation courante constitue un cas d’école d’ingénierie sociale, orchestrée par Edward L. Bernays, le neveu de Sigmund Freud et père de la propagande. Cet épisode est édifiant, car il suggère une formidable capacité de certains intérêts puissants à modifier l’environnement social, et à pousser les individus imprudents à penser et à agir de telle sorte qu’ils en viennent à se faire du mal à eux-mêmes ainsi qu’à leurs proches.[...]

En fait, le fluorure de sodium est un poison dangereux qui a été utilisé comme agent actif dans de nombreux insecticides et fongicides. La substance toxique s’accumule dans le corps des mammifères, a été identifiée comme causant des déficiences intellectuelles chez les enfants, et augmente le risque de fractures et d’ostéosarcomes.[...]

Dans les années 30, Edward Bernays fut le conseiller en relations publiques de l’Aluminium Company of America (Alcoa). Le principal avocat d’Alcoa, Oscar Ewing, devint le chef de la Federal Security Agency de 1947 à 1952, sous l’administration Truman. Le Public Health Service était alors sous son autorité, et c’est ainsi qu’en 1950 Ewing a autorisé la fluoration de l’eau à travers tout le pays, et qu’il s’offrit les services de Bernays pour faire la promotion de la fluoration de l’eau auprès du public.

Bernays se rappelle de la campagne en faveur de la fluoration dans laquelle il a été impliqué comme n’étant qu’une mission parmi d’autres. « Le magicien des relations publiques s’était spécialisé dans la promotion auprès du public d’idées et de produits, en soulignant un bénéfice supposé pour la santé. »[...]

Cette approche pour orienter l’opinion publique a donné lieu à des échanges entre le City’s Health Department et les présidents des chaînes de télévision NBC et CBS, l’administration les informant que « débattre de la question de la fluoration reviendrait à organiser un débat entre un anti-catholique et un anti-sémite, et n’est donc pas dans l’intérêt général. » Une autre méthode consistait à faire de la fluoration un terme d’utilisation courante, et recouvert d’un vernis scientifique. Il a recommandé à ses clients d’envoyer des lettres aux rédacteurs en chef des principales publications, dans lesquelles seraient détaillés les principaux points concernant la fluoration. Bernays se souvient que: « Nous donnions la définition en premier lieu aux rédacteurs des journaux les plus importants. Puis nous envoyions une lettre aux éditeurs de dictionnaires et d’encyclopédies. Six ou huit mois après, nous pouvions constater que le mot fluoration était publié et défini dans les dictionnaires et les encyclopédies. »

En 1957, le Committee to Protect Our Children’s Teeth [ndt: comité pour protéger les dents de nos enfants] apparut soudainement pour faire l’article en faveur de la fluoration, avec de nombreuses vedettes dans sa listes de membres...[40]

~ James F. Tracy

Mais la connexion la plus directe entre Bernays et le mouvement psychédélique tient au fait qu’il était un ami proche, un conseiller et un promoteur du pré-cité Gordon Wasson, le soi-disant découvreur des champignons hallucinogènes. Bernays a écrit:

Gordon Wasson était un de ces hommes de presse capables, consciemment ou inconsciemment, de mesurer toute l'importance des contacts qu'ils établissent au cours de leur carrière. Ces contacts l'amenaient ici ou là. Alors au département financier du New York Times, il entra en contact avec la maison à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan. Il décida alors d'abandonner le journalisme pour travailler avec la maison [Morgan]. Il a débuté au département des relations publiques. Après le décès de Martin Eagen, il occupa la fonction d'attaché aux relations publiques auprès de J. Pierpont Morgan. Ses collègues le tenaient en très haute estime. Il était intelligent, affable. Son esprit était un mécanisme de haute précision, merveilleusement fonctionnel.[...] Wasson en fit son métier, et il en éprouvait de la satisfaction. Il était très important pour la maison [à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan] de maintenir des contacts avec le reste du monde.

Ce n'est que longtemps après l'avoir rencontré que j'ai découvert une référence à Gordon Wasson dans le livre [du prof. Raymond] Moley The First Seven Years [sic] paru en 1939. Moley a écrit un mémo où il faisait des recommandations pour pourvoir les postes de la Stock Exchange Commission [ndt: la commission des opérations de bourse américaine]. À côté du nom de Gordon Wasson, qu'il recommandait, il écrit: « résident du New Jersey, a géré les actifs à l'étranger de la Guaranty Company, a servi d'agent de liaison entre Wall Street et Landis, Cohen et Corcoran car son amitié avec eux était de notoriété publique. A une connaissance approfondie du marché des titres et de la loi régulant les marchés financiers [ndt: le Stock Exchange Act], ayant participé à son élaboration, très apprécié par les ministères du trésor et du commerce, serait certainement recommandé par le Guaranty and Stock Exchange, et serait donc acceptable pour Wall Street. J’ai vu Wasson à de nombreuses reprises entre 1934 et 1944.[41]

~Edward Bernays

Un exemple de l’influence de Bernays sur Wasson est l’article écrit par ce dernier le 26 septembre 1970 dans le New York Times, dans lequel Wasson prétend avoir eu des remords après avoir appris que des « des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs » se rendaient en masse à Huautla de Jimenez, dans la province mexicaine d’Oaxaca, pour prendre des champignons hallucinogènes:

Huautla, que j'avais connu comme un petit village indien isolé, est devenu la Mecque des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs, de la troupe bigarrée de tous les rebuts de notre société. Les anciennes traditions sont mortes, et j'ai bien peur que ma responsabilité soit lourdement engagée, la mienne et celle de Maria Sabina.[...]

Qu'ai-je fait au juste? J'ai fait une importante découverte culturelle. Aurais-je dû l'ignorer? Cette découverte en a entraîné d'autres, dont la portée reste encore à évaluer. Aurait-il été préférable que ces découvertes n'aient jamais vu le jour, suite à mon refus de révéler les secrets des hallucinogènes des indiens?

Et pourtant, ce que j'ai fait me donne des cauchemars: j'ai libéré un torrent d'exploitation commerciale de la pire espèce sur le charmant village de Huautla. Désormais, les champignons sont exposés et mis en vente sur chaque marché, devant chaque porte du village – partout. Tout le monde offre ses services de « prêtre » du rite, y compris les politiciens.[...] Toute la campagne est en émoi devant les mouvements furtifs des hippies, les allées et venues des « federalistas », et les efforts maladroits des officiels locaux pour les déloger.[42]

~ R. Gordon Wasson

Toutefois, Wasson remarque, dans une lettre découverte à l’Hoover Institute de Stanford, et adressée à Bertram Wolfe:

Le 13 octobre 1970:

Cher monsieur Wolfe,

[...] Vous souvenez-vous de la dernière lettre que vous m'avez envoyée? Je vous demandais à quelle occasion Tolstoï avait dit que la machine à imprimer était un puissant moyen pour disséminer l'ignorance. Cette affaire mazatèque en est un exemple frappant.[43] [c’est nous qui soulignons]

~ R. Gordon Wasson

On peut être à présent certain que Wasson, lorsqu’il prétendait être désolé d’avoir détruit « le charmant village de Huautla » allumait un contre-feu « bernaysien » pour cacher la vérité. Parmi la montagne de documents déclassifiés par la CIA à propos de MK-ULTRA, certains ont été soumis à l’attention d’Irvin par Colin Ross, l’expert sur le programme MK-ULTRA. Ces documents prouvent que le voyage de Wasson au Mexique a été financé par ce programme tristement célèbre. En d’autres termes, les articles relatant ce voyage dans Life et This Week décrivent une opération financée par le sous-projet n°58 du programme MK-ULTRA. Ces documents seront analysés dans un article à paraître, mais ils montrent que Wasson a menti pour cacher ses véritables intentions.

Pour ne pas surcharger l’article, nous ne reproduirons ici que trois des documents de la CIA. D’autres documents donnent des informations sur le coût des équipements pour la photographie et l’enregistrement, J.P. Morgan et la National Philosophical Society apparaissent comme étant des sous-traitants dans une autre note, des lettres de Wasson le montrent réclamant à MK-ULTRA le remboursement de ses frais pour les voyages où il a collecté des champignons hallucinogènes, et on trouve plusieurs d’échanges entre Wasson et Allen Dulles, le directeur de la CIA, au cours des semaines qui précédèrent la publication de l’article de Life – dont une invitation de Dulles à Wasson pour que ce dernier lui rende une visite.

Le 8 février, 1956

À l’attention du dr. [biffé – Sidney Gottlieb ou Charles Geschickter?]

Au cours des derniers mois, j’ai, comme vous en informera le dr. [biffé], eu plusieurs conversations avec lui et le dr. [biffé – James Moore?] du [biffé – fonds Geschickter?] concernant certaines enquêtes pionnières que nous avons [illisible] champignons hallucinatoires utilisés par certaines des [biffé – cultures mexicaines indiennes] les plus reculées, en lien avec leurs pratiques religieuses indigènes.

Je prévois une quatrième expédition dans les montagnes de [biffé – la région d’Oaxaca au Mexique] pour juillet. J’espère que les dépenses occasionnées par cette expédition seront supportées par un [biffé – fonds?] en lien avec les aspects médicaux de cette recherche. En gardant ceci à l’esprit, je me permets de vous demander par la présente une aide financière d’un montant de 2000$ qui servira à collecter les spécimens sur le terrain, à les identifier, à les conserver soit dans de l’alcool soit au sec, et à les envoyer à [biffé – CIA ou Albert Hofmann?].

Pour information, le professeur [biffé – Roger Heim], le principal mycologue [biffé – français] et directeur du [biffé – muséum national d’histoire naturelle], s’est engagé à nous accompagner pour ce voyage. Sa grande expérience de la mycologie en général et de la mycologie tropicale en particulier nous sera particulièrement utile. J’espère que vous nous communiquerez votre décision dans les meilleurs délais, de sorte que nous puissions nous préparer de la façon la plus appropriée. Je pars pour un voyage de deux mois en [biffé – Europe] à la fin du mois de mars, et j’aimerais finaliser tous les détails concernant l’équipement et le personnel requis pour notre expédition avant mon départ pour [biffé – Huautla de Jimenez, Oaxaca, Mexique].

Respectueusement,

Gordon Wasson [nom biffé dans l’original]

Les lettres suivantes montrent précisément le niveau de proximité entre Dulles, le chef du renseignement américain, et Wasson. Il est évident qu’en tant que chef de la CIA, Dulles devait connaître, et comme les documents du sous-projet 58 le démontrent, a dû approuver le plan secret du « sous-projet 58 » du programme MK-ULTRA – la promotion des drogues psychédéliques auprès de la jeunesse américaine.

Le 21 mars 1956

MK-ULTRA [illisible]: CONTRÔLEUR

À L’ATTENTION DE: DIVISION DES FINANCES

SUJET: MK-ULTRA, sous-projet 58

Sous l’autorité accordée par les mémorandums en date du 13 avril 1953 adressés par le chef du renseignement au DD/2, et en vertu de l’extension de cette autorité accordée par les mémorandums suivants, le sous-projet 58 a été approuvé, et 2000$ tirés des fonds généraux du projet MK-ULTRA ont été accordés pour couvrir les dépenses du sous-projet, et devront être assignés à l’affectation 6-2502-10-001.

[Biffé – Responsable] TSS/Division chimique

ALLOCATION DE FONDS APPROUVÉE

Directeur de recherche [biffé]: date [biffée]

Le 3 avril 1957

Cher Gordon:

C’est avec grand plaisir que j’ai écrit une lettre de recommandation pour mon cher ami Ellsworth Bunker pour la Century Association. Je joins une copie. J’ai été heureux d’avoir de vos nouvelles. Contactez-moi lorsque vous serez à Washington.

~ Allen Dulles [44]

Un exemple montrant comment les activités de Wasson au sein de la CIA ont été occultées est le travail réalisé par « l’expert » sur le programme MK-ULTRA et auteur Hank Albarelli, un ancien avocat de l’administration Carter et de la Maison-Blanche, qui a aussi travaillé pour le département du trésor. Bien qu’Albarelli se présente auprès du public comme un « lanceur d’alerte » sur le programme MK-ULTRA, il a semble-t-il tenté de saboter les recherches d’Irvin sur Gordon Wasson. Durant une période de trois ans – période soigneusement documentée par Irvin – Albarelli a prétendu aider Irvin à faire des demandes FOIA (Freedom Of Information Act [ndt: une loi qui contraint l’administration américaine à communiquer au public des documents qui n’ont pas été préalablement publiés]) auprès de la CIA. Durant cette période, Albarelli a constamment prétendu que les demandes FOIA revenaient sans aucun document, ou que la CIA n’avait pas encore répondu à ces demandes. Les déclarations d’Albarelli étaient mensongères. La CIA avait répondu en 90 jours à d’autres demandes FOIA formulées par Irvin.

Bien que plusieurs pages sur Wasson avaient été publiée par la CIA suite à des demandes FOIA datant de 2003, Albarelli a envoyé une fausse réponse de la CIA à Irvin, dans laquelle Albarelli écrivait: « 0 sur Wasson. “Toutes les pages ont probablement été détruites durant la destruction des documents MK-ULTRA de 1973.” » Puis, après ses nombreuses allégations selon lesquelles la CIA n’avait pas encore répondu à ses demandes FOIA, Albarelli a changé sa version des faits et prétendu que le retard était dû au fait qu’il n’avait jamais envoyé de demande, bien qu’Irvin ait conservé de nombreux e-mails où Albarelli prétendait le contraire. Échaudé, Irvin décida d’envoyer sa propre demande FOIA auprès de la CIA, qui y répondu positivement peu après, exposant ainsi les mensonges d’Albarelli comme ce qui semblait être une manœuvre destinée à ralentir les recherches d’Irvin. Voici quelques échanges conservés par Irvin à ce sujet:

Le 16 février 2010, Irvin a écrit:

Salut Hank,

Question: accepteriez-vous de m’aider à faire une demande FIOA sur Wasson? Je n’ai pas la moindre idée de la procédure à suivre. J’ai un peu étudié la question, et tout ceci m’a semblé très intimidant – ce qui est sans doute le but recherché. Mais il me semble qu’il s’agit de la meilleure manière pour aller au fond des choses.

Meilleures pensées,

Jan

Albarelli a répondu le 16 février 2010:

Bien sûr. La première chose dont nous ayons besoin est d’une nécro de Wasson parue dans un journal important comme le NYT. Après ça, je peux m’occuper du reste.

Le 4 mai 2010, Albarelli écrivait:

0 sur Wasson. Toutes les pages ont probablement été détruites « durant la destruction des documents MK-ULTRA de 1973. »

Le 22 octobre 2010, Irvin écrivait:

Je vous ai aussi demandé si vous pouviez m’envoyer la réponse de la CIA à la demande FOIA, afin que je puisse l’ajouter à mon dossier sur Wasson?

Le 22 octobre 2010, Albarelli répondait:

Ce n’est pas possible sans que je révèle tous les autres dossiers/documents/sujets pour lesquels j’ai fait une demande, et je n’ai pas l’intention de faire une chose pareille... Ce n’était tout simplement pas ce dont nous avions convenu, et je trouve que notre collaboration est un peu à sens unique jusqu’à présent...

Le 4 juillet 2011, Albarelli prétendait, contredisant son e-mail du 4 mai 2010:

Lisez plus attentivement – les demandes FOIA n’ont PAS reçu de réponse: il s’agit des demandes FOIA reclassées.

Je ne partagerai rien avec vous qui ne concerne pas directement vos écrits ou votre travail...

[...] Veuillez ne plus m’importuner avec ces histoires... Je ne partage pas votre intérêt pour Wasson; savoir s’il a travaillé pour la CIA ne m’intéresse pas; je m’intéresse seulement à Pont St. Esprit et l’utilisation du LSD par les français, des sujets sur lesquels vous êtes totalement ignorant, pour autant que je sache.

Le 22 février 2013, Albarelli écrivait:

Huxley et MK-ULTRA: vous poursuivez une chimère. Wasson n’était pas un agent de la CIA. Je vous mets au défi de documenter tout ceci.

[...] Vous avez eu une réponse en 90 jours suite à votre demande de néophyte, mais regardez ce que vous avez obtenu; des documents publiés il y a 25 ans.

[...] Je n’ai PAS fait de demande FOIA pour vous parce que je ne veux PAS être associé à vous de quelque façon que ce soit.

Au cours de cette conversation du 22 février 2013, Albarelli a enfilé les insultes comme des perles, et a refusé de répondre aux questions d’Irvin. Bien qu’Albarelli prétende qu’il ne souhaitait pas être associé à Irvin, peu après que ce dernier lui ait demandé son aide pour faire une demande FOIA, il a donné une longue interview sur le podcast d’Irvin pour faire la promotion de son livre A Terrible Mistake; il a aussi accepté que cette interview soit retranscrite par écrit, après l’avoir lui-même éditée. Albarelli accuse Irvin d’être un néophyte parce qu’il n’a reçu une réponse pour sa demande FOIA qu’après 90 jours; il est pourtant clair, au vu des échanges en date du 16 février et du 4 mai 2010, qu’Albarelli n’a reçu une réponse pour ses propres demandes qu’au bout de 90 jours lui aussi. Albarelli prétend également que les documents ont été publiés il y a 25 ans, alors qu’ils l’ont été le 5 mai 2003, soit 6 ans et 9 mois avant la première demande d’Irvin à Albarelli. Lorsqu’Albarelli prétend que: « Ce n’est pas possible sans que je révèle tous les autres dossiers/documents/sujets pour lesquels j’ai fait une demande », il faut savoir qu’en fait la CIA répond à chaque demande séparément, et le fait par courrier postal.

Entre les documents obtenus par la demande FOIA qu’Albarelli a semble-t-il tenté de dissimuler à Irvin, et les documents de la CIA sur le sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, il n’est pas difficile de démontrer l’implication de Wasson avec la CIA et MK-ULTRA, comme nous l’avons révélé ci-dessus.

En considérant les échanges entre Albarelli et Irvin ainsi que les documents prouvant que Wasson a été financé par MK-ULTRA, on peut envisager la description donnée ci-après par Albarelli des relations entre la CIA et Wasson comme une forme élaborée de désinformation destinée à cacher la vérité au public.

Voici ce qu’écrivait Albarelli:

Le travail de Gordon Wasson et de sa femme Valentina Pavlovna est particulièrement important dans le cadre de l’histoire du LSD et des drogues psychotropes. Le couple a voyagé dans le monde entier à la recherche de champignons psycho-actifs rares et exotiques, et ils furent les premiers à faire usage du terme « ethnomycologie ». Pendant quarante ans, ils ont tous deux collecté et catalogué la « nourriture des Dieux ». En 1977, Wasson a déclaré qu’au cours de ses nombreuses expéditions au Mexique de 1952 à 1962, « Je n’ai jamais envoyé le moindre échantillon à un mycologue américain. Je n’ai pas reçu un penny, pas le moindre financement d’aucune source gouvernementale. Je suis tout à fait certain de ceci. »

Il n’y a aucune raison de mettre en doute la parole de Wasson, mais ce qu’il ignorait alors était que chacun de ses voyages était placé sous la surveillance étroite du gouvernement américain, et que la totalité des échantillons qu’il avait ramassés sur place finissait dans des laboratoires financés par la CIA. Wasson a également envoyé ses échantillons à Albert Hofmann, aux laboratoires suisses de Sandoz. D’après Wasson, Hofmann « s’occupait de la tâche essentielle de synthétiser les ingrédients actifs » des échantillons. Là encore, ce que Wasson n’avait pas réalisé était que les résultats de ses travaux et de ceux d’Hofmann étaient directement transmis à la CIA et à l’armée américaine, ces deux institutions ayant placé des agents secrets aux laboratoires Sandoz depuis au moins 1948.[...]

Wasson a aussi déclaré qu’il avait été approché en une occasion par la CIA ou le FBI, « je ne sais pas laquelle [des deux agences] ». Ils voulaient qu’il « travaille pour le gouvernement ». Il a décliné leur offre, en disant que bien que leur démarche soit « patriote », il ne souhaitait pas voir son travail classifié. « Je voulais publier l’ensemble de mes découvertes » a-t-il expliqué.[45] [c’est nous qui soulignons]

Les « recherches » d’Albarelli ne semblent couvrir que des aspects mineurs de la globalité du programme MK-ULTRA, déformant la réalité d’opérations anciennes pour permettre aux opérations plus récentes de rester cachées et séparées.

Il est aussi important de noter que la requête FOIA qu’Irvin a adressée à la CIA après celles d’Albarelli concernait Gordon Wasson, et que plusieurs documents provenant de la CIA sont des lettres personnelles entre Wasson et Allen Dulles (l’une d’entre elles est reproduite ci-dessus) – lettres qui ont été échangées tout juste cinq semaines avant la parution de l’article de Wasson dans le magazine Life.

 

Bernays – l’architecte du contrôle social

Bernays était aussi directement lié à une autre manœuvre du gouvernement pour transformer l’environnement culturel. En 1917, Woodrow Wilson a engagé George Creel pour influencer l’opinion publique américaine en faveur de l’entrée du pays dans la première guerre mondiale. Creel fonda le Comité pour l’Éducation Publique et engagea Edward Bernays. On notera qu’après le décès de sa femme, Creel devint membre du Bohemian Club, la société secrète qui a également accueilli des membres du Grateful Dead – Bob Weir et Mickey Hart.[46] Alexander Shulgin, le fameux chimiste psychédélique, est lui aussi membre de ce club. Dans son livre Pihkal, il parle du Bohemian Club comme du « Club de la Chouette », en référence à sa fameuse mascotte:

J’ai été ravi de rejoindre le Club de la Chouette, et depuis ce jour, je porte une chemise bien propre et une cravate, j’emmène mon alto en ville [San Francisco] et je joue avec l’orchestre tous les jeudi soirs, sans faute.

J’ajouterai que je suis le seul membre du Club qui porte, et qui a toujours porté, des sandales noires plutôt que des chaussures, ayant décidé il y a bien longtemps de cela que le port de sandales était infiniment plus sain pour mes pieds que l’environnement humide et renfermé offert par les chaussures que portent mes compagnons du Club. Ils se sont habitués à mes sandales, à présent, et ils se sont habitués à ma personne.[47]

~ Alexander Shulgin

Le Bohemian Club est l’équivalent du Century Club de la CIA (cité ci-dessus) pour la côte Ouest, ce dernier ayant été dirigé par Allen Dulles et, apparemment, par Gordon Wasson.[48]

On ne peut comprendre l’influence d’Edward Bernays et de Gordon Wasson sur la culture américaine en se contentant d’envisager chacune de leur action de manière isolée. Leurs actes doivent être considérés comme un ensemble. Il devient alors évident qu’ils faisaient tous deux partie d’une « vague » qui a fini par submerger la jeunesse américaine. Les auteurs soutiennent que, considérant la vision politique totalitaire de Bernays, et le rôle désormais démontré joué par Wasson au sein de MK-ULTRA, la somme des éléments destructeurs que ces deux individus ont introduits dans la culture américaine ne peut être un accident. La transformation de la jeunesse américaine en une horde de « Deadheads » était un projet de longue haleine mené par une organisation secrète nichée au sein du gouvernement américain, ayant pour objectif l’avènement d’un nouvel Âge Sombre.

Comme l’ont écrit les frères Cohen dans leur film No Country for Old Men:

Ellis: Tu sais,

si tu m’avais dit il y a 20 ans,

que je verrai des enfants

marcher dans les rues de nos villes du Texas

... avec des cheveux verts, des os dans le nez...

je ne t’aurais tout simplement pas cru.

Bell: Signes des temps.

Ellis: Mais je pense que dès qu’on n’entend plus « monsieur »

et « m’dame », le reste ne tarde pas à suivre.

Bell: Oh, c’est la vague.

Ellis: Ouais.

La vague sombre.

Tout ça n’est pas bon.

Bell: non, tout ça n’est pas bon.

 

Terence McKenna et l’Institut Esalen

Terence McKenna est finalement devenu la principale courroie de transmission des Huxley et de l’Institut Esalen pour la promotion d’un nouvel Âge Sombre, ce plan post-moderne et néo-féodal ayant pour objet d’asservir les masses et d’opérer un retour en arrière sur le plan historique. Le livre de McKenna, The Archaic Revival, est essentiellement un récapitulatif des arguments développés par la Fourth World Wilderness pour mener à bien ces objectifs.[49]

Dans l’introduction de The Invisible Landscape des frères McKenna, Jay Stevens, auteur de Storming Heaven, révèle les véritables objectifs de leurs travaux:

Notre goût pour la simplicité nous a conduit à réduire le chaos des années 60 à une simple « révolte de la jeunesse ». Mais il existait alors deux philosophies qui prévalaient parmi les révolutionnaires sur la meilleure manière de reconstruire le monde. La première voie proposait de s’appuyer sur le pouvoir politique, et de l’utiliser pour élever la conscience et ainsi changer le monde. La seconde proposait de s’attaquer à la conscience elle-même en se servant d’une famille controversée, et bientôt interdite par la loi, d’agents psycho-chimiques: les psychédéliques.[50] [C’est nous qui soulignons]

~ Jay Stevens

Terence McKenna confirme les propos de Stevens dans The Archaic Revival, dans lequel il admet que:

Vous savez, après avoir réfléchi à ces questions avec le recul nécessaire, je dois dire que je suis en désaccord avec Leary et Alpert et Ralph Metzner lorsque je contemple leur façon de faire dans les années 60. Parce qu’essayer de lancer une « croisade des enfants », tenter de coopter la destinée des enfants de la classe moyenne en se servant des médias comme éclaireur [i.e. Henry Luce et Time-Life], tout ceci était une entreprise très risquée. Et elle s’est mal terminée, à mon avis.

Je pense que l’approche d’Huxley était beaucoup plus intelligente – c’est à dire de ne pas tenter de toucher le plus grand nombre, mais de s’attaquer aux personnes les plus importantes et les plus influentes: les poètes, les architectes, les politiciens, les scientifiques, en particulier les psychothérapeutes. Parce qu’il s’agit ici de ce qui est arrivé de mieux à la psychothérapie depuis l’apparition des rêves.[51] [C’est nous qui soulignons]

McKenna admet par la suite qu’Huxley était un acteur majeur du programme MK-ULTRA et de ce néo-féodalisme, tout en relayant l’histoire officielle de cette histoire:

Lorsque vous vous rendez sur l’Amazone ou que vous prenez du peyotl avec les Huichol, c’est une sacrée corvée que de trouver suffisamment de produits pour une vingtaine de personnes. Donc la distribution de telles quantités de LSD au sein de la société moderne a conduit le pouvoir en place [qui était responsable de cette distribution] à penser que l’intégralité de la machine sociale était en train de se dissoudre dans l’acide – sous leurs yeux, littéralement. Je pense que cette façon de procéder était une erreur. Beaucoup de voix s’élevaient à l’époque, qui proposaient de nombreuses théories sur la façon dont il convenait de gérer cette situation. Si Huxley avait vécu dix ans de plus, les choses se seraient passées tout à fait différemment.[52]

De récentes découvertes ont montré qu’Huxley était, tout comme Gordon Wasson et Allen Dulles, un membre du Century Club.[53]

En août 2012, Irvin a publié un compte-rendu de certaines de ses recherches concernant Esalen, Huxley et McKenna, dans lequel on apprenait qu’Aldous Huxley et l’Institut Esalen, qui est essentiellement une sorte de quartier général du programme MK-ULTRA (avec Michael Murphy qui semble diriger l’ensemble du programme de nos jours), avaient joué un rôle majeur dans la dissémination de cette idéologie promouvant un nouvel Âge Sombre. On y découvrait également comment Fourth World Wilderness travaillait à l’abrutissement des masses.

S’agit-il d’une simple coïncidence si Terence passe du temps avec l’arrière-petit-fils d’un des principaux promoteurs des théories de Darwin, Francis Huxley (1), qui avait des liens familiaux avec Darwin via son cousin (2), et qui a été fortement influencé par Teilhard de Chardin (3) – qui a été impliqué dans le canular de l’homme de Piltdown (4) – dont un des livres a été préfacé par Julian Huxley (5), le père de Francis (6), Terence développant alors sa théorie du « singe défoncé » (7), dont il a fait la promotion en même temps que la théorie sur 2012 qui avait été formulée par Coe, un agent de la CIA (8), ce dernier étant de la même famille qu’un ami de Julian, Dobhzanski (9), et qu’ensuite Terence propage la propagande de l’Esalen (10), où il a travaillé avec la femme d’Aldous, Laura (11), et qu’il s’avère que l’Esalen a été une co-création d’Aldous Huxley en personne (12)? [54]

The Invisible Landscape, qu’on peut résumer à une attaque contre l’esprit, à une tentative d’amener la jeunesse américaine à croire que la vérité n’existe pas, évoque aussi l’utilisation des drogues psychédéliques et la fin de la pensée critique pour provoquer l’apocalypse:

On peut imaginer que l’état zéro pourrait advenir sous deux formes. La première est la dissolution du cosmos par la destruction et la fin effective des lois naturelles, une apocalypse au sens strict. L’autre possibilité prend moins au pied de la lettre les thèmes mythiques récurrents associés à la transformation collective et à l’entrée en concrescence, et lorgne du côté de l’idée selon laquelle la concrescence, pour miraculeuse qu’elle soit, n’en reste pas moins le point culminant d’un processus humain, un processus de fabrication qui s’accomplit lorsque l’artefact parfait est enfin créé: le soi monadique, extériorisé, condensé et visible en trois dimensions, le rêve d’une union de l’esprit et de la matière, selon le vocable alchimique. On peut supposer que si un tel outil/processus hyper-spatial venait à être découvert, il redéfinirait promptement la totalité de l’expérience qu’on peut faire au cours de sa vie concernant le soi, le temps, l’espace et l’altérité, et que ces effets suivraient la concrescence plutôt que de la précéder, et seraient considérés, par leur influence intemporelle sur le contenu de l’expérience visionnaire, comme ayant donné naissance au « scénario apocalyptique » attendu par tant d’ontologies. L’apparition dans l’espace-temps habituel d’un corps hyper-dimensionnel, obéissant à une volonté humaine simultanément transformée et ressuscitée, et capable de mesurer les obligations et les opportunités inhérentes à ce moment unique dans le long combat de l’énergie pour sa propre libération, constituerait une apocalypse à part entière.[55] [C’est nous qui soulignons]

 

Éleusis

En 1978, Gordon Wasson, Albert Hofmann et Carl A.P. Ruck publièrent The Road To Eleusis, un livre qui prétend que les anciens mystères d’Éleusis se fondaient sur un dérivé de l’ergot, ou précurseur du LSD. Wasson déclare dans l’avant-propos:

Les initiés passaient la nuit dans le télestérion d’Éleusis, sous le commandement de deux familles de hiérophantes, les Eumolpides et les Kerykes, et ils repartaient frappés d’émerveillement par ce qui leur était arrivé: d’après certains, ils étaient transformés à tout jamais.[56] [C’est nous qui soulignons]

Wasson poursuit dans le premier chapitre:

Les mystères d’Éleusis furent fondés par les premiers grecs, au cours du second millénaire avant notre ère, et ils captivèrent tous les initiés qui participaient chaque année au rite. Le silence quant à ce qu’il s’y déroulait était obligatoire: les lois athéniennes étaient extrêmement sévères envers quiconque enfreindrait cette obligation de secret, mais il a été maintenu spontanément durant toute l’Antiquité, et dans l’ensemble du monde grec, bien au-delà de la portée des lois athéniennes, et ce secret est devenu un élément intrinsèque des traditions de la Grèce ancienne depuis la suspension des mystères au IVème siècle. Je ne serais pas surpris si quelque érudit estimait que nous commettons un sacrilège en dévoilant ce secret. Le 15 novembre 1956, je donnai une brève allocution devant l’American Philosophical Society [un sous-traitant du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA – cf. les dossiers de la CIA] où je décrivais le culte du champignon au Mexique, et lors de la discussion qui s’ensuivit, j’indiquai que ce culte pourrait nous donner la solution aux mystères d’Éleusis.[57] [C’est nous qui soulignons]

Dans les deux paragraphes qui précèdent, Wasson admet que la totalité des mystères d’Éleusis était contrôlée par deux familles: les Eumolpides et les Kerykes. Il déclare que les initiés repartaient « frappés d’émerveillement » et qu’ils étaient « captivés ». Il admet que tout ce qui concernait les mystères devait rester secret, et que les punitions pouvaient aller jusqu’à la mort, comme dans le cas de Socrate. Mais Wasson prétend ironiquement que le secret « a été maintenu spontanément durant toute l’Antiquité » - ce qui est absurde. Si le secret sur les mystères était maintenu par la force, ceux-ci étaient donc entièrement sous contrôle – sanctionnés par l’état. Comme l’a démontré Irvin à l’occasion de cours qu’il a donnés, le secret et l’occultation sont presque toujours utilisés contre ceux qui ne détiennent pas ces informations secrètes, ou pour les contrôler.[58] Pourquoi ces deux familles voulaient-elles garder secrète ce qui était censé être une expérience religieuse ou spirituelle? Leur objectif réel était-il le contrôle de la population?

Wasson continue en évoquant un document qu’il a lu devant l’American Philosophical Society le 15 novembre 1956. Des documents du programme MK-ULTRA de la CIA révèlent que « 10. National Philosophical Society » était un « co-sponsor – sous-projet 58 » mais poursuivent en écrivant que « impossible à localiser – non envoyé ». Pourquoi la CIA s’est-elle trouvée dans l’incapacité de localiser la National Philosophical Society, à moins que le nom soit mal retranscrit? Je pense qu’il est fortement probable que cette référence à la National Philosophical Society renvoie en fait à l’American Philosophical Society. Il n’y a aucune trace de l’existence d’une National Philosophical Society, mais il y en a beaucoup concernant l’American Philosophical Society, fondée par Benjamin Franklin en 1743. Peut-on en conclure que l’American Philosophical Society était elle aussi derrière le sous-projet 58 de MK-ULTRA? Les recherches en ligne portant sur « National Philosophical Society » renvoient systématiquement à « American Philosophical Society », où Wasson a donné un cours sur ce même sujet en 1956 – au point culminant des activités du programme MK-ULTRA.

 

Conclusion

Les auteurs sont en désaccord en ce qui concerne l’usage des drogues psychotropes. L’un d’entre eux pense que nous ne devrions pas négliger le potentiel de ces substances en tant que moyens biologiques permettant d’ouvrir les portes de l’esprit, et peut-être d’autres dimensions spirituelles; mais ceux qui n’envisagent ces substances qu’en tant qu’outils biologiques ne considèrent jamais qu’elles pourraient très facilement être utilisées comme des moyens de contrôle. Il recommande de ne pas les utiliser sans avoir au préalable étudié de façon approfondie une méthode comme celle du trivium; il suggère également que, tout comme un couteau peut aussi bien servir à couper de la nourriture qu’à tuer, les drogues psychédéliques peuvent être des instruments de libération ou d’asservissement. Il est important que les utilisateurs de ces drogues aient conscience que d’autres personnes peuvent s’en servir pour des motifs qui n’ont rien de spirituels. L’autre auteur pense que, sachant d’où elles proviennent elles ne doivent être utilisées sous aucun prétexte.

Nous devons nous demander si les prédateurs envisagent ces substances comme des moyens pour parvenir à un éveil spirituel, ou pour contrôler le reste de la population. Ce que croit le lecteur n’est pas forcément toute la vérité.

Les élites athéniennes contrôlaient les masses grâce à des initiations fondées sur la drogue au cours des mystères d’Éleusis; elles sont parvenues à maintenir le secret durant les deux millénaires qu’a duré leur règne, et à cacher jusqu’à maintenant – soit près de quatre mille ans après la mise en place des mystères – le fait que ces cérémonies étaient en réalité utilisées pour contrôler la population.

Huston Smith écrit dans l’introduction à The Road To Eleusis:

Les grecs ont pourtant créé une institution sacrée, les mystères d’Éleusis, qui semble avoir durablement permis d’ouvrir une porte dans la psyché humaine, par laquelle Dieu pouvait s’engouffrer. Le contenu de ces mystères est, avec la nature de la plante sacrée Soma des indiens, l’un des deux secrets les mieux gardés de l’histoire.[...] Car ils soulèvent des questions contemporaines que notre intelligentsia culturelle a jusqu’à présent jugées trop sensibles pour être adressées.

La première de ces questions est celle, déjà citée, que posait Nietzsche: l’humanité peut-elle survivre à l’absence de Dieu, ou en d’autres termes à l’absence de vision noble – une vue convaincante de la nature des choses et de la place de la vie en leur sein, qui élèverait l’individu? La seconde: le sécularisme moderne, le scientisme, le matérialisme et le consumérisme ont-ils conspiré ensemble pour créer une carapace que la Transcendance ne parvient à percer qu’avec difficulté? Si la réponse à cette seconde question est positive, alors une troisième se pose naturellement. Y a-t-il un besoin, et peut-être même un besoin urgent, de créer de nouveaux mystères d’Éleusis pour nous sortir de la caverne de Platon et nous amener à la lumière? [C’est nous qui soulignons]

~ Huston Smith, introduction à The Road To Eleusis, p.10

C’est ce qui a apparemment été fait: les élites et les oligarques, se fondant sur leur arrogance et sur l’argument d’autorité, ont recréé les mystères d’Éleusis pour sortir les masses de la caverne de Platon, non pas pour les amener vers la lumière, mais plutôt pour les envoyer dans une autre caverne.

Voici comment se définit un « noble mensonge », auquel Smith fait référence ci-dessus quand il évoque une « vision noble »: « En politique, le noble mensonge est un mythe ou un mensonge souvent, mais pas systématiquement, de nature religieuse, qui est raconté par une élite pour maintenir l’harmonie sociale ou pour servir un projet. Le noble mensonge est un concept qui apparaît pour la première fois dans La République de Platon ».[59]

qu'après les avoir entièrement formés la terre, leur mère, les a mis au jour; que, dès lors, ils doivent regarder la contrée qu'ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre qui l'attaquerait, et traiter les autres citoyens en frères, en fils de la terre comme eux. [...]

Vous êtes tous frères dans la cité, leur dirons-nous, continuant cette fiction ; mais le dieu qui vous a formés a fait entrer de l'or dans la composition de ceux d'entre vous qui sont capables de commander : aussi sont-ils les plus précieux. Il a mêlé de l'argent dans la composition des auxiliaires ; du fer et de l'airain dans celle des laboureurs et des autres artisans. Pour l'ordinaire, vous engendrerez des enfants semblables à vous-mêmes ; mais comme vous êtes tous parents, il peut arriver que de l'or naisse un rejeton d'argent, de l'argent un rejeton d'or, et que les mêmes transmutations se produisent entre les autres métaux. Aussi, avant tout et surtout, le dieu ordonne-t-il aux magistrats de surveiller attentivement les enfants, de prendre bien garde au métal qui se trouve mêlé à leur âme, et si leurs propres fils ont quelque mélange d'airain ou de fer, d'être sans pitié pour eux, et de leur accorder le genre d'honneur dû à leur nature en les reléguant dans la classe des artisans et des laboureurs ; mais si de ces derniers naît un enfant dont l'âme contienne de l'or ou de l'argent, le dieu veut qu'on l'honore en l'élevant soit au rang de gardien, soit à celui d'auxiliaire, parce qu'un oracle affirme que la cité périra quand elle sera gardée par le fer ou par l'airain.[60]

Tout ceci nous pousse à nous interroger... Le champ de l’ethnomycologie aurait-il été fondé, non pas pour étudier les mythes et légendes des cultures qui utilisaient ces substances, mais plutôt pour étudier la façon dont elles utilisaient ces substances à des fins de contrôle – le noble mensonge? Cette matière a-t-elle aussi été créée pour faire la promotion de ce renouveau archaïque néo-féodal? Le sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, la révolution psychédélique et le mouvement « Deadhead » étaient-ils une expression de ce contrôle? Ces méthodes de contrôle se poursuivent-elles de nos jours avec les mouvements rave et « Burning Man »?

Il semble bien.

Tout comme les anciens hiérophantes grecs créèrent les mystères d’Éleusis, tout comme l’empereur Titus inventa l’histoire de Jésus et du christianisme, tout comme les prêtres lévites créèrent le judaïsme et l’idéologie du « peuple élu », les élites actuelles ont fait sortir de terre une nouvelle religion, le Nouvel Âge Sombre, ou renouveau archaïque – et ils qualifient d’ « évolution » cette régression historique. Wasson, McKenna, Leary et Hofmann sont en quelque sorte les hiérophantes de ce Nouvel Âge Sombre et de son nouveau culte à mystères, qui se réduit à du contrôle mental déguisé.

Comme John Uri Lloyd, l’un des premiers à avoir effectivement expérimenté les champignons psilocybes au XIXème siècle, nous en avertit dans une des notes de son roman Etidorhpa (Aphrodite à l’envers):

NOTE. - [...] Si, au cours d’une expérience, un chimiste devait découvrir un composé dont de simples traces pouvaient soumettre son esprit, et si sa plume devait retranscrire des idées aussi extravagantes que celles rapportées dans les hallucinations décrites ici, ne serait-il pas de son devoir de cacher cette découverte à la vue de tous, d’épargner à l’humanité l’apparition d’un fruit si nocif de l’art du chimiste? Introduisez un produit aussi toxique, et faites-le fermenter dans le sang humain, et avant que le monde n’ait pu commencer à mesurer ses effets possibles, ne pourrait-on imaginer que la puissance sans cesse croissante de ce produit ne produise la destruction, ou l’avilissement, de notre civilisation, voire même l’extermination de l’humanité?[61]

~ John Uri Lloyd, 1895 – Etidorhpa

Bien que cela semble incroyable, il apparaît que l’Esalen, Huxley, McKenna, Bernays, Wasson et Dulles ont pris part à la mise en place d’un plan soutenu par le gouvernement américain qui avait pour objectif de faire entrer l’Amérique dans Âge Sombre post-moderne et néo-féodal. Ce qui rend ceci particulièrement difficile à croire est que les motivations de cette organisation restent nébuleuses: racisme? Défense du système de classes? Ferveur religieuse? Le goût du pouvoir? Tous ces motifs à la fois? Et comment cette organisation a-t-elle pu maintenir un tel niveau de secret durant une si longue période, tout en utilisant des centaines, si ce n’est des milliers d’agents?

Une chose est certaine. Quelle que soit la base de cette organisation, elle réside dans des sociétés secrètes identifiables. Le nombre d’individus dont on peut démontrer qu’ils ont participé à la fabrication de « Deadheads », et qui étaient aussi des membres du Skull and Bones, du Century Club et du Bohemian Club est tout simplement trop important pour qu’il ne puisse s’agir que d’une simple coïncidence. De plus, le dr. Colin Ross a montré que la franc-maçonnerie de haut niveau avait financé les premières recherches sur le LSD [62]; ce groupe devrait lui aussi faire l’objet d’une investigation poussée.

Nous en appelons aux universitaires et au public pour nous aider à découvrir la vérité qui se cache derrière le programme MK-ULTRA, la création de Deadheads et le mouvement post-moderniste et néo-féodal.

Les auteurs n’ont d’autre but que d’aider l’humanité à se libérer de cette folie, et seule la vérité pourra les sortir de la caverne dans laquelle elle a été plongée. Esalen, Aldous Huxley, Gordon Wasson, Timothy Leary, Terence McKenna et les colporteurs de ce projet: leur sortilège est à présent dissipé et les véritables secrets d’Éleusis, de la CIA et de la révolution psychédélique sont désormais révélés au monde entier.

 

Épilogue

Alors que nous venions de terminer cet article, la lettre suivante nous est parvenue. Nous la publions ici pour souligner l’importance d’exposer le programme MK-ULTRA et les programmes du même type mené par l’armée et les services secrets.

Terry Parker Jr.
2209-55 Triller Ave.
Toronto, Ont.
Canada. M6R-2H6
416-533-7756

Cher Jan,

en tant que sujet involontaire d’une lobotomie non autorisée et d’expériences sur des implants cérébraux, je suspecte que cette atteinte à mon intégrité est liée au programme MK-ULTRA de la CIA.

Mes dossiers médicaux et mes radiographies visibles sur http://www.thewhyfiles.net/mkultra4.htm#update montrent une lobotomie non autorisée et des expériences portant sur des implants cérébraux (9 décembre 1969 et 27 janvier 1972 alors que j’avais 14 et 16 ans) pratiqués sans mon consentement éclairé, ni que mes parents n’aient été informés, et ce sous couvert d’un traitement contre l’épilepsie (i.e. « ablation de tissu cicatriciel »). Cette information est liée au projet MK-ULTRA de la CIA portant sur des recherches sur la psycho-chirurgie et les implants cérébraux sur des sujets non-volontaires. Je faisais partie de ces sujets, ainsi que d’autres enfants souffrant d’épilepsie à l’hôpital pour enfants malades de Toronto.

Je me rappelle des blocs de neurochirurgie 5-G et 6-G, remplis d’enfants qui portaient diverses incisions sur le crâne ainsi que des plâtres sur leurs têtes. Malgré mes efforts pour dénoncer ces actions criminelles auprès de l’ordre des médecins et des chirurgiens, de l’Ontario Health Professions Board, de la police de Toronto, de la police de la province de l’Ontario, du RCMP, du CSIS, d’INTER-POL et de membres de notre parlement, tout ce qu’on peut constater est une tentative de cacher cette opération secrète, et de limiter les dégâts.

Tout comme le problème des tissus cérébraux de JFK a été recouvert d’une chape de plomb après son assassinat en 1963, nous assistons à une tentative de dissimulation similaire quant aux expérimentations chirurgicales pratiquées par le dr. Harold Hoffman sur les cerveaux des enfants souffrant d’épilepsie. J’aimerais que vous me fassiez parvenir toute information provenant des documents du programme MK-ULTRA en lien avec l’hôpital des enfants malades de Toronto.

Je pense que nous savons à présent pourquoi Richard Helms, l’ancien directeur de la CIA, a détruit l’ensemble des documents MK-ULTRA en 1973.

Cordialement,

Terry Parker Jr. / aka Robertson

http://www.thewhyfiles.net/mkultra4.htm#update
http://www.ontariocourts.on.ca/decisions/2000/july/parker.htm

 

 

NOTES:

[1] John Allegro, The Sacred Mushroom and the Cross, Gnostic Media, 2009.

[2] Jan Irvin R. Gordon Wasson: The Man, the Legend, the Myth: Beginning a New History of Magic Mushrooms, Ethnomycology, and the Psychedelic Revolution, 13 mai 2012, Gnostic Media: http://www.gnosticmedia.com/SecretHistoryMagicMushroomsProject (en anglais)

http://triangle.eklablog.com/l-histoire-secrete-des-champignons-hallucinogenes-i-a117653746 (en français)

[3] Dave McGowan – Weird Scenes Inside The Canyon: http://www.davesweb.cnchost.com/WeirdScenesInsideTheCanyon3.html ; pour la traduction française du premier chapitre: http://triangle.eklablog.com/le-village-des-damnes-a117456396

[4] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico

[5] Ibid, p. 243

[6] Ibid, p. 110

[7] Michael Coe, The Maya, Frederick A. Praeger, New York, 1966

[8] Terence McKenna: The Invisible Landscape, HarperSanFrancisco, 1993, pg. 171. Cette citation ne se trouve pas dans la première édition de 1975 de The Invisible Landscape.

[9] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico, p. 215

[10] Rob King, In the future, I'm right: Letter from Aldous Huxley to George Orwell over 1984 novel sheds light on their different ideas. http://www.dailymail.co.uk/news/article-2111440/Aldous-Huxley-letter-George-Orwell-1984-sheds-light-different-ideas.html

[11] Louis Jolyon West (1975) dans Hallucinations: Behaviour, Experience, and Theory par Ronald K. Siegel et Louis Jolyon West, 1975. ISBN 978-1-135-16726-4. P. 298 ff.

[12] Piero Camporesi, Le pain sauvage, p. 84

[13] Ibid, p. 137

[14] http://en.wikipedia.org/wiki/Turn_on,_tune_in,_drop_out

[15] Vers 1962, Hunter fut un des premiers volontaires (avec Ken Kesey) pour tester les produits psychédéliques dans le cadre des recherches de l’université de Stanford, qui étaient secrètement sponsorisées par la CIA pour son programme MK-ULTRA. [McNally 42] Il a reçu de l’argent pour prendre du LSD, de la psylocibine et de la mescaline, et pour faire un rapport sur ce qu’il avait ressenti, des expériences qui ont favorisé son esprit créatif: « Asseyez-vous et imaginez-vous en train de voler en direction d’un coquillage pourpre avec de l’écume cristalline qui s’écoule dans une mer de brume inquiétante... et puis une sorte de cascade de cloches qui sonnent et se rassemblent soudain en un carillon d’argent qui résonne de façon incompréhensible, un chant sanglant, des sonnettes qui sonnent à nouveau joyeusement... Par ma foi, si ceci est folie, alors pour l’amour de Dieu, permettez-moi de rester fou. [McNally 43]

[16] Lehmann-Haupt, C (2001-11-01). "Ken Kesey, Author of 'Cuckoo's Nest,' Who Defined the Psychedelic Era, Dies at 66". The New York Times.

[17] Interview de John Perry Barlow dans Forbes: "Why Spy?", 7 Octobre 2002: « Quelques semaines plus tard, au début de l’année 1993, j’entrai dans les locaux du quartier général de la CIA à Langley, en Virginie, et je pénétrai alors dans un silence glacé, dans une zone de paranoïa paralysante et d’obsession du secret, et dans une capsule temporelle tout droit venue du début des années 60. La Guerre Froide était terminée, mais il semblait que la nouvelle n’était pas encore parvenue en ces lieux. »

[18] Voir http://www.miraclestudies.net/BillCIA.html

[19] Irvin, R. Gordon Wasson The Man, the Legend, the Myth - http://www.gnosticmedia.com/SecretHistoryMagicMushroomsProject - 13 mai 2012 (en anglais). Traduction française: http://triangle.eklablog.com/l-histoire-secrete-des-champignons-hallucinogenes-i-a117653746

[20] Eustace Mullins, Secrets of the Federal Reserve, 1993. p. 1

[21] Ron Chernow, The House of Morgan, 2001 p. 466

[22] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104, box 451: folder 1 - Mikoyan

[23] CFR Historical Roster of Directors and Officers - http://www.cfr.org/about/history/cfr/appendix.html

[24] Hamilton Fish Armstrong, Wasson Archives, Harvard Botanical Museum. Lettre à en-tête du CFR, en date du 10 november 1950: « Cher Gordon, j’ai écrit à ces membres du Century Club pour leur dire que vous et moi proposions George Kennan comme nouveau membre: Boris A. Bakhmeteff, Charles C. Burlingham, Allen Dulles, le général Dwight D. Eisenhower, Philip C. Jessup, Geroid Tanquary Robinson, William L. Shirer, Dean G. Acheson, James B. Conant, Edward Mead Earle, Herbert B. Elliston, Joseph C. Grew, William L. Langer, Robert A. Lovett. George m’a donné quelques noms supplémentaires: Imrie de Vegh, John Foster Dulles, Thomas S. Lamont, Russell C. Leffingwell, Vannevar Bush, Everett Case […]

[25] Graham Harvey, Shamanism, 2002. p. 433

[26] John Cloud, When the Elites Loved LSD – Time Magazine, 23 avril 2007

[27] Abbie Hoffman, Soon to be a Major Motion Picture, New York: G.P. Putnam's Sons, 1980, p. 73

[28] Edward Bernays, Propaganda, 1928, Ch. 1, P. 1.

[29] Gustave Le Bon, Psychology of Crowds, 1895, Sparkling Books LTD, 2009.

[30] Wilfred Trotter, Instincts of the Herd in Peace and War, T. Fisher Unwin LTD, 1919.

[31] http://en.wikipedia.org/wiki/Ernest_Jones

[32] Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895, http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/file/le_bon_psychologie_des_foules.pdf p.76

[33] http://www.worldmag.com/world/olasky/Prodigal/appendix.html

[34] Larry Tye, The Father of Spin: Edward L. Bernays and The Birth of Public Relations, Macmillan, 2002. P. 15ff

[35] http://en.wikipedia.org/wiki/Ian_Copeland

[36] Hank Albarelli, A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War Experiments, Trine Day, 2009. P. 359

[37] Leo Perutz, Saint Peter's Snow, Arcade Publishing, 1990. P. 92ff.

[38] Ibid. P. 121

[39] Gnostic Media podcast épisode #146: Karen of GirlWritesWhat – "The Feminist Fallacy".

[40] James F. Tracy, Poison is Treatment: Edward Bernays and the Campaign to Fluoridate America, p. 15 ff dans Health Freedom News. Été 2012/ Vol. 30 / No. 2

[41] US Library of Congress, Bernays collection: Part I: Book File, 1890-1965, n.d. BOX I:459, Wasson, Gordon

[42] Gordon Wasson. "Drugs: The Sacred Mushroom." The New York Times, 26 Sept 1970, p. 29.

[43] Hoover Institute, Stanford University. Bertram D. Wolfe papers. Box: 15, Folder: 72

[44] Documents et lettres provenant des archives de la CIA sur R. Gordon Wasson – demande FOIA, février 2012. Autorisation de publication 2003/05/05 : CIA-RDP80R01731R000700100003-5

[45] Hank Albarelli, A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War Experiments, Trine Day, 2009. P. 359

[46] Bohemian Grove, liste des invités pour 2008, avec l’autorisation de TruthAction.org

[47] Alexander et Ann Shulgin, Pihkal: A Chemical Love Story. Transform Press, 2000, ISBN 0-9630096-0-5. P. 65

[48] Hamilton Fish Armstrong, Wasson Archives, Harvard Botanical Museum. Lettre à en-tête du CFR, en date du 10 november 1950: « Cher Gordon, j’ai écrit à ces membres du Century Club pour leur dire que vous et moi proposions George Kennan comme nouveau membre: Boris A. Bakhmeteff, Charles C. Burlingham, Allen Dulles, le général Dwight D. Eisenhower, Philip C. Jessup, Geroid Tanquary Robinson, William L. Shirer, Dean G. Acheson, James B. Conant, Edward Mead Earle, Herbert B. Elliston, Joseph C. Grew, William L. Langer, Robert A. Lovett. George m’a donné quelques noms supplémentaires: Imrie de Vegh, John Foster Dulles, Thomas S. Lamont, Russell C. Leffingwell, Vannevar Bush, Everett Case […]

[49] George Hunt, UNCED, Earth Summit, 1992. Voir aussi l’interview de George Hunt sur Gnostic Media: "Say What Is UNCED – The Elite and the Environmental Movement" – #13, par Gnostic Media.

[50] Jay Stevens, introduction à The Invisible Landscape, édition de 1993, par les frères McKenna, p. XII.

[51] Terence McKenna, Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico. P. 9

[52] Terence McKenna, The Archaic Revival, 1991, HarperSanFransico. P. 243.

[53] Présentation de Gordon Wasson au Century Club, The Century Club, 04-01-1971. Audio. Le président du Century Club y discute de la demande d’entrée d’Aldous Huxley en même temps que celle de Wasson. Disponible auprès des archives de la bibliothèque de la Century Association.

[54] Jan Irvin, How Darwin, Huxley, and the Esalen Institute launched the 2012 and psychedelic revolutions – and began one of the largest mind control operations in history. Some brief notes. Gnostic Media, 28 août 2012.

[55] Terence McKenna: The Invisible Landscape, HarperSanFrancisco, 1993, P. 188

[56] Gordon Wasson, Albert Hofmann, Carl Ruck, The Road to Eleusis, North Atlantic Books, 2008. P. 19

[57] Ibid, P. 22

[58] Jan Irvin, The Trivium – How to Free Your Mind, Free Your Mind Conference, le 10 avril 2011.

[59] http://en.wikipedia.org/wiki/Noble_lie

[60] Platon, La République, Livre III, 414e–15c.

[61] John Uri Lloyd, Etidorhpa, The Strange History of Mysterious Being, 1895, p. 276. Forgotten Books, 2007. P. 273

[62] Colin Ross, The C.I.A. Doctors , Manitou Communications, Inc., 2006, pp. 132. ISBN: 0-9765508-0-6. Colin Ross déclare: « le rapport annuel de la Human Ecology Foundation pour 1961 cite John C. Whitehorn, professeur et directeur du département de psychiatrie à l’université John Hopkins, au poste de directeur. John Clare Whitehorn est né le 6 décembre 1894 à Spencer, au Nebraska. Il fut le professeur de psychiatrie d’Henry Phipps, et psychiatre en chef à John Hopkins de 1941 à 1960. Le dr. Whitehorn a entretenu une correspondance soutenue avec le Comité de Recherche du Rite Écossais et a reçu des financements de leur part, tout comme le dr. Carl Pfeiffer, un contractant de MKULTRA et MKSEARCH. »

 

Lire la suite

➤ Quand un troll de la sécurité nationale commet une erreur fatale

4 Juillet 2015 , Rédigé par Triangle

Le 28 mars 2013, le site insanemedia.net révélait qu’un incident extrêmement intéressant s’était produit sur le forum de GLP (GodLikeProductions, un forum conspirationniste).

Un intervenant, dont l’adresse IP indiquait qu’il postait depuis le Kazakhstan, a donné une réponse inattendue sur un fil de discussion portant sur la tuerie de Sandy Hook, intitulé « Medical Type Says Sandy Hook is total BS » (un médecin dit que Sandy Hook est une arnaque complète).

Voici ce qu’écrivait ce mystérieux intervenant (traduction française entre crochets):

 

 

Re: Medical Type Says Sandy Hook is Total Bullshit 
[0x1a970000, 0x1ab00000, 0x27570000>
[rdpclip.exe, "iostatZd15.1"]

 

You copied a large amount of data onto the clipboard... Do you want to save this data on the clipboard? [Vous avez copié une grande quantité de données sur le bloc-notes... Souhaitez-vous sauvegarder ces données sur le bloc-notes?]

User ID: 35850666 Korea
User ID: 36689081 Korea
User ID: 33951304 Kazak
User ID: 36809983 Kazak

N.C.S. logo.jpg

//SECRET
C:\SharePoint012USNCSSAD_Wrkc9inet-N-7339.tx​t
**********************************
REMINDERS —— NOTES [RAPPELS-NOTES]
**********************************
Sensitivity Level [Niveau de Sensibilité]

Action Code

Team 5.A/
SITE
Location of official Agency folder [Localisation du dossier officiel de l’Agence]
None NPRC
Team Contact [Contact pour l’équipe]
Sheila N******

CHECKLIST [LISTE DE CONTRÔLE]

Do any of the respondents display the urge to supply information that could be helpful to your mission? [Un de vos interlocuteurs a-t-il manifesté le désir de donner des informations qui pourraient être utiles à votre mission?]

Do the respondents appear hostile to your attempts to steer the discussion? [Les interlocuteurs vous semblent-ils hostiles à vos tentatives de lancer la discussion?]

Have you made a personal chart taking care to note who appear to be the “leaders” versus who appear to be the “followers”? [Avez-vous dressé un tableau personnel pour y noter ceux qui semblent être les « leaders » et ceux qui semblent être les « suiveurs »?]

Have you attempted to gauge the “temperature” of the forum’s users? [Avez-vous tenté d’évaluer l’état d’esprit des utilisateurs du forum?]

In other words, the prevailing social psychology of the forum’s members? [En d’autres termes, la psychologie sociale prévalant parmi les membres du forum?]

Have you been more successful with one or the other XStart methods that were demonstrated in N-7015A.DOC? [Avez-vous eu plus de succès avec l’une ou l’autre des méthodes qui ont été présentées dans N-7015A.DOC?]

Have more technical members (Computer Programmers, Administrators, or Moderators) of the forum deduced or accused you of hiding behind a proxy? [D’autres membres de l’équipe technique du forum (programmeurs informatiques, administrateurs ou modérateurs) ont-ils déduit ou vous ont-ils accusé d’utiliser un proxy?]

Would you gain more trust and/or credibility if you were to use one of the Agency’s allotted “HOME” pools? (most often needed when handling EVTS that are more sensitive to the pop. of a specific locale but also location centered web sites such as FB or Patch) [Gagneriez-vous plus de confiance et/ou de crédibilité si vous deviez utiliser l’une des « HOME » allouées à l’agence? (qui sont le plus souvent utiles lorsqu’on a affaire à des EVTS qui sont plus sensibles à la pop. d’une localité spécifique, mais aussi à des sites web qui sont centrés sur la localisation comme FB ou Patch)

Has your PREDEV “persona” been successful or do you gauge that the users find you to be too obtrusive? Accusations of being “ever present” are. [Votre « personnage » PREDEV a-t-il réussi ou estimez-vous que les autres utilisateurs vous trouvent trop envahissant? C’est le cas si on vous accuse d’être « toujours présent ».]



Les premières recherches concernant le fichier N-7015A.DOC dirigeaient vers le site http://eda.ogden.disa.mil/ un site de l’armée américaine qui stockait des données informatiques pour ses utilisateurs. L’adresse indiquée ne semble plus valide de nos jours.

Un paragraphe de l’article d’insanemedia est dédié à l’explication du bug subi par le malheureux agent désinformateur. Il semble que ce bug provienne de l’utilisation de Remote Desktop, et d’un bug courant sur Remote Desktop Protocol v5.1.

Quant au mystérieux acronyme, USNCSSAD, surligné dans le message de l’agent gouvernemental, et qui trahit l'affiliation de ce dernier, il signifie:

US: pour United States

NCS: pour National Clandestine Service, l’une des quatre composantes de la CIA, qui décrit ce service comme suit: « le NCS est le bras clandestin de la CIA, et l’autorité nationale pour la coordination, la gestion des conflits et l’évaluation des actions clandestines au sein de la communauté du renseignement américaine. »

SAD: pour Special Activities Division, une division du NCS en charge des « activités spéciales ». La SAD est composée de deux groupes, l’un en charge des opérations paramilitaires tactiques, et l’autre des actions politiques secrètes. Le Political Action Group (Groupe d’Action Politique) de la SAD est responsable des activités secrètes en lien avec l’influence politique, et la guerre psychologique et économique. Le développement rapide de la technologie a ajouté la guerre informatique à sa mission. Les unités tactiques de la SAD sont aussi capables de mener des actions politiques secrètes.

 

Lire la suite

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

28 Juin 2015 , Rédigé par Triangle

Télécharger l'article en pdf

 

 

« Personne ne pouvait se rappeler avoir jamais vu ou entendu dire que Gram ait été impliqué dans quelque manifestation que ce soit »

L'écrivain Ben Fong-Torres, qui a interviewé des dizaines de personnes proches de Gram Parsons à l'occasion de ses recherches pour son livre Hickory Wind

 

 

   Commençons par une évidence: Gram Parsons était loin d'être la plus grande star qui ait émergé de la scène du Laurel Canyon. Au cours de sa courte vie, il n'est pas parvenu à atteindre un niveau de succès très élevé sur le plan commercial. Aucun de ses albums, que ce soit en solo ou avec The International Submarine Band, The Byrds, ou The Flying Burritos Brothers, ne s'est élevé bien haut dans les classements de ventes de disques. Mais de nombreux fans, ainsi que de nombreux musiciens, le considèrent comme une personnalité à l'influence énorme, et qui a été injustement ignorée.

   On peut dire sans grand risque de se tromper que Gram Parsons est très loin d'avoir autant de fans que David Crosby ou Frank Zappa, et quand on le compare à ses contemporains décédés durant la même période et à peu près au même âge – des artistes légendaires comme Jim Morrison, Janis Joplin et Jimi Hendrix – Parsons est un parfait inconnu. Néanmoins, l’histoire de sa vie est fascinante, principalement parce qu’elle contient tous les éléments propres au Laurel Canyon: l’ascendance royale, les liaisons plus ou moins ouvertes avec la communauté du renseignement, la touche d’occultisme, une famille à la fortune extravagante, une ou deux maisons incendiées, et, bien entendu, toute une série de morts étranges.

   Cette histoire débute avec Ferdinand le Grand, le premier roi de Castille, dans la péninsule ibérique, il y a de cela environ un millénaire. La riche famille des Connor prétend que son arbre généalogique remonte jusqu’à ce souverain. On trouve également dans cet arbre généalogique le roi Édouard II d’Angleterre, fils d’Édouard I et d’Éléonore de Castille. D’après certaines sources, il fut assassiné en ayant un tisonnier brûlant inséré dans le rectum, même s’il est probable que peu de ses loyaux sujets aient versé une larme après la mort du tyran. En 1608, c’est le colonel George Reade, né au Royaume-Uni, qui amena la lignée royale sur les côtes américaines, où il se maria à Yorktown, en Pennsylvanie, quelques temps plus tard.

   La descendance de Reade s’étend jusqu’à Ingram Cecil Connor, Jr., un gentleman aisé installé à Columbia, au Tennesse. Comme son père avant lui, Cecil a fréquenté l’académie militaire de Columbia. En mai 1941, au début de la seconde guerre mondiale, il s’engagea dans l’US Army Air Force, en tant que second lieutenant. En mars 1941, Cecil, qui devint connu sous le surnom de « Coon Dog » (bien que personne ne semble se rappeler pourquoi), fut envoyé à Hawaii. Neuf mois plus tard, Pearl Harbor était attaqué par des bombardiers japonais.

   Pas d’inquiétude à avoir, cependant: Cecil ne fut jamais en danger, ayant préféré opter pour le luxe d’une énorme propriété située près de Diamond Head et détenue par la riche héritière Barbara Hutton, à la vie dans les quartiers des officiers de la base militaire. Pour information, Hutton était la petite-fille de Frank Woolworth, le fondateur de la chaîne de magasins discount Woolworth. Elle était également la fille de Franklyn Laws Hutton, co-fondateur de E.F. Hutton, l’une des sociétés de courtage les plus prestigieuses du pays, avant que la justice ne s’intéresse à elle pour des délits tels que: émission de chèques sans provisions, blanchiment d’argent, et arnaque postale. Barbara était également la nièce de Marjory Post Hutton, fille de C.W. Post, le fondateur de ce qui deviendra par la suite General Foods.

   Comme tant d’autres personnages de cette histoire, Barbara a été traumatisée durant son enfance par le suicide d’un de ses parents. D’après des revues de presse, c’est Barbara, âgée de cinq ans, qui découvrit le corps sans vie de sa mère Edna, le 17 mai 1917. Une bouteille de strychnine vide aurait été découverte par la police dans une salle de bains attenante. Aucune autopsie n’a été pratiquée, et aucune enquête officielle n’a jamais eu lieu, comme on pourrait s’y attendre lorsqu’une personne fortunée décède dans des circonstances troubles (voir par exemple l’histoire de Ned Doheny).

   En 1930, juste après le début de la Grande Dépression, Barbara fit son entrée dans le monde en participant à un fastueux bal des débutantes, auquel participaient les rejetons de ceux qui se trouvent tout en haut de la chaîne alimentaire, en particulier des membres des familles Astor et Rockefeller. L’année suivante, elle héritait d’une fortune correspondant à environ un milliard de dollars actuels. Elle avait alors à peine dix-neuf ans. Deux ans plus tard, un autre héritage fit grimper sa fortune dans une fourchette comprise entre deux et deux milliards et demi de dollars actuels. Pendant ce temps, la majeure partie du reste du pays croupissait dans une pauvreté abjecte.

   Mlle Hutton a eu une vie très troublée, émaillée de nombreux mariages et relations amoureuses ratés. L’un de ses nombreux amants fut un gentleman du nom de Phillip van Rensselaer, qui fut par la suite l’auteur d’un livre sur la vie de celle-ci, titré Million Dollar Baby. On rappellera qu’un des ancêtres de David Crosby, l’icône du Laurel Canyon qui fut brièvement remplacée par Gram Parsons au sein de The Byrds, avait pour nom van Rensselaer. Voilà une transition parfaite pour revenir au sujet principal de ce chapitre.

   Alors que la seconde guerre mondiale s’éternisait, Ingram Cecil Connor, Jr. gravissait les échelons de la chaîne de commandement pour atteindre le grade de major. Déployé dans le Pacifique, il était devenu un héros couvert de médailles, qui avait participé à un grand de nombres de missions de combat. Après la guerre, il continua à servir dans l’Air Force à la base de Bartow, en Floride, à proximité de la maison de famille des Snively à Winter Haven. Le clan Snively est arrivé en Amérique aux alentours de 1700, environ un siècle après le type qui donna naissance au clan Connor. Des études généalogiques et historiques nous apprennent que Johann Jacob Schnebele, un suisse mennonite, naquit en 1659. Alors qu’il avait une cinquantaine d’années, vers 1715 ou peu après, il décida de traverser l’Atlantique et de s’installer à Cornwall, en Pennsylvanie. Johann décéda en 1743 près de Lancaster, en Pennsylvanie, où il fut enterré.

   Il avait emmené en Amérique son fils Jacob, né le jour du solstice d’hiver 1694, et sa fille Maria, née en 1702. En 1724 à Mannheim, toujours en Pennsylvanie, Maria Schnebele épousa le fils des immigrants Hans Hersche et Anna Geunder. Ce fils avait américanisé son nom, et était connu sous le pseudonyme d’Andrew Hershey. Le nom Schnebele fut lui aussi américanisé et devint Snavely (ou Snively). Les clans Hershey et Snavely continuèrent à se marier joyeusement entre eux, pour finir par produire, en 1857, Milton Snavely Hershey, le fils de Henry Hershey et de Fanny Snavely.

   Milton S. Hershey, bien entendu, devint célèbre en fondant la plus grande entreprise mondiale de production de pâtisseries au chocolat. Ce qu’on sait moins, c’est que Hershey avait échoué lamentablement dans ses premières tentatives pour lancer une compagnie de bonbons, d’abord à Philadelphie, puis à Chicago, et enfin à New York. Toutes ces entreprises avaient été financées avec l’argent de la famille Snively/Snavely. Hershey finit par réussir à monter la Lancaster Caramel Company, qui connut le succès, en 1883. En 1900, il vendit la Caramel Company pour se concentrer sur la fabrication de chocolat. Avec le produit de la vente, il acheta plus de 16 000 hectares de terrain pour y construire non seulement la plus grande usine de chocolats du monde, mais aussi une ville appartenant à la compagnie.

   Quant au frère de Maria, Jacob Schnebele, il décéda en août 1766 dans le comté de Cumberland, en Pennsylvanie, après avoir mis au monde dix-neuf enfants. Un de ses fils était nommé Andrew; ce dernier engendra quatorze enfants. John Andrew « Papa John » Snively, qui se rendit en Floride au début du 20ème siècle pour y chercher fortune, était issu de cette branche de la famille. Au début des années 50, Snively Groves était devenu le plus grand producteur de fruits de l’état de Floride.

   Avis Snively, qui épousa Ingram Cecil Connor, Jr. le 22 mars 1945, était la fille de Papa John. Le 5 novembre 1946, Coon Dog et Avis donnèrent naissance à leur premier enfant et leur seul fils Ingram Cecil Connor III, qui sera connu par la suite sous le nom de Gram Parsons. Peu après, la famille déménagea à Waycross, en Georgie, où, tout comme à Winter Haven, la famille Snively était propriétaire d’une énorme plantation dédiée à la production de citrons. C’est là que fut élevé le jeune Ingram « Gram » Connor.

   Comme on pouvait s’y attendre, la maison familiale de Waycross était spacieuse et luxueuse, et de nombreux domestiques à la peau bien plus pigmentée que celle des Connor s’y affairaient. Coon Dog et Avis faisaient souvent la fête, et tous deux étaient notoirement connus pour être de solides buveurs; on murmurait également qu’ils pratiquaient l’échangisme. La sœur cadette de Gram, surnommée Little Avis, se souviendra par la suite qu' « il se passait des choses vraiment très étranges à la maison ».

   En septembre 1957, Gram, alors à peine âgé de onze ans, fut envoyé à la Bowles School de Jacksonville, en Floride, une académie militaire qui fait également office de collège. Lors de son passage à Bowles, il intégra les Centurions, la fraternité d’élite de cette école. L’année suivante, peu avant le jour de noël 1958, Ingram Cecil « Coon Dog » Connor, Jr. fut retrouvé étendu sur son lit, avec une balle dans la tempe. Un pistolet de calibre .38 fut découvert à proximité. On ne retrouva aucune lettre de suicide. Tom, le frère de Cecil, lui avait rendu visite un mois plus tôt, vers Thanksgiving, et Coon Dog lui avait dit qu’il n’avait jamais été aussi heureux et que la vie en compagnie d’Avis était merveilleuse. Étrangement, la cause de la mort fut initialement déclarée comme étant accidentelle, et fut plus tard changée en suicide.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Gram Parsons

 

   Tout juste dix mois avant le décès de Cecil, Papa John Snively, le père d’Avis, était également décédé; elle avait donc perdu coup sur coup les deux hommes de sa vie. Pourtant, d’après un membre de sa famille, elle ne montra jamais la moindre marque d’affliction, et elle fit montre « d’une absence totale de remords » sur son éventuelle responsabilité dans ce qui aurait poussé Coon Dog à son suicide supposé (elle aurait eu une liaison, d’après certains témoignages). Environ six mois après la mort de Cecil, Avis, Gram et Little Avis embarquèrent à bord d’un train pour un voyage à travers le pays qui dura tout l’été. Peu après leur retour, la famille quitta la maison où Cecil avait trépassé, et Avis rencontra dans la foulée Robert Ellis Parsons, le propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la location d’engins de chantier. Les clients de Parsons, curieusement, étaient principalement installés à Cuba, alors dirigé d’une main de fer par Batista, ainsi que dans divers pays d’Amérique latine qui étaient eux aussi sous la botte de dictateurs mis en place par les États-Unis.

   Le clan Snively éprouva une aversion immédiate envers Parsons, qu’un membre de la famille décrit comme étant « un salopard cupide ». Malgré tout, Avis se maria rapidement avec lui, et Bob Parsons eut bientôt un contrôle total sur sa vie. L’une de ses premières décisions fut d’adopter Gram et Avis, en allant jusqu’à obtenir de nouveaux certificats de naissance indiquant qu’il était le père biologique des deux enfants (on ne sait cependant pas très bien comment il a pu y parvenir). Il mit aussi rapidement Avis enceinte, et réussit à la convaincre d’intenter un procès contre son frère John, Jr. et sa sœur Evalyn, pour un litige portant sur la somme de 1,5 million de dollars. Le litige fut réglé à l’amiable, Avis recevant un nombre non spécifié de plantations de citronniers. Les véritables répercussions de cet arrangement se feront cependant ressentir une quinzaine d’années plus tard, avec la mise en faillite de la majeure partie de l’entreprise familiale en 1974.

   En 1960, tout juste un an après le mariage de Bob et d’Avis, la petite sœur Diane entra dans la famille. Tout comme la baby-sitter Bonnie, âgée de dix-huit ans, avec laquelle Bob eut aussitôt une liaison qui ne fut, apparemment, pas particulièrement discrète. En revanche, un autre secret était, quant à lui, bien mieux gardé: il s’avère qu’au début des années 60, dans la foulée de la révolution cubaine, Robert Ellis Parsons fut impliqué dans ce qu’on appelle « la cause cubaine »; en d’autres termes, il entretenait des liens très étroits avec les chefs d’un groupe d’exilés cubains qui s’entraînaient à Polk County, en Floride, dans le but de renverser le gouvernement cubain. Il a d’ailleurs emmené le jeune Gram avec lui pour visiter l’un des camps d’entraînement du groupe, et ce en au moins une occasion. Coup de chance, une équipe du magazine Life se trouvait justement sur les lieux ce jour-là, et Gram fut photographié à l’intérieur du camp. Lorsqu’ Avis fut informée de ce développement, elle fit tout son possible pour faire en sorte que ces photographies ne soient jamais publiées. À ce jour, elles n’ont toujours pas refait surface.

   Au cours de la même période, Bob Parsons transforma un entrepôt du centre-ville dont il était le propriétaire en une boîte de nuit pour adolescents, dans le but de mettre en avant les talents de son « fils », Ingram « Gram » Parsons, qui chantait et jouait de la guitare et du clavier. Vers 1963, Gram monta un groupe folk du nom de The Shilos. Au cours de l’été 1964, avant la dernière année de lycée de Gram, le groupe passa un mois à New York. Durant cette courte période, Parsons, par un caprice du destin, rencontra et entretint une relation amicale avec Brandon DeWilde, Richie Furay, et John Phillips. Il retrouvera ces trois personnages deux ans plus tard dans le Laurel Canyon.

   Bien qu’il ait très tôt exprimé sa préférence pour Annapolis ou West Point, Gram postula à Harvard et John Hopkins. Et malgré des notes et des résultats d’examens plus que médiocres, il fut accepté par Harvard, prétendument grâce à un essai qu’il leur avait envoyé, et dont il n’était sans doute pas l’auteur. Au cours de sa dernière année de lycée, Gram et The Shilos réservèrent une heure sur la radio du campus de l’université Bob Jones, aussi improbable que cela puisse paraître, pour y donner une représentation. Au beau milieu de la cérémonie de remise des diplômes marquant la fin de ses études au lycée, Gram fut informé que sa mère, Avis, venait soudainement de perdre la vie. Ne manifestant aucun signe d’émotion visible à l’annonce de cette nouvelle, il choisit de participer tout de même à la cérémonie. L’un de ses camarade de classe racontera par la suite qu’il n’y avait rien qui indiquait que Gram ait été troublé par quoi que ce soit lors du rituel de remise des diplômes.

   Avis décéda à l’hôpital, censément des suites d’un empoisonnement à l’alcool, juste après que Bob Parsons lui ait procuré en cachette une bouteille de scotch. La mère de Gram venait d’avoir quarante-deux ans. Son père, Coon Dog, n’avait pas dépassé les quarante et un ans. Aucun de leurs enfants, que ce soit Gram ou Little Avis, ne vivra aussi longtemps.

   Peu après la mort de sa mère, Gram reçut un ordre de conscription émanant du Selective Service. Pas d’inquiétude à avoir, cependant – Bob obtint rapidement un certificat d’inaptitude lui permettant d’être réformé, et Gram s’en fut joyeusement à Harvard, où il entra en septembre 1965. En février 1966, tout juste cinq mois plus tard, Gram en eut assez et il quitta Harvard. D’après certaines sources, il n’assista jamais à aucun cours, préférant passer tout son temps sur la scène folk de Cambridge et à monter son groupe. Gram entra à Harvard quelques années après l’apogée de cette scène folk de Cambridge. Au début des années 60, le campus universitaire avait été l’un des berceaux de la renaissance du mouvement folk, avec des célébrités telles que Joan Baez, Bob Dylan, Bob Neuwirth, Tom Rush, Pete Seeger, Richard et Mimi Fariña, Geoff et Maria Muldaur, Eric Andersen et Joni Mitchell.

   L’épicentre de la scène folk de Cambridge était le légendaire Club 47, ouvert en 1958 pour être, à l’origine, un club de jazz et de blues. Joan Baez, alors très jeune, et dont le père (qui, d’après la rumeur, était lié à la CIA) travaillait au MIT tout proche, fut la première représentante du mouvement folk à investir le club, peu après son ouverture. Dylan y a donné sa première représentation en 1961, entre deux spectacles prévus dans la programmation. La scène connut son apogée à l’été 1962, qui fut l’équivalent à Cambridge du Summer of Love d’Haight-Ashbury. La scène de Cambridge, ainsi que d’autres à Greenwich Village et ailleurs, fut le prélude nécessaire à la scène du Laurel Canyon, qui fut essentiellement créée en reprenant la musique de Cambridge, en particulier celle de Dylan et de Seeger, en la mélangeant avec l’instrumentation utilisée par un groupe venu de l’autre côté de l’Atlantique: les Beatles. Il était donc tout à fait approprié que, tout comme celle du Laurel Canyon, la scène de Cambridge ait elle aussi son propre tueur psychopathe.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Joan Baez

 

   Outre la scène folk qui connut son apogée au printemps 1962, un autre événement méritant de faire la une des journaux eut lieu à Cambridge au cours de cet été: on commença à retrouver de nombreux cadavres de femmes – six au cours de ce seul été, et sept de plus durant les deux années suivantes. Et comme l’a noté Susan Kelly dans The Boston Stranglers, une de ces victimes fut assassinée juste en face du Club 47: « Juste en face de l’appartement [de la victime Beverly Samans], une très jeune et pas encore célèbre Joan Baez et un tout aussi jeune et inconnu Bob Dylan se produisaient en spectacle devant un public les écoutant religieusement au Club 47. »

   Comme l’indique le titre de l’ouvrage de Kelly, l’étrangleur de Boston n’existait pas réellement, mais ceci n’a pas empêché les autorités et les médias d’attribuer l’ensemble des meurtres à Albert DeSalvo, mieux connu sous le surnom d’étrangleur de Boston. Tout comme le Laurel Canyon avait fait de Charles Manson sa mascotte non-officielle, la scène de Cambridge avait Albert DeSalvo. Cambridge avait autre chose en commun avec le Laurel Canyon: Paul Rothchild, qui travaillait alors au Club 47, et qui deviendra par la suite le producteur des Doors.

   Le chanteur folk Richard Fariña, quant à lui, était l’époux de Mimi Baez, la sœur cadette de Joan. Fariña a étudié l’ingénierie à la Cornell University. Il se trouve que Cornell était également l’endroit où Albert Baez, le père de Joan et Mimi, avait mené des recherches classifiées. Albert avait tendance à beaucoup se déplacer, apparaissant dans des endroits aussi divers que Stanford, UC Berkeley, Cornell et le MIT, autant d’endroits qui se sont avérés être, après lecture de documents déclassifiés, des centres du programme MK-ULTRA. Albert Baez a également voyagé à l’étranger, en France, en Suisse, et en 1951 à Bagdad, en Irak, où il passa une année à, prétendument, enseigner la physique et à construire un laboratoire à l’université de Bagdad. Mille neuf cent cinquante et un se trouve aussi être l’année où Mossadegh fut élu dans l’Iran voisin, et où la CIA mit immédiatement en œuvre des plans pour le renverser, mais je suis certain qu’il ne s’agit là que d’une coïncidence.

   Quoiqu’il en soit, Fariña épousa Mimi alors qu’il avait vingt-six ans, et elle à peine dix-sept. Ils devinrent tous deux, tout comme Joan, des vedettes de la scène folk de Cambridge, sur laquelle ils firent leur apparition lorsque Albert Baez emmena sa famille avec lui à Boston en 1958 pour travailler au MIT. Le mariage de Richard et Mimi fut bref, malheureusement, puisque Richard Fariña fut tué dans un accident de moto à Carmel, en Californie, en ce jour très particulier du 30 avril 1966 où, à San Francisco, Anton Szandor Lavey proclamait le début du règne de Satan.

   Mais je me suis peut-être un peu éloigné du sujet...

   Durant le cours laps de temps qu’il passa à Harvard, Gram commença à monter ce qui deviendra par la suite The International Submarine Band. Lorsqu’il abandonna ses études au début de l’année 1966, les membres de son groupe et lui déménagèrent dans le Bronx, à New York, où Gram loua une maison de onze pièces pour y faire la fête et y consommer librement de la marijuana et du LSD. L’un des membres non-officiel du groupe était l’ancien enfant-acteur Brandon DeWilde, devenu aspirant musicien, qui était connu dans les années 50 comme étant « le roi des enfants-acteurs ». Parsons et DeWilde travaillèrent ensemble sur des cassettes de démonstration durant leur période new-yorkaise.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Brandon DeWilde

 

   En novembre/décembre 1966, neuf mois après avoir quitté Harvard pour New York, Gram décida de se rendre en Californie. C’est là qu’il rencontra une certaine Nancy Ross, qui vivait alors avec David Crosby. Ross fournit d’intéressants détails biographiques dans le livre de Ben Fong-Torres Hickory Wind: « J’ai grandi dans cette ville avec David Crosby... J’avais treize ans lorsque nous nous sommes rencontrés. David et moi faisions partie de la jeunesse dorée... Mon père était capitaine dans la Royal Air Force of England... J’ai épousé le petit-fils d’Eleanor Roosevelt, Rex, à seize, dix-sept ans. J’étais toujours mariée à Rex lorsque je me suis mise avec David... Le mariage a duré deux ans. J’ai eu un appartement et j’ai commencé à travailler dans le design de restaurants avec Elmer Valentine du Whisky-a-Go-Go. »

   À dix-neuf ans, Ross partit vivre avec David Crosby dans « sa petite chambre de bonne, où je traçai des pentagrammes sur les murs ». Peu après, Crosby acheta une maison sur Beverly Glen et Ross emménagea avec lui. C’est là que Gram Parsons trouva Nancy Ross, et qu’il l’enleva à David Crosby: « Brandon DeWilde, qui était un bon ami de David et de Peter Fonda, amena Gram dans notre maison de Beverly Glen un jour de noël. » D’après Nancy, Gram ne mit pas longtemps à la séduire. Peu après, au début de l’année 1967, Parsons s’installa définitivement à Los Angeles avec le reste de son groupe. D’après Fong-Torres, Gram – qui venait de recevoir près de 100 000$ de son fonds de placement, une somme considérable au milieu des années 60 - « trouva une maison sur la Willow Glen Avenue pour le reste du groupe, à côté du Laurel Canyon Boulevard et juste au nord du Sunset Strip. » Nancy et lui trouvèrent un appartement à proximité.

   Pendant ce temps, à la maison, Bob Parsons avait épousé Bonnie peu après le décès d’Avis, et les jeunes mariés avaient alors déménagé à la Nouvelle-Orléans avec Little Avis et Diane. Et à Waycross, la maison familiale des Connor, qui avait été abandonnée suite au soi-disant suicide de Coon Dog, était occupée depuis 1960 par la famille du shérif Robert E. Lee (et non, je n’invente rien). À la fin de 1968, à la veille de l’élection de Richard Nixon à la Maison-Blanche, l’imposante demeure prit feu suite à une explosion. La cause de cette explosion n’a jamais été déterminée.

   Une fois installés sur les collines surplombant Los Angeles, Gram Parsons et son groupe commencèrent l’enregistrement de ce qui s’avérera être leur unique album, Safe at Home, que certains historiens de la pop musique considèrent comme étant le premier album de country-rock, tandis que d’autres prétendent qu’il s’agit d’un album de pure country joué par des types qui ressemblent à des rockers. Quoiqu’il en soit, au moment de la sortie de l’album en 1968, Gram avait déjà dissout le groupe et rejoint The Byrds de manière non-officielle, en remplacement de David Crosby, qui venait de se rendre compte qu’il n’y avait décidément pas assez de place dans ce groupe pour son ego et lui.

   Le passage de Parsons chez les Byrds fut assez bref, à peine quatre ou cinq mois, après quoi il fut remplacé par le guitariste virtuose Clarence White, qui avait été un membre de la scène folk de Cambridge. Ce court mandat n’a pas empêché Parsons d’exercer une influence majeure sur l’album produit par le groupe durant cette période, Sweetheart of the Rodeo. Peu après son départ des Byrds, Parsons rencontra Richie Furay, qui cherchait à monter un nouveau groupe après la dissolution de Buffalo Springfield. Gram et Furay envisagèrent une collaboration, mais s’aperçurent bientôt qu’ils avaient trop de divergences sur le plan musical. Furay monta donc le groupe Poco, tandis que Gram créa The Flying Burrito Brothers. En 1969, le nouveau groupe de Gram avait pris forme, avec Gram en tant que chanteur et guitariste, Chris Hillman à la guitare lui aussi, Chris Etheridge à la guitare et à la basse, et « Sneaky Pete » Kleinow à la pedal steel guitar. Le groupe enregistra et publia The Gilded Palace of Sin, en collaboration avec divers artistes locaux. L’ancien des Byrds Michael Clarke rejoindra le groupe peu après, tout comme le futur membre des Eagles Bernie Leadon.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

The Flying Burrito Brothers

 

   Toujours en 1969, vers la fin de l’année, un Gram alors âgé de vingt-trois ans se mit en couple avec une jeune fille de seize ans nommée Gretchen Burrell, la fille du célèbre présentateur de journal télévisé Larry Burrell, dont les connexions étaient nombreuses à Hollywood. Il ne fallut pas longtemps pour que Gretchen s’installât au fameux Chateau Marmont Hotel, où Gram résidait alors, et ce avec la bénédiction des parents de cette dernière – j’imagine en effet que la plupart des parents fortunés n’ont pas d’autre souhait que de voir leur fille adolescente partager une vie de débauche et de consommation de drogue avec une star du rock. On notera que Rod Stewart, dans la maison duquel une des victimes des soi-disant Sunset Strip Killers fut aperçue en vie pour la dernière fois, résidait lui aussi dans cet hôtel à la même période.

   À la toute fin de l’année 1969, Parsons et ses comparses les Burrito Brothers jouèrent en première partie du concert tristement célèbre que donnèrent les Rolling Stones sur le circuit de courses d’Altamont, un honneur pour le moins douteux. Gram était devenu un intime des Stones, en particulier de Keith Richards, et il fut par la suite salué comme étant la source d’inspiration à l’origine de la très nette connotation country de l’album des Stones Let it Bleed.

   Parsons avait rencontré les Stones pour la première fois en 1968, alors qu’ils étaient à Los Angeles pour remixer leur album Beggar’s Banquet. Phil Kaufman, qui se vantait d’avoir couché avec chacune des meurtrières de la Manson Family, fréquentait lui aussi les Stones à cette époque. Kaufman avait vécu avec Charlie et ses filles après avoir été libéré de prison en 1968, où Manson et lui ont été incarcérés ensemble; Kaufman se décrit lui-même comme étant dès lors devenu un « cousin bienveillant » de Manson. Par la suite, il devint le manager des Stones au cours de leur tournée américaine de 1969, un travail qui semble donc parfaitement adapté aux ex-détenus proches de Manson.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Phil Kaufman

 

   À la fin de l’été 1969, peu après la mort étrange de Brian Jones en juillet, les Stones étaient de retour à LA pour apporter la touche finale à leur album Let It Bleed, et pour préparer une nouvelle tournée. D’après Ben Fong-Torres dans Hickory Wind: « Mick et Keith restèrent à la maison de Stephen Stills près du Laurel Canyon... Avant Stills, la maison avait été occupée par Peter Torke des Monkees. » Pour information, cette maison était en fait située dans le Laurel Canyon.

   Le 6 décembre 1969, Mick et Keith, les résidents temporaires du Laurel Canyon, ainsi que les résidents permanents Crosby, Stills, Nash & Young et les Flying Burrito Brothers, se rassemblèrent tous dans un circuit de courses abandonné du nom d’Altamont pour y donner un concert gratuit. À la fin du concert, quatre personnes avaient trouvé la mort, et 850 autres avaient été blessées à des degrés divers, la plupart par des queues de billard en plomb brandies par des membres des Hell’s Angels. Les Hell’s Angels avaient, bien entendu, été engagés par les Stones pour assurer la sécurité. Cette décision a systématiquement été qualifiée d’ « erreur innocente » commise par le groupe, même s’il est difficile de donner du crédit à cette assertion. Ce n’était certainement pas un secret que les clubs de moto réactionnaires, formés d’anciens militaires, étaient ouvertement hostiles aux hippies et aux activistes anti-guerre; ils avaient, dès 1965, brutalement attaqué des manifestants qui s’opposaient pacifiquement à la guerre, sous les yeux de la police qui les avait obligeamment laissés passer. Il était également de notoriété publique que les Angels étaient très impliqués dans le trafic de méthamphétamine, une drogue qui a été largement pointée du doigt pour expliquer les maux qui se sont abattus sur Haight-Ashbury.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Les Hell's Angels fendant la foule à Altamont

 

   Ce qu’on sait moins, c’est que plusieurs membres de gangs de bikers avaient des liens très étroits avec Charles Manson dans les années 60, et en particulier un club du nom de Straight Satans dont l’un des membres, Danny DeCarlo, avait occupé la fonction de sergent d’armes de la Family, en surveillant l’arsenal de Charlie. DeCarlo, d’après certains témoignages, était également étroitement lié à la Process Church of Final Judgement. Au moins un des artistes présents sur la scène d’Altamont avait lui aussi, curieusement, des liens étroits avec certains gangs de motards; comme l’a révélée son autobiographie, Crosby « avait des amis dans tous les chapitres des Hell’s Angels de la baie de San Francisco ».

   On se souviendra toujours du concert d’Altamont comme étant l’événement qui a causé le décès de Meredith Hunter, le jeune homme qui fut poignardé à mort par des membres des Hell’s Angels juste devant la scène, tandis que le groupe (les Rolling Stones, en l’occurrence) continuait à jouer. La chanson qu’ils interprétaient, contrairement à ce que rapportent la plupart des comptes-rendus de l’incident, était la chanson inspirée par la Process Church, Sympathy For The Devil. C’est en tout cas ce qu’a relaté le magazine Rolling Stone après avoir recueilli les témoignages de plusieurs reporters présents sur place, et visionné la pellicule originale, non éditée, du film du concert.

   La plupart des comptes-rendus prétendent que Hunter a été assassiné pendant que le groupe jouait Under My Thumb, mais ces assertions semblent toutes se fonder sur le film Gimme Shelter, dans lequel le meurtre a été délibérément présenté hors de son contexte. En l’absence de toute autre version filmée de la mort d’Hunter, le film des frères Maysles devint par défaut la version officielle de l’incident. Il est rarement mentionné que quelqu’un s’est donné beaucoup de mal pour faire en sorte qu’il n’y ait qu’une version des événements; comme l’a rapporté Rolling Stone, peu après le concert, « Une histoire étrange entourant Altamont concerne un jeune cinéaste de Berkeley qui prétendait avoir un enregistré le meurtre en 8MM. Il était rentré chez lui le samedi après que l’affaire ait eu lieu, et se mit à parler à ses amis de son film extraordinaire. Sa maison fut visitée la nuit suivante, et fouillée de fond en comble. Le voleur n’emporta que le film, et rien d’autre. »

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Le moment où Hunter est poignardé

 

   Contrairement à l’impression donnée par Gimme Shelter, le meurtre de Hunter survint peu après que les Stones furent montés sur scène. Mais comme Charlotte Zwerin, la monteuse du film, l’a expliqué à Salon.com quelques trente années plus tard, le point culminant du film doit toujours intervenir à la fin: « Nous parlons ici de la structure d’un film. Et quel genre de film sur un concert pouvions-nous faire après que quelqu’un ait été assassiné devant la scène? Continuer normalement pendant une heure aurait été une grave erreur en termes cinématographiques. » En revanche, il semblerait qu’altérer délibérément le cours des événements dans ce qui avait la prétention d’être un film documentaire ne constituait pas une erreur.

   L’un des jeunes cameramans travaillant pour les frères Maysles ce jour-là était un certain George Lucas (on ne sait pas exactement si c’est Lucas qui a filmé la partie où la scène du meurtre était opportunément dégagée). Peu de temps après, Lucas entamera une ascension fulgurante qui le mènera jusqu’aux sommets de la hiérarchie hollywoodienne. Il y sera rejoint par un réalisateur nommé Steven Spielberg; ils deviendront tous deux les réalisateurs les plus influents et les plus encensés par la critique de leur génération. Tout comme la seconde vague des groupes du Laurel Canyon, avec entre autres les Eagles et CSN, va transformer l’industrie de la musique, la faisant passer d’une communauté d’artistes à une énorme machine à faire de l’argent – marquant les débuts de l’ère des concerts dans les stades, des albums vendus à plusieurs millions d’exemplaires et des profits faramineux – Spielberg et Lucas vont produire des blockbusters tels que ET, Les Aventuriers de l’Arche Perdue, Les Dents de la Mer et La Guerre des Étoiles, transformant l’industrie cinématographique de la même façon. Il semble donc tout à fait naturel que, alors étudiant en cinéma à l’University of Southern California, le jeune Steven Spielberg résidait sur la Lookout Mountain dans le Laurel Canyon.

   De nombreux comptes-rendus de la tragédie d’Altamont incluent l’assertion douteuse selon laquelle on peut voir Hunter braquer un pistolet juste avant d’être assailli puis tué par les Hell’s Angels. D’autres récits prétendent même qu’Hunter aurait tiré avec cet hypothétique pistolet. Ce qu’on peut voir sans trop de difficulté, c’est le grand couteau planté dans le dos d’Hunter, mais l’enregistrement est au mieux ambigu quant au fait de savoir si Hunter a effectivement brandi un pistolet. Alan David Passaro, le membre des Hell’s Angels qui fut accusé du meurtre, avant d’être finalement acquitté, fut retrouvé noyé dans un réservoir en 1985 avec 10 000$ dans ses poches. Contrairement à la croyance largement répandue, Passaro n’a pas été acquitté parce que le jury avait été convaincu que Hunter avait sorti un pistolet, mais plutôt par le fait que les blessures qui causèrent la mort de Hunter furent données de haut en bas, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas des blessures infligées par Passaro, telles qu’elles apparaissent dans le film; quelqu’un d’autre avait continué à poignarder Hunter alors qu’il était au sol, et ce sont ces blessures, que la caméra n’a pu enregistrer très clairement, qui furent mortelles.

   Environ une année après Altamont, Don McLean, qui était par ailleurs un auteur-interprète assez obscur, fut l’auteur des paroles de ce qui devint par la suite l’une des chansons les plus iconiques de l’histoire de la musique pop: American Pie. On peut résumer cette chanson en disant qu’il s’agit du récit chronologique de diverses tragédies qui frappèrent le monde de la musique pop. Peu après une référence aux meurtres d’août 1969 par la Manson Family et leurs liens avec la scène musicale du Laurel Canyon, et juste avant une référence à la mort de Janis Joplin en 1970, on peut entendre le vers suivant, où McLean décrit la mort de Hunter comme un meurtre rituel, avec Mick Jagger dans le rôle de Satan:

   « And there we were, all in one place, a generation Lost in Space / With no time left to start again / So, come on, Jack be nimble, Jack be quick, Jack Flash sat on a candlestick, ‘cause... / Fire is the Devil’s only friend / Oh, and as I watched him on the stage, my hands were clenched in fists of rage / No angel born in hell, could break that Satan’s spell / And as the flames climbed high into the night, to light the sacrificial rite / I saw Satan laughing with delight, the day the music died.»*

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Mick Jagger sur scène avec les Hell's Angels, peu après le meurtre de Hunter

 

   Comme il était de coutume avec les grands événements de ce type au milieu des années 60, et plus particulièrement en Californie du Nord, Altamont avait été inondé d’acide. Et il était également de coutume à cette époque que cet acide soit fourni gratuitement par m. Augustus Owsley Stanley III, surnommé The Bear. Par exemple, Owsley avait généreusement distribué 10 000 doses d’un puissant acide à l’événement « Human Be-In », qui eut lieu en janvier 1967. Au Monterrey Pop Festival, tout juste cinq mois plus tard, il en avait préparé et distribué 14 000 doses. Il fit la même chose à Altamont. Ce jour-là, on peut aussi apercevoir sur le film des frères Maysles le roi des Freaks en personne, Vito Paulekas, tournoyant sur une plate-forme surélevée à côté de la scène.

   Gram Parsons prit la poudre d’escampette en compagnie de Mick et de ses copains, et quitta le chaos d’Altamont grâce à l’hélicoptère privé des Stones. L’année suivante, ses Flying Burrito Brothers sortaient leur second album, produit par Jim Dickson, l’homme qui avait joué un rôle essentiel dans la création du premier groupe du Laurel Canyon, The Byrds. En juin, Parsons fut viré du groupe, pour cause d’abus d’alcool et de drogues. Il signa peu après avec A&M Records, et entama une collaboration avec Terry Melcher. Gram devint bientôt un habitué de la maison de Melcher dans le Benedict Canyon; là, le duo auto-destructeur travaillait sur des chansons, avec Gram à la guitare et Melcher au piano. John Phillips devint lui aussi un proche de Parsons durant cette période.

   Pendant ce temps, à la Nouvelle-Orléans, la petite sœur Avis avait été placée dans une institution. Elle était tombée enceinte, après quoi Bob Parsons s’était empressé de la placer dans un hôpital psychiatrique et de faire en sorte d’annuler le mariage qu’elle avait contracté. Little Avis appela plusieurs fois son grand frère Gram à l’aide, mais ne reçut aucune réponse.

   À la fin du mois d’octobre 1970, Gram se rendit chez A&M où il déposa les bandes originales de dix chansons qu’il avait enregistrées avec Melcher; ces bandes ne refirent jamais surface, ce qui est arrivé plus d’une fois avec des enregistrements réalisés par Melcher. Au cours de la même période, Gram fut arrêté avec une valise remplie de médicaments délivrés sur ordonnance. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, l’affaire fut tranquillement étouffée, et Gram s’en tira sans dommages.

   En 1971, Gram épousa Gretchen Burrell. La cérémonie, somptueuse, eut curieusement lieu à la Nouvelle-Orléans, dans la maison de son beau-père Bob Parsons, ce qui a laissé les chroniqueurs de la vie de Gram pour le moins perplexes. Après tout, Bob Parsons était l’homme qui – en tout cas aux yeux de nombreux membres de la famille – avait traumatisé et interné la petite sœur de Gram, eut une liaison scandaleuse avec la baby-sitter de la famille avant de l’épouser, assassiné la mère de Gram, et régulièrement pillé la fortune familiale. Pourtant, c’est à Bob Parsons, aussi incroyable que cela puisse paraître, que Gram a confié le soin d’organiser et d’accueillir sa cérémonie de mariage, ce qui semble impliquer l’existence d’un lien entre les deux hommes qui va au-delà des explications conventionnelles.

   Cette même année, Gram passa quelque temps en France, là encore en compagnie des Stones. L’année suivante, il fut engagé chez Reprise Records par Mo Ostin. Il retourna alors au Chateau Marmont où il commença à travailler sur les chansons qui composèrent son premier album solo en compagnie d’Emmylou Harris, qui avait été élevée dans diverses bases militaires de Virginie. En 1973, à la sortie de ce premier album solo, simplement intitulé GP, « Gram et Gretchen finirent par quitter le Chateau Marmont pour s’installer dans une confortable maison en bois située sur le Laurel Canyon Boulevard, qui serpentait depuis le nord d’Hollywood jusqu’au Canyon préféré des stars », comme le raconte Fong-Torres.

 

➤ Gram Parsons - Altamont Pie

Gram Parsons et Emmylou Harris

 

   Gram se mit alors à travailler avec Emmylou Harris sur les morceaux de son second album solo, Grievous Angel, qui devait sortir de façon posthume. Mais alors que le mois de juillet 1973 touchait à sa fin, une série de tragédies s’abattirent sur Parsons et ses proches. En juillet de l’année précédente, Brandon DeWilde, l’ami de Gram – qui l’avait présenté à Peter Fonda, Dennis Hopper, Bruce Dern et Jack Nicholson, ce qui avait permis à Gram de faire une apparition dans le film The Trip – s’était tué dans un accident de la circulation. Une année plus tard, le 15 juillet 1973, Clarence White, un ami de Gram et musicien, était percuté par une voiture et tué sur le coup. D’après Fong-Torres: « Autour de la période du décès de Clarence White, Sid Kaiser, un personnage connu de tous sur la scène rock de Los Angeles, un ami proche de Gram, et, ce qui n’est pas anodin, un fournisseur de drogues de grande qualité, mourut d’une crise cardiaque. » Juste après ces deux morts, « à la fin du mois de juillet 1973... la maison [de Gram] dans le Laurel Canyon prit feu. »

   Pour information, d’autres sources situent cette maison dans le Topanga Canyon plutôt que dans le Laurel Canyon. Quoiqu’il en soit, Gram était chez lui lorsque l’incendie se déclara, et il dut être brièvement hospitalisé après avoir inhalé de la fumée. Après avoir perdu leur maison et toutes leurs possessions, Gram et Gretchen « emménagèrent dans la luxueuse demeure du père de Gretchen sur Mulholland Drive, dans le Laurel Canyon. » Gram ne vécut pas longtemps dans la demeure des Burrell; le 19 septembre 1973, Ingram Cecil Connor III mourut dans une chambre d’hôtel non spécifiée à la Joshua Tree Inn. Sa mort est en général attribuée à une overdose de drogue, mais les expertises toxicologiques laissent penser qu’il pourrait y avoir une autre cause à son décès. Sa mort ne reçut qu’une couverture médiatique minimaliste, en partie parce que, caprice du destin, l’auteur-interprète Jim Croce s’écrasa en avion le jour suivant, le 20 septembre 1973. Mais bien que les médias soient vite passés à autre chose, l’histoire de Gram Parsons n’était pas tout à fait terminée.

   Parsons se rendait régulièrement au Joshua Tree National Park, où l’un de ses passe-temps favoris était d’ingérer des drogues hallucinogènes, puis de partir à la chasse aux OVNI. Il emmenait parfois des amis tels que Keith Richards pour l’aider dans ses recherches. En septembre 1973, Gram s’était rendu à Joshua Tree en compagnie de son assistant personnel, Michael Martin, la petite amie de ce dernier, Dale McElroy, et de l’ancien amour de lycée de Gram, Margaret Fisher. L’histoire raconte que le groupe s’est rapidement trouvé à cours de marijuana, et envoya donc Martin à LA pour se réapprovisionner. Il n’était donc pas, officiellement, présent au moment du décès de Gram; on ne sait cependant pas pourquoi il n’est jamais revenu, surtout lorsqu’on sait que son travail consistait essentiellement à surveiller Gram, et à vérifier qu’il ne prenne pas de drogue en quantité excessive.

   Personne ne sait exactement comment Gram est décédé. Il y a autant de versions des événements qu’il y avait de témoins pour y assister. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai: il y a même plus de versions différentes que de témoins, parce que certains d’entre eux ont donné plusieurs versions des faits. Officiellement, Parsons est mort d’une overdose, mais les analyses post-mortem ont révélé qu’il n’y avait pas de barbituriques ni de morphine dans son sang. On a trouvé de la morphine dans son foie et dans ses urines, mais ces résultats indiquent un usage chronique, et non récent, de cette substance. La police ne semble pas avoir fait le maximum pour chercher ce qu’il s’est réellement passé, pas plus qu’elle n’a tenté de comprendre pourquoi il y avait tant de témoignages discordants. Certains détails – comme de savoir combien de temps Gram était resté seul, s’il était toujours en vie au moment de la découverte de son corps, qui a fait cette découverte, etc. – changeaient radicalement selon qu’il s’agissait des témoignages de Fisher, McElroy, et de Frank et Alan Barbary (le propriétaire de l’auberge et son fils). Les témoignages des Barbary étaient contradictoires entre eux, ainsi qu’avec ceux des filles présentes sur place.

   À l’hôpital, la police interrogea brièvement les deux filles, puis les relâcha. Deux heures plus tard, Phil Kaufman était arrivé sur place pour emmener Fisher et McElroy. Évitant la police et le personnel de l’hôpital, il se rendit ensuite directement à l’auberge, où les filles étaient retournées, et les ramena immédiatement à LA. La police n’a jamais reparlé à aucune des deux femmes, malgré les témoignages divergents et l’incertitude sur les causes réelles de la mort de Gram.

   Le jour de l’équinoxe d’automne 1973, Kaufman et Martin déboulèrent à LAX à bord d’un corbillard délabré fourni par McElroy, pour y réclamer le corps de Gram Parsons. On a peine à le croire, mais apparemment personne, y compris le policier présent sur place, n’a formulé d’objection en voyant ces deux hommes ivres et débraillés, conduisant un corbillard visiblement hors-service (il n’avait pas de plaques d’immatriculation, et plusieurs vitres étaient brisées) et ne possédant aucun document officiel, réclamer le corps d’une célébrité fraîchement décédée. En fait, d’après le témoignage – plus que douteux – de Kaufman, le flic les a même aidés à charger le cercueil à l’intérieur du corbillard, avant de feindre de ne pas voir Martin s’encastrer dans le mur alors qu’il quittait le hangar.

   Kaufman et Martin ont alors ramené le corps à Joshua Tree, l’ont aspergé d’essence et l’ont incinéré. La police locale a tout d’abord supposé que la crémation était de nature « rituelle », ce qu’elle était en effet, mais ce genre de rapports étaient alors moqués, et le sont toujours aujourd’hui.

   Le 26 septembre, des officiers de police de Los Angeles frappèrent à la porte de Kaufman munis d’un mandat d’arrêt, sur l’instigation du présentateur Larry Burrell. Curieusement, le réalisateur Arthur Penn était présent sur place avec toute une équipe de tournage pour y tourner le film Night Moves, avec la vedette Gene Hackman. Il semblerait que le petit monde d’Hollywood adore passer son temps avec les copains de Charlie Manson. Alors que l’équipe continuait de tourner, Kaufman était emmené par la police, mais était de retour quelques heures plus tard, n’écopant que d’une amende de 300$, augmentée du remboursement du cercueil.

   En janvier 1974, quatre mois après le décès de Parsons, Grievous Angel sortait sous les acclamations des critiques, et dans l’indifférence du public. Plus tard dans l’année, Bob Parsons, le père adoptif de Gram, mourrait des suites d’une maladie liée à l’alcool. Auparavant, il avait semble-t-il tenté de s’approprier le domicile du musicien défunt. Les décès de Gram et Bob Parsons furent immédiatement suivis par la banqueroute de la quasi-totalité de l’empire des Snively, simple coïncidence sans aucun doute. À peu près au même moment, Little Avis donnait naissance à sa fille Flora. Elles périrent toutes deux seize années plus tard dans un accident de bateau en Virginie. Avis venait d’avoir quarante ans.

 

 

*ndt: Et nous étions là, tous réunis en ce lieu, une génération Perdue dans l’Espace / Sans plus de temps pour recommencer / Alors vas-y, sois agile, Jack, sois rapide, Jack, Jack Flash était assis sur une bougie, parce que... / Le feu est le seul ami du Diable / Oh, et alors que je le regardais sur la scène, mes mains se serraient en poings rageurs / Aucun ange né en enfer, ne pourrait briser ce sortilège de Satan / Et alors que les flammes s’élevaient haut dans la nuit, pour illuminer le sacrifice rituel / Je vis Satan rire avec délectation, le jour où la musique est morte.

 

 

***********************************************

Lire la traduction du premier chapitre

Lire la tradution du dix-huitème chapitre

 

 

Lire la suite

➤ La rhétorique de l'État Islamique pour contrer les théories du complot

29 Mai 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #complotisme, #état islamique

 

Télécharger l'article en pdf

  

L'idolâtrie des théories du complot

 

{Quand Nous voulons une chose, Notre seule parole est : "Sois". Et, elle est} [Sourate An-Nahl: 40].(*) {Il est le Créateur des cieux et de la terre à partir du néant. Lorsqu’Il décide une chose, Il dit seulement: «Sois», et elle est aussitôt} [Sourate Al-Baqarah: 117]. {Et c’est Lui qui a créé les cieux et la terre, en toute vérité. Et le jour où Il dit: « Sois! » Cela est, Sa parole est la vérité. A Lui, [seul,] la royauté, le jour où l’on soufflera dans la Trompe. C’est Lui le Connaisseur de ce qui est voilé et de ce qui est manifeste. Et c’est Lui le Sage et le Parfaitement Connaisseur} [Sourate Al-An’ām: 73]. {Quand Il veut une chose, Son commandement consiste à dire: «Sois», et c’est} [Sourate Yāsīn: 82].

{C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît. Et Il connaît ce qui est dans la terre ferme, comme dans la mer. Et pas une feuille ne tombe qu’Il ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, rien de frais ou de sec, qui ne soit consigné dans un livre explicite} [Sourate Al-An’ām: 59]. {Dis: « Je ne détiens pour moi-même ni profit ni dommage, sauf ce qu’Allah veut. Et si je connaissais l’Inconnaissable, j’aurais eu des biens en abondance et aucun mal ne m’aurait touché. Je ne suis, pour les gens qui croient, qu’un avertisseur et un annonciateur »} [Sourate Al-A’rāf: 188]. {Dis: « Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connaît l’Inconnaissable, à part Allah ».} [Sourate An-Naml: 65]. {[Mon Seigneur] le Connaisseur de l’Inconnaissable. Rien ne Lui échappe fût-il du poids d’un atome dans les cieux, comme sur la terre. Et rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite} [Sourate Saba’: 3]. {Ou bien détiennent-ils l’Inconnaissable pour le mentionner par écrit? Ou cherchent-ils un stratagème? Mais ce sont ceux qui ont mécru qui sont victimes de leur propre stratagème} [Sourate At-Tūr: 41-42].

{Dis-[leur]: « Je ne vous dis pas que je détiens les trésors d’Allah, ni que je connais l’Inconnaissable, et je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. »} [Sourate Al-An’ām: 50]. {Dis: « Si c’était vous qui possédiez les trésors de la miséricorde de mon Seigneur, vous lésineriez, certes, de peur de les dépenser. » Et l’homme est très avare} [Sourate Al-Isrā’: 100]. {Possèdent-ils les trésors de ton Seigneur? Ou sont-ils eux les maîtres souverains?} [Sourate At-Tūr: 37].

Le pouvoir, la connaissance, et la propriété absolus sont des attributs qui n'appartiennent qu'à Allah (ta’ālā [ndt: qu’il soit glorifié]). Ceci a toujours été la foi des musulmans depuis que le père de l'humanité – Adam (‘alayhis-salām [ndt: que la paix soit sur lui]) – a marché sur la terre, et il en sera toujours ainsi jusqu'à ce que le dernier croyant rende son dernier souffle, peu avant l'Heure. Allah (ta’ālā) seul connaît les plus infimes détails de tout ce qui est, contrôle tous les événements, et possède chaque particule atomique. Même les païens de la Jāhiliyyah [ndt: concept d’ignorance de Dieu] dans la péninsule arabique ne doutaient pas que seul Allah possédait le pouvoir, la connaissance, et la propriété absolus, mais ils commettaient le péché d’idolâtrie, et ce de nombreuses façons, comme d’attribuer une connaissance partielle des choses cachées aux devins, d’assigner des parts de leurs champs et de leurs troupeaux à des idoles, ou de prétendre que leurs idoles possédaient une certaine influence pour intercéder en leur faveur. Et prétendre que leurs idoles, leurs devins et leurs rois possédaient le pouvoir, la connaissance, et la propriété absolus, ou quasi-absolus, c’en était plus que même la fitrah [ndt: foi innée] corrompue des jāhiliyyīn ne pouvait tolérer.

Malheureusement, cette attitude shirkī [ndt: idolâtre] (à la fois mineure et majeure) est entrée dans les cœurs et les esprits de nombreux dirigeants, érudits et prêcheurs se prétendant « musulmans » - en imitant ainsi les nationalistes arabes avant eux – quand on les a vus commencer à décrire les ennemis de l’Islam avec des attributs très proches de ceux de la rubūbiyyah (la qualité de seigneur d’Allah). Pour eux, les kuffār [ndt: mécréants] possédaient une connaissance, un pouvoir et une propriété quasi-absolus, leur permettant de planifier et d’exécuter n’importe quelle conspiration de grande ampleur qui leur conviendrait. C’est presque comme s’ils s’attribuaient la faculté de créer avec le mot « sois »! Leur malignité est devenue plus apparente dans les questions relatives au jihād.

Au cas où quelqu’un désirerait entreprendre le jihād, ces dirigeants lui diraient que le jihād est désormais une conspiration pour éliminer les jeunes musulmans sincères, en laissant ainsi les terres musulmanes aux laïques. Au cas où quelqu’un souhaiterait rejoindre un jihād jamā’ah [ndt: groupe jihadiste], ils lui diraient que ces groupes sont des créations des kuffār pour protéger des intérêts kāfir. Si des actions de jihād – comme celles du 11 septembre – étaient menées contre les kuffār, ils prétendraient que ces actions sont des conspirations des kuffār pour justifier leur agression contre les musulmans. Si un chef mujāhid [ndt: combattant engagé dans le jihād] professait la shahādah [ndt: profession de foi musulmane qui proclame l’unicité de Dieu], ils diraient que les kuffār l’ont utilisé et ont eu besoin de se débarrasser de lui avant qu’il ne décide de dévoiler la « conspiration » à laquelle il aurait soi-disant pris part.

Au cas où les mujāhidīn libéreraient un territoire occupé par les kuffār, ils diraient que les kuffār leur ont permis d’agir ainsi, car les intérêts kāfir nécessitaient une guerre prolongée. Si les mujāhidīn annonçaient la création d’un État Islamique, ils diraient que les kuffār ont aidé à son établissement pour justifier leur ingérence continuelle dans les affaires musulmanes. Et donc, si l’on se fie à ces théoriciens, quasiment tous les événements du monde sont liés d’une façon ou d’une autre aux kuffār, à leurs agences de renseignement, à leur recherche, leur technologie, et leurs co-conspirateurs!

Les théories du complot sont ainsi devenues une excuse pour abandonner le jihād, pour éprouver une grande crainte envers les kuffār, pour rejeter les obligations de la bay’ah [ndt: serment d’allégeance à un chef], et pour poursuivre la Dunyā [ndt: le monde matériel, par opposition au monde spirituel], tout ceci au nom d’une soi-disant « conscience politique ».

L’un des pires aspects de ces théories est qu’elles ne réclament aucune preuve, mais seulement des « déductions » stupides. Et ce qui est encore pire, la plupart de ces théoriciens du complot sont eux-mêmes impliqués dans de véritables conspirations kāfir! Nous voyons les Sahwah irakiens [ndt: des milices sunnites irakiennes financées par l’armée américaine] qui se battent aux côtés de l’armée irakienne – et qui sont ouvertement soutenues par l’Iran – tout en prétendant que les mujāhidīn sont des agents de l’Iran! On peut voir les différentes factions Sahwah qui cèdent ouvertement des territoires au régime Nusayrī [ndt: alaouite], tout en prétendant que les mujāhidīn coopèrent avec le régime Nusayrī! On peut voir les différentes factions Sahwah qui discutent ouvertement et publiquement avec le Qatar, la Turquie, les Āl Salūl [ndt: terme péjoratif pour la famille royale d’Arabie Saoudite] et les américains pour préparer leurs plans de coopération contre l’État Islamique, tout en prétendant que les muhājirīn [ndt: combattants chiites] et ansār [ndt: ansār-al-islam, un groupe salafiste qui a intégré l’État Islamique] sont alliés et sont des agents de pays étrangers! On peut voir la Coalition Nationale Syrienne qui envisage de rencontrer le régime Nusayrī, tout en prétendant que l’État Islamique se bat dans l’intérêt de ce régime!

La rhétorique de l'État Islamique pour contrer les théories du complot

[Légende originale:] L'apostat et ancien chef du Conseil National Syrien

Nul besoin de preuve pour conclure à une conspiration; le désir et la stupidité sont suffisants. Et lorsque la coopération avec les kuffār contre les musulmans devient clairement publique, cela devient subitement « maslahah » ( pour la « bonne » cause). C’est « maslahah » de coopérer avec les américains contre l’État Islamique, et non pas une conspiration de kufr et de la traîtrise! C’est « maslahah » de coopérer avec ces factions soutenues par les tawāghīt [ndt: dirigeants qui ne suivent pas les lois islamiques] et les croisés contre l’État Islamique, et non pas une déviance ni de l’apostasie! C’est « maslahah » d’avancer sous la protection des avions des croisés et des apostats contre l’État Islamique, et non pas une porte qui ouvre sur les tréfonds de l’enfer! C’est « maslahah » d’utiliser les mots « loi laïque », « état laïque », et « auto-détermination », et non pas de la soumission aux demandes de ceux qui soutiennent les croisés et les apostats!

La croyance extrême dans les théories du complot varie entre l’idolâtrie mineure et l’idolâtrie majeure, en fonction du degré de puissance, de connaissance et de propriété que les croyants en ces théories attribuent aux kuffār.

Celui qui réinterpréterait l’histoire des musulmans en accord avec les théories du complot de ces théoriciens se rendrait coupable d’une grave déviance. Il suffit de demander à ces théoriciens si les musulmans ont pu établir un état puis s’étendre uniquement par la grâce des empires perses et romains? Les musulmans étaient-ils des agents des perses et des romains durant les guerres qui ont opposé les deux empires rivaux? Les faux prophètes et les dirigeants qui s’opposaient au zakāh [ndt: impôt religieux, l’un des cinq piliers de l’islam] étaient-ils secrètement des non-arabes qui auraient appartenu à une race étrangère? La réponse à toutes ces questions est indubitablement négative. Et le monde a-t-il changé dans le sens où ces vastes conspirations auraient pu se développer et prendre le contrôle du monde? La réponse est non. {Or, jamais tu ne trouveras de changement dans la règle d’Allah et jamais tu ne trouveras de déviation dans la règle d’Allah} [Fātir: 43].

Et on demande à ces théoriciens du complot: comment s’expliquent ces versets à la lumière de ces vastes théories du complot?

{Tous ne vous combattront que retranchés dans des cités fortifiées ou de derrière des murailles. Leurs dissensions internes sont extrêmes. Tu les croirais unis, alors que leurs cœurs sont divisés. C’est qu’ils sont des gens qui ne raisonnent pas} [Al-Hashr: 14]. Ce verset explique que les kuffār peuvent apparaître unis, mais que leurs cœurs sont en fait remplis d’animosité et d’inimitié les uns pour les autres. Et cette haine se manifeste parfois dans leurs actions. Comment des conspirations extrêmement vastes peuvent-elles s’accomplir si leurs membres sont si divisés?

{Et les Juifs disent: « Les Chrétiens ne tiennent sur rien» et les Chrétiens disent: «Les Juifs ne tiennent sur rien », alors qu’ils lisent le Livre! De même ceux qui ne savent rien [i.e. les mushrikīn [ndt: les polythéistes]] tiennent un langage semblable au leur...} [Al-Baqarah: 113]. Ce verset explique que l’animosité et l’inimitié qui existent entre les différentes religions kufrī se manifestent dans les paroles.

{N’as-tu pas vu les hypocrites disant à leurs confrères qui ont mécru parmi les gens du Livre: « Si vous êtes chassés, nous partirons certes avec vous et nous n’obéirons jamais à personne contre vous; et si vous êtes attaqués, nous vous secourrons certes ». Et Allah atteste qu’en vérité ils sont des menteurs. S’ils sont chassés, ils ne partiront pas avec eux; et s’ils sont attaqués, ils ne les secourront pas; et même s’ils allaient à leur secours, ils tourneraient sûrement le dos; puis ils ne seront point secourus} [Al-Hashr: 11-12]. Ce verset explique que les alliés hypocrites des kuffār sont trop peu fiables pour exécuter les ordres des kuffār. Alors comment se peut-il que leurs vastes conspirations aient pu demeurer intactes durant des décennies et des siècles? {Et de ceux qui disent: « Nous sommes chrétiens », Nous avons pris leur engagement. Mais ils ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons donc suscité entre eux l’inimitié et la haine jusqu’au Jour de la Résurrection. Et Allah les informera de ce qu’ils faisaient} [Al-Mā’idah: 14]. Ce texte explique la grande haine partisane qui habite les différents partis chrétiens.

{Et certes, ce qui a été descendu vers toi de la part de ton Seigneur va faire beaucoup croître parmi eux [les juifs] la rébellion et la mécréance. Nous avons jeté parmi eux l’inimitié et la haine jusqu’au Jour de la Résurrection. Toutes les fois qu’ils allument un feu pour la guerre, Allah l’éteint} [Al-Mā’idah: 64]. Ceci explique la grande haine partisane que les divers partis juifs éprouvent les uns pour les autres.

{Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science} [Āl ‘Imrān: 19]. {Ils ne se sont divisés qu'après avoir reçu la science et ceci par rivalité entre eux} [Ash-Shūrā: 14]. Ces deux versets expliquent la division et les divergences entre les juifs et les chrétiens, et l’animosité présente entre les deux religions et leurs sectes.

{(Rappelle-toi) quand Allah dit: « Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre, t’élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n’ont pas cru et mettre jusqu’au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas ... »} [Āl ‘Imrān: 55]. Ibn Zayd (rahimahullāh [ndt: que la miséricorde d’Allah soit sur lui]) a expliqué ce verset ainsi: « Il n’y a aucune terre habitée par les chrétiens, à l’Est comme à l’Ouest, où ils ne soient pas au-dessus des juifs. Les juifs sont humiliés dans tous les pays. » [Tafsīr at-Tabarī]. Et ceci malgré le kufr des chrétiens. Mais parce que les chrétiens n’ont pas insulté le Prophète ‘Īsā [ndt: Jésus] (‘alayhis-salām) ni accusé sa mère vertueuse d’avoir péché, il leur a été donné de pouvoir humilier les juifs qui ont insulté ‘Īsā et calomnié Maryam [ndt: Marie].

{Où qu’ils se trouvent, ils sont frappés d’avilissement, à moins d’un secours providentiel d’Allah ou d’un pacte conclu avec les hommes. Ils ont encouru la colère d’Allah, et les voilà frappés de malheur} [Āl ‘Imrān: 112]. Al-Hasan (rahimahullāh) a expliqué ce verset ainsi: « Cette Ummah [ndt: communauté musulmane] a submergé les juifs tandis que les Majūs [ndt: mages, les zoroastriens] collectaient la jizyah [ndt: impôt imposé aux non-musulmans] auprès des juifs » [Tafsīr at-Tabarī]. Ce verset explique que les juifs sont toujours humiliés et soumis. L’état juif lui-même a été établi pour les juifs avant tout par les croisés britanniques. Et si les juifs ont pu prendre le contrôle des tawāghīt arabes, c’est grâce aux relations entre les juifs et les croisés et à la déchéance des apostats arabes.

Ainsi, lorsqu’on examine l’histoire et les événements actuels, il faut comprendre ce qui suit:

1) La connaissance, le pouvoir et la propriété des kuffār sont faibles et limités. Ils ne voient pas tout, n’entendent pas tout, ne savent pas tout, ne contrôlent pas tout, ni ne possèdent tout, comme certains individus tentent de les décrire. Quiconque croit ceci est tombé dans l’idolâtrie.

2) La seule conspiration ancienne mentionnée dans le Qur’ān est celle d’Iblīs [ndt: Satan] le maudit. Allah (ta’ālā) a dit à propos de ce complot: {la ruse du Diable est, certes, faible} [An-Nisā’: 76]. De même, les complots des alliés du Diable sont encore plus faibles. Au contraire, ils sont les jouets du complot d’Allah contre eux.

3) Les kuffār sont divisés, éprouvent de l’animosité et de l’inimitié les uns pour les autres, usent de violence entre eux, s’humilient et se dégradent les uns les autres, et pourtant ils s’unissent contre les musulmans, leur ennemi commun. {Ô les croyants! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens; ils sont alliés les uns des autres} [Al-Mā’idah: 51]. {Et ceux qui n’ont pas cru sont alliés les uns des autres} [Al-Anfāl: 73]. Mais l’unité des kuffār est fragile et superficielle. À l’unité succède souvent la division, et ils se trahissent les uns les autres.

4) Il ne fait pas de doute que les kuffār manigancent des conspirations, mais ces complots sont faibles en raison des liens fragiles qui unissent les kuffār entre eux, du manque de fiabilité et de la lâcheté de leurs alliés et agents hypocrites, de la peur des kuffār pour les musulmans qui est plus grande que la peur qu’ils éprouvent pour Allah, et de la peur qu’éprouvent les kuffār pour la mort et leur amour de la Dunyā.

5) Leurs véritables conspirations peuvent être prouvées matériellement, et ne reposent pas sur des déductions sans fondement - {conjecturant sur leur mystère} [Al-Kahf: 22]. {alors qu’ils n’en ont aucune science: ils ne suivent que la conjecture, alors que la conjecture ne sert à rien contre la vérité} [An-Najm: 28]. Le fait que les mujāhidīn et les deux camps kāfir aient un ennemi commun et des intérêts convergents ne signifie pas forcément que les mujāhidīn soient des agents d’un des camps kāfir (particulièrement si les mujāhidīn combattent les deux camps et sont combattus par les deux camps). Les mujāhidīn qui combattaient les communistes russes n’étaient pas des agents américains, tout comme les guerres menées par les musulmans contre l’empire perse ne signifiaient pas forcément que les musulmans étaient des agents des romains! De plus, lorsqu’on analyse l’histoire contemporaine, on se rend compte que les apostats qui menaient des guerres nationalistes avaient toujours des relations au grand jour avec leurs alliés kāfir. Les véritables conspirations n’étaient pas secrètes, et invisibles pour le commun des mortels. Les Sahwah irakiennes ont ouvertement rencontré Bush, le régime irakien et les chefs Rāfidī [ndt: iraniens]. Les factions Sahwah « islamiques » d’Irak se sont battues ouvertement aux côtés des tribus Sahwah contre l’État Islamique, et ont été publiquement représentées politiquement sous l’égide des tawāghīt de la région. La Sahwah syrienne tient des réunions publiques au Qatar, en Turquie et en Arabie « Saoudite ». Les américains évoquent publiquement leur soutien à la Sahwah syrienne, et le soutien apporté à ses factions « islamiques » par les alliés des américains – le Qatar, la Turquie, et Āl Salūl. Et il y a longtemps de cela, les agents de la « Révolte Arabe » rencontraient ouvertement, en Europe, en Égypte, dans la péninsule arabique, à Shām [ndt: en Syrie] et en Irak, divers dirigeants croisés issus de l’empire britannique.

6) Les conspirations de grande ampleur impliquent une très grande quantité de facteurs, qui ne peuvent être contrôlés que par Allah (ta’ālā). On peut citer comme exemple de ce type de conspiration celle selon laquelle les attaques du 11 septembre auraient été perpétrées par les américains eux-mêmes. Combien de membres du gouvernement croisé auraient dû être placés sous une surveillance permanente, pour empêcher que l’information sur ces attaques ne sorte avant leur exécution? Combien de bouches aurait-il fallu clore dans le monde entier pour empêcher qu’une telle conspiration ne soit révélée après qu’elle ait eu lieu? Combien d’autres sujets aurait-il fallu garder sous contrôle pour préserver la conspiration? On ne peut accepter une telle manière d’envisager cet événement qu’en sacrifiant le tawhīd [ndt: notion d’unicité de Dieu]. L’Amérique contrôle-t-elle autant de facteurs différents? L’attaque a eu lieu contre l’Amérique, et les théoriciens du complot prétendent que c’est l’Amérique elle-même qui l’a exécutée! Combien de dirigeants américains auraient-ils eu l’impression d’être coupables de « trahison » en ayant connaissance de la « conspiration », tout en gardant le silence? La réalité est évidente et il s’agit là de la vérité définitive – et elle est que ce sont les mujāhidīn, sous le commandement du Shaykh Usāmah (rahimahullāh), qui ont perpétré l’attaque bénie, et qui ont ainsi humilié l’Amérique comme elle ne l’avait jamais été auparavant.

7) Le but des théories du complot est d’exagérer le pouvoir des kuffār, et les musulmans deviennent paralysés en analysant les événements actuels, et finissent par plus craindre les kuffār qu’ils ne craignent Allah (ta’ālā). Il s’agit d’une méthode pour détruire la tawakkul (dépendance) du musulman envers son Seigneur. Avec, le temps, il va pourtant finir par comprendre les versets suivants: {Annonce aux hypocrites qu’il y a pour eux un châtiment douloureux, ceux qui prennent pour alliés des mécréants au lieu des croyants, est-ce la puissance qu’ils recherchent auprès d’eux? (En vérité) la puissance appartient entièrement à Allah} [An-Nisā’: 138-139].

À la lumière de tout ceci, il convient de réaliser la différence entre les divers partis rivaux des kuffār qui forment de véritables alliances – comme la coalition entre les croisés, les Safawī [ndt: les iraniens] et les Nusayrī – pour faire la guerre à l’État Islamique, et pour ainsi satisfaire leurs intérêts kāfir mutuels, et entre croire que les chrétiens, les rāfidah [ndt: déserteurs], les juifs et les apostats sont tous des membres cachés d’une même société secrète, d’un même parti politique occulte, ou d’une même théorie du complot grandiose, s’adorant tous les uns les autres, et feignant de s’être hostiles.

Puisse Allah révéler les véritables conspirations des kuffār, et effacer des cœurs les théories du complot shirkī.

 

La rhétorique de l'État Islamique pour contrer les théories du complot

[Légende originale:] Les conséquences du raid béni sur les tours jumelles

 

*Note: les extraits des versets du Coran sont tirés du site islam-fr.com

Lire la suite

➤ Les tactiques de la CIA pour contrer les théories du complot

20 Mai 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #CIA, #conspiration, #Kennedy, #Warren

 

Télécharger l'article en pdf

 

Le 4 janvier 1967,

1. Nos inquiétudes. Depuis le jour de l'assassinat du président Kennedy, les spéculations sont allées bon train pour déterminer qui devait porter la responsabilité de ce meurtre. Bien qu'elles aient été, dans un premier temps, alimentées par le rapport Warren (qui a été publié à la fin de l'année 1964), divers auteurs ont à présent eu le temps d'examiner les différents documents et le rapport de la commission dans le but de les remettre en cause, et de nombreux livres et articles ont été publiés, qui remettent en cause les conclusions de la commission. Dans la plupart des cas, les critiques spéculent sur l'existence d'une sorte de conspiration, et ils ont souvent laissé entendre que la commission elle-même était impliquée dans cette conspiration. Un sondage d'opinion paru récemment indique que 46% du public américain ne pense pas qu'Oswald ait agi seul, et que plus de la moitié des sondés pensent que la commission a laissé certaines questions en suspens; ces résultats ont sans doute pour origine la remise en cause croissante du rapport de la commission Warren. Il fait peu de doute que des sondages similaires réalisés à l'étranger donneraient des résultats comparables, voire encore plus négatifs.


2. Cette tendance de l'opinion est un motif d'inquiétude pour le gouvernement américain, y compris notre organisation. Les membres de la commission Warren ont bien entendu été choisis pour leurs qualités d'intégrité, d'expérience et de respectabilité. Ils représentaient les deux partis principaux, et ils provenaient, eux et leurs collaborateurs, de tout le pays. Le seul fait de remettre en cause la droiture et la sagesse des membres de la commission tend, en raison de leur statut, à jeter le doute sur l'ensemble des dirigeants de la société américaine. De plus, il semble qu'il y ait une tendance de plus en plus marquée à laisser sous-entendre que le président Johnson lui-même, dont on pourrait dire qu'il est le principal bénéficiaire de l'assassinat, était responsable d'une façon ou d'une autre.

Des insinuations aussi sérieuses affectent non seulement l'individu mis en cause, mais aussi la totalité du gouvernement américain. Notre organisation elle-même est directement impliquée dans cette affaire; nous avons, entre autres actions, fourni des informations dans le cadre de l'enquête. Des théories conspirationnistes ont fréquemment jeté la suspicion sur notre organisation, par exemple en prétendant faussement que Lee Harvey Oswald travaillait pour nous. L'objectif de cette dépêche est de fournir des éléments permettant de contrer et de discréditer les assertions des théoriciens du complot, ce qui permettra d'endiguer la circulation de ces assertions dans d'autres pays. Les informations concernant le contexte sont fournies dans une section classifiée et dans certains documents non classifiés.

 

3. Action. Nous ne recommandons pas d'initier une conversation sur l'assassinat, lorsqu'elle celle-ci n'a pas déjà été engagée. Toutefois, lorsqu'une discussion est active, les destinataires [de cette note] doivent:

a. Discuter le problème de la publicité avec le personnel de liaison et des contacts amicaux au sein de l'élite (en particulier des politiciens et des responsables de journaux), en soulignant que la commission Warren a fait une enquête aussi minutieuse qu'il est humainement possible, que les attaques des critiques sont sans fondement, et que continuer sur la voie de la discussion spéculative fait le jeu de l'opposition. Souligner également que certains éléments des discussions conspirationnistes semblent être générés délibérément par des propagandistes communistes. Les enjoindre à utiliser leur influence pour décourager les spéculations infondées et irresponsables.

b. Recruter des agents de propagande pour répondre aux attaques des critiques et les réfuter. Les critiques de livres et les éditoriaux sont particulièrement appropriés dans cette optique. Les documents non-classifiés joints à ce guide fourniront des éléments de contexte utiles, à transmettre aux agents. Notre tactique devra, autant que possible, montrer que les critiques sont (I) adossés à des théories exprimées avant que les preuves ne soient disponibles, (II) intéressés politiquement, (III) intéressés financièrement, (IV) inexacts et hâtifs dans leurs recherches, ou (V) infatués de leurs propres théories. Au cours de discussions concernant l'ensemble du phénomène critique, une stratégie appropriée pourrait être de souligner la théorie d'Epstein pour l'attaquer, en utilisant l'article de Fletcher Knebel et celui de Spectator joints pour le contexte. (Bien que le livre de Mark Lane soit bien moins convaincant que celui d'Epstein, et qu'il soit facilement démonté par des critiques au fait de la question, il est aussi beaucoup plus difficile à traiter de façon globale, et on se perd dans des détails sans relations entre eux).

4. Dans des discussions privées ou dans les médias, lorsqu'on ne vise pas un auteur en particulier, ou qu'on s'attaque à des publications qui pourraient être bientôt disponibles, les arguments suivants pourraient être utiles:

a. Aucune preuve nouvelle et significative n'est apparue sans que la commission ne l'ait prise en compte. L'assassinat est parfois comparé (par exemple par Joachim Joesten et Bertrand Russell) à l'affaire Dreyfus; toutefois, contrairement à cette affaire, les attaques contre la commission Warren n'ont produit aucune preuve nouvelle, aucun nouveau coupable n'a été identifié de manière convaincante, et les critiques ne s'accordent pas entre eux. (Une meilleure comparaison, bien qu'imparfaite, serait celle qu'on pourrait faire avec l'incendie du Reichstag en 1933, que certains historiens (Fritz Tobias, A.J.P. Taylor, D.C. Watt) attribuent désormais à la seule initiative de Van der Lubbe, sans intervention des nazis ou des communistes; les nazis ont tenté de faire porteau le chapeau aux communistes, mais ces derniers sont bien mieux parvenus à convaincre le monde que les nazis étaient responsables).

b. En général, les critiques surestiment certains éléments et en ignorent d'autres. Ils ont tendance à mettre l'accent sur les souvenirs des témoins (qui sont moins fiables et plus divergents – et offrent donc plus de prise à la critique), et à minimiser les expertises ballistiques, l'autopsie et les preuves photographiques. Un examen attentif du rapport de la commission Warren montrera en général que les témoignages divergents des témoins occulaires sont cités hors contexte, ou ont été écartés par la commission pour de bonnes raisons.

c. Une conspiration de grande ampleur serait impossible à dissimuler aux États-Unis, en particulier parce que les informateurs peuvent s'attendre à être grassement rétribués, etc. On notera que Robert Kennedy, ministre de la justice de l'époque et frère de John F. Kennedy, serait la dernière personne à ignorer ou à dissimuler une conspiration. Et comme l'a souligné un critique, le membre du Congrès Gerald R. Ford aurait sans doute parlé pour préserver l'administration démocrate, et le sénateur Russell aurait eu un grand intérêt politique à pointer du doigt d'éventuels méfaits du juge en chef Warren. De plus, un conspirateur n'aurait sans doute pas choisi une position de tir qui était si dépendante d'éléments incontrôlables: la route, la vitesse des voitures, la cible mouvante, le risque que l'assassin soit découvert. Un groupe de riches conspirateurs aurait pu organiser des conditions plus sûres.

d. Les critiques ont souvent été séduits par une forme d'orgueil intellectuel: ils mettent sur pied une théorie, et en tombent amoureux; ils doutent de la commission parce qu'elle n'a pas toujours répondu à chaque problème avec une décision ferme et définitive, dans un sens ou dans l'autre. En fait, la composition de la commission et de son personnel constituaient un excellent garde-fou contre la tendance à trop suivre une théorie ou une autre, ou contre la transformation fallacieuse des probabilités en certitudes.

e. Oswald n'aurait été choisi par aucune personne sensée pour devenir un co-conspirateur: c'était un "solitaire", perturbé, peu fiable et une inconnue pour tout service de renseignement professionnel.

f. Quant aux accusations selon lesquelles le rapport de la commission Warren était un travail bâclé, celui-ci a été rendu public trois mois après la date limite fixée à l'origine. Mais en ce qui concerne le fait que la commission a été contrainte de précipiter la remise du rapport, c'était essentiellement dû à la pression des spéculations irresponsables qui apparaissaient déjà, provenant dans certains cas de critiques qui, refusant d'admettre leurs erreurs passées, émettent à présent de nouvelles critiques.

g. Des accusations aussi vagues que "plus de dix personnes sont mortes dans des conditions mystérieuses" peuvent toujours s'expliquer par une cause naturelle, par exemple: les personnes concernées sont décédées de cause naturelle; le personnel de la commission a interrogé 418 témoins (le FBI en a interrogé bien plus, menant 25 000 entretiens), et il faut s'attendre à un certain nombre de décès dans des groupes de cette importance. (Lorsque Penn Jones, l'un des créateurs de la phrase "dix morts mystérieuses", est passé à la télévision, il s'est avéré que sa liste de décès comprenait deux attaques cardiaques, un cancer, une collision frontale contre un pont, et une personne qui s'est encastrée dans la butée d'un pont).

5. Lorsque c'est possible, contrer la spéculation en encourageant la consultation du rapport de la commission lui-même. Des lecteurs étrangers ouverts d'esprit devraient malgré tout être impressionnés par le soin, la minutie, l'objectivité et la rapidité avec lesquels la commission a fait son travail. Les critiques d'autres livres devraient ajouter dans leur compte-rendu l'idée que, en vérifiant dans le rapport lui-même, ils ont trouvé ce dernier bien plus convaincant que les travaux des critiques.

Clayton P. Nurnad

 

Les tactiques de la CIA pour contrer les théories du complot

Les tactiques de la CIA pour contrer les théories du complot

Les tactiques de la CIA pour contrer les théories du complot

 

Lire la suite

➤ L'histoire secrète des champignons hallucinogènes

17 Mai 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #Bernays, #champignons hallucinogènes, #CIA, #Dulles, #J.P. Morgan, #Wasson

 

Télécharger l'article en pdf

 

Vue d'ensemble:

« Le rôle des drogues dans l'exercice du contrôle politique est de plus en plus discuté. Ce contrôle peut s'exercer par la prohibition ou l'approvisionnement. La prohibition totale ou partielle des drogues offre au gouvernement un puissant moyen de contrôle dans d'autres domaines. Par exemple, l'application sélective des lois anti-drogue qui permettent une fouille immédiate, ou une perquisition sans préavis, peut être utilisée contre des membres de certaines minorités ou organisations politiques.
Mais un gouvernement pourrait aussi distribuer la drogue pour contrôler sa population. Avec cette méthode, prévue par Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes (1932), les gouvernants utilisent les drogues pour manipuler les gouvernés à leur guise et de différentes manières. »
~ Louis Jolyon West, Hallucinations: Behavior, Experience, and Theory. 1975. p. 298.

 

Pourquoi Gordon Wasson est-il important?

Il est considéré comme étant le découvreur des champignons hallucinogènes, l'homme qui a initié le mouvement psychédélique, et comme le père-fondateur du champ de l'ethnomycologie.

J'ai découvert les informations suivantes – la plupart d'entre elles ayant été vérifiées avec des documents originaux. Certains détails pourraient changer suite à une investigation plus poussée:

L'histoire secrète des champignons hallucinogènes (I)1) Wasson a été président du Council on Foreign Relations (CFR). Cf ci-contre.

2) Wasson a été directeur du Free Russia Fund, Inc., qui « a été créé pour soutenir le ''moral'' des ''transfuges du bloc de l'est'': le terme ''moral'' doit sans aucun doute être entendu sous l'angle des valeurs russes, et non les valeurs que nous adopterions si nous étions nous-mêmes des exilés. »

3) Wasson a été vice-président de la JP Morgan Bank au 23 Wall Street, connu sous le nom de « The Corner ».

4) Wasson a été vice-président en charge des relations publiques (propagande) pour JP Morgan, et a aidé à vendre le système financier actuel, créé par son patron, JP Morgan, à Jekyll Island (voir Les secrets de la Réserve Fédérale, par Eustace Mullins).

5) Wasson était très proche d'Allen Dulles, le chef de la CIA. Des documents consultables librement confirment que Wasson était lui-même un agent de la CIA.

6) Wasson a obtenu un poste de directeur dans une entreprise pharmaceutique, suite à ses découvertes sur les champignons. Voir Shroom, par Letcher.

7) Wasson était gestionnaire de compte pour le Vatican et le Pape à JP Morgan. Ceci montre qu'il y avait des objectifs qu'il convenait de maintenir secrets.

8) Wasson était chargé de promouvoir l'Église orthodoxe russe auprès des immigrés russes. Ceci montre qu'il y avait des objectifs qu'il convenait de maintenir secrets.

9) Wasson avait une femme russe, Valentina, qui était très religieuse. – des objectifs qu'il convenait de maintenir secrets. Valentina est issue de l'intelligentsia russe – ou élite russe. L'histoire où ils racontent qu'ils ramassaient des champignons dans les bois comme deux paysans russes durant leur lune de miel semble manifestement absurde. Leur fille a d'ailleurs déclaré à ce sujet: « Cette explication m'a toujours fait penser à un scénario de soap opera hollywoodien, quelque chose qui ne ressemble pas du tout au caractère de mon père. »

10) Wasson a plagié une bonne partie de ses idées à propos du soma dans le livre écrit en 1892 par John G. Bourke sur la scatologie.

11) Des documents originaux révèlent que Wasson a participé à l'étouffement de l'implication de JP Morgan dans l'affaire du fusil Hall durant la guerre civile, et que Wasson a dirigé la campagne de désinformation. Il semble que ce soit cette manœuvre qui ait valu à Wasson son poste de vice-président en charge des relations publiques pour JP Morgan.

L'histoire secrète des champignons hallucinogènes (I)12) Le supérieur direct de Wasson à JP Morgan, Henry Davison, était membre de Skull & Bones. Henry Luce, du magazine Time-Life, était membre de Skull & Bones. Davison a créé Time-Life pour le compte de son patron, JP Morgan. C.D. Jackson, chef de la section de guerre psychologique à l'OSS, et l'homme qui a acheté le film de Zapruder sur JFK, a été vice-président de Time-Life. Jackson est célèbre pour ses films au camp de Buchenwald. Jackson est par la suite devenu président de Time-Life. Wasson prétend que c'est « après avoir rencontré Luce par hasard » qu'il a pu publier son article Seeking the Magic Mushroom en mai 1957 dans le magazine Life (http://www.imaginaria.org/wasson/life.htm). Luce et Wasson étaient membres de longue date du Century Club.

13) Wasson a lancé une campagne en vue de dénigrer les travaux de John M. Allegro avant même qu'ils ne soient publiés. L'ensemble des positions de Wasson sur Allegro ont depuis été réfutées (voir The Holy Mushroom, Irvin, 2008).

14) Wasson a caché le fait qu'Andrija Puharich était membre de la CIA/armée US/MK-ULTRA lorsque ce dernier attaquait Allegro, l'appelant simplement « un homme » (voir The Holy Mushroom, Irvin, 2008).

15) Wasson a été l'un des adjoints (parmi huit autres) du président de la Security and Exchange Commission, qui supervise Wall Street et le NY Stock Exchange.

16) Wasson est l'auteur du Stock Exchange Act [ndt: loi régulant le marché des actions] (on ne connaît toujours pas l'étendue complète de l'impact de cette législation).

17) Wasson fut l'un des artisans de la révolution psychédélique – en envoyant des milliers de beatniks au Mexique à la recherche du « champignon magique ».

18) Wasson avait des liens avec pas moins de six personnes suspectées d'être impliquées dans l'assassinat de JFK. Voir Jackson et Luce, ci-dessus. Des documents originaux lient Wasson à l'assassinat de JFK de différentes manières, y compris directement avec George de Mohrenschildt (l'ami intime de Lee Harvey Oswald) et le film de Zapruder. L'épouse de de Mohrenschildt travaillait pour Abe Zapruder, et de Mohrenschildt lui-même travaillait directement avec Wasson. Le numéro de Wasson a été retrouvé dans les poches de de Mohrenschildt après le suicide de ce dernier – ainsi que d'autres numéros, dont celui de George H.W. Bush, un autre suspect.

19) Wasson était un ami proche d'Edward Bernays, qu'il a fréquenté pendant au moins dix ans. Bernays est le père de la propagande et de la manipulation, et le neveu de Sigmund Freud.

20) Wasson était membre du comité exécutif du Programme de Recherche sur l'URSS.

21) Wasson était président du Committee for the Promotion of Advanced Slavic Cultural Studies.

22) Wasson occupait une position prééminente au Century Club. Le Century Club est une couverture de l'élite/la CIA/l'OSS qui prétend être un « club artistique » élitiste. Wasson y a donné des conférences sur ses recherches concernant les champignons, devant les membres issus du secteur privé et/ou de la communauté du renseignement.

23) Wasson a dirigé le Russian Student Fund, Inc. pour le compte de la CIA.

24) Valentina a dirigé la St. Saraphim Foundation.

25) Wasson a occupé le poste de directeur aux laboratoires Sandoz (au-dessus d'Hofmann? Dans la même position que celle mentionnée par Letcher? Voir #6. Voir également B.H Friedman, Tripping, p. 48 et sqq.).

26) Wasson pourrait avoir collaboré avec le dr. Timothy Leary pour distribuer le LSD (voir également B.H. Friedman, Tripping, p. 48 et sqq.).

L'histoire secrète des champignons hallucinogènes (I)27) Wasson a recommandé John Foster Dulles, Walter Lippmann, George Kennan, et d'autres personnages tristement célèbres, pour leur entrée au Century Club. Cf ci-contre.

28) Wasson était l'ami d'Allen Dulles, le chef de la CIA.

29) Wasson était ami avec George Kennan, l'un des architectes de l'opération Paperclip – un programme mis en œuvre pour exfiltrer secrètement des officiels et scientifiques nazis vers les USA et d'autres destinations, pour mener des recherches et des opérations secrètes.

30) La famille Wasson a intentionnellement supprimé ces informations, et a bloqué le libre accès aux archives d'Harvard concernant Wasson pour quiconque refuserait de perpétuer le mythe wassonien actuel. La famille Wasson exige que tous les chercheurs leur expliquent exactement ce qu'ils vont écrire sur Wasson avant même qu'ils n'aient pu examiner les documents (!) - une impossibilité logique – ce qui oblige les chercheurs à mentir ou à commettre l'erreur de l'argumentum ad ignorantiam s'ils souhaitent accéder aux documents.

Et ce n'est que le début.

En cette année 2012 – avec tout le buzz fait autour des champignons hallucinogènes en raison de la théorie de Terence McKenna sur 2012, il est temps de transmettre cette information au public.

Base de donnée en ligne sur l'enquête - Brain:

Brain – Enquête sur Wasson, MK-ULTRA, et les mouvements psychédéliques et écologistes

Télécharger le logiciel Brain (Windows/Mac/Linux):

www.thebrain.com

Télécharger l'intégralité du fichier d'enquête Brain:

http://www.gnosticmedia.com/links/brain/

 

Comment voir les informations dans la base de donnée:

Les connexions au-dessus de chaque point de donnée influencent ce point de donnée: ce peut être des parents, ou des organisations comme la CIA, ou des fraternités, des employeurs, etc. Sous chaque point de donnée se trouve ce que le point de donnée a créé ou influencé: enfants, livres dont ils sont l'auteur, des programmes qu'ils ont initiés ou dirigés, ou des gens sur lesquels ils ont eu une grande influence, etc. À l'extrême-gauche, on trouve les époux, frères, sœurs, cousins, amis et associés de chaque point de donnée et les liens qu'ils peuvent avoir avec des informations ou des idées. À l'extrême-droite, sont des pistes d'investigations de 3ème main qui sont mises en avant par d'autres entrées dans la base de donnée. En bas de l'écran, si elles n'ont pas été réduites, on trouve les citations dans la boîte de texte, ainsi que les liens, les vidéos, l'audio, les livres et d'autres informations en lien avec ce point de donnée, et comment ces informations entrent en relation avec d'autres points de donnée. Chaque citation doit être étudiée. Si vous ne trouvez pas la citation à cet endroit, vérifiez celles qui se trouvent directement à côté de la connexion centrale, et si vous n'obtenez pas la citation, il suffira généralement d'une recherche rapide sur internet pour expliquer la connexion. Il faudra parfois lire un livre pour obtenir l'information exacte.

Les interviews radio et podcast suivantes (en anglais) fournissent plus d'informations sur cette enquête, les questions des animateurs amenant plus de données importantes:

Interview avec Frater X:

http://www.gnosticmedia.com/frater-x-interviews-jan-irvin-the-secret-history-of-magic-mushrooms-the-story-continues/

Interview sur Red Ice Radio:

http://www.redicecreations.com/radio/2012/08/RIR-120809.php
Ou http://www.gnosticmedia.com/red-ice-radio-jan-irvin-hour-1-2-gordon-wasson-the-secret-history-of-magic-mushrooms/

Interview avec Rak Razam:

http://www.gnosticmedia.com/59-gordon-wasson-the-sacred-and-the-profane/

 

Téléchargez l'étude complète en PDF (en anglais):

R. Gordon Wasson: The Man, the Legend, the Myth. Beginning a New History of Magic Mushrooms, Ethnomycology, and the Psychedelic Revolution: http://www.gnosticmedia.com/txtfiles/GordonWasson_TheMan_TheLegend_TheMyth_byJanIrvin.pdf

 

 

 

 

 

 

R. Gordon Wasson:

l'homme, la légende, le mythe

Une nouvelle histoire des champignons hallucinogènes, de l'ethnomycologie, et de la révolution psychédélique

Par Jan Irvin

13 mai 2012

 

Les légendes sont souvent une réécriture de l'histoire permettant de mettre en avant une morale. Elles sont trompeuses en tant qu'histoire, mais elles nous aident à comprendre les hommes qui les inventent et croient en elles. En général, nous considérons comme légendes les histoires déformées qui nous relient aux générations précédentes. Mais c'est avant tout parce que, croyant comme nous le faisons à nos propres légendes, nous ne reconnaissons pas celles-ci pour ce qu'elles sont.[1]
~ R. Gordon Wasson

Les champs de l'ethnobotanique et de l'ethnomycologie concernent le plus souvent l'étude des mythes et légendes (et les fables) des différentes cultures du monde, y compris la nôtre, et les tentatives pour comprendre comment ces mythes et légendes ont été influencés par des enthéogènes, ou des plantes et drogues psychédéliques. Une notion curieuse est apparue suite à une étude poussée: toute la genèse de l'ethnomycologie, ce qui nous est raconté de ses origines et de son histoire, sur la découverte des champignons hallucinogènes, et sur les débuts du mouvement psychédélique, tout ceci pourrait bien n'être fondé que sur des mythes et sur des légendes.

Le terme mythe dérive du grec mythoi, ou mythos (µῦθος). Le Webster's Third New International Dictionary[2] le définit comme suit:

1: une histoire, généralement d'origine inconnue et au moins en partie traditionnelle, qui prétend relater des événements historiques qui sont de nature à expliquer certaines pratiques, croyances, institutions, ou phénomènes naturels, le plus souvent dans le cadre de rites et croyances religieuses – comparer avec ÉVHÉMÉRISME, FABLE, CONTE POPULAIRE. 2 a: une histoire inventée pour expliquer la réalité tout en l'occultant […] [c’est moi qui souligne]

Le terme légende provient du latin legenda, qui signifie « ce qui est lu ». Le dictionnaire Webster définit le mot légende comme suit:

1 a: l'histoire de la vie d'un saint b: un ensemble d'histoires de cette sorte c: RÉCIT, HISTOIRE […]; 2 a: LECTIONNAIRE b: PASSIONNEL; 3 a: une histoire qui vient du passé; en particulier: une histoire venue des temps primordiaux et transmise par la tradition, et considérée par le peuple comme étant historique, bien qu'impossible à vérifier complètement […] b: l'ensemble de ces histoires et traditions; en particulier: les histoires collectives et les traditions d'un groupe donné [...][c’est moi qui souligne]

Les mythes et légendes qui entourent la culture psychédélique, notre culture, sont rarement remis en cause. Je parle ici plus particulièrement des histoires qui se sont formées à propos des pionniers et des fondateurs de ce mouvement. Par exemple, on a cru pendant des décennies que John M. Allegro a volé les idées de Gordon Wasson pour écrire son livre The Sacred Mushroom and the Cross.[3] Mais après avoir étudié méticuleusement les recherches d'Allegro, ainsi que je l'ai montré dans mon ouvrage de 2008, The Holy Mushroom,[4] j'ai pu prouver qu'aucune preuve ne venait à l'appui de ces mythes contre Allegro – des mythes qui ont été initiés par Wasson lui-même, puis propagés par Jonathan Ott pendant plus d'une décennie. Bien au contraire, Allegro ne s'est pas inspiré de Wasson et a très soigneusement vérifié toutes ses citations, malgré quelques erreurs tout à fait bénignes, comme par exemple une mauvaise retranscription de chiffres ou lettres.

Mon travail de recherche pour le livre The Holy Mushroom m'a amené à étudier les mythes et légendes entourant la personnalité de R. Gordon Wasson – l'homme qui a popularisé les champignons hallucinogènes, considéré comme l'un des initiateurs du mouvement psychédélique, et comme le fondateur de l'ethnomycologie. On nous raconte que son travail est tout ce qu'il y a de plus sérieux, et qu'il s'agit d'un homme prêt à retourner la moindre pierre dans son infatigable quête de vérité. On nous raconte que son travail de pionner est inattaquable, et qu'en tant que fondateur de l'ethnomycologie, ses recherches ne sauraient être remises en question.

Ses contradictions apparentes étaient les signes extérieurs d'une personnalité énigmatique et complexe. Il [Wasson] était à la fois un banquier respectable et, que cela plaise ou non, un des « fondateurs » du mouvement psychédélique; un élitiste sur le sujet des champignons hallucinogènes, mais également, grâce à son article dans Life, leur vulgarisateur; un scientifique pondéré dont les travaux universitaires, bien que solidement fondés sur des faits, ont pourtant inspirés de nombreux lecteurs à envisager les champignons hallucinogènes avec une révérence et une terreur religieuses; le Père de l'Ethnomycologie mais également une sorte de patriarche new age pour beaucoup.[5]
~ Thomas J. Riedlinger

Et bien que R. Gordon Wasson ait réellement existé, et qu'il ait bien été un chercheur en mycologie – ce qui nous fournit un noyau de faits historiques – il semble que nous ayons affaire à un récit, et apparemment à des faits et événements, partiellement fictifs, qui donnent corps à des croyances populaires concernant un phénomène historique.

Il s'agit là d'un sujet à la fois délicat et sensible pour de nombreuses personnes gravitant dans le champ des études psychédéliques. De nombreux chercheurs ont basé leurs travaux dans cette matière sur ce qui semblait être des fondations irréfutables. Au cours des années, lorsque je soulevais les questions posées dans cet essai auprès de divers professionnels, je m'entendais dire invariablement que « je connaissais Wasson personnellement, et il n'a pas pu se comporter de telle ou telle manière », et ce même en leur mettant sous le nez des documents originaux venant de Wasson lui-même qui prouvaient le contraire. Certains d'entre eux pensaient que, puisqu'ils avaient rencontré Wasson ou avaient eu des conversations avec lui, celui-ci ne pouvait avoir un comportement différent de celui qu'ils avaient ressenti en sa compagnie, comme s'il n'avait pas eu de vie avant ou en dehors des interactions qu'il avait avec eux.

Comment aborder un sujet que beaucoup vont considérer comme une attaque personnelle? Sommes-nous tenus de ménager les sensibilités et croyances personnelles? Ou devons-nous laisser les preuves parler d'elles-mêmes, et accepter comme véridique uniquement ce que nous pouvons vérifier au cours de notre processus de recherche?

Il me semble que nous devons nous incliner devant les preuves présentées. Nous devons suivre le processus de recherche adéquat, en nous détachant émotionnellement des résultats, et après nous être posés les questions qui, quoi, et comment. Nous devons collecter les preuves et vérifier chaque citation, en la prenant telle qu'elle est. Une fois le corpus de preuves assemblé, plutôt que de laisser libre cours à nos émotions et à notre a priori favorable envers Wasson, et dans le but de comprendre le pourquoi, il conviendra d'identifier toutes les contradictions apparaissant dans cet ensemble de preuves avant d'atteindre une conclusion qui nous permettra d'envisager clairement la situation d'ensemble. Enfin, une fois les contradictions, émotions et erreurs supprimées, nous serons en mesure d'expliquer comment nous en sommes arrivés à notre conclusion – la vérité – sans considération pour ce que nous pouvons éprouver à ce propos.

 

Le culte du Temple

Le professeur Bartholomew Dean de l'université du Kansas à Lawrence, qui a eu comme professeur Richard Evans Schultes à Harvard, a prétendu au cours d'une conversation récente, qu'il y a un temple dédié à Wasson à Harvard, et ce en dehors de la bibliothèque Wasson. Dean a déclaré qu'il y avait été conduit en une occasion, et qu'on lui avait demandé de signer une liste de visiteurs, ce qu'il a refusé de faire. Une telle liste de visiteurs serait sans aucun doute très révélatrice. J'adorerais la consulter.

Il est tout à fait cohérent qu'il y ait un temple dédié à Wasson à Harvard puisque, comme je vais le démontrer, nous avons affaire à « une histoire [...] qui prétend relater des événements historiques qui sont de nature à expliquer certaines pratiques, croyances, institutions, ou phénomènes naturels [...] ». Le dictionnaire Webster poursuit sa définition du terme légende comme suit:

c: un mythe populaire généralement d'origine contemporaine ou récente […] d: une personne autour de laquelle se sont construites de telles histoires et traditions; une personne possédant un statut particulier résultant de la possession ou de l'octroi de qualités extraordinaires, qui sont généralement en partie réelles, et en partie mythiques.

Le mythe débute avec l'édition du magazine Life du 13 mai 1957, où Gordon Wasson écrit:

C'est une promenade dans les bois, il y a de nombreuses années de cela, qui nous a lancés, ma femme et moi, à la recherche du champignon mystérieux. Nous nous sommes mariés à Londres en 1926, elle étant d'origine russe, née et élevée à Moscou. Elle avait alors obtenu un diplôme de médecine à l'université de Londres. Je suis pour ma part originaire de Great Falls dans le Montana, et suis d'origine anglo-saxonne. À la fin de l'été 1927, alors jeunes mariés, nous passions nos vacances dans les montagnes de Catskill, dans l'état de New York. L'après-midi du premier jour, nous sommes allés nous promener sur un charmant chemin de montagne, serpentant au milieu des bois et baigné par les rayons obliques du soleil couchant. Nous étions jeunes, sans souci et amoureux. Soudain, mon épouse abandonna mon bras. Elle avait repéré des champignons sauvages dans la forêt, et, courant vers un tapis de feuilles séchées, elle s'agenouilla en adoration devant une première grappe de champignons, puis une autre. En extase, elle nommait chaque variété par un charmant nom russe. Elle caressait les champignons vénéneux, se délectant de leur odeur terreuse. Comme tout bon anglo-saxon, j'étais totalement ignorant des mystères du monde fongique, et j'estimais qu'il était tout à fait inutile d'en savoir plus au sujet de ces excroissances putrides et traîtresses. Pour elle, il s'agissait d'objets d'adoration qui ne pouvaient qu'exciter un esprit perspicace. Elle insista pour les ramasser, en riant de mes protestations, et se moquant de mon aversion. Elle les mit dans sa jupe, et les ramena au pavillon. Elle les nettoya et les cuisina. Elle les mangea le soir même, seule. À peine marié, je craignais de me réveiller veuf le lendemain matin.
Ces événements extraordinaires, qui m'étaient à la fois déconcertants et pénibles, nous laissèrent à tous deux une impression durable. À compter de ce jour, nous avons décidé de trouver une explication à cette étrange différence culturelle qui nous éloignait l'un de l'autre, bien qu'il s'agisse d'un aspect mineur de nos vies respectives...[6]
~ R. Gordon Wasson

Je dis qu'il s'agit d'un mythe, car même la propre fille de Wasson, Masha, l'a estimé douteux:

Malgré tout le respect que j'avais pour l'intégrité de mon père, je me souviens ne pas l'avoir cru pendant des années, lorsqu'il disait que son intérêt pour les champignons s'était éveillé durant sa lune de miel en 1927. Cette explication m'a toujours fait penser à un scénario de soap opera hollywoodien, quelque chose qui ne ressemble pas du tout au caractère de mon père. Je suis toutefois parvenue à la conclusion que cette histoire était véridique, car il la racontait avec sincérité, et sans jamais la modifier.[7] [c’est moi qui souligne]
~ Masha Wasson Britten

On notera cependant que Masha a ajouté cette nuance, pour faire bonne mesure:

« Je suis toutefois parvenue à la conclusion que cette histoire était véridique, car il la racontait avec sincérité, et sans jamais la modifier. »

Notons également qu'elle débute sa déclaration en soulignant le respect qu'elle éprouve pour l'intégrité de son père, un peu comme si elle ne respectait pas vraiment son intégrité: « Malgré tout le respect que j'ai pour l'intégrité de mon père, je me souviens ne pas l'avoir cru pendant des années ». Le plus souvent, lorsque quelqu'un se sent obligé de souligner sa croyance en quelque chose, c'est qu'en fait il met en doute cette croyance; dans le cas contraire, il n'y ferait même pas allusion.

Et lorsqu'on sait que la femme de Wasson, Valentina Pavlovna, était issue de l'intelligentsia ou élite russe,[8] l'histoire racontée par Wasson où elle tient le rôle d'une paysanne russe partant à la cueillette aux champignons dans les bois semble encore plus absurde – comme « un scénario de soap opera hollywoodien ». On peut se demander s'il est possible qu'un membre de l'élite russe connaisse aussi bien les champignons qu'un simple paysan, et que sa connaissance approfondie des noms de champignons soit un héritage de son enfance, comme le prétend Valentina.[9]

Plus je me penche sur cette histoire, plus je la trouve absurde, et plus les doutes de Masha me semblent justifiés. On peut alors penser que Masha, intentionnellement ou pas, nous a aiguillé sur les rails du scepticisme. Et bien qu'il n'en ait pas saisi toute la portée, Andy Letcher, dans Shroom, a lui aussi évoqué cette question, l'identifiant comme un mythe:

Il faut dire que, bien que cette vénérable histoire soit devenue une sorte de mythe fondateur pour les adeptes des champignons, elle a été répétée ad nauseam par Wasson, et qu'elle a pris de l'ampleur à chaque nouvelle narration. Sa ressemblance de plus en plus frappante avec un scénario hollywoodien a poussé sa fille Masha à se demander si elle avait ne serait-ce qu'un fonds de vérité, mais elle a fini par concéder que l'événement avait réellement eu lieu, malgré tous les ajouts qu'a pu connaître cette histoire au cours du temps. Comme nous allons le voir, tout ceci est également révélateur de la tendance qu'avait Wasson à enjoliver les faits, dès lors qu'il s'agissait de raconter une belle histoire.[10]

Ce qu'on sait moins, c'est que Valentina a écrit son propre compte-rendu de ses expériences fongiques à Oaxaca, au Mexique, et que son article a été publié la même semaine que l'article du 13 mai 1957 de Wasson dans Life. L'article de Valentina a été publié dans le magazine This Week du 19 mai 1957, qui avait à l'époque environ 12 millions d'abonnés.[11] Nous reviendrons sur ce point par la suite.

Mais certains pourraient se demander: pourquoi s'éterniser sur des contradictions aussi mineures et insignifiantes? Ou sont-elles vraiment mineures et insignifiantes? Se peut-il que de tels indices nous mènent à une version très différente de cette histoire? Masha est-elle malhonnête lorsqu'elle écarte cette dernière version? En substance, ce qui nous est dit ici est que si on répète un mensonge suffisamment souvent, et que la personne qui ment semble sincère et constante dans sa version des faits, alors ce mensonge devient acceptable.

Plutôt que de laisser des idées fausses nous dicter nos conclusions, comment conviendrait-il d'enquêter pour vérifier si les doutes de Masha concernant son père sont fondés ou non? Que faudrait-il faire? Devrons-nous nous rendre aux archives d'Harvard sur Wasson pour découvrir la vérité?

Eh bien, si cela était possible, Harvard pourrait constituer un bon point de départ. Mais avant d'aborder cette question, un petit préambule s'impose.

Je travaille sur cette enquête depuis environ 2006, et je savais, et d'autres personnes me l'avaient également affirmé, que je pourrais être exclu des archives Wasson à l'Harvard's Herbaria [ndt: herbier] si mon approche était à la fois directe et honnête, ce qui a bien été le cas. Toutefois, j'ai, au cours des dernières années, épluché de nombreuses archives d'universités, recherché toutes sortes de choses sur Wasson et compilé des milliers de pages d'informations sur Wasson, dont la quasi-totalité était absente de l'index du site internet de l'Harvard University Herbaria. J'en ai conclu que la collection d'Harvard est un assortiment extrêmement sélectif de documents, une façade composée d'éléments soigneusement choisis pour perpétuer les mythes et légendes concernant Wasson. En d'autres termes, j'ai très vite réalisé que si un échange épistolaire avait deux interlocuteurs, les archives sur Wasson à Harvard n'auraient quant à elles que la version de Wasson à présenter. En compulsant d'autres fonds d'archives universitaires, j'ai pu reconstituer la plus grande partie des informations, simplement en enquêtant sur les noms des membres de l'élite financière et de la communauté du renseignement avec lesquels Wasson était associé, ceux-ci ayant eux aussi des fonds d'archives dans d'autres universités, ce qui m'a permis de rassembler tous les éléments dont j'avais besoin. Et avant même d'avoir envoyé ma requête à Harvard, j'étais déjà certain que les archives qu'ils détenaient ne représentaient qu'une présentation très sélective, ne concernant principalement que les travaux de Wasson sur l'ethnomycologie, qui entretiennent le mythe wassonien tout en écartant tout ce qui pourrait remettre en question les fondements de la discipline ainsi que son prétendu fondateur.

Malheureusement, Marsha Wasson Britten, la fille adoptive de Wasson, supervise en personne le fonds Wasson à Harvard, et n'autorise personne à le compulser sans qu'on lui ait indiqué au préalable ce qu'on souhaite y trouver et ce qu'on a à en dire – avant même de l'avoir vu! Il s'agit évidemment d'une impossibilité logique, qui pousse au mieux à tomber dans l'argumentum ad ignorantiam, ou pire au mensonge pur et simple et à la manipulation.

Voici la réponse d'Harvard suite à ma requête initiale:

Votre requête m'a été transmise. Souhaitez-vous prendre un rendez-vous pour compulser ces éléments? Dans ce cas, j'aurais besoin d'une demande formelle de votre part. Pas une lettre trop longue, juste quelques phrases sur vos affiliations universitaires (si vous en avez), quel est le but de vos recherches (un livre, un article, une thèse, etc.), et quelle est l'orientation de vos recherches sur Wasson. Les héritiers sont très impliqués dans l'utilisation de cette collection, et toute requête doit recevoir leur approbation.
~ Lisa DeCesare, chef des archives et des services au public, Botany Libraries, Harvard University Herbaria, le 15 juin 2011

Ma réponse à Lisa en date du 20 janvier 2012:

Chère Lisa,
Merci pour votre réponse. Je vous prie de m'excuser d'avoir mis tant de temps à revenir vers vous.
Je suis un chercheur indépendant, bien que mes travaux dans ce domaine soient archivés de façon permanente à Purdue. Mes recherches m'ont amené à entrer en contact avec des douzaines de professeurs et d'universitaires dans cette discipline.
J'écris une biographie de Wasson intitulée: The Secret History of Magic Mushrooms: Magic Mushrooms, the CIA, and the Legend of R. Gordon Wasson.
Mes recherches sur Wasson concernent (en partie) ses liens avec la communauté du renseignement – en particulier Allen Dulles et John Foster Dulles, le Council on Foreign Relations – dont il fut le président, le Century Club et la Pilgrim Society, MK-ULTRA, les relations publiques, George de Mohrenschildt et les divers fonds russes qu'ils ont dirigés ensemble pour le compte de J.P. Morgan. Je souhaiterais également savoir pourquoi sa fille Masha considérait que sa ballade dans les bois lui faisait penser à « un soap opera hollywoodien ». Je pense avoir la réponse à ses réserves à ce sujet, mais je souhaite vérifier certains documents, et les replacer dans leur contexte.
Je serais particulièrement intéressé par des lettres qui montreraient que Wasson aurait intentionnellement créé le mouvement psychédélique via les liens qu'il entretenait avec Luce au CFR et au Century Club et avec le chef de la CIA – Dulles, ainsi que par tout document de sa main au sujet de liens avec l'establishment médiatique et/ou de la communauté du renseignement, incluant George Kennan, Edward Bernays, et bien d'autres encore. Je sais que Kennan, Bernays et lui étaient très proches.
J'aurais besoin de connaître le contenu des lettres avant de savoir exactement ce que je vais écrire à leur sujet, sous peine de tomber dans l'argumentum ad ignorantiam. Je pense qu'il est impossible de demander à quelqu'un ce qu'il va écrire sur quelque chose qu'il n'a pas encore pu étudier. Mais je serai ravi de présenter mes travaux et découvertes à la famille Wasson.
Bien entendu, une bonne partie de ma biographie va couvrir les aspects plus mondains de sa vie, je souhaiterais donc avoir également accès à ce type d'informations.
La liste que j'ai établie ci-dessous date de plusieurs mois, et il y a bien d'autres éléments que je souhaiterais consulter une fois que l'accès au fonds m'aura été accordé.
Je vous remercie pour votre attention. En espérant pouvoir vous rencontrer et consulter les archives,
Meilleures salutations,
Jan Irvin

La réponse de Lisa du 3 février 2012:

Jan,
je suis désolée de vous informer que votre demande d'accès à la collection a été rejetée.
Lisa D.

J'ai répondu le 3 février 2012:

Salut Lisa, une raison a-t-elle donnée à ce refus?

Ce à quoi elle m'a répondu le 3 février 2012:

Non, désolée, aucune raison n'a été donnée.
Lisa D.

Bien entendu, je m'attendais à cette réponse. J'avais déjà discuté de cette question et de la marche à suivre avec quelques autres professeurs qui s'intéressent à ce sujet. Si on m'accordait l'accès aux archives, alors très bien, je pourrais vérifier quelques autres éléments moins importants. Si, au contraire, on me refusait l'accès, alors je publierais leur refus et j'attirerais l'attention du public sur cette question. En fait, il était presque préférable qu'on me refuse l'accès et que je publie leur refus, car cela renforce l'hypothèse qu'il y a un effort concerté pour maintenir les gens à l'écart du fonds d'archives sur Wasson, si ceux-ci ne sont pas prêts à perpétuer les mythes et légendes wassoniennes.

Je m'en suis tenu à la vérité, en exposant mes intentions exactes concernant le livre à l'Harvard Herbaria et, comme l'ont expérimenté ceux qui avaient l'intention de mener une investigation honnête sur Wasson, ma requête a été rejetée par Masha en personne, la Gardienne des Mythes et Légendes Wassoniennes.

Aucun autre fonds d'archives d'aucune autre université, et à la vérité aucune autre institution dont j'ai pu croiser la route, n'a jamais eu de telles exigences lorsqu'il s'agissait d'accéder à un document. J'ai fait une demande FOIA [ndt: Freedom of Information Act] à la CIA, j'ai compulsé les archives du CFR (Council on Foreign Relations), de Yale, Stanford, Princeton, Columbia, et bien d'autres, et aucune de ces institutions ne m'a jamais fait une demande aussi absurde, pas plus qu'elles n'ont refusé de me fournir un document - jusqu'à maintenant.

D'autres, comme Robert Forte, ont également été refoulés du fonds d'archives Wasson de l'Harvard Herbaria. Forte prétend qu'on lui a bloqué l'accès pour avoir simplement affirmé, lors d'une conférence publique donnée à New York en 2008, que Wasson était associé avec les principaux dirigeants du fascisme américain:

Les spécialistes du mouvement psychédélique ont fréquemment commenté la synchronicité entre les découvertes d'Hofmann et la découverte et la propagation des armes nucléaires. Les effets du LSD furent découverts seulement six mois après la fission de l'atome. Huxley fut le premier à avoir appelé le LSD « la bombe atomique de l'âme », et Frank Barron se demandait si l'équilibre naturel était réellement préservé en introduisant ces substances sacrées dans la société, à un moment où le besoin s'en faisait pourtant cruellement ressentir. Puisque l'homme détenait désormais cette terrible puissance contenue dans l'arsenal nucléaire, le besoin d'une avancée correspondante dans l'évolution de la conscience était devenu une nécessité. Ces deux événements ont non seulement eu lieu au même moment, mais j'ai aussi récemment eu connaissance que les individus qui ont introduit les substances psychédéliques en Amérique étaient associés avec ces forces sombres, destructrices, et anti-démocratiques. Il est bien connu que Gordon Wasson était un banquier de Wall Street. J'ai appris qu'en plus d'être employé par Morgan sur Wall Street, il était également membre des premiers cercles du fascisme américain […][12]
~ Robert Forte

En raison des limitations d'espace de cet essai, je suis contraint de réserver la plus grande partie de cette histoire à mon livre et à ma vidéo à paraître, The Secret History of Magic Mushrooms, même si je vais révéler ici quelques unes des principales découvertes que j'ai pu faire au cours des dernières années.

 

 

Soma

Revenons à nos doutes concernant le mythe de la ballade dans les bois de Wasson et Valentina en 1927: il se pourrait bien que nous ayons là, au moins en partie, la source d'inspiration principale de Wasson pour étudier les champignons comme étant le soma, ainsi que de son intérêt premier dans l'étude des pratiques mexicaines en lien avec les champignons.

Une comparaison des effets du soma avec ceux de l'Amanita Muscaria et du cannabis avait été proposée pour la première fois dans le livre de John G. Bourke, Scatalogic [sic] Rites of All Nations, paru en 1927 [ndt: les rites scatologiques de toutes les nations].[13] L'auteur a consacré plus de 30 pages (pp. 65-99) à l'étude de l'utilisation rituelle des champignons, y compris la coutume sibérienne de boire l'urine de quelqu'un qui a ingéré de l'Amanita Muscaria, et les rites mexicains tournant autour des champignons. Il s'agit probablement du livre qui a renseigné Wasson pour la première fois sur l'utilisation rituelle des champignons, la consommation d'urine, et le soma. À la page 98, on peut lire une lettre adressée à Bourke par un certain dr. J.W. Kingsley:

Je me souviens que c'est un anglais […] de retour de Sibérie qui m'a montré ce champignon pour la première fois. Il a entièrement confirmé tout ce que j'avais entendu sur le sujet, ayant assisté à l'orgie [les rituels fongiques] en personne. […] Rien de religieux dans tout cela, pourriez-vous dire; mais si vous examinez la question d'un peu plus près, vous verrez que ces « intoxicateurs » […] étaient tout d'abord considérés comme un moyen d'élever le simple mortel au même niveau que ses dieux, lui permettant de communiquer avec eux, comme c'était certainement le cas avec le « soma » des extatiques hindous et avec le hashich [sic] que j'ai vu utilisé par certaines tribus arabes.

La plupart des universitaires prétendent que Wasson était l'initiateur de ces idées, mais ce n'est pas entièrement exact. Il semble que Wasson ait « emprunté » certaines idées fondamentales aux recherches de Bourke, et qu'il les ait développées au cours de sa carrière, créant par la suite la discipline de l'ethnomycologie. Ensuite, il apparaît que Bourke a été en grande partie relégué à quelques entrées de bibliographie et de catalogues publiés par Wasson et quelques autres érudits étudiant ses travaux.[14] Toutefois, Bourke est introuvable dans le texte principal de la plupart des nombreux livres publiés sur le sujet ces cinquante dernières années, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il soit abondamment cité, au vu de l'ampleur de ses recherches en la matière.

Les coïncidences ne s'arrêtent pas là. J.P. Morgan, Jr. s'est lui aussi impliqué dans les recherches sur les champignons, et, comme le souligne Donald H. Pfister dans Mycologia, il s'avère que Morgan a financé l'Harvard Herbaria:

En 1928, Wasson est entré dans le monde de la banque et a rejoint la Guaranty Trust Company of New York. Il a passé de longues périodes de temps en Argentine et à Londres. En 1934, il rejoignit le personnel de J.P. Morgan and Co. (qui avait fusionné avec la Guaranty Trust pour devenir Morgan Guaranty Trust) et y resta jusqu'en 1963, en étant devenu le vice-président en 1943. Le lien avec Morgan est intéressant, et mérite une petite digression. J.P. Morgan, Jr. (Harvard, promotion 1889) a étudié avec Farlow et a rédigé un mémoire de thèse sous sa direction. Il était étudiant au moment où Roland Thaxter était un étudiant diplômé. Si la tradition d'Harvard dépeint correctement la situation, Morgan se consacrait à l'étude de la mycologie. Sa générosité était grande, particulièrement envers Thaxter, durant la période où le Farlow Reference Library and Herbarium a été mis en place en tant qu'unité subventionnée par des fonds extérieurs. Dans une lettre envoyée à Farlow à l'occasion de son 70ème anniversaire, Morgan remercie ce dernier de lui avoir permis de travailler « en votre présence inspirante ». Il est certain que la mycologie était très présente au Morgan Guaranty Trust avec Wasson comme vice-président.[15]
~ Donald H. Pfister

Je montrerai également, à l'occasion d'un prochain livre ou essai, que l'un des centres d'intérêt de J.P. Morgan, Sr. était l'art fongique en relation avec Shakespeare, qu'il collectionnait dès les années 1850.

Je demandai si ses employeurs à la banque Morgan avaient exprimé des réserves lorsqu'il leur annonça qu'il était sur le point de révéler au monde qu'il avait ingéré des champignons hallucinogènes. Gordon m'a répondu: « Pas du tout, je suspecte que seul Morgan aurait pu tolérer ce que j'ai fait. »[16] [c’est l'auteur qui souligne]
~ Thomas Riedlinger

 

 

La création de Time-Life Inc. par la J.P. Morgan Bank et Skulls and Bones

Le supérieur direct de Wasson à J.P. Morgan était Henry P. Davison, Jr. Davison était un des associés principaux de la banque, et était généralement considéré comme l'émissaire personnel de Morgan.[17] Il s'avère qu'Henry P. Davison a en grande partie créé (ou au moins financé) le magazine Time-Life pour le compte de J.P. Morgan en 1923. À la suite d'une dispute avec Henry Luce, ce dernier ayant publié dans Life un article contre la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne, Davison « devint l'investisseur principal du magazine Time, ainsi qu'un directeur de la compagnie ».[18]

Un autre associé de J.P. Morgan, Dwight Morrow, participa lui aussi au financement initial de Time-Life.

Davison maintint Henry Luce à la tête de la compagnie en tant que président, Luce et lui étant tous deux membres de la société secrète Skull and Bones de Yale, ayant été initiés en 1920. En 1946, Davison et Luce nommèrent C.D. Jackson, l'ancien chef du département de guerre psychologique de l'armée américaine, au poste de vice-président de Time-Life. Il me semble que toute cette opération autour de Time-Life se résumait purement et simplement à diffuser de la propagande auprès de la population américaine, au profit de la communauté du renseignement, de J.P. Morgan et de l'oligarchie.

Dans le même ordre d'idée, Frederick Trubee Davison, le frère d'Henry P. Davison, était l'assistant du secrétaire d'état à la guerre, et devint également le directeur du personnel de la CIA. Frederick était lui aussi membre du Skull and Bones, après avoir été initié en 1918. Le fils de Frederick, Daniel P. Davison, fut lui aussi un banquier et un membre du Skull and Bones, initié en 1949, et dirigea le United States Trust.

Un autre membre du Skull and Bones, Britton Hadden, collabora avec Davison, Luce et Morrow à mettre en place l'organisation de Time-Life.

Hadden fut lui aussi initié au Skull and Bones en 1920. La liste des Bonesmen directement liés à Wasson et sa clique est étourdissante. Elle inclut des gens comme Averell Harriman, initié en 1913, qui travailla avec Wasson au CFR,[19] dont il fut un des directeurs.[20] Harriman fut l'un des bailleurs de fonds du parti nazi jusqu'en 1938, tout comme Prescott Bush, initié au Skulls and Bones en 1917.

Steven P. Meyer et Jeffrey Steinberg expliquent dans l'Executive Intelligence Review du 20 juin 2004 que:

L'avocat personnel de Luce, qui finit par représenter la totalité de son empire médiatique, était son beau-frère Tex Moore, du cabinet Cravath, deGersdorff, Swaine and Wood, celui-là même qui avait envoyé à la fois Allen et John Foster Dulles pour faciliter l'accession d'Hitler au pouvoir au début des années 30.
Luce était un intime du lord anglais Beaverbrook, ainsi que du prince de Galles, qui étaient notoirement pro-hitlérien et membres du Cliveden Set. Il a aussi noué des liens très étroits avec Winston Churchill, qui fut lui aussi un promoteur d'Hitler au début des années 30. [c’est moi qui souligne]

Des documents révèlent également que Luce était membre du Century Club, un « club artistique » très sélect dans lequel Wasson s'est beaucoup impliqué, et dans lequel il est possible qu'il ait eu quelque responsabilité, et qui était rempli de membres de la communauté du renseignement et du milieu bancaire. Des membres tels que George Kennan, Walter Lippmann et Frank Altschul semblent avoir été introduits au Century Club par Wasson en personne.[21] Graham Harvey écrit dans Shamanism que Luce et Wasson étaient amis, et voici comment il put publier dans Life:

Banquier d'affaires new-yorkais, Wasson était très proche des huiles de l'establishment. Il était donc naturel qu'il se tournât vers son ami Henry Luce, l'éditeur de Life, quand il eut besoin d'un relais médiatique pour y annoncer ses découvertes.[22]
~ Graham Harvey

Ce fut Luce, l'ami de Wasson, qui désigna Hitler comme homme de l'année 1938 dans l'édition du 2 janvier 1939 de Time.

Voici toutefois la version mythique la plus communément admise de l'histoire qui nous a été servie – telle que racontée par le magazine Time en 2007:

Le trip sous champignon de Wasson et de son pote s'est peut-être perdu dans les limbes de l'histoire, mais il a été si émerveillé par cette expérience qu'il n'arrêtait pas d'en parler à ses amis lors de son retour à New York. Comme le rappelle Jay Stevens dans le livre Storming Heaven: LSD and the American Dream paru en 1987, un éditeur de Time Inc. (la maison-mère de TIME), a entendu par inadvertance le récit fait par Wasson sur cette aventure lors d'un dîner au Century Club. L'éditeur a alors commandé un récit à la première personne pour Life. [...]

Et comme cet article a été rédigé après la période Luce-Jackson, l'auteur était un peu plus naïf en ce qui concerne les connexions entre Wasson, Luce, J.P. Morgan et la révolution psychédélique:

À la suite de la parution de l'article de Wasson, de nombreuses personnes se mirent à chercher des champignons, ainsi que l'autre grand hallucinogène du moment, le LSD (en 1958, Henry Luce, le cofondateur de Time, Inc. et sa femme Clare Booth Luce prirent de l'acide avec un psychiatre. Henry Luce dirigea une symphonie imaginaire pendant son trip, d'après Storming Heaven). La personne la plus importante à avoir découvert les drogues suite à l'article de Life fut Timothy Leary en personne. Leary n'avait jamais pris de drogue, mais un ami lui avait recommandé l'article, et Leary finit par partir au Mexique pour prendre des champignons. Quelques années plus tard, il lançait sa croisade pour que l'Amérique « turn on, tune in, drop out » [ndt: plus ou moins littéralement: allume-toi, branche-toi, laisse-toi aller]. En d'autres termes, on peut tracer une ligne un peu tordue mais bien réelle partant des tranquilles bureaux de J.P. Morgan et Time Inc. dans les années 50, en passant par Haight-Ashbury dans les années 60, jusqu'aux innombrables centres de réhabilitation pour drogués des années 70. Un trip vraiment long et étrange.[23]

Dans The Sacred Mushroom Seeker, Allan Richardson nous donne une troisième version de cette histoire:

« Peu de temps avant, ou après, notre retour de notre expédition de 1956, Gordon et moi dînions ensemble au Century Club à New York. Il remarqua Ed Thompson, le rédacteur en chef du magazine Life, assis seul à sa table, et lui proposa de se joindre à nous. Nous évoquâmes l'article que Gordon était en train de préparer, pour rendre public ce qu'il avait découvert au Mexique. Thompson nous dit que Life pourrait être intéressé par sa publication, et nous invita pour en faire une présentation dans ses bureaux. »
~ Allan Richardson

Comme nous l'avons noté précédemment, ces récits ne mentionnent aucunement le compte-rendu de Valentina dans le magazine This Week, qui, coïncidence, fut publié la même semaine (le 12 mai 1957) et lu par 12 millions d'abonnés. Autre coïncidence, This Week était publié par Joseph P. Knapp, qui fut directeur au Guarantee Trust de Morgan, où Wasson commença à travailler pour Morgan en 1928.

À la lumière de ces éléments, l'idée que Wasson ait publié son article paru dans Life en mai 1957, « Seeking the Magic Mushroom », suite à « rencontre fortuite avec un éditeur » semble totalement ridicule. En fait, on peut trouver une citation d'Abbie Hoffman déclarant que Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary (qui a entendu parler des champignons pour la première fois avec l'article de Wasson dans Life). La propre femme de Luce, Clare Boothe Luce, qui était, il est intéressant de le noter, elle aussi une membre du CFR, l'admet:

J'ai toujours maintenu qu'Henry Luce a plus fait pour populariser le LSD que Thimothy Leary. Plusieurs années plus tard, je rencontrai Clare Boothe Luce à la convention républicaine à Miami. Elle ne contredit pas cette opinion. La version américaine de la femme-dragon caressa mon bras, plissa ses yeux et roucoula: « Nous ne voudrions pas que tout le monde fasse trop de bonnes choses ».[24]
~ Abbie Hoffman

Nous voyons là leur philosophie élitiste et secrète apparaître au grand jour. Pour éviter que cet article ne soit exagérément long, nous réservons les détails à une prochaine étude; mais nous avons affaire ici à une dialectique: par la propagande, le même groupe de personnes pousse à la fois en faveur de la popularisation des substances psychédéliques et à leur interdiction. Et la raison principale pour occulter ces actions est qu'elles sont utilisées contre la population.

L'éditeur a-t-il réellement entendu la conversation de Wasson par hasard? Ou Wasson lui a-t-il demandé de se joindre à eux? Pourquoi ces contradictions? Ou devons-nous suivre Graham Harvey lorsqu'il suggère que Wasson et Luce étaient déjà amis, ce qui semble le plus probable?

Quand on ajoute à tout ceci le fait que le supérieur de Wasson, Davison, était un directeur de Time-Life, après y avoir investi, que Knapp était un des dirigeants du Guarantee Trust de Morgan, que Wasson et Luce étaient tous deux membres du Century Club (une façade de la communauté du renseignement) et du CFR, dont Wasson fut le président,[25] et toutes les connexions avec J.P. Morgan et le Skull and Bones, on a du mal à croire que Wasson ait été publié dans Life suite à une rencontre fortuite. Je me pose donc cette question: quelle est la probabilité mathématique pour qu'autant de coïncidences surviennent les unes à la suite des autres, comme veulent nous le faire croire les contes, mythes et légendes se rapportant à Wasson? Devons-nous croire à toutes ces coïncidences – qu'il est tombé par hasard sur l'éditeur au Century Club? Ou devons-nous envisager la solution suggérée par les preuves – en nous servant de la raison et de la logique – qui est que Wasson travaillait avec, et était impliqué avec la communauté du renseignement sur de nombreux plans, tout comme Luce, et que l'article « Seeking the Magic Mushroom » a été publié dans Life dans le cadre d'un plan secret mis en oeuvre au bénéfice de l'élite bancaire?

Plusieurs raisons peuvent expliquer la création du mouvement psychédélique: tenter de détourner l'attention des échecs de la politique gouvernementale; obtenir des informations des personnes sous l'emprise des drogues, comme avec MK-ULTRA; gagner de l'argent avec les drogues par l'intermédiaire de l'industrie pharmaceutique; et même pacifier les gens avec un soma tel que celui décrit par Huxley, ou avec une spiritualité positiviste qui favoriserait leur contrôle.

De plus, des documents de Yale révèlent que Wasson partageait ses recherches sur les champignons avec des hauts responsables des services de renseignement depuis au moins 1950.[26] Wasson a aussi envoyé des exemplaires de son livre Mushrooms, Russia and History à George Kennan[27] et à Frank Altschul,[28] entre autres, dès qu'il fut publié. Kennan a travaillé avec l'OSS (le précurseur de la CIA) en Allemagne,[29] a été ambassadeur en U.R.S.S. et a aussi collaboré avec le CFR. D'autres informations sur Altschul et lui sont disponibles ci-dessous. Il serait très intéressant d'obtenir la liste complète des récipiendaires des cent copies de Mushrooms, Russia and History données par Wasson. Je soupçonne fortement – un soupçon étayé par des éléments assez solides – que nombre d'entre eux appartenaient au Century Club, au CFR, à la CIA, ou à un mélange des trois.

 

 

Edward Bernays, le père de la propagande, entre en scène

On peut trouver ici une connexion supplémentaire. Wasson était l'ami d'Edward Bernays, le père de la propagande et de la manipulation, qui était également l'ami d'Henry Luce. De plus, il s'avère que Bernays a eu une influence majeure sur Goebbels, l'homme en charge de la propagande nazie.

La manipulation consciente et intelligente des opinions et habitudes organisées des masses joue un rôle important dans la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement notre pays.[...] Nous sommes gouvernés, nos esprits sont modelés, nos goûts influencés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n'avons jamais entendu parler. C'est là une conséquence logique de l'organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d'une société au fonctionnement harmonieux.[...] Dans notre vie quotidienne, qu'il s'agisse de la politique ou des affaires, dans notre comportement social ou nos valeurs morales, nous sommes dominés par un petit nombre de personnes [...] capables de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont ces personnes qui tirent les ficelles qui contrôlent l'esprit des masses.[30]
~ Edward Bernays

C'est en mon fondant sur ma seule intuition que j'ai recherché d'éventuels liens entre Wasson et Bernays. La citation suivante est la seule que j'ai pu trouver révélant l'existence d'une relation suivie entre les deux hommes, bien qu'il fasse peu de doutes que d'autres éléments restent encore à découvrir dans d'autres fonds d'archives.

Bernays évoque sa relation avec Wasson dans un brouillon assez étrange, archivé dans un dossier de la Librairie du Congrès, et probablement destiné à être utilisé à des fins de propagande ou d'approbation. Cette lettre révèle également que Wasson et Valentina avaient adopté Masha, et qu'ils « vivaient sur l'East End Avenue ». Bernays explique ensuite:

Gordon Wasson était un de ces hommes de presse capables, consciemment ou inconsciemment, de mesurer toute l'importance des contacts qu'ils établissent au cours de leur carrière. Ces contacts l'amenaient ici ou là. Alors au département financier du New York Times, il entra en contact avec la maison à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan. Il décida alors d'abandonner le journalisme pour travailler avec la maison [Morgan]. Il a débuté au département des relations publiques. Après le décès de Martin Eagen, il occupa la fonction d'attaché aux relations publiques auprès de J. Pierpont Morgan. Ses collègues le tenaient en très haute estime. Il était intelligent, affable. Son esprit était un mécanisme de haute précision, merveilleusement fonctionnel.[...] Wasson en fit son métier, et il en éprouvait de la satisfaction. Il était très important pour la maison [à l'angle de Broad et Wall – J.P. Morgan] de maintenir des contacts avec le reste du monde.
Ce n'est que longtemps après l'avoir rencontré que j'ai découvert une référence à Gordon Wasson dans le livre [du prof. Raymond] Moley The First Seven Years [sic] paru en 1939. Moley a écrit un mémo où il faisait des recommandations pour pourvoir les postes de la Stock Exchange Commission [ndt: la commission des opérations de bourse américaine]. À côté du nom de Gordon Wasson, qu'il recommandait, il écrit: « résident du New Jersey, a géré les actifs à l'étranger de la Guaranty Company, a servi d'agent de liaison entre Wall Street et Landis, Cohen et Corcoran car son amitié avec eux était de notoriété publique. A une connaissance approfondie du marché des titres et de la loi régulant les marchés financiers [ndt: le Stock Exchange Act], ayant participé à son élaboration, très apprécié par les ministères du trésor et du commerce, serait certainement recommandé par le Guaranty and Stock Exchange, et serait donc acceptable pour Wall Street.

La lettre de Bernays se termine par:

« J'ai vu Wasson à de nombreuses reprises entre 1934 et 44; je n'ai jamais soupçonné qu'on ait pu penser à lui pour occuper ce poste. Sa conversation était neutre, portant toujours sur des sujets d'ordre général, jamais personnel. »[31]

Bien qu'il ne s'agisse que de spéculations, je pense depuis un certain temps que Bernays a formé Wasson personnellement dans l'art de la propagande et des relations publiques pour le compte de J.P. Morgan. Je fournirai plus d'éléments sur ce point par la suite. Je trouve toutefois intéressant de constater que c'est chez Bernays, le père des relations publiques, que l'on trouve le plus d'informations concernant la position de Wasson aux relations publiques de Morgan.

Le livre de Thomas Riedlinger, The Sacred Mushroom Seeker [ndt: littéralement « celui qui recherche le champignon sacré »], qu'on pourrait considérer comme étant la biographie officielle de Wasson, ne fait qu'effleurer son travail dans « la communication, les relations publiques – ce genre de choses »:

DeWitt Peterkin, vice-président à la retraite en charge des emprunts nationaux, rejoignit J.P. Morgan en 1937. Gordon était déjà là, initialement en tant que banquier de crédit. Peterkin se rappelle qu'il s'est rapidement distingué comme « quelqu'un de formidable pour analyser le contexte et l'historique » des comptes clients de Morgan.[...]
Au cours des années suivantes, le rôle de banquier de crédit de Wasson lui permit d'obtenir de nouvelles responsabilités. En tant que vice-président, il finit par devenir le responsable de « la communication, les relations publiques – ce genre de choses », se souvient Peterkin. Les relations personnelles avec les clients à l'étranger faisaient partie de son boulot.
Peterkin ajoute: « Peu de gens le savent, mais nous avons été l'un des banquiers du Vatican durant de nombreuses années. Et Gordon avait des audiences privées avec le pape. » Bien qu'il ne se souvienne pas de quel pape il s'agissait, d'autres sources m'ont dit qu'il s'agissait de Pie XII – et que Gordon ne l'appréciait pas beaucoup.[32] [c’est moi qui souligne]
~ Thomas Riedlinger

Et n'est-il pas quelque peu étrange que Wasson ait eu des audiences privées avec le pape, mais qu'il ne se souvienne pas de quel pape?

 

 

Les « remords » de Wasson

Le 26 septembre 1970, Wasson a publié un article dans le New York Times, dans lequel il prétend être en plein désarroi, et où il exprime des remords à propos des récentes nouvelles relatant que « des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs » affluent en masse à Huautla de Jimenez, dans la région d'Oaxaca au Mexique:

Huautla, que j'avais connu comme un petit village indien isolé, est devenu la Mecque des hippies, des psychopathes, des aventuriers et des pseudo-chercheurs, de la troupe bigarrée de tous les rebuts de notre société. Les anciennes traditions sont mortes, et j'ai bien peur que ma responsabilité soit lourdement engagée, la mienne et celle de Maria Sabina.[...]
Qu'ai-je fait au juste? J'ai fait une importante découverte culturelle. Aurais-je dû l'ignorer? Cette découverte en a entraîné d'autres, dont la portée reste encore à évaluer. Aurait-il été préférable que ces découvertes n'aient jamais vu le jour, suite à mon refus de révéler les secrets des hallucinogènes des indiens?
Et pourtant, ce que j'ai fait me donne des cauchemars: j'ai libéré un torrent d'exploitation commerciale de la pire espèce sur le charmant village de Huautla. Désormais, les champignons sont exposés et mis en vente sur chaque marché, devant chaque porte du village – partout. Tout le monde offre ses services de « prêtre » du rite, y compris les politiciens.[...] Toute la campagne est en émoi devant les mouvements furtifs des hippies, les allées et venues des « federalistas », et les efforts maladroits des officiels locaux pour les déloger.[33]
~ R. Gordon Wasson

Voici une conversation très surprenante entre Wasson et Bertram Wolfe, que j'ai découverte au fonds d'archives sur Bertram Wolfe à l'Hoover Institute de Stanford, qui jette une lumière nouvelle sur l'article du New York Times:

Le 8 octobre 1970:
Cher monsieur Wasson,
J'ai été très intéressé par votre article « The Sacred Mushroom » paru dans le New York Times.[...] J'ai remarqué votre tristesse à la fin de l'article, et je tiens à vous dire que vous n'avez rien à vous reprocher. Le savoir va finir par se propager. Si une personne ne se charge pas de le faire, une autre le fera. La nature ayant horreur du vide, alors les hippies, les marchands et les officiels tenteront de le remplir. Vous avez un peu accéléré le processus en publiant dans Life, plutôt que dans un magazine d'anthropologues, mais celui-ci était inévitable.[...] [34]
~ Bertram Wolfe
Le 13 octobre 1970:
Cher monsieur Wolfe,
[...] Vous souvenez-vous de la dernière lettre que vous m'avez envoyée? Je vous demandais à quelle occasion Tolstoï avait dit que la machine à imprimer était un puissant moyen pour disséminer l'ignorance. Cette affaire mazatèque en est un exemple frappant.[35] [c’est moi qui souligne]
~ R. Gordon Wasson

En d'autres termes nous avons affaire, dans cet essai, à ce groupe de propagandistes, « Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement notre pays.[...] des hommes dont nous n'avons jamais entendu parler. » En fait, nous avons entendu parler de nombre d'entre eux, deux de ces hommes étant Edward Bernays et R. Gordon Wasson.

Les implications de la déclaration de Wasson ci-dessus sont telles qu'elles en donnent le vertige; tout d'abord, dans l'article du New York Times, Wasson pleure des larmes de crocodile à propos de son soi-disant cas de conscience sur l'opportunité de populariser l'information sur les champignons, tout en se délectant de sa capacité à créer du commerce et des distractions au sein des populations qu'il méprise. Il poursuit en partageant sa responsabilité avec Maria Sabina. Il n'évoque pas un instant le fait qu'il a travaillé avec le CFR et la CIA, ni ses objectifs liés au services de renseignement. Comme le raconte Maria Sabina, si Wasson ne s'était pas rendu à la mairie et n'avait pas parlé avec Cayetano García Mendoza, le maire du village, elle ne lui aurait jamais donné de champignons. Elle a pensé que la visite du maire à son domicile était une visite officielle, et s'est donc sentie obligée de le servir:

Cayetano a alors expliqué à Doña María qu'il avait dit aux visiteurs: « je connais une vraie sage ». Cateyano a demandé à Doña María si elle pouvait emmener les étrangers chez elle, et leur enseigner la véritable connaissance des champignons. Doña María a répondu: « si c'est ce que vous voulez, je ne peux pas dire non ».
Des années plus tard, María Sabina a déclaré qu'elle s'était sentie obligée d'accéder à la demande de Wasson à cause de la position officielle de Cayetano, et qu'elle avait pensé que la visite de Cayetano dans son humble demeure, en cette chaude journée d'été, était une visite officielle.[...] En 1971, Wasson a lu une interview donnée par María Sabina, parue dans le magazine L'Europe, de Milan. Elle y disait que lorsque Cayetano lui avait demandé d'aider les étrangers, elle accepta parce qu'elle avait l'impression de ne pas avoir le choix. Mais elle déclara aussi que lorsqu'il lui fut demandé de les [Wasson et Richardson] rencontrer, elle « aurait dû dire non ».[36]
~ John W. Allen

Ce qu'écrit Wasson à Bertram Wolfe est encore plus perturbant: « Tolstoï avait dit que la machine à imprimer était un puissant moyen pour disséminer l'ignorance. Cette affaire mazatèque en est un exemple frappant. » Il est clair que Wasson est un disciple d'Edward Bernays qui utilise les relations publiques, ou propagande, comme un outil pour manipuler l'opinion publique. Il fait croire qu'il éprouve des remords tout en poursuivant sa campagne contre Huaulta de Jimenez en publiant d'autres articles dans le New York Times. Et comme Wolfe semble ébloui par l'intellect de Wasson, ce dernier le met dans la confidence des buts secrets qu'il poursuit, tout en exprimant son mépris pour les gens du peuple.

Quels que soient les objectifs secrets de Wasson et de ses acolytes concernant l'utilisation des champignons, ses actions ont eu de sérieuses conséquences pour les gens qui lui ont transmis leur connaissance:

Du moment où les étrangers sont arrivés, les « Enfants Sacrés » ont perdu leur pureté. Ils ont perdu leur force. Ils ont été profanés. À présent, ils ne servent plus à rien. On ne peut rien y faire. Avant Wasson, je pouvais sentir que les Enfants Sacrés m'élevaient. Ce n'est plus le cas à présent.[37]
~ María Sabina
Le champignon divin ne nous appartient plus [aux indiens d'Amérique Centrale]. Son langage sacré a été profané. Le langage a été corrompu et il nous est désormais impossible de le déchiffrer... Désormais, les champignons parlent NQUI LE [l'anglais]. Oui, c'est la langue que parlent les étrangers... Les champignons ont un esprit divin. Ils l'ont toujours eu pour nous, mais les étrangers sont arrivés et l'ont effrayé...[38]
~ Apolonio Teran

Wasson a répondu à ce que disait María Sabina ci-dessus:

Ces paroles me font grimacer, mais j'étais tout au plus le précurseur du Jour Nouveau. Je suis arrivé en même temps que l'autoroute, l'avion et l'alphabet. L'Ordre Ancien risquait de disparaître sans personne pour rendre compte de sa disparition. La sagesse de la Sabia, bien qu'elle fût tout à fait authentique, n'a rien à offrir au monde de demain.[39]
~ R. Gordon Wasson

Je ne peux que contredire Wasson lorsqu'il prétend que la sagesse de la Sabia (la sage, ou la femme sage) n'a rien à offrir au monde de demain – comme nous l'ont montré les trois décennies écoulées depuis que Wasson a écrit ceci, en 1980. Et peut-être qu'une personne sans objectifs secrets aurait fait un compte-rendu plus exact. Et il y a une grande différence entre être le précurseur du Jour Nouveau, et être un agent de l'élite au pouvoir, en utilisant Sabina et les champignons pour des motifs en lien avec les services secrets et les relations publiques.

 

 

L'affaire du fusil Hall

Il s'avère que Wasson a obtenu son poste de vice-président en charge des relations publiques (propagande) à la banque J.P. Morgan après avoir participé à la dissimulation de l'implication de J.P. Morgan, Sr. dans « l'affaire du fusil Hall » durant la guerre civile, et sur laquelle Wasson a écrit un livre, The Hall Carbine Affair. Des documents découverts à l'université de Yale dans le fonds d'archives Andrews révèlent que Wasson a dit à l'historien de la guerre civile Allan Nevins ce qu'il devait écrire sur l'affaire du fusil Hall,[40] et qu'il a ensuite cité Nevins comme argument d'autorité dans sa propre démonstration sur l'affaire; il y a là un conflit d'intérêt évident, sans même parler du fait que quelqu'un travaillant dans les relations publiques à J.P. Morgan n'est sans doute pas la personne la mieux placée pour évoquer cette affaire. De plus, Wasson avait raconté sa version de l'affaire au professeur Charles McLain Andrews,[41] et Andrews avait transmis le manuscrit de Wasson à Nevins.[42] Voici quelques extraits du livre de Wasson, The Hall Carbine Affair, concernant Nevins:

En 1939, la parution de trois ouvrages permit enfin de rétablir la vérité sur l'affaire du fusil Hall. Cette affaire a été relatée avec exactitude par Allan Nevins dans sa biographie revue et corrigée sur Fremont, où il soulignait l'importance du rôle de ce dernier.
Peu après, F.S. Crofts & Co. publiaient Casebook in American Business History, rédigé par deux professeurs à Havard, N.S.B. Gras, titulaire de la chaire Straus d'histoire du monde des affaires, et Henrietta M. Larson. Dans le chapitre sur Morgan, ils écrivent:
« [...]L'autre épisode est l'affaire du fusil Hall. Cette histoire est trop longue pour être racontée ici, mais une recherche approfondie n'a permis de mettre au jour aucune preuve datant de cette époque qui puisse justifier les déductions qui ont été tirées par de nombreux auteurs sur la nature des activité de Morgan à cette occasion. »
Vers la fin de l'année, Macmillan publiait la biographie de J. Pierpont Morgan par Hubert L. Satterlee, où l'on peut trouver un résumé de l'épisode. Dans sa critique de l'ouvrage parue dans le New York Times, Allan Nevins attirait particulièrement l'attention sur l'affaire du fusil:
« M. Satterlee disculpe Morgan de manière convaincante d'une des accusations les plus souvent portées contre lui: l'allégation qu'il prêta main-forte à un certain Simon Stevens dans le cadre d'opérations d'escroqueries contre le gouvernement fédéral, auquel il avait été vendu des fusils Hall défectueux qui furent ensuite livrés à l'armée du général Frémont. Les fusils, loin d'être défectueux, étaient en fait des armes de valeur. Les pertes subies par le gouvernement ont été, pour la plus grande part, attribuées à la négligence de son propre ministère de la guerre, et Morgan n'a jamais participé à la transaction, étant tout au plus celui à qui l'une des parties a emprunté de l'argent. [17 décembre 1939] » [43]
~ R. Gordon Wasson
La critique de Nevins n'est qu'une référence parmi les nombreuses autres écrites sur ce nouveau compte-rendu de l'épisode du fusil tel que décrit par le livre de Satterlee. L'Associated Press s'est longuement étendue sur le sujet le 26 novembre 1939. Le critique du magazine Time a soulevé une question à ce propos dans l'édition du 18 décembre, qui a entraîné des commentaires de la part de Herbert L. Satterlee, Lewis Corey et Gordon Roberts, publiés dans les éditions des 5 et 19 février 1940.[44]
~ R. Gordon Wasson

Voici quelques citations tirées d'échanges entre Wasson et Nevin, que j'ai trouvées dans le fonds d'archives Andrews. Il est clair que Wasson tente de faire en sorte que J.P. Morgan ait l'air innocent – malgré sa culpabilité:

Le 15 décembre 1937
J'ai pu faire une excellente utilisation de ma monographie sur le fusil de la guerre civile, qui est à présent en possession de m. Nevins, s'il est revenu de Californie. Je crois me souvenir qu'il doit revenir bientôt. J'espère ne pas trop vous déranger en vous demandant de faire en sorte qu'il me le renvoie.
Je crois que mon nom n'apparaît pas dans la monographie. Vous souvenez-vous si vous lui avez dit qui en est l'auteur? Si ce n'est pas le cas, il serait avantageux de le laisser dans l'ignorance, au cas où nous souhaiterions publier le manuscrit par d'autres moyens. [c’est moi qui souligne][45]
~ R. Gordon Wasson
Le 15 août 1939
Cher m. Andrews,
je me hâte de vous écrire pour vous assurer qu'Allen [sic] Nevins a traité mon manuscrit exactement comme je souhaitais qu'il le fasse. Il le qualifie d' « enquête minutieuse » qui « prouve qu'il peut l'acheter et qui était à la fois prudente et recommandable ». Il résume l'épisode dans un appendice, en deux ou trois pages. Il n'identifie pas « l'enquête récente », et j'en suis très content. Puisque sa biographie corrigée est sortie, nous avons eu, lui et moi, un échange de lettres très cordiales sur le sujet. [c’est moi qui souligne][46]
~ R. Gordon Wasson
Le 28 octobre 1941
Je vous suis très reconnaissant pour vos commentaires sur l'article sur l'affaire du fusil Hall, et nous apporterons la plus grande attention à vos conseils. J'en ai envoyé une copie à Allan Nevins, avec qui j'en ai souvent discuté, ainsi qu'à notre bon ami Steve Benet. Nous souhaitons réfléchir soigneusement à notre manière de procéder, et, fort heureusement, nous pouvons choisir le meilleur moment. Peut-être qu'après avoir laissé mijoter le sujet pendant quelques mois, nous sortirons une deuxième édition plus importante. [c'est moi qui souligne][47]
~ R. Gordon Wasson

Voici ce qu'en dit l'historien Charles Morris dans The Tycoons:

Pour l'affaire du fusil Hall, voir R. Gordon Wasson, The Hall Carbine Affair: A Study in Contemporary Folklore (New York: Pandick Press, 1948), même si Wasson (et Carosso) veut croire que Morgan ne savait pas que les fusils étaient revendus au gouvernement, ce qui est invraisemblable. Pour la version de la presse à scandales, voir Matthew Josephson, The Robber Barons: The Great American Capitalists (New York: Harcourt, Brace and World 1962), pp. 60-61. [c'est moi qui souligne][48]
~ Charles Morris

Et l'historien Matthew Josephson écrivait ceci à propos de l'affaire dans Robber Barons:

Un certain Simon Stevens, qui avait pris une option sur l'achat de 5000 fusils Hall auprès d'un vendeur nommé Eastman, fit une requête urgente à Morgan pour un prêt concernant l'achat de ce matériel de guerre, qu'il espérait revendre avec bénéfice au gouvernement. Auparavant, il s'était arrangé par télégraphe pour les revendre au général Frémont, qui commandait l'armée occidentale stationnée près de St. Louis. On ne sait pas si Stevens, qui était engagé depuis longtemps dans des opérations douteuses avec des responsables des douanes, a révélé ou pas qu'il avait besoin de la somme de 17 486$ de Morgan pour pouvoir acheter les fusils au gouvernement de Washington, alors que ce même gouvernement avait une armée à l'Ouest qui réclamait ces fusils. Cette situation paradoxale vient du fait que les fusils en question se sont révélés, après inspection, si défectueux qu'ils auraient arraché les pouces des soldats qui les auraient utilisés. L'intendant militaire de Washington les a vendus pour 3,50$ pièce. « Le gouvernement a vendu un jour des armes pour 17 486$, alors qu'il avait accepté de les acheter pour 109 912$ le jour précédent », comme l'a découvert par la suite un membre du Congrès. Que le jeune Morgan [alors âgé de 24 ans] était au courant de cette situation est évident quand on constate que dès la livraison du chargement de fusils à l'armée du général Frémont, il a réclamé sans vergogne non pas la somme qu'il avait avancée, mais la totalité des 58 175$, l'autre moitié ayant déjà été versée de bonne foi.
La demande de Morgan pour le paiement de la totalité des 109 912$, alors qu'il n'avait prêté que 17 486$, a sans doute amené le Congrès à penser que son implication dans cette affaire ne se limitait pas à un simple prêt d'argent. Au cours de l'enquête qui suivit, le comité sur les contrats passés par le gouvernement, réuni le 3 mars 1863, a demandé à Morgan qu'il dévoile les conditions sous lesquelles il était entré dans la transaction, au milieu de cris évoquant « le pillage, la fraude ou l'extorsion », sans toutefois parvenir à le faire sortir de son silence obstiné. Les membres du Congrès n'avaient pas été convaincus que les opérations menées par ce jeune homme corpulent et renfrogné avaient été « inoffensives pour le peuple », et avaient jugé bon de le sermonner. Leur rapport sur ses associés et lui disait que:
« Il ne peut être considéré comme un bon citoyen, sur les demandes duquel on pourrait jeter un œil bienveillant. Au contraire, il ne cherche qu'à augmenter le poids des maux qui, chaque jour plus nombreux, pèsent sur l'économie future du pays, avec des demandes auprès du Trésor pour lesquelles aucune contrepartie n'a été constatée.[...] Quand le sang des patriotes inonde les plaines du Sud et que les corps de leurs compagnons pourrissent sur les champs de batailles, il est alors juste de dire que les hommes qui prétendent jurer loyauté au drapeau tout en se repaissant des misères de la nation sont pires que les traîtres en armes. »[49]
~ Matthew Josephson

Je me demande si Morris et Josephson savaient que Wasson travaillait aux relations publiques de J.P. Morgan au moment où ils ont écrit ces lignes, et que Wasson avait en fait envoyé son manuscrit à Nevins pour faire en sorte que leurs histoires s'accordent entre elles. J'en doute fortement. Il est au contraire probable que je sois, malheureusement, le premier à faire cette découverte. Et alors qu'il a été largement démontré que Morgan a bien escroqué le gouvernement américain, il est extrêmement suspect que Wasson, un homme qui a travaillé aux relations publiques de J.P. Morgan, écrive une telle histoire, et qu'il accède dans la foulée au poste de vice-président en charge des relations publiques, et qu'il ait de surcroît côtoyé Edward Bernays durant la rédaction du livre. Il y a trop de coïncidences qui s'ajoutent à d'autres coïncidences pour que tout ceci ne soit qu'une coïncidence!

 

 

La commission des titres et des échanges

On peut lire dans le livre du professeur Raymond Moley, After Seven Years, mentionné par Edward Bernays:

J'avais demandé au président de discuter avec moi de ces nominations parce que j'avais déjà vu trop de bonnes législations pour lesquelles il s'était battu rendues caduques par la nomination de mauvais administrateurs, ce depuis l'époque où je l'avais aidé à mettre en place le système de liberté sur parole dans l'état de New York. À ce moment, il était en train de gâcher sa loi sur les communications de cette exacte façon. Il est clair que la commission des titres et des échanges [ndt: la SEC, Securities and Exchange Commission] allait être transformée en une coquille vide si elle devait tomber sous l'influence des intérêts qu'elle était censée superviser. Ou si elle risquait de tomber sous la domination de personnes n'ayant aucune expérience concrète du fonctionnement du marché des changes, ce qui eût été tout aussi néfaste.

Le président a fait bon accueil à ces observations, et a demandé une liste de recommandations, que je lui ai fournie au début de juin 1934. La voici:



MEMORANDUM SUR LA COMPOSITION DE LA COMMISSION DES TITRES ET DES ÉCHANGES

1. Kennedy

 

Le meilleur choix pour le poste de président, à cause de ses capacités de dirigeant, sa connaissance des us et coutumes du milieu des affaires, et sa capacité à concilier différents points de vue en commission

2. Landis

 

Meilleur en tant que membre que comme président, car il est un partisan du contrôle strict, et qu'il révèle son potentiel en défendant ce point de vue face à des avis contraires

3. Mathews

 

Familier de la rédaction des lois fédérales sur la régulation des échanges boursiers et de la présente loi sur les titres boursiers [ndt: Securities Act]. C'est un républicain du Wisconsin, ne pas le prendre risquerait de braquer les républicains progressistes

4. Ben Cohen

Il est tout aussi capable que Landis, et a plus d'expérience. A été plus impliqué que n'importe qui d'autre dans l'élaboration des lois sur les titres et les marchés boursiers. Sa personnalité lui permet de s'attirer la sympathie, car les gens gagnent à le connaître. Très bien vu du juge Mack Franfurter, etc.

5. Paul Shields

 

Exprime des idées progressistes quant au contrôle par la loi. Fortement recommandé par Averell Harriman. A été associé avec Dillon, Reed et serait probablement très fortement recommandé par Clarence Dillon.

6. Gordon Wasson

 

Un résident du New Jersey. Gérait les comptes étrangers pour Guaranty Company. A servi de lien entre Wall Street et Landis, Cohen and Corcoran, parce que son amitié avec ces derniers était connue. A une connaissance approfondie du marché des titres et de la loi [ndt: le Securities Act], ayant participé à son élaboration. Très apprécié du Trésor et du Commerce. Serait très certainement recommandé par le Guaranty et par la bourse, et serait donc acceptable pour Wall Street.

7. Frank Shaughnessy

 

Hiram Johnson le tient en haute estime. Il est très bien vu de Charles B. Henderson du R.F.C., qui le connaît.

8. Judge Healy

 

On peut compter sur lui pour être à la fois sensé et libéral dans son interprétation. Il ferait toutefois un meilleur membre de la commission sur le commerce fédéral

Affiliations partisanes: démocrates – Kennedy, Landis, Cohen, Shaughnessy. Républicains – Wasson, Mathews, Healy.[50]

C'est ainsi que nous apprenons que Wasson a participé à l'élaboration de la loi sur les titres boursiers. Une étude de celle-ci à la lumière de la crise financière actuelle serait intéressante, sachant que Wasson a participé à sa rédaction. Et c'est aussi le père du patron de Wasson, J.P. Morgan, Sr., ce même J.P. Morgan qui a escroqué le gouvernement dans l'affaire du fusil Hall, qui a secrètement mis en place la Réserve Fédérale américaine à Jekyll Island.[51] De plus, nous découvrons que Wasson était un des huit nominés à la présidence de la commission des titres et des échanges pour le compte du gouvernement américain.

 

 

Thomas C. Wasson

Robert Gordon Wasson avait un frère: Thomas Campbell Wasson. Thomas a été assassiné à Jérusalem par des juifs alors qu'il occupait le poste de consul général en Israel, une position qu'il n'occupait que depuis quelques semaines. On lui a tiré dessus le 22 mai 1948 à 14h00 avec un fusil de calibre .30, alors qu'il approchait du consulat américain. Il est décédé le 23 mai 1948, dix jours après la création de l'état d'Israel, le 13 mai.

Thomas et R.G. Wasson partageaient une ressemblance physique incroyable, presque comme des jumeaux. Et il est intéressant de noter qu'un écrivain a rapporté que c'était Robert Wasson, et non Thomas, qui avait été tué:

Notre consul américain, m. Robert Wasson, a été abattu par des juifs ce vendredi et est mort aujourd'hui.[52]
~ Bertha Spafford Vesta, le 23 mai 1948

Malgré toute la propagande et la désinformation dont Wasson s'est rendu coupable jusqu'ici, je dois dire qu'il n'y a aucune preuve, en tout cas jusqu'à maintenant, qui montrerait que cet assassinat cachait quelque chose d'autre, outre le fait que des bulletins d'informations aient tenté, dans un premier temps, d'en faire porter la responsabilité aux arabes. La confusion entre Thomas et Robert semble n'être qu'une simple erreur – bien que j'admette ne pas avoir poussé mes recherches beaucoup plus loin sur cette question.

Thomas avait également été vice-consul à Melbourne, en Australie, ainsi qu'à Puerto Cortes, au Honduras, et consul à Lagos, au Nigéria.

Il s'agit ici de montrer que Wasson avait, par l'intermédiaire de sa famille, des liens avec les plus hauts niveaux du gouvernement américain et de la politique internationale – ce qui pourrait constituer une piste de recherche intéressante à l'avenir.

 

 

L'assassinat de J.F. Kennedy

Les lecteurs seront peut-être choqués d'apprendre que tout ceci est lié à l'assassinat de Kennedy, dans un développement qui semble dépasser la fiction. Plusieurs noms susmentionnés sont impliqués, et parmi eux Henry Luce et C.D. Jackson. C.D. Jackson avait acheté le film de Zapruder sur l'assassinat de Kennedy. Jackson et Henry Luce ont conservé le film dans les coffres de Time-Life, le tenant à l'écart de la connaissance du public pendant des décennies; on rappelera que Time-Life était une compagnie fondée par J.P. Morgan, le patron de Wasson. De plus, Wasson était un ami proche de George de Mohrenschildt, avec lequel il dirigeait le Russian Student Fund pour les immigrés russes, ce pour le compte de la CIA (voir ci-après), et il a aussi travaillé sur divers programmes centrés sur la Russie avec le frère de George, le professeur Dimitri de Mohrenschildt.[53] La femme de George de Mohrenschildt travaillait pour Abe Zapruder, qui, ironiquement, a filmé l'assassinat de Kennedy. Et bien sûr de Mohrenschildt était l'ami proche de Lee Harvey Oswald, le soi-disant « tireur solitaire ». Il semble que de Mohrenschildt se soit suicidé quelques minutes seulement avant l'arrivée de journalistes venus l'interviewer, et on a retrouvé sur son cadavre un agenda contenant le nom de Wasson et son numéro de téléphone, ainsi que d'autres contacts incluant George H.W. Bush, l'ancien président et directeur de la CIA.

L'histoire secrète des champignons hallucinogènes (I)

L'histoire secrète des champignons hallucinogènes (I)

Ci-dessus: documents obtenus auprès du bureau du shériff de West Palm Beach par Bruce Adamson

Peu après l'assassinat de Kennedy, Jackson et Luce sont aussi parvenus à obtenir de Marina Oswald qu'elle leur raconte son histoire en exclusivité.

Bruce Campbell Adamson, qui a publié onze livres sur l'affaire, est considéré comme l'un des principaux chercheurs sur l'assassinat de JFK. Dans ces ouvrages, Adamson identifie systématiquement Wasson comme l'un des principaux suspects dans l'organisation du complot. Au cours des dernières années, j'ai pu vérifier que toutes les assertions d'Adamson sur Wasson étaient véridiques – la plupart d'entre elles sont retranscrites dans les notes de bas de page de cet essai. Voici quelques unes de ces assertions:

 

Extraits des ouvrages de Bruce Adamson sur l'assassinat de JFK

Tiré du volume 3a (chronologie de l'assassinat de Kennedy):
Janv. 1948: allocution de George Kennan au CFR sur la politique soviétique. Étaient présents Arthur Houghton, Jr., Stephen Duggan, Sr., J. C. Campbell, Henry V. Poor et R. Gordon Wasson.
1952: Alexander Dallin était directeur associé; P. Mosely était directeur de recherche; R.G. Wasson et F. Barghoorn étaient au comité directeur du programme de recherches sur l'URSS. Tous liés à la CIA.
1953: allocution de George Allen au CFR sur les relations de la Yougoslavie avec l'occident. NAR, J. T. Duce, P. Mosely et R. Gordon Wasson étaient présents. George Allen avait été présenté à Joseph Kennedy par Robert D. Murphy. Alexander Tarsaidze = D. V. Mohr. dans le livre Four Myths.
Tiré du volume 3b (chronologie de l'assassinat de Kennedy):
1959: allocution d'Anastas I. Mikoyan au CFR, le 15 janvier. Étaient présents: HFA (CIA), Geo. Kennan, Sig Michelson (CBS), J. Jessup (Luce), Philip Mosely (CIA), K. Roosevelt (CIA), H. Sargeant (CIA), John Gunther, R. G. Wasson (CIA), Fred et James Warburg.
1960: allocution de Josip Tito au CFR, le 30 septembre. Étaient présents: John Gunther, J. N. Hazard, Arthur A. Houghton, Jr., H. Luce, J. J. McCloy, R. G. Wasson et Daniel Schoor.
1962: session présidée par Philip Mosely le 8 mai, en tant que représentant de Luce à Moscou. Étaient présents: J. Jessup, R. G. Wasson (CIA).
Le 27 décembre, allocution de H. Salisbury au CFR, session présidée par R. Gordon Wasson (agent de la CIA).
1963: allocution de Philip Mosely, consultant de la CIA, le 31 octobre sur le thème « la Russie face à l'Est et l'Ouest ». Étaient également présents A. Doak Barnett, R. Blum, J. C. Campbell, R. Donald [Gordon][54] Wasson (CIA), (AD). Le professeur Frederick Barghoorn était censé être présent, lui aussi. Banghoorn a été arrêté à Moscou deux jours plus tard.
Tiré de la série d'Adamson sur JFK – volume 4a, p.22:
L'analyse de Salisbury sur la conspiration de droite à Dallas était-elle dirigée contre H.L. Hunt ou contre l'autorisation d'inscrire le concept d'épuisement des réserves de pétrole dans le bilan comptable? Il ne le précise pas. Nous savons que Harrison était lié à Dimitri Von Mohrenschildt, et qu'il partageait de nombreuses relations avec lui. Le 27 décembre 1962, Harrison E. Salisbury a donné une allocution au CFR sur les implications de la rupture sino-soviétique. R. Gordon Wasson (agent de la CIA) présidait la session. Parmi les autres membres importants présents ce jour-là, on trouve Frank Altschul, Robert Blum, Spruille Braden, Alexander Dallin, George S. Franklin, Jr., et Howland Sargeant. Tous, excepté Blum, ont des liens avec Dimitri et Dulles.
Pendant que de Mohrenschildt recevait Oswald, Salisbury soutenait que le communisme n'était pas un mouvement unifié et monolithique.[...]
p. 29:
En 1952, alors qu'Alex Dallin était le directeur associé du programme de recherches sur l'URSS et que Philip E. Mosely (consultant pour la CIA) en était le directeur, R. Gordon Wasson (agent de la CIA) et Frederick C. Barghoorn, accusé d'être un agent de la CIA, étaient membres du comité directeur du programme de recherche.[...]
Tiré de la série d'Adamson sur JFK – volume 4b, p57:
Kennan a fait une allocution à la réunion de janvier 1947 du CFR à New York. La réunion avait pour thème l'esprit soviétique et ses effets sur la politique étrangère soviétique.(53)
(53). Princeton, bibliothèque Seely G. Mudd, archives Dulles, dossier Kennan, rapport du Council on Foreign Relations du 7 janvier 1947.
Kennan dirigeait la discussion, et parmi les autres membres présents en relation avec ce sujet, on pouvait trouver: Frank Altschul; Arthur H. Dean; George S. Franklin et Arthur A. Houghton.[...] Les autres membres du CFR qui étaient amis avec Dimitri Von Mohrenschildt incluaient John C. Campbell de Time-Life; Stephen Duggan Sr., dont le fils siégait au comité de rédaction de la Russian Review; Henry V. Poor, de Amcomlib, et R. Gordon Wasson, un agent de la CIA et le directeur du Russian Student Fund.[...]
p. 58:
Le 18 mai 1958, Philip Mosely, directeur des études au CFR, fit un discours intitulé « Impressions sur Moscou ». Frank Altschul présidait la séance. Les autres participants étaient Hamilton Fish Armstrong, (époux de Carmen Barnes, qui était une amie de George de Mohrenschildt); Frederick C. Barghoorn (ami de Dimitri et arrêté par le KGB en novembre 1963); John N. Hazard; C.D. Jackson (qui a acheté le film de Zapruder); Henry V. Poor et Howland Sargeant.[...] Il est important de noter que Wasson était un des responsables du programme de recherches sur l'URSS, situé au 401 West 118ème Rue à New York. Parmi les autres membres du bureau directeur de ce programme, on pouvait trouver [...] Philip E. Mosely, Alexander J. Dallin, Frederick C. Barghoorn et R. Gordon Wasson. En 1952, ce programme de recherches sollicitait les conseils éclairés de Dimitri sur l'organisation de l'URSS et sur l'influence des classiques sur la culture soviétique.(57)
(57). Hoover Institute, archives de la Russian Review, boîte 2, Alexander Dallin à D.V. Mohrenschildt, le 11 avril 1952.
En 1950, Dulles a donné son approbation pour la candidature de George Kennan à la Century Association, sise au 7 West 43ème Rue à New York. Il semble que Hamilton Fish Armstrong ait nominé Kennan et que Gordon Wasson (agent de la CIA) l'ait soutenu. Le 15 novembre 1950, Dulles a dit de Kennan qu'il était l'un des auteurs les plus compétents en matière de politique étrangère, et qu' « il serait certainement un membre tout à fait désirable pour le Century Club. »(59)
(59). Princeton, bibliothèque Seely G. Mudd, archives Dulles, dossier Kennan, A. Dulles au comité des admissions, le 15 novembre 1950.
Tiré de la série d'Adamson sur JFK – volume 8a, p.3:
Le 30 septembre 1960, le maréchal Josip Tito fit une allocution à une réunion du CFR à New York sur la politique étrangère yougoslave. Les autres personnes qui connaissaient Dimitri Von Mohrenschildt [et] Dulles, et qui sont importants dans l'étude des assassinats des deux frères Kennedy sont: John Gunther, John N. Hazard, Arthur A. Houghton, Jr., Henry R. Luce, John J. McCloy, Edward V. Poor, Daniel Schoor et l'agent de la CIA R. Gordon Wasson.(10)[55]
(10). CFR meetings vol. XXXVIII, juillet 1960 – juin 1961 (S-Z).
~ Bruce C. Adamson

 

 

James Moore et le chiffon rouge

Après avoir étudié toutes ces connexions au cours des années, une question revient toujours, lancinante. Qu'en est-il de James Moore? James Moore était un agent de la CIA. Il a donné 2000$ à Wasson pour qu'il puisse partir au Mexique. Voici comment débute cet autre mythe:

Apparemment, une des « fondations diverses » sur lesquelles comptait Wasson pour se faire financer était le Geschickter Fund à Washington, D.C. Ce fonds lui avait été indiqué comme une source de financement potentielle par James Moore, l'employé de la CIA, lorsque ce dernier avait contacté Gordon en août 1955. Ce fonds, que Gordon ne connaissait pas, était utilisé par la CIA comme un paravent pour acheminer des fonds secrètement. D'après John Marks, dans son livre The Search for the "Manchurian Candidate" (New York: Dell, 1979), Gordon a pu obtenir 2000$ pour financer son expédition du printemps 1956.[56]
~ Allan Richardson
« Nerveux et paranoïaque » est une description adéquate d'un des chimistes de la CIA, James Moore (Lee & Shlain, 1985; Marks, 1979; Stevens, 1987), qui avait secrètement infiltré l'une des petites expéditions de Wasson dans la Sierra Mazateca en 1956.
Un scientifique du « projet ARTICHOKE » de la CIA avait entrepris un voyage au Mexique, pour partir à la recherche d'un « buisson à la con » et d'autres plantes qui auraient pu avoir pour effet de déranger l'esprit humain, ce qui aurait pu s'avérer utile politiquement pour contrôler l'esprit des ennemis en temps de guerre. De grandes quantités de graines de belles-de-jour avaient été envoyées dans les laboratoires de la CIA pour être analysées par des scientifiques de la CIA. Le but était de produire des composés capables d'obtenir des confessions, de localiser des objets perdus ou volés, et peut-être même de prédire l'avenir. Les champignons qui provoquaient des visions étaient considérés comme particulièrement intéressants dans le cadre de ces recherches. Des documents obtenus grâce au Freedom of Information Act nous montrent que James était un expert en synthèse chimique, qui travaillait pour la CIA. En 1956, s'invita à l'une des expéditions de Wasson au Mexique. Il a permis à Wasson d'obtenir un financement de 2000$ grâce à une fondation-écran de la CIA du nom de Geschickter Fund for Medical Research, Inc. En 1955, Wasson a refusé de collaborer ouvertement avec la CIA.[...] Moore a rassemblé des spécimens pour ses recherches sponsorisées par la CIA, puis il est retourné au Maryland où il a entrepris d'isoler les principes actifs des champignons et des graines de belles-de-jour pour le compte de la CIA. Malheureusement pour lui, Moore s'est avéré incapable de découvrir les agents actifs des champignons; mais l'humanité peut s'estimer heureuse qu'il ait échoué dans cette tâche, puisqu'il est probable que la CIA les auraient utilisés dans le cadre d'une « guerre mentale ».[57][c’est moi qui souligne]
~ John W. Allen

On notera que la citation ci-dessus ne dit pas que Wasson a refusé de travailler pour la CIA. Il est dit que « En 1955, Wasson a refusé de collaborer ouvertement avec la CIA ». En d'autres termes, en admettant que ce que dit Allen est exact, si Wasson a refusé de travailler « ouvertement » pour la CIA, cela ne signifie pas qu'il a refusé de collaborer avec la CIA – deux choses tout à fait différentes. Alors, comment Wasson a-t-il collaboré? Il aurait eu besoin d'un couverture.

Voici la façon dont Hank Albarelli, l'expert sur le programme MK-ULTRA, décrit le mythe dans son livre A Terrible Mistake:

Le travail de Gordon Wasson et de sa femme Valentina Pavlovna est particulièrement important en ce qui concerne l'histoire du LSD et des drogues psychotropes. Le couple a parcouru le monde à la recherche de champignons psychoactifs rares et exotiques, et ils furent les premiers à utiliser le terme « ethnomycologie ». Au cours d'une période de quarante ans, les deux époux ont collecté et catalogué « la nourriture des Dieux ». En 1977, Wasson a déclaré qu'à l'occasion de ses nombreuses expéditions au Mexique de 1952 à 1962, « je n'ai jamais envoyé le moindre échantillon à un mycologue américain. Je n'ai pas reçu un centime, pas la moindre subvention d'aucune source gouvernementale. Je suis tout à fait sûr de tout ceci. »
Il n'y a pas de raison de douter de Wasson, mais ce qu'il ignorait à l'époque de ses excursions, c'est que chacun de ses voyages était surveillé de très près par le gouvernement des États-Unis, et que le moindre échantillon qu'il collectait au Mexique était envoyé dans des laboratoires financés par la CIA. Wasson a également envoyé ses échantillons à Albert Hofmann aux laboratoires de Sandoz, en Suisse. Hofmann, d'après Wasson, « faisait le travail essentiel de synthèse des principes actifs » des échantillons. Là encore, ce que Wasson n'avait pas compris est que le fruit de tous ses efforts et de ceux d'Hofmann était détourné par l'armée américaine et par la CIA, qui avaient des agents infiltrés dans les laboratoires de Sandoz depuis au moins 1948.
Wasson ignorait également que la CIA avait infiltré la plupart de ses voyages au Mexique. En 1958, le dr. James Moore de l'université du Delaware, secrètement sous contrat avec le TSS [ndt: Technical Services Staff] de la CIA, fit le voyage dans la région de l'Oaxaca au Mexique pour recueillir des échantillons de rivea corymbosa. Moore, d'après Wasson, travaillait en collaboration avec le dr. Rolf Singer, un juif bavarois qui avait fui l'Allemagne nazie en 1933 pour rejoindre la Tchécoslovaquie, avant de s'installer en Argentine. Entre temps, il avait fait le voyage vers les États-Unis où il obtint un travail de chercheur à l'université d'Havard, et en 1948 il quitta les USA pour l'Argentine pour y étudier les champignons hallucinogènes.
Wasson, dans une interview donnée en 1977, avait laissé entendre que Singer était en cheville avec la CIA par l'intermédiaire de Moore, mais les détails ne sont pas clairs, et il faut dire que Wasson ne s'intéressait pas beaucoup à Singer, et qu'il trouvait ses travaux « hâtifs » et souvent « empruntés » à d'autres. Wasson n'a voyagé qu'une fois avec Moore, en 1956, et il déclare que ce fut une expérience horrible: « c'était un affreux connard... Il espérait trouver des toilettes au Mexique. C'était risible. »
Wasson raconte également qu'il a été approché une fois par la CIA ou par le FBI: « Je ne suis pas certain de quelle agence [il s'agissait] ». Ils voulaient qu'il « fasse un travail pour le gouvernement ». Il refusa leur proposition, en déclarant que bien que « patriote », il refusait de voir ses travaux classés top-secret: « je voulais publier toutes mes découvertes ».
Dans la même interview, Wasson déclare qu'Albert Hofmann « travaillait d'une façon ou d'une autre avec la CIA », et que « les découvertes [d'Hofmann] étaient intégralement transmises par Sandoz au gouvernement américain. Sandoz voulait être du bon côté du bâton ». Les liens d'Hofmann avec la CIA n'ont jamais été confirmés officiellement par la CIA, qui refuse systématiquement de commenter ou de révéler des informations sur l'appartenance de citoyens étrangers à son réseau d'agents.[58] [c'est moi qui souligne]
~ Hank Albarelli

Il semble que Wasson ait pris pour habitude de dénigrer les personnes qu'il sait être des agents. J'avais déjà souligné ce point dans mon livre The Holy Mushroom, eu égard à l'attitude de Wasson envers le dr. Andrija Puharich,[59] et je pense qu'il fait la même chose ici avec Moore. Wasson veut ici cacher son propre statut d'agent ou collaborateur de la CIA, ce qui lui permet de se faire passer pour innocent dans toute cette affaire.

Les récits rapportés ci-dessus semblent totalement impossibles, au regard de toutes les informations montrant l'implication de Wasson dans le CFR et la CIA, et avec toutes ses propres connexions avec des agents de la CIA et la communauté du renseignement au sens large. Je considère toute cette histoire concernant James Moore comme étant un chiffon rouge ou une diversion. Si on considère que Moore n'est qu'une diversion, alors toutes les contradictions du scénario s'estompent d'elles-mêmes. Wasson et Dulles étaient amis; la CIA était au courant des travaux de Wasson depuis le début; Dulles travaillait avec le conglomérat allemand IG Farben, qui était en lien ave Sandoz AG.[60] On a du mal à croire que la CIA avait besoin d'un agent sur place, quand elle disposait déjà de Wasson en personne. Plutôt que d'admettre que l'opération dans son intégralité était une opération commanditée par l'élite/la CIA/la communauté du renseignement, il était préférable d'introduire un agent dans le scénario, avec pour effet d'égarer les chercheurs pour les décennies à venir. De cette manière, Wasson n'avait pas besoin de travailler ouvertement pour la CIA, et il pouvait toujours publier ses livres, qu'il n'a publié que dans des maisons d'édition élitistes – les rendant ainsi trop onéreux pour les gens du commun – et dont il a offery un grand nombre aux membres du CFR et de la CIA. Il s'agissait là d'une manipulation très sophistiquée, qui a égaré plusieurs centaines de chercheurs – mais la vérité finit toujours pas éclater au grand jour. On pourrait envisager que Wasson était le supérieur de Moore à la CIA, et que Dulles a personnellement donné son accord pour l'octroi des 2000$. Dulles et Wasson en ont sûrement discuté autour d'un dîner au Century Club. Wasson avait sans doute besoin d'un chimiste pour son voyage, pour l'aider à rassembler des échantillons de champignons, et éventuellement pour servir de bouc-émissaire si quelqu'un venait à découvrir leur plan.

 

 

Masha Wasson Britten

On a du mal à croire que Masha n'était pas au courant de la plupart de ces informations. Dans les archives concernant Frank Altschul à l'université Columbia, on peut trouver une lettre manuscrite de Masha à Altschul dans laquelle elle le remercie pour un week-end qu'ils ont passé ensemble en 1958 après le décès de sa mère, Valentina, dont il s'avère qu'elle était également une amie d'Altschul. Il est difficile de déterminer si Masha et Altschul étaient amants à cette époque, bien qu'elle ait eu 23 ans à ce moment.

Le 20 janvier 1959
Cher m. Altschul,
veuillez me pardonner de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Je souhaite vous remercier pour ces moments délicieux que j'ai passés avec vous à la campagne. J'avais réellement besoin de prendre du recul, et je ne peux imaginer un endroit que j'aurais autant apprécié.
Je me suis bien reposée, ce que je n'avais pu faire depuis bien longtemps. J'ai été très réconfortée d'être entourée par des amis, puisqu'à cette période je venais juste de réaliser ce qui s'était passé [...]
Je vous remercie une nouvelle fois pour ce merveilleux week-end, et je suis désolée pour le retard.
Avec tout mon amour,
Masha[61]

Altschul n'était pas seulement un banquier, mais, tout comme Dulles, il a été directeur du CFR (1944-72),[62] et a aussi participé à de nombreuses réunions présidées par Wasson en personne – auxquelles Luce était lui aussi présent.[63] Altschul était également un membre du Century Club,[64] et était aussi l'un de ceux qui étaient aux manettes d'opérations secrètes de la CIA comme l'Operation Mockingbird, « une campagne psychologique sur l'information dirigée contre le peuple américain ».[65]

Le 17 février 1951, Wasson a donné une conférence sur la politique russe au Practicing Law Institute. Il a ensuite fait publier 1000 copies de cette conférence sous la forme d'un petit livre, intitulé Toward a Russian Policy,[66] qu'il avait fait éditer anonymement par la société d'édition de Frank Altschul, Overbook Press. On peut trouver la liste des personnes à qui Wasson avait envoyé une copie du livre dans la collection Overbook Press de l'université de Columbia. On y trouve, entre autres, les noms suivants: Allen W. Dulles, John Foster Dulles, le général Dwight Eisenhower, C.D. Jackson, Henry Luce, Robert Oppenheimer, David Rockefeller, et Frank Wisner.[67]

Mais je souhaite que vous lisiez la totalité de l'intervention, qui va bientôt paraître dans un ouvrage édité par la société de Frank Altschul, Overbook Press. Puisque Frank est en contacts constants avec m. C.D. Jackson, je suggère que vous portiez ce fait à l'attention de m. Jackson, s'il est intéressé par votre projet.[...][68]
~ R. Gordon Wasson

Le fils de Frank Altschul, Arthur G. Altschul, était lui aussi membre du CFR avec Frank et Wasson,[69] et est devenu un associé de Goldman, Sachs & Co., qui a délesté les contribuables américains de plusieurs milliards de dollars en 2008, bien qu'Arthur soit décédé en 2002.

Qui ne s'est pas sali les mains dans le monde des produits psychédéliques et de la politique profonde?

Et c'est ainsi que l'enquête se poursuit...

 

 

À l'avenir

Il est évident que l'étude des enthéogènes dans les mythes religieux est un axe de recherche tout à fait valide.

Ce qui ne ressort pas clairement des travaux de Wasson est la mesure dans laquelle ils correspondent à une enquête sérieuse et honnête sur les champignons dans le cadre de la religion, et ce qui touche à ses motivations secrètes au bénéfice de l'élite au pouvoir. Devant un tribunal, si vous êtes convaincu d'avoir menti sous serment, alors toutes vos déclarations doivent être rejetées. Et bien que Wasson n'ait pas été sous serment et qu'une bonne part de ses recherches (mais pas la totalité) semble valide, il est clair que nous devrons vérifier chaque détail de ses recherches, point par point, avant de pouvoir à nouveau le citer comme une source crédible dans les domaines de l'ethnomycologie et de l'ethnobotanisme.

Ceux qui déforment la réalité pour assouvir leurs objectifs personnels, sacrifiant au passage la vérité et l'humanité, portent préjudice au monde entier. Si leurs actions avaient pour fondement l'intégrité, ils n'auraient pas besoin d'agir en secret, de pratiquer le sophisme, et d'occulter la vérité au détriment du plus grand nombre, et au bénéfice de quelques uns.

 

 

Conclusion

Il nous est parfois difficile de regarder objectivement nos propres mythes et légendes, et de remettre en cause nos propres croyances. En fait, de nombreuses personnes pensent qu'il est plus aisé de continuer à croire en un mythe, que de faire des recherches sérieuses pour faire émerger la vérité ou la véritable histoire cachée derrière ces mythes et légendes.

Certains mythes et légendes sont fabriqués par ceux dont l'intention est d'occulter certaines informations pour leur bénéfice personnel - « une histoire inventée pour expliquer la réalité tout en l'occultant ». Lorsque l'information est occultée, ceux qui détiennent cette connaissance cachée sont en position de force face à ceux qui l'ignorent.

Nous pouvons passer toute notre vie à croire à toutes sortes de mythes et légendes, étant induits en erreur par ceux qui souhaitent nous tromper, nous manipuler et nous contrôler, violant ainsi la loi naturelle pour satisfaire leurs désirs irrationnels et égoïstes. Et la vérité a, tout comme les champignons, le pouvoir de libérer notre esprit. L'étude de l'ethnomycologie a permis de mettre au jour l'existence de mythes et de légendes centrés autour des champignons: ceux créés par R. Gordon Wasson.

Nous avons débuté cet essai avec une citation de Wasson tirée de son livre The Hall Carbine Affair. Voici la suite de cette citation, dans laquelle Wasson nous gratifie d'une leçon de philosophie, et qui va nous permettre d'amener cet article à sa conclusion:

Les légendes sont souvent une réécriture de l'histoire permettant de mettre en avant une morale. Elles sont trompeuses en tant qu'histoire, mais elles nous aident à comprendre les hommes qui les inventent et croient en elles. En général, nous considérons comme légendes les histoires déformées qui nous relient aux générations précédentes. Mais c'est avant tout parce que, croyant comme nous le faisons à nos propres légendes, nous ne reconnaissons pas celles-ci pour ce qu'elles sont.
Nous nous proposons dans cet essai de disséquer tendon par tendon, nerf par nerf, une légende actuelle, une légende née avec notre propre génération et [...] qui palpite de la vitalité de l'acceptation non contredite. Ce cas de fausse croyance va être mis à l'épreuve, tout comme la véritable Histoire est mise à l'épreuve. Il ne s'agit ici que d'une modeste petite histoire, mais nous allons l'examiner aussi scrupuleusement que s'il s'agissait d'un événement majeur. Elle débute il y a de cela environ trois quarts de siècle par un événement qui n'avait alors pas grande importance, et qui n'en eut aucune par la suite. Mais c'était sans compter sur toute une école d'écrivains qui se parent des titres d'historiens et de penseurs sérieux, et qui ont décidé de prendre cette histoire en main, de la réécrire et de l'achever.[...]
En partant de rien, ou de quasiment rien, ces manipulateurs d'opinion ont, par leur acte purement créateur, inventé une histoire, une morale, un avertissement, une économie, et ont dessiné les contours d'un monde meilleur. Une souris avait accouché d'une montagne. Les légendes qui parviennent à s'emparer de l'imagination populaire sont celles qui disent au peuple ce qu'il a envie de croire, et ce fut le cas de cette légende. C'est ainsi que les faits sont devenus fiction, et que la fiction s'est faite Histoire: un incident mineur est sorti de la lampe magique, et s'est transformé sous nos yeux en un Exemple Atroce, authentifié solennellement comme étant la Vérité par notre collège d'augures.
Broutilles que tout ceci, pourriez-vous dire, et pourquoi y consacrer autant de temps? C'est que l'histoire de cette légende va donner naissance à une morale: une morale à laquelle les auteurs de cette légende n'ont sans aucun doute jamais osé rêver![70]
~ R. Gordon Wasson

Notre propre croyance dans les légendes et mythes wassoniens nous a empêchés d'envisager toute la gravité de la vérité, et encore moins de l'admettre. Nous voulions croire que nous le connaissions, et qu'il n'avait pas pu faire quelque chose de mal.

Et bien que Maria Sabina ait dit qu'il ne saurait y avoir de remède pour tout le mal qui a été fait, il se peut que cet article, qui a tenté avec honnêteté et intégrité de mettre en avant la vérité sur Wasson et les véritables intentions de l'oligarchie sur les drogues psychédéliques, représente un pas dans la bonne direction. L'honnêteté et l'intégrité peuvent permettre de contrer les effets néfastes des actions de ceux qui, mus par un égoïsme tout bonnement incroyable, ont entravé le développement de notre champ d'étude depuis sa création avec leurs mensonges et leurs intentions cachées. Pourquoi Wasson a-t-il choisi d'être publié dans les magazines Life et This Week, plutôt que dans une revue d'anthropologie?

Lorsqu'on considère les liens avec Morgan, Skull and Bones, Edward Bernays, C. D. Jackson, Henry Luce, le CFR et la CIA, il semble bien que leur campagne contre Huaulta de Jimenez était intentionnelle, tout comme l'était l'afflux de « hippies, de psychopathes, d'aventuriers et de pseudo-chercheurs » qui a déferlé sur place. S'agissait-il d'une expérience de nature économique, où l'élite bancaire et la CIA voulaient vérifier s'il était possible de corrompre totalement et de soumettre à la loi du marché un village indigène isolé, tout en lançant une campagne de guerre psychologique positiviste?

De l'espionnage au renseignement, de la propagande aux opérations de contrôle mental pour le compte de l'oligarchie, en passant par l'assassinat d'un président, la véritable histoire de R. Gordon Wasson est bien plus intéressante, et troublante, que nous n'aurions jamais pu l'imaginer.

Les notes à la fin de cet article contiennent des dizaines de références vers des fonds d'archives universitaires qui contiennent des montagnes de documents sur Wasson – en dehors de ceux contrôlés par Harvard et Masha. En publiant ces sources pour la première fois, je donne aux autres chercheurs un moyen de contourner ce blocus, et de commencer à réunir la documentation nécessaire pour exposer l'histoire cachée de R. Gordon Wasson et des fondements de l'ethnomycologie, ainsi que de la naissance du mouvement psychédélique. Tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Mais désormais, le barrage s'est rompu, et Masha ne peut plus endiguer le torrent qui risque de la submerger. Si j'ai tort, alors qu'elle ouvre le fonds d'archives sur Wasson à Harvard, que tout le monde puisse constater qu'il n'y a rien à cacher, et que les citations que j'ai fournies dans cette article sont erronées; j'admettrai alors bien volontiers que j'ai été un idiot.

Mais si j'ai raison, quelles sont les conséquences? Nous avons vu la dissimulation d'une campagne de propagande et de contrôle mental, fondée sur les champignons et l'ethnomycologie, qui remonte au plus hautes sphères du gouvernement américain, de la communauté du renseignement et des milieux bancaires, et qui pourrait être en lien direct avec MK-ULTRA. Nous avons également vu un effort concerté pour dissimuler les origines d'une des familles les plus fortunées d'Amérique – les Morgan. Nous avons vu des liens avec le fascisme américain. Et ce qui est pire, nous avons dévoilé la possible dissimulation d'une conspiration pour assassiner un président américain – John F. Kennedy.

Au cours de cette étude de la mythologie psychédélique contemporaine, nous avons disséqué, pour paraphraser Wasson, tendon par tendon, nerf par nerf, une légende actuelle et un mythe qui a démarré il y a environ trois quarts de siècle. Nous avons éprouvé les idées fausses concernant ce mythe de la même façon qu' un historien pourrait traiter l'histoire réelle. Nous avons examiné scrupuleusement tout ce qui avait été raconté par le collège d'augures comme s'il s'agissait d'un événement majeur. Nous avons alors découvert une misérable petite souris, désormais démasquée, et que nous devons à présent remercier avec ironie d'avoir frotté la lampe magique. Voilà en vérité une morale à laquelle l'auteur n'aurait jamais osé rêvé!

Et nous prenons peut-être nos désirs pour des réalités, mais nous souhaitons à présent que les champignons gardent à l'avenir leur pureté originelle, et qu'ils ne soient plus souillés par les manipulations irrationnelles de l'oligarchie.

Cet essai est dédié à l'honneur, à la pureté et à la sainteté des champignons - ainsi qu'au peuple mazatèque d'Oaxaca, au Mexique - et particulièrement à ceux de Huaulta de Jimenez, d'où ils proviennent, et qui furent profanés. La religion des mazatèques a été détournée, leur culture infiltrée, leurs sacrements corrompus et commercialisés.

Une souris a accouché d'une montagne, mais c'est la vérité qui vous rendra libres.

 


[1] R. Gordon Wasson, The Hall Carbine Affair, 1948, p. v sqq.

[2] Webster's Third New International Dictionary, intégral, Encyclopedia Britannica, 1986.

[3] John M. Allegro, The Sacred Mushroom and the Cross, 1970, Gnostic Media, 2009.

[4] Jan Irvin, The Holy Mushroom: Evidence of Mushrooms in Judeo-Christianity, Gnostic Media, 2008.

[5] Thomas J Riedlinger, The Sacred Mushroom Seeker, 1990/1997. p. 10.

[6] R. Gordon Wasson, Seeking The Magic Mushroom, magazine Life, 13 mai 1957

[7] Masha Wasson Britten, dans The Sacred Mushroom Seeker, edité par Thomas J Riedlinger, 1990/1997. p. 33 sqq.

[8] R. Gordon Wasson et Valentina Pavlovna Wasson, Mushrooms, Russia and History, Pantheon Books, 1957, p. 4 sqq.

[9] Ibid.

[10] Andy Letcher, Shroom, HarperCollins Publishers, 2007, p. 81.

[11] Valentina Pavlovna Wasson, I Ate the Sacred Mushrooms, dans This Week Magazine, 19 mai 1957. p. 8 sqq.; voir aussi l'entrée de Wikipedia pour le tirage du magazine This Week en 1957.

[12] Robert Forte à la conférence Horizons de septembre 2008,, New York City, New York.

[13] John G. Bourke Scatalogic Rites of All Nations, 1891.

[14] Botanical Museum Leaflets, Harvard University, 10 mars 1963. Vol. 20, No. 2a, p. 39

[15] Donald H. Pfister, R. Gordon Wasson 1898 - 1986, dans Mycologia, 80(1), 1988, pp. 11-13.

[16] Thomas Riedlinger, "A Latecomer's View of R. Gordon Wasson", dans Sacred Mushroom Seeker, edité par Thomas Riedlinger, 1990, p. 209

[17] Eustace Mullins, Les secrets de la Réserve Fédérale, 1993. p. 1

[18] Ron Chernow, The House of Morgan, 2001 p. 466

[19] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104, box 451: folder 1 - Mikoyan

[20] CFR Historical Roster of Directors and Officers - http://www.cfr.org/about/history/cfr/appendix.html

[21] Hamilton Fish Armstrong, Wasson Archives, Harvard Botanical Museum. En-tête d'une lettre du CFR, datée du 10 novembre 1950. "Cher Gordon: j'ai écrit à ces membres du Century que vous et moi proposons George Kennan en qualité de membre: Boris A. Bakhmeteff, Charles C. Burlingham, Allen Dulles, General Dwight D. Eisenhower, Philip C. Jessup, Geroid Tanquary Robinson, William L. Shirer, Dean G. Acheson, James B. Conant, Edward Mead Earle, Herbert B. Elliston, Joseph C. Grew, William L. Langer, Robert A. Lovett. George m'a donné d'autres noms: Imrie de Vegh, John Foster Dulles, Thomas S. Lamont, Russell C. Leffingwell, Vannevar Bush, Everett Case […]

[22] Graham Harvey, Shamanism, 2002. p. 433

[23] John Cloud, When the Elites Loved LSD – Time Magazine, 23 avril 2007

[24] Abbie Hoffman, Soon to be a Major Motion Picture, New York: G.P. Putnam's Sons, 1980, p. 73

[25] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104: Box 451: Folder 1, Folder 6; Box 455: Folder 1; Box 459: Folder 4

[26] Paul Charles Blum Papers, Manuscripts and Archives, Yale University Library, MS 900, 2005-M-080, Box 2: folder 26.

[27] George F. Kennan papers, Princeton University, Mudd Library, (MC #076), Box 51: folder 2.

[28] Frank Altschul archives, Columbia University Rare Book & Manuscripts Library, Box 58, folder 1 and 2.

[29] George F. Kennan papers, Princeton University, Mudd Library, (MC #019), Box 35: folder 27.

[30] Edward Bernays, Propaganda, 1928, Ch. 1, P. 1.

[31] US Library of Congress, Bernays collection: Part I: Book File, 1890-1965, n.d. BOX I:459, Wasson, Gordon

[32] Thomas Riedlinger, "A Latecomer's View of R. Gordon Wasson", dans Sacred Mushroom Seeker, edité par Thomas Riedlinger, 1990, p. 210

[33] Gordon Wasson. "Drugs: The Sacred Mushroom." The New York Times, 26 septembre 1970, p. 29.

[34] Hoover Institute, Stanford University. Bertram D. Wolfe papers. Box: 15, Folder: 72

[35] Ibid.

[36] John W. Allen, Wasson's First Voyage, http://www.erowid.org/plants/mushrooms/mushrooms_article5.shtml

[37] Alvaro Estrada, María Sabina: Her Life and Chants, 1981. pp. 90-91, extrait du livre de Gordon Wasson The Wondrous Mushroom, 1980. p. 222.

[38] Alvaro Estrada, María Sabina: Her Life and Chants, 1981. p. 205.

[39] Gordon Wasson, The Wondrous Mushroom, 1980. p. 223.

[40] Andrews papers, Manuscripts and Archives, Yale University Library, box 24: folder 287; box 25: folder 296; box 31: folder 355; box 32: folder 370; box 37: folder 418, 419, 420; box 40: folder 441; box 42: folder 456, 460; box 43: folder 465; box 46: folder 500, 507; box 47: folder 512.

[41] Ibid.

[42] Andrews archive, Manuscripts and Archives, Yale University Library, Box 40: folder 441.

[43] Gordon Wasson, The Hall Carbine Affair, 1948. p. 114

[44] Ibid., p. 115

[45] Andrews archive, Manuscripts and Archives, Yale University Library, Box 37: folder 419.

[46] Ibid., Box 40: folder 441.

[47] Ibid., Box 42: folder 460.

[48] Charles Morris, The Tycoons, 2005, p. 337

[49] Matthew Josephson, Robber Barons, The Great American Capitalists, 1861-1901, 1962. p. 61 sqq.

[50] Raymond Moley, After Seven Years, University of Nebraska Press, 1971. p. 287

[51] Eustace Mullins, Les secrets de la Réserve Fédérale, 1993.

[52] "Our Jerusalem. An American Family in the Holy City 1881-1949." p. 379. Publié par Middle East Export Press.INC. Imprimé au Liban. Copyright, 1950 Bertha Spafford Vesta et Evelyn Wells.

[53] Russian Review records, Hoover Institute, Box 2: folder 1952.

[54] "Donald est du groupe o. Je me rappelle que la plupart des sources venaient du CFR, à l'époque où j'étais à New York en 1995." – Bruce Adamson

[55] Publié avec l'autorisation de Bruce Adamson. Pour voir l'intégralité des recherches d'Adamson sur JFK, rendez-vous sur http://www.ciajfk.com/jfkbooks.html

[56] Allan Richardson dans The Sacred Mushroom Seeker, edité par Thomas Riedlinger, 1990, p. 203.

[57] John W. Allen, Wasson's First Voyage (tiré de Mushroom Pioneers) http://www.erowid.org/plants/mushrooms/mushrooms_article5.shtml

[58] Hank Albarelli, A Terrible Mistake: The Murder of Frank Olson and the CIA's Secret Cold War Experiments, Trine Day, 2009. P. 359

[59] Jan Irvin, The Holy Mushroom: Evidence of Mushrooms in Judeo-Christianity, Gnostic Media, 2008, p. 24

[60] Voir l'entrée sur Allen Dulles sur WikiPedia, et voir aussi l'entrée de l'Encyclopedia Britannica sur Novartis AG: http://www.britannica.com/EBchecked/topic/421043/Novartis-AG

[61] Frank Altschul archives, Columbia University Rare Book & Manuscript Library, Box 58: folder 1 and 2.

[62] Liste des directeurs et dirigeants du CFR http://www.cfr.org/about/history/cfr/appendix.html

[63] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104: Box 451: Folder 1, Folder 6; Box 455: Folder 1; Box 459: Folder 4

[64] Frank Altschul archives, Columbia University Rare Book & Manuscript Library, Box 58: folder 1 and 2.

[65] Peter Phillips, Lew Brown, et Bridget Thornton, US Electromagnetic Weapons and Human Rights, Sonoma State University, Project Censored Media Freedom Foundation, 2006. http://globalresearch.ca/articles/ElectromagWeapons.pdf

[66] Alexander Kazem-Bek papers, Columbia University Rare Book & Manuscript Library, Box 9: folder 13.

[67] Overbrook Press collection, Columbia University Rare Book & Manuscript Library, Box 9: folder 287.

[68] Dwight MacDonald Papers, Manuscripts and Archives, Yale University Library, Box 55: folder 346

[69] The CFR archives, Princeton University, Mudd Library: MC104, box 451: folder 1 - Mikoyan

[70] R. Gordon Wasson, The Hall Carbine Affair, 1948, p. v sqq.

 

 

*******************************************************

Lire la seconde partie de la série sur l'histoire secrète des champignons hallucinogènes.

 

 

Lire la suite

➤ Le village des damnés

27 Avril 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #CIA, #hippie, #laurel canyon, #Morrison, #Zappa

Télécharger l'article en pdf

 

"There’s something happening here
What it is ain’t exactly clear"


"Je crois que de nos jours, surtout aux States, vous devez être un politicien ou un assassin ou quelque chose de ce genre pour devenir une vraie superstar"
Jim Morrison

 

   Joignez-vous à moi, si vous en avez le temps, pour une petite balade qui nous entraînera sur le chemin de la mémoire, en un temps, il y a de cela près de quatre décennies et demie, où l'Amérique avait pour la dernière fois envoyé des troupes en uniformes se battre pour imposer, au cours d'un conflit sanglant, la hmmm... « démocratie » à une nation souveraine.

    Nous sommes dans la première semaine d'août 1964, et des navires de guerre américains sous le commandement de l'amiral de la Navy George Stephen Morrison ont prétendument subi une attaque lors d'une patrouille dans le Golfe du Tonkin, au Vietnam. Cet événement, baptisé « l'incident du Golfe du Tonkin », va entraîner l'adoption immédiate par le Congrès américain de la Résolution du Golfe du Tonkin, qui était, de toute évidence, préparée à l'avance. Cette résolution va rapidement entraîner l'immersion de l'Amérique dans le bourbier vietnamien. À la fin du conflit, plus de cinquante mille cadavres américains vont joncher les champs de bataille du Vietnam, du Laos et du Cambodge, aux côtés de millions de cadavres de sud-asiatiques.

   Pour information, il apparaît que l'incident du Golfe du Tonkin diffère quelque peu des autres provocations supposées qui ont conduit ce pays à la guerre. Il ne s'agissait pas, comme nous l'avons vu à de nombreuses reprises, d'une opération « sous faux drapeau » (en d'autres termes, une opération lors de laquelle l'Oncle Sam s'attaque lui-même, puis pointe un index accusateur vers quelqu'un d'autre). Il ne s'agissait pas non plus d'une attaque délibérément provoquée, comme nous avons, là aussi, pu le constater à de nombreuses reprises par le passé. En réalité, le Golfe du Tonkin est une « attaque » qui n'a jamais eu lieu. Il est maintenant très largement admis, en dehors des cercles officiels, que l'incident a été entièrement inventé (il est en revanche tout à fait possible que l'intention des militaires américains était de provoquer une réponse défensive, qui aurait alors été présentée comme une attaque-surprise contre les navires américains. Les navires en question étaient en mission de collecte de renseignements, et se comportaient d'une façon très provocante. Il est tout à fait possible que, les forces vietnamiennes ne répliquant pas comme prévu, l'Oncle Sam ait décidé de se comporter comme si elles l'avaient tout de même fait).

    Malgré tout, les USA allaient bombarder le Vietnam Nord aveuglément au début du mois de février 1965, et ce sans déclaration de guerre préalable ni raison valable pour entrer en guerre. Le mois de mars de la même année marquait le début de la tristement célèbre « Operation Rolling Thunder ». Au cours des trois années et demie suivantes, des millions de tonnes de bombes, de missiles, de roquettes, d'armes incendiaires et d'agents chimiques allaient être déversées sur le peuple vietnamien, au cours de ce qui ne peut être décrit autrement que comme l'un des pires crimes contre l'humanité jamais perpétré sur cette planète.

   C'est également en mars 1965 que le premier soldat américain en uniforme posa officiellement le pied sur le sol vietnamien (bien que des unités des forces spéciales, présentées comme des « conseillers » et des « formateurs » s'y trouvaient depuis au moins quatre ans, et probablement depuis plus longtemps). Dès le mois d'avril 1965, 25 000 gamins américains en uniforme, dont la plupart étaient de grands adolescents à peine sortis du lycée, se retrouvaient à patauger dans les rizières du Vietnam. À la fin de l'année, le contingent américain se montait à 200 000 hommes.

    Au même moment, en un autre endroit du monde, une nouvelle « scène » commence à prendre forme dans la ville de Los Angeles, en ces premiers mois de 1965. Des musiciens, des chanteurs et des compositeurs, comme mus par un joueur de flûte invisible, commencèrent à se rassembler dans une communauté isolée à la fois géographiquement et socialement, connue sous le nom de Laurel Canyon – une partie de L.A. fortement boisée, rustique et sereine mais néanmoins vaguement inquiétante, qui sépare le bassin de Los Angeles de la vallée de San Fernando. En quelques mois, le mouvement « hippie/flower child » prendra naissance en ce lieu, de même que le nouveau style musical qui va fournir la bande-son de la tumultueuse fin des années 60.

   Un nombre troublant de superstars du rock vont émerger du Laurel Canyon entre le début des années 60 et le milieu des années 70. Les premiers à sortir un album seront le groupe The Byrds, dont la plus grande star s'avérera être David Crosby. Le premier titre du groupe, « Mr. Tambourine Man » sortit le jour du solstice d'été de 1965. Il sera rapidement suivi par le groupe dirigé par John Phillips, The Mamas and the Papas (« If You Can Believe Your Eyes and Ears » en janvier 1966), puis par Love et Arthur Lee (« Love » en mai 1966), Frank Zappa and the Mothers of Invention (« Freak out » en juin 1966), Buffalo Springfield avec Stephen Stills et Neil Young (« Buffalo Springfield » en octobre 1966), et The Doors (« The Doors » en janvier 1967).

    L'un des premiers présents sur la scène de Laurel Canyon et du Sunset Strip fut l'énigmatique chanteur du groupe The Doors, Jim Morrison. Jim va très vite devenir l'une des figures les plus influentes, les plus iconiques, les plus encensées par la critique et les plus controversées à élire domicile à Laurel Canyon. Curieusement, l'auto-proclamé « Lizard King » aurait pu être célèbre d'une autre façon, bien qu'aucun de ses biographes n'ait jugé bon de mettre en relation ce point avec sa carrière ou sa mort prématurée: il s'avère qu'il est le fils de l'amiral George Stephen Morrison, que nous avons mentionné précédemment.

   Ainsi donc, pendant que le père conspire activement pour fabriquer de toutes pièces un incident qui sera utilisé pour accélérer de façon décisive le déclenchement d'une guerre illégale, le fils prend position pour devenir l'une des icônes du mouvement « hippie »/anti-guerre. J'imagine que tout ceci n'a rien d'inhabituel. Après tout, le monde est petit, comme chacun sait. Et ce n'est pas comme si l'histoire de Jim Morrison était la seule dans ce genre.

The Doors
The Doors

 

   Au cours des premières années de son apogée, la figure tutélaire de Laurel Canyon était l'excentrique Frank Zappa. Bien que lui et les diverses versions de ses Mothers of Invention n'atteindront jamais le succès du fils de l'amiral, Frank sera une personnalité extraordinairement influente auprès de ses contemporains. Cloîtré dans une demeure nommée la « Log Cabin » [ndt: cabane en bois] – située en plein cœur du Laurel Canyon, au croisement du Laurel Canyon Boulevard et de la Lookout Mountain Avenue – Zappa deviendra l'hôte de virtuellement tous les musiciens qui passeront par le canyon dans la deuxième moitié des années 60. Il va aussi découvrir et faire signer de nombreux artistes de scène dans ses différents labels basés au Laurel Canyon. La plupart des performances de ces artistes mettait en scène des personnages étranges au passé trouble (en particulier Captain Beefheart et Larry « Wild Man » Fischer), mais certains d'entre eux, dont le rocker psychédélique et shock-rocker Alice Cooper, vont accéder au statut de superstar.

    Zappa et certains membres de son important entourage (la « Log Cabin » était dirigée comme une communauté hippie avant l'heure, infestée de parasites qui occupaient les diverses chambres de la résidence principale et de la maison d'invités, ainsi que les étranges grottes et tunnels situés dans le sous-sol de la maison; bien loin de la petite propriété désuète que son nom semble impliquer, la « Log Cabin » était une propriété caverneuse de cinq étages, avec un salon de plus de 600 mètres carrés orné de trois chandeliers massifs et d'une énorme cheminée allant du sol au plafond) allaient aussi avoir une influence décisive dans la mise en place du look et de l'attitude qui allaient devenir la marque de fabrique de la contre-culture « hippie » (bien que l'équipe de Zappa préférât le label « Freak »). Malgré tout cela, Zappa (né, curieusement, le jour du solstice d'hiver de 1940) n'a jamais caché le fait qu'il n'éprouvait que du mépris pour la culture « hippie » qu'il avait contribué à créer, et qui constituait son entourage immédiat.

   Sachant que Zappa était, d'après de nombreux témoignages, un maniaque du contrôle, autoritaire et rigide, ainsi qu'un fervent supporter des menées militaires américaines en Asie du Sud-Est, il n'est sans doute pas surprenant de constater qu'il n'éprouvait aucune affinité avec le mouvement qu'il avait contribué à former. Et on peut probablement dire sans grand risque de se tromper que le père de Frank n'estimait pas beaucoup le mouvement hippie des années 60 lui non plus, sachant que Francis Zappa était, au cas où vous l'ignoriez, un spécialiste de la guerre chimique en poste à l'Edgewood Arsenal, comme il se doit. Edgewood est, bien sûr, le centre américain de la recherche sur les armes chimiques, ainsi qu'un complexe fréquemment cité comme étant l'un des principaux centres du programme MK-ULTRA. Étrangement, Frank a littéralement été élevé à l'Edgewood Arsenal, ayant passé les sept premières années de son existence dans les quartiers militaires de cette base. La famille a ensuite déménagé à Lancaster, en Californie, près de la base Edwards de l'US Air Force, où Francis Zappa a continué à s'occuper en travaillant sur des dossiers classifiés pour le compte du complexe militaro-industriel. Pendant ce temps, son fils se préparait à devenir une icône du mouvement peace & love. Une fois de plus, j'imagine que tout ceci n'a rien d'inhabituel.

Frank Zappa
Frank Zappa and the Mothers of Invention


   Au fait, le manager de Zappa est un personnage mystérieux du nom d'Herb Cohen, qui a débarqué à L.A. en provenance du Bronx en compagnie de son frère Mutt, juste avant que la scène musicale et les clubs locaux ne commencent à monter en puissance. Cohen, un ancien U.S. Marine, a passé quelques années à voyager à travers le monde avant son arrivée sur la scène du Laurel Canyon. Étrangement, l'un de ses voyages l'amena au Congo en 1961, au moment même où le premier ministre de gauche Patrice Lumumba était torturé puis assassiné par notre CIA nationale. Pas d'inquiétude à avoir cependant; d'après l'un des biographes de Zappa, Cohen n'était pas au Congo pour y mener ce genre de mission malfaisante. Non, il était là-bas pour livrer des armes à Lumumba « dans le but de contrer la CIA », que vous le croyiez ou pas. Parce que, voyez-vous, c'est le genre de choses que faisaient les ex-Marines globe-trotters à cette époque (comme on va bientôt pouvoir le vérifier en examinant le cas d'une autre figure marquante du Laurel Canyon).

   Intéressons-nous à présent à l'autre moitié de la famille royale du Laurel Canyon, en la personne de Gail Zappa, la femme de Frank, précédemment connue sous le nom d'Adelaide Sloatman. Gail est issue d'une longue lignée d'officiers de marine, y compris son père, ce dernier ayant passé sa vie à travailler sur des recherches top-secret sur l'armement nucléaire pour le compte de l'U.S. Navy. Gail elle-même a occupé un poste de secrétaire à l'Office of Naval Research and Development (elle a aussi déclaré lors d'une interview qu'elle « avait entendu des voix toute [sa] vie »). De nombreuses années avant leur arrivée quasi-simultanée dans le Laurel Canyon, Gail avait fréquenté une maternelle de la Navy en compagnie de « Mr. Risin Mojo » en personne, Jim Morrison (il se raconte que, alors enfants, Gail a donné un coup de marteau sur la tête de Jim). Ce même Jim Morrison a par la suite étudié au lycée d'Alexandria en Virginie, tout comme deux autres célébrités du Laurel Canyon: John Phillips et Cass Elliott.

   « Papa » John Phillips va jouer un rôle majeur dans la dissémination de la contre-culture émergente au sein de la jeunesse américaine, un rôle probablement plus important que n'importe quel autre illustre résident du Laurel Canyon. Sa contribution a été de deux ordres: tout d'abord, il a co-organisé (avec Terry Melcher, l'associé de Charles Manson) le fameux Monterrey Pop Festival, qui, grâce à une couverture médiatique sans précédent, allait permettre à l'Amérique mainstream de réellement découvrir ce à quoi ressemblaient la musique et les vêtements du mouvement « hippie » émergent. Ensuite, Phillips est l'auteur d'une chanson insipide titrée « San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) » qui allait rapidement se hisser au sommet des classements de vente de disques. Cette chanson, ainsi que le Monterrey Pop Festival, allait être un élément essentiel pour attirer tous les laissés pour compte du pays (dont une grande partie était composée d'adolescents fugueurs) à San Francisco, et ainsi créer le phénomène Haight-Ashbury et le fameux « Summer of Love » de 1967.

    Avant d'arriver au Laurel Canyon et d'ouvrir les portes de sa maison aux futures stars, aux célébrités déjà installées, et aux tristement célèbres (comme le pré-cité Charles Manson, dont la « Family » a aussi passé quelque temps à la Log Cabin ainsi qu'à la résidence de « Mama » Cass Elliott, qui, au cas où vous l'ignoriez, était située juste en face de la maison d'Abigail Folger et Voytek Frykowski dans le Laurel Canyon, mais n'allons pas trop vite), John Edmund Andrew Phillips était lui aussi un enfant du complexe militaro-industriel, aussi choquant que cela puisse être. Fils du capitaine du corps des U.S. Marine Claude Andrew Phillips et d'une mère qui prétendait posséder des pouvoirs psychiques et télékinétiques, John a suivi les cours de plusieurs écoles préparatoires militaires d'élite dans la région de Washington D.C., avant d'intégrer la prestigieuse U.S. Naval Academy d'Annapolis.

    Après avoir quitté Annapolis, John a épousé Susie Adams, descendante en ligne directe du « Père Fondateur » John Adams. Le père de Susie, James Adams Jr., a été impliqué dans ce que Susie a décrit comme des « barbouzeries avec l'Air Force à Vienne », que nous préférons appeler opérations d'espionnage secrètes. Susie elle-même a trouvé par la suite un emploi au Pentagone, en compagnie de la sœur aînée de John Phillips, Rosie, qui s'est rendue avec assiduité sur son lieu de travail pendant près de trente ans. La mère de John, « Dene » Phillips, a elle aussi passé la majeure partie de sa vie à travailler pour le gouvernement fédéral, à un poste non spécifié. Et le frère aîné de John, Tommy, était un ancien Marine couvert de cicatrices qui a trouvé un boulot de flic dans la police d'Alexandria, où il a fait preuve d'une propension à la violence dès qu'il avait affaire à des gens de couleur, comme le montre son dossier disciplinaire.

The Mamas & the Papas
Michelle Phillips, Mama Cass, Denny Doherty et John Phillips de The Mamas and the Papas

 

   Évidemment, John Phillips, bien qu'ayant passé toute sa vie en compagnie d'employés de l'armée et des services secrets, ne trempait pas dans ce genre de choses. Ou c'est ce que nous sommes censés croire. Avant de devenir un musicien à succès, il semble que John Phillips se soit retrouvé, tout à fait innocemment, bien entendu, dans des endroits assez inhabituels. Un de ces endroits est La Havane, à Cuba, où Phillips est arrivé au moment culminant de la révolution cubaine. Pour information, Phillips a déclaré qu'il s'était rendu à La Havane en tant que simple citoyen, avec l'intention – vous allez adorer celle-ci – de « combattre pour Castro ». Parce qu'en ce temps-là, comme je l'ai souligné auparavant, beaucoup de gens voyageaient à l'étranger pour contrecarrer des opérations menées par la CIA, avant de s'établir dans le Laurel Canyon et de devenir membre de la génération « hippie ». Au cours des deux semaines durant lesquelles a eu lieu la crise des missiles de Cuba, quelques années après la prise du pouvoir par Castro, Phillips traînait ses guêtres à Jacksonville, en Floride – juste à côté, simple coïncidence sans doute, de la base navale de Mayport.

   Quoi qu'il en soit, passons à présent à l'une des étoiles les plus précoces et les plus brillantes du Laurel Canyon, Mr. Stephen Stills. Stills aura l'insigne honneur d'être le membre-fondateur de deux des groupes les plus appréciés du Laurel Canyon: Buffalo Springfield, et, inutile de le préciser, Crosby, Stills & Nash. De plus, Stills est l'auteur de ce qui constitue peut-être le premier, et sans doute le plus durable des hymnes de la génération des années 60, « For What It's Worth », dont les premières lignes apparaissent en ouverture de cet article (le single suivant de Stills aura pour titre « Bluebird », ce qui, coïncidence ou pas, se trouve être le nom de code original assigné au programme MK-ULTRA).

CSN
Graham Nash, Stephen Stills et David Crosby de CSN

 

   Avant son arrivée dans le Laurel Canyon, Stephen Stills était (*bâillement*) un produit de plus d'une famille de militaires de carrière. En partie élevé au Texas, le jeune Stephen a passé de larges portions de son enfance à El Salvador, au Costa Rica, dans la Panama Canal Zone, et dans diverses autres locations en Amérique Centrale – aux côtés de son père qui, à n'en pas douter, participait à la propagation de la « démocratie », avec cette touche américaine si sympathique, auprès des masses mal lavées de cette partie du monde. Comme c'est le cas avec le reste des membres de notre galerie de personnages, Stills a été éduqué dans des écoles sur des bases militaires, et dans des académies militaires d'élite. Parmi ses contemporains du Laurel Canyon, Stills passait pour un individu à la personnalité agressive et autoritaire. Rien d'inhabituel dans tout ceci, bien entendu, comme nous avons pu le voir pour le reste de nos protagonistes.

   Il y a toutefois un aspect encore plus curieux de l'histoire de Stephen Stills: par la suite, Stephen dira à qui voulait l'entendre qu'il avait servi sous les ordres de l'Oncle Sam dans les jungles vietnamiennes. Ces contes sont universellement rejetés par les chroniqueurs de cette période comme autant de délires causés par la drogue. Il sera prétendu qu'une telle chose ne pouvait être possible, puisque Stills est apparu sur la scène du Laurel Canyon au moment même où les premières troupes en uniforme foulaient le sol vietnamien pour la première fois, et qu'il est sans cesse resté dans la sphère publique par la suite. Et il est vrai que Stephen Stills n'a pas pu servir aux côtés des troupes en uniforme au Vietnam; mais il y a un fait indéniable qui est passé sous silence, qui est que des milliers de « conseillers » - autrement dit, des membres de la CIA et des forces spéciales – ont écumé ce pays pendant de nombreuses années, et ce bien avant l'arrivée officielle des premières troupes au sol. Ce qui est également passé sous silence est que, considérant son passé, son âge, et la chronologie des événements, Stephen Stills a non seulement très bien pu opérer au Vietnam, mais il aurait sans doute été un candidat de premier choix pour ce genre de mission. Après quoi, bien entendu, il aurait pu rapidement devenir – dites-moi si vous avez déjà entendu ceci auparavant – une icône de la peace generation.

   Une autre de ces icônes, et l'un des résidents les plus flamboyants du Laurel Canyon, est un jeune homme du nom de David Crosby, le membre-fondateur d'un des premiers groupes du Laurel Canyon, The Byrds, ainsi que, bien entendu, de Crosby, Stills & Nash. On ne sera pas surpris d'apprendre que Crosby est le fils d'un diplômé d'Annapolis et officier de renseignement durant la seconde guerre mondiale, le major Floyd Delafield Crosby. Comme d'autres dans cette histoire, Floyd Crosby a passé beaucoup de temps à voyager autour du monde, à la fin de sa carrière. Ces voyages l'ont amené dans des endroits comme Haïti, qu'il a visité en 1927, pile au moment où le pays se trouvait être, simple coïncidence bien entendu, occupé militairement par les U.S. Marines. L'un des Marines qui assurait cette occupation était d'ailleurs un personnage que nous avons déjà croisé auparavant, le capitaine Claude Andrew Phillips.

   Mais David Crosby est bien plus que le fils du major Floyd Delafield Crosby. Il s'avère que David Van Cortland Crosby est le rejeton des familles Van Cortlandt, Van Schuyler et Van Rensselaer, dont les liens sont très étroits entre elles. Et bien que vous vous dites sans doute « les familles Van quoi? », je peux vous assurer que si vous entrez ces noms dans Wikipedia, vous allez passer un bon bout de temps à mesurer tout le pouvoir amassé par ces familles depuis plus de deux siècles et demi. On se bornera à dire que l'arbre généalogique des Crosby contient une liste réellement vertigineuse de sénateurs et de membres du Congrès, de membres des sénats et assemblées d'état, de gouverneurs, de maires, de juges, de membres de la Cour Suprême, de généraux de la révolution et de la guerre civile, de signataires de la déclaration d'indépendance, et de membres du Congrès Continental. Je me dois aussi d'ajouter – pour ceux d'entre vous ayant un appétit pour ce genre de choses – qu'on y trouve aussi quelques francs-maçons de haut rang. Stephen Van Rensselaer III, par exemple, fut le Grand Maître des maçons de New York. Et si tout ceci n'est pas suffisamment impressionnant, la New England Genealogical Society nous apprend que David Van Cortland Crosby est aussi le descendant en ligne directe des « Pères Fondateurs » et auteurs des Federalist Papers, Alexander Hamilton et John Jay.

The Byrds
The Byrds

 
   S'il y a effectivement, comme beaucoup en sont convaincus, un réseau de familles d'élite qui a mis en oeuvre les principaux événements survenus aux plans nationaux et planétaires depuis très longtemps, alors on peut dire sans grand risque de se tromper que David Crosby est un membre de sang de ce type de clan (ce qui pourrait bien expliquer, maintenant que j'y pense, pourquoi sa semence est si activement recherchée dans certains milieux – parce que, soyons honnête, la raison ne peut en être ni son talent, ni son apparence physique). Si l'Amérique était une monarchie, David Crosby serait probablement un duc, ou un prince, ou quelque chose dans ce genre (je ne sais pas vraiment comment fonctionnent toutes ces conneries). Mais à part ça, il s'agit d'un type tout à fait banal et ordinaire, qui est juste devenu, presque par hasard, l'une des étoiles les plus brillantes du Laurel Canyon. Et qui, je suppose qu'il convient de l'ajouter, avait aussi une véritable passion pour les armes à feu, en particulier pour les armes de poing, dont il a possédé une importante collection sa vie durant. D'après ses proches, il était extrêmement rare de ne pas voir Mr. Crosby se trimballer avec un flingue (John Phillips possédait lui aussi des armes à feu, et en portait parfois sur lui). Et d'après Crosby lui-même, il a en une occasion déchargé une arme à feu sur un autre être humain au cours d'une crise de rage. Tout ceci faisait de lui, bien entendu, un choix évident pour devenir le porte-drapeau de tous les Flower Children.

   Quelques années plus tard, une autre star est apparue sur la scène du Laurel Canyon, l'auteur-interprète Jackson Browne, qui – êtes-vous aussi lassé que je le suis moi-même? - est le produit d'une famille de militaires de carrière. Le père de Browne a été assigné à la « reconstruction » de l'Allemagne d'après-guerre, ce qui signifie qu'il était très probablement un employé de l'OSS, le précurseur de la CIA. Comme les lecteurs de mon livre Understanding the F-Word s'en souviennent peut-être, l'implication américaine dans la reconstruction de l'Allemagne d'après-guerre consistait essentiellement dans le maintien de la plus grande partie de l'infrastructure nazie, tout en protégeant les criminels de guerre de poursuites éventuelles. C'est dans ce contexte que Jackson Browne vit le jour dans un hôpital militaire à Heidelberg, en Allemagne. Environ deux décennies plus tard, il émergea comme... oh, et puis, peu importe.

   Parlons plutôt de trois autres vocalistes du Laurel Canyon, qui atteignirent des niveaux de célébrité et de fortune ahurissants: Gerry Beckley, Dan Peek et Dewey Bunnell. Individuellement, ces trois noms ne disent rien à la quasi-totalité des lecteurs; mais collectivement, ces trois-là vont, avec leur groupe America, sortir d'énormes hits au début des années 70 avec des titres tels que « Ventura Highway », « A Horse With No Name » et « The Tin Man », basé sur le magicien d'Oz. Je n'ai probablement pas besoin d'ajouter que ces trois jeunes gens étaient issus de la communauté militaire et du renseignement. Le papa de Beckley était le commandant de la défunte base l'USAF de West Ruislip, près de Londres, en Angleterre, qui était profondément impliquée dans des opérations de renseignement. Les pères de Bunnell et Peek étaient tous deux des officiers de carrière de l'Air Force, sous les ordres du papa de Beckley à West Ruislip, où les trois garçons se sont rencontrés pour la première fois.

America
America

 

    Je suppose qu'on pourrait aussi évoquer Mike Nesmith des Monkees et Corey Wells de Three Dog Night (deux autres groupes du Laurel Canyon à l'immense succès), qui ont tous débarqué à L.A. peu après avoir servi dans l'U.S. Air Force. Nesmith est également l'héritier d'une fortune familiale estimée à 25 millions de dollars. Gram Parsons, qui a brièvement remplacé David Crosby dans le groupe The Byrds avant de créer The Flying Burrito Brothers, était le fils du major Cecil Ingram « Coon Dog » Connor II, un officier militaire décoré et pilote de bombardier qui a effectué plus de 50 missions de combat. Parsons était aussi l'héritier, par sa mère, de la colossale fortune familiale des Snively. Connue comme étant la famille la plus riche de la très sélect enclave de Winter Haven, en Floride, la famille Snively était l'heureuse propriétaire de Snively Groves, Inc., qui détient environ un tiers de toutes les plantations de citronniers de l'état de Floride.

    Et ça continue ainsi, au fur et à mesure qu'on déroule la liste des superstars du Laurel Canyon. Ce qu'on y trouve le plus souvent sont des fils et filles de la communauté militaire/du renseignement, et les fils et filles de familles extrêmement fortunées et privilégiées – et on trouvera très souvent les deux combinés dans un package bien pratique. De temps en temps, on tombera sur un ancien enfant-acteur, comme le susmentionné Brandon DeWilde, ou Mickey Dolenz des Monkees, ou le prodige excentrique Van Dyke Parks. On peut aussi rencontrer d'anciens habitués des asiles psychiatriques, comme James Taylor, qui a séjourné dans deux hôpitaux psychiatriques différents du Massachusetts avant de grimper sur la scène de Laurel Canyon, ou Larry « Wild Man » Fischer, qui a constamment séjourné dans des institutions de ce type pendant son adolescence, dont une fois pour avoir poignardé sa mère avec un couteau (une action qui a été joyeusement reproduite par Zappa sur la couverture du premier album de Fischer). Enfin, on peut aussi trouver le rejeton d'une figure du crime organisé, comme Warren Zevon, le fils de William « Stumpy » Zevon, un lieutenant du tristement célèbre parrain de L.A. Mickey Cohen.

Larry "Wild Man" Fischer
Larry "Wild Man" Fischer


   Tous ces gens se sont rassemblés presque au même moment le long des routes étroites et sinueuses du Laurel Canyon. Ils venaient de tout le pays – malgré une surreprésentation notable de la région de Washington D.C. - ainsi que du Canada et de l'Angleterre. Ils sont venus alors même qu'il n'y avait, à l'époque, pas vraiment d'industrie de la pop musique à Los Angeles. Il sont venus alors même qu'ils n'avaient, en y repensant, aucune raison valable pour venir ici.

   De nos jours, il serait bien entendu tout à fait normal qu'un aspirant musicien décide de s'aventurer à Los Angeles. Mais à cette époque, les centres de l'univers de la musique étaient Nashville, Detroit et New York. Ce n'est pas l'industrie qui a attiré la population du Laurel Canyon, voyez-vous, mais plutôt la population du Laurel Canyon qui a fait de Los Angeles l'épicentre de l'industrie de la musique. À quoi donc pouvons-nous attribuer cette concentration sans précédent de futures superstars de la musique dans les collines surplombant Los Angeles? Qu'est ce qui les a tous poussés à partir vers l'Ouest? C'est peut-être Neil Young qui a donné la meilleure explication lorsqu'il a répondu à un interviewer qu'il ne pouvait pas vraiment dire pourquoi il s'était rendu à L.A. aux alentours de 1966; les autres et lui « y sont juste allés comme des moutons de Panurge ».

 

 

****************************************************

Lire la traduction du seizième chapitre

Lire la traduction du dix-huitième chapitre

 

Lire la suite

➤ MJ-12: la piste technocratique

20 Mars 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #CIA, #extra-terrestres, #ingénieurs sociaux, #MJ-12, #OSS, #Raël, #sciences sociales, #sectes, #technocratie

Télécharger l'article en pdf

 

MJ-12: la piste technocratiqueTous ceux qui se sont intéressés au phénomène OVNI ont entendu parler des documents Majestic 12. Cette série de documents controversés est apparue en 1984, et a depuis fait l'objet de nombreux débats. Bien qu'un rapport découvert à la National Archive semble accréditer leur authenticité, des anomalies de chronologie et dans le formatage des documents soulèvent un scepticisme important. Toutefois, si l'on met ce débat de côté, ce qui est important à propos de ces documents est le tableau général qu'ils esquissent pour l'opinion publique. Les documents présentent un groupe de l'ombre formé de professionnels de la politique, mis en place par un décret présidentiel secret du président Truman le 24 septembre 1947. Le thème sous-jacent aux documents MJ-12 est fondamentalement technocratique, en ce sens qu'ils vantent les mérites du concept de technocratie. Une société technocratique, ou technocratie, peut se définir comme suit:

La technocratie, en termes de politique classique, se réfère à un système de gouvernement dans lequel des experts ayant reçu une formation technique gouvernent en vertu de leur connaissance spécialisée et de leur position dans les institutions politiques et économiques dominantes. (Fischer 17)

Carroll Quigley, professeur à Oxford, a également écrit sur le sujet d'une dictature des «experts», suggérant qu'une élite cognitive «remplacera le votant du système démocratique dans le contrôle du système politique» (Quigley 866). A propos de cette démocratie des «experts», H.G. Wells écrivait:

L'organisation politique du monde sera démocratique, ce qui signifie que le gouvernement et la direction des affaires sera en contact immédiat et sera sensible à l'opinion générale de l'ensemble de la population éduquée. (26)

Le critique littéraire et écrivain W. Warren Wagar fait ce commentaire à propos de cette déclaration:

Lisez attentivement. Il ne dit pas que le gouvernement mondial sera élu par le peuple, ou même qu'il sera sensible aux aspirations du peuple, mais seulement à celles des gens «éduqués» (Wells 26)

Les documents MJ-12 décrivent exactement ce type de situation. Qu'ils soient authentiques ou pas, le prétendu groupe Majestic représente la conception technocratique du totalitarisme. Ses membres supposés constituent une coterie de politiciens professionnels. Pourtant, la plupart des chercheurs en ufologie ne parviennent pas à identifier cette thématique de la pensée technocratique. Obnubilés par les extra-terrestres et les soucoupes volantes, les ufologues négligent les implications technocratiques des documents MJ-12. Il est intéressant de noter que de nombreux ufologues ne pensent même pas à se révolter contre l'idée que le processus démocratique américain soit détourné par des politiciens professionnels, et que ceux-ci prennent toutes les décisions.

Au lieu de cela, ils se contentent de protester contre le manque de transparence qui entoure ce genre de culte de l'expertise. Il est évident que certains ufologues ne craignent pas l'autoritarisme. Ils ne craignent que le culte du secret, ce qui, ironiquement, est un corollaire naturel de l'autoritarisme. Pire encore, des ufologues et d'autres groupes associés au phénomène OVNI (par exemple les contactés, les abductés, et les sectes) sont de plus en plus en phase avec les paradigmes anti-démocratiques, en particulier la technocratie. C'est ainsi que les documents MJ-12 ont contribué à la promotion du paradigme technocratique. Cet essai soutient que la promulgation des documents Majestic 12 avait pour corollaire caché le triomphe du paradigme technocratique. La variété spécifique de technocratie autour de laquelle gravite la communauté ufologique est l'ordre théocratique scientifique d'une sociocratie.



Sociocratie: l'objectif?

La divulgation des documents MJ-12 a permis l'édification de la doctrine religieuse de nombreuses sectes ufologiques. Un artefact providentiel venait soudain d'apparaître, promettant de confirmer tous les présupposés cosmiques des vrais croyants de la foi ufologique. De plus en plus de contactés et de partisans du phénomène OVNI partageant les mêmes sensibilités se regroupaient au sein de sectes scientistes. Par la suite, ces sectes ont eu une influence prépondérante dans l'émergence de ce que le sociologue William Sims Bainbridge appelle «l'Église du Dieu Galactique». Fondamentalement, «l'Église du Dieu Galactique» de Bainbridge est une théocratie reposant sur la foi technocratique dans le «progrès». Il s'agit d'une religion particulièrement opportune politiquement et socialement, en ce sens qu'elle met l'accent sur un développement technologique sans retenue. Commentant le supposé rôle central de cette foi scientiste dans le progrès, Bainbridge écrit:

La religion va continuer à influencer le cours du progrès, et la création d'une civilisation galactique pourrait dépendre de l'émergence d'une religion galactique capable de motiver la société durant les siècles qui seront nécessaires pour accomplir ce grand dessein. (Religions pour une Civilisation Galactique)

D'après Bainbridge, une civilisation galactique requiert une nouvelle religion galactique. Les sectes scientistes, et en particulier les sectes ufologiques, sont les pourvoyeuses de cette nouvelle conscience religieuse, et elles contribuent à la création d'un nouvel ordre théocratique. Bainbridge poursuit:

La monumentale Encyclopédie des Religions Américaines rapporte les histoires et les doctrines de treize cultes ufologiques: Mark-Age, Brotherhood of the Seven Rays, Star Light Fellowship, Universarium Foundation, Ministry of Universal Wisdom, White Star, Understanding Incorporated, The Aetherius Society, Solar Light Center, Unarius, Cosmic Star Temple, Cosmic Circle of Friendship, et Last Day Messengers. Ces groupes entremêlent des éléments surnaturels issus de nombreuses autres traditions, mais ils ont tous en commun l'idée que la Terre n'est qu'un petit caillou perdu dans une vaste galaxie inhabitée. Certains, comme The Aetherius Society, prétendent que notre planète n'est qu'un pion dans une guerre interstellaire invisible, et que si des sectes de ce type devenaient plus influentes, notre société pourrait investir dans des défenses cosmiques qui auraient pour conséquence de transformer les planètes en bastions défensifs. D'autres pensent que nous devons nous améliorer sur un plan personnel pour pouvoir intégrer la Fédération Galactique des espèces illuminées, et que si des sectes de ce type devenaient plus influentes, notre société pourrait tenter d'entrer en contact avec le gouvernement galactique. Toutes ces sectes ufologiques sont relativement insignifiantes, mais l'une d'entre elle pourrait bien prendre de l'importance dans une décennie future. Nous avons besoin de plusieurs religions spatiales réellement attractives et agressives, qui satisferaient les besoins émotionnels de différents segments de notre population, et qui mettraient sur la touche les sectes rétrogrades et les religions traditionnelles. (italique ajouté) 

Ainsi, pour qu'une société galactique prenne réellement forme, les nouvelles sectes ufologiques doivent systématiquement faire le ménage dans le paysage religieux, et mettre en place un nouvel ordre théocratique. De plus, des sociologues comme Bainbridge ont suggéré que les sciences sociales devraient s'allier aux sectes scientistes pour aider à la formation de ce nouvel ordre théocratique. Pendant cinq années, Bainbridge a mené une étude ethnographique de la Process Church, une secte satanique née d'un schisme au sein de la secte scientiste de la Scientologie (Social Construction from Within: Satan's Process). Au cours de ses observations des membres de la Process Church, Bainbridge a développé de nombreuses affinités avec leur penchant pour réviser la conception des rôles respectifs de Dieu et de Satan en accord avec leur théologie hégélienne. Ce cas de révisionnisme biblique a inspiré Bainbridge, qui a depuis lors encouragé les sociologues a réviser activement les concepts religieux traditionnels. Il espère ainsi que de telles expérimentations religieuses pourraient éventuellement amener à l'avènement de «l'Église du Dieu Galactique». Dans son livre New Religions, Science, and Secularization, Bainbridge fait la proposition suivante:

Il est temps de dépasser la simple observation des cultes scientistes, et d'utiliser les connaissances que nous avons acquises en matière de stratégies de recrutement, d'innovation culturelle, et de besoins sociaux pour créer de meilleures religions que celles existantes. A tout le moins, l'observation discrète doit être remplacée par l'expérimentation active. Les religions sont des créations humaines. Notre société tente d'améliorer tous les autres types d'institutions sociales, ce de façon relativement consciente; pourquoi pas les religions? Les membres de la Process Church, fondée en grande partie par des étudiants d'une école d'architecture, se référaient à la création de leur secte comme à un processus d'ingénierie religieuse, comme la création consciente, systématique, et adroite d'une nouvelle religion. Je propose que nous devenions des ingénieurs religieux. (New Religions, Science, and Secularization)

Il est évident que Bainbridge pense que le sociologue devrait jouer un rôle dans la création d'une nouvelle conscience religieuse. L'analyse ethnographique des sectes scientistes, et particulièrement des sectes ufologiques, ne peut plus suffire. «L'expérimentation active» est nécessaire. En adoptant cette attitude de travail, les spécialistes des sciences sociales cesseraient d'être de simples observateurs. Ils deviendraient au contraire les promoteurs actifs d'une nouvelle théocratie. Bainbridge poursuit:

Les sociologues qui travaillent dans d'autres domaines ne craignent pas de mener des actions qui ont des implications pratiques. Nos collègues combattent la pauvreté et l'injustice, recherchent le meilleur environnement social pour la production industrielle, et interviennent dans les batailles politiques. Les sociologues des religions font partie des savants les plus éthiques et les plus moraux, et il n'y a aucune raison qui devrait les empêcher d'appliquer leur connaissance à la création de nouvelles religions. Le monde a besoin d'eux. Nous avons un rôle à jouer en tant que consultants auprès des nouvelles religions déjà existantes, en les aidant à résoudre des problèmes que nos recherches nous ont permis d'appréhender. Mais nous devons également être prêts à initier des cultes de notre propre invention, une tâche qui, je dois l'admettre, peut s'avérer périlleuse pour le bien-être de celui qui la met en œuvre, et scandaleuse aux yeux de ceux qui refusent d'admettre que toutes les religions sont des créations humaines. Mais il est de très loin préférable que la création de nouvelles religions soit prise en charge par d'honnêtes ingénieurs religieux qui œuvreront pour l'amélioration du genre humain, plutôt que par des fous et des escrocs avides d'argent.

En substance, Bainbridge fait la promotion du concept comtien de «sociocratie». La «sociocratie» était une forme technocratique de théocratie élaborée par Auguste Comte, le père fondateur de la sociologie. Les préceptes de gouvernement de la sociocratie étaient fondés sur la religion scientiste, et ses prêtres étaient les ingénieurs sociaux. Dans Technocracy and the Politics of Expertise, Frank Fischer décrit ainsi le concept de «sociocratie»:

Comte a mis en avant le concept de «sociocratie», définie comme une nouvelle «religion de l'humanité». Les sociologues devaient identifier les principes de cette foi nouvelle et les implémenter dans la société par l'intermédiaire d'une «sociolâtrie». La sociolâtrie devait impliquer tout un système de festivals, de pratiques votives et de rites élaborés dans le but d'ancrer la nouvelle éthique sociale dans l'esprit du peuple. Au cours de ce processus, les hommes et les femmes ne vénéreraient plus Dieu (considéré comme un concept démodé), mais l' «Humanité», telle qu'elle est symbolisée au sein du «Grand Être», et incarnée par les grands hommes de l'histoire. (71)

Dans la théocratie scientiste, des questions comme la raison d'être de l'homme ou sa relation avec Dieu deviendraient la propriété intellectuelle des spécialistes des sciences sociales. La nature d'une telle configuration sociétale est purement technocratique. Les «professionnels de la politique» y sont intronisés comme les seuls juges de la vérité. La proposition de Bainbridge de transformer les spécialistes des sciences sociales en ingénieurs religieux n'est au fond qu'une reformulation du concept technocratique de la sociocratie. Historiquement, la source la plus proche des sciences sociales se trouve chez les théoriciens technocratiques et chez les utopistes socio-politiques. Ces penseurs développèrent plusieurs des concepts théoriques qui serviront de fondement aux systèmes totalitaires socialistes modernes. La sociologie était prédisposée à avoir des applications totalitaires dès ses origines. Le thème d'une société dirigée scientifiquement est omniprésent dans les théories sociologiques.

Auguste Comte était le «disciple principal» d'Henri de Saint-Simon (Fischer 70). E.H. Carr décrit Saint-Simon comme «le précurseur du socialisme, le précurseur des technocrates, et le précurseur du totalitarisme» (2). La philosophie de Saint-Simon était du scientisme à l'état pur, et les prémisses sur lesquelles il fondait sa société idéale étaient des préceptes exclusivement scientistes. Fischer décrit ainsi les vues de Saint-Simon:

Selon Saint-Simon, il fallait établir une nouvelle unité basée sur une idéologie globale. Seule la croyance dans la science et la technologie pouvait remplacer les idéologies discordantes qui prévalaient à l'époque, en particulier celles de l'Église. Pour résumer, les prêtres et les politiciens – les anciens dirigeants de l'Europe – devaient être supplantés par les scientifiques et les techniciens. (69)

En fait, la vision saint-simonienne d'une société technocratique remonte à une tradition ésotérique plus ancienne. Sir Francis Bacon fut l'un des premiers à théoriser le concept d'une société dirigée scientifiquement. Fischer écrit: «... On peut interpréter le travail de Saint-Simon comme une réitération de la prophétie de Bacon». (69)

Certains prétendent que Bacon était le grand maître de l'Ordre Rosicrucien (Howard 74). Cette organisation était quant à elle très proche de la Loge Maçonnique (50). Cette association organisationnelle est rendue évidente à la lecture des écrits de Bacon. En 1627, il publia La Nouvelle Atlantide, qui était remplie de symboles maçonniques (Howard 74). L'auteur Frank Fischer nous propose une description particulièrement éclairante des concepts de l'utopie décrite par Bacon dans sa Nouvelle Atlantide:

Pour Bacon, la caractéristique principale du mouvement historique devait rapidement devenir l'avènement de la science et de la technologie. Là où Platon imaginait une société gouvernée par des «philosophes rois», des hommes capables de percevoir les «formes» de la justice sociale, Bacon recherchait une élite technique qui règnerait au nom de l'efficacité et de l'ordre technique. En vérité, l'objectif de Bacon dans La Nouvelle Atlantide était de remplacer le philosophe par le scientifique dans le rôle de dirigeant de l'utopie future; La Nouvelle Atlantide était une société purement technocratique. (66-67)

Il est flagrant qu'il y a une continuité de pensée maçonnique de Bacon à Comte, en passant par Saint-Simon. Ceci devient d'autant plus évident avec l'assertion comtienne selon laquelle l' «Humanité» serait symbolisée par le «Grand Être», qui se serait incarné dans une myriade de figures historiques. Le lecteur avisé fera immédiatement le parallèle entre le concept comtien du «Grand Être» et le concept maçonnique du «Grand Architecte». Malachi Martin donne plus de détails sur le «Grand Architecte» maçonnique:

D'après les écrits et les archives de la maçonnerie spéculative, il ressort clairement que le principe religieux fondamental devint la croyance dans le Grand Architecte de l'Univers – une figure rendue familière par les humanistes italiens... Le Grand Architecte était immanent et appartenait fondamentalement au cosmos matériel, il était un produit de l'esprit «illuminé». (521-22)

Tout comme le «Grand Être» de Comte, le «Grand Architecte» maçonnique était une force immanente fermement ancrée dans le plan ontologique de l'univers physique. Cette force immanente était fondamentalement une nouvelle divinité dont l'incarnation sur le plan matériel se manifestait au sein de l'humanité. D'ailleurs, Comte a également nommé cette divinité l' «Humanité» (Wagar 106-07). Au bout du compte, il s'agit de la divinité suprême de la sociocratie, où les experts en sciences sociales seraient les prêtres ordonnés par cette divinité pour dispenser la vérité. Un milieu politico-religieux dirigé par les ingénieurs religieux de Bainbridge représenterait une situation analogue. Il s'agit également d'une situation que les documents MJ-12 avaient pour but de promouvoir. En effet, la «révélation» de ces documents a conditionné l'opinion publique à accepter une forme technocratique de gouvernement.

Lester Ward, considéré comme le père fondateur de la sociologie américaine, croyait que les sciences sociales allaient beaucoup plus loin que la simple collecte de données (Bannister 13). Il soutenait que «son but est une sociocratie radicale, non pas les palliatifs qui passent pour des réformes sociales» (13). La «sociocratie radicale» de Ward commença à prendre forme peu après la fin de la seconde guerre mondiale. De nombreux spécialistes des sciences sociales américains étaient également des anciens de l'Office of Strategic Services [ndt: OSS, le prédécesseur de la CIA], qui avait plagié et raffiné les techniques de guerre psychologique mises en place par les nazis. William «Wild Bill» Donovan, qui fut directeur de l'Office of Strategic Services en 1941, croyait que les méthodes de guerre psychologique des nazis pourraient servir de modèle pour des méthodes «américanisées» (Simpson 24). La guerre psychologique devint rapidement un élément incontournable du lexique de la communauté du renseignement américaine (24). Donovan estimait que ce concept était si important qu'il deviendrait inévitablement «une arme à part entière dans l'arsenal américain, avec un statut identique à celui de l'army, la navy, et l'air force» (24). Six organisations constituaient le noyau de la recherche américaine sur la guerre psychologique (26):

  1. La «Research Branch» de Samuel Stouffer au sein de l'US Army Division of Morale.
  2. L' Office of War Information (OWI) dirigé par Elmer Davis, et ses cellules d'enquête dirigées par Elmo Wilson.
  3. La Psychological Warfare Division (PWD) de l'US Army, commandée par le général de brigade Robert McClure.
  4. L'Office of Strategic Services (OSS) dirigé par William Donovan.
  5. La Division of Program Surveys de Rensis Likert au sein du ministère de l'agriculture, qui fournissait du personnel sur le terrain pour les recherches menées aux États-Unis par l'armée, l'OWI, le département du Trésor, et d'autres agences gouvernementales.
  6. La War Communication Division d'Harold Lasswell à la bibliothèque du Congrès.



Bien entendu ce réseau actif pendant la guerre était largement composé d' «éminents chercheurs en sciences sociales» (26). Dans certains cas, ces ingénieurs sociaux prenaient part aux activités de deux organisations ou plus (26). Christopher Simpson énumère les noms des différents experts en sciences sociales impliqués:

L'OWI, par exemple, employait Elmo Roper (de l'institut de sondage Roper), Leonard Doob (Yale), Wilbur Schramm (University of Illinois et Stanford), Alexander Leighton (Cornell), Leo Lowenthal (Institut fur Sozialforschung et University of California), Hans Speier (RAND Corp.), Nathan Leites (RAND), Edward Barrett (Columbia), et Clyde Kluckhohn (Harvard), entre autres. (26)

La Psychological Warfare Division de l'US Army était elle aussi abondamment pourvue en experts en sciences sociales, certains d'entre eux étant également des officiers de l'OSS (27). L'OSS a assigné Morris Janowitz (University of Michigan et Institut fur Sozialforschung), Murray Gurfein, Saul Padover (New School for Social Research), et W. Phillips Davison (Columbia et Rand) à la Psychological Warfare Division pour y exercer leurs talents en matière de «communication et psychologie sociale allemande» (27). D'après Art Kleiner, ce réseau actif durant la guerre:

était un catalyseur puissant pour les sciences sociales en Amérique (et en Angleterre), parce qu'il sortait les universitaires de leur isolement. Ils travaillaient ensemble sur des questions concrètes, telles que l'amélioration du moral des soldats, le développement des techniques de guerre psychologique, et l'étude des cultures étrangères. (33)

L' ascension des sciences sociales venait de commencer. L'OSS a contribué à cet essor de manière substantielle. Howard Becker (University of Wisconsin), Douglas Cater (Aspen Institute), Walter Langer (University of Wisconsin), Alex Inkeles (Harvard), et Herbert Marcuse (Institut fur Sozialforschung et New School for Social Research) étaient tous «des officiers haut placés de l'OSS qui ont ensuite contribué aux sciences sociales» (Simpson 27). Toutefois, le soutien de l'OSS ne se limitait pas aux organisations gouvernementales. Selon Simpson:

Durant la guerre, les accords passés par l'OSS avec des entités non gouvernementales incluaient le paiement de recherches en sciences sociales par Stanford, l'University of California at Berkley, Columbia, Princeton, Yale’s Institute of Human Relations, et le National Opinion Research Center, qui était alors à l'University of Denver. Durant la guerre, on pouvait trouver des listes comparables de chercheurs en sciences sociales et d'universitaires sous contrat dans tous les centres gouvernementaux de communication et d'étude de l'opinion publique. (27)

Au cours d'auditions devant le Sénat au début de l'année 1945, le général de brigade de l'OSS John Magruder a farouchement défendu l'idée selon laquelle:

Le gouvernement des États-Unis serait très avisé de faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir le développement des connaissances dans le champ des sciences sociales... Dans l'éventualité où nous nous trouverions confrontés à une pénurie d'experts en sciences sociales, toutes les agences de renseignement de la nation qui servent les décideurs politiques, que ce soit en période de guerre ou de paix, seraient sérieusement handicapées... Les recherches des experts en sciences sociales sont indispensables au développement harmonieux du renseignement national, en temps de paix comme en temps de guerre. (Citation dans Simpson 32)

Le consensus parmi les individus impliqués dans la guerre psychologique était que le potentiel des sciences sociales, qui avaient été testées avec succès au cours d'un conflit d'une violence exceptionnelle, était tout aussi prometteur en temps de paix. Cette arme avait acquis une précision chirurgicale. A présent, il fallait pratiquer des incisions dans le psychisme de la population de l'après-guerre. Après la défaite de leurs confrères nazis, les experts en sciences sociales de l'OSS se dispersèrent au sein d'institutions civiles, et réquisitionnèrent plusieurs positions sensibles d'un point de vue stratégique, par exemple au sein des médias et de fondations non soumises à l'impôt. Les ingénieurs sociaux s'étant ainsi profondément infiltrés au sein de l'infrastructure des systèmes d'information américains, une «sociocratie radicale» commença à émerger en Occident. La paranoïa de la guerre froide contribua à son ascension. Les stratagèmes des sciences sociales nazies étaient ostensiblement récupérés pour contrer les manœuvres de guerre psychologique de l'Union Soviétique. Toutefois, les tactiques développées par les experts en sciences sociales américains étaient principalement utilisés contre les citoyens américains, en particulier par l'intermédiaire des médias. Évidemment, la menace communiste parut plus opportune aux dirigeants en herbe de la sociocratie occidentale.

 

Des envahisseurs venus de la Terre?

De même, les élites dirigeantes auraient pu considérer la crainte d'une invasion extra-terrestre comme une option intéressante pour aider à la mise en place de la sociocratie. C'est un scénario de ce type qui était examiné dans le Report from Iron Mountain, un document censé provenir d'un groupe de réflexion gouvernemental secret. Le document stipule que:

En fait, la question de la crédibilité est centrale dès lors qu'on envisage le problème d'un substitut politique à l'état de guerre. De ce point de vue, les propositions concernant la course à l'espace, qui, par bien des aspects, constituent d'excellents substituts à la guerre, laissent à désirer. Un projet spatial, aussi ambitieux et irréaliste soit-il, ne peut générer par lui-même une menace externe crédible. Des débats passionnés ont eu lieu sur le fait qu'une menace de ce type constituerait «la meilleure dernière chance pour la paix» etc., en unissant l'humanité contre la menace d'une destruction par des «créatures» venues de l'espace ou d'autres planètes. Des expériences ont été proposées pour tester la crédibilité de la menace d'une invasion extra-terrestre; il est possible que certains des cas les plus complexes d'observation de «soucoupes volantes» de ces dernières années aient été en fait des expériences de ce type. Si c'est le cas, il est peu probable qu'elles aient été jugées encourageantes. (Lewis 66)

Bien entendu, le rapport était modérément enthousiaste quant à la possibilité de monter un canular sur une invasion extra-terrestre. Toutefois, il est intéressant de noter que le rapport évoque la possibilité d'expériences explorant cette piste. On ne peut s'empêcher de se demander si la fameuse émission radio d'Orson Wells La Guerre des Mondes était une expérience de ce type. L'émission est parvenue à générer un niveau de panique important dans certains segments de la population. Si important qu'il attira l'attention de certains membres éminents de l'establishment. En particulier, le General Education Board, une organisation mise en place par la dynastie oligarchique des Rockefeller, finança des recherches sur le mouvement de panique qui suivit l'émission d'Orson Welles. Paul Lazarsfeld, Frank Stanton, et Hadley Cantril furent chargés de mener ces recherches à l'université de Princeton. Bien entendu, tous ces personnages étaient impliqués dans le domaine des sciences sociales technocratiques. La préface de l'ouvrage The Invasion from Mars, par Hadley Cantril, confirme cette information: «Comme le budget du Princeton Radio Project était de toute évidence incapable d'anticiper les dépenses occasionnées par cette étude particulière, les recherches ont été rendues possibles par une donation spéciale du General Board of Education» (xiv).

Il est évident que les dynasties oligarchiques comme celle des Rockefeller étaient parfaitement au courant des possibilités que pouvaient offrir l'exploitation des peurs suscitées par une invasion extra-terrestre. Bien entendu, de nombreux experts en sciences sociales issus de la communauté du renseignement ont occupé par la suite des postes confortables au sein de la Rockefeller Foundation (Simpson 28). Des fondations exemptées d'impôts telles que celle-ci ont joué un rôle prépondérant dans le maintien au pouvoir de l'élite dirigeante. Tout d'abord, elles constituent autant de paradis fiscaux pour le patrimoine de l'élite. De plus, elles financent abondamment les mouvements révolutionnaires socialistes, qui représentent une menace terroriste envers la populace tout à fait opportune, politiquement et socialement parlant. Enfin, elles encouragent les recherches en sciences sociales, ce qui dote les oligarques de l'arsenal psycho-cognitif nécessaire pour mener une guerre psychologique contre les citoyens. Le mouvement de panique suscité par une invasion extra-terrestre fictive pourrait avoir été envisagé comme une arme potentielle de plus dans cette Weltanschauungskrieg. [ndt: littéralement, guerre pour la vision du monde]

En particulier, la panique générée par l'émission La Guerre des Mondes avait des implications sociologiques pour des ingénieurs sociaux comme Cantril. Pour des hommes comme lui, des événements de ce type étaient l'occasion d'avoir une vision panoramique de la psychologie de la peur. Dans The Invasion From Mars: A Study in the Psychology of Panic, Cantril fait le commentaire suivant sur la valeur didactique de la peur du martien pour l'expert en sciences sociales:

Des événements aussi rares représentent une opportunité pour l'expert en sciences sociales. Ils lui permettent d'étudier le comportement des masses, et doivent être étudiés dès qu'ils surviennent. Bien que l'expert en sciences sociales n'a malheureusement pas la possibilité de prédire des situations de ce type, et qu'il n'a donc pas préparé ses outils d'investigation pour étudier le phénomène au moment où il se produit, il peut tout de même commencer à travailler avant que les effets de la crise ne se soient estompés, et que les souvenirs en deviennent confus. (ix)

Mais comment la terreur née d'une invasion extra-terrestre, que celle-ci soit réelle ou fictive, pourrait-elle bénéficier aux oligarques et à leurs ingénieurs sociaux? Il se peut que Cantril ait fourni la réponse avec l'observation suivante:

La panique survient lorsqu'une valeur fondamentale et largement acceptée est menacée, et lorsqu'il n'y a aucune certitude que la menace puisse être éliminée. L'individu a le sentiment qu'il va être détruit, physiquement, financièrement, ou socialement. L'invasion martienne était une menace directe contre la vie, contre la vie des êtres aimés, ainsi qu'envers toutes les valeurs qu'on tenait en haute estime. Les martiens détruisaient quasiment tout. La situation était alors véritablement sérieuse. La frustration apparaissait lorsque aucun comportement rationnel ne semblait possible. On se retrouvait alors face à l'alternative suivante: se résigner à l'annihilation complète de toutes les valeurs auxquelles on tient, se lancer dans un effort désespéré pour fuir le danger, ou faire appel à un pouvoir supérieur ou une personne plus puissante dont on espère vaguement qu'il pourrait détruire l'ennemi en approche. (199; italique ajouté)

Naturellement, la seule «personne plus puissante» à laquelle le citoyen moyen aurait plus faire appel était l'État, une entité qui tombait de plus en plus sous la coupe du pouvoir oligarchique. Bien que le scénario d'une invasion extra-terrestre fictive utilisé comme prétexte pour subjuguer les masses puisse sembler tiré par les cheveux, il pourrait avoir été envisagé. Un stratagème de ce genre n'était certainement pas une nouveauté. La manipulation dialectique à l'œuvre durant la guerre froide a également servi à maintenir la primauté de l'élite dirigeante. Que ce soit sous le prétexte d'une invasion soviétique ou extra-terrestre, les professionnels de la politique ont été accueillis comme les dirigeants dont la société avait besoin. Les documents MJ-12 ont contribué à conditionner les esprits pour qu'ils acceptent le paradigme politico-religieux de la sociocratie. L'idée d'une menace extra-terrestre favorise le raisonnement suivant: la forme démocratique de gouvernance est mal équipée pour faire face à une invasion extra-terrestre et doit, en conséquence, laisser la place à une société plus technocratique. Après tout, seuls ceux détenant une connaissance suffisante de la question extra-terrestre, comme par exemple les membres supposés du groupe MJ-12, pourraient être en mesure de prendre les décisions appropriées, sur les plans politiques et sociaux.



Des cultes de la technocratie cosmique?

Il est intéressant de noter que de nombreuses sectes ufologiques ont endossé le caractère technocratique de l'organisation chimérique décrite par les documents MJ-12. En fait, certains adeptes de ces sectes ainsi que des contactés adoptent des philosophies qui se rapprochent fortement de l'aryanisme hitlérien. Jacques Vallée précise:

Les philosophies des contactés [par les OVNI] incluent souvent la croyance en des races supérieures et en des systèmes totalitaires qui élimineraient la démocratie. En partant de la croyance que des OVNI nous ont visités dans le passé, il est aisé de dire que leurs occupants ont «connu» les Filles des Hommes et vu «qu'elles étaient belles»! Dans ce cas, certains d'entre nous auraient du sang céleste dans leurs veines, ce qui les rendrait «supérieurs» aux autres. L'idée d'un «peuple élu» est ancienne; elle a perdu de son attrait au cours des dernières décennies. La croyance en une intervention extra-terrestre pourrait ressusciter ce concept, et certains groupes pourraient réclamer les privilèges qui sont dus aux descendants des visiteurs célestes. (219)

Bien entendu, cette idée d'une présence extra-terrestre, qu'elle soit amicale ou hostile, est un thème largement repris par le clergé sociocrate qui aspire au pouvoir, et qui lui est particulièrement utile politiquement et socialement. De ce point de vue, les OVNI jouent un rôle essentiel dans les projets d'ingénierie religieuse des sociocrates, comme l'observe Jacques Vallée: «Les organisations de contactés pourraient servir de base à une nouvelle religion ''élitiste''» (218). La «supériorité» génétique est en effet un présupposé extrêmement élitiste des religions ufologiques émergentes.

De telles religions étant continuellement mises en avant par les spécialistes en sciences sociales, ces tendances eugénistes ne peuvent que s'intensifier au sein des sectes ufologiques. La sociologie trouve son fondement dans l'interprétation physiologique de la société et de la gouvernance par Saint-Simon, qui croyait qu'un ordre social efficient était semblable à un organisme vivant. Ainsi, la société pouvait être régulée selon les mêmes «réalités physiologiques» censées sous-tendre la pensée et le comportement humains (Billington 212). Cette approche physiologique de la gouvernance est un thème repris par différents régimes totalitaires socialistes. Elle a fourni une base théorique au marxisme. Selon Billington:

Croyant que la méthode scientifique devait être appliqué au corps social comme aux corps des individus, Saint-Simon analysa les éléments physiologiques de la société: les classes. Il ne concevait pas les classes économiques au sens marxiste du terme, mais son analyse fonctionnelle des classes prépara le chemin pour Marx. (213)

L'analyse physiologique de la société par Saint-Simon inspira également la dictature scientifique de l'Allemagne nazie. Ernst Haeckel, le fameux évolutionniste qui initia Hitler au darwinisme, adhérait ouvertement à cette perspective physiologique. Il soutenait que chaque cellule d'un organisme, «bien qu'autonome, est subordonnée au corps dans son ensemble; de même, dans les sociétés des abeilles, des fourmis, et des termites, chez les vertébrés vivants en troupeaux, et pour l'humain, chaque individu est subordonné au corps social dont il est une partie» (cité dans Keith, Casebook on Alternative 3, 157). C'est là le thème central de tous les régimes totalitaires socialistes: la subordination de l'individu à la collectivité. Toutefois, il y a toujours une «élite» qui occupe le sommet de la pyramide de l'état physiologique. Pour Haeckel, c'était l'aryen idéalisé qui possédait des qualités de «symétrie de toutes parts, et un développement harmonieux, que nous appelons le type même de la beauté humaine parfaite» (cité dans Keith, Casebook on Alternative 3, 85).

L'analyse physiologique et collectiviste de la société par la sociologie est également omniprésente chez les sectes ufologiques. Cette approche est favorisée au sein du tristement célèbre Mouvement Raëlien, une secte ufologique athée fondée dans les années 70. Dans Création intelligente: le message des créateurs, un texte sacré prétendument transmis à l'athéiste français Raël par des entités extra-terrestres, on peut trouver une description physiologique de la gouvernance humaine:

Les hommes sont tous les cellules utiles d'un immense corps qui s'appelle l'humanité. La cellule du pied n'a pas à dire si la main doit ou non prendre un objet. C'est le cerveau qui doit décider, et si cet objet est bon, la cellule du pied en profitera.

Cohérents avec cette interprétation physiologique, les supposés messagers extra-terrestres concluent qu' «il faut supprimer les élections et les votes qui sont complètement inadaptés dans leur forme actuelle au développement de l'humanité.». En lieu et place du paradigme démocratique, considéré comme obsolète, les émissaires extra-terrestres de Raël recommandent la «géniocratie», qu'ils décrivent ainsi:

Donc, au départ, droit de vote réservé à l'élite intellectuelle, à ceux dont le cerveau est le plus apte à réfléchir et à trouver des solutions à des problèmes … Il s'agit de placer le génie au pouvoir, vous pouvez appeler ça la géniocratie.

Difficile de trouver une meilleure définition de la technocratie. Ce passage fait également écho à l'interprétation physiologique de la société d'Haeckel, qui a été mise en place concrètement par l'Allemagne nazie. En fait, un courant de pensée de type hitlérien semble sous-tendre la philosophie raëlienne. Ceci saute aux yeux lorsqu'on regarde l'iconographie de la secte. Avant 1991, le symbole officiel du groupe était un svastika inséré dans deux triangles superposés. Bien entendu, le svastika avait une signification ésotérique profonde pour les occultistes du cercle intérieur du parti nazi. Évidemment, la signification sémiotique de ce fait n'est pas passée inaperçue chez les esprits les plus sceptiques, et à partir de 1991, le Mouvement Raëlien a jugé préférable de prendre ses distances avec le svastika, pour des questions de relations publiques. Toutefois, la continuité de pensée est restée évidente.

Le fait que Bainbridge considère les sectes ufologiques comme autant de bouillons de culture pour y développer ses théories d'ingénierie religieuse témoigne de l'inclination inhérente à la sociologie vers la pensée technocratique. Bainbridge, lui-même sociologue, souhaite voir une religion fondée sur les OVNI devenir la nouvelle «sociolâtrie» de l'humanité, avec des ingénieurs sociaux tels que Bainbridge pour guider les adeptes de cette nouvelle théocratie scientiste. Les sectes ufologiques, avec leurs prémisses collectivistes et autoritaristes, sont parfaitement à même de remplir le rôle d'agents de la restructuration sociocratique de la société.



Un Christ exo-théologique: le nouveau christianisme?

L'ingénierie religieuse implique en général le recyclage de concepts métaphysiques intrinsèques aux religions traditionnelles. Par exemple, les utopistes socio-politiques marxistes ont reformulé le concept traditionnel de l'eschatologie traditionnelle, pour la transplanter sur le plan ontologique de l'univers phénoménal. Ces projets primitifs d'ingénierie religieuse ont donné naissance à des mouvements séculaires, qui se comportaient comme des religions, d'un point de vue sociologique. Les experts en sciences sociales ont pendant longtemps été impliqués dans des projets d'ingénierie religieuse. Saint-Simon, le mentor d'Auguste Comte, s'était consacré à de tels projets bien avant que la sociologie ne soit formellement institutionnalisée. La vision saint-simonienne de la sociocratie s'est doublée d'une nouvelle religion scientifique. Dénommée «nouveau christianisme», cette religion scientifique proposait «la morale sans la métaphysique» et «la technologie sans la théologie» (Billington 214). Saint-Simon espérait que ce «nouveau christianisme» séparerait la gouvernance de la politique, donnant naissance à un système apolitique fondé sur «l'expertise». James H. Billington écrit à ce sujet:

L'autorité politique devait céder la place à l'autorité sociale dans son [Saint-Simon] utopie technocratique. Elle devait être administrée par trois chambres: la chambre des inventions dirigée par des ingénieurs, celle des examens dirigée par des scientifiques, et celle de l'exécution des projets dirigée par des industriels. Un collège suprême devait définir les lois morales et physiques, et deux académies supérieures, nommées Raisonnement et Sentiment, devaient être formées d'artistes et d'écrivains chargés de la propagande. (215)

Le concept saint-simonien de «nouveau christianisme» était en quelque sorte le précurseur du plan du théoricien socialiste Antonio Gramsci. Le programme de Gramsci contenait une forme subtile de manipulation sémiotique. Les religions traditionnelles devaient être progressivement éviscérées par la propagande et l'endoctrinement socialistes. Toutefois, l'iconographie religieuse standard devait rester en place. Tandis que Dieu s'effaçait peu à peu, l'état omnipotent était divinisé. Dans le même ordre d'idée, le programme saint-simonien incluait une stratégie fabienne visant à la consécration rituelle de la technocratie. Le «nouveau christianisme» devait être une conséquence de la future soumission de la religion à la science. Billington décrit le programme saint-simonien d'ingénierie religieuse:

Dans son commentaire de l'essai de Charles-François Dupuis, L'origine de tous les cultes, ou la religion universelle, paru en 1802, de Tracy suggère que les religions du passé n'étaient pas seulement de la superstition irraisonnée, mais plutôt une sorte de balbutiement scientifique: l'expression généralisée, dans un langage imprécis, de la pensée scientifique de leur temps. De plus, les rituels religieux étaient socialement nécessaires pour mettre en scène les principes scientifiques pour le peuple ignorant. Saint-Simon envisageait son nouveau christianisme comme une nécessité du même ordre pour les masses. Son décès ne lui a pas permis de préciser si cette foi nouvelle était censée former la base morale de la nouvelle société, ou si elle ne constituait qu'une religion intermédiaire dans l'attente que les masses soient suffisamment éduquées pour accepter un système exclusivement scientifique. (215)

La notion de «nouveau christianisme» n'est pourtant pas morte avec Saint-Simon. Les sectes ufologiques contemporaines, dont les menées dans le domaine de l'ingénierie religieuse sont constamment soutenues par les sciences sociales technocratiques, professent leur propre forme de «nouveau christianisme». De nombreuses sectes ufologiques tirent leur conception du «nouveau christianisme» de la science-fiction, un genre littéraire que Bainbridge identifie comme la source potentielle la plus prometteuse pour l'édification de la théologie de la nouvelle religion galactique:

Les nouveaux cultes ont tendance à être très créatifs, mais leurs pratiques et doctrines s'inspirent d'autres groupes et traditions. Dans le cadre de la religion galactique, leur meilleure source d'inspiration pourrait probablement être la science-fiction. La science-fiction ne se contente pas de présenter des descriptions grandioses de civilisations galactiques, et la façon de les édifier, elle est également profondément imprégnée d'idées occultes et pseudo-scientifiques qui, si elles étaient reformatées pour fonder de nouvelles religions, pourraient satisfaire les besoins religieux de la population. («Religions for a Galactic Civilization»)

Bien que la science-fiction vénère la science et présente des weltanschauungs ostensiblement séculiers, le genre fait toujours la promotion de concepts religieux. Bainbridge a remarqué cette préoccupation constante au sein de ce genre littéraire:

La religion est un thème fréquemment abordé dans la science-fiction, et les auteurs de SF l'ont envisagé de différentes façons. Dans The Gods of Mars et dans The Master Minds of Mars, Edgar Rice Burroughs critique vertement la religion, accusée de mettre les croyants en esclavage, d'assassiner l'esprit scientifique, et de pratiquer des sacrifices humains. La religion a parfois été présentée de manière plus bienveillante, malgré son conflit avec la science, en tant qu'elle constitue un correctif humain aux excès d'une technologie devenue folle. On peut citer à ce sujet Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, et The Quest for Saint Aquin de Anthony Boucher. On trouve également des essais de théologie et de théodicée pour une société scientifique, par exemple L'Etoile d'Arthur C. Clarke ou Un cas de conscience de James Blish.

Du point de vue de Bainbridge, la science-fiction constitue un réservoir important de mythes sociaux et culturels. Ces mythes sont cependant entièrement de nature scientifique, en ce sens qu'ils exaltent l'impérialisme épistémologique du scientisme. De plus, parce qu'ils mettent en avant des théories métaphysiques ( par exemple le matérialisme, le physicalisme, etc.), ces mythes scientistes de la science-fiction peuvent être considérés comme des religions. Ces religions se développent en fonction des demandes sociologiques de ceux qui souhaitent transformer le milieu religio-culturel. De ce point de vue, une partie de la science-fiction peut être considérée comme du chamanisme moderne ( i.e. du techno-chamanisme).

Pour Bainbridge, la forme la plus efficiente de littérature SF est celle qui se pique d'inventer de nouvelles religions efficaces sur les plans sociaux et culturels:

Ceux qui pourraient souhaiter créer une Église du Dieu Galactique trouveront plus appropriés les scénarios qui décrivent de nouvelles religions, des cultes qui pourraient réellement voir le jour, et qui, en cas de succès, pourraient orienter les politiques publiques en direction de la science et de la technologie.

Bainbridge envisage ce genre de littérature comme une prophétie potentiellement auto-réalisatrice. Il soutient que lorsque des scénarios de ce type se seront implantés dans la conscience humaine, ils se réaliseront d'eux-mêmes. En théorie, la concrétisation d'un tel mythe donnera naissance à l'Église du Dieu Galactique. Ce nouvel ordre théocratique règnera sur la civilisation galactique émergente, dont les futuristes rêvent depuis des années.

Des chercheurs plus sceptiques pourraient penser que les assertions de Bainbridge quant à l'influence culturelle et sociale de la littérature SF sont quelque peu exagérées. Pourtant, les mythes techno-chamaniques de la science-fiction ont largement participé à la création d'une bonne part de la pop culture moderne, comme l'écrit l'évêque Seraphim Rose:

L'idée qu'il puisse exister des formes de vie intelligentes «hautement évoluées» sur d'autres planètes a imprégné la conscience moderne à un point tel que même des hypothèses scientifiques respectables (et semi-scientifiques) l'envisagent comme une évidence. Ainsi, une série de livres populaires (Erich von Daniken, Chariots of the Gods?, Gods From Outer Space) prétend trouver des preuves de la présence d'entités «extra-terrestres» ou de «dieux» dans l'histoire ancienne, qui seraient responsables de l'apparition soudaine de l'intelligence humaine, qu'il est difficile d'expliquer par la théorie évolutionniste classique. (73)

Cette façon de penser est devenue si largement répandue que même des scientifiques réputés ont commencé à donner du crédit à des concepts scientifiques:

Des scientifiques sérieux de l'Union Soviétique ont supposé que la destruction de Sodome et Gomorrhe était due à une explosion nucléaire, que des entités «extra-terrestres» ont visité la Terre il y a de cela plusieurs siècles, que Jésus-Christ aurait pu être un «cosmonaute», et que «nous pourrions être à l'aube de la ''seconde venue'' d'êtres intelligents venus de l'espace». Des scientifiques occidentaux tout aussi sérieux considèrent que l'existence d' «intelligences extra-terrestres» est suffisamment plausible pour tenter, au cours des 18 dernières années, d'établir un contact avec celles-ci à l'aide de radiotélescopes, et on peut recenser au moins six programmes de recherches conduits par des astronomes autour du globe qui tentent de capter des signaux radio venus de l'espace. (Rose 73-74)

Ces notions d'un Jésus-Christ «cosmonaute» et de la «seconde venue» cosmique sont devenues centrales dans la théologie de certaines sectes prétendument «chrétiennes». De ces étranges enclaves religieuses émerge un mythe techno-chamanique qu'on pourrait identifier au «nouveau christianisme» de l'Église du Dieu Galactique sociocratique. Le nouveau paradigme scientiste présente ce qu'on pourrait qualifier d' «exo-théologie». Rose explique ce point:

Les «théologiens» protestants et catholiques romains – qui se sont habitués à suivre la «science» dans toutes les voies où elle semble se diriger – spéculent de leur côté, au sein de ce nouveau champ de l' «exo-théologie» (la «théologie de l'espace»), sur la nature des races extra-terrestres (cf. Time magazine du 24 avril 1978).

Dans son analyse finale de la science-fiction, Rose conclut que ce genre qui se veut ostensiblement «scientifique et non-religieux» est, en fait, le «propagateur principal (dans une forme séculière) de la ''nouvelle conscience'' religieuse» qui supplante progressivement le christianisme (77). Avec son mélange d'occultisme et de spiritualité païenne résurgente, la science-fiction pourrait faciliter un changement de paradigme dans la pensée religieuse. Bien entendu, une exo-théologie requiert un Christ exo-théologique. La science-fiction a déjà préparé la venue d'un nouveau messie scientiste.

La série de films La guerre des étoiles est un cas exemplaire. George Lucas nous présente sa conception de la venue du messie new age dans La menace fantôme. L'élu est Anakin Skywalker, qui deviendra par la suite l'ignoble Darth Vader. Au cours du film, le spectateur apprend qu'Anakin a été «conçu par Dieu». La mère d'Anakin dit qu' «Il n'y a pas eu de père, pour autant que je le sache... Je l'ai porté, je lui ai donné naissance... Je ne peux expliquer ce qu'il s'est passé.» Nous apprenons par la suite qu'Anakin a été conçu spontanément par les midi-chloriens, des organismes microscopiques qui «résident dans toutes les cellules vivantes et communiquent avec la Force.» Le spectateur éclairé aura immédiatement identifié le thème évolutionniste de l'abiogenèse, qui reflète le concept kabbalistique du golem.

Le golem d'Anakin apprend à contrôler et à exploiter la Force, qui représente la conception animiste de Dieu par Lucas. L'humanité ne représente en réalité qu'un seul organisme, qui évolue graduellement (on notera les points communs entre ce thème et la conception élitiste de l'humanité, vue comme une ruche d'abeilles). Dans la phase finale de son évolution, la singularité moniste qu'est l'homme devient Dieu. Comme dans la tradition théosophique, Anakin devient un maître ascensionné, et est divinisé dans Le retour du Jedi. Ce mythe devient progressivement la weltanschauung de la civilisation occidentale. Au cours d'une interview à Christianity Today, Dick Staub a déclaré:

Un mythe est une histoire qui nous confronte avec une vue d'ensemble de ce qui est transcendent et éternel, et qui ce faisant, explique la vision du monde d'une civilisation. Selon cette définition, le christianisme est le mythe principal de la culture occidentale, et La guerre des étoiles est le mythe principal de la pop culture.

Il est évident que George Lucas répond au cri de ralliement de Bainbridge, lorsque ce dernier évoque «l'ingénierie religieuse». Sa science-fiction donne naissance à une nouvelle religion mondiale, une Église du Dieu Galactique. L'importance de La guerre des étoiles dans la pop culture semble suggérer que la ritournelle de l'exo-théologie présente un attrait certain pour l'esprit des laïcs. Alors que de nombreux laïcs évitent la spiritualité chrétienne, ils recherchent par ailleurs un Christ de substitution adéquat. Consumé par le scientisme et l'anthropocentrisme, l'esprit laïc rejette le Christ chrétien pour le remplacer par un Christ exo-théologique. En ce sens, la science-fiction pratique une forme d'entrisme gramscien au sein des institutions.

Pendant ce temps, des forces occultes au sein de la communauté du renseignement pourraient tenter de donner un degré de crédibilité plus important à ce Christ exo-théologique. Le témoignage de Linda Moulton Howe est intéressant à cet égard; au cours d'un rendez-vous avec Richard Doty, un officier du renseignement militaire américain, Howe a reçu une note d'information relative à des visites extra-terrestres. Cette note contenait un élément messianique intéressant:

Il y avait un paragraphe qui affirmait que «les extra-terrestres avaient créé un être il y a deux mille ans», qui avait été placé sur Terre pour enseigner l'amour et la non-violence à l'humanité. (Howe 151)

Il est clair que quelqu'un tentait par là de donner du crédit à l'idée que Jésus était un «cosmonaute». Doty faisait-il «fuiter» une information, ou agissait-il pour le compte de quelque ingénieur religieux invisible? Il faut garder à l'esprit que les services de renseignement américains sont, pour une large part, une création des sciences sociales technocratiques, et que les sciences sociales trouvent leur origine dans l'occultisme baconien, ce dernier ayant profondément influencé les doctrines de nombreuses sociétés secrètes ésotériques. Une de ces sociétés secrètes est la franc-maçonnerie, qui mettait en avant son propre messie. Dans Morals and Dogma, le franc-maçon du trente-troisième degré Albert Pike écrivait:

Voici l'objet, la fin, le résultat, de la grande spéculation et des logomachies de l'antiquité; l'annihilation ultime du mal, et la restauration de l'Homme à son état premier, par un Rédempteur, un Messie, un Christos, le Verbe incarné, la Raison, ou le Pouvoir de la Déité. (274)

Le lecteur attentif aura immédiatement noté le H majuscule dans le mot «Homme», soulignant la divinité intrinsèque de l'homme. Être un dieu constituait l' «état premier» de l'humanité. Ainsi, le messie maçonnique n'est pas le Créateur transcendant incarné en Jésus-Christ. La franc-maçonnerie postule que le messie se trouve en l'homme lui-même. D'après la doctrine maçonnique, la connaissance par l'humanité de sa nature divine innée fait partie intégrante du processus de divinisation. Pike récapitule:

Ainsi, la conscience de soi-même nous amène à la conscience de Dieu, et enfin à la conscience d'un Dieu infini. Ceci constitue la meilleure preuve de notre propre existence, et la meilleure preuve de la Sienne. (709)

Quant aux chrétiens primitifs qui croyaient que Jésus était le Dieu transcendant incarné, Pike les dépeint ironiquement comme des simplets superstitieux:

Les imbéciles qui ont conduit le christianisme primitif sur la voie de l'égarement, en substituant la foi à la science, la rêverie à l'expérience, le fantastique à la réalité; et les inquisiteurs qui ont, pendant tant d'années, mené une guerre d'extermination contre le magisme, sont parvenus à recouvrir d'un voile de ténèbres les anciennes découvertes de l'esprit humain; nous en sommes donc réduits à tâtonner dans le noir pour retrouver la clef des phénomènes naturels. (732)

La subordination de la foi à la science par Pike trahit les tendances scientistes de la franc-maçonnerie. Ces tendances sont également endémiques chez les sectes ufologiques. Puisque le Christ traditionnel n'est pas le messie adéquat pour quelque Nouvelle Atlantide que ce soit, un nouveau christianisme doit être mis en place. Les ingénieurs sociaux, qui sont en partie les héritiers de l'occultisme baconien, pourraient travailler de concert avec les sectes ufologiques pour atteindre ce but précis. Il faut aussi se souvenir que Lester Ward, le père fondateur de la sociologie américaine, a déclaré que l'objectif ultime des sciences sociales était de créer une «sociocratie radicale». Se pourrait-il que le phénomène OVNI fasse partie d'un projet visant à la restructuration sociocratique de la société?

Un exercice mené par la CIA au début des années 60 renforce sans aucun doute cette supposition. Le projet, qui impliquait la fabrication de fausses observations d'OVNI, a abouti à la production d'un Nouveau Testament exo-théologique. Timothy Good relate cet intéressant cas d'ingénierie religieuse:

Miles Copeland, ancien coordinateur de la CIA et officier du renseignement, m'a raconté une histoire intéressante au sujet d'une manœuvre de désinformation de l'agence impliquant des observations d'OVNI fictives. Il s'agissait dans ce cas «d'éblouir» et «d'intoxiquer» les chinois, qui avaient eux-même trompé la CIA en de nombreuses occasions, notamment en forçant l'agence à envoyer des équipes dans un désert de la province du Sinkiang, en Chine occidentale, pour y chercher des «énergies atomiques» souterraines inexistantes. Copeland m'a dit que l'exercice avait eu lieu au début des années 60. Il s'agissait de lancer de faux rapports d'observations d'OVNI venant de nombreux endroits différents. Le projet était dirigé par Desmond Fitzgerald, du Personnel des Affaires Spéciales (qui s'était rendu célèbre en échafaudant des plans sans queue ni tête pour assassiner Fidel Castro). Copeland m'a dit que l'exercice «avait juste pour objectif de perturber les chinois, en leur faisant croire que nous faisions des choses que nous ne faisions pas. Pour autant que je me souvienne, le projet a atteint ses objectifs, mais il a été détourné par une bande de fanatiques religieux de l'Iowa et du Nebraska, qui l'ont pris suffisamment au sérieux pour ajouter un nouveau chapitre à leur propre version du Nouveau Testament!». (357)

Si cette manipulation ufologique mise en œuvre par la CIA a pu pousser certains cultes à embellir et à pervertir les Écritures, imaginez les effets qu'une manipulation de plus grande ampleur pourrait produire. Des observations de ce type plus fréquentes et plus massives pourraient entraîner l'émergence d'un Nouveau Testament exo-théologique pour une Église du Dieu Galactique. Dans Morals and Dogma, le maçon du trente-troisième degré Pike écrit: «Dieu est, selon la conception humaine, le reflet de l'homme lui-même» (223). D'après les Écritures, Dieu créa l'homme à Son image. D'après les «ingénieurs religieux» tapis dans l'ombre, il est temps que l'homme lui rende la pareille.



L'ufologie: une marionnette de la communauté du renseignement?

Il existe un corpus de preuves qui semble suggérer que les tenants de l'hypothèse OVNI sont manipulés. Alors que de nombreux chercheurs sur les OVNI ont purement et simplement ignoré ces preuves, parce qu'elles ne cautionnent pas leur désir de croire en l'existence de races extra-terrestres, Jacques Vallée a soutenu cette théorie. Il écrit dans son livre OVNI: la grande manipulation:

Les OVNI existent. Ils sont une application de la technologie psychotronique; ce qui signifie qu'il s'agit d'appareils utilisés pour agir sur la conscience humaine. Il se peut qu'ils ne viennent pas de l'espace; il se peut qu'il s'agisse en fait d'appareils manipulés depuis la Terre. Leur but pourrait être d'imposer des changements sociaux sur cette planète. Leur mode opératoire appartient au champ de la tromperie: manipulation systématique des témoins et des contactés; utilisation secrète de différentes sectes et cultes; contrôle des circuits par lesquels les supposés «messages extra-terrestres» peuvent impacter le public. (21)

Nous avons déjà montré que cette tromperie semble amener les personnes manipulées sur la voie de la technocratie. De nombreux croyants du phénomène OVNI sont assez attirés par l'idée de professionnels de la politique qui mettraient de côté les institutions démocratiques pour s'occuper du problème soulevé par les OVNI. Toutefois, qui est le maître d'œuvre de cette manipulation? Nous avons déjà pointé du doigt l'implication de l'oligarchie. Mais l'élite au pouvoir se place rarement en première ligne, et évite d'agir directement. Des organisations et des individus stipendiés pour lui servir de couverture, donnent à l'élite au pouvoir la possibilité de continuer ses entreprises criminelles. Dans le cas de la manipulation ufologique, c'est la communauté du renseignement qui semble jouer le rôle d'exécuteur des basses œuvres de l'élite au pouvoir.

Il est intéressant de noter que l'un des premiers individus à avoir authentifié les documents MJ-12 était Richard M. Bissell Jr. Dans une lettre à Lee Graham, Bissell écrivait que les documents MJ-12 «avaient certainement l'air authentique» (Roswell: Military Forces Acting in Great Secrecy). De plus, Bissell ajoutera que «sur la base des éléments que vous m'avez envoyés, j'ai personnellement peu de doutes qu'ils ne soient pas authentiques». Le parcours de Richard Bissell Jr. Au sein de l'establishment était sans tache. Son frère, William Truesdale Bissell, était un membre de la société secrète Skulls and Bones de Yale (Tarpley et Chaitkin, p.126). Skulls and Bones est une filière d'élite où les enfants des dynasties dominantes nouent des relations qui se perpétuent après l'université, et où ils apprennent les doctrines philosophiques et religieuses de l'élite dirigeante. Le père de Bissell, Richard M. Bissell Sr., était le directeur de l'institut neuro-psychiatrique du Hartford Retreat for the Insane (126). L'un des patients de cet institut, Clifford Beers, fonda par la suite la Mental Hygiene Society (126). Cette dernière était impliquée dans le programme de contrôle mental de la CIA, le tristement célèbre MK-Ultra (126). C'est le «traitement» subi par Beers à l'institut de Bissell père, qui lui donna l'idée de fonder la Mental Hygiene Society, dont le but était l'ingénierie culturelle destructrice.

Le fils Bissell devint l'assistant d'Allen Dulles lorsque ce dernier accéda au poste de Director of Central Intelligence (DCI) (127). A ce titre, Bissell prépara l'invasion de Cuba, planifia l'assassinat de Castro, et entraîna les équipes chargées de ces tâches (127). Bien que tous ces plans aient échoué, le projet a tout de même réussi à accomplir son objectif principal, qui était de créer «une force composée d'assassins professionnels multi-tâches» (127). Ces assassins apparurent dans l'assassinat de Kennedy, dans l'Opération Phoenix, et dans les guerres des Contras (127). Bissell passa la plus grande partie de sa vie d'adulte dans des opérations de manipulation et dans les crimes perpétrés par les services de renseignement. Les remarques de Bissell à Graham étaient peut-être une manipulation de plus.

Il est possible que Bissell et ses compagnons de la communauté du renseignement voulaient que les gens croient en l'authenticité des documents MJ-12. De cette façon, les documents pourraient être utilisés à des fins de programmation prédictive, en conditionnant la population pour qu'elle accepte la technocratie, seule capable de prendre la mesure d'une présence extra-terrestre.

Les ingénieurs sociaux de la CIA/OSS ont-ils toujours été impliqués dans le mouvement OVNI, le guidant sur la voie technocratique? Le vice-président du National Investigations Committee on Aerial Phenomena (NICAP), dans les années ayant suivi sa création, était le comte Nicolas de Rochefort, un membre du département de guerre psychologique de la CIA (Good 348). Il est aussi significatif que le directeur du NICAP, le major des marines à la retraite Donald Keyhoe, a été évincé de son poste par une faction menée par le président du directoire de l'association, le colonel Joseph Bryan III, l'ancien chef du département de guerre psychologique de la CIA (351). Le lecteur attentif se souviendra que les stratagèmes de guerre psychologique utilisés par la CIA ont été développés par les ingénieurs sociaux de l'ancien OSS. En ce sens, l'ufologie est devenue une sorte de secte sociocratique, dirigée par les spécialistes de la guerre psychologique de la CIA, qui y jouent le rôle d'ingénieurs religieux. Un mémo envoyé par H. Marshall Caldwell, le directeur-adjoint du département du renseignement scientifique de la CIA, à Walter Smith, le directeur de la CIA de l'époque, montre tout l'intérêt que l'agence portait à ces questions:

Malgré des observations signalées dans le monde entier, il apparaît que, au moment où l'enquête a eu lieu, la presse soviétique n'a publié aucun article ni aucun commentaire, même satirique, sur le sujet des soucoupes volantes, bien que Gromyko ait fait un commentaire humoristique sur le sujet. La presse étant contrôlée par l'état, ceci ne pourrait résulter que d'une décision politique officielle. La question se pose alors de savoir si ces observations:

1. peuvent être contrôlées,

2. peuvent être prédites, et

3. peuvent être utilisées dans le cadre de la guerre psychologique, que ce soit offensivement ou défensivement

Les inquiétudes de la population quant à ce phénomène, qui se reflètent à la fois dans la presse américaine et dans la pression exercée sur l'Air Force pour que celle-ci soit investiguée, indique qu'une proportion importante de notre population a été conditionnée pour accepter ce qui paraît incroyable. Ce fait montre qu'il y a là le potentiel pour le déclenchement de phénomènes de panique et d'hystérie de masse. (Cité dans Keith, Mind Control, World Control? p272)

Caldwell poursuit en faisant la recommandation suivante:

Une étude devrait être mise en place pour déterminer quelle utilisation les planificateurs américains de la guerre psychologique pourraient faire de ce phénomène. (Cité dans Keith, Mind Control, World Control? p272)

Ce mémo, ainsi que, probablement, d'autres propositions de ce type encore inconnues du grand public, pourrait avoir conduit à une Weltanschauungskrieg impliquant les OVNI et les documents MJ-12. L'objectif ultime de cette Weltanschauungskrieg pourrait être la restructuration sociocratique de la société.



La Nouvelle Atlantide globale: une fin des temps immanente?

Bien entendu, les sciences sociales technocratiques, qui ont joué un rôle central dans les stratagèmes de guerre psychologique de la CIA, trouvent leur origine dans l'ésotérisme de Francis Bacon, la vision utopique de la société de ce dernier représentant quant à elle l'objectif ultime de certaines sociétés secrètes ésotériques. Parmi elles, on trouve la franc-maçonnerie et le rosicrucianisme, qui ont donné naissance à de nombreuses utopies socio-politiques (par exemple, le communisme et le fascisme). Ces organisations ont détruit les religions abrahamiques traditionnelles, et ont transplanté leurs concepts métaphysiques sur le plan ontologique de l'univers physique. Pour comprendre les fondements conceptuels et les conséquences de cette transplantation, il convient d'examiner le symbolisme trinitaire de Joachim de Flore. Eric Voegelin écrit à ce sujet:

Joachim de Flore a rompu avec la conception augustinienne de la société chrétienne lorsqu'il a appliqué le symbolisme de la Trinité au déroulement de l'histoire … Avec son eschatologie trinitaire, Joachim de Flore a créé l'agrégat de symboles qui définissent la société politique moderne jusqu'à nos jours … Le premier de ces symboles est la conception de l'histoire comme une séquence de trois âges, dont le troisième est décrit comme étant le Troisième Règne … Cette symbolique est reprise et adaptée par le mouvement humaniste et encyclopédiste, qui catégorise l'histoire en histoire ancienne, médiévale, et moderne; par la théorie de Turgot et de Comte portant sur une séquence de phases théologiques, métaphysiques, et scientifiques; par la dialectique hégélienne des trois étapes de la liberté et de la prise de conscience de soi; par la dialectique marxiste des trois états correspondant au communisme primitif, à la société de classes, et au communisme final; et enfin, par la symbolique nationale-socialiste autour du troisième Reich. (111-12)

Les partisans du communisme, du fascisme, ou d'autres types d'utopies socio-politiques peuvent être qualifiés de gnostiques séculiers. Leur eschatologie envisage la manifestation de la fin des temps au sein du cosmos immanent. Wolfgang Smith commente cette nouvelle tendance de gnosticisme:

En lieu et place d'une fin des temps qui transcenderait ontologiquement les limites de ce monde, le gnostique moderne imagine une fin au sein de l'histoire, c'est à dire une fin des temps qui est censée se réaliser au sein même du plan ontologique de l'univers sensible. (238; italique ajouté)

Dès lors, l'objectif ultime poursuivi par ces djihadistes néo-gnostiques fut l'immanentisation de la fin des temps. Voegelin poursuit:

La tentative de rendre immanent le sens de l'existence est en fait une tentative de mieux appréhender notre connaissance de la transcendance, en tout cas plus que ne le permet la cognitio dei, la connaissance de la foi. Et les expériences gnostiques permettent cette meilleure appréhension, dans la mesure où elles représentent une expansion de l'âme jusqu'au point où Dieu est ramené au plan de l'existence humaine. (124)

Cette immanentisation néo-gnostique a toujours eu pour effet de produire des formes totalitaires de gouvernement: «Le totalitarisme de notre temps doit être entendu comme l'accomplissement de la quête néo-gnostique d'une théologie civile» (Voegelin 163). Ceci est le résultat direct de l'immanentisme inhérent au néo-gnosticisme. Les néo-gnostiques ont interprété l'histoire comme une réalité tangible qui pouvait être catégorisée et observée par les sciences empiriques. En conséquence, leur vision de l'histoire et de la théologie avait de fortes accointances conceptuelles avec l'interprétation physiologique de la société par Saint-Simon, qui était totalitaire par essence. Tout comme Saint-Simon a étendu l'empirisme radical et la méthode scientifique baconienne au domaine de la gouvernance, les néo-gnostiques ont étendu ces concepts à l'histoire et à la théologie. Voegelin évoque cette extension, qui trouve son origine dans l'immanentisme de Joachim de Flore:

L'immanentisation de Joachim de Flore a soulevé un problème théorique qui n'apparaissait ni dans l'antiquité classique, ni dans le christianisme orthodoxe, et qui est le problème d'un eidos dans l'histoire... Il n'y a pas d'eidos dans l'histoire parce que la nature supérieure de l'eschatologie fait que celle-ci n'entre pas de le champ de la nature au sens philosophique et immanent du terme. Le problème d'un eidos dans l'histoire n'apparaît donc que lorsque l'accomplissement transcendantal chrétien est ramené au plan de l'immanence. Cette hypostase immanentiste de la fin des temps constitue cependant une erreur théorique. Les choses ne sont pas les choses, pas plus qu'elles n'ont d'essences, sur le simple fondement d'une déclaration arbitraire. Le cours de l'histoire dans son ensemble ne peut être l'objet d'une expérience; l'histoire n'a pas d'eidos, parce que le cours de l'histoire se prolonge dans le futur inconnu. Le sens de l'histoire est donc une illusion; et cet eidos illusoire est créé en traitant un symbole de la foi comme s'il s'agissait d'une proposition concernant un objet relevant de l'expérience immanente. (120)

En un sens, les sectes ufologiques et certaines franges de l'ufologie perpétuent cette tradition néo-gnostique de l'immanentisation. Certains ufologues soutiennent que Dieu est, par définition, un extra-terrestre. Cette assertion est partiellement vraie. Dieu se situe bien au-delà du royaume terrestre. Pourtant, plusieurs ufologues en concluent que Yahweh est un extra-terrestre, et que Jésus était son «cosmonaute». Bien entendu, il s'agit là d'une simplification grossièrement exagérée du terme «extra-terrestre». Les ufologues semblent ignorer l'étymologie du terme «extra-terrestre», dérivé du latin extrus, qui signifie «en dehors», et de terrestris, «la terre». En effet, Dieu est «en dehors de la Terre». Il est un esprit, et, en tant que tel, il se situe en dehors du plan ontologique de l'univers physique. Dans Jean 4:24, Jésus dit «Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité». Dans Hébreux 12:9, Paul identifie le Seigneur au «père des esprits». La seule occurrence où Dieu a eu une forme matérielle fut durant Son incarnation en tant que Jésus-Christ.

Les extra-terrestres sont toutefois des entités physiques. En prétendant que Yahweh est un extra-terrestre, les ufologues se rangent donc à la vision immanentiste du néo-gnosticisme, tout comme de nombreuses sectes ufologiques. Le mouvement raëlien en est un excellent exemple. D'après la théologie raëlienne, Elohim était en fait une race extra-terrestre responsable de la création de l'humanité. Des variantes de ce mythe de création scientifique, connu sous le vocable de panspermie, sont endémiques au sein des sectes ufologiques. Ce mythe est étrangement similaire à la légende de Sirius dans la franc-maçonnerie.

Certaines franges de la communauté ufologique ne se contentent pas de déplacer Dieu sur le plan ontologique de l'univers physique, elles envisagent également la fin des temps comme un élément de l'histoire elle-même. Leur fin des temps culmine avec l'établissement d'une société utopique, qui ne diffère pas beaucoup de celle présentée par Bacon dans sa Nouvelle Atlantide. Elles prétendent que la mise en place de cette utopie globale sera facilitée par l'apparition d'extra-terrestres, et par l'entrée de l'humanité dans la «communauté cosmique». L'expression socio-politique de cette utopie cosmique implique le plus souvent la dissolution des nations au sein d'un gouvernement mondial totalitaire de type socialiste. Le phénomène OVNI participe effectivement à ce projet. Vallée observe que «L'intensification de l'attention portée à l'activité OVNI promeut le concept de l'unification politique de cette planète» (218).

La science-fiction a déjà fourni le mythe fondateur de cette unification. Dans la nouvelle de SF Les enfants d'Icare, Arthur C. Clarke évoque une aide extra-terrestre pour la mise en place d'une gouvernance mondiale. Nommés les Suzerains (Overlords) par l'humanité, ces extra-terrestres précipitent la fin des états-nations souverains et la formation d'un gouvernement mondial unique. Un personnage nommé Stormgren, commentant la façon dont les Suzerains extra-terrestres ont affecté le système des états-nations, remarque que: «... Il ne sert à rien de s’accrocher au passé. Les états souverains étaient moribonds avant même l’arrivée des Suzerains qui n’ont fait que hâter leur mort. Personne ne peut plus sauver désormais cette notion d’état souverain – et personne ne devrait s’y essayer.» (45). Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres de ce que peuvent écrire les prosélytes de la programmation prédictive dans le domaine de la science-fiction.

Là encore, le mouvement raëlien fournit un excellent exemple. Dans Création intelligente: le message des créateurs, les contacts extra-terrestres supposés de l'athéiste français Raël poussent l'humanité à abolir les états-nations et à établir un gouvernement mondial:

« Vous devez également faire en sorte que toutes les nations de la Terre s'allient pour ne plus avoir qu'un seul gouvernement. … Ce qui vous permettra d'y arriver, c'est la création d'une monnaie mondiale et d'une langue unique. On ne parle plus l'auvergnat à Clermont-Ferrand, on ne parlera plus le français à Paris bientôt, ni l'anglais à Londres, ni l'allemand à Francfort. Vos scientifiques et vos spécialistes des langues doivent s'unir pour créer une langue nouvelle, inspirée de toutes et rendue obligatoire dans les écoles du monde entier comme deuxième langue. Pour la monnaie c'est la même chose: la valeur mondiale ne peut être ni le franc, ni le dollar, ni le yen, mais une nouvelle monnaie créée pour les besoins de la Terre toute entière sans léser un peuple qui se demanderait pourquoi on a choisi celle d'un autre pays plutôt que la sienne. Enfin le détonateur nécessaire à une telle union est la suppression du service militaire qui n'apprend que des choses servant l'agressivité aux jeunes hommes et la mise au service public des militaires de carrière. Cela doit intervenir dans tous les pays en même temps, gage de stabilité. »

Les documents MJ-12, qui portent la marque de la technocratie sociétale, ont été présentés pour la première fois au public par William Moore, Jaime Shandera, et Stanton T. Friedman (cf. Cooper). Friedman conclut tous ses discours par un appel à la gouvernance mondiale, qu'il ponctue d'une remarque légèrement ironique: «Qui parle au nom de la planète Terre... L'Argentine?». En ce sens, la communauté ufologique suit la tradition néo-gnostique des premiers utopistes socio-politiques. Il ne fait pas de doute que peu de membres de cette communauté sont au courant de la manipulation en cours. Néanmoins, ils servent malgré tout les ambitions socio-politiques utopiques de l'élite au pouvoir. Les aspirations globalisantes des élites représentent quant à elles un lien supplémentaire dans la chaîne qui remonte aux anciens cultes à mystères de la Mésopotamie. Qu'ils soient authentiques ou qu'il s'agisse d'un canular élaboré, les documents MJ-12 présentent la vision technocratique d'une fin des temps qu'ils tentent de rendre immanente.

 

Sources citées

  • Bainbridge, William Sims. Extrait de Science Fiction and Space Futures, publié par Eugene M. Emme. San Diego: American Astronautical Society, pages 187-201, 1982.

    • Social Construction from Within: Satan's Process, extraits de The Satanism Scare publié par James T. Richardson, Joel Best, and David G. Bromley, New York: Aldine de Gruyter, pages 297-310, 1991.

    • New Religions, Science and Secularization, extraits de Religion and the Social Order, 1993, Volume 3A, pages 277-292, 1993.

  • Bannister, Robert. Sociology and Scientism. London: North Carolina UP, 1987.

  • Cantril, Hadley. The Invasion From Mars: A Study in the Psychology of Panic. 1940. New York: Harper and Row, 1966.

  • Carr, E.H. Studies in Revolution. New York: Grossett and Dunlap, 1964.

  • Clarke, Arthur C. Childhood's End. New York: Ballantine Books, 1953.

  • Cooper, William. Majesty Twelve. Hour of the Time 1997.

  • Fischer, Frank. Technocracy and the Politics of Expertise. Newbury Park, California: Sage Publications, 1990.

  • Good, Timothy. Above Top Secret: The Worldwide UFO Cover-Up. New York: William Morrow, 1988.

  • Guthrie, Stan. Dick Staub on the Star Wars Myth. Christianity Today 17 May 2005.

  • Howard, Michael. The Occult Conspiracy: Secret Societies – Their Influence and Power in World History. Vermont: Destiny Books, 1989.

  • Howe, Linda Moulton. An Alien Harvest. 1989. Huntingdon Valley, PA: Linda Moulton Howe Productions, 1995.

  • Keith, Jim. Casebook on Alternative 3. Lilburn, GA: Illuminet Press, 1994.

    • Mind Control, World Control. 1997 Kempton, Illinois: Adventures Unlimited Press, 1998.

  • Lewin, Leonard, ed., The Report from Iron Mountain on the Possiblity and Desirability of Peace. New York: Dell Publishing, 1967.

  • Martin, Malachi. The Keys of this Blood: The Struggle for World Dominion Between Pope John Paul II, Mikhail Gorbachev, and the Capitalist West. New York: Simon & Schuster, 1990.

  • Pike, Albert. Morals and Dogma. 1871. Richmond, Virginia: L.H. Jenkins, Inc., 1942.

  • Quigley, Carroll. Tragedy and Hope: A History of the World in our Time. New York: Macmillan, 1966.

  • Raël. Création intelligente: le message des créateurs, tiré de Le message donné par les extra-terrestres [PDF].

  • Rose, Seraphim. Orthodoxy and the Religion of the Future. 1975. Platina, CA: Saint Herman of Alaska Brotherhood, 1996.

  • Roswell: Military Forces Acting in Great Secrecy.

  • Simpson, Christopher. Science of Coercicion. New York: Oxford UP, 1994.

  • Smith, Wolfgang. Theilhardism and the New Religion: A Thorough Analysis of the Teachings of Pierre Teilhard de Chardin. Illinois: TAN Books, 1988.

  • Tarpley, Webster Griffin and Anton Chaitkin. George Bush: The Unauthorized Biography. Washington, D.C.: Executive Intelligence Review, 1992.

  • Voegelin, Eric. The New Science of Politics: An Introduction. Chicago: University of Chicago Press, 1952.

  • Wagar, W. Warren. H.G. Welles and the World State. New Haven, CT.: Yale UP, 1961.

  • Wells, Herbert George. The Open Conspiracy: H.G. Wells on World Revolution. 1928. Westport, Connecticut: Praeger, 2002.

  • Vallée, Jacques. OVNI: la grande manipulation, éditions du Rocher, 1983 .



A propos des auteurs

Phillip D. Collins est l'auteur de The Hidden Face of Terrorism. Il a co-écrit l'ouvrage The Ascendancy of the Scientific Dictatorship, qui est disponible sur www.amazon.com. Phillip a également écrit des articles pour Paranoia Magazine, MKzine, News With Views, B.I.P.E.D.: The Official Website of Darwinian Dissent et Conspiracy Archive. Il a aussi donné de nombreuses interviews à des émissions de radio, dont A Closer Look, Peering Into Darkness, From the Grassy Knoll, Frankly Speaking, the ByteShow, et Sphinx Radio.

En 1999, Phillip a obtenu un Associate degree of Arts and Science. En 2006, il a obtenu un bachelor's degree avec les études libérales comme matière principale, et la philosophie comme matière secondaire. Durant les sept années de son cursus universitaire, Phillip a étudié la philosophie, la religion, les sciences politiques, la sémiotique, le journalisme, le théâtre, et la littérature classique. Il vient de finir la rédaction d'un recueil d'histoires courtes, de poésie et de prose intitulé Expansive Thoughts.

 

Paul D. Collins a étudié l'histoire cachée et les forces occultes de la politique internationale pendant environ onze années. En 1999, il a obtenu le diplôme Associate of Arts and Science. En 2006, il a obtenu un bachelor's degree avec les études libérales comme matière principale, et la science politique comme matière secondaire. Paul est l'auteur d'un autre ouvrage, titré The Hidden Face of Terrorism: The Dark Side of Social Engineering, From Antiquity to September 11. Publié en novembre 2002, le livre est disponible sur amazon.com. Il est disponible en e-book (ISBN 1-4033-6798-1) ou au format livre de poche (ISBN 1-4033-6799-X). Paul est également le co-auteur de The Ascendancy of the Scientific Dictatorship.

 

Lire la suite

➤ La secte des trolls de la sécurité nationale: Art Bell et Coast to Coast AM

21 Février 2015 , Rédigé par Triangle Publié dans #Alex Jones, #CIA, #Coast to Coast, #crop circles, #Eisenhower, #exorcisme, #extra-terrestres, #Hancock, #MI5, #Mitchell, #OVNI, #SRI

 Ndt : l'article original a été profondément remanié ce 29 mars, avec de nombreuses additions.

 

Télécharger l'article en pdf

 

Table:

 

Avant-propos

De nombreux éléments tendent à prouver que la CIA, la NSA et le Pentagone, dont les chefs sont tous membres de l'establishment civil, ont créé une communauté « alternative » constituée de sites d'informations, de forums, de groupes de sceptiques, d'activistes et d'auteurs radicaux, ainsi que d'un vaste réseau de trolls actifs sur Youtube, les forums et les sites web, chargés d'attaquer quiconque se positionne en faveur d'une théorie conspirationniste avec une pluie d'arguments sceptiques ou, à l'inverse, totalement irrationnels. Le réseau au coeur des théories du complot est la radio Coast to Coast AM (C2C AM), suivie de près par son allié Alex Jones. Cet article va tenter d'étayer et de prouver ces assertions.

 

Introduction: expériences personnelles avec la censure d'Alex Jones et de C2C AM

Il fut un temps où j'étais un auditeur passionné de Coast to Coast AM. Il m'en fallait toujours plus. Parfois, il m'arrivait d'écouter trois émissions d'affilée. Je mettais de côté tous mes préjugés, et j'écoutais à peu près tous les intervenants durant la période 2004-2005, prenant des notes et triant les informations reçues pendant l'écoute. Il ne m'a pas fallu longtemps pour me rendre compte que la « densité d'informations » donnée par les émissions est assez faible. Vous pouvez écouter des interviews sur Coast to Coast pendant 500 heures, et vous n'aurez pas appris grand-chose, principalement parce qu'il est impossible de distinguer la fiction des faits. On n'y apprend rien, si ce n'est quels sont les principaux thèmes traités par les médias « alternatifs », et qui sont les diverses autorités ou gourous sur ces thèmes.

 

Bien que je fusse principalement attiré par les émissions traitant des expériences extra-corporelles, de la réincarnation et du paranormal, j'ai immédiatement remarqué que la partie consacrée à la géopolitique et/ou aux conspirations était assez ténue. En 2005, je publiais les premiers articles sur la Pilgrims Society, le 1001 Club, Le Cercle et d'autres groupes, et je notais alors qu'aucune des informations sur lesquelles je tombais n'était abordée sur Coast to Coast AM. On n'y entendait que des spéculations sur les Illuminati, le Nouvel Ordre Mondial, ou la dénonciation occasionnelle du groupe Bilderberg. Aucune énigme n'était jamais élucidée, et aucun invité n'apportait jamais d'information nouvelle et inédite.

 

N'est-ce pas étrange ? On a là une émission qui attirait jusqu'à 15 millions d'auditeurs à la fin des années 90, et environ 3 millions de nos jours, mais qui semblait incapable d'inviter ne serait-ce qu'occasionnellement des journalistes, des chercheurs et des lanceurs d'alerte qui détiendraient des informations nouvelles et vérifiables. Il est vraiment étonnant qu'un média centré sur la recherche alternative comme l'est Coast to Coast n'ait jamais diffusé de documents inédits, ni n'ait jamais été à l'origine d'aucun scandale politique.

 

Ce n'est qu'à partir de mai 2006 que j'ai commencé à penser qu'il y avait anguille sous roche. Anne Finkbeiner était à l'antenne pour promouvoir son dernier livre : The Jasons : The Secret History of Science's Postwar Elite. Quelques jours avant son intervention, j'ai envoyé à Ian Punnett, l'un des animateurs remplaçants de la station, une liste de questions qu'il pourrait poser. En août 2005, j'avais achevé le premier article étudiant en profondeur le Jason Group, révélant pour la première fois l'identité de tous ses membres historiques, et détaillant la biographie des membres les plus importants. Ce n'était pas un article particulièrement extraordinaire, mais il a eu pour conséquence d'entraîner la mise sur écoute de mon téléphone, et la surveillance de mes emails et de mon courrier. Je reçus alors par mail un faux document du Jason Group sur la façon de protéger les centrales nucléaires américaines contre des attaques terroristes. Une semaine plus tard, ma boîte mail était entièrement vidée, y compris le mail en question, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant, et ne s'est jamais reproduit depuis.

 

Toujours est-il que j'ai expliqué toute l'affaire à Punnett, qui m'a répondu en me remerciant pour l'information. Combien de ces questions pensez-vous qu'a posées Punnett ? Eh bien... Aucune. En fait, il n'a posé aucune question sceptique ou provocatrice pendant la totalité de l'émission, pas même sur le thème central de la radio : les OVNI. Punnett s'est contenté de laisser Finkbeiner, qui avait eu accès à des membres du Jason Group, raconter l'histoire officielle du groupe sans jamais intervenir. C'était une émission assez étrange, et je me demandais alors pourquoi on avait invité quelqu'un comme Finkbeiner sans lui poser aucune question sceptique. Pendant toute une soirée, il semblait que l'émission avait mis de côté ses principes pour permettre la diffusion d'un exercice de propagande gouvernementale.

 

Par la suite, en novembre 2006, le site d'Alex Jones, Infowars, refusait de publier le dernier article d'ISGP. Ce fut un choc pour moi, car c'était l'article le plus documenté et le plus inédit que j'avais écrit jusqu'alors. Avec le recul, ce refus est aisément compréhensible. J'avais écrit sur Le Cercle, une branche du réseau ultra-conservateur du Pentagone (la CIA, quant à elle, joue sur tous les tableaux), qui est protégé par Alex Jones. L'American Security Council, la World Anti-Communist League, le Council for National Policy, la John Birch Society font partie de ce réseau.

 
Pendant de nombreuses années, j'ai essentiellement tenté d'apporter au public des informations nouvelles et inédites, en ignorant la censure exercée par les principales émissions conspirationnistes telles que Coast to Coast AM ou le Alex Jones Show. Mais à présent j'estime qu'il est nécessaire que les nouveaux venus sur les thématiques conspirationnistes et spirituelles comprennent à quel point le discours alternatif est contrôlé par le « National Security State ». Pour parvenir à ce contrôle, ce dernier a promu des centaines d'auteurs, soutenus par un réseau d'éditeurs, de sites internet, de forumeurs, de chaînes Youtube, de podcasts et d'émissions de radio. Coast to Coast AM est un élément de promotion incontournable pour un auteur qui souhaite publier un best-seller sur la spiritualité, les OVNI ou les extra-terrestres. Aucun autre média majeur n'inviterait un tel auteur. Pour ce qui est du conspirationnisme, c'est Alex Jones qui est incontournable. Là encore, quel média important inviterait un auteur conspirationniste ? CNN ? The Late Night Show ? Oprah Winfrey ? C'est peu probable. Des programmes tels que The Alex Jones Show, Coast to Coast AM, et le site internet pro-nazi Rense sont les gardiens du temple de la communauté conspirationniste. Votre travail doit recevoir leur approbation pour espérer atteindre un public conséquent.

 

Mais, comme cet article va le démontrer, ces programmes sont des éléments de ce qui pourrait s'apparenter à une secte. Toute sorte de gens étranges, avec des idées encore plus étranges, sont admis à l'antenne. Ils se soutiennent entre eux, se disputent entre eux, mais les profanes ne peuvent en aucun cas prendre part à la conversation. Mon article de 2007 sur Dutroux, qui a nécessité un an et demi de travail, est un cas d'école. Bien que j'aie déjà été publié, et malgré des preuves inédites qui montraient l'implication dans des réseaux pédophiles d'un ancien dirigeant du Bilderberg, ainsi que d'autres « globalistes » importants, et d'aristocrates fascisants soutenus par la CIA, cet article a été ignoré par TOUS les sites conspirationnistes sur internet. Inquiet pour ma propre sécurité, et en particulier d'avoir à faire face à des procès avant que l'information n'ait pu se propager, j'ai donné un « dessous de table » de 500$ à Alex Jones et Paul Joseph Watson pour qu'ils publient mon article sur la page d'accueil du site Prisonplanet/Infowars pendant deux jours. Instantanément, Rense et d'autres sites conspirationnistes se sont mis à publier l'article eux aussi, malgré une fâcheuse tendance à inclure le terme « Illuminati » dans leurs propres manchettes. A la suite de cet article, les portes se sont définitivement fermées. J'ai proposé 200$ pour la publication de mon article de 2008 sur la Pilgrims Society, qui apportait des informations inédites, et qui aurait dû, en théorie, être incroyablement intéressant pour n'importe qui allant d'Alex Jones ou Jeff Rense à la John Birch Society, mais personne n'en a voulu, mis à part Alex Jones qui l'a mis en encart publicitaire pendant une journée sur son site, ce qui n'a bien entendu eu aucune répercussion.

 

Des blogs qui évoquent superficiellement les Illuminati ou qui relaient des théories sur l'absence d'avion au Pentagone sont systématiquement mentionnés. Mais les enquêtes d'IGSP, bien qu'entièrement documentées, ne sont jamais évoquées ; il y a quelque chose qui cloche vraiment. Dans cet article, nous verrons en détail ce qui cloche exactement chez Coast to Coast AM, et, dans une moindre mesure, dans The Alex Jones Show.

Ci-contre:le colonel John Alexander ( le « Pingouin »), à gauche, avec Ron Pandolfi (le « Pelican »), deux des principaux manipulateurs des communautés OVNI et new age. En 2008, Pandolfi, un ancien membre du National Intelligence Council de la CIA, a organisé une réunion du JASON Group pour le compte du directeur du renseignement national. Comme Jack Sarfatti, un autre manipulateur du même type, l'a écrit : « [ceci] pourrait être utilisé pour de « l'espionnage » et pour casser des mots de passe quantiques cryptés. Je suis un « conseiller principal » informel du dr. Ronald Pandolfi, qui est membre du Science & Technology Directorate de la CIA et du programme MASINT [Measurement and Signature Intelligence]. En fait, j'étais l'invité de Pandolfi à une réunion du JASON en juin 2008, dans les locaux de General Atomics à La Jolla ».[57] Le colonel Alexander est un des principaux intervenants sur Coast to Coast AM, ainsi que Sarfatti et de nombreux associés de Pandolfi. Ceci explique peut-être pourquoi le JASON Group a choisi Coast to Coast AM comme plate-forme pour dévoiler son histoire officielle.

 

Des liens avec Bush, Blackwater et la CIA

Coast to Coast AM est contrôlé depuis 1998 par Clear Channel Communications [1], qui peut mettre un terme au programme à tout moment et le renvoyer au néant. Les fondateurs et propriétaires depuis des décennies de Clear Channel, Lowry Mays et Red McCombs [2], ont des liens étroits avec les milieux politiques texans.

 
Lowry est un contributeur majeur de la très select H.W. Bush Presidential Library Foundation, présidée par Brent Scowcroft, un proche d'Henry Kissinger. Quand l'encore plus select Scowcroft Institute of International Affairs s'est installé à la Bush School of Government and Public Service de l'université du Texas A&M à la fin 2007, Lowry venait juste de quitter son poste de doyen de l'université. Parmi les dirigeants du Scowcroft Institute, on trouve Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger, les anciens directeurs de la CIA John Deutch et Robert Gates, et l'amiral Bobby Ray Inman, ancien chef de la NSA et de l'ONI (Office of Naval Intelligence), et directeur-adjoint de la CIA. Lowry a été un contributeur important de la campagne présidentielle de George W. Bush.[3]

 

Quant à Red McCombs, il a, de concert avec son ami l'amiral Bobby Ray Inman et John Ashcroft, l'ancien ministre de la justice de Bush, pris le contrôle de la société militaire privée Blackwater USA en mars 2011. Auparavant, il avait été démontré que Blackwater était une officine de la CIA, qui travaillait conjointement avec le Joint Special Operations Command (JSOC) pour assassiner des terroristes au moyen-orient. Le JSOC et Blackwater étaient alors considérés comme les outils personnels du président Bush. Le fondateur et directeur de Blackwater Erik Prince a lui-même admis qu'il avait été recruté comme « agent de la CIA », ce qui était assez évident dès 2005 lorsque Cofer Black, le chef du contre-terrorisme à la CIA, a rejoint la compagnie en tant que vice-président, conjointement avec le chef des opérations de la CIA, le trafiquant de drogue et assassin mafieux Enrique Prado. Robert Richer, le sous-directeur adjoint des opérations à la CIA, qui fut accusé d'avoir participé à l'élaboration d'un lien fictif entre Saddam Hussein et le 11 septembre, a également intégré la compagnie. Le directeur général à la retraite de la CIA, Buzzy Krongard, qui aida Blackwater à obtenir ses premiers contrats majeurs en Afghanistan en 2002, intégra le comité consultatif de la SMP en 2007, mais dut démissionner presque immédiatement, car son frère au Département d'État était alors accusé d'avoir protégé Blackwater au cours d'une enquête menée par le ministère de la justice, portant sur un supposé trafic d'armes organisé par ses employés. Un autre personnage étonnant est le Chevalier de l'Ordre de Malte Joseph E. Schmitz. En tant qu'inspecteur général du Pentagone sous l'administration Bush de 2002 à 2005, il refusa d'enquêter sur Blackwater, puis intégra le groupe Prince, dont Blackwater est une filiale, en tant que chef du contentieux et que directeur des opérations. Tous ces aspects sont développés dans la deuxième partie des articles sur le 11 septembre par ISGP.[4]

 

On peut alors se demander ce qui a changé quand McCombs a remplacé Erik Prince en tant que président de Blackwater, avec le responsable de la CIA Bobby Ray Inman et l'ancien ministre de la justice de Bush à ses côtés. Bien que Blackwater ait changé son nom en Academi, son activité est la même, son siège est le même et les éléments qui la composent sont les mêmes. Les milieux politiques texans et la CIA y sont toujours aussi bien représentés. Il semble juste que McCombs ait été mis en place comme l'aurait été n'importe quel autre agent de la CIA. Si on considère qu'il a également été le fondateur de Clear Channel (la maison-mère de Coast to Coast AM), dans laquelle il s'est profondément impliqué jusqu'à 2007 au moins, on peut supposer que tout ceci pourrait constituer un problème pour les auditeurs de Coast to Coast AM. Tout ceci explique aussi sans doute pourquoi Art Bell, l'animateur-vedette de la chaîne, s'oppose si énergiquement à quiconque pense qu'il y a peut-être autre chose que la vérité officielle derrière le 11 septembre. Ou pourquoi, en général, on peut écouter cette radio pendant des années sans avoir appris quoi que ce soit de concret.

 

Il est vrai que la communauté pour la « vérité » sur le 11 septembre est encore pire qu'Art Bell. Et, lorsqu'on s'intéresse à George Noory, engagé par Clear Channel/Premiere Radio en 1998 en tant que second d'Art Bell, l'attitude inverse est également possible – pour autant que les animateurs s'en tiennent à des opinions extrêmes. Par exemple, voici une conversation en date du 13 mars 2013, aisément accessible sur Youtube, entre George Noory et Alex Jones (qui est basé au Texas) sur le Alex Jones Show :

 NOORY : que vous dit la logique, quand vous apprenez qu'ils vont acheter plus de 2000 tanks et qu'ils vont s'en servir ici aux Etats-Unis ?*** … Ils ont peur des américains. Je pense qu'ils ont peur de nous. … Même lorsque tout le monde est content, je suis persuadé que ce groupe de fanatiques du gouvernement mondial va créer un problème quelque part, juste pour attaquer et faire quelque chose. Vous connaissez mes positions sur le 11 septembre …

 JONES : il y a peut-être 10% d'informations politiques sur Coast to Coast [avec Art Bell]. Avec vous, il y en a environ 50%, d'après mes estimations. Et de l'information véritablement patriotique. Et ça, c'est énorme. Je me souviens que vous êtes le seul à vous être opposé au projet de loi sur le bioterrorisme et les épidémies sur une grande radio nationale. Je peux vraiment dire que votre émission a aidé à empêcher l'émasculation forcée du peuple américain. Je dois dire, George, que vous êtes un vrai mec. J'ai eu la chance de dîner avec vous, nous sommes sortis ensemble plusieurs fois, avec vous et Tom Danheiser, toute l'équipe, vous êtes tout simplement un vrai mec et j'admire ce que vous avez fait. Je suis un de vos fans.

 

*** ISGP : Noory raconte n'importe quoi sur ce point. C'est une manipulation concernant un vieux rapport précisant que 2717 véhicules MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) de l'armée allaient être améliorés. L'armée est devenue la Homeland Security, et les MRAP sont devenus des Strykers.

 

Au cours des dernières années, George Noory s'est révélé comme étant un membre enragé de la John Birch Society, et comme un allié proche d'Alex Jones. Jones est apparu en moyenne 7 fois par an sur Coast to Coast AM depuis sa première apparition en mars 2004. Après ses débuts sur la radio en 2010, Noory est aussi apparu occasionnellement sur le Alex Jones Show. Quand Jones fait référence à « l'information véritablement patriotique » de Noory, il parle des nombreux invités affiliés à la John Birch Society qui sont passés sur Coast to Coast AM au cours des années, sans parler des quelques extrémistes néo-conservateurs pro-israéliens.

 
Jones et Noory se sont mutuellement servis la soupe pendant des années, peut-être parce que Premiere Networks et Clear Channel ont exprimé leur intention de racheter le Alex Jones Show, mais peut être aussi parce que le 11 septembre a causé une telle augmentation de l'audience d'Alex Jones qu'il ne pouvait plus être ignoré. Tandis que Noory ouvrait l'antenne de Coast to Coast AM à des politiciens « patriotes », avec Alex Jones comme porte-parole, Jones a occasionnellement cherché à vendre la désinformation typique de Coast to Coast AM sur le sujet des OVNI à sa propre audience de chrétiens conservateurs, en l'enrobant de messages bibliques. En voici un très bon exemple en date du 16 octobre 2010, lorsque George Noory est intervenu pendant le « Money Marathon » d'Alex Jones :

NOORY : je voulais juste vous féliciter pour votre action patriotique. ...Au cours des dernières années, vous avez fait un super boulot sur Coast to Coast, en éclairant le monde sur les Illuminati. …

 JONES : Il se passe tellement de choses. On a même eu Lou Dobbs à l'antenne aujourd'hui. Il m'a envoyé un e-mail qui me disait : « j'apprécie ce que vous faites » … [il encense alors Glenn Beck, qui est également dans l'orbite de Clear Channel]

 NOORY : On a besoin de vous. Faites attention à vous. Et nous, nous ferons attention à vous. …

 JONES : Eh bien, George Noory, j'aimerais vous avoir dans mon émission de radio officielle de 11h à 2h à propos de toutes ces histoires d'OVNI. … Il ne fait aucun doute qu'il se passe des trucs. Il ne fait aucun doute qu'Ézéchiel et d'autres livres de la bible, comme la Genèse, parle de... littéralement de vaisseaux géants avec du feu qui sort, et de types qui portent des casques bleus et qui donnent des trucs aux gens, d'ingénierie génétique, et Noé, et tout le reste, et d'avoir le projet Blue Beam, et je veux que vous finissiez là-dessus...

 

Fascinant, n'est-ce pas ? Quelques secondes d'une conversation à demi cohérente font émerger une demi-douzaine d'éléments de désinformation : les Illuminati, des vaisseaux spatiaux bibliques, des extra-terrestres avec des « casques bleus », l'ingénierie génétique, et le « projet Blue Beam ». Une combinaison intéressante n'est-ce pas ? La spiritualité new age habituelle de Coast to Coast AM, mélangée avec des discussions de politique étrangère orientées à la droite du parti républicain, et conservatrices-chrétiennes ? Qui aurait cru cela possible ?

 
Pour ceux qui se demandent encore si Alex Jones est un agent indépendant ou non, souvenez-vous qu'il interdit toute discussion sur les ONG et les groupes de réflexion conservateurs. Quelques paroles de Jones tirées de son propre Alex Jones Show du 31 août 2010 :

« Il y a une théorie conspirationniste gauchiste financée par le CFR [Council on Foreign Relations] qui dit qu'un groupe appelé CNP [Council for National Policy] dirige tout dans l'ombre [expression ennuyée]. C'est une diversion complète, et on en reparlera chez les dingos. »

 
Le 1er juillet 2011, à la suite d'un entretien avec une invitée qui, bien que tout aussi droitière que le CNP, était tout de même frustrée par ce qui lui semblait être un excès d'intransigeance politique de sa part, Jones déclara:

« Elle a parlé du, euh, [se concentre intensément] CNP, sur lequel je n'ai pas fait beaucoup de recherches. J'en ai fait un peu, parce que des gens m'ont interrogé là-dessus. Il semble que ce sont les frères Hunt qui l'ont créé et tout ça. Elle disait que ce n'était pas une vraie organisation, ou que ce n'était pas un groupe conservateur qui essaie de rendre l'Amérique aux américains, ou qu'ils ne combattent pas le Nouvel Ordre Mondial, comme ils le prétendent. [ISGP: ceci est une manipulation. Tous les membres du CNP s'opposent à ce que Jones appelle le Nouvel Ordre Mondial « gauchiste », ce qui explique pourquoi Jones reçoit leur soutien] … Le CNP est-il entièrement mauvais? Il y a aussi beaucoup de gens qui ont été au CNP, comme Paul Craig Roberts – c'est quelqu'un de mature, éduqué. Je lui ai parlé du CNP, et il m'a dit qu'en gros il était totalement inefficace »

 

Par la suite, Jones admet petit à petit que les néo-conservateurs pourraient peut-être contrôler le CNP, ce qui est là aussi une manipulation bien pratique, puisque Jones est un néo-conservateur pur et dur. Les membres du CNP sont des extrémistes religieux très à droite, qui se situent sur la ligne du (autrefois) très puissant American Security Council. Le colonel Oliver North, de l'affaire Iran-Contra, était, de notoriété publique, un membre du CNP et de l'American Security Council. La mère d'Erik Prince, le fondateur de Blackwater, est également très impliquée dans le CNP. Des membres du CNP tels que Stanley Monteith ont été invités à la fois sur le Alex Jones Show et sur Coast to Coast AM. Il y a plusieurs années, alors que j'étais encore un débutant sur ces sujets, j'ai naïvement demandé à Monteith pourquoi il avait participé à des réunions du CNP. Sa réponse a été : « pour contrer leur propagande ». Évidemment, je suis un peu plus au courant à présent, mais il est significatif de voir à quel point Monteith voulait désespérément se distancier du CNP.

 

D'autres membres affiliés au CNP et à la John Birch Society ont été invités sur les ondes de Coast to Coast AM. Parmi eux on trouve G. Edward Griffin, Charles R. Smith, Jerome Corsi, Jeffrey NyQuist, Joel Skousen, le père Nicholas Gruner et William Jasper. Bien entendu, Alex Jones a reçu encore plus d'invités de ce type sur son émission.

 

On peut ensuite passer à Mark Lane, un important chercheur sur JFK et invité régulièrement sur Coast to Coast AM. Mark Lane était profondément impliqué dans le très droitier (i.e. nazi) Liberty Lobby qui plaisait tant à la clique du général Douglas MacArthur dans les années 50 et 60. En 1978, Lane a été évacué du site de la secte de Jonestown, en même temps que l'agent de la CIA Richard Dwyer, ce juste avant le début du suicide (ou meurtre) de masse. Lane est peut-être un chercheur populaire sur JFK, mais il n'a jamais été un acteur indépendant.

 

 

Catholiques opusiens et faux démonologues

Le père Malachi Martin, en plus d'être un membre de la John Birch Society, était un invité récurrent sur Coast to Coast AM de 1996 jusqu'à sa mort en 1999. Il prétendait être un des exorcistes principaux du Vatican. Cette assertion ne semble pas reposer sur quoi que ce soit de concret, et il suffit d'écouter Martin dénoncer le « Nouvel Ordre Mondial », et des fondations importantes comme Carnegie, Rockefeller, Ford ou Mellon pour comprendre à quel bord il appartient. En tant que soutien de l'Opus Dei et des Chevaliers de l'Ordre de Malte, il s'est opposé à l'avortement, à l'utilisation de contraceptifs, à l'homosexualité, et a même accusé les forces libérales d'avoir favorisé la « pédophilie satanique » au sein de l'Église. C'est amusant, car pour ma part c'est l'Opus Dei que j'accuse sur cette question. Martin a été un agent de renseignement des jésuites, mais a démissionné après que ce groupe soit devenu trop « libéral » au début des années 60. Après son départ des jésuites en 1965 et son arrivée à New York, le pape Paul VI lui a donné pouvoir pour représenter l'Église dans les médias. Que ce soit à l'antenne ou dans ses livres, il prétendait être toujours en contact avec Jean-Paul II (1978-2005), le pape opusien, ce qui faisait de lui un représentant plus ou moins officiel du Vatican. Lorsqu'on sait qu'il a été l'éditeur religieux de la conservatrice National Review, fondée par l'ancien officier de la CIA et membre du Skulls and Bones William Buckley, on comprend mieux pourquoi il a pu être considéré comme un invité acceptable sur Coast to Coast AM.

 

Il semble que Malachi Martin ait été l'un des principaux propagateurs de la rumeur qui prétend que les jésuites sont devenus la branche libérale du Vatican. Toutefois, ceci n'est dû qu'aux liens qu'entretient Martin avec l'Opus Dei [5], et pourrait ne faire référence qu'à une faction interne à la Compagnie de Jésus. De puissantes familles catholiques, en particulier les Brenninkmeyers, ont des membres parmi, et font des donations, aux jésuites, à l'Opus Dei, aux Chevaliers de l'Ordre de Malte et même à une organisation appelée l'Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.[6]


Après le décès de Martin en 1999, certains de ses partenaires catholiques prirent le relai. En 2003, l'émission parvint à enrôler le père Nicholas Gruner. Bien qu'il fût plus intéressé par les « secrets » de Fatima – que Martin évoquait également - que par l'exorcisme, Gruner continua le combat contre le « Nouvel Ordre Mondial » et sa « religion mondiale » new age. Gruner a fait une apparition dans au moins un film de la John Birch Society.

 

D'autres anciens partenaires de Martin évoquaient les sujets plus énigmatiques de la possession démoniaque et de l'exorcisme, sujets exclusivement réservés aux catholiques, en tout cas sur Coast to Coast AM. Le père Rama Coomaraswamy, invité en 2006, prétendit que Martin, peu avant sa mort, lui avait dit qu' « il avait été projeté au sol par un « démon » et que c'était ce qui avait causé sa blessure (Martin se remit temporairement, puis tomba dans un coma fatal) ». Le père Andrew Wingate fit sa première apparition dans l'émission le 8 janvier 2003. Durant cette première intervention, il expliqua avoir « pratiqué de nombreux exorcismes, et même en collaboration avec le père Malachi Martin en une occasion au cours de laquelle ... nous avons travaillé sur 15 personnes possédées simultanément ». Toujours au cours de cette émission, il fit quelques prédictions apocalyptiques qui auraient fait rougir Ed Dames lui-même:

« Le père Wingate nous a parlé de ses visions prophétiques, dont il dit qu'elles lui viennent lorsqu'il « parle au paradis », et qu'il entend une voix dans sa tête. … Il prévoit qu'une chose horrible va survenir au cours des 90 prochains jours, bien qu'il ne puisse spécifier à quel endroit. Il a lié l'événement à une attaque nucléaire et a prédit des destructions épouvantables.

Et ce n'est qu'un début. Au cours des deux années suivantes, les Etats-Unis seront envahis par les Nations Unies après que l'Amérique ait coulé un de ses propres navires de guerre, d'après Wingate. Il y aura alors un séisme de magnitude 9 à Kansas City qui durera presque une heure («la ville sera virtuellement détruite par le feu» selon Wingate). Pour finir, il y aura six jours d'obscurité post-apocalyptique suivis par quarante années durant lesquels les cieux seront couleur de cendre. …

Wingate a ajouté: "j'ai 17 frères et sœurs qui sont profondément convaincus que je suis fou" »

 

Les Nations Unies qui envahissent les Etats-Unis? Il semblerait que nous ayons à nouveau affaire à un membre de la John Birch Society. Bien qu'aucune des prédictions de Wingate ne se soit jamais réalisée, il a été réinvité à plusieurs reprises sur Coast to Coast AM, et l'est encore de nos jours.

 

D'autres partenaires catholiques de Martin se présentaient comme ses collègues exorcistes, comme Ralph Sarchie et John Zaffis. Ce dernier est particulièrement intéressant, car son oncle et sa tante étaient les enquêteurs paranormaux les plus connus en Amérique : Ed et Lorraine Warren.

 

Ce couple a enquêté et écrit des livres sur des cas célèbres tels que « Amityville:la maison du diable » et « A haunting in Connecticut ». Quiconque a déjà vu l'émission « A Haunting » sur Discovery Channel, reconnaîtra ces affaires assez rapidement. Elles ont tendance à être très extrêmes, avec de l'eau bénite, des croix et des prêtres catholiques comme première ligne de défense, et souvent des prières de groupe pour régler définitivement le problème. Et, bien entendu, chaque exorcisme requiert la permission expresse du Vatican. La propagande semble assez évidente : l'Église catholique est à la pointe du combat contre toutes les forces démoniaques du monde.

 
Mais, comme il est fréquent avec tous ceux qui ont un lien avec Coast to Coast, les Warren sont des escrocs notoires. Si leurs propos sur des « démons loup-garous » ne suffisaient pas à soulever le scepticisme, les cas « Amityville: la maison du diable » et  « A Haunting in Connecticut » sont très largement dénoncés comme des canulars élaborés et lucratifs. Ce qu'écrit un auteur impliqué dans le cas du Connecticut est éloquent:

« Lorsque j'ai découvert que les Snedeker [de A Haunting in Connecticut] étaient incapables de donner des témoignages concordants, je suis allé voir Ed Warren et je lui ai expliqué le problème. Il m'a dit : "ils sont cinglés. Tous ceux qui viennent nous voir sont cinglés, et c'est pour ça qu'ils viennent nous voir. Servez-vous de ce que vous pouvez, et inventez le reste. Vous écrivez des livres d'horreur, pas vrai ? Eh bien, faites travailler votre imagination et débrouillez-vous pour faire peur. On vous a engagé pour ça." »...

 « Leur fils, qui était au centre de toute l'affaire, était introuvable. Je ne l'ai jamais rencontré. J'ai été autorisé à lui parler brièvement au téléphone, mais dès qu'il a commencé à me dire que les choses qu'il avait "vues" dans la maison avaient disparu après le début de son traitement médical, Carmen [Snedeker] a brutalement mis fin à la conversation.»...

« Il semble que tous les habitants du quartier savaient qu'il s'agissait d'un ancien funérarium, ce n'était pas un secret. J'appris que les événements "surnaturels" n' apparurent qu'après que le propriétaire, excédé de ne plus recevoir le paiement de ses loyers par les Snedeker, avait entamé une procédure d'expulsion. Tout à coup, la maison fut infestée de démons.» [7]

 Évidemment, des raisons mystérieuses font que des cas de ce genre sont toujours très largement relayés par les médias : articles de journaux, livres, films, documentaires, émissions de radio comme Coast to Coast AM, et, bien entendu, une opposition au long cours par des sceptiques professionnels. Il ne s'agit pas de dire que ces sujets doivent être ignorés. Le problème est que les « témoins » et les « experts » mis en avant par les médias ne sont pas vraiment là pour apporter des réponses honnêtes.

 

Le Vatican a-t-il eu une quelconque influence sur Coast to Coast AM ? C'est peu probable. Les invités ayant des liens avec le Vatican sont peu nombreux, et le sujet de la démonologie est simplement une des nombreuses arnaques mises en avant par la radio. Là encore, ayant été sous ayahuasca pendant près de 200 heures, je ne peux pas dire que les démons n'existent pas, mais la façon dont ce sujet est abordé est totalement biaisée.

 

 

Le colonel John Alexander et ses amis de l'Opus Dei

Bien que l'influence du Vatican sur Coast to Coast AM soit faible, voire nulle, il ne faut pas oublier que la famille Bush était très proche des Chevaliers de l'Ordre de Malte à travers Americares, une organisation impliquée dans des affaires de maltraitance sur enfants. Le général Richard Stilwell [8], qui siégeait au conseil d'administration d'Americares aux côtés de personnages comme Zbigniew Brzezinski et Colin Powell, contribua à placer le colonel John Alexander, sous l'autorité du général Albert Stubblebine à l'INSCOM (renseignement militaire US) au début des années 80.[9]
 
À partir de janvier 1997, le colonel Alexander devint un élément central et très influent sur Coast to Coast AM, en grande partie à cause de son expérience à l'INSCOM, où il était en charge des recherches sur les phénomènes psi et la vision à distance. De plus, des invités affiliés à, et financés par le prince Hans Adam II von Liechtenstein, un proche de l'Opus Dei [10] et parent de Otto von Habsburg [11], ont été invités sur Coast to Coast AM, en particulier le chercheur Budd Hopkins, spécialisé dans les abductions extra-terrestres, dont la Intruders Foundation et d'autres projets du même type semblent avoir été financés par Hans Adam et Robert Bigelow.[12] On ne s'étonnera pas d'apprendre que le colonel John Alexander et le général Albert Stubblebine entretenaient des liens amicaux avec Hans Adam dès le début des années 90, ce bien avant qu'aucun d'entre eux n'ait été invité sur les ondes de Coast to Coast AM.[13]
 
Une vidéo sur Youtube nous montre une conversation entre Budd Hopkins et le colonel Philip Corso, l'individu extrêmement douteux qui prétend avoir exploité la technologie extra-terrestre de Roswell (et qui a fait une apparition en 1997 sur Coast to Coast AM en compagnie du colonel Alexander). Cette conversation semble tout à fait normale, avec un Hopkins qui paraît sincèrement tenter d'obtenir des réponses détaillées – qu'il n'a bien entendu pas obtenues. Problème : ce sont deux menteurs patentés, et ils le savent parfaitement. La femme d'Hopkins, Carol Rainey, a filmé son mari parlant de sa fameuse enquête sur Javier de Cuellar, et acceptant sans sourciller des preuves manifestement tirées par les cheveux. Il défendait toutes les fausses preuves auprès de sa femme, comme quelqu'un qui y croyait réellement, tout en ignorant les objections de celle-ci.[14] Hopkins, comme de nombreux autres éminents chercheurs associés à Coast to Coast AM, joue un rôle en permanence. C'est un spectacle extrêmement étrange à observer.

Ci-dessus: le Colonel John B. Alexander, membre prééminent de l'Association of Former Intelligence Officers (AFIO) et superstar de la « secte » de Coast to Coast AM, avec :

  1. Le général Richard Stilwell, vétéran de la CIA, ancien président de l'AFIO, membre du conseil d'administration d'Americares, organisation liée aux Chevaliers de l'Odre de Malte et à la maltraitance d'enfants, membre de l'American Security Council, membre du tout aussi fasciste et compromis dans la maltraitance d'enfants Le Cercle, dirigé par la clique de l'opusien Otto von Habsburg ; (Stilwell a muté Alexander à l'INSCOM sous l'autorité du général Stubbelbine).

  2. Hans Adam II von Liechtenstein, principal financier de l'Opus Dei, et sans doute le financier principal des aspects les plus négatifs du phénomène des abductions extra-terrestres.

  3. Le scientologue Hal Puthoff, collègue d'Edgar Mitchell à SRI International, contrôlé par Bechtel.

  4. La femme de C.B. Scott Jones, un employé de longue date de Laurance Rockefeller et d'Hans Adam impliqué dans le financement de théories sur les OVNI, les abductions extra-terrestres et le new age.

  5. Le vétéran de la CIA, le général John Singlaub, ancien président de l'American Security Council, de la ligue anticommuniste mondiale, et par la suite de l'OSS Society – toutes connues pour leur implication dans des activités comprenant les escadrons de la mort, le trafic de drogue, le terrorisme, les coups d'état et le chantage à la pédophilie.

  6. Le colonel Aquino, membre de l'AFIO, ancien conseiller de l'American Security Council sur le sujet des sectes, accusé de diriger un réseau sadique de maltraitance infantile.

  7. Le général Jack Sheehan, accusé par Kay Griggs, un proche de la clique de David Rockefeller, d'être impliqué dans un réseau de perversion sexuelle.

  8. Le général 4 étoiles Carl Stiner, également accusé par Kay Griggs et soupçonné de participer à des opérations secrètes incluant l'assassinat et le terrorisme.

  9. Edward Teller, l'inventeur de la bombe H, et un extrémiste de l'American Security Council.

  10. William Perry, l'un des oligarques les plus connectés de la planète, ayant des liens profonds avec les programmes secrets de technologie avancée.

  11. Le colonel Philip Corso, un membre loyal de l'équipe ultra-fasciste du général MacArthur, ayant des liens avec la Société du Dragon Noir, la secte Moon, et les réseaux pédophiles de l'Opus Dei. Corso a aussi travaillé pour Nelson Rockefeller.

 Toutes les relations de ces personnages peuvent être trouvées dans l'index supranational et l'index des institutions. Les expériences d'IGSP avec les informations données par Kay Griggs peuvent être trouvées ici.

 

C'est à peu près tout ce qu'il y a à dire sur les liens entre le Vatican et Coast to Coast AM. Ils semblent se limiter à la promotion de l'Église catholique comme seul rempart contre les forces démoniaques en ce bas-monde, et aux histoires d'enlèvements par des extra-terrestres.

 


Des néo-conservateurs soutenus par la mafia russe

L'influence néo-conservatrice sur Coast to Coast AM est légèrement plus importante que celle des exorcistes pro-Vatican. Les films d'horreur néo-conservateurs sur des attaques terroristes imminentes aux Etats-Unis semblent clouer le public sur son siège. Prenons Frank Gaffney, qui fut apparemment invité à la mi-2007, ou au moins programmé comme un invité potentiel. Gaffney est le fondateur de l'influent Center for Security Policy et comme le montrent l'index supranational et l'index des institutions d'ISGP, Gaffney fait partie de l'élite de l'élite. Il est extrêmement étrange qu'un tel homme puisse apparaître dans une émission radio consacrée aux OVNI et aux thématiques spirituelles. À en juger par les liens sur sa page personnelle sur Coast to Coast AM, il semble que Gaffney souhaitait promouvoir un de ses films anti-islam, avec pour objectif le bombardement de l'Iran.[15]

 

Il semble toutefois que le très-populaire Jerome Corsi soit l'atout principal des néo-conservateurs et de la John Birch Society pour attaquer le parti démocrate et les républicains libéraux affiliés à Rockefeller. Lorsqu'on jette un œil aux productions littéraires de Corsi, on est abasourdi en voyant une personne de ce genre sur une radio comme Coast to Coast AM:

  • Unfit For Command : Swift Boat Veterans Speak Out Against John Kerry (2004)
  • Atomic Iran : How the Terrorist Regime Bought the Bomb and American Politicians (2006)
  • Summary of The Obama Nation : Leftist Politics and the Cult of Personality (2010)
  • Where's the Birth Certificate ? : The Case that Barack Obama is not Eligible to be President (2011)
  • How Obama Can Be Defeated in 2012 (2011)
  • Saul Alinsky : The Evil Genius Behind Obama (2012)
  • President Obama's Plan To Bankrupt the USA (2012)
  • What Went Wrong ? : The Inside Story of the GOP Debacle of 2012 (2013)
  • Bad Samaritans : The ACLU's Relentless Campaign to Erase Faith from the Public Square (2013)

 

Ce qui est tout aussi étrange, c'est que Corsi a produit un certain nombre d'autres livres, en plus de ceux-ci, principalement sur des sujets bidons comme le pétrole abiotique et le linceul de Turin. En 2013, il a également publié un livre sur l'assassinat de Kennedy. Question : qui peut écrire trois livres par an sur différents sujets et avoir le temps de faire un minimum de recherches ? Il est certain que le nombre considérable de livres qu'il écrit est un facteur important pour expliquer sa présence sur Coast to Coast AM un mois sur deux. Il est l'instrument idéal pour taper sur les politiciens libéraux, il convient parfaitement aux auditeurs de Coast to Coast AM, et correspond en tout cas à ce que les propriétaires de Clear Channel souhaitent avoir à l'antenne.

 
D'autres néo-conservateurs font des apparitions occasionnelles pour motiver les américains au sujet de la guerre contre le terrorisme. Comme le colonel David Hunt, un analyste militaire sur Fox News qui fut invité le 22 avril 2013 pour faire la promotion de son best-seller Terror Red, dans lequel il met en garde contre le terrorisme islamiste d'état. Sans avoir lu le livre, on peut se douter que le « Red » du titre est un clin d'oeil au défunt KGB. Ironiquement, son intervention ce soir-là sur Coast to Coast AM a été suivie par celle de Len Kasten, qui a « parlé du programme secret d'échange entre le gouvernement et les ET de la planète Serpo [et la façon dont] les Ebens se sont servis d'un membre [américain] décédé de ce programme pour créer une créature hybride... » On peut juste se demander qui était le moins manipulateur sur la radio ce soir-là. A propos, on peut faire remonter le Projet Serpo à l'officier du contre-espionnage de l'US Air Force Richard Doty, qui a manipulé la communauté ufologique depuis le début des années 80, en commençant avec l'affaire Roswell.

 

Robert Spencer et John Loftus sont d'autres néo-conservateurs – des sionistes extrémistes, plus exactement – qui ont été invités sur Coast to Coast AM. Spencer dirige l'officine anti-musulmane Jihad Watch et est membre du comité consultatif de l'Intelligence Summit. Ceux qui iront sur le site web de l'Intelligence Summit n'en croiront pas leurs yeux. La page d'accueil est remplie de gros titres comme « le djihad tue des chiens », « cannibalisme musulman », « les gangs islamistes », « on tue des chrétiens », et « le coup d'état nazi ukrainien ». Tout ceci est mélangé avec des théories conspirationnistes sur « les Illuminati », « la FED », « le CFR », « le club de Rome », « le Comité des 300 », « l'empire romain du pape », « les Chevaliers de Malte », « l'espion jésuite » et le « pape jésuite ».[16] De nombreux articles identifient le pape à Satan lui-même. On y trouve de jolies images comme celle-ci:

Capture d'écran du site Intelligence Summit : « la boutique du pape jésuite François, ex-videur de bar-communiste-fasciste-humaniste-luciférien-sataniste-maçon-islamiste ». On peut se demander ce qu'il peut bien se passer sur ce site. Et qui est derrière l'auteur Eric Jon Phelps.

 

Étonnamment, Intelligence Summit n'est pas du tout un site tenu par des agités du bocal. Le fondateur et président du site est John Loftus, un sioniste radical qui fut invité sur Coast to Coast AM le 18 août 2005 et le 17 novembre 2012. Loftus est principalement loué pour son travail démontrant le financement des régimes fascistes par les banquiers de Wall Street avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Mais Loftus est également lié aux cercles de renseignement sionistes et israéliens les plus fermés. Les anciens directeurs de la CIA James Woosley et Jon Deutch siégeaient au conseil d'administration de son Intelligence Summit jusqu'en 2006, moment où les liens évidents liant le financier historique du site, l'oligarque russe pro-sioniste Michael Cherney, à la mafia russe ont été rendus publics. Woolsey et Deutch étaient forcément au courant de ces liens, puisque Cherney a, depuis la fin des années 90, constamment et de manière convaincante, été accusé d'entretenir des liens avec la puissante mafia russo-sioniste Solntsevskaya et ses alliés. Parmi ces alliés, on trouve le partenaire principal des Rothschild en Russie, Oleg Deripaska, ainsi que l'état israélien, qui a empêché une tentative d'assassinat contre Cherney commanditée par le KGB/FSB en 1995.[17] En 2003, Cherney a également fondé le Jerusalem Summit, qui a sponsorisé au moins deux rencontres entre des officiels israéliens et des néo-conservateurs américains. À la première rencontre de 2003, Richard Perle et Frank Gaffney, de Coast to Coast AM, étaient présents, ainsi qu'Ehud Olmert et Benyamin Netanyahu.[18] On a donc deux invités de Coast to Coast AM qui ont des liens établis avec Michael Cherney : John Loftus et Frank Gaffney. En fait, inviter un de ces personnages revient à ouvrir l'antenne à la propagande de la CIA, du MI6, du Mossad, des oligarques russo-sionistes, et de la mafia russo-sioniste Solntsevskaya, tout à la fois. C'est fou.

 
Dans son livre The Secret War Against the Jews, Loftus prétend que Reuven Shiloah, le fondateur du Mossad, et d'autres leaders sionistes ont fait chanter Nelson Rockefeller pour qu'il se serve de son influence politique pour aider à l'établissement de l'état d'Israël en 1948.[19] Que ce soit vrai ou non, ceci pourrait expliquer pourquoi les juifs sont passés de l'annihilation virtuelle en 1945, à la création de leur propre état en 1948, jusqu'à exercer une influence incroyablement puissante aux USA de nos jours. Ceci alors que l'occident a toujours préféré entretenir de bonnes relations avec les arabes, parce qu'ils contrôlent le pétrole.

 

 

L'ancien directeur de la CIA James Woolsey

À présent, il faut absolument mentionner les relations entre Coast to Coast AM et l'ancien directeur de la CIA James Woolsey. Classé numéro 2 dans l'index Supranational d'IGSP, juste derrière le plus libéral Henry Kissinger, il a été profondément impliqué dans des dizaines de groupes néo-conservateurs, dont le Center for Security Policy et Intelligence Summit. Au-delà de ses relations avec les néo-conservateurs, Woolsey a entretenu des liens étroits et anciens avec l'industrie de la défense; il a siégé dans de nombreux comités plus ou moins connus du Pentagone, a toujours été présent au comité exécutif du Chief of Naval Operations depuis 1980, a été en contacts avancés, dans le groupe de réflexion CSIS, avec Kissinger, Brzezinski, Edmond de Rothschild et d'autres membres influents de l'establishment libéral, depuis le début des années 80. Il est bien mieux introduit que n'importe quel autre leader néo-conservateur. Et certaines de ses relations sont assez étranges.

 

Il semble que Woolsey soit proche de nombreux invités de Coast to Coast AM. Les liens les plus évidents sont ceux qu'il entretient avec le gourou des OVNI Joe Firmage, Catherine Austin Fitts, la lanceuse d'alerte sur le sujet des milliers de milliards manquants du Pentagone, et Joe Petersen. Tous ces gens, y compris Woosley, ont été membres du directoire de l'Arlington Institute, un groupe de réflexion peu connu et hétérodoxe.[20]

 

L'opulent Firmage est apparu trois fois sur Coast to Coast en 1999. À l'époque, il faisait la promotion de son « Projet Kairos », un e-book qui prétendait que les extra-terrestres avaient occasionnellement stimulé les avancées technologiques humaines, la dernière occurrence étant le crash de Roswell en 1947. Des indices montrent que son argent a servi à financer les recherches de Robert et Ryan Wood sur les 12 documents Majestic (MJ-12), en liaison avec le crash de Roswell, dont la liste et l'analyse est visible sur le site majesticdocuments.com.[21] Robert et Ryan Wood ont fait leur première apparition sur Coast to Coast AM en 1998. Depuis 2002, ils ont été invités une douzaine de fois, le plus souvent séparément. Robert Wood a été un employé de McDonnell Douglas, lié à Laurance Rockefeller, et l'un des financiers des «séances de torsion de cuillères» du colonel John Alexander au début des années 1980.[22] Il est évident que leurs recherches sur les MJ-12 sont fantaisistes, ainsi que leur propre collègue, Stanton Friedman, l'a confirmé a de nombreuses reprises. On peut citer ce cas d'un rapport annuel de Majestic 12 de 1952, auquel ils donnent 4 étoiles sur 5 en termes d'authenticité, alors que ce rapport évoque un «retro-virus» qui aurait été extrait des extra-terrestres de Roswell. Le concept de retro-virus n'a commencé à être compris qu'à la fin des années 70, quelques années avant le début de l'épidémie causée par le premier retro-virus réellement mortel (pour les humains): le SIDA/HIV. Le terme retro-virus n'a été utilisé dans les médias qu'après que le HIV ait été identifié comme tel: il suffit, pour s'en convaincre de consulter quelques archives de journaux. Bien entendu, le début des années 80 fut aussi la période qui a vu les premières fuites sur les rapports MJ-12, et cette « coïncidence » aurait vraiment été excitante, particulièrement à un moment où on s'inquiétait du fait que le HIV aurait pu exterminer une grande partie de la population mondiale.

 

Catherine Austin Fitts, dont on sait qu'elle a participé à une réunion du conseil d'administration de l'Arlington Institute, en présence de Woolsey et Firmage, a été invitée pour la première fois sur Coast to Coast AM en 2005, dans le cadre des rapports dénonçant la disparition d'énormes montants d'argent des comptes du Pentagone. Lors de la crise économique de 2008, elle devint l'experte économique attitrée de Coast to Coast AM, apparaissant à l'antenne une demi-douzaine de fois par an, et environ trois fois par an de nos jours. Dès 1999, elle collaborait avec Michael Ruppert, de From the Wilderness, pour lever le voile sur l'implication de la CIA dans le trafic de drogue. Personnellement, j'ai toujours pensé que les idées de Ruppert sur le peak oil et les énergies alternatives étaient très proches de celles de James Woosley, mais j'ai malgré tout été extrêmement surpris lorsque j'ai entendu Ruppert parler lui-même de cette connexion au cours d'une de ses nombreuses allocutions (je ne peux malheureusement pas me rappeler laquelle exactement). J'imagine qu'il ne s'agit là que d'une coïncidence de plus.

 

Fitts est un choix intéressant pour évoquer le sujet des finances du Pentagone et du trafic de drogue de la CIA, sachant que quelques années auparavant, elle participait à des réunions avec James Woolsey, un homme du sérail au Pentagone et un ancien directeur de la CIA. Elle prétend avoir eu des doutes au sujet des finances gouvernementales alors qu'elle travaillait en tant qu'assistante auprès du secrétaire de l'habitat et du développement urbain Jack Kemp, dans les années 1989-1990. Plusieurs années après que Kemp l'eût apparemment écartée, elle a établi une relation de travail très forte avec son successeur sous l'administration Clinton, Henry Cisneros, qui venait du conseil d'administration de la Rockefeller Foundation. Il semble qu'elle ait eu d'autres liens avec la clique des Rockefeller. Tout d'abord en tant que directrice générale de Dillon, Read & Co., et dans une certaine mesure en tant que collectrice de fonds lors de la campagne présidentielle de George H.W. Bush. Dans les années 90, elle fut membre de l'Economic Club of New York, dirigé par certains des plus proches amis de David Rockefeller, dont Peter Peterson (qui, d'après Steven Greer, s'intéresserait à la question des OVNI). Elle a également été membre du Council for Excellence in Government, dirigé par les mêmes intérêts. Parmi les membres du conseil d'administration de cette organisation, on trouve Suzanne Woolsey, l'épouse de James Woolsey, ainsi que les membres de la Pilgrims Society John Whitehead, Elliot Richardson et William Draper.[23]

 

Même le conflit apparent entre Fitts et Kemp n'est peut-être pas tout à fait ce qu'il semble être à première vue. Jack Kemp apparaît en très bonne position dans l'Index Supranational d'ISGP, et a la particularité unique d'avoir des liens très étroits avec l'establishment libéral, l'establishment conservateur traditionnel, et avec les élites néo-conservatrices montantes. En fait, dans les années précédant son décès, Kemp, tout comme James Woosley, était membre des conseils d'administration de la Foundation for the Defense of Democracies, de la Coalition for Democracy in Iran, et du Middle East Media Research Institute. Coïncidence? Qui sait? Mais une fois encore, Coast to Coast AM sait comment choisir ses invités. En tant que seul membre permanent du comité exécutif du Chief of Naval Operations depuis 1980, Woolsey lui-même aurait pu jouer un rôle important dans l'invitation de Fitts. Celle-ci déclare:

« En 1998, j'ai été approchée par John Peterson, dirigeant de l'Arlington Institute,un petit groupe de réflexion sur les questions militaires de très bonne qualité, à Washington D.C. J'avais connu John grâce au Global Business Network, et j'avais été impressionnée par son intelligence, son efficacité et sa compassion. John m'a demandé de l'aider dans l'élaboration d'un plan stratégique de haut niveau qu'Arlington devait entreprendre pour le compte du sous-secrétaire à la Navy. … A cette époque, j'étais la cible d'une intense campagne de dénigrement qui aurait amené n'importe qui à penser qu'il allait bientôt finir en prison, voire pire. John m'a expliqué que la Navy comprenait que tout ceci n'était que de la politique – ils n'y attachaient pas d'importance. … Lors de ma participation à l'une de mes premières réunions, j'engageai la discussion avec une dizaine de personnes, dont James Woolsey, ancien chef de CIA sous l'administration Clinton, Napier Collyns, fondateur du Global Business Network et ancien dirigeant du groupe Shell, Joe Firmage, John, et d'autres membres du conseil d'administration d'Arlington. Le sujet principal de la discussion était de savoir si oui ou non le projet principal pour l'année à venir devait être la rédaction d'un livre blanc sur la façon d'aider le peuple américain à se faire à l'idée que les extra-terrestres existent et vivent parmi nous. Je ne disais rien, je me contentais d'écouter. Peu de temps après, je démissionnais du conseil d'administration à cause des sollicitations continuelles liées à mon contentieux avec le ministère de la justice et leur informateur. »

 

Il semble que Woolsey ait appris deux ou trois petites choses au sujet de ces histoires d'extra-terrestres entre 1993 et 1998. On retrouve Woolsey dans la saga du Disclosure Project en compagnie de John Petersen, le fondateur de l'Arlington Institute. Ce sont eux qui ont eu ce fameux dîner de 1993 avec Steven Greer, à la génèse de l'initiative de divulgation du phénomène OVNI souhaité par Rockefeller. À ce moment, Woosley était directeur de la CIA sous Clinton, et avait été nommé pour une seule raison: pour apaiser la droite. En 1999, John Petersen écrivit à Steven Greer:

 « Nous venons d'apprendre que vous venez de publier un compte-rendu déformé d'un dîner auquel nous quatre, vous et votre femme avons participé il y a environ six ans, sans nous avoir donné la possibilité de donner notre avis à ce sujet. Dans l'introduction du livre que vous avez publié cette année, Extraterrestrial Contact, vous avez présenté ce dîner comme un «briefing» avec une «couverture», alors que nous quatre nous sommes contentés d'écouter votre point de vue et de poser poliment des questions. De plus, vous prétendez que m. et mme Woolsey vous auraient donné leur témoignage d'une observation d'OVNI et qu'ils seraient d'accord avec vos positions. Vous incluez de prétendues citations de leur part. Rien de tout ceci n'est exact. Vous avez fait passer de la politesse pour de l'assentiment, et des questions pour des affirmations. Votre conduite dans cette situation contrevient non seulement à l'exactitude, mais également aux bonnes manières. » [24]

Peu importe ce qu'il s'est passé en détail, il n'en reste pas moins que John Petersen et James Woolsey ont dîné avec Steven Greer. Ceci est suffisamment incroyable en soi, même sans parler du fait que Greer ait été invité, en compagnie des Clinton, au JY Ranch de Laurance Rockefeller cette même année, et coopéra dans la foulée avec Edgar Mitchell sur la divulgation du phénomène OVNI. Il est vraiment étrange que Woolsey se compromette avec des escrocs tels que Greer. Ne vous y trompez pas, Greer et la grande majorité de ses témoins et de ses documents sont bidons. Pour vous en convaincre, lisez les preuves rassemblées à son sujet sous cet article. On pourrait s'attendre à ce qu'un directeur de la CIA soit au courant de tout ceci.

 

Une recherche rapide dans les archives de Coast to Coast AM révèle que John Petersen lui-même a été invité, en tant que «futuriste», en 2003 et 2010. Lorsqu'on écoute l'interview, on constate qu'il n'a absolument rien d'intéressant à dire, et les réactions des auditeurs le qualifient d'invité ennuyeux. Mais il est un invité de plus de Coast to Coast à être lié à James Woolsey.

 

Plus on étudie la question, plus on se rend compte que Woolsey semble très à l'aise dans ces milieux étranges. D'après Jack Sarfatti, Woolsey travaillait avec le «voyant à distance» Steven Schwartz [25] durant la période 2001-2002, qui était invité sur Coast to Coast à peu près une fois par an. Sarfatti lui-même a été invité sur Coast to Coast en 2007, 2010 et 2011, pour y discuter des liens entre la physique quantique, la spiritualité et la théorie de l'univers holographique, ainsi que la théorie selon laquelle les OVNI pourraient utiliser des trous de vers pour visiter la terre. Sarfatti a écrit des livres en collaboration avec Fred Alan Wolf dès les années 70 sur ce type de sujets. La première apparition de Wolf sur Coast to Coast date de 1998, et il a été invité environ une année sur deux par la suite. Ils viennent tous deux de SRI International, un sujet en lien avec Coast to Coast AM dont nous allons reparler.

 

On sait également que James Woolsey a accordé une interview à Bill Moore, un promoteur enthousiaste des énergies alternatives, ce qui est une des grandes passions de Woolsey. Moore fut ensuite invité sur Coast to Coast AM. On ne sait pas si Woolsey est à l'origine de cette invitation, mais il est certain qu'un nombre étonnant de personnes liées à Woolsey apparaissent sur cette émission radio.

 

Une exception à cette règle concerne Bob Dratch, un scientifique lié au ministère de la défense qui traîne ses guêtres sur le forum frauduleux du Project Avalon, et qui compte Woolsey parmi ses « très bons amis ».[26] Bien qu'il n'ait jamais été invité sur Coast to Coast, Dratch apparaissait régulièrement aux Global Science Congresses de Dean Stonier, un outil de désinformation qui était actif de 1983 jusqu'au décès de Stonier en 2001. De nombreux invités de Coast to Coast AM ont été des intervenants à ces congrès dans les années 80 et 90: Steven Greer (dès 1993), Al Bielek, David Icke, Linda Howe, Edgar Mitchell, Cleve Backster, David Hatcher Childress, et bien d'autres.

 

Il est difficile d'évaluer le degré de proximité de Woosley avec les autres invités de Coast to Coast AM, et quelle est la nature de leurs relations. Pour finir, on sait également que Woolsey est très proche du général Paul Vallely. Ils se connaissent à travers Intelligence Summit, le Center for Security Policy, l'American Center for Democracy, Benador Associates, l'American Congress for Truth, l'Iran Policy Committee et la société de stockage énergétique Zinc Air ( aujourd'hui ViZn Energy, avec d'autres acteurs). Vallely était le supérieur et l'ami du controversé colonel Michael Aquino, qui devint un ami proche du colonel John Alexander pas plus tard qu'en 2009. Il reste encore à évoquer un petit réseau au sommet de la pyramide.

 

Les liens étroits entre la CIA, Bechtel et C2C via SRI

On peut dire que le lien le plus important qui unissait de nombreux invités de Coast to Coast AM à l'élite des années 70 et 80 est celui qui les rattache à SRI International. À cette époque, SRI était dirigé par la famille Bechtel, ses directeurs se sont quasiment tous rendus au Bohemian Grove, et de nombreux membres de son comité consultatif international ont été invités au 1001 Club. Dans les années 60 et 70, SRI ressemblait à un Bilderberg miniature situé sur la côte ouest des Etats-Unis. Ses relations à l'international allaient de l'Indonésie au Liban, en passant par l'Amérique du Sud, certaines d'entre elles ayant clairement été utilisées par la CIA et le département d'état pour organiser des coups d'état. [27]

 

À cette époque de nombreuses personnes, qui allaient devenir par la suite des invités de Coast to Coast AM, gravitaient dans l'orbite de SRI: Edgar Mitchell, Jacques Vallée, Russell Targ, Hal Puthoff, Ed Dames, Joseph McMoneagle, Ingo Swann, Uri Geller, Charles Tart, Jack Sarfatti, Fred Alan Wolf, Alfred Webre, Richard Hoagland, et probablement quelques autres. La plupart de ces personnes étaient impliquées dans le programme de vision à distance lié à la CIA et à la DIA, programme qui fut en grande partie développé par SRI. De nombreuses autres expériences en lien avec le paranormal furent menées au même moment par SRI.

 

Des gens de SRI ont commencé à s'acoquiner avec des sectateurs d'Edgar Cayce, avec le Monroe Institute, et des chercheurs sur les abductions extra-terrestres, certains sponsorisés soit par le prince Hans Adam von Liechtenstein ( 1001 Club ), soit par Laurance Rockefeller ( 1001 Club ), ce dernier plus orienté new-age. C'est ce groupe qui a échoué sur Coast to Coast AM au milieu des années 90.

 

 

Des agents du MI5 et du MI6?

En 1996, Graham Hancock, employé des Rotshschild (The Economist avait pour président sir Evelyn de Rothschild de 1972 à 1989) [28] et probable agent du MI6, compléta le tableau lorsqu'il rendit visite à l'émission de radio pour la première fois, six mois après la première apparition de son collègue «égyptologue» John Anthony West. Qui pense sérieusement qu'il s'agit d'une simple coïncidence si Hancock manipule les faits pour faire remonter l'âge du plateau de Gizeh à 10500 ans av. JC? Son véritable but est de donner du crédit aux membres de la secte d'Edgar Cayce dont il est si proche, y compris à la rock star de Coast to Coast AM, David Wilcock, que tout le monde accepte comme étant la réincarnation d'Edgar Cayce – et donc également celle de « Ra-Ta », le demi-dieu qui, d'après Cayce, aurait construit la grande pyramide en... 10500 av. JC. L'influence de Coast to Coast est telle que Wilcock est parvenu à se classer au 16ème rang des best-sellers du New-York Times. Incroyable, n'est-ce pas?

 

Comme le montre clairement la chronologie d'ISGP, tous ces cours d'histoire alternatifs sont totalement absurdes, et le fait que des personnages comme Wilcock et Hancock aient table ouverte sur Coast to Coast AM devrait immédiatement soulever le scepticisme des auditeurs. Wilcock a même des théories encore plus fumeuses. En 2011, il décrivait heure par heure la destruction de bases humaines souterraines, et secrètes, au moment où plusieurs tremblements de terre avaient lieu aux Etats-Unis. Le cas Wilcock est décrit plus en détail dans l'article sur l'Atlantide d'ISGP, tandis qu'Hancock a droit à son propre article, toujours sur ISGP.

 

L'invité principal et astronome en chef de Coast to Coast AM, Richard Hoagland, est également évoqué dans ces articles sur l'Atlantide et Graham Hancock. Ce dernier a écrit Le mystère de Mars, la relation secrète entre la terre et la planète rouge en 1998, accréditant les théories d'Hoagland sur Cydonia – élaborées, je vous le donne en mille, à SRI - et l'idée qu'il y eut autrefois une civilisation humaine avancée sur Mars. Hancock soutient toujours ces théories de nos jours. Au cours des années, Hoagland - également connu sous le sobriquet de « Hoaxland » - a fait la promotion des pyramides lunaires, des pyramides martiennes, de cités couvertes de glaces sur Mars, des hiéroglyphes de « haute technologie » d'Abydos, et de la théorie qui affirme que le World Trade Center aurait été détruit par un genre d'arme secrète à énergie dirigée. Il a travaillé avec Walter Cronkite et William Paley sur CBS, deux membres de la Pilgrims Society qui participaient aux dîners de noël de l'Alibi Club en compagnie d'Allen Dulles, directeur de la CIA et également membre de la Pilgrims Society. Hoagland semble également entretenir des liens de longue date avec le dr. George Keyworth du Center for Security Policy.[29]

 

Un autre employé de The Economist en tant qu'expert en politique étrangère à la fin des années 70 et au début des années 80, le spécialiste du rêve chamanique Robert Moss, devint un invité récurrent sur Coast to Coast AM à partir de 2005, et pourrait constituer une autre preuve indirecte des connections qu'entretient Hancock avec l'élite et/ou le MI6. Dans les années 70 et au début des années 80, Moss œuvrait surtout à saper le syndicalisme ouvrier et à aider la CIA à installer au pouvoir le dictateur chilien Augusto Pinochet. Il était le protégé de l'expert en désinformation du MI6 Brian Crozier, lui aussi spécialiste des questions internationales à The Economist, et ami du co-propriétaire de ce journal, lord Jacob Rothschild, de Rupert Murdoch, de Richard Perle et de personnages haut-placés à la CIA. Crozier a présidé plusieurs sessions du groupe Le Cercle, dirigé par la CIA et Otto von Habsburg. Il y a deux ans, j'ai demandé à Moss de donner son commentaire sur ses visites au groupe Le Cercle, mais il a refusé de répondre.

 

Il n'y a sans doute pas grand-chose à redire sur les travaux de Moss, surtout quand on les compare à ceux de la plupart des invités de Coast to Coast. Mais son passé, qu'il n'évoque bien entendu jamais, est vraiment très étrange. Et il serait extrêmement intéressant de savoir exactement quels étaient les rapports que Graham Hancock a entretenus avec lui.

Les crop circles, «Zirkka» et l'«organisation supranationale»

Le phénomène des crop circles, qui est particulièrement lié à l'Angleterre, est un sujet populaire sur Coast to Coast AM. Il est apparu, au moins en partie, grâce à une petite intervention humaine, essentiellement dans un petit coin du comté de Wiltshire, près du sanctuaire d'Avebury et, dans une moindre mesure, près de Stonehenge. Au moins deux vétérans du canular sur les crop circles, deux américains qui se sont rendus à de nombreuses reprises dans le Wiltshire peu après que le phénomène ait commencé à prendre de l'ampleur, ont des liens avec Coast to Coast AM. Le dr. Simeon Hein, qui intervient de temps en temps sur l'émission, est l'un d'entre eux.

 

L'autre est Jim Schnabel, auteur sceptique (mais pas trop) et à l'origine membre de Circlemakers.org («Team Satan»). Le fondateur et chef de Circlemakers.org, John Lundberg, semble avoir de très solides connections avec le MI5, et ne cherche même pas à les cacher, allant jusqu'à dire au chercheur Colin Andrews, qui enquêtait sur les crop circles, qu'il devrait peut-être rejoindre lui aussi le « département psy-op du MI5 » pour obtenir un financement pour son site web. Schnabel a été convié à intégrer la clique du colonel John Alexander, qui est, coïncidence, un expert militaire en opérations psychologiques, et a bientôt été reconnu comme un sceptique dans le cadre du Project Stargate de vision à distance. Il semble que Schnabel ait fait un passage sur Coast to Coast AM au début de l'année 1999.[30]

 
Schnabel se présentait, ainsi que son compère Robert Irving du « Team Satan », comme une recrue des services de renseignement dès 1992, bien qu'il soit probable que cette fuite ait été délibérée. En tout cas, il semble que le jeune Schnabel se soit laissé aller à des confidences auprès d'un «journaliste» (comprenez: un criminel étrange, agent de la CIA, utilisé comme espion par George Wingfield du CCCS) qui prétendait être dans les petits papiers d'Irving, et vouloir trouver un boulot de « traceur de crop circle ». Voici quelques extraits assez incroyables des déclarations que Schnabel a pu faire au sujet des crop circles:

« Parlez-vous du MI5?... Oui, enfin, je veux dire... Je peux vous dire en "off" qu'un certain nombre d'agences dans le monde se sont intéressées au phénomène. C'est potentiellement une question explosive.... Nous pensons qu'il se trame quelque chose de vraiment sinistre autour de tout ceci, euh... Je ne sais pas si vous êtes chrétien...? … Eh bien, oui, oui, moi aussi [catholique]. ...

 
Eh bien, je pense que certains sont sans aucun doute d'origine humaine; je veux dire sans aucun doute. Je pense qu'il y a une partie qui est totalement sinistre, et je ne sais pas à quel point c'est authentique ou si c'est une fabrication humaine, mais c'est quelque chose de très sinistre... [Nous parlons de magie noire] Peut-être, oui, et je pense que ça... [Quelque chose comme Satan?] Tout à fait!... Non, non, non. Je ne rentrerai pas là-dedans [des organisations qui testent de l'armement], c'est plutôt sous l'angle d'une guerre spirituelle, je pense. … Je pense qu'ils essaient de produire des changements dans la conscience du monde et... pour faire le mal, vous voyez, pas pour le bien, et, euh, certains parmi nous s'en inquiètent et voudraient mettre un terme à cette tendance. ...

 

Oh, je ne dirais pas ça [qu'il n'y a aucun test d'armement militaire]. Je pense toutefois que c'est une question très complexe. … Les systèmes d'armement, je veux dire qu'il y a cet élément de tests d'armement, et qu'il y a cet autre élément de, euh, tenter d'utiliser le, euh, phénomène des crop circles pour discréditer le mouvement new age et d'autres mouvements du même type. C'est extrêmement complexe, et vous en apprendrez beaucoup plus, si c'est considéré comme approprié. ...

 

C'est vraiment très difficile de vous expliquer – d'expliquer la structure de certaines de ces organisations, mais... Je ne peux pas rentrer dans les détails, mais, hum, à la base c'est quelque chose qui implique des gens au niveau mondial, et diverses organisations ont mis leurs ressources en commun au niveau mondial, et sont impliquées... Nous sommes soutenus, oui, nous sommes soutenus au plus haut niveau. L'OTAN? Ce n'est pas au niveau de l'OTAN, mais l'Allemagne est impliquée, et ce pays [la Grande-Bretagne], et les Etats-Unis... Le Vatican aussi. … Ce n'est pas vraiment un truc militaire, mais il y a des éléments du renseignement militaire [Note: probablement l'INSCOM, Stubblebine, Alexander, etc.] qui ont prêté des ressources. En fait, ça implique une organisation supranationale que je ne nommerai pas. [Elle] a des liens avec ces pays et ces organisations. Je ne veux pas rentrer dans les détails [s'il s'agit d'une organisation du type de la Commission Trilatérale]. Oui, oui [tout ce qu'on fait remonte aux niveaux les plus élevés]... Je ne voudrais pas en dire plus, je veux dire, c'est extrêmement sensible, je n'aurais déjà pas dû vous dire tout ce que je vous ai dit. …

 

Oui [Robert Irving tente de déterminer quelle faction [ou ce qui] est impliquée dans le phénomène des crop circles], c'est très... extrêmement sensible, un travail aussi sensible que vous pouvez l'imaginer... [Irving] est [du bon côté]... C'est une très bonne personne, oui. ...

 

On peut en parler plus avant, quelqu'un d'autre vous contactera et, euh, ce ne sera pas moi, ce sera quelqu'un de beaucoup plus haut placé dans l'organisation et par la suite, euh, vous voyez, si tout se passe bien et qu'on peut vous donner plus d'informations. … Je ne sais pas encore quelle organisation, je veux dire, ce n'est pas moi qui décide – quelle personne dans l'organisation, je veux dire, ce n'est pas moi qui décide. Ca pourrait être quelqu'un d'à peu près n'importe quelle nationalité.

 

Si on estime que vous êtes un candidat convenable – c'est très gratifiant financièrement, ne vous inquiétez pas pour ça. … On vous demandera de voyager dans le monde entier. Ce ne sera pas seulement de la collecte de données, mais aussi de mener des actions concrètes, comme mener des campagnes de désinformation ou d'autres mesures. C'est un travail extrêmement éprouvant et... L'organisation se rend bien compte que, hum, vous savez, il peut y avoir des cas de surmenage, mais en général on a gagné suffisamment d'argent pour pouvoir prendre sa retraite – enfin, après quelques années. … C'est très gratifiant. ...

 

Nous estimons qu'il est parfois nécessaire d'intriguer un peu dans des cas aussi sérieux que celui-ci, hum, et des mesures doivent parfois être prises. Mais je pense, je veux dire, dans l'ensemble, je pense que ce phénomène va prendre fin très prochainement. … Enfin, nous pensons que les gens n'y prêteront plus attention, je veux dire, ça peut continuer, mais, euh, ça [sera discrédité]...» [31]

Évidemment, Schnabel s'est par la suite trouvé de bonnes excuses pour s'être laissé enregistrer de cette manière, mais lorsqu'on lit son livre Round in Circles, qui a bien entendu été largement ignoré, on s'aperçoit qu'il est tout à fait sérieux lorsqu'il parle de chercheurs en crop circles qui trempent dans la magie noire. Nous reviendrons ultérieurement sur ce livre, qui n'entre pas vraiment dans la catégorie «sceptique». À vrai dire, plusieurs auteurs de faux agroglyphes ont ouvertement accepté le phénomène des boules de lumière autour d'Avebury et Milk Hill, ou même l'idée que «quelque chose» les poussait à faire des crop circles. Mais quoiqu'il en soit, il n'y a aucun élément dans aucun de ses travaux ou interventions publiques qui permettrait de deviner que Schnabel est un agent important des services de renseignement, et qu'il détient des secrets de cette ampleur. Donc qui pourrait écarter l'hypothèse que Graham Hancock pourrait être le récipiendaire de secrets similaires? Ou Richard Hoagland? Ou n'importe quel invité de Coast to Coast AM?

 

Une des dernières questions de l'interviewer fut de savoir si l'organisation avait un agent dans le groupe de Colin Andrews, le plus éminent chercheur en agroglyphie d'Angleterre. Schnabel donna cette réponse énigmatique: «nous avons, euh... nous avons des agents dans tous les groupes». Etrangement, Colin Andrews, qui est lui aussi assez populaire sur Coast to Coast AM en tant que principal chercheur mondial sur le thème des crop circles, fut lui aussi un membre de la clique du colonel John Alexander au début des années 90. Andrews étudia la vision à distance avec le ténébreux Ed Dames, qui a faussement prédit la fin du monde sur Coast to Coast AM en de nombreuses occasions.

 

Plus on s'intéresse à Colin Andrews, plus on s'aperçoit qu'il n'est rien d'autre qu'un escroc de plus. Par exemple, il parle d'intervention divine pour expliquer comment il a découvert le «triangle de Wessex», l'endroit où la plupart des agroglyphes seraient apparus. Son collègue Pat Delgado avait pourtant déjà décrit le même triangle en 1983, trois avant l' «intervention divine» d'Andrews.

 

Dans son premier article publié en 1987 dans la frauduleuse Flying Saucer Review, dont le rédacteur en chef était l'ancien diplomate et agent du MI6 Gordon Creighton, Andrews explique clairement qu'il s'est impliqué dans les recherches sur les agroglyphes après une expérience qu'il aurait vécue en 1985, mais à partir des années 90, Andrews fait remonter cette expérience à 1983. Il aurait ensuite fondé le Circles Phenomenon Research Group cette même année, tout ceci ne cadrant absolument pas avec le fait qu'il a rencontré pour la première fois les chercheurs Terence Meaden et Pat Delgado à la mi-1986, après avoir participé à une conférence de la British UFO Association (BUFORA), liée au ministère de la défense britannique. Son premier article sur le sujet, celui publié dans FSR, remonte à 1987.

 

Andrews a pris du galon depuis cette période. Et, ce qui est peut-être pire, Jim Schnabel a déclaré que le Circles Phenomenon Research s'était allié avec le CSETI Group de Steven Greer et avec le très new age Center for Crop Circles Studies (CCCS) au sein du peu connu et généralement oublié United Bureau of Investigation (UBI), qui était soupçonné d'être un des groupes impliqués dans les canulars agroglyphiques du début des années 90. En lisant les comptes-rendus de l'événement organisé conjointement par le CSETI et le CPR en juillet 1992, UFO contact, on peut se dire que Schnabel pourrait avoir raison. Andrews et Greer parlent encore aujourd'hui du caractère spécial de cet événement, mais on sait que Schnabel et Rob Irving, son compère de Circlemakers.org, ont fait flotter dans le ciel aux alentours un ballon d'hélium illuminé. Un des participants a exprimé son scepticisme devant cette «observation» d'OVNI, et expliquait aussi que les seuls autres « OVNI » que le groupe a observé n'étaient que le résultat de la lumière des puissants projecteurs de Greer qui se reflétait dans les nuages. Ceci donne une bonne idée des activités de ces deux personnages.[53]

Ci-dessus: deux agroglyphes au Devil's Punch Bowl à Cheesefoot Head, à l'est de Winchester. Le premier date d'août 1981, et Delgado le porta à l'attention du public comme un site d'atterrissage possible pour OVNI. Coïncidence, il fut créé par Doug Bower et Dave Chorley. Le second date de juin 1983. Doug et Dave ont réalisé des cercles à cet endroit parce qu'ils étaient aisément visibles depuis la route. Les cercles ne sont devenus des formations complexes qu'à partir de 1990. La plupart, si ce n'est tous, sont des faux, mais après des mois d'études sur le sujet, je me pose toujours plus de questions que je n'ai de réponses.

 

Pat Delgado, le collègue d'Andrews, donna une dimension nationale à un faux agroglyphe créé par Doug Bower et Dave Chorley à Cheesefoot Head, près de Winchester. Il y avait un petit jeu dans les années 80: Doug et Dave créaient de faux crop circles dans la région de Winchester, et Delgado et Andrews les présentaient systématiquement comme « authentiques », et fréquemment devant les caméras. Dans les mois précédant le « coming-out » de Doug et Dave devant les médias internationaux, quelques chercheurs peu connus mais honnêtes, en particulier Matthew J. Lawrence, Nigel Beckett et Ken Brown, étaient déjà devenus extrêmement sceptiques face au phénomène. Bien qu'ils ne soupçonnaient pas Doug et Dave, qui étaient souvent aperçus au Punchbowl, ils avaient remarqué des traces de pas, de la boue sur les plantes, l'utilisation constante du système de mesures anglo-saxon, et parfois d'énormes erreurs de design. Mais il était fréquent d'entendre Delgado ou Andrews qualifier ces crop circles d'authentiques.

 

On pourrait avancer de nombreuses autres preuves, mais il semble déjà clair que les principaux chercheurs en agroglyphes sont ou étaient des escrocs. La question devient alors: existe-t-il des chercheurs à la fois indépendants et sérieux dans ce domaine? Le Center for North American Crop Circle Studies (CNACCS) était dirigé par celle qu'on pourrait considérer comme la principale invitée de Coast to Coast AM: Rosemary Ellen Guiley. Elle est à l'antenne environ tous les trois mois, ce qui correspond à peu près au temps qu'il lui faut pour finir un nouveau livre sur le paranormal. Dan Smith, obsédé par l'eschatologie (études sur la fin des temps), était l'autre directeur du CNACCS. En 1993, le directeur de la recherche au Center for Crop Circle Studies (CCCS), George Wingfield, fut invité à un dîner en compagnie de Guiley, Smith et de l'officier de haut rang du Science & Technology Directorate de la CIA, Ron Pandolfi (le « Pélican »). Ce dîner fut la cause d'un des nombreux conflits internes au microcosme des chercheurs en agroglyphes. Guiley et Smith étaient des amis proches de Pandolfi, qui entretient des relations très étroites avec de nombreux invités de Coast to Coast AM. Bien qu'il puisse passer pour un individu assez stupide et inoffensif à cause de ces liens, il a très certainement siégé au National Intelligence Council de la CIA, et a organisé des réunions avec le très sélect JASON Science Advisory Group. Smith, dont la sœur était une amie très proche de George H.W. Bush et de sa sœur Nancy Bush Ellis, l'a même attaqué en prétendant qu'il aurait des informations privilégiées sur ce qui s'est vraiment passé le 11 septembre 2001. Mais il faut sans doute se méfier des propos tenus par des invités de Coast to Coast AM: Smith s'y est rendu en une occasion, en décembre 2010.[54]

 

Lucy Pringle est l'un des membres fondateurs de l'influent Centre for Crop Circle Studies (CCCS), actif d'avril 1999 à 2005. En juillet 2009, elle fut l'invitée de Linda Moulton Howe sur l'antenne de Coast to Coast AM, à l'occasion de l'apparition d'un agroglyphe très impressionnant – et très probablement faux.[55]

Ceci pourrait ressembler à un article-type d'un « sceptique » athée, mais c'est loin d'être le cas. Par exemple: lorsque j'avais environ 14 ans et que je campais avec mes parents dans le sud de la France, je m'étais assis seul en pleine nuit. Comme j'avais déjà vu beaucoup d'étoiles, je voulais voir quelque chose de beaucoup plus intéressant: un OVNI! Un silence de mort, pas d'étoiles filantes, pas d'avions, rien pendant 10 minutes. Puis, whoosh! Ceci est apparu dans mon champs de vision pendant une seconde. Très excité, je courus vers la caravane de mes parents, mais je décidai qu'il valait mieux revoir le phénomène avant de les réveiller et de les faire sortir, juste pour être sûr. Je me suis donc rassis. Instantanément: whoosh! Exactement la même chose pendant une seconde. J'ai vécu d'autres expériences comme celles-ci. La morale de l'histoire: allez chercher vos propres expériences. Même si Steven Greer et ses meetings du CSETI, ou tous ceux qui sont impliqués dans les faux agroglyphes (et qui mettent souvent en avant des expériences telles que celles-ci), sont avant tout de simples escrocs, il semble qu'ils aient raison sur un point: le phénomène semble avoir un effet propre à chaque personne avec qui il interagit. Je ne veux pas dire par là que des lumières dans le ciel ont forcément un lien avec des cercles dans les champs.

 

Jim Schnabel a lié le CCCS, et principalement son président-fondateur Michael Green, à la secte occultiste et satanique Friends of Hekate. Dans les années 80, Greene était obsédé par l'occultisme en général et l'Atlantide en particulier. Le CCCS semble être plus ou moins devenu une extension de ces obsessions. La plupart des informations de Schnabel provenaient de Rita Goold, une médium soit très impressionnante, soit très douée pour la manipulation, ainsi que d'un chercheur du CCCS qui avait dirigé la fameuse séance dans un crop circle en compagnie de Colin Andrews, Pat Delgado et George Wingfield pendant l'opération White Crow de 1989. Là encore, il est très difficile de discerner le vrai du faux. Le public devrait vraiment lire le livre de Schnabel Round in Circles, sorti en 1993. Quelque soit le degré de véracité de ce qui y est décrit, il était sur place, interagissant avec tous ceux présents, et il semble se contenter de décrire ses expériences et de retranscrire ce que lui disaient les gens. La magie noire était omniprésente, et peu semblaient pouvoir lui échapper, y compris Andrews et Delgado:

 

« [Michael Greene] avait pris part à des fouilles archéologiques dans deux palais royaux et dans une cité romaine de l'Essex. … Il souhaitait découvrir si, comme beaucoup le suspectaient, les druides détenaient des connaissances sur le surnaturel qui auraient pu échapper aux historiens modernes. C'est ainsi, comme Greene se plait à le raconter, qu'il entreprit d'enquêter sur les celtes, examinant les registres de fouilles anciennes, cherchant des indices sur les druides et leurs rites mystérieux. … Et un jour, alors qu'il était assis dans son appartement de Londres, il reçut une visite. … Au début, Greene et son colocataire ne savait pas ce qu'elles étaient. Elles ressemblaient à des ombres. … Des ombres qui n'auraient pas dû se trouver ici. Au bout de quelques jours, elles commencèrent à se matérialiser, et finalement il devint clair qu'elles étaient au nombre de trois. Elles étaient très anciennes. L'une d'entre elles avait une paire de cornes sur la tête. Pourtant, elles ne semblaient pas hostiles, tout plus curieuses. Elles voulaient savoir quels étaient ses progrès dans ses recherches sur les rituels druidiques. Green entonna aussitôt quelques prières, à la manière d'un exorciste, et réussit finalement à se débarrasser des entités. ...

 

Il y avait une organisation sataniste secrète qui s'appelait Friends of Hekate [dont Michael Greene faisait prétendument partie]. Friends of Hekate entretenait des liens avec, ou contrôlait, d'autres organisations plus publiques, des organisations qui lui servaient de couverture, et qui étaient utilisées pour recruter de nouveaux membres. … Nous supposions que la Maltese Esoteric Society était une de ces couvertures, qui était particulièrement utile pour servir d'intermédiaire dans le recrutement de chercheurs en agroglyphes tels que Delgado, Andrews, Haddington ou Wingfield. Si la recrue était soudainement horrifiée par ce dans quoi elle mettait les pieds, elle ne pourrait ainsi mettre en cause que ceux en lien avec de Trafford.

 

Avant que [George, chevalier de l'Ordre de Malte] de Trafford ne descende de son avion en provenance de Malte, la rumeur avait couru qu'il avait quelque chose à voir avec l'ordre mystérieux des Chevaliers du Temple [Ordre de Malte]... Andrews et les autres tenaient également de source sûre que de Trafford était l'ami du prince de Galles [le prince Charles] et du duc d'Edimbourg [le prince Philip]. … De Trafford arriva en Angleterre quelques mois après, en février [1989]. … Pour Andrews et Delgado, son apparence était quelque peu déconcertante. … On parla alors du dîner qu'il eut avec Delgado et Andrews à Hampshire … et de la facon dont, durant tout le repas et les bavardages sur la grande pyramide, [le cratère de] Manicouagan, Venise et autres, de Trafford n'avait cessé de planter son regard dans celui d'Andrews, le fixant intensément, comme si deux faisceaux d'énergie sortaient de ses pupilles, le brûlant, le mordant, le pénétrant... jusque dans son cerveau... lui provoquant une migraine intolérable. ...

 

D'après Rita, l'attitude étrange de Delgado avait peut-être quelque chose à voir avec les pratiques magiques de de Trafford. Peu après l'affaire du fer à cheval [les maisons d'Andrews et Delgado seraient devenues hantées par la suite] et du Grid, Rita déclara qu'elle reçut un appel de Norah, la femme de Pat, qui lui expliqua gentiment qu'une entité nommée Zirkka souhaitait lui parler. Pat aurait alors pris le téléphone, et tout en parlant d'une étrange voix mécanique, lui aurait demandé indirectement de cesser ses recherches sur les crop circles. Les appels continuèrent un temps, jusqu'à ce que Steve, le mari de Rita, eût une crise cardiaque. Pleine de tact, Zirkka décida d'en rester là. Ce sont là les histoires que nous a racontées Rita, mais il semble qu'il y ait d'autres preuves...

 

Rita disait qu'elle avait même rencontré de Trafford en personne, dans la maison de sa femme à Melton Mowbray. Son mari Steve et elle avaient été invité à dîner. À leur arrivée, ils furent conduit à travers une série de pièces et de salles – les portes étant fermées de manière menaçante derrière eux – jusqu'à ce qu'ils arrivent à une pièce où George de Trafford et quelques autres étaient assis. De Trafford était, comme à l'accoutumée, d'humeur distraite et changeante, décontenançant Rita et Steve qui, bien qu'ils aient déjà entendu les histoires sur le Templier mort-vivant et tout le reste, assistaient au phénomène pour la première fois. … Steve empoigna Rita, et ils partirent tous deux.

 

De Trafford avait apparemment réussi à en recruter d'autres. Wingfield et Haddington s'étaient envolés pour Malte au printemps 1991 pour rejoindre le très sélect et très secret groupe « Circles Seven » [dans lequel le grand maître de l'Ordre de Malte Andrew Bertie était impliqué]. D'après Rita, Haddington dénigra ce groupe par la suite, et mit en garde contre une implication trop importante dans ces milieux...»

 
Vous voyez? Malgré toute la controverse de 1992 autour de la « cassette Schnabel », celui-ci répète grosso modo la même histoire dans son livre très peu connu de 1993. Il est très clair que Schnabel croyait (ou voulait que les gens croient) que certains crop circles, comme celui de 1991 à Barbury Castle, étaient le fruit de l'implication de forces occultes, et principalement des Friends of Hekate, qui en 1987 avaient quitté Clapham Wood, sur la côte, pour la région d'Avebury. Ou ce sont juste des mensonges que Schnabel propage pour une raison ou pour une autre. Après tout, il a été invité sur Coast to Coast AM, même si ce ne fut qu'en une seule occasion. En privé, Schnabel semble croire que les anciens crop circles, de forme simple, étaient authentiques, mais que tous ceux qui sont plus complexes sont de la main de l'homme, ce qui n'est finalement pas si absurde. Après tout, le premier crop circle a été photographié en 1930, et un certain nombre de compte-rendus plus récents pourraient bien indiquer qu'il se passe quelque chose de réel. La fraude massive opérée par certains groupes plus ou moins occultes, couverts secrètement par des chercheurs comme Delgado, Andrews, Pringle ou Paul Vigay, n' a de sens que s'il y a un phénomène réel à la base, un phénomène qui pourrait trouver sa source sur un autre plan que le plan strictement physique.

Ci-dessus: Clapham a été ajouté sur ce plan en tant que lieu de rassemblement favori de la secte des Friends of Hekate, jusqu'à ce qu'une tempête détruise la majeure partie de Clapham Wood en 1987. Le CCCS était-il lié aux Friends of Hekate? Qui sait, tout est possible, particulièrement lorsqu'on vit en lisière d' une formation de calcaire crayeux [chalk aquifer] géante.

 

Lorsqu'on lit les rapports sur les crop circles antérieurs à 1978, et lorsqu'on positionne ceux-ci sur une carte, on se rend compte que le phénomène, quel que soit sa nature, semble avoir plus de chances de se manifester dans le sud de l'Angleterre, où se trouve une formation souterraine massive de calcaire crayeux. En se fondant sur ces informations très parcellaires, John Burke de BLT Research, le premier à avoir étudié les anomalies dans l'implantation des agroglyphes, pourrait bien avoir raison lorsqu'il explique que le phénomène se manifeste principalement au bord de la formation de calcaire crayeux. Étonnamment, John Burke a été invité sur Coast to Coast AM en 2007; j'imagine donc qu'il est permis de le citer ici:

 

« [Le sud de l'Angleterre abrite] la plus grande formation de calcaire crayeux du monde, d'une épaisseur de plus de 500 mètres. Vous pouvez en voir le bord quand vous faites face aux falaises blanches de Douvres.

 

Le calcaire est une pierre poreuse. L'eau s'infiltre dans les pores ou espaces de la roche. L'autre point intéressant au sujet de ce calcaire anglais, c'est qu'il est sujet à des variations saisonnières importantes, plus importantes que n'importe quel autre calcaire du monde; sa hauteur peut varier d'une centaine de pieds [environ 30 mètres]. Ces deux phénomènes font que l'eau qui s'infiltre à travers la roche poreuse crée une charge électrique, par un phénomène qu'on appelle adsorption – ces informations sont disponibles dans les revues de géologie et de géophysique. Lorsque vous êtes en présence d'une quantité d'eau importante en provenance d'une nappe phréatique, et que celle-ci s'infiltre dans la roche poreuse, il se crée à cet endroit un courant électrique tellurique important.

 

Nous avons pu mesurer ce phénomène à de nombreuses reprises lors de notre présence là-bas en 1993. Ces courants apparaissent dans le sol et créent des champs magnétiques. Nous avons pu mesurer à l'aide d'électrodes que du courant électrique ne circulait que dans les champs et sur les sites qui connaissent le plus d'apparitions de crop circles. Là encore, il peut s'agir d'une autre coïncidence, si on n'a pas affaire à un phénomène naturel. On a pu observer que deux jours après le passage d'un orage électrique à Silbury Hill, alors que l'eau pénétrait cette formation de calcaire de surface, du courant électrique tellurique était apparu. Nous avions la chance d'avoir avec nous deux volontaires, dont un avec un doctorat en ingénierie que j'avais entraîné personnellement, qui ont observé les fluctuations des champs magnétiques du terrain, et qui ont pu y observer d'importantes variations. Quatre jours plus tard, un agroglyphe important apparaissait. Encore quatre jours après, nous sommes retournés sur le site, et les variations étaient redevenues normales. C'est comme si il y avait eu une séparation de charge dans ce terrain, et qu'un événement était survenu sous sa surface qui aurait effacé ces variations, qui les aurait homogénéisées, si vous voulez. Nous avons constaté ce type d'activité en de nombreuses occasions.

 

Un autre point intéressant est que les crop circles préfèrent apparaître à flanc de colline ou en d'autres endroits où le sol s'est érodé, et où la couche de calcaire électrifiée est proche de la surface. Il n'y a jamais de crop circles dans des vallées recouvertes d'alluvions ou de terre meuble. Il y a des flancs de collines – je pourrais vous les montrer sur une carte – qui sont pratiquement couverts de crop circles chaque année, jusqu'à l'endroit où l'on commence à voir des alluvions, mais jamais au-delà. ...

 

Aux USA et au Canada, il n'y a quasiment pas de gisements de calcaire crayeux, mais on y trouve un peu partout du calcaire simple. Le calcaire simple est très proche chimiquement du calcaire crayeux, mais il est loin d'être aussi poreux. En Angleterre, des crop circles apparaissent sur des gisements de calcaire, mais dans une proportion bien moindre que sur les gisements de calcaire crayeux. Aux USA, il y a de nombreux gisements de calcaire, particulièrement au centre du pays, dans les grandes plaines du Midwest jusqu'au Canada, parce qu'il s'agissait d'une ancienne mer intérieure.

 

En Angleterre, on constate aussi que les crop circles apparaissent le plus souvent au bord des formations de calcaire crayeux. J'ai constaté que le même phénomène se produit aussi en Amérique du Nord, après avoir positionné quelques douzaines de cercles apparus au cours des dernières années.

Les sites où apparaissent le plus de crop circles ont tendance à se trouver aux bords de cette immense formation de calcaire, ou aux endroits où une rivière a formé une vallée en son milieu, et a produit un bord, si l'on peut dire. En fait, il y a deux endroit – Winnipeg, dans le Manitoba, et Lethbridge, dans l'Alberta – qui ont vus des crop circles apparaître en rafale en trois ou quatre occasions pendant la même année, et ces deux sites sont positionnés précisément sur les bords opposés de la grande formation calcaire. En fait, à Lethbridge, Alberta, il y a un canyon souterrain où l'eau s'accumule, et les quatre crop circles qui y sont apparus en une année chevauchent exactement ce canyon souterrain. Il y a donc une correspondance. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y en a très nettement moins au kilomètre carré dans ce pays qu'il n'y en a en Angleterre, où il y a du calcaire crayeux.  [56]

Incroyable, un invité de Coast to Coast AM vient peut-être de dire une chose sensée. Quoiqu'il en soit, certains des mêmes personnages qui composent l'arrière-plan de Coast to Coast AM se retrouvent dans le business des crop circles anglais. La famille royale a soutenu la Flying Saucer Review de Gordon Creighton dès ses débuts en 1955, bien que cette revue soit spécialisée dans la désinformation. Colin Andrews et Pat Delgado sont mis en avant par ce magazine, deviennent aussitôt des célébrités dans le milieu des chercheurs en agroglyphes, puis s'acoquinent avec l'inquiétant groupe des Chevaliers de l'Ordre de Malte. Delgado quitte le milieu, mais Andrews est bientôt coopté par le colonel John Alexander, Robert Bigelow (financier du Projet Argus, un programme de recherche anglais de 1992 sur les crop circles, programme entravé par le hoaxing massif), Hans Adam von Liechtenstein, Laurance Rockefeller et d'autres du même acabit. On trouve toujours les mêmes types de groupes de pouvoir en arrière-plan.

 

Les histoires d'abductions extra-terrestres financées par les Rockefeller et des têtes couronnées

Comme le lecteur s'en est probablement aperçu, Coast to Coast AM est en somme une secte vouée au culte de Cayce, avec une petite armée d'étranges voyants à distance, d'« égyptologues », et même d'explorateurs de vies antérieures qui soutiennent l'existence de l'Atlantide et de sa connexion avec l'Egypte ancienne – sans parler des pyramides sur la Lune ou sur Mars. Dans la plus pure tradition cayciste, ces idées sont mélangées avec une spiritualité déformée et des pratiques médicales alternatives, ainsi qu'avec une pincée de crop circles et de théories sur 2012, pour faire bonne mesure. En complétant la biographie de Daniel Pinchbeck, un autre invité de Coast to Coast AM, je suis tombé sur un livre dans lequel il est cité: The Mystery of 2012: Predictions, Prophecies and Possibilities, par Gregg Braden, auteur du fameux Bible code et fréquemment invité sur Coast to Coast AM. John Major Jenkins, un chercheur alternatif sur 2012 qui est également apparu sur Coast to Coast AM, est aussi cité dans ce livre. Un des chapitres du livre est rédigé par « Janosh », qui prétend avoir été contacté par des « arcturiens », une civilisation extra-terrestre évoluant dans les quatrièmes et cinquièmes dimensions et qui serait à l'origine des crop circles. Qui fut le premier à mentionner les arcturiens? Edgar Cayce en personne. Les idées de Pinchbeck sur les enlèvements extra-terrestres et les crop circles ne sont d'ailleurs pas si mauvaises que ça, à ce détail près que les deux phénomènes sont presque entièrement, si ce n'est entièrement, fondés sur des canulars. Nous avons parlé des crop circles; il est temps de passer aux abductions extra-terrestres.

 

Le tableau ci-dessous donne une bonne idée des liens unissant l'élite dirigeante au phénomène des abductions extra-terrestres. Le lien le plus évident est celui qui mène au 1001 Club, un groupe dont la liste des membres a pour la première fois été publiée par ISGP. Le 1001 est en fait le trust financier secret qui se cache derrière le World Wide Fund for Nature (WWF), et qui forme la pierre angulaire élitiste du mouvement international pour le développement durable, dans lequel les Rockefeller et les Rothschild jouent un rôle central. Les accusations contre ces deux familles sont nombreuses, mais leurs liens étroits avec le mouvement pour le développement durable ont été abondamment documentés sur ce site.

Ajouté après la rédaction de cet article: le Project Argus et le Center for North American Crop Circle Studies (CNACCS), dirigé par celle qui pourrait bien être l'invitée la plus en vue de Coast to Coast AM, Rosemary Ellen Guiley, ainsi que par Dan Smith, entendu lui aussi sur les ondes de C2C AM. Tous deux étaient proches de Kit Green et de Ron Pandolfi de la CIA, qui contrôlent en grande partie la communauté OVNI/extra-terrestres. Tout comme Alexander, ces deux personnages ont des relations au plus haut niveau.

 

Comme on l'a déjà vu, la famille Bechtel et leurs amis du Bohemian Grove et du 1001 Club tiraient les ficelles des recherches menées par SRI sur la vision à distance et les pouvoirs psi durant les années 70 et 80.

 

Durant les années 90, Laurance Rockefeller a surtout été associé à des programmes en relation avec les OVNI: l'initiative de Rockefeller pour pousser Clinton a déclassifier les documents sur les OVNI et le financement des recherches du dr. John Mack sur les abductions extra-terrestres, les recherches de Colin Andrews sur les crop circles, le Project Starlight de Steven Greer, et enfin le UFO Briefing Document: the Best Available Evidence rédigé par Don Berliner, ancien co-auteur des ouvrages de MariE Gabraith et Stanton Friedman. La Human Potential Foundation, dans laquelle Laurance a beaucoup investi, a financé des conférences ici et là, et en particulier la Cosmic Cultures de 1995. Des chercheurs merveilleusement crédibles y furent invités, en particulier Zecheria Sitchin et Richard Boylan, sans parler de John Mack. [32]

 

Laurance s'est cependant impliqué dans des recherches de ce type dès le début des années 80. Comme on l'a déjà vu, c'est la McDonnell Foundation, de McDonnel Douglas, que Laurance a contribué à mettre en place, qui finançait les « séances de torsion de cuillères » du général Albert Stubblebine et du colonel John Alexander. Robert Wood, qui étudiera par la suite les documents MJ-12, et Jack Houck organisèrent ces séances en tant qu'employés de McDonnell Douglas. Le directeur-adjoint de la CIA lui-même, John McMahon, a assisté à une de ces séances.[33] Steven Greer a souvent parlé de l'ami de Laurance Rockefeller, « ce bon vieux McDonnell ». McDonnell et Laurance Rockefeller étaient ensemble à Princeton, et ce dernier l'a par la suite aidé à mettre sur pied McDonnell Douglas. Par la suite, Laurance a peu à peu réduit sa participation, mais il est évident que le fabricant d'avions à buts militaires est resté un atout majeur dans sa manche.

 

Le lien entre Laurance Rockefeller et les séances de torsion de cuillères du général Albert Stubblebine et du colonel John Alexander prouve que ces hommes ont été en relation dès le début des années 80, quand les histoires d'abduction extra-terrestres, de bases souterraines et de programmes d'ingénierie utilisant la technologie extra-terrestre n'en étaient encore qu'à leurs balbutiements. La première « fuite » sur les documents Majestic-12 date aussi de cette période. Pour ce qui est de la relation entre le colonel John Alexander et le prince Hans Adam von Liechtenstein, nous pouvons démontrer qu'elle remonte au moins à 1988, année où Hans Adam et Robert Bigelow ont commencé à injecter de l'argent dans la Intruders Foundation de Budd Hopkins et dans la Human Potential Foundation de C.B. Scott Jones. Tout ceci donna bientôt lieu à une série de quatre conférences, dans lesquelles les invités étaient triés sur le volet, données par le Treatment and Research of Experienced Anomalous Trauma (TREAT), dans lesquelles le général Albert Stubblebine et le colonel John Alexander tinrent les rôles principaux. Budd Hopkins, David Jacobs, John Mack et le fameux voyant à distance Ed Dames y racontèrent toutes sortes d'histoires en lien avec les abductions extra-terrestres.[34] Mack, le protégé de Rockefeller, présenta le phénomène sous un jour positif. Budd Hopkins, un peu moins. Quant à Ed Dames, un ancien subordonné aux ordres de Stubblebine et Alexander, il y raconta des histoires terrifiantes d'aliens en hibernation et d'autres scénarios plus ou moins apocalyptiques. Il continue à le faire de nos jours, en particulier sur Coast to Coast AM.

 

Robert Bigelow, un autre ami du général Stubbelbine et du colonel Alexander, a lui aussi mis la main à la poche pour organiser ces conférences du TREAT, ainsi que pour l'étude de 1992 du MIT sur les abductions et un sondage de Roper sur les abductions extra-terrestres, dont les résultats furent envoyés à la quasi-totalité des psychiatres américains. Le Fund for UFO Research (FUFOR) a été co-financé par Bigelow et von Liechtenstein. Le FUFOR a, entre autres, organisé une conférence au Smithsonian à Washington, D.C. réunissant tous les témoins encore vivants de l'affaire Roswell.[35] À propos de Roswell, le principal chercheur sur cette affaire était Stanton Friedman, un autre invité récurrent de Coast to Coast AM. Bien que très rationnel, très agréable et très accessible, Friedman a toujours eu un point faible: il a toujours voulu croire les témoignages les plus douteux qui, bien que donnés un an après les faits supposés,      « validaient » le scénario d'un crash d'OVNI dans les plaines de San Agustin; de plus, ce supposé crash mettait sérieusement à mal l'hypothèse du crash de Roswell qui aurait eu lieu au même moment, 190 kilomètres plus à l'est. On ne sera pas surpris d'apprendre que son livre Crash at Corona, publié en 1992 co-écrit avec Don Berliner, a été financé par Robert Bigelow, et probablement par Hans Adam II von Liechtenstein. Vous n'y croyez pas? La première phrase du livre est celle-ci: « Les auteurs souhaitent exprimer leur gratitude la plus sincère envers le Fund for UFO Research [financé par Hans Adam] et Robert Bigelow pour leur soutien moral et financier ». Une photo du livre montre Bigelow et Friedman observant les plaines de San Agustin.[36]

 

Bien entendu, il y a des éléments qui montrent que tout n'était pas toujours rose entre les financiers et leurs principaux subordonnés. Mais dans l'ensemble, il apparaît que la communauté de l'ufologie et des abductions extra-terrestres était contrôlée par un groupe très soudé. Les membres de ce groupe incluent Laurance Rockefeller, le prince Hans Adam, le sénateur Claiborne Pell, Robert Bigelow, Maurice Strong, le colonel John Alexander et le général Albert Stubblebine. Pell, Laurance et Strong étaient certainement très proches les uns des autres, et tous les auteurs qui leur étaient associés partageaient leurs vues sur les Nations Unies, sur la spiritualité new age et sur les questions de protection de la nature, particulièrement en ce qui concerne le débat sur le réchauffement climatique. Steven Greer, John Mack et le chercheur sur les crop circles Colin Andrews illustrent bien cette convergence de vues.

 

Le prince Hans Adam II von Liechtenstein est une personnalité un peu plus complexe que la clique de Rockefeller. Bien que très proche de la famille Pell, Hans Adam était également une relation de Otto von Habsburg, qui se tenait au centre du réseau Vatican-Paneurope, dominé par l'Opus Dei et les Chevaliers de l'Ordre de Malte. Habsburg était très, très radical, et son réseau était le partenaire naturel de la CIA et du Pentagone durant la guerre froide. Par exemple, le général Richard Stilwell, Chevalier de l'ordre de Malte et apparemment une sorte de chaperon pour le colonel John Alexander, a assisté à au moins une réunion du Club Le Cercle, fondé par Habsburg et tenu par la CIA, le Pentagone, et l'Opus Dei. Il est difficile de connaître l'étendue du fanatisme religieux de Hans Adam, vu qu'il n'a jamais fait de déclaration publique à ce sujet. On sait cependant qu'il s'intéresse beaucoup au paranormal, ce qui est assez étrange pour quelqu'un que Steven Greer accuse par ailleurs d'être le           « principal financier de l'Opus Dei ». Il est aussi très proche de la famille Pell, elle-même très proche des Rockefeller et impliquée dans la très élitiste Pilgrims Society. Comme démontré dans l'index des institutions d'ISGP, la famille Liechtenstein a tissé de nombreux liens avec l'élite anglo-américaine. Il n'est pas difficile d'imaginer que Hans Adam et certains membres de sa famille sont des intermédiaires idéaux entre deux establishments différents.

 

Steven Greer est probablement celui qui a cité le plus grand nombre de membres de l'élite dirigeante qu'il a rencontrés ou dont il a entendu parler durant ses voyages: les Rockefeller, les Rothschild, Peter Peterson, George Shultz, Maxwell Rabb, Claiborne Pell, le prince Philip et quelques autres. Ce qui est étonnant est que toutes les personnes pré-citées sont membres de la Pilgrims Society et/ou du 1001 Club et sont classés en très bonne position dans l'index supranational d'ISGP, une coïncidence qui ne cessera jamais de m'étonner. Quelle que soit la conspiration que nous étudions, nous constatons toujours l'implication d'un même groupe composé de quelques douzaines de personnes. Ou plutôt devrions-nous dire: l'implication présumée, puisque rien n'est jamais prouvé, évidemment.

 

Bien entendu, Greer a aussi mentionné le prince Hans Adam II von Liechtenstein. D'après Greer, Hans Adam est convaincu que des extra-terrestres ont enlevé son frère et que le monde doit combattre cette présence extra-terrestre, ce qui explique son financement de l'Intruders Foundation de Budd Hopkins. Citation du livre de Greer, Hidden Truth, Forbidden Knowledge:

 « Au printemps et à l'été de 1994, j'ai commencé à entrer en contact avec d'autres personnes qui s'impliquaient dans des opérations à l'étranger en lien avec les OVNI. Et l'une d'entre elles était S.A.[Hans Adam von Liechtenstein], une tête couronnée. Un de ses amis, qui était également très intéressé par ce que nous faisions et qui nous soutenait énormément, a suggéré que j'aie une conversation avec lui, et que nous collaborions ensemble. Le prince S.A. était aussi un ami de Laurance Rockefeller, et il s'est avéré qu'il avait été recruté par la cellule secrète du col. MK [John Alexander], du général T.E. [Albert Stubblebine] et de W.B. [Robert Bigelow], qui opérait aux Etats-Unis.

 

Nous nous sommes rencontrés en juillet 1994. Il résidait à New York City, au Four Seasons Pierre Hotel, qui se trouve sur la cinquième avenue, à proximité de Central Park, tout près de la maison de Laurance Rockefeller. … Il est très élégant, courtois et amical. … Il a dit « les aliens ne vont pas vous laisser [divulguer quoi que ce soit]». J'ai répondu « Vraiment? ». Eh bien, il s'est avéré que le frère du prince avait été enlevé par ce qu'il pensait être des extra-terrestres. Mais le prince ne savait pas que l'enlèvement avait été réalisé par une opération paramilitaire secrète. … Le prince S.A. m'a alors dit que les extra-terrestres étaient la cause de tous les conflits sur terre depuis Adam et Eve, et que c'étaient eux qui maintenaient le secret à leur sujet! J'ai demandé « Vraiment? »

 

Bien que Steven Greer ne dise que rarement la vérité [37], de même que les témoins de son Disclosure Project, il est tout de même assez étrange qu'on l'ait laissé citer tous ces personnages haut placés, en les impliquant dans le phénomène OVNI et extra-terrestre. Ce qui est tout aussi étrange est que la vérité est systématiquement déformée, même lorsque les acteurs se parlent entre eux. Dans le même chapitre que la citation ci-dessus, Greer prétend que Hans Adam lui avait expliqué qu'au moment de la chute de l'Union Soviétique, George Bush, Mikhail Gorbatchev et le secrétaire général des Nations Unies Javier Perz de Cuellar voulaient divulguer le fait que le phénomène OVNI est réel et que des extra-terrestres visitent la terre. En conséquence, Perez de Cuellar aurait été enlevé par des extra-terrestres.

 

Ca semble totalement ridicule, n'est-ce pas? Ce qui est amusant, c'est que lorsqu'on fait des recherches dans les journaux de l'époque, on s'aperçoit que cette rumeur faisait le tour des soirées et des réceptions au début des années 90, et que Hans Adam et Budd Hopkins, son expert personnel en abductions extra-terrestres, avaient tenté de convaincre Perez de Cuellar de faire une déclaration à ce sujet. De Cuellar refusa de confirmer ou d'infirmer cette rumeur. Cette affaire devint encore plus complexe dans les années qui suivirent. Comme on l'a déjà vu, la femme d'Hopkins l'a dénoncé comme étant un escroc et un falsificateur. Une grande partie des documents qu'elle rendit publics se concentraient sur l'affaire De Cuellar. Pour commencer, Hopkins ne parle pas de l'enlèvement de De Cuellar stricto sensu, mais simplement du fait qu'il aurait été témoin d'une abduction par des extra-terrestres, en guise d'avertissement de ce qui pourrait lui arriver. Le problème est que le kidnappé supposé ainsi que tous les témoins sont tout sauf crédibles. Même en admettant qu'il se soit passé quoi que ce soit, il est évident qu'Hopkins a une stratégie de dissimulation de la vérité.[38]

 

Ci-contre, un exemple du style d'Art Bell: la fameuse émission de 1997 au cours de laquelle un prétendu employé de la zone 51 appelle en direct. L'homme est en fuite à travers le pays, il tente d'échapper au gouvernement, et, ce qui est sans doute plus problématique, à des extra-terrestres venus d'autres dimensions. L'émission est devenue célèbre, parce qu'elle s'est interrompue en plein milieu de l'appel, avec Art expliquant tout d'abord que « son émetteur s'était cassé la figure », puis, plus théâtralement, que « le satellite était tombé en panne ». L'homme en question, «Bryan» a rappelé le 28 avril 1998 pour expliquer: « À tous, je suis l'homme de la zone 51. Je ne sait absolument pas [ce qui a causé la panne du système] et ça m'a flanqué une sacrée trouille ce soir-là. J'ai rappelé un certain nombre de fois … en me faisant passer pour tout un tas de personnages différents et délirants...». Bryan entreprend alors de rejouer « l'appel de la zone 51 », ce de façon assez impressionnante. Tout ceci soulève beaucoup de questions: s'agissait-il d'une des expériences de guerre psychologique du colonel Alexander? Il était apparu à l'antenne cette année-là. Art a-t-il mis hors-service son propre émetteur? D'autres personnes appellent-elles en changeant elles aussi leurs voix? Cette dernière révélation n'a pas semblé déranger Art le moins du monde. Et il faut dire que la plupart des gens qui appellent ont l'air d'avoir été lobotomisés.

 

Il s'avère que la totalité du mouvement sur les abductions extra-terrestres est une arnaque de A à Z. Hans Adam, Budd Hopkins et apparemment le général Stubblebine et ses supérieurs avaient un agenda visant à populariser le phénomène des abductions et à lui donner une apparence très négative. John Mack, financé par Laurance Rockefeller, était chargé de lui donner une connotation plus positive. D'autres chercheurs sont eux aussi sur la ligne plus positive de Rockefeller, comme le dr. Leo Sprinkle et le dr. Richard Boylan, mais ils sont un peu légers dès qu'il faut en venir aux preuves. Tous les chercheurs admettent que des expérimentations génétiques sont menées dans le but de créer une race hybride entre les humains et les extra-terrestres; Mack, Spinkle et Boylan pensent que ces menées sont bénéfiques pour les humains comme pour les extra-terrestres. Tout ceci est bien joli, mais la femme d'Hopkins a clairement démontré que ce dernier manipulait ses témoins sous hypnose en leur suggérant à l'avance quelles expériences ils pourraient vivre durant leurs séances d'hypnose. D'après la femme d'Hokins, le chercheur en abductions David Jacobs faisait la même chose que son mari. Et lorsqu'on étudie le livre de 1994 de Mack, Enlevés par les extraterrestres, livre financé par Rockefeller et encensé par la critique, on se rend immédiatement compte qu'il n'apporte aucune preuve pour soutenir ses affirmations. Il ne retranscrit intégralement les témoignages que de 7 témoins. Ces témoins sont tous des adeptes fanatiques du new age et/ou des écologistes radicaux, à l'exception de l'un d'entre eux. De plus, lorsqu'il en vient à la conclusion que ce sont des vaisseaux spatiaux extra-terrestres ayant une réalité physique qui sont responsables des enlèvements, il ignore les nombreuses expériences paranormales décrites par ses témoins, et n'impliquant pas de vaisseaux spatiaux. Au mieux, les témoignages décrivent l'intérieur d'un vaisseau visité dans un état de quasi-rêve. Un des témoins cités par Mack est le chaman zoulou Credo Mutwa, qui, au cours de la même période, a « confirmé » à David Icke l'exactitude de sa théorie selon laquelle les humains les plus influents de la planète sont en fait des extra-terrestres reptiliens. Les recherches de Mack sur ce sujet sont très peu étayées, et la décision d'Harvard de le renvoyer ne constituait certainement pas une injustice. Bien entendu, Mack fut finalement autorisé à réintégrer la prestigieuse université après avoir reçu le soutien du Disclosure Project et de l'avocat de Rockefeller, Daniel Sheehan, un proche de personnalités haut placées comme George Bush, George Schultz, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. [39]

 

 

Le cas Laura Eisenhower

Un nouveau personnage est récemment apparu sur la scène complotiste, qui fait passer les théories, pourtant extrêmes, des adeptes de Cayce ou de David Wilcock pour d'aimables plaisanteries. Au début de l'année 2010, Laura Magdalene Eisenhower a fait une entrée fracassante sur des sites aussi « fiables » que Rumormillnews.com ou ceux des vétérans de Coast to Coast AM Alfred Webre et Steve Quayle. Laura Eisenhower réussit l'exploit d'entremêler toutes les théories infondées qui passent à l'antenne de Coast to Coast AM, dans ce qui semble être une tentative pour remporter l'oscar du plus grand gourou ufologique de la décennie. Voici ce qu'en disait Rumormillnews, le 11 février 2010:

 « Laura Magdalene Eisenhower, l'arrière petite-fille d'Ike, prétend être la réincarnation d'Isis et d'autres déesses. Elle est avec nous pour parler d'une base secrète sur Mars. Au cours d'une de ses déclarations publiques, Laura Eisenhower a soutenu que le dr. Harold E. (Hal) Puthoff, un ancien chercheur au Stanford Research Institute, est le coordinateur secret du projet de colonisation de Mars. Elle ajoute avoir été approchée à de nombreuses reprises, d'avril 2006 à janvier 2007, pour être recrutée au sein de ce projet. Son témoignage est confirmé par son amie proche, Ki'Lia, une artiste et futuriste qui a étudié à Stanford. Le but supposé de cette colonie est de fournir un mécanisme de survie à l'espèce humaine au cas où surviendrait un événement cataclysmique, qu'il soit naturel ou planifié, qui causerait la fin de l'espèce humaine. … Pour co-animer ce programme, nous avons avec nous Alfred Webre, le présentateur de la radio Exopolitics. Vous pourrez trouver plus d'informations en visionnant cette vidéo de Steve Quayle postée sur Youtube. »

 

Hal Puthoff a déjà été cité dans cet article. Il était le chef du programme de vision à distance de la CIA/DIA/SRI (Project Stargate), et est encore à ce jour un invité fréquent de Coast to Coast AM. En d'autres termes, il a le même parcours qu'Alfred Webre, qui a aidé Laura à promouvoir son histoire. En 2014, Laura a été interviewée par Webre dans son podcast. Voici ce qu'elle disait:

 « Nous avons affaire à de nombreuses guerres galactiques et à de nombreuses guerres angéliques, qui ont eu lieu avant la formation de cette planète, que nous connaissons sous le nom de Gaia. … Et au cours de la formation de cette nouvelle création, celle-ci a presque aussitôt été détournée. Nous avons affaire à des reptiliens qui ont fini par s'installer dans le sous-sol, mais qui ne sont pas nécessairement malveillants.

 

Mais il y a aussi ceux du système de Draco, et la façon dont la rébellion luciférienne et celle des Anunnaki fait partie de la mise en esclavage de l'humanité, et nous entendons toutes ces histoires sur Enki et Enlil, et toutes ces différentes projections et théories sur leurs réelles intentions. Enlil a été présenté comme un démon parce qu'il a provoqué le déluge et Enki faisait le bien parce qu'il voulait protéger l'humanité.


Mais qu'est-ce qui protège réellement l'humanité lorsqu'il y a un plan pour la mettre en esclavage? En ce moment, on a d'un côté des entités qui souhaitent avoir une population importante à contrôler, et d'autres qui veulent en quelque sorte réguler la population. Et il y a aussi les reptiliens qui sont partis vivre en sous-sol, et qui faisaient partie de la création originelle, et qui observent tout ce foutoir et qui veulent probablement y mettre de l'ordre ou amener une certaine forme de justice. Et donc nous avons face à nous plusieurs espèces différentes, et ce qui concerne l'invasion serait la manipulation, le contrôle mental, les technologies occultes qui veulent contrôler la nature, qui veulent contrôler les humains, tout ce qui va des aérosols ou la technologie HAARP, à ce qui nous vient des religions ou des gouvernements. … Une partie de l'invasion est mise en œuvre depuis des milliers et des milliers d'années. Alors quand on a affaire à quelque chose comme les Illuminati,ou certaines de ces institutions gouvernementales occultes, il y a beaucoup de factions...

 

Il est temps de tout révéler, peu importe ce qu'il en résultera, et qui sera capable de l'accepter ou pas, parce que ça n'a plus d'importance à présent. Nous devons tous faire partie du débat. Nous devons nous allier avec ceux qui sont de notre côté. Et nous devons entrer en contact avec ceux qui n'y sont pas. Leur donner une chance de s'allier avec ce qui, vous voyez, ou nous devons les obliger à arrêter ce qu'ils font... »

 
Elle enchaîne avec les pléiadiens qui ont reçu une fin de non-recevoir de F.D.Roosevelt et Eisenhower, et Hitler qui a passé des accords secrets avec les petits-gris en échange de technologie de pointe. Voici un pot-pourri des expressions utilisées par Laura durant l'interview:

 « Le projet Paperclip … Montauk … les industries de défense ont été infiltrées … j'ai l'impression que les sionistes et les nazis sont membres de ce gouvernement de l'ombre … j'entends ma voix intérieure qui me dit «échec et mat» … James Casbolt … a dit que ceux-là ont été clonés par des humains … Scandinaves … MJ-12 … et tout est lié avec les Rockefeller et les Bilderbergs … le superordinateur des Tablettes de la Destinée … aliens d'Orion … siriens … le crash de Roswell et d'autres crashes qui ont eu lieu … cloner ou créer des hybrides … nous devons étudier les MILABs [de fausses abductions extra-terrestres organisées par les militaires, un des sujets favoris de Greer] … lorsque nous avons affaire à ces petits-gris, nous n'avons pas seulement affaire à des extra-terrestres. Nous avons affaire à des humains du futur qui ont voyagé dans le temps et qui essaient de perpétuer un cycle de vie, plutôt que d'être sur le chemin ascensionnel où ils n'auraient plus besoin de nos gènes humains. »

 
Et ça continue ainsi pendant 50 minutes, avec Webre qui fait la tête de quelqu'un qui a envie d'aller se pendre, comme à son habitude. Le fait que Laura parle d'un de ses anciens collègues de SRI, et actuel collègue à Coast to Coast AM, ne semble pas le déranger. Evidemment, Webre ne fait rien d'autre que de la désinformation. Il suffit de jeter un œil à ses autres vidéos sur Youtube:

  •  Le Conseil d'Andromède: suppression des bases sous-marines des reptiliens du Dragon et de l'Hydre au Moyen-Orient et en Chine. (2011)
  • Le Conseil d'Andromède: la guerre avec les gris d'Orion et les reptiliens du Dragon est gagnée, pas d'invasion ET sous faux drapeau. (2011)

  •  Le Conseil d'Andromède: tremblement de terre de magnitude 6,9 en mer de Chine orientale: base sous-marine reptilienne détruite. (2012)

 

Dans la seconde vidéo, on peut entendre Webre nous présenter «Tolec», de la constellation d'Andromède:

 « Dans cette affaire, la personne avec laquelle nous allons nous entretenir pendant plusieurs interviews a demandé que nous taisions son identité humaine, bien que son identité andromédienne, telle qu'elle a été donnée par le Conseil d'Andromède, soit Tolec. ... Le Conseil d'Andromède nous dit trois choses

 1) Que la guerre contre les gris d'Orion et les reptiliens du Dragon a été gagnée

 2) Que la Terre est entrée dans un processus de changement dimensionnel vers une nouvelle 4ème dimension emplie de lumière

 3) Qu'un certain nombre de changements terrestres, en association avec de grands corps célestes, sont sur le point d'advenir.

 

Tolec va aborder tous ces sujets avec nous. Tolec va ensuite nous raconter son premier contact extra-terrestre avec Zoltar. … Tolec, bienvenue dans notre émission. »

 

Sérieusement, certaines personnes doivent être vraiment aux abois. Ce genre de théories et de discussions extrêmes pullulent sur internet de nos jours. Tout a commencé sur Coast to Coast AM, mais il y a à présent des milliers et des milliers de blogs, de sites internet et de comptes Youtube qui polluent l'internet, se contentant tous de copier-coller à peu près les mêmes informations superficielles et délirantes. L'un des principaux sites de ce genre est Project Camelot, mais il y en a beaucoup d'autres de moindre importance.

 
Il nous faut à présent en venir au fait que Laura est réellement l'arrière petite-fille du président Dwight Eisenhower.[40] En tant qu'ami proche des Rockefeller et des frères Dulles, le président Eisenhower était membre du directoire de la Pilgrims Society avant même d'accéder à la présidence. John Foster Dulles devint son sécrétaire d'état, Allen Dulles son directeur de la CIA, et Nelson Rockefeller fut pendant quelque temps à la tête du Comité 5412, qui supervisait les opérations secrètes du gouvernement.

 

De nos jours, plusieurs membres de la famille Eisenhower sont membres de différents groupes de réflexion. Mais le membre de la famille le plus important n'est autre que la mère de Laura, Susan Eisenhower. Elle est affiliée au NASA Advisory Council (1999-2002), au Bilderberg 2001, au Center for the National Interest (CFTNI), à la Commission on U.S. Policy toward Russia, au Center for Strategic and International Studies (CSIS), à l'Energy Future Coalition (EFC), à la Nuclear Threat Initiative (NTI), et à la Blue Ribbon Commission on America's Nuclear Future (BRCANF). Son ex-mari, Roald Sagdeev, dont elle fut l'épouse de 1990 à 2008, a été membre du Forum International du Luxembourg sur la Prévention d'une Catastrophe Nucléaire. Eisenhower et Sagdeev sont impliqués dans le Albright Stonebridge Group. Susan a aussi siégé au comité consultatif de la Lightbridge Corporation, anciennement connue sous le nom de Thorium Power. Le thorium est une nouvelle forme d'énergie nucléaire, considérée comme propre.

 
Ce qui est amusant est que, si quiconque mettait en place un programme spatial secret avec une supervision du secteur privé, Susan Eisenhower et son mari seraient impliqués, et Hal Puthoff serait probablement une de leurs recrues. Sagdeev, un expert russe de la physique des plasmas, était directeur de l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des sciences de l'ex-URSS, et conseiller scientifique de Mikhail Gorbatchev. Il est clair que les ex-époux sont profondément impliqués dans la prévention d'une guerre nucléaire, une préoccupation qu'ils partagent avec Henry Kissinger, George Shultz, Ted Turner et quelques autres partenaires; ils jouent également un rôle majeur dans les derniers développements dans le secteur de l'énergie.

Quels que soient les projets dans lesquels ils sont impliqués ou pas, certaines choses sont vraiment étranges. Il apparaît que Laura n'a pas simplement eu une crise et pété les plombs toute seule. Elle prétend que ses parents ont implanté dans son esprit l'idée qu'elle serait.. qu'elle serait quoi, au juste? Laissons Laura nous l'expliquer elle-même:

 « J'ai pu acquérir une meilleure compréhension du monde au cours de mon travail pour créer une révolution spirituelle. Mon père est né en Egypte et parle sept langues, et mes sœurs et moi partageons un intérêt pour les voyages, les langues, les cultures autochtones, et les savoirs ésotériques. … Ma mère (Susan Eisenhower), une analyste politique à Washington D.C., n'était pas portée sur la spiritualité, et mon père est devenu un prêtre catholique. Je n'ai jamais été attirée par la religion, et je n'ai jamais lu la Bible. Bien sûr, j'avais une relation très pénétrante avec le Christ, et étant enfant, je communiquais télépathiquement avec lui chaque fois que j'étais obligée de prendre place dans une église. Des miracles incroyables avaient lieu, et je sentais toujours sa présence de façon très intime. Mon père évoquait toujours ma connexion avec Marie-Madeleine, puisqu'il m'avait donné ce deuxième prénom, et il suggérait que je choisisse ce prénom lors de ma confirmation. … Tous ceux qui me connaissent, y compris mes deux jeunes jumeaux, mes amis et ma famille, tous se réfèrent à mon lien avec Sophia-Magdalene et comprennent la mission que je dois mener. Plus d'une douzaine de médiums professionnels réputés ont intensément ressenti que j'étais l'incarnation de Sophia-Magdalene. Ils m'ont dit que j'étais la Mère, la Grande Prêtresse, la déesse de la Terre, et la reine des royaumes célestes et féeriques. Beaucoup m'ont vue à Avalon et dans d'innombrables autres vies dimensionnelles comme étant La Déesse. Ils disaient que j'étais le centre de l'univers. Mon esprit et mon corps céleste recouvraient la totalité de la création ainsi que les dimensions intermédiaires. J'étais un esprit cosmique qui s'étendait à travers l'univers infini. La création était une émanation de mes sens et de mon corps émotionnel. Je changeais de forme à travers les éléments, en diffusant de la lumière et des couleurs. Ils m'ont dit qu'ils n'avaient jamais rien vu de tel, et qu'ils arrivaient à peine à décrire ce qu'ils avaient vu. » [41]

 Il est tout de même étrange qu'aucun journaliste mainstream n'ait interrogé Susan Eisenhower à propos des déclarations et des activités de sa fille. N'y a-t-il personne pour se demander comment les Eisenhower, ou leurs amis de l'élite, élèvent leurs enfants? Il semblerait que non.

 


Un culte new age du 21ème siècle?

Si Laura Eisenhower dit la vérité quand elle affirme que ses idées lui ont été suggérées par son entourage familial, on en vient rapidement à se demander à quel point les élites mondiales peuvent être « excentriques ». Nous avons Otto von Habsburg, entouré par la totalité du réseau Opus Dei/Chevaliers de l'Ordre de Malte, avec une aide non négligeable des chefs de la CIA. Nous avons les saoudiens wahhabites, avec lesquels la CIA a également coopéré depuis une éternité. Hal Puthoff, dont nous avons déjà parlé, est un scientologue de haut rang. Joe Firmage est un mormon. Et ce qui est sans doute le plus important: pourquoi la clique libérale des Rockefeller fait-elle preuve d'un tel zèle dans le financement et le soutien des éléments les plus extrêmes du mouvement new age?

 
Je n'ai jamais pu totalement confirmer l'implication des Rockefeller, de Robert McNamara et de Thomas Watson Jr. dans le Lucifer's Trust / Lucis Trust, situé au siège des Nations Unies. Je n'ai pas trouvé de preuve indiscutable, et le Lucis Trust a refusé de coopérer. Toutefois, ces trois noms, que l'on retrouve par ailleurs au 1001 Club et dans la Pilgrims Society, et d'autres ont été mentionnés par l'Executive Intelligence Review (EIR) en 1989.[42] Bien que l'EIR ait tendance à ne pas révéler ses sources, je n'ai jamais constaté qu'ils aient inventé des faits en quelque occasion que ce soit, en dehors de leurs opinions excessives, contradictoires et qui peuvent s'apparenter à de la propagande. En fait, je dirais qu'ils sont très bien informés, en dépit de leurs intentions.

 

Par exemple, le premier article d'EIR que j'ai consulté lors de mes recherches sur le Lucis Trust, lie ce dernier à la fois au mouvement pour le désarmement nucléaire (John Mack etc.), au Stanford Research Institute, au Nations Unies, à l'Esalen Institute, à divers mouvements yogiques indiens, à des partis écologistes ou des groupes travaillant sur le développement durable, et à des personnalités de la contre-culture comme Willis Harman, Daniel Ellsberg (Pentagon Papers), et Richard Falk (soutien de l'ayatollah Khomeini en 1979, et « sceptique » sur le 11 septembre).[43] Cet article de l'EIR date de 1984, mais nous allons retrouver la plupart de ces informations dans cette partie de l'article.

EIR a établi un lien entre Willis Harman et le Stanford Research Institute, ainsi qu'avec plusieurs conférences internationales organisées avec la secte de Bhagwan, le parti écologiste ouest-allemand et le mouvement américain pour la paix. Rappelons que Harman a également été le président de l'Institute of Noetic Sciences (IONS) de 1975 à 1996, un élément-clé du globalisme voulu par les Rockefeller, qui a promu John Mack (C2C AM), le chercheur sur les abductions extra-terrestres, et l'ufologue Jacques Vallée (C2C AM). IONS a été créé en 1973 par l'astronaute Edgar Mitchell (C2C AM), celui-ci étant toujours un membre de son comité exécutif. On retrouve Maurice Strong, un ami des Rockefeller et des Rothschild, comme « conseiller émérite » d'IONS. Deepak Chopra (C2C AM), le dr. Amit Goswami (C2C AM), Desmond Tutu et Russell Targ (C2C AM), sont d'autres «conseillers émérites» d'IONS.[44] Les deux premiers cités sont en première ligne pour accréditer l'idée d'un lien entre la spiritualité et la physique quantique, un concept déjà mis en avant il y a des décennies par SRI, grâce à des personnes comme Fred Alan Wolf (C2C AM) et Jack Sarfatti (C2C AM), un assistant de Ron Pandolfi (CIA) qui a participé à des réunions du Jason Group.[45]

 
Son passé d'astronaute qui a marché sur la Lune et son cursus universitaire conclu par un doctorat font que Mitchell est largement considéré comme étant un parangon d'intégrité, dont la légitimité est rarement remise en cause. Pourtant, Mitchell n'est en fait qu'un agent stipendié pour faire de la désinformation. Sa carrière alternative a démarré par une enquête secrète, financée par la Rockwell Corporation, sur la fausse chaussée de Bimini, une affaire qui a été médiatisée par les adeptes de Cayce. Dans les années 70, il a mené des études à SRI avec le médium Uri Geller (C2C AM), dont les relations incluent l'ancien ministre de la défense et des affaires étrangères israélien Moshe Dayan, l'ambassadeur Max Kampelman, la recrue des Rockefeller Henry Kissinger, et l'employé des Rothschild sir Val Duncan. Dans les années 90, Mitchell a collaboré étroitement avec Steven Greer dans le cadre du Disclosure Project, ainsi qu'avec le National Institute for Discovery Sciences (NIDS) de Robert Bigelow, un groupe de recherche privé sur le paranormal et les OVNI, dont les membres avaient table ouverte sur Coast to Coast AM. Mitchell est lui aussi apparu à l'antenne à de nombreuses reprises.

Par la suite, Mitchell a siégé pendant une douzaine d'années au conseil d'administration de l'Institute for Cooperation in Space, aux côtés de Carol Rosin (C2C AM, fondatrice et présidente), Daniel Sheehan (C2C AM), Alfred Webre (C2C AM), son collègue astronaute Brian O'Leary (C2C AM), et le défunt sir Arthur C. Clarke.[46] Rosin, Sheehan, Webre, Mitchell et, dans une moindre mesure, O'Leary sont tous affiliés au Disclosure Project. Ils sont également tous passés sur Coast to Coast AM. Rosin est un « général cinq étoiles » dans le Premier Bataillon de la Terre du général Albert Stubblebine. Rosin et Sheehan se sont fait remarquer dans les années 80 pour leur activisme en faveur des intérêts des Rockefeller et du département d'état contre les politiques menées par Reagan, que ce soit la Strategic Defense Initiative (Rosin), ou l'affaire Iran-Contra (Sheehan). Auparavant, nous avons vu comment Alfred Webre discutait avec « Tolec » d'Andromède, à propos de bases reptiliennes souterraines qui sont détruites dès qu'un tremblement de terre a lieu. Il est difficile de donner un quelconque crédit à Mitchell quand il nous dit que les extra-terrestres existent, lorsqu'on voit les personnes extrêmement étranges avec lesquelles il s'associe.

 
Nous avons donc les recherches menées à SRI. Nous avons IONS. Il est plus que probable que nous ayons le Lucis Trust. Nous savons que de nombreux chercheurs sur les abductions extra-terrestres ont été financés. De quels autres éléments disposons-nous pour prouver que les Rockefeller et leur clique cherchent à mettre en place un culte new age? Évoquons tout d'abord le ranch Baca dans la vallée de San Luis. En 1988, Maurice Strong y a installé la Manitou Foundation avec le soutien financier de Laurance Rockefeller.[47] Il semble qu'il s'agissait pour cette fondation de créer un culte de type Baha'i avec des représentants des différentes religions du monde. Laissons Hanne, l'épouse de Maurice Strong, nous détailler ce projet:

 « En tant que présidente de la Manitou Foundation (une organisation qui pratique le don de terres, ou land granting), fondée en 1988, et du Manitou Institute (management environnemental), créé en 1994, Hanne Strong a mis en place le plus grand centre de retraite interconfessionnel et oecumenique, ainsi que la plus grande communauté d'enseignement durable d'Amérique du Nord. Mme Strong a donné plus 800 hectares de terres à des groupes spirituels, éducatifs et environnementaux. Grâce au programme de dons de terres de la Manitou Foundation, la communauté de Baca/Crestone accueille désormais la plupart des traditions spirituelles du monde...

 

Ces groupes incluent: Spiritual Life Institute (une communauté carmélite), Crestone Mountain Zen Center, Haidakhandi Universal Ashram, San Luis Valley Tibetan Project, Samten Ling Retreat Center, Yeshe Khorlo, Vajra Vidya Retreat Center and Tibetan Archives Library, Ligmincha (de la tradition Bon), White Elephant Monastery (taoïste), Shinji Shumekai of America (shinto), Lindesfarne Dome (celtique), Sanctuary House (soufi), White Jewel Mountain Tibetan Buddhist Cremation Stupa and Nunnery, Dharma Ocean Foundation, et Sacred Passages Reconnecting with Nature and Sage House (indiens d'Amérique). Les organisations éducatives et environnementales incluent: Colorado College, Naropa University, Sri Aurobindo Learning Center, EDUCO, Earth Origin Seeds Project, Earth Restoration Corps, Crestone Healing Arts Center, et Sacred Passages.[48]

 

Pourquoi créer une retraite de ce type au milieu de nulle part? Parce qu'Hanne Strong pense que des cataclysmes globaux sont sur le point d'advenir, et que le centre spirituel de Baca Ranch pourrait constituer l'embryon d'une nouvelle religion mondiale.[49]

 

La foi baha'ie est une méthode idéale pour intégrer différentes religions. La mission première de la foi baha'ie est d'unifier toutes les religions mondiales sous l'autorité des Nations Unies. Maurice et Hanne ont tous deux travaillé aux Nations Unies. Steven Greer a été le seul à déclarer ouvertement son appartenance à la foi baha'ie; il était présent au Baca Ranch au milieu des années 90, où il mettait en pratique son programme CSETI [50], une méthode pour attirer des OVNI avec des lasers à haute intensité, un son anormal enregistré sur le site d'un crop circle, et de la méditation de groupe. Ce programme a été partiellement financé par Laurance Rockefeller.

 
Passons à présent au State of the World Forum, fondé par James Garrison avec l'aide de Daniel Sheehan, l'avocat jésuite de Laurance Rockefeller et du Disclosure Project. Garrison a été le supérieur de Sheehan depuis leur collaboration au Christic Institute, qui a participé à l'éclatement du scandale Iran-Contra. D'après Sheehan, le Christic Institute a été fondé en 1980 parce que Sheehan et ses collègues, dont James Garrison, ont été « frappés par la façon dont la droite a monopolisé la question religieuse ». Le State of the World Forum a conservé cette ligne idéologique, avec Sheehan déclarant que le but de cette organisation était d' « amener la gauche a acquérir la notion de la spiritualité ». Parmi ses financiers et ses visiteurs, on trouve David Rockefeller, Zbigniew Brzezinski, George Shultz, Henry Kissinger, Ruud Lubbers, Maurice Strong, Mikhail Gorbachev, Ted Turner de CNN (le créateur du dessin animé Captain Planet), Rupert Murdoch, Warren Buffet et l'adepte des OVNI Joe Firmage. Les conférences, qui étaient des exposés sur le new age, ont accueilli Deepak Chopra, Ram Dass, Thicht Nhat Hanh, Sam Keen et, bien entendu, John Mack.[51] C'est Garrison qui a cultivé ces liens avec des personnalités de haut niveau. En 1980, il fonda le programme d'échanges américano-soviétiques de l'Esalen Institute. Il a très vite noué des liens avec Boris Eltsine, en l'aidant à se rendre aux Etats-Unis.[52] On ne sera pas surpris d'apprendre que l'Esalen Institute, étant une organisation new age, est affilié à l'Institut des Sciences Noétiques d'Edgar Mitchell.

 

N'oublions pas que la plupart des personnes mentionnées sont membres des très sélect Pilgrims Society et 1001 Club. Pour la Pilgrims Society: des membres de la famille Rothschild, David Rockefeller, Zbigniew Brzezinski, George Shultz, Henry Kissinger, Peter Peterson, Robert McNamara, Maxwell Rabb, James Woolsey (intervenant), Walter Cronkite, etc. Pour le 1001 Club: David Rockefeller, Laurance Rockefeller, les Rothschild, les Bechtels, Robert McNamara, Maurice Strong, Ruud Lubbers et Prince Hans Adam II von Liechtenstein. Pour le 1001 Club, on citera également Instone Bloomfield, qui a financé la London Society for Psychical Research et la Spiritual Truth Foundation; ou Joke van Dieten Maasland, un ancien importateur néerlandais de ferraris et de maseratis, qui a plus récemment parcouru le monde dans un 4x4 hummer avec une douzaine de crânes de cristal ayant appartenu à des « extra-terrestres du passé », et qui a rendu visite à l'éphémère parc d'attraction d'Erich von Daniken en Suisse, ainsi qu'aux temples de la secte de Damanhur en Italie.

 

Il est impossible de déterminer si l'intérêt du public pour le new age est le résultat d'une campagne de désinformation ou d'autre chose, toujours est-il que Laurance Rockefeller en est l'acteur principal. Laurance est souvent décrit comme le membre le plus excentrique et le moins important des frères Rockefeller, en particulier par Steven Greer. Ce portrait semble très éloigné de la vérité. Pour commencer, Laurance a été un membre fondateur et administrateur du Rockefeller Brothers Fund en 1940, son président de 1958 à 1968, puis à partir de 1980. Il a également été membre de l'élitiste Links Club, dont la plupart des membres appartiennent également à la Pilgrims Society. Laurance s'est tout simplement exclusivement consacré aux questions écologiques, tout comme son frère David était exclusivement en cheville avec des groupes de réflexion financiers et politiques à travers le monde. Dès 1941, à l'âge de 31 ans, Laurance était administrateur de la Zoological Society, avec des membres historiques et des financiers tels que Andrew Carnegie, les Morgan, les Vanderbilt et les Rockefeller. Au fil des années, lui et ses plus proches amis du 1001 Club et de la Pilgrims Society ont créé et financé des organisations comme la Conservation Foundation, Resources for the Future (RFF), l'American Conservation Association, Worldwatch Institute, le Population Resource Center (PRC), la Manitou Foundation, le WWF, et le 1001 Club. Il semble que, au cours des années 80 et 90, Laurance ait commencé à financer des projets tels que les « séances de torsion de cuillères » du colonel John Alexander, la Human Potential Fundation (nommée ainsi d'après le Human Potential Movement lié à l'Esalen Institute), le Project Starlight de Steven Greer, divers chercheurs en abductions extra-terrestres, et la Rockefeller Initiative sur la divulgation sur les OVNI.

 

Laurance souhaitait-il réellement une divulgation durant les années Clinton? Difficile à dire. Lorsqu'on jette un œil au pedigree des personnes qu'il a soutenues, on peut se dire qu'une divulgation n'aurait probablement pas abouti au dévoilement de la vérité, mais plutôt à un mensonge de plus. Ce qui se passe en arrière-plan est vraiment très étrange et de type sectaire. Comment peut-on défendre ces idées sectaires à partir du moment où l'on souhaite aborder la question extra-terrestre d'un point de vue scientifique? Comment Rockefeller et ses proches peuvent-ils imaginer que les masses vont croire les élucubrations de chercheurs tels que John Mack? Je n'ai pas de vraies réponses, si ce n'est que les manipulations sont omniprésentes.

 


Conclusion: nous avons un problème

Cet article a clairement montré que Coast to Coast AM, l'émission de radio new age la plus populaire au monde, et de très loin, est contrôlée par le gouvernement, ou par ce qui se fait passer pour le gouvernement. Il semble qu'on ait réellement affaire à          « l'organisation supranationale » qu'évoquait Jim Schnabel: des personnages extrêmement puissants, liés à des milieux politiques, bancaires, d'affaires, et à différents services de renseignement. C'est ce groupe qui décide qui peut passer à l'antenne, ou pas. Et ceux qui ont le privilège de passer à l'antenne diffusent un flux de désinformation continu. Une désinformation qui est d'ailleurs très bien organisée, puisque toutes leurs interventions se recoupent entre elles. Par exemple, les adeptes de Cayce, l' « historien » Graham Hancock, l' « astronome » Richard Hoagland, et une armée de voyants à distance, disent tous que l'Egypte ancienne est ce qui reste de l'Atlantide et qu'elle a probablement des liens avec les pyramides sur Mars. Évidemment, il s'agit d'un tissu d'absurdités.

 
De plus, il a été démontré que le plus grand réseau sur le conspirationnisme politique au monde, le Alex Jones Show, qui est un allié proche de Coast to Coast AM, est lui aussi contrôlé par les mêmes éléments. Alex Jones refuse absolument de relayer des informations sur la Pilgrims Society ou le 1001 Club, et encore moins sur l'American Security Council ou Le Cercle. Il commence même à transpirer et à bégayer dès qu'un invité évoque le Council for National Policy.

 

Pour couronner le tout, on peut prouver qu'internet est rempli jusqu'à la gueule de faux sites web, de faux comptes Youtube, et de trolls de forums et sur les commentaires Youtube. L'un de mes trolls préférés du moment est le posteur sur Youtube nommé     « Saintly Oswald », avec des vidéos ayant pour titre « 11 shots in Dallas JFK Assassination Conspiracy », « Don't Read JFK Assassination Books! (The Driver Shot JFK) », et « Proof Boston Marathon Bombings Fake ». Il est parfois très facile de repérer ces réseaux de désinformation grâce aux listes d'amis sur Facebook ou Youtube: la plupart de ces activistes gravitent les uns autour des autour des autres, que ce soit dans le cadre du « changement de paradigme global », des chapitres locaux de la Révolution de Ron Paul, ou du réseau We Are Change. Ou grâce à leur historique sur Youtube: nombre d'entre eux passent tout leur temps à écrire des messages sceptiques; ou l'exact opposé: ils mettent en avant toutes sortes de théories étranges sur les Illuminati ou sur les OVNI. Ils appartiennent tous à la même mouvance qui voit des gens poster jusqu'à 50 ou 60 messages par jour en faveur de théories idiotes, de l'assassinat de Kennedy au 11 septembre, et tout ce qui se trouve entre les deux. Vidéos sur Youtube, forums complotistes, sites complotistes: tout est infiltré, tout est détruit, au moins dans la mesure où les gens ordinaires et rationnels s'en détournent rapidement. En vérité, les informations sur JTRIG, dévoilées par Edward Snowden, ne sont que la partie émergée de l'iceberg en ce qui concerne les activités de la NSA et de GCHQ - telles qu'elles ont été divulguées par Snowden.

 

Il est clair qu'il s'agit d'une infiltration à grande échelle, qui s'est étendue jusqu'aux maisons d'édition. Par exemple, il est incompréhensible que tous les enquêteurs alternatifs sur le 11 septembre promeuvent la théorie que le vol 77 n'ait pas pu toucher le Pentagone. Quiconque fait un minimum de recherches se rendra compte que pour en arriver à cette conclusion, il faut mettre hors contexte tous les témoignages et toutes les photos prises ce jour-là. Et pourtant, ces auteurs sont toujours mis en avant: des centaines de sites conspirationnistes, des émissions de radio alternatives, et parfois même la télévision nationale les présentent comme les représentants de tous les «théoriciens du complot». Mais personne ne veut jamais renvoyer vers des articles qui incluent les premières listes photocopiées des membres de la Pilgrims Society, du 1001 Club ou du Cercle. Comme c'est étrange...

 
Lorsque j'écris «nous avons un problème», je veux signifier par là qu'il va devenir très difficile pour des individus de propager leurs messages, tout simplement parce que les médias traditionnels ne sont pas les seuls à être contrôlés, mais clairement les médias alternatifs le sont également. Et pas qu'un peu. Le contrôle est quasi-total. Pour ma part, c'est un problème. Je pourrais écrire plusieurs livres sur la santé ou les questions spirituelles. J'ai, à de nombreuses reprises, guéri des maladies chroniques face auxquelles les médecins ou les acupuncteurs étaient sans solutions. Je sais pourquoi ils ne pouvaient pas les guérir, et pourquoi je le pouvais. Tout ceci est assez simple, en réalité. Et je pourrais apprendre à n'importe qui à en faire autant, ce pour le coût d'un simple livre. Toutefois, comment pourrais-je transmettre cette information au public? J'ai longtemps imaginé qu'une information unique pouvait vous assurer un bon contrat avec une maison d'édition, et vous permettrait de passer sur une émission comme Coast to Coast AM. C'est Robert Moss, un auteur sur les rêves dont nous avons déjà parlé, qui était à l'origine de cette croyance, des années avant que je ne commence même à réfléchir au concept de conspiration. Lorsque j'ai acheté le livre de Moss, Les portes du rêve, vers 2000, j'avais remarqué que l'éditeur était la prestigieuse Random House. Je m'étais dit alors: si Moss peut se faire publier par un éditeur de ce calibre, je devrais pouvoir faire de même; nous verrons bien. Bien entendu, c'était avant que je repère le nom de Moss sur une liste de membres du Cercle, et que je découvre qu'il avait été un briseur de grève pro-fasciste et qu'il avait conspiré pour faire des coups d'état pour le compte de la CIA et du MI6.

 
Quoiqu'il en soit, il me reste encore à peu près un demi-siècle à passer sur cette terre. J'imagine que ça va être un sacré combat pour faire sortir l'information.

 

 

Notes

Les biographies sont en cours de traduction. En attendant, les liens renvoient vers les biographies de l'article original, en anglais.

[1] Voir la biographie et les sources sur Lowry Mays et Red McCombs

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Voir la biographie et les sources sur Malachi Martin

[6] Faire une recherche pour «Opus Dei» dans la liste des membres du 1001 Club

[7] Voir la biographie et les sources sur Malachi Martin

[8] *) Voir l'article American Security Council d'ISGP pour des détails sur les liens entre Americares et la maltraitance sur enfants.

*) Dans l'index des institutions d'ISGP: «Americares 1982: J. Peter Grace | Brzezinski | William Simon | Gen. Richard G. Stilwell | Stilwell, Jr. | Eagleburger | Robert Macauley (friend of George H. W. Bush) | Prescott S. Bush, Jr. | Jeb Bush | George P. Bush | Barbara Bush | Bruce Ritter | Elie Wiesel | Sen. Gordon Humphrey | A. James Forbes, Jr. | Robert Galvin | James Earl Jones | Powell | Thomas L. Sheer»

*) Russ Baker, le 8 janvier 1991 pour Village Voice, 'A Thousand Points of Blight' ['Un Millier de Points de Rouille']: «Lorsqu'Americares a décidé que le Nicaragua méritait son aide, le cardinal conservateur Miguel Obando y Bravo se rendit à l'aéroport pour recevoir le premier chargement, et les Chevaliers de l'Ordre de Malte, très bien introduits, le distribuèrent. Marvin, le fils du président Bush, était à bord du vol suivant d'Americares, qui arriva quelques jours après l'inauguration de Chamorro. Il fut accueilli par l'ambassadeur des Chevaliers de l'Ordre de Malte, nommé Roberto Alejos Arzu, qui, au-delà de son rôle récent de dispensateur de charité avunculaire, a longtemps été associé avec certains des éléments les plus réactionnaires d'Amérique Centrale. … Les liens entre Alejo et l'administration Reagan-Bush remontent à 1979, lorsqu'il accueillit une délégation de l'American Security Council (ASC), le lobby militaire privé. Le groupe, dirigé par les généraux Stinglaub (que son implication dans l'affaire Iran-contra rendra célèbre par la suite) et Daniel Graham, rencontra le président du Guatemala, et observa en hélicoptère les opérations de contre-insurrection menées dans les campagnes. Par la suite, Alejos se rendit en Californie où il y rencontra Reagan. «M. Reagan était autant en faveur des droits de l'homme que nous l'étions» a déclaré Alejos à cette occasion. «J'éprouve une grande admiration et un profond respect pour m. Reagan. Je pense que votre pays a besoin de lui». L'armée guatémaltèque a mené une tactique de la terre brûlée particulièrement brutale, en bombardant des villages entiers et en forçant les habitants à quitter les lieux. Ils mettaient en œuvre des tactiques développées au Vietnam, et mises en application par le général Stilwell, un membre du conseil consultatif d'Americares. En 1983, plus d'un quart des 4 millions d'indiens vivants sur les hauts-plateaux furent expulsés de leurs terres, d'après le conseil des évêques du Guatemala. Plusieurs dizaines de milliers sont morts, et le nombre d'orphelins est estimé à plusieurs centaines de milliers.»

*) americares.org/whois.htm (en date du 27 août 1999): «Ambassadrice itinérante: Barbara Bush; président honoraire: Dr. Zbigniew Brzezinski; fondateur et président: Robert C. Macauley; comité consultatif: président (1982-1995): J. Peter Grace, Jr., président de la W.R. Grace & Company (1948-1995); Louis F. Bantle, doyen émérite de l'UST; Prescott S. Bush, Jr. Prescott Bush Resources, Ltd. [membres du comité consultatif:] Lawerence S. Eagleburger ... Thomas J. Flatley ... Robert W. Galvin ... Gordon J. Humphrey ... James Earl Jones ... Virginia A. Kamsky ... Sol M. Linowitz ... Peter S. Lynch ... J. Richard Munro, président du comité exécutif de Time Warner, Inc.; général en retraite Colin L. Powell ... Howard J. Rubenstein ... Elie Wiesel...»

[9] Voir la biographie et les sources sur le colonel John Alexander.

[10] *) la banque du Liechtenstein a été représentée au sein du groupe Le Cercle d'Otto von Habsburg, groupe formé autour de la CIA et de l'Opus Dei.

*) Le 25 juillet 2013, Steven Greer, lors de l'avant-première londonienne de son film Sirius à la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA), a déclaré au bout d'une heure et cinq minutes: «je me souviens avoir rencontré le prince héritier du Liechtenstein, Hans Adam von Liechtenstein, il y a quelques années; une rencontre extraordinaire. Il s'est tourné vers moi et m'a dit: «la raison pour laquelle je finance de nombreux groupes sur la questions des abductions -il était le principal financier de l'Opus Dei- est que je pense que nous avons vraiment besoin d'un ennemi dans l'espace, pour que nous ayons une bataille eschatologique finale, une bataille de la fin des temps dans l'espace qui va provoquer le retour du Christ». Et ça sort directement de la bouche du prince héritier du Liechtenstein, et là je me dis «wooohooo, on est chez les dingues».

[11] *) Généalogie des Habsbourg: François II de Habsbourg, saint empereur romain (1768-1835) ---> l'archiduc Franz Karl d'Autriche (Habsbourg) (1802-1878) ---> l'archiduc Karl Ludwig d'Autriche (Habsbourg) (1833-1896), le jeune frère du fameux archiduc et empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph I ---> l'archiduchesse Elisabeth Amalie d'Autriche (1878-1960), qui a épousé le prince Aloys du Liechtenstein (1869-1955) en 1903. L'empereur François-Joseph a soutenu le mariage et y a participé. ---> François-Joseph II, prince du Liechtenstein (1906-1989). ---> Hans Adam II (né en 1945), prince du Liechtenstein. Tout ceci fait de lui un cousin éloigné de Otto von Habsburg, héritier de l'empire austro-hongrois et chef de longue date du groupe Le Cercle.

*) cbsnews.com/pictures/last-crown-prince-laid-to-rest/22/: «Le prince Hans Adam II du Liechtenstein et Marie Aglae du Liechtenstein étaient présents aux funérailles d'Otto von Habsburg à la cathédrale Saint Stephan, le 16 juillet 2011, à Vienne.» On peut voir Hans Adam pleurer sur de nombreuses photographies.

[12] Voir la biographie et les sources sur Budd Hopkins

[13] Ibid

[14] Ibid

[15] Voir la biographie et les sources sur Frank Gaffney

[16] Voir la biographie et les sources sur John Loftus

[17] Ibid

[18] Voir l'article d'ISGP sur la Pilgrims Society

[19] Voir l'article d'ISGP 9/11 partie 2

[20] Voir la biographie et les sources sur Catherine Austin Fitts

[21] Voir la biographie et les sources sur Joe Firmage et Robert et Ryan Wood

[22] Voir la biographie et les sources sur Robert et Ryan Wood

[23] Voir l'article d'ISGP 9/11 partie 2

[24] Voir la biographie et les sources sur Steven Greer

[25] Voir la biographie et les sources sur Steven Schwartz

[26] Voir la biographie et les sources sur le colonel John Alexander

[27] *) Stanford Research Institute, 1957, 'rapport d'opérations': «Directeurs: m S.D. Bechtel … John A. McCone [Bohemian Grove, camp Mandalay] ...»

*) 1960, Public Power, volume 18, p.11: «M. McCone est devenu président de AEC en 1958 après une carrière dans la construction navale et le transport maritime en Californie. Ingénieur, m. McCone est un directeur du Stanford Research Institute, une division du California Institute of Technology [Caltech], et membre du conseil d'administration de l'université Loyola à Los Angeles.»

*) 1967, commission spéciale du Sénat sur les petites entreprises, 'expansion de l'exportation régionale', p.455: «Comité de direction de SRI: Stephen D. Bechtel [Bohemian Grove] ... Paul L. Davies [Bohemian Grove], associé gérant à Lehman Brothers ... Edgar F. Kaiser [Bohemian Grove], président de Kaiser Industries Corporation; David Packard [président de Hewlett Packard; camp Silverado Squatters au Bohemian Grove] ... Edmund W. Littlefield [Bohemian Grove]...»

*) 1972, douzième numéro du journal du Stanford Research Institute/SRI International, pp. 43-46: "COMITE INTERNATIONAL DE SRI: Charles A. Anderson, président, Stanford Research Institute; Stephen D. Bechtel [Bohemian Grove; 1001 Club], Senior Director, Bechtel Corporation; S. Clark Beise, président (à la retraite) de Bank of America, N.T. & S.A.; Edward W. Carter, président de Broadway-Hale Stores, Inc.; Paul L. Davies [Jr.; Bohemian Grove camp Peidmont; beau-frère de Stephen Bechtel Jr. Et oncle de Riley Bechtel.], associé gérant à Lehman Brothers; Gwin Follis, ancien président de Standard Oil Company of California; Weldon B. Gibson [Bohemian Grove camp Rough 'n Ready], vice-président exécutif et président de SRI International, Stanford Research Institute; Fred L. Hartley [Bohemian Grove; Rockwell; Unocal], président de l'Union Oil Company of California; Edgar F. Kaiser [Bohemian Grove camp Mandalay], président du directoire de Kaiser Industries Corporation; E. W. Littlefield [Bechtel; Bohemian Grove camp Mandalay; Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences], président du directoire de l'Utah Construction & Mining Co.; D.J. Russell, président de la Southern Pacific Company; Gardiner Symonds [Bohemian Grove], président de Tenneco Inc. ... CONSEILLERS INTERNATIONAUX DE SRI: Kamel Abdul Rahman, président de The Consolidated Contractors Co. S.A.L. (Liban) [fondateur du CCC avec les frères Khoury, des palestiniens vivant en exil au Liban (il a rencontré et travaillé avec Arafat, Mahmoud Abbas, Rafik Hariri, Nursultan Nazarbayev, etc.); sous-traitant de Bechtel depuis le début des années 60 pour la construction et l'exploitation d'oléoducs, de puits de pétroles, et d'immeubles résidentiels au Koweït, en Lybie, en Arabie Saoudite (en partenariat avec le prince Talal bin Abdul Aziz, frère du roi d'Arabie Saoudite et père du prince Alwaleed bin Talal, l'investisseur milliardaire), en Irak (Iraq Petroleum Company; a construit la prison d'Abu Graib, utilisée par Saddam par la suite), et en Iran (Anglo-American Oil Company)]; Giovanni Agnelli [1001 Club; comité de pilotage du groupe Bilderberg], président de FIAT, S.p.A (Italie); Ignacio Herrero Garralda, Marquis de Aledo, président de l'Union Explosivos Rio Tinto, S.A. (Espagne) [1913-1999; directeur depuis 1931, président de 1961 à 1995, président honoraire depuis 1995 de la banque familiale Banco Herrero]; Paulo Ayres Filho, président Instituto Pinheiros, Produtos Terapeuticos, S.A. (Brésil) [1977, Jan Knippers Black, 'United States Penetration of Brazil', pp. 82-85: "L'Institut de Recherche et d'Etudes Sociales (Instituto de Pesquisas e Estudos Sociais—IPES) a été fondé en 1961, en grande partie sous l'impulsion de Paulo Ayres Filho et de Gilbert Huber Jr. Au début des années 50... Ayres a été profondément influencé par la Foundation for Economic Education à Irvington-on-Hudson, New York, qui faisait du prosélytisme en faveur de la limitation de l'influence étatique et pour la libre-entreprise. … Ayres, d'après un article bienveillant publié dans Fortune magazine, avait tendance à applique le terme «communisme» à un large spectre de pensées politiques: … groupes estudiantins, syndicats ouvriers... Les sources de financement de l'IPES, ainsi que leur ampleur, sont toujours mystérieuses. … Rojas soutenait que sur les 398 entreprises de Rio et Sao Paulo listées par l'IPES comme étant des contributrices, 297 étaient en fait des «entreprises nord-américaines avec des noms brésiliens» … Niles Bond a confirmé à cet auteur que de nombreux hommes d'affaires de l'IPES étaient associés à des entreprises américaines. … L'IPES, tout comme l'IBAD, avait engagé un réseau d'officiers militaires à la retraite pour exercer une influence sur ceux en service actif...»; Operamundi (Brésil), le 2 mars 2014 'Elite econômica que deu golpe no Brasil tinha braços internacionais, diz historiadora' ('le coup d'état des élites économiques brésiliennes a reçu une aide internationale, déclare une historienne')... l'Instituto de Pesquisas e Estudos Sociais [IPES; Institut de Recherches et d'Etudes Sociales], est une organisation créée dans le but de défendre «la libre entreprise» et l' «économie de marché», mais qui servait concrètement de lieu de rendez-vous pour les milieux conservateurs (entrepreneurs, universitaires, et officiers militaires désireux de déstabiliser le gouvernement de Joao Goulart (1961-1964). … Paul Ayres Filho, anti-communiste zélé et fondateur de l'IPES. … «des personnalités importantes des milieux d'affaires sud-américains étaient liés d'une façon ou d'une autre avec les américains» déclare Martina. … Il existe des échanges épistolaires de «nature assez personnelle, et même intime» entre Ayres Filho et David Rockefeller. … En 1963, une manifestation organisée à New York rassembla 67 hommes d'affaires venus de 11 pays du continent.A cette occasion, 5 dirigeants brésiliens – quasiment tous des leaders importants de l'IPES – purent établir des contacts avec les plus hauts dirigeants américains en matière d'économie et de politique. Paul Ayres Filho était l'un d'entre eux. Sans surprise, l'un des thèmes préférés des américains lors de cette réunion a porté sur l' Alianca para o Progresso. … David Rockefeller et son frères Nelson … étaient parmi les plus enthousiastes envers l' Alianca para o Progresso … un programme anti-communiste d'intégration régionale porté par les USA durant la guerre froide pour s'opposer à ce que ses partisans appelaient la «cubanisation» du continent» ... Controversia (Brésil), le 4 avril 2014 'Ditadura & Grandes Empresários: outro caso emblemático': «l'implication d'importants groupes pharmaceutiques, chimiques et plastiques dans le coup d'état de 1964 est à présent abondamment prouvée. L'excellent documentaire «Cidadao Boilesen», diffusé en 2009 et dirigé par le cinéaste Chaim Litewski montre comment les banquiers et les milieux d'affaires de Sao Paulo ont mis en place et financé l'OBAN (Operacao Bandeirantes), un centre de torture et d'enquête créé par l'armée brésilienne en 1969 pour combattre les organisations gauchistes... L'OBAN signifiait que le pouvoir répressif était directement contrôlé et financé par les détenteurs du capital … et exécuté par des agents de l'état en uniforme et par la CIA ...Les militaires et les groupes paramilitaires avaient pour habitude d'accompagner sadiquement les séances de torture à l'OBAN. … D'après Elio Gaspari, dans son livre "The blatant dictatorship", la première réunion organisée pour lever des fonds pour l'OBAN l'a été par Delfim Netto, alors ministre des finances, avec la participation de 15 entrepreneurs et banquiers, comme Gaston Bueno Vidigal, propriétaire de la Mercantile Bank of St. Paul, et également président du club Paulistano. Par la suite, des dîners d'affaires étaient organisés tous les jeudis, auxquelsDelfim Netto était fréquemment invité pour y présenter des analyses de l'environnement économique. A l'issue de la présentation, des fonds étaient collectés pour l'OBAN. Pery Igel, propriétaire de Grupo Ultra et patron de Boilesen, était sans doute l'un des principaux soutiens financiers de l'OBAN, aux côtés de Paul Ayres Filho, propriétaire de la Pine Pharmaceutical, et de dirigeants des constructeurs automobiles Ford et General Motors.»]; Sir Mobolaji Bank-Anthony [propriétaire d'une flotte de supertankers et d'une compagnie de transport aérien], président de Borini-Prono & Co. Ltd (Nigeria[un pays producteur de pétrole important]); Andres Boulton, A. H. Estehaj, président de l'Iranian's Bank (Téhéran); Nejat F. Eczacebaji, président du directoire d'Eczacibaji, Ilac Sanayi ve Ticaret A.S. (Turquie); Resid Serif Egeli, manager général de l'Industrial Development Bank, Bank of Turkey; Goran Ehrnrooth, président du comité exécutif du conseil de surveillance d'Ab Nordiska Foreningsbanken (Finland), Amirali H. Fancy, président d'Industrial Managements Ltd. (Pakistan) Abdol Ali Farmanfarmaian, président de la Pars Oil Company (Iran), Carlos Ferreyros R., président d'Enrique Ferreyros y Cia. S.A. (Pérou); J. C. Fletcher Holdings Limited (Nouvelle-Zélande); Sir Archibald Forbes [dirigeant de la Pilgrims Society], président de Midland Bank Limited (Angleterre); Abraham Friedmann [U.S. Israel Business Council], directeur général de The Israel Central Trade & Investment Co. Ltd.; ... Emmett Harmon, directeur de Claratown Engineers, Ltd. (Libéria); Georg Heberlein, président de Heberlein Holding AG (Suisse); Wilhelm Hendricks, Mitglied des Vorstandes Allgemeinen Warentreuhand Aktiengesellschaft (Autriche); A. R. Horton, président de la Bank of Liberia; Taizo Ishizaka, avocat de Tokyo Shibaura Electric Co., Ltd. (Japon); Yoshizane Iwasa, président de The Fuji Bank, Limited (Japon) Axel Ax:son Johnson, président de Rederiaktiebolaget Nordstjernan (Johnson Line) (Suède); Nik A. Kamil, président de Rothmans of Pall Mall (Malaisie) [1001 Club]; Adnan M. Khashoggi, président de Triad Corporation (Arabie Saoudite); S. L. Kirloskar, président de Kirloskar Oil Engines Limited (Inde) [1001 Club]; G. S. J. Kuschke, directeur général d'Industrial Development Corporation of South America Limited; Ahmad Ladjevardi, président du Behshahr Industrial Group (Iran); Baron Lambert, président de la Banque Lambert (Belgique); Edmond Lanier, président de la Compagnie Generale Transatlantique (France); Luis G. Legorreta, président honoraire de Banco Nacional de Mexico, S.A.; F. J. Leu, président de Hualon-Teijin Corporation (Chine); Lien Ying Chow, vice-président et directeur général de l'Overseas Union Bank, Limited (Singapour); Juan Llado Sanchez-Blanco, conseiller-délégué de Banco Urquijo (Espagne), J. H. Loudon, président du directoire de la Royal Dutch Petroleum Company (Pays-Bas et Angleterre) [1001 Club]; Ali Mabrouk, propriétaire et président de la Société Industrielle de Pêches et de Conserves Alimentaires (Tunisie); Jayant M. Madhvani, directeur de Muljibhai Madhvani & Co., Ltd. (Ouganda); W. D. McPherson, président du directoire de McPhersons Limited (Australie); Gabriel A. Mejia, gérant de Cementos de Honduras, S.A.; Jorge Mejia S., président de Banco de Bogota (Colombie), Eugenio Mendoza, président de C. A. Venezolana de Cementos (Venezuela) Maersk Mc-Kinney Moller, président du directoire de A. P. Mcller (Danemark) Ernst Wolf Mommsen, président de Saarbergwerke AG (Allemagne); Roberto Motta, associé principal de Roberto Motta, , S.A. (Panama); Sukum Navapan, président de The Thai Military Bank, Ltd. (Thaïlande) [1001 Club]; Hisham M. Nazer, président de Central Planning Organization (Arabie Saoudite) Max Nokin, gouverneur de la Société Générale de Belgique (Belgique); Semei Nyanzi, président de l'Uganda Development Corporation Limited; Tsunao Okumura, président du directoire de The Nomura Industries Group (Japon); Suliman Saleh Olayan, président d'Olayan Group of Companies (Arabie Saoudite); H. F. Oppenheimer, président de l'Anglo American Corporation of South Africa, Limited [1001 Club]; Mogens Pagh, président directeur général de The East Asiatic Company, Ltd. (Danemark); Frederik J. Philips, président de N. V. Philips' Gloeilampenfabrieken (Pays-Bas); M. A. Rangoonwala, président de la Burma Oil Mills Limited (Pakistan); Jorge Ross O., président de la Compania de Refineria de Azacar de Vina del Mar (Chili); Shuei Sakihama, président du directoire de la Bank of the Ryukyus (Okinawa); Sir Frederic Seebohm, président de la Barclays Bank D.C.O. (Angleterre); Mohamed A. Selim, président directeur général de The General Petroleum Co. S.A.E. (Emirats Arabes Unis); S. H. Shammas, associé gérant de Contracting and Trading Company (Liban) Torcuato A. Sozio, directeur de Siam Di Telia Ltda. (Argentine) Washington SyCip, associé gérant de SyCip, Gorres, Velayo & Co. (Philippines); Sir Colin Syme, président de Tubemakers of Australia Ltd., Julius Tahija, président du comité exécutif de P. T. Caltex Pacific (Indonésie) [1001 Club]; J. R. D. Tata, président de Tata Industries Private Limited (Inde); A. G. Tsatsos, président directeur général de Cement Company, S.A. (Grèce); W. O. Twaits, président de l'Imperial Oil Limited (Canada); Gustavo J. Vollmer, président de Central El Palmar, S.A. (Venezuela); Sven Vug, président de Christiania Bank og Kreditkasse (Norvège); Roberto T. Villanueva, président de Trans-Philippines Investment Corporation; Marcus Wallenberg [1001 Club], président du directoire de Stockholms Enskilda Bank (Suède); Hans A. Wuttke, associé gérant de M. M. Warburg-Brinckmann, Wirtz & Co. (Allemagne). SRI INTERNATIONAL, NO. … [p.45, en petits caractères]: «Les pays en voie de développement ont avant tout besoin de managers compétents. Les multinationales peuvent agir pour combler ces besoins. Elles peuvent à la fois remplir leurs obligations sociales et servir leurs intérêts à court et à long terme en créant des programmes éducatifs de management soigneusement coordonnés.»

*) 1984, SRI Internatinal, 'Report of Operations', pp. 30-31: "SRI INTERNATIONAL BOARD OF DIRECTORS: ... H. J. Haynes [Bohemian Grove camp Mandalay; président de Chevron; directeur de Boeing], président du directoire de SRI ... Roy A. Anderson [PDG de Lockheed] ... Samuel H. Armacost [Bohemian Grove camp Mandalay] ... B. F. Biaggini [Bohemian Grove] ... A. W. Clausen [Bohemian Grove camp Hill Billies] ... Myron Du Bain [Bohemian Grove camp Midway], président de Amfac; Philip Hawley [Bohemian Grove camp Mandalay], président de Carter Hawley Hale Stores, Inc. ... Edgar F. Kaiser, Jr. [Bohemian Grove camp Mandalay] ... E. W. Littlefield [Bohemian Grove camp Mandalay, Edgehill and Rattlers; Bechtel; GE; Chrysler; HP] ... Frederick W. Mielke, Jr. [Bohemian Grove camp Toyland; président de PG&E] ... William J. Perry, Jr. [a pronocé un discours au Bohemian Grove en 1997] ... Carl E. Reichardt [Bohemian Grove camp Mandalay; président de Wells Fargo; vice-président de Ford; directeur dePG&E] ... Directeurs émérites: S. D. Bechtel ... Edward W. Carter [Bohemian Grove camp Owl's Nest]..."

*) Septembre 2005, 'Caltech Catalog', section six, Trustees, Administration, Faculty, p. 507: "Administrateurs en chef (avec les dates de première élection et d'élection actuelle au poste d'administrateur en chef) ... Bobby R. Inman (1989, 2003) ... Administrateurs à vie (avec les dates de première élection et d'élection actuelle au poste d'administrateur à vie): Robert Anderson (1975, 2002), président honoraire de la Rockwell International Corporation; Robert O. Anderson (1967, 1989), président à la retraite de l'Atlantic Richfield Company; Stephen D. Bechtel, Jr. (1967, 1997), président honoraire et directeur du Bechtel Group, Inc. ... William R. Gould (1978, 2001), président honoraire de Southern California Edison Co.; Philip M. Hawley (1975, 1997), président de P. M. Hawley, Inc.; Robert S. McNamara (1969, 1988) ... Ruben F. Mettler (1969, 1995), président de TRW Inc.; Simon Ramo (1964, 1985) co-fondateur de TRW Inc. ... Robert J. Schultz (1991, 2002), vice président à la retraite de la General Motors Corporation ... Charles H. Townes (1979, 1987) [co-fondateur du JASON Group; MITRE; RAND]"

*) Quelques noms supplémentaires: 1992-1993, 'Caltech Catalog', section six, Trustees, Administration, Faculty, pp. 331-334: "Administrateurs (avec la date de leur première élection) ... Thomas H. Cruikshank (1991), président de Halliburton Company ... Frank G. Wells (1989), président de The Walt Disney Company; Albert D. Wheelon (1987), président à la retraite de Hughes Aircraft Company. ... Administrateurs à vie: ... LewR. Wasserman (1971,1987) président de MCA Inc. ... Jet Propulsion Laboratory Committee [JPL Oversight Committee]- ... B.R. Inman..."

[28] Voir la biographie et les sources sur Graham Hancock

[29] Voir la biographie et les sources sur Richard Hoagland

[30] Voir la biographie et les sources sur Jim Schnabel. Voir aussi pour les liens avec le MI5.

[31] Ibid

[32] Voir la biographie et les sources sur Richard Boyland

[33] Voir la biographie et les sources sur Robert et Ryan Wood

[34] Voir la biographie et les sources sur Budd Hopkins

[35] Voir l'article d'ISGP sur l'American Security Council, dans la section consacrée à Roswell.

[36] Voir la biographie et les sources sur Stanton Friedman

[37] Voir la biographie et les sources sur Steven Greer

[38] Voir la biographie et les sources sur Budd Hopkins

[39] Voir la biographie et les sources sur John Mack

[40] Voir la biographie et les sources sur Laura Eisenhower

[41] Ibid

[42] 20 janvier 1989, Vol. 16, No. 4, Lyndon LaRouche pour l'Executive Intelligence Review, 'How all my enemies will die', p. 31, et 'Satanists send delegation to Moscow', p.48: « Le Lucis Trust: il s'agit du principal culte sataniste d'apparence respectable basé en Angleterre (il vénère Lucifer). Le Lucis Trust, qui dirige la seule chapelle religieuse au quartier général des Nations Unies à New York, le Temple de la Compréhension, avait pour nom originel le Lucifer Trust lors de sa création à Londres en 1922.

Le Lucis Trust associé à l'ONU est la filiale new-yorkaise de l'organisation britannique. Son nom est passé de Lucifer Trust à Lucis Trust, pour faire en sorte que l'organisation attire moins l'attention. Les principaux mécènes du Lucis Trust incluent des figures de premier plan:

Henry Clausen , Supreme Grand Commander of the Supreme Council, 33ème Degré, Southern District Scottish Rite Freemasons; Norman Cousins; John D. Rockefeller IV [le sénateur Jay Rockefeller]; The Rockefeller Foundation [Pilgrims et 1001 Club]; la famille Marshall Field [également impliquée dans l'American Security Council]; Robert S. McNamara [Pilgrims et 1001 Club]; Thomas Watson , Jr. [Pilgrims et 1001 Club] (IBM , ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou), la Loge Unie des Théosophes de New York City, U. Alexis Johnson , ancien ambassadeur des Etats-Unis en Thaïlande. Rabbi Marc Tannenbaum, American Jewish Committee. D'importantes organisations-écrans sponsorisée par le Lucis Trust incluent: The Theosophical Order of Service (fondée par Annie Besant en 1908) The Theosophical Society (fondée par Helena P. Blavatsky en 1875) The United Nations Association; The World Wildlife Fund U .K; . The Findhorn Foundation; Greenpeace International; Greenpeace U.S.A.; Amnesty International; The Nicholas Roerich Society (un lien important avec le mysticisme russe); les anthroposophes de Rudolf Steiner; The Rudolf Steiner School; UNESCO; UNICEF; The American Friends Service Committee. ...

Un officiel du Lucis Trust, l'organisation liée aux Nations-Unies qui chapeaute le mouvement satanique «New Age», a déclaré à l'EIR que celle-ci avait envoyé sa première «mission de collecte de données» en Union Soviétique dans le courant de l'année 1989. Le Lucis Trust, qui se targue d'avoir au sein de son conseil d'administration des sommités telles que l'ancien ministre de la défense Robert McNamara, avait auparavant pour nom le Lucifer Trust, et est une institution centrale dans ce qu'un ancien membre des services secrets britanniques appelait «le réseau maçonnique de Jack l'éventreur». C'est pour des raisons analogues que l'organisation est fascinée par la «culture» russe. Cet officiel a ajouté que le Lucis Trust avait des liens historiques très étroits avec la «spiritualité russe».

[43] EIR, volume 11, numéro 5, 7 février 1984, 'Bagwan cult at center of peace movement's merger with the 'spiritual unity' gurus'

[44] Voir la biographie et les sources sur Edgar Mitchell

[45] en.wikipedia.org/wiki/Fundamental_Fysiks_Group

[46] Voir la biographie et les sources sur Edgar Mitchell

[47] *) manitou.org/MI/mhcp.php (30 août 2014): «Au cours des ans, les histoires de Crestone, de Baca Grande et du Manitou Institute se sont entremêlées et ont pris des orientations communes. … A la fin des années 70, Maurice Strong et ses associés ont acquis le Baca Ranch et le complexe de Baca Grande. … Au milieu des années 90, Manitou et des spécialistes de The Conservation Fund, avec le soutien généreux de Laurance Rockefeller et du Jackson Hole Preserve, ont consacré plusieurs années à l'étude approfondie des montagnes détenues par Manitou, avec en point d'orgue la création du Manitou Habitat Conservation Plan (MHCP).»

[48] ibavi.org/content/hanne-strong (International Beliefs and Values Institute; déclaration d'Hanne Strong, membre du conseil d'administration)

[49] *) 2011, Alex Prud'Homme, 'The Ripple Effect: The Fate of Freshwater in the Twenty-First Century', pp. 145-146: « un soir de 1978, un chaman à la barbe grise apparut à la porte d'Hanne Strong au Baca Ranch, et se présenta comme étant Glenn Anderson. "Je vous attendais" lui a-t-il dit. "J'avais prédit dans les années 60 qu'une étrangère viendrait ici et construirait un centre religieux international. Qu'est-ce qui vous a pris si longtemps?" … Après avoir entendu la prophétie de Glenn Anderson, Hanne décida de faire du Baca Ranch un sanctuaire interreligieux. D'après des déclarations qu'elle a faite à des journalistes, Hanne croit en la venue d'un nouvel Age Sombre, et que grâce à la dégradation des conditions environnementales, la population mondiale va tomber à environ 400 millions. Pour se préparer à l'apocalypse, elle a décidé de construire un centre de stockage de graines dans son sous-sol, et de transformer la vallée de San Luis, qu'elle appelle "un lieu de naissance pour les âmes anciennes", en un dépôt de toute les connaissances humaines. En 1998, Hanne a créé la Manitou Foundation, qui finance divers mouvements religieux. »

*) Los Angeles Times, le 20 août 1989, 'Strong Couple : 'Mystical' and 'Manifester' Team Up':

«Lorsque Maurice Strong arriva pour la première fois à Baca en 1978, après avoir acquis des parts de AZL Resources, qui en était propriétaire, il sut qu'il voulait sauver le site de la filière de développement classique. "Nous étions attirés par les qualités qui en font un endroit si spécial aujourd'hui: la beauté, l'espace, le fait que ce n'est pas une station de ski." dit-il. Strong souhaite toutefois développer l'exploitation de l'eau. Un groupe d'investisseur et lui ont été entraîné dans une conflit enflammé avec les consommateurs d'eau de la vallée au sujet de ce que les investisseurs considéraient comme étant une énorme nappe phréatique inexploitée. Les résidents de la vallée doutaient que celle-ci profiterait de la vente d'eau à des villes extérieures. Les centres d'intérêts d'Hanne Strong sont plus proches de Baca. Son mari et elle sont complémentaires, d'après elle. "Je suis la mystique, il est plus terre à terre. Il met les choses en œuvre." Elle est née sous le nom d'Hanne Marstrand à Copenhague en 1941. Son père était propriétaire d'une flotte de bateaux de pêche au saumon, et ses deux parents ont été actifs dans la résistance à l'occupant nazi, nous a-t-elle déclaré. Née luthérienne et élevée dans la foi catholique romaine, Hanne prétend avoir eu très tôt des expériences mystiques, y compris des visions angéliques. "Je savais dès le plus jeune âge que je n'étais pas danoise, mais indienne", nous dit-elle. "Et je savais qu'un jour je rejoindrai mon peuple". Après avoir étudié le design d'intérieur et la conception industrielle au Danemark, elle déménagea à New York dans les années 60 et y créa une entreprise de design. En 1972, Hanne abandonna son affaire et partit pour Nairobi où elle fut engagée pour la conception du design du quartier général des Nations-Unies. C'est là qu'elle rencontra Maurice Strong. Le couple déménagea à Calgary, dans l'Alberta, en 1972. Là, Hanne s'impliqua dans des questions touchant à la politique indienne. Lorsqu'elle se rendit à Baca pour la première fois, elle "sut qu'elle était chez elle", nous dit-elle. Hanne pense que sa relation avec Baca est le fruit de la chance et du destin. "J'aime la chance, j'ai l'impression d'être très chanceuse, mais des forces beaucoup plus importantes sont à l'oeuvre, et je sais que ça va arriver. C'était écrit. Nous ne sommes que des jouets du destin, et nous devons nous perfectionner." »

[50] Journal d'événements dans la vallée de San Luis de Christopher O'Brien: «199. Ven 5 novembre 1993, 8:30 pm – 9:00 pm MA1 Dr. Steven Greer, Sherri Adamialk et Marc Barrish aperçoivent des formations lumineuses à 6km au sud de Fairplay, Colorado. Les lumières ont des formes géométriques, et se déplacent de façon régulière. Park County (CSETI/O'Brien) … 200. Dim 7 novembre 1993, 1:45 am (7 avant NL) CE1 2 témoins voient un vaisseau de 4 mètres à 10 mètres de la route T. Un 3ème témoin voit un orbe plus petit. Durée 4-5 secondes. Saguache County (CSETI/O'Brien) … 254. Jeu 5 mai 1994 à 8:00 am, Baca Grande Development MA1 () Alors qu'il était à Baca pour y diriger une session d'entraînement du CSETI, le dr. Steven Greer a observé «une sphère argentée brillante» planer au-dessus de Sangras pendant qu'il faisait son jogging. L'objet ne laissait pas de traînée de vapeur. L'objet a plané silencieusement pendant "plusieurs minutes" avant de se diriger vers l'est derrière les montagnes (Greer/O'Brien) … 417. Dim 16 juin 1996 à 2:00 am Baca Grande Grants MA1 () CSETI a des observations du côté du Valley Saguache County (O'Brien) … 418. 4:00 am Baca Chalets CSETI a eu des observations durant une session d'entraînement. Saguache County (CSETI) … 419. 2:45 am Baca Grants CSETI a eu des observations durant une session d'entraînement. Saguache County (CSETI) … 553. Baca Grande Development NON-CONFIRME Saguache County (CSETI) le groupe d'entraînement du CSETI pourrait avoir expérimenté des événements inhabituels. … 558. Mer 10 juin 1998 à 10:20pm Route T, derrière Baca Ranch, Crestone Saguache County (ISUR) AN1 … La lumière était un laser du CSETI utilisé durant une session d'entraînement.»

[51] Voir la biographie et les sources sur Daniel Sheehan

[52] Ibid.

[53] Voir la biographie et les sources sur Colin Andrews, qui incluent des informations sur Delgado et le projet CRP-CSETI de juillet 1992

[54] Voir la biographie et les sources sur Rosemary Ellen Guiley et Dan Smith

[55] Voir la biographie et les sources sur Lucy Pringle

[56] 1998, CNI News ( par Michael Lindemann), 'A scientific view of the crop circle phenomenon: Investigators See Mysterious Forces of Nature at Work' (interview de John Burke).

[57] Voir la biographie et les sources sur Dan Smith.

 

 

 

 

 

 

 

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7